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Pierre de Lagarde
[1717 -
1791]
Ordinaire de la Musique de la Chambre du Roi
Silvie
Pastorale héroïque en un Prologue & III Actes
représentée
sur les théâtres de Fontainebleau & de Paris, en
1749,
& sur celui des Petits Appartements à Versailles, en
1750
Livret de Pierre Laujon
1749


Prologue
les
personnages du Prologue les
interprètes de 1749 Vulcain Mr
le Chevalier de Clarmont Diane Mme
de Tresson L'Amour Mme
de Marchais
Suite de l'Amour
Choeur de Cyclopes
Choeur de Ris & de Jeux
Les Plaisirs
Les Graces
Le théâtre représente l'antre de Vulcain
Scene
premiere Le
Choeur Vulcain Scene
2 L'Amour,
qui descend des cieux avec sa Suite (aux
Cyclopes) Hâtez-vous,
vengez mon injure ! Vulcain,
aux Cyclopes Le
Choeur des Cyclopes Vulcain (avec
le
Choeur) Que
l'Olympe en vain en murmure ! Les
Cyclopes débarrassent les enclumes des
différents ouvrages qu'ils fabriquaient pour
les Dieux, et s'occupent à forger des traits
pour l'Amour L'Amour,
aux Cyclopes Les
Ris et les Jeux tournent autour des fourneaux, font
naître les feux qui servent à forger
les traits de l'Amour, et aident les Cyclopes dans
leurs travaux L'Amour,
aux Plaisirs et aux Jeux Plaisirs,
en vain la Raison gronde, &c. Pendant
cette ariette, Vulcain va visiter les travaux des
Cyclopes, et donne la dernière main à
leurs ouvrages Scene
3 Diane,
à part Vulcain Diane (montrant
l'Amour) Qui
pût défendre un coeur des traits de ce
perfide. Vulcain (montrant
l'Amour) Cet
Enfant, dont les Dieux révèrent le
pouvoir, L'Amour,
en souriant Un
Cyclope dispute, à une suivante de l'Amour,
l'honneur de lui présenter ses traits; il
s'y blesse lui-même, et la presse de
reprendre le trait qui l'a blessé et
d'exécuter l'ordre de l'Amour Diane L'Amour Trio L'Amour Diane Vulcain
& le Choeur, à Diane: Vulcain,
à Diane Diane,
à Vulcain L'Amour,
en souriant
Vulcain, Choeur de Cyclopes
Sous l'effort de nos coups que l'enclume
gémisse !
Que des ruisseaux d'airain coulent de nos fourneaux
!
Faisons voler la flâme, et que tout
retentisse
Du bruit terrible des marteaux !
Sous l'effort de nos coups que l'enclume
gémisse !
Mais ces concerts mélodieux
M'annoncent le Dieu de Cythère.
L'Amour, Vulcain, Choeur de Cyclopes
Vulcain ? je descends des Cieux
Où je viens d'enflammer le Maître du
tonnerre:
Il brûle pour Hébé des plus
aimables feux.
Leur bonheur est parfait, je l'ai lu dans leurs
yeux;
Il est temps de songer au bonheur de la Terre.
C'est le dessein qui m'amène en ces
lieux.
Vulcain, tu vois l'Amour sans armes ?
Et c'est le fruit de mes exploits;
A blesser ces deux coeurs j'ai trouvé tant
de charmes,
Qu'il ne me reste plus un trait dans mon
carquois.
Diane veut ravir une Nymphe à mes
lois.
Vulcain ! je veux un trait dont l'atteinte soit
sûre.
Cyclopes, suspendez vos travaux en ce jour !
L'Amour se sert de nous pour venger son injure
!
Que l'Olympe en vain en murmure !
Cessez tout ! quittez tout ! travaillez pour
l'Amour !
Que l'Olympe en vain en murmure !
Cessons tout ! quittons tout ! travaillons pour
l'Amour !
Pour punir les mortels qui bravent sa
puissance,
Jupiter s'arme de nos traits;
Pour le bien des mortels ceux de l'Amour sont
faits:
On est toujours trop prompt à servir la
vengeance;
L'est-on jamais assez pour hâter les
bienfaits ?
Cessez tout ! quittez tout ! travaillez pour
l'Amour !
Cyclopes, à mes lois j'aime à vous
voir fidèles:
Mais pour rendre à mes traits le pouvoir
d'enflammer,
C'est aux Ris, aux Jeux d'animer
Par le mouvement de leurs ailes,
Le feu qui sert à les former.
Plaisirs, en vain la Raison gronde,
Le coeur vole au-devant de mes traits;
Seuls vous dispensez mes bienfaits,
Mon bonheur est le bonheur du monde.
Sous mes lois fixez la beauté,
Par des faveurs toujours nouvelles !
Rassurez la timidité
Qui nuit souvent aux coeurs fidèles !
Servez-vous toujours de vos ailes
Pour fuir l'audace et la fierté !
Diane, l'Amour, Vulcain,
Choeur de Cyclopes, la Suite de Diane
Dieux ! rien n'est égal à ma peine
!
Quoi ! l'Amour en ces lieux ?...
Quel dessein vous amène ?
De tes soins industrieux
J'espérais en ce jour obtenir une
Egide.
Osera-t-il toujours avec
témérité
Porter dans tous les coeurs le trouble et le ravage
?
C'est trop céder au Dieu qui nous outrage
!
Défendons notre liberté !
J'arme Bellone et le Dieu de la guerre:
C'est dans cet antre ténébreux
Que je prépare, au Souverain des Dieux,
La foudre dont il sait épouvanter la
terre.
De ma main tient les traits qui servent sa
vengeance;
Mais en défendre un coeur n'est pas en ma
puissance.
Tout l'Olympe doit le savoir.
Que vois-je ? à quelq exploits destines-tu
ces traits ?
A triompher des coeurs que tu soumets.
Je vais remporter la victoire...
[à Diane] Non, tu vais
redoubler ma gloire:
Les coeurs que je poursuis ne m'échappent
jamais.
Non, tu vas redoubler ma gloire.
Je vais disputer la victoire:
Les coeurs que j'ai soumis ne m'échappent
jamais.
Non, tu vas redoubler sa gloire.
[à l'Amour] Tu vas remporter
la victoire:
Les coeurs que tu poursuis ne t'échappent
jamais.
Déesse, il faut aimer quand l'Amour veut
qu'on aime.
Sans le secours de ton pouvoir
Je saurai me servir moi-même.
Je pourrais tromper votre espoir.
Acte Premier
les
personnages du Ballet les
interprètes Silvie,
Nymphe de Diane Mlle
Arnould Amintas,
Jeune chasseur Mr
Le Gros Hilas,
Faune Mr
L'Arrivée Diane Mlle
Avenaux Iere
Nymphe de Diane Mlle
Dubois IIeme
Nymphe de Diane Mlle Dubreuil L'Amour Mme
L'Arrivée Un
Chasseur Mr
Durand
Choeur de Faunes
Choeur de Chasseur
Dryades, Nayades, Chasseurs, Faunes
Graces, Plaisirs,
Divinités du Ciel, Divinités de la Mer,
Divinités de la terre,
Divinités des Enfers, Bergers &
Bergeres
Le Théâtre représente une forêt et des bocages consacrés à Diane: on voit dans le lointain le temple de cette Déesse
Scene
premiere La
scène se passe au point du jour Amintas Silvie Amintas Silvie Amintas Silvie Non,
vous n'êtes point amoureux; Ensemble Silvie Amintas Silvie Ce
sont là de tes jeux, Dieu cruel ! que je
brave. Amintas Ensemble: Amintas Ensemble: Amintas Silvie Amintas Silvie Scene
2 Silvie Les
différents exercices des Nymphes forment le
sujet de ce divertissement; les unes mettent leurs
armes en faisceaux, pour danser au son du cor de
leurs compagnes; d'autres se défient
à la course, au javelot; d'autres s'exercent
à tirer à l'arc. Silvie
préside à leurs exercices, les
encourage tour à tour, et fait admirer
à Amintas leur adresse et leur
légèreté Silvie Amintas Silvie,
avec le
Choeur Deux
Nymphes de Diane,
alternativement (avec
le
Choeur) Riches
des biens de la Nature, Silvie
& la Première Nymphe,
alternativement avec le
Choeur Docile
à tes lois, Dans
ces forêts, &c. Dès
que le jour luit à nos yeux, Silvie Le
Choeur Dans
ces forêts, &c. Les
Nymphes s'arment & partent pour la chasse,
précédées du
Silvie Scene
3 Amintas,
seul Amour,
laisse mon coeur en paix !, &c. Hilas
vient ! quel dessein dans ce séjour
l'appelle ?... Amintas
sort Scene
4 Hilas (avec
le
Choeur) C'est
trop gémis ! c'est trop nous plaindre ! Hilas Hilas
sort avec sa Suite Scene
5 Amintas,
seul, quand Hilas et sa Suite sont
partis Il
sort
Amintas, Silvie
La chasse vous appelle à de brillans
exploits;
Chaque jour vous annonce une gloire nouvelle;
Vous immitez bien l'immortelle
Qui vous enchaîne sous ses lois !
On ne connaît le pouvoir de vos charmes
Que par les maux qu'ils causent à
l'Amour:
Vous n'embellissez chaque jour,
Que pour lui coûter plus
d'alarmes.
Rien ne m'est cher comme la liberté;
Chaque jour m'en fait mieux connaître
l'avantage:
Sous ses loix Diane m'engage;
Je fais tout mon bonheur d'imiter sa
fierté.
Vous n'avez point de reproche à vous
faire;
L'Amour sans cesse éprouve vos rigueurs:
Ce Dieu lit si bien dans les coeurs !
Devait-il donc vous donner l'art de plaire
?
Pour se venger du mépris de ses feux,
Il offre à mes regards, sous des traits
dangereux,
Notre amitié dont la douceur le blesse;
Il me dit qu'il est dans vos yeux:
Pour ne pas me livrer à ces soupçons
fâcheux,
J'ai besoin de vous voir sans cesse.
Si l'Amour m'enflammait pour vous;
Eh ! pourriez-vous répondre à ma
tendresse,
Sans vous exposer au courroux
D'une inéxorable Déesse ?
Loin de voir à ce prix combler tous mes
desirs,
A vaincre mon penchant je trouverais des
charmes;
J'aimerais mieux cent fois perdre tous mes
plaisirs,
Que de les payer de vos larmes.
En vous justifiant que vous flattez mon coeur !
Les Dieux vous ont formé pour faire mon
bonheur,
Et non pour me causer des peines.
Notre amitié m'est chère, et de
alarmes vaines
N'en troubleront pas la douceur;
Les Dieux vous ont formé pour faire mon
bonheur,
Et non pour me causer des peines.
Je ne vois point en vous l'air sombre et
dangereux
Que l'Amour done à ce Faune qui m'aime.
Mon coeur, qui connait bien le danger de ses
feux,
Me dit qu'il faut le fuir avec un soin
extrême.
De ce coupable amour, si vous brûliez,
hélas !
Mon coeur me dirait bien qu'il faut vous fuir de
même;
Et mon coeur ne me le dit pas.
Amour sous tes lois tout est peine;
Qu'un coeur se dérobe à ta
chaîne,
Sans cesse tu te plais à troubler son
repos.
Alarmer l'amitié paisible...
Intimider un coeur sensible...
Dans le sein du bonheur nous préparer des
maux !
Mais va, jamais son coeur ne sera ton esclave;
Lance tes traits, épuise ton carquois:
Les soupirs...
Les rigueurs...
Font bien connaître aux âmes
L'abus que tu fais de tes droits;
Et jusqu'à l'embarras de parler de tes
flâmes,
Oui, tout est peine sous tes lois.
On vient...
Dans nos bois solitaires
Les Nymphes vont se rassembler.
Je me dois éloigner de vos secrets mysteres
?
Non, l'Amour seul peut les troubler.
Amintas, Silvie, Nymphes de Diane
Chantez, Nymphes ! chantez sans craindre la
présence
Du mortel qui s'offre à vos yeux !
Il peut assister à nos jeux;
Il brave, comme nous, l'Amour et sa
puissance.
Ces oiseaux voltigeants de feuillage en
feuillage,
Avant d'éprouver l'esclavage,
Par les plus doux concerts chantent leur
liberté;
Ils cessent de chanter quand l'Amour les
engage.
Peut-être leur félicité
Leur fait oublier leur ramage.
Quand l'amour serait un plaisir ?
Diane nous dit de le fuire;
A sa voix il faudrait nous rendre:
Pour un seul bien qu'Elle veut nous
défendre,
Il en est tant dont nous pouvons jouir.
C'est pour charmes nos yeux qu'on voit cette
verdure
Se parer chaque jour des plus vives couleurs;
Et pour nous, des Zéphirs l'haleine toujours
pure
Répand dans nos vergers le doux parfum des
fleurs.
Du soleil voulons-nous éviter les
ardeurs;
Nous trouvons dans nos bois une retraite
sûre.
Cherchons-nous le repos; cette onde qui murmure
Invite à le goûter sur ses bords
enchanteurs.
N'en cherchons point de plus flatteurs !
Dans ces forêts,
Séjour de la paix,
La même ardeur nous appelle;
Soutiens nos coeurs, toi qui les soumets,
Puissante immortelle,
Guide nos traits !
Le coeur les suit par choix;
Et chaque jour, à la fierté,
Par toi-même excité,
Il sait forcer au silence,
Braver le dieu qui t'offense,
Tyran des dieux et des mortels,
Et dont nos traits défendent les
autels.
Le bruit du cor rassemble en ces lieux,
Et jusqu'aux Cieux
Porte les voeux
Que tu reçois de nos coeurs heureux,
Soumis à ta puissance,
Et faits
Pour goûter tes bienfaits:
L'indifférence
Tient lieu de tout bien;
A l'innocence
Tu sers de soutien.
Daigne, invincible Déesse,
Nous inspirer ton adresse !
Guide nos traits !
Armez-vous !
Armons-nous !
Courons !
Volons !
Amintas
Amour, laisse mon coeur en paix !
Quel triomphe pour toi ! quelle gloire cruelle,
D'accabler un amant fidèle
Sous la rigueur de tes traits !
Chaque jour, dans ces bois je devance l'Aurore;
Toujours plus empressé, toujours plus
amoureux,
J'attends la Nymphe que j'aodre;
Et tu me vois forcé de dévorer des
feux
Que le secret redouble encore.
Ah !... je veux l'obsever, sous ce feuillage
épais...
Hilas, & les Faunes de sa Suite
Gémirons-nous toujours sous le poids de nos
chaînes ?
Sans cesse verrons-nous, infortunés
amans,
Croître, aux yeux des inhumaines,
Et notre amour, et nos tourmens ?
Dans ces bois où Diane exerce sa
puissance
On voit regner l'indifférence:
Eloignons de ce fatal séjour
Les objets de notre constance;
Que la ruse nous serve au défaut de
l'Amour.
Le dépit et l'Amour doivent nous animer;
Nous n'avons su nous faire aimer;
Sachons du moins nous faire craindre !
Oui, c'est assez verser de pleurs,
Pour nous l'instant du bonheur doit
éclore;
A Diane enlevons des coeurs
Pour les soumettre au Dieu que l'Univers adore,
Au Dieu qui gémit des rigueurs
Et qu'un amant timide outrage et déshonore
!
Amintas
Téméraire, tu périras !
Sers un amant fidèle, Amour ! arme mon bras
!
La Symphonie de l'entr'acte peinte une chasse interrompue par le bruit des armes
Acte Second
Le Théâtre représente la forêt de Diane;le fond est occupé par des rochers escarpés; de distance en distance sont des grottes consacrées aux Nayades
Scene
premiere On
voit des Nymphes descendre précipitamment des
rochers: elles sont poursuivies par des Faunes qui le sont
eux-mêmes par des chasseurs qui viennent au secours
des Nymphes; les Faunes sont occupés alternativement
à désarmer les Nymphes et à faire face
aux Chasseurs. Le
Choeur de Nymphes, Silvie
à leur tête Le
Choeur des Faunes, Hilas
à leur tête Le
Choeur des Chasseurs, Amintas
à leur tête Silvie,
à part Des
Faunes paraissent attaquer vivement Amintas, et
l'empêchent de rejoindre Hilas, contre lequel
Silvie lance son trait sans le
blesser Scene
2 Silvie Hilas Silvie Hilas Les
faunes amènent, pendant le duo, un char
attelé de tigres pour l'enlèvement de
Silvie Hilas Silvie O Dieux
! protégez-moi !... Un
nuage épais la dérobe au Faune, et la
terre engloutit le char Hilas Il
sort Scene
3 Amintas,
seul Tout
respire en ces lieux l'épouvante et
l'horreur ! Tout
respire, &c. Scene
4 Amintas Ensemble Amintas
combat le Faune, et le précipite des
roches Scene
5 On entend
un bruit de victoire Marche de
Nymphes et de Chasseurs qui amènent des Faunes
enchaînés Un
Chasseur,
avec le
Choeur (aux
Faunes enchaînés) L'audace
n'a jamais désarmé la rigueur: (aux
Nymphes) Qu'ils
portent loin de nous et leur honte et leur rage
! On
leur arrache leurs fers et on les
renvoye Une
Nymphe Venez
régner dans nos bocages,
&c. Les
Nayades sortent de leurs grottes, et les Dryades du
creux des chênes où elles
s'étaient refermées pendant le combat
des Faunes Un
Chasseur Les
Chasseurs Les
Nymphes Un
Chasseur Les
Chasseurs Les
Nymphes Scene
6 Diane (aux
Nymphes) Et
vous, à leurs discours vous laissez-vous
surprendre ? (aux Chasseurs) Ennemis
de mes lois, redoutez mon courroux ! Le
Choeur Les
Chasseurs sortent Scene
7 Diane Amintas,
derrière le Théâtre (à
Diane, qu'il prend pour Silvie) Est-ce
vous que je vois, Nymphe ?... (reconnaissant
Diane) Diane ! ô Dieux ! Diane Amintas Diane Le
Choeur des Nymphes Diane,
à Amintas Pendant
que Diane remonte au ciel, les Nymphes reprennent
le Choeur, et Amintas s'éloigne
d'elles Le
Choeur
Silvie, le Choeur de Nymphes,
le Choeur de Faunes, le Choeur de Chasseurs
Diane c'est nous qu'on offense,
Tonnez sur ce audacieux !
Guidez-nous. Vengeance ! vengeance !
Tremblez, ravisseurs odieux !
Nous vengeons l'Amour qu'elle offense,
L'Amour vaut pour nous tous les Dieux.
Hâtons-nous. Vengeance !vengeance !
Fuyez ! tremblez, audacieux !
Nous volons à votre défense;
Immolons ces audacieux !
Hâtons-nous. Vengeance ! vengeance !
Tremblez, raviseurs odieux !
Veillez sur Amintas, protégez-nous, grands
Dieux !
Silvie, Hilas, quatre Faunes qui veillent
Mon bras a mal servi la fureur qui m'anime;
Mais ne t'applaudis point ! le Ciel, vengeur du
crime,
Aux traits que j'ai lancés, ne t'a fait
échapper
Que pour mieux frapper sa victime:
On peut braver les Dieux, on ne peut les
tromper.
Vos yeux, pour m'accabler, ont d'assez fortes
armes;
La céleste vengeance est moins à
redouter:
Les Dieux à mon tourment ne pourrait
ajouter;
Vous trouvez chaque jour, ingrate, dans vos
chaînes,
Le secret sûr de l'augmenter.
Oses-tu te flatter que je daigne t'entedre ?
Téméraire ! tu viens jusques dans ce
séjour
Troubler l'hommage pur qu'à Diane on doit
rendre !
Je n'en dois qu'à vos yeux, je n'en rends
qu'à l'Amour.
Ce Dieu, sous vos tristes ombrages,
Ne vient que pour verser des pleurs;
Un froid mertel saisit les coeurs,
A l'aspect de ces lieux sauvages:
Il faut les fuir ! il faut un terme à vos
rigueurs !
Venez dans mes forêts, par des liens
flatteurs
Assurer à l'Hymen deux cieurs et des
hommages !...
Vous, qui m'obéissez, répondez
à mes voeux !
L'Amour le veut, vous fuirez de ces
lieux.
Non, non, n'espère pas m'éloigner de
ces lieux !
Ciel ! quel nuage épais !...
Le char s'abîme ! elle échappe
à mes yeux !...
Amour !... Eh ! toi que l'on outrage,
Tu n'oses triompher d'un pouvoir odieux !
Tu m'abandonnes à la rage !
Que fais-tu, dans mon coeur, si tu trahis mes feux
?
Amintas
Ah ! j'ai cru voir Hilas. J'ai donc perdu Silvie
!
Eh ! que me sert d'être vainqueur ?
En vain j'ai triomphé, la Nymphe m'est
ravie;
La fuite a dérobé le Faune à
ma fureur.
Auteur de tous mes maux, Amour, vois ton ouvrage
!
Et s'il t'en faut encore une plus vive image,
Tu la trouveras dans mon coeur.
Désespéré, je perds la
beauté que j'adore:
Que le jour m'est cruel ! justes Dieux que
j'implore ?
Quoi ! vous me laisserez survivre à ma
douleur !
En perdant ce qu'on aime, on peut donc vivre encore
!
Je ne connaissais pas l'excès de mon
malheur.
Amintas, Hilas
Je vois Hilas !... cruel, rends-moi Silvie:
Reconnais un rival que tu viens d'accabler.
Seul tu sais mon secret; je puis le
révéler,
Sûr de te l'arracher bientôt avec la
vie.
Tremble ! l'Amour jaloux arme et conduit mon
bras;
Tu vas le reconnaître à ma fureur
extrême.
Quand on perd un objet qu'on aime,
Ah ! que la vengeance a d'appas !
Tremble ! l'Amour jaloux arme et conduit mon
bras.
Nymphes, Chasseurs
Nous remportons la victoire,
Nous triomphons de ces audacieux;
Que tout célèbre dans ces lieux
Et leur défaite et notre gloire.
Malheureux, vos fureurs à l'Amour font
outrage;
De ces Nymphes lui-même il searit le
vengeur.
Eh ! laissez-leur la liberté;
Sont-ils faits pour porter les fers de la
beauté ?
Venez régner dans nos bocages;
Plaisirs accourez à nos voix !
Oiseaux, revenez dans nos bois !
Vous, Dryades ! sortez de ces chênes
épais
Où l'effroi vous retient captives !
Et vous, Nymphes des eaux ! paraissez sur vos rives
!
Que nos jeux suspendus reprennent leurs attraits
!
Coeurs ingrats, trouvez-vous des charmes,
A braver le plus charmant des Dieux ?
Pour nous vaincre a-t-il d'autres armes
Que celles qu'il prend dans vos yeux ?
La beauté l'enchaîne sur ses
traces,
Pourra-t-il quitter ce séjour ?
Croyez que l'asile des Graces
Fut toujours celui de l'Amour.
Coeurs ingrats, trouvez-vous des charmes,
A braver le plus charmant des Dieux ?
Pour nous vaincre a-t-il d'autres armes
Que celles qu'il prend dans vos yeux ?
Eh ! pourquoi trouvez-vous des charmes
A servir le plus cruel des Dieux ?
Son nom seul cause nos alarmes;
Pourquoi nous l'offrir dans vos yeux ?
Pourquoi se donner tant de peine
Pour se dérober au plaisir,
Quand il est aisé de choisir
Entre le penchant et la gêne ?
Coeurs ingrats, trouvez-vous des charmes,
&c.
Eh ! pourquoi trouvez-vous des charmes,
&c.
Diane, descendant de son char, Nymphes, Chasseurs
Quels odieux concerts me faites-vous entendre ?
Jusques dans mon empire, audacieux mortels,
Croyez-vous à l'Amour élever des
autels ?
Tremblez...
Fuyons, tous ! fuyons tous !
Diane, Nymphes, Amintas
Par de nouveaux sermens ranimez votre zèle
!
Belle Silvie, en vain je vous appelle...
Tu l'appelles en vain, elle échappe à
tes voeux;
Contre le Faune et toi j'ai servi
l'innocence.
Croyez-vous que l'Amour ?...
Crois-tu tromper mes yeux ?
Je ne connais que trop l'ennemi qui m'offense:
Ce Dieux veut par tes feux triompher en ce
jour;
Mais je vais te forcer à servir ma
puissance
Nymphes, commencez ma vengeance !
Dans le coeur d'un amant faisons gémir
l'Amour !
Jurez une éternelle haine
A l'Amour, ainsi qu'aux amans !
Jurons une éternelle haine
A l'Amour, ainsi qu'aux amans !
Les douceurs que l'on goûte en évitant
sa chaîne
T'assurent de nos coeurs bien mieux que nos
sermens.
Apprends qu'à mes autels, la mort la plus
cruelle,
Punirais la Nymphe rebelle
Qui de ses voeux pourrait se dégager
!...
Silvie est dans mon temple, et tu peux l'y
chercher.
Sûr des périls où tu
t'esposes,
Cherche à l'enflammer, si tu l'oses
!
Jurons une éternelle haine,
&c.
Acte Troisiéme
Le Théâtre représente l'intérieur du temple de Diane
Scene
premiere L'Amour,
à part (à
Silvie) Qu'avec
plaisirs je me vois en ces lieux ! Silvie L'Amour,
avec ingénuité Silvie Quand
l'Amour a blassé nos coeurs, L'Amour Silvie L'Amour Il
porte ses armes en offrande sur l'autel de
Diane Reçois,
Déesse tutélaire, Silvie L'Amour Silvie L'Amour Silvie L'Amour Silvie L'Amour Silvie L'Amour Il
sort Scene
2 Silvie,
seule Elle
prend le trait que l'Amour a déposé
sur l'autel Armons-nous...
juste Ciel ! que deviens-je moi-même ? Elle
va pour se frapper du trait de
l'Amour Scene
3 Amintas,
l'arrêtant Silvie Amintas Silvie Amintas Silvie Amintas Silvie Amintas Silvie Le
tonnerre gronde, la terre tremble On
arme contre nous et la Terre et les
Cieux. Ensemble Les
Nymphes,
derrière le Théâtre Scene
4 Silvie,
ouvrant la porte du temple, aux Nymphes Le
Choeur Amintas Silvie Le
Choeur Silvie Elle
prend le trait sur l'autel, et va pour s'en
frapper Amintas,
l'arrêtant Le
silence succède au bruit Le
Choeur Silvie Amintas Le
Choeur Scene
5 L'Amour Temple,
où régnait l'inddiférence, Scene
6 & derniere Le
temple de Diane est remplacé par celui de l'Amour, au
fond duquel on voit deux groupes, l'un représentant
le dieu du Silence, qui couvre d'un voile les Plaisirs qui
lui présentent des fleurs; l'autre, les Graces
prêtes à couronner les amans: les dieux s'y
rassemblent, les bergers et bergères y accourent;
Apollon y trouve Issé; Vénus, Adonis; Bacchus,
Ariane; Zéphire, Flore, &c.; et les hommages qye
l'Amour reçoit, et les chaînes que les amans
forment à ses autels, font le sujet du
divertissement. L'Amour,
aux Nymphes Les
Nymphes,
avec le Choeur L'Amour,
à Silvie et à son amant Que
les Plaisirs sans cesse en assurent les noeuds
! Que
vos coeurs chérissent mes chaînes! (à
Silvie) Brillez
à jamais dans ces lieux ! Les
plaisirs distribuent aux amans des guirlandes de
fleurs, emblême des chaînes de l'Amour,
et tout se réunit pour
célébrer le triomphe de ce
Dieu
L'Amour, sous la figure d'un jeune Chasseur,
Silvie
Diane, des mortels reçoit ici les voeux;
Pour y trouver accès, je suis réduit
à feindre;
Sous ce déguisement dérobons à
ses yeux
Le Dieu qu'elle a raison de craindre !
Sans vous, j'aurais été victime de la
rage
De ces audacieux,
Qui portaient dans nos bois le trouble et le
ravage.
La chasse occupe mes loisirs;
J'ai signalé mes traits par plus d'une
victoire;
J'ai trouvé l'épouvante où je
cherchais la gloire:
On s'égare aisément sur les pas des
plaisirs.
Jeune enfant ! c'est l'Amour qui cause nos
alarmes.
L'Amour ? eh ! nos plaisirs ont pour lui tant de
charmes !
Puissiez-vous à jamais ignorer ses rigueurs
!
Il sourit en voyant nos larmes:
Le cruel badine avec les armes
Qui nous font verser des pleurs.
On me l'avait dépeint sous des traits plus
flatteurs.
Il sait se déguiser pour tromper
l'innocence:
Nous sommes dans un temple, où ce Dieu
dangereux
N'osa jamais signaler sa puissance.
Qu'avec plaisir je me voie en ces lieux !
Souffrez que ma reconnaissance
Consacre à ces autels mon offrande et mes
voeux !
Les armes que j'offre à tes yeux !
Si mon hommage peut te plaire,
Que je vais être glorieux !
Du destin d'Amintas ne pourriez-vous m'instruire
?
Plaignez cet amant malheureux !
Que dites-vous ? l'Amour a-t-il pu le
séduire ?
L'ignorez-vous encore ?
Amintas amoureux !
Il aimait une ingrate; il adorait...
Silvie.
O Ciel !
J'ai vu cet amant généreux
Pour elle immoler sa vie;
J'ai vu un rival furieux
Le joindre, l'accabler... Vous frémissez
!...
O Dieux !
Je dois dans ce récit vous épargner
le reste,
Et m'arracher au spectacle funeste
Des larmes qu'il coûte à vos
yeux.
Silvie
Amintas a perdu la vie !
C'est pour toi qu'il périt, malheureuse
Silvie;
Dans l'éternelle nuit tu viens de le
plonger...
Amintas a perdu la vie !
Et je respire encore ! ah ! c'est pour le
venger...
Immolons son rival à ma fureur extrême
!
Cherchons cet odieux vainqueur !
Je m'affaiblis... la mort est déjà
dans mon coeur.
Ah ! je sens qu'à ton sort je ne saurais
survivre:
Je ne puis te venger, du moins je vais te
suivre.
Silvie, Amintas
Qu'allez-vous faire ! ô Dieux !...
Je vous revois
Cher Amintas !
Quelle fureur, Silvie !
Et qu'aurais-je fait de la vie ?
Je vous croyais perdu pour moi.
Au sort d'un malheureux vous êtes trop
sensible.
L'honneur de combattre pour vous
A rendu mon bras invincible;
Le Faune est tombé sous mes coups:
Je viens armer votre courroux
Contre un ennemi plus terrible.
Du plaisir de nous voir occupons notre coeur
!
Je n'y trouve que trop de charmes.
Partagez donc tout mon bonheur !
Arrêtez ! chaque mot redouble mes
alarmes...
Sortez enfin de votre erreur.
Tout ce que peut l'Amour inspirer de tendresse,
Je le ressens pour mon malheur:
Pour mieux cacher sa flâme enchanteresse,
Ce Dieu, dans mon perfide coeur,
Prenait de l'amitié le voile
séducteur.
Mais j'en jure à vos yeux qui causent la
faiblesse,
Ma mort vous vengera d'une coupable
ardeur.
Ta mort ! quelle aveugle furie ?...
Tu vengerais Diane, et punirais Silvie.
O Diane, suspends ton courroux redoutable
!
Si l'objet le plus amoureux
A tes yeux est le plus coupable,
C'est sur moi que tu dois te venger de nos
feux.
Epargnez-nous, ô justes Dieux !
Ciel ! ô Ciel ! où trouver un asile
?
Silvie, Amintas, le Choeur de Nymphes
En ces lieux,
N'adressez point aux Cieux une prière vaine
!
Que vos coeurs soient saisis d'une fureur soudaine
!
Une Nymphe a trahi ses voeux...
Périsse l'infidèle !
O Dieux !
Diane la poursuit.
Sa haine est légitime;
Nommez cet objet odieux !
Vengez-vous ! le remords ne trouble point mes
feux:
Plus je vois Amintas, plus j'augmente mon
crime.
Il est temps que j'offre à vos yeux
Et la coupable et la victime.
Ah ! Silvie, arrêtez...
Quel calme dans les airs !
Dieux ! je ne puis servir la fureur qui m'anime
!
Quel prodige !
Arrêtez !...
D'où naissent ces concerts ?
L'Amour, Silvie, Amintas, le Choeur de Nymphes
L'Amour vient dissiper le trouble de votre
âme,
Ne craignez point les coups que ce trait peut
porter !
Il ne pourrait servir qu'à redoubler ta
flâme,
Si je la pouvais augmenter.
Diane, prompt à te protéger,
Dans son carquois a puisé ta
défense.
Ce trait qui devait te venger
T'a pour jamais soumise à ma
puissance.
Disparaissez, au gré de mes desirs !
Par un effet de ma présence,
Devenez à l'instant l'asile des plaisirs
!
L'Amour, Silvie, Amintas, le Choeur de Nymphes,
Dieux et Déesses, Bergers et
Bergères
De mon pouvoir tout vous offre l'image;
Embellissez ma cour ! offrez-moi votre hommage
!
Des Dieux et des mortels je comble les desirs;
Mon triomphe s'étend sur tout ce qui
respire;
Et vous voyez que les Plaisirs
Marquent les rangs de mon empire.
Par tes bienfaits tu soumets l'univers;
Tu triomphes des coeurs qui te faisaient la
guerre:
L'Amour porte ses feux jusqu'au fond des
Enfers,
Et souvent d'un coup d'aile il éteint le
tonnerre.
Que vos coeurs chérissent mes chaînes
!
Loin de vos yeux regrets et peines !
Aimez, brûlez à jamais demes feux
!
Recevez-les des mains des Plaisirs et des Jeux
!
Loin de vos yeux, regrets et peines !