accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

Airs de Cour
|
ballets
|
cantates
|
madrigaux

oeuvres diverses
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales

|
sérénades
|
recherches
|

 

 

Pastorale Héroïque de la Fête des Ambassadeurs D'Espagne

à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin

ajoutée, à la suite d'Hesione, par l'Academie Royale de Musique
le Mardy 31. Janvier 1730

Livret de La Serre

 

les personnages de la Pastorale

les interprètes


Pan

Mr Dun

Junon

Mlle Pellicier

Astrée

Mlle Eermans

Deux Bergeres

Mlles Dun & Petitpas

Troupes de Bergers, de Bergeres, de Basques & de Byscayens

 

 

Le Theâtre représente des Bois & des Prairies terminez par les Monts-Pirenées

 

 

Scene premiere
Pan

 

Pan
Quel spectacle s'offre à mes yeux ?
Des Feux éteincelants chassent la nuit obscure,
Un nouvel Astre brille aux Cieux.
Quel mouvement dans la nature ?
Ces Concerts éclatans, ces prodiges divers,
Qu'annoncent-ils à l'Univers ?

Le Dieu qui lance le Tonnerre,
Jette un doux regard sur la terre:
Il remplit des Mortels les plus ardents souhaits;
Il éteint pour toûjours le flambeau de la haine;
Il dépose aux bords de la Seine,
La gage assuré de la Paix.

Bergers de celles belles Retraites,
Marquez-tous vôtre empressement;
Et, par les plus brillantes Fêtes,
Célébrez à jamais ce grand évenement.

[les Bergers accourent]

 

Scene 2
Pan & les Bergers

 

Le Choeur
Que tout en ces lieux applaudisse
A nos plus aimables Chansons;
Et qu'au loin, l'Echo retentisse
Du bonheur dont nous joüissons.

Une Bergere:
Venez Plaisirs, venez dans ces Retraites,
Venez, Jeux innocents, volez tendres Amours;
Le Ciel veut qu'icy, tous les Jours
Soient marquez par autant de Fêtes.

[on danse]

La Bergere:
Raisonnez charmantes Musettes,
Sans le secours des Trompettes,
Célébrons LE JEUNE HEROS
Qui fait regner un doux repos:

Il est moins occupé de sa Grandeur immense,
Que du soin de nous rendre heureux.
Déja le Ciel le recompense;
Il remplit à la fois ses desirs & nos voeux.

Raisonnez charmantes Musettes, &c.

[on danse]

[on entend une Symphonie marquée]

Pan
Mais, de quels sons charmants retentissent ces lieux ?
Junon avec Astrée, abandonne les Cieux.
C'est à leur suprême puissance,
Bergers, que vous devez un jour si glorieux;
PAr vos respects, par vôtre obéissance,
De ces Divinitez honorez la presence.

[Junon & Astrée descendent des Cieux]

 

Scene 3
Junon, Astrée, Pan, les Bergers

 

Junon
UN ROY dont la vaste puissance,
S'étend au bout de l'Univers;
Dans les Evenements divers;
Garde un doux souvenir des lieux de sa naissance.

Il voit avec transport, le Sang de ses Ayeux,
Assurer à la Seine un Empire durable,
Ce Roy, par ses vertus encor plus respectable,
Que par ses Titres glorieux,
Veut qu'une Fête memorable
Rendre un temoignage éclatant,
De tout ce qui l'occupe en cet heureux instant.

Astrée
Que j'aime à revoir ces Campagnes,
Ces Prez, ces Bois & ces Montagnes,
Où je fis autrefois regner le Siécle d'or
Que vous allez revoir encor.

Deux Monarques liez des plus étroites chaînes
Occupez des mêmes desirs,
Eloigneront de vous les troubles & les peines,
Tandis que je prendray le soin de vos plaisirs.

Junon
Pour separer deux Nations guerrieres,
La nature éleva de superbes Barrieres,
Soins inutiles désormais !
Ces Monts sont applanis par les mains de la Paix.

Ces Peuples vont joüir d'un commun avantage,
Ils le doivent à de doux noeuds.
Quand d'un Heros naissant le Ciel comble les voeux,
L'allegresse entre eux se partage.

Fiers Aquilons, ne troublez point les Airs,
Demeurez enchaînez dans vos Grottes profondes;
Que les tendres Zephirs regnent seuls sur les Ondes,
Que toute la Nature écoûte nos Concerts.

Le Choeur
Fiers Aquilons, &c.

[on danse]

Deux Bergeres, alternativement avec le Choeur
Tendre Amour, de tes feux,
Fais-nous sentir les charmes;
Et pour nous rendre heureux,
Sers-toy des plus douces armes.

Le Choeur
Tendre Amour, &c.

Les Bergeres
Charmant Espoir,
Dans nos coeurs vient renaître:
Que ton pouvoir
Chaque instant puisse croître.

Le Choeur
Tendre Amour, &c.

Les Bergeres
Point de martire
Dans ce beau sejour;
Que tour à tour
On s'enflâme, on soupire.

Le Choeur
Tendre Amour, &c.

[on danse]

Pan
Tout, pour vous en ce jour conspire,
Heureux Bergers de ces climats;
Les Ministres d'un grand Empire,
President à des Jeux pour vous remplis d'appas.

Leur zele en tout se fait connoître
Egal à leur merite, à leur fidelité;
Ils sçavent avec dignité,
Suivre les volontez de leur augustre Maître.

Formez-tous à l'envy les plus aimables Jeux;
Chantez le jour de vôtre gloire.
Vôtre destin est plus heureux
Que celuy qui suit la Victoire.

Le Choeur
Formons-tous à l'envy les plus aimables Jeux;
Chantons le jour de vôtre gloire.
Nôtre destin est plus heureux
Que celuy qui suit la Victoire.

[on danse]

Junon
Que l'Amour vole en ces lieux;
Qu'il mene avec luy la constance,
Il triomphe de tous les Dieux,
Qu'il etende icy sa puissance.

[on danse]

Astrée
Chantez Bergers, chantez dans ces belles Retraites,
L'Objet de vos tendres desirs;
Non, ces demeures ne sont faites
Que pour servir d'azile aux innocents plaisirs.

Vivez dans l'aimable esperance
De trouver des moments si doux;
Vivez encor dans l'assurance,
Qu'ils ne finiront qu'avec vous.

Chantez Bergers, chantez dans ces belles Retraites,
L'Objet de vos tendres desirs;
Non, ces demeures ne sont faites
Que pour servir d'azile aux innocents plaisirs.

[on danse]

Junon & Astrée
Joüissez ROYS PUISSANTS, des charmantes douceurs
De regner sur les coeurs:

Laissez reposer le Tonnerre,
Forcez l'Univers d'être ne paix,
Demeurez unis à jamais,
Faites le bonheur de la Terre.

Le Choeur
Joüissez, &c.

Haut de page

 

 

Description de la Feste et du Feu d'Artifice

quoi doit étre tiré sur la Riviere, au sujet de la Naissance de Monseigneur LE DAUPHIN,
par ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V

ET par les soins de leurs Excellences MM. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea,
Ambassadeurs, & Plenipotentiaires du Roi d'Espagne

 

Le 24 Janvier 1730

 

 

L'Hotel de Boüillon est le centre de cette Fête, qui est partagée en quatre Sepctacles.

Le premier commencera à six heures du soir par l'illumination de la façade & de la Cour de cet Hôtel; sept Portiques de lumiere representent au dehors le premier coup d'oeil de cette illumination.

Tous ces Portiques sont ornez d'inscriptions conformes au sujet; on voit sur leurs ceintres des Dauphins entrelassez, les chiffres du Roi Très-Chretien, & plusieurs emblêmes ou attributs convenables à cette illustre Fête, renfermez dans des médaillons ornez de guirlande, le tout relevé d'or. L'architecture de la façade de tout l'Hôtel est artistement dessinée en lumiere, & enrichie de Lustres & de Girandoles tant aux croisées, & aux trumeaux, que sur les combles.

L'entablement qui regne sur ces Portiques est formé par des lumieres, au-dessus duquel est un Balcon ou Gallerie découverte, dont la Ballustrade est orné de girandoles, & très-bien éclairée, l'interieur de la cour est illuminé & décoré dans le même goût.

Le sommet de tout l'édifice en face de l'entrée est surmonté d'une Tour, symbolle de la Castille; elle est accompagnée aux deux côtez des chiffres, & du principal attribut des Armes de Philippe V.

 


Vue et Dessein de l'illumination faite sur la façade extérieure et intérieure de l'hotel de Bouillon pour accompagner la fête et le feu d'artifice tiré sur la Seine en face de cet hotel, par ordre et au nom de leurs Majestés Catholiques et par les soins de leurs excellences M. le marquis de Santa-Cruz et M. de Barrenechea Ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires du Roy d'Espagne, au sujet de la naissance de Monseigneur le Dauphin

 

 

Le second & principal spectacle se donnera sur la Riviere, elle représente un vaste Jardin, qui contient d'une rive à l'autre 528. pieds sur 408. prises dans le courant d'eau.

Deux Escaliers de lumiere de chaque côté de la Seine semblent servir de communication au corps & au centre du Feu; le tout est composé de plusieurs parties, dont l'assemblage peut répondre à la magnificence de Sa Majesté Catholique, & à la dignité du sujet; la principale consiste en deux Rochers de relief, ou deux Montagnes escarpées, symbole de celles qui separent la France de l'Espagne, elles sont unies par leur base, & separées par leur cime d'environ 36. pieds, & de leur appui, qui est de 138. pieds de long sur 56. de large, elles s'élevent dans leur plus grande hauteur de 82. pieds; des chûtes d'eau formées des gazes, qui font la nuit plus d'effet que l'eau même, aussi-bien que des plantes & des arbres, feront voir sur ces Montagnes une varieté charmante, telle que la nature même le produit.

Aux deux côtez de ces Rochers au-dessus & au-dessous de la Riviere, sont deux grands Parterresde 108. pieds de long sur 90. de l'arge [sic]; les bordures sont ornées d'Ifs illuminez, & d'Orangers de 12 pieds de haut chargez d'Oranges; le dessein [sic] de ces Parterres est tracé & diversifié par des lumieres, des gazons, & du sable de differentes couleurs, qui rendent les parties au naturel; du centre de ces Parterres sortent deux especes de Rochers de 30 pieds de long & 22. de large, sur 15. de haut, elles servent chacune de soutien à une figure Colossale de 26. pieds de proportion, le tout en relief; les Figures sont bronzées.

La Statue qui est au-dessus de l'eau désigne sous la figure d'un Fleuve, le Guadalquivir, qui semble féliciter la Seine sur la naissance du Dauphin; il a pour symbole un Lion qui désigne le courage & la majesté de la Nation Espagnole.

Celle est qui au-dessous, désigne, sous la figure d'une femme, la Riviere de la Seine caracterisée par le Coq, symbole de la vigilance & de l'activité des François.

Au Nort & au Midi de ces Parterres & des Montagnes, regnent six plattebandes ornées & décorées comme le reste du Jardin, trois de chaque côté, les quatre plus grandes portent 108. pieds de long sur 15. de large, les deux moindres sur la même largeur ne portent que 90. pieds de long.

Deux Escaliers de lumiere à double rampe appuyez contre les Quais, termineront le Jardin du côté du Midi & du Nort; leur chûte, depuis l'un & l'autre Quai jusqu'à la Riviere, sera de 20. pieds de haut sur 408. d'étenduë, qui fait toute celle du Jardin du Levant au Couchant, en y comprenant une suite de Décoration rustique qui accompagne les deux Escaliers, & qui semble porter des terrasses de feu.

Au pied de ces Escaliers vis-à-vis des deux Montagnes dans une distance proportionnée, sont placez deux Batteaux de 70. pieds de long sur 24. de large, ornez de sculptures & dorez, ils forment des coquillages & des glaçons, du milieu de chacun de ces Batteaux s'éleve un espece de Temple de figure octogone percé à jour, & soutenu sur huit grands Palmiers ornez de guirlande, de festons, de Fleurs, & de Lustres de cristal, ils serviront à contenir deux corps de musiques militaire composée de Timballes, de Trompettes, de Clairons, de Corps de Chasses & de Hautbois, qui se répondront les uns aux autres.

Enfin les quatre coins de ce superbe & magnifique Jardin sont terminez par quatre Tours lumineuses pendant la nuit, leur baze, qui paroîtra établie sur 4. terrasses de lumieres, est de 18. pieds de diametre sur 70. d'élevation, en y comprenant les Pavillons d'Espagne & de France qui y sont arborez, & sur les mâts desquels sont placez des Fallots dont la lumiere extraordianire fera connoître l'élevation; c'est-là que commence une partie de l'Artifice de cet agréble Spectacle, dont le signal sera donné par une décharge de Boëtes & du Canon de la Maison de la Ville, ragné & disposé le long des Galleries du Louvre.

L'on voit ensuite un combat de douze Monstres Marins tous differens, & d'une grosseur proportiennée à leur longueur, qui est de 21. pieds; ces Monstres jetteront pendant près d'une heure une grande quantité d'Artifice, & lanceront encore des Serpens & autres insectes Aquatiques qui se plongeront dans l'eau, & réparoîtront aussi plusieurs fois sur la Riviere.

A peine ce Combat sera fini, qu'on verra partir pendant près d'une heure de la racine, & par gradation des saillies & des cavitez; & enfin du sommet des deux montagnes un Corps d'artifice toujours suivi & diversifié, de maniere que le feu du pied des montagnes répondra continuellement à celui qui sortira du sommet, dont l'action particuliere ne sera interrompuë que par des volcans clairs & brillans, qui sortiront de toutes les parties de ces rochers.

Dès que l'Artifice sera tiré, il sortira du centre des deux montagnes une lumiere éclatante, qui designera la naissance d'un Soleil levant, de trente-deux pieds de diametre, qui paroîtra insensiblement, & qui sera fixe sur son horison.

Presqu'au même instant que le Soleil s'éleve sur l'horison, paroît un Arc-en-ciel de quarante pieds d'ouverture, qui prend du sommet d'une montagne à l'autre, distingué par ses couleurs naturelles: il est encore très-vif & très-lumineux, aussi-bien que la Déesse Iris, qui est dessus, portée sur une espece de nuage. Cette portion du Spectacle public sera fixe, & doit rester ainsi toute la nuit.

Toute l'ordonnance de ce second Spectacle a été conduite, & dessinée par le Sieur Servandoni, Peintre & Architecte, & premier Peintre de l'Academie Royale de Musique, connu déja par beaucoup d'autres décorations qu'il a très-bien exécutées, tant en Italie, qu'en Angleterre & en France.

 


Plan et Vue du Feu d'Artifice tiré à Paris sur la riviére le 21 janvier 1730 entre le Louvre et l'hôtel de Bouillon au sujet de la naissance de Monseigneur le Dauphin par ordre de leurs Majestés Catholiques et par les soins de leurs Excellences M. le Marquis de Santa-Cruz et de M. de Barrenechea

 

Ensuite de ces deux agréables Sepctacles qui sont pour le Public, il y aura une Fête particuliere dans la Gallerie de l'Hôtel de Boüillon: c'est une Pastorale, ou pour mieux dire, un Ballet composé de paroles, de musique, & de danses. Le Théatre occupe un tiers de cette gallerie: comme elle est richement ornée, le Sieur servandoni, auteur de cette Décoration, n'a fait que suivre le plan que lui a fourni l'ordre & la richesse de cette Gallerie; il a même si bien arrangé les idées que présente son sujet, que son architecture & ses ornemens semblent ne faire qu'un corps avec le reste de la gallerie.

On a peint sur le rideau qui est très-riche, un Dauphin, un Lion, & des Amours qui joüent & badient ensemble.

Le fond du Théatre represente un de ces Païs irreguliers, mais agreables, diversifiés par des prairies, des bois & des montagnes. On a eû soin, pour ménager le terrain de cette gallerie, de donner au plancher une pente qui approche de celle de l'Amphithéatre, pour faciliter aux Spectateurs les plus éloignés, le veuë totale de ce Spectacle. Deplus, on a élevé dans le fond de la gallerie à chaque côté de la gallerie, pour y contenir plus de monde.

Après ce Ballet, l'Assemblée se rendra dans un grand Sallon, bâti par ordre de leurs Excellences, dans le jardin de l'Hôtel de Boüillon: son élevation, qui est de 22. pieds en-dedans d'oeuvre, porte 108. pieds long sur quarante-quatre & demi de large.

Cette Salle est destinée pour le festin; on a cherché à la rendre totalement commode & magnifique.

Sept Portes, trois grandes & quatre mediocres, faciliteront le service pour six tables égales, qui seront placées sur trois lignes, & qui contiendront environ trois cens couverts, cinquante à chaque table, où se trouvera certainement la plus illustre Noblesse du Royaume.

Deux autres tables qui seront servies en ambigu, chacune d'environ 50. couverts, sont placées dans deux autres pieces qui répondent à droite & à gauche au vestibule de l'Hôtel de Boüillon. L'un de ces tables sera occupée par une jeune Noblesse françoise ou étrangere. L'autre table est destinée pour les personnes que la prudence & le respect empêcheroient de prendre place aux tables de cette grande & illustre Assemblée.

Le peuple même aura part aux liberalités bachiques de cette illustre Fête, par des Fontaines de vin qu'on fera couler aux extrêmitez de l'illumination, pendant la plus grane partie de la nuit.

Après le festin, l'Assemblée se rendra dans la gallerie où est le Théatre: on y donnera un Concert très-bien entendu. On se servira de cet intervale pour arranger la Salle d'une maniere conforme à un Bal, qui commencera d'abord par les Seigneurs & Dames de la Cour; & vers les deux heures du matin, on recevra toutes les personnes qui auront été invitées par des billets particuliers de la part de leurs Excellences. La délicatesse & l'abondance des Rafraichissemens n'y laissera rien à désirer.

 


Vue de la salle du festin et du bal construite dans le jardin de l'hôtel de Bouillon pour servir à la fête que leurs Excellences M. le Marquis de Santa Cruz et M. de Barrenechea ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires du Roy d'Espagne, donnent à Paris par ordre et au nom de leurs majestés Catholiques, au sujet de la naissance de Monseigneur le Dauphin

1 pied= 0, 3048 mètres [soit 80 pieds = 24, 384 mètres]

 

 

Ode sur la Feste Magnifique

donnée par Leurs Excellences M.M. le Marquis de SANTA-CRUZ, & de BARRENECHEA,
Ambassadeurs Extraordinaires, & Plénipotentiaires de S. M. Catholique,
au sujet de la NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN;
le vingt-quatriéme Janvier 1730

 

Sur les Rivages de la Seine,
Quels sont ces Spectacles charmants,
Où l'Art ingenieux enchaîne
Et réünit les Elements ?

Le Soleil plus brillant éclaire
Ce jour si beau, si fortuné,
Le Fleuve impétueux tempere,
Et calme son Flot mutiné.

Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps,
Et par une aimable imposture
L'Art imite ses ornements.

Sur les Eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers,
Ils lancent d'innocents Tonnerres,
Dont on ne craint point les dangers.

Icy tout plaît, icy tout brille,
Et les François sont réjoüis,
Quand sur les Tours de la Castille
Flotte le Pavillon des Lys.

Le Lyon superbe y domine
Près de son Fleuve imperieux,
A son aspect tout s'illumine,
Tout rit, & tout paroît joyeux.

Fiere de parures si belles,
La Seine voit orner ses bords,
Par le battement de ses aîles,
Le Cocq exprime ses transports.

Ah ! que de brillantes Etoiles
Se détachent du Firmament;
Et de la nuit percent les voiles,
Pour marquer un heureux moment !

Je vois au sein des Pirenées
Comme d'un nouveau Mont-Aetna,
Sortir milles ardentes fusées;
Ainsi Jupin jadis tonna.

Après que ces Feux à la ronde
Ont fait serpenter mille éclairs,
Ils vont folastrer dessus l'Onde,
Ainsi qu'ils ont fait dans les airs.

Mille Fleurs vives & brillantes
Parent ces Jardins enchantez,
Les fruits sont Grenades bruyantes
Qui tirent de tous les côtez.

Cette sulphureuse matiere
S'enflamme de mille façons,
Bondit, se plonge en la Riviere,
Et nage comme des poissons.

Les Lampions, les Girandoles
Y rameinent l'éclat du jour,
Et dans de superbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.

Au son de la vie Trompette
Se mêle le bruit du Canon,
Et le Peuple charmé, repete
De nos deux Roys l'auguste Nom.

A mainte Bacchique Fontaine
Tout le Peuple est désalteré,
Ainsi que l'eau coule en la Seine,
Partout le vin coule à son gré.

Que vois-je ? une naissante Aurore
Se leve & dore ces Coteaux,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tous nouveaux.

Iris la suit, & va descendre,
Elle nous annonce la Paix,
Sa presence doit nous l'apprendre
Et confirmer tous nos souhaits.

Que d'aimables Metamorphoses
S'achevent dans le même instant !
Où l'on voyoit croître des roses,
S'éleve un Palais éclatant.

Sa face toute décorée
Brille d'un éclat sans pareil,
Ainsi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.

Là, j'entens de sçavants Orfées
Former mille Concerts charmants,
Oüy, c'étoit ainsi que les Fées
Faisoient de doux changements.

On voit, on n'entend que merveilles,
Le Ballet se mêle aux Concerts,
Ils charment les yeux, les oreilles,
Et par le pas, & par les airs.

Pour marquer leur réjoüissance,
Des Bergers quittent leurs Hameaux,
Chantent le bonheur de la France
Au son de leurs doux Chalumeaux.

Des Dieux, des Déesses charmantes
Se plaisent d'embellir ces lieux,
Et leurs parures éclatantes
sont moins brillantes que leurs yeux.

On a dépeuplé pour la feste
Les Mers, ainsi que les Forests,
Comus mille Festin appreste,
Et l'Abondance en fait les frais.

De mille façons differentes
Le goût s'y trouve déguisé,
Et sous des Figures galantes
Le sucre est métamorphosé.

Un parterre de Confiture
Y charme le goût & les yeux,
On craint d'en briser la structure,
Tant il nous paroît prétieux.

La vive, la legere danse
Succede bien-tôt aux Repas,
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautez suivent le pas.

A voir tant de magnificence
D'Espagne, on connoît les grandeurs
D'un DAUPHIN, festant la Naissance
Par d'illustres Ambassadeurs.

A donner de superbes Festes,
Dont parlera tout l'avenir,
Qu'à chanter, les Muses sont prestes,
Vous avez bien sçû parvenir.

En ces lieux d'un Auguste Maître
Vous soûtenez la Majesté;
Nous y faisons aussi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.

Peuples, accourez de l'Espagne,
Boire la santé du DAUPHIN;
Et la Bourgogne & la Champagne,
Vous reservent son meilleur vin.

Que tout fléchisse, & que tout tremble
Au nom de nos deux sages Roys,
Et que tout l'Univers ensemble,
Ou suivre, ou respecte leurs Loix.

Rien ne sçauroit plus nous contraindre
Tous les Peuples sont nos Amis;
Desormais qu'avons-nous à craindre ?
PHILIPPE s'unit à LOUIS.

Haut de page

 

 

 

J'ay lû par ordre de Monsieur le Lieutenant General de Police, Une Ode Françoise D.L.T. sur la Feste magnifique donnée par Leurs Excellences M.M. les Ambassadeurs d'Espagne, dont on peut permettre l'Impression.

A Paris, ce quinziéme Fevrier mil sept cent trente

PASSART

Vû l'Approbation, Permis d'Imprimer.

Le quinze Fevrier mil sept cent trente

HERAULT

 

 

Haut de page