Le
Mariage
de Ragonde
& de Collin,
ou la Veillée
de Village
Divertissement
Pastoral en I Acte
Version
de 1714
paroles
de Néricault Destouches
mises
en musique de:
Jean-Joseph Mouret
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les
personnages du Divertissement:
Ragonde,
vieille paysanne
Colette, Fille de Ragonde
Mathurine, Voisine de Ragonde
Lucas, Amant de Colette
Collin, jeune paysan aimé de Ragonde
Thibaut, Magister du Village
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La
scene est dans le village de Sceaux
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Premier
Intermede
La
Veillée
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Tous
les acteurs sont autour d'une table. Les Actrices
travaillent, les unes filent à la quenouille, les
autres au rouet; quelques-une tricotent des
bas.
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Ragonde:
Allons, mes enfans, à l'ouvrage;
Tandis que je travaillerons,
J'avons ici les garçons du village,
Qui vont nous divertir par d'aimables chansons.
Collin,
Lucas & Thibaut:
Vraiment, j'en avons de nouvelles,
Que vous trouverez des plus belles.
Lucas:
Notre Magister, que voici,
N'a jamais aussi bien reussi,
Il a plus d'esprit, ce me semble,
Que tout notre village ensemble.
Thibaut,
gravement:
Vous me rendez justice, en me traitant ainsi.
Ragonde:
Et les airs sont-ils beaux ?
Lucas:
Oui, pargué ! je m'en pique:
Car c'est moi, Dieu marci,
Qui les ai tous mis en musique.
Thibaut:
Nous sommes habitans de Sceaux,
Pour combler tous nos voeux, ce bonheur doit suffire.
Rassemblons-nous ici pour chanter & pour rire:
L'été, nous danserons à l'ombre des
ormeaux.
Nous
sommes habitans de Sceaux,
Pour combler tous nos voeux, ce bonheur doit
suffire.
Ragonde:
Vous chanterez tous trois à votre tour.
Mais vos chansons parlent-elles d'amour ?
Je veux partout de la tendresse;
Sans cela, nargue les plaisirs:
Et je sens les mémes desirs
Que je sentois dans ma verte jeunesse.
Lucas
& Thibaut:
Tatigué ! la belle vieillesse !
Ragonde:
Vieillesse ! A moi, vieillesse ! O les impertinens !
Je suis un peut moins jeune que ma fille,
Mais je parois mille fois plus gentille.
J'ai la vivacité, j'ai tous les agrémens
Qu'on admiroit en moi dans mon jeune printems.
Pour mes appas, plus d'un amant s'empresse !
Lucas
& Thibaut:
Tatigué ! la belle vieillesse !
Ragonde:
Vieillesse ! A moi, vieillesse ! O les impertinens !
Allons, mes enfans, à l'ouvrage;
Tandis que je travaillerons,
J'avons ici les garçons du village,
Qui vont nous divertir par d'aimables chansons.
[Ritournelle]
Thibaut:
L'hiver qui commence son cours,
Nous fait quitter les champs & les boccages.
Nous attendons dans nos villages,
Que le Zephir ramene les beaux jours.
Nous nous rassemblons tous pendant la nuit obscure.
Que ces momens ont de douceurs !
Tout nous porte au plaisir; & malgré la
froidure,
L'amour nous fait sentir ses plus vives ardeurs.
Lucas:
Superbes habitans des villes,
Votre bonheur n'est point l'objet de nos desirs,
L'abondance & l'éclat regnent dans vos
plaisirs.
Nos jeux sont moins brillans, mais ils sont plus
tranquiles.
[Musette]
Collin:
Accourez tous, jeunes garçons;
Venez aussi, jeunes fillettes !
Ecoutez nos tendres chansons,
Et dansons tous ensemble au son de nos musettes.
De cet hiver faisons un doux printems;
L'amour l'ordonne, & nous est favorable.
Quand on sait aux plaisirs donner tous les instans,
Toute saison est agréable.
Ragonde:
Il chante mieux que vous, mon aimable Collin:
Je lui veux attache ce ruban de ma main.
Collin:
Laissez, reprenez votre ouvrage.
Ragonde:
Mon cher enfant, reçois cette faveur;
C'est un présent de mariage.
Collin:
Reprendre un époux à votre age !
Ragonde:
Oui, mon poupon; oui, mon cher coeur.
N'est-ce donc pas assez que trois mois de veuvage ?
Je ne puis plus supporter ces ennuis.
Voici le tems des longues nuits,
Et si bien-tôt je ne m'engage,
Mon bonheur, à la fin, pourra faire naufrage:
Un plaisir légitime est tout ce que je
veux.
Lucas,
Thibaut & Mathurine:
Ragonde avec Collin, le charmant assemblage !
Ragonde:
Que je nous aimerions ! Que je serons heureuse !
Lucas,
Thibaut & Mathurine:
Ragonde avec Collin, le charmant assemblage !
Ragonde:
Ah, les jolis enfans que je ferons tous deux !
Embrasse-moi.
Collin:
Laissez, reprenez votre ouvrage.
Ragonde:
Je crois que tu m'aimeras bien.
Collin:
Non, morgué ! je n'en ferai rien !
Ragonde
& Collin, ensemble:
Ragonde:
Je crois que tu m'aimeras bien.
Collin:
Non, morgué ! je n'en ferai rien !
Ragonde:
Tu fais le dégoûté ! Mais vois comme je
brille !
A qui donc en veux-tu ?
Collin:
J'en veux à votre fille !
Ragonde:
A ma fille ! Merci de moi !
Je t'étranglerois avec elle,
Plutôt que de la voir mariée avec toi
!
[tendrement]
Veux-tu me
voir mourir ?
Collin:
C'est une bagatelle.
Mourez, j'y consens de bon coeur,
Pourvu que j'épouse Colette.
Ragonde:
C'est donc ainsi que l'on me traite ?
Traître ! tu sentiras l'effet de ma fureur.
Veux-tu me voir mourir ?
Collin:
C'est une bagatelle.
Mourez, j'y consens de bon coeur,
Pourvu que j'épouse Colette.
[à
Colette]
Je crois
que tu m'aimeras bien.
Colette:
Non, Collin, je n'en ferai rien.
Collin
& Colette, ensemble:
Collin:
Je crois que tu m'aimeras bien.
Colette:
Non, Collin, je n'en ferai rien.
Mathurine:
Pargué, Collin, tu te moques du monde,
De refuser Dame Ragonde !
Elle est vieille, il est vrai, je ne l'ignorons pas;
Mais elle a des ecus, & vivent les appas
Par qui la cuisine se fonde.
Aga, quien, mon pauvre Collin,
Tu seras riche & n'auras point d'ombrage.
Si tu prends jeune femme en ce siecle malin,
Bien-tôt tu verras le voisinage
Partager avec toi les soins de ton menage.
Ragonde:
Oui, traître ! tu m'épouseras,
Ou bien tu t'en repentiras !
Si tu prends une autre pour femme,
Je vais jetter un sort sur toi;
Et je te jure, sur mon ame,
De te faire mourir, et de crainte, &
d'effroi.
Collin:
Me croyés-vous assez sot pour vous croire
?
Mathurine:
Collin se rendra quelque jour.
Ne parlons plus de votre amour,
Et que chacun conte une histoire.
Lucas:
J'en sais une, morgué ! qui vous
divertira.
Ragonde:
Je vais en dire une charmante.
Collin:
Ecoutez celle-ci, vous en serez contente.
Ragonde:
Je m'en vais commencer, & Collin me suivra.
Lucas:
Non, morgué !
Collin:
C'est à moi.
Ragonde:
Paix ! La mienne est plaisante.
Tous
Troiss Ensemble:
Lucas:
Climène, en sont jeune printems,
Dançoit un jour sur la fougère;
Elle agaçoit, devant sa mere,
Un berger qui l'aimoit depuis assez long-tems.
Ragonde:
Un jeune Berger de vingt ans
Aimoit une jeune Bergere;
Mais il plaisoit fort à la mere,
Qui vouloit l'épouser en dépit de ses
dents.
Une vieille qui avoit quatre dents,...
Collin:
Qui branloient, & ne tenoient guere;
Elle vouloit être encore mere,
En épousant, par force, un Berger de vingt
ans.
Colette:
Quoi ! parler tous ensemble ! Eh ! Bon Dieu ! quelle honte
!
Chacun, à votre tour, vous direz votre
conte.
Lucas,
seul:
Climène, en sont jeune printems,
Dançoit un jour sur la fougère;
Elle agaçoit, devant sa mere,
Un berger qui l'aimoit depuis assez long-tems.
La vieille
se mit en colère;
Il prit, pour l'adoucir, un ton doux, langoureux;
Elle l'aima, fit voir bien de l'or à ses yeux;
Et, d'amant de Climène, il devient son
beau-pere.
Ragonde,
seule:
Un jeune Berger de vingt ans
Aimoit une jeune Bergere;
Mais il plaisoit fort à la mere,
Qui vouloit l'épouser en dépit de ses
dents.
La bonne
femme étoit sorciere.
Pour punir le Berger insensible à ses feux,
Elle en fit un matou qui devint furieux,
Et se précipita du haut d'une gouttiere.
Collin:
Une vieille avoit quatre dents,
Qui branloient, & ne tenoient guere;
Elle vouloit être encore mere,
En épousant, par force, un Berger de vingt
ans.
Il
méprisa la Megere,
Elle voulut punir ce Berger dédaigneux;
Mais lui, pour prévenir ses desseins dangereux,
L'envoya soupirer au fond de la riviere.
Ragonde:
Il suffit: je t'entens, & tu me
connoîtras.
Colette,
à Ragonde:
J'avons, Lucas & moï, concerté la
maniere
Dont il faut vous venger: ne vous desolez pas.
Mathurine:
M'en croirez-vous ? laissons cette matiere.
Dansons, dansons, je ne saurions mieux faire.
[ils
dansent plusieurs Entrées, & l'Intermede finit
par une Contredanse, où tous les Acteurs & toutes
les Actrices se mêlent]
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Second
Intermede
Les
Lutins
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Scene
premiere
Thibaut, Lucas
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Lucas:
Oui, le petit maître d'Amour
Met tout en feu dans le village:
Il nous attaque nuit & jour,
Et veut que j'aimions à tout age.
Ragonde, qui devroit se montrer le plus sage,
Est folle de Collin qui ne veut point l'aimer;
Pour Colette sa fille il soupire sans cesse:
Elle se rit de sa tendresse.
Colette a sçu me plaire & j'ai sçu la
charmer.
Thibaut:
Ah ! quel charivari !
Lucas:
Ce qui me desespere,
C'est que Colette est fille de sa mere.
Thibaut:
Comment ! Est-elle folle aussi ?
Lucas:
Non, elle est sage, Dieu marci
Mais, par un injuste caprice,
Ragonde ne veut pas que je soyons heureux,
Si Collin ne consent à contenter ses voeux.
Voyez quelle injustice !
Ah ! mogué, queu tempérament !
A soixante ans être encor tout de flamme !
C'est un enchantement.
Thibaut:
Elle est amoureuse, elle est femme;
Rien ne pourra guérir ce fol entêtement.
Tu sçais dans ses desseins combien je
m'interesse.
Puisque sur son esprit la raison ne peut rien,
Pour lui donner Collin il faut suer d'adresse:
Lucas:
M'y voilà résolu, Colette le veut bien.
Heureusement pour nous, la nuit est fort obscure.
Sous ce déguisement affreux
Je prépare à Collin une triste aventure.
Colette a feint tantôt de se rendre à ses
feux,
Lui jurant de venir la trouver en ces lieux,
Dès le moment que sa mere endormie
Lui laisseroit le tems d'echapper à ses yeux:
Collin qui l'aime à la folie,
Va s'y rendre au plutôt, dans l'espoir d'être
heureux.
J'ai mis dans notre intelligence
Quelques jeunes garçons déguisés comme
moi,
Et la vieille amoureuse a conçu
l'espérance
De s'assurer Collin, par la crainte & l'effroi.
Vous nous seconderez.
Thibaut:
Tu verras des merveilles.
Quand il s'agit de faire un tour malin,
Je ne plains point ni mes soins, ni mes veilles.
Lucas:
Quelque bruit, ce me semble, a frappé mes
oreilles,
Retirons-nous, c'est l'amoureux Collin.
|
|
Collin,
seul:
Jamais la nuit ne fut si noire;
Mais son obscurité favorise mes voeux.
Colette va venir, que je serai heureux !
Mon bonheur est si grand, que j'ai peine à le
croire.
Hate-toi de me rendre heureux:
Accours, mon aimable Colette;
La nuit nous cache aux regards curieux.
Que de moments perdus ! Ah ! que je les regrette !
Et toi, vieille marâtre, objet trop odieux,
Qui veux faire adorer tes paupieres vermeilles,
Ah ! puisse le sommeil si bien fermer tes yeux,
Que jamais tu ne te réveilles.
[on
entend une Symphonie lugubre & des voix
confuses]
J'entens
un bruit affreux ! Il redouble. Quels cris !
Plusieurs
voix crient de loin d'un ton étouffé:
Collin ! Collin ! Collin !
Collin:
Je tremble, je frissonne.
[deux
Lutins dansent, ou plutôt courent autour de lui, &
ils lui soufflent dans le visage]
On court
autour de moi; je n'entens plus personne.
Plusieurs
voix sur le ton marqué ci-dessus:
Collin ! Collin ! Collin !
[deux
autres Lutins dansent une Entrée fort vive, & lui
donnent des coups de pied]
Collin:
Ah ! ce sont des Esprits !
Fuyons ! Je ne le puis. La force m'abandonne.
Hélas ! je craignois que le jour
Ne vint trop tôt chasser la nuit obscure:
Que ne puis-je à present avancer son retour !
Maudite nuit ! Maudit amour !
Mais il faut que je me rassure.
Peut-être on m'a joué ce tour,
Ou ma seule frayeur cause cette aventure.
Allons, ferme, Collin; faisons bonne figure.
J'ai ma lanterne, par bonheur;
Ouvrons-la. Je me sens revenir le courage.
Par la mort ! si quelqu'un ose me faire peur,
Je lui déchirerai les yeux & le
visage.
[deux
Lutins entrent; l'un lui arrache sa lanterne, &
éteint la lumiere; l'autre lui donne un soufflet: le
tout se fait en même tems]
Collin:
Je suis mort ! Au secours ! Ne puis-je m'en aller
?
[deux
autres Lutins viennent chacun avec un flambeau
allumé, & s'opposent à sa fuite, se
presentant toujours devant lui, ensuite ils lui
disent:]
Les
Lutins:
Si tu sors de ta place,
Nous allons t'étrangler.
Collin:
Je crois que le sabat vient ici s'assembler.
Eh ! messieurs les sorciers, je vous demande grace
!
Trois
Lutins:
Si tu sors de ta place,
Nous allons t'étrangler.
[plusieurs
Demons viennent danser une Entrée, & par leurs
gestes augmentent sa frayeur]
Trois
Lutins:
Nous courons par tout le monde
Pour tourmenter les humains:
Ils n'échappent de nos mains
Que par l'ordre de Ragonde.
Premier
Lutin:
Elle a sur nous un pouvoir absolu.
Deuxiéme
Lutin:
Jusqu'au fond des Enfers sa voix se fait
entendre.
Troisiéme
Lutin:
Les Démons, les Sorciers, prés d'elle vont se
rendre,
Et font toutes les nuits ce qu'elle a
résolu.
Le Choeur
des Lutins:
Vos secrets & votre puissance,
Ragonde, inspirent le respect:
Ministres de notre vengeance,
Nous frémissons à votre aspect.
[Entrée
de plusieurs Lutins & Demons qui menacent Collin, &
qui ensuite le prennent & l'enlevent]
Collin:
Au secours ! on m'emporte !
Ragonde, helas ! me laissez-vous perir ?
|
Scene
3
Ragonde, Collin, Thibaut, Lucas,
Troupe de Lutins & de Démons
|
|
Ragonde:
Hé bien ! traitre, veux-tu mourir,
Ou contenter l'ardeur qui me transporte ?
Ces Lutins pour jamais vont se saisir de toi,
Si tu ne me promets de me donner ta foi.
Collin:
Ah ! dissipez mes cruelles alarmes,
Adorable Ragonde ! & je suis tout à vous.
Oui, c'en est fait, je me livre à vos charmes,
Je fais de vous aimer mon bonheur le plus doux.
Ragonde:
Mais il faut m'épouser, c'est un point
necessaire.
Collin:
Me voila soumis à vos lois.
Je cous épouserois cent fois,
Plutôt que d'attirer sur moi votre colere.
Ragonde:
Puisque mon cher Collin ne songe qu'à me plaire,
Démons, rentrez dans les Enfers,
Partez, Lutins, volez au bout de l'univers.
|

Troisiéme
Intermede
La
Noce & le Charivari
|
|
[Marche
de Paysans & de Paysannes. Lucas donne la main à
Colette; & Ragonde, couronnée de fleurs &
parée ridiculement, est conduite par Collin.
Aprés que la marche est finie, le Magister dit ces
paroles:]
Le
Magister:
A la noce, à la noce; allons, accourez tous.
Rions, chantons, dansons, faisons les fous.
Le Choeur
de Paysans & de Paysannes:
A la noce, à la noce; allons, accourez tous.
Rions, chantons, dansons, faisons les fous.
Le
Magister:
Pour célébrer un double mariage,
Nous assemblons tout le village.
Que Lucas est heureux ! Quels seront ses plaisirs !
Mais Collin va jouir d'un plus doux avantage,
Ragonde, objet de ses soûpirs,
Se livrera bien-tôt à ses brûlans
desirs.
O nuit ! vient achever ce charmant assemblage !
Le
Choeur:
O nuit ! vient achever ce charmant assemblage !
A la noce, à la noce, accourez tous.
Rions, chantons, dansons, faisons les fous.
Lucas:
J'ai soupiré long-tems pour l'aimable Colette,
Colette soupiroit pour moi.
J'étions amant, je vivois sous sa loi,
Et je goûtions tous deux une douceur parfaite.
Me voila son époux, & ce lien charmant
L'oblige à m'obéir; c'est la loi du
village
Mais pour faire un bon mariage,
Colette & moi j'agissons prudement:
Je voulons ignorer que je som'en ménage.
Colette est ma maîtresse, & je suis son
amant.
Colette:
Lucas, je t'en fais la promesse,
Je serai toujours ta maîtresse;
Tu seras mon amant, & non pas mon époux;
C'est le moyen de nous aimer sans cesse.
Pour conserver des noms si doux,
Ne sois jamais querelleur ni jaloux.
Garde-toi de brûler d'une nouvelle flamme;
Si je m'en aperçois, je le dis entre nous,
Dès le moment je te traite en époux,
Et je deviens ta femme.
Thibaut:
Chantons, chantons ensemble, & que l'écho
répéte:
Vive Lucas ! Vive Colette !
Ils ont trouvé tous deux
Le secret d'être heureux !
Le
Choeur:
Chantons, chantons ensemble, & que l'écho
répéte:
Vive Lucas ! Vive Colette !
Ils ont trouvé tous deux
Le secret d'être heureux !
Thibaut:
Ce n'est que dans notre village,
Ce n'est que dans ce beau séjour
Qu'on trouve le secret d'être heureux en
ménage:
Ailleurs, quand on s'engage,
Le jour du mariage,
A peine est-il un jour heureux.
Le
Choeur:
Chantons, chantons ensemble, & que l'écho
répéte:
Vive Lucas ! Vive Colette !
Ils ont trouvé tous deux
Le secret d'être heureux !
Ragonde,
à Collin:
On chante Lucas & Colette;
Et l'on ne parle point de nous.
Le
Choeur:
Vivez, vivez, heureux époux,
Goûtez une douceur parfaite.
Collin, en
pleurant:
Quelle douceur ! Helas !
Lucas:
Quoi ! Collin, tu verses des larmes
Dans ce moment pour toi si plein de charmes ?
Collin:
Je ne pleurerois pas,
Si Lucas étoit à ma place,
Et si j'étois à celle de Lucas.
Ragonde:
Quoi ! même aprés l'hymen tu me
mépriseras ?
Collin:
Que voulez vous donc que je fasse ?
Je ne pleurerois pas,
Si Lucas étoit à ma place,
Et si j'étois à celle de Lucas.
Ragonde:
Tu dois oublier Colette,
Elle est jeune, elle est folette,
Elle pourroit trahit ses feux;
Mais avec moi tu seras plus heureux.
Je ne serai volage ni coquette.
Tu peux compter sur ma fidélité.
Pour tout autre que toi tu me verras cruelle.
Collin:
Eh ! qui diable seroit tenté
De vous rendre infidelle ?
Ragonde:
Merci de moi !
Me traiter de la sort,
Aprés m'avoir donné ta foi !
La fureur me transporte;
Démons, Lutins, Sorciers, accourez me vanger
D'un mari qui veut m'outrager.
Collin, se
jettant à ses pieds:
Pardon, ma chère épouse !
Mon amour pour Colette expire à vos
genoux.
Ragonde:
Garde toi bien de me rendre jalouse,
Et songe à t'acquitter des devoirs d'un
époux.
[tous
les Paysans & les Paysannes qui avoient disparu pendant
le dialogue de Ragonde & Collin, viennent avec les
instrumens propres pour un Charivari]
Thibaut:
Que l'on chante par tout le monde
Le bonheur de Collin, les plaisirs de Ragonde.
Le
Choeur:
Que l'on chante par tout le monde
Le bonheur de Collin, les plaisirs de Ragonde.
Thibaut:
Son coeur sensible à soixante ans
Ressent les feux les plus ardens.
Pour contenter sa flamme,
La bonne femme
Prend un jeune mari,
Charivari, charivari, charivari !
Le
Choeur:
Charivari, charivari, charivari !
Lucas:
Pour éviter la disgrace ordinaire,
Collin, délicat & jaloux,
Ne veut point devenir l'époux
D'une jeune Bergere.
Colette est, à ses yeux, moins belle que sa mere.
Suivez, jeunes garçons, l'exemple que voici.
Charivari, charivari, charivari !
Le
Choeur:
Charivari, charivari, charivari !
Lucas,
Thibaut & Ragonde:
Que l'on chante par tout le monde
Le bonheur de Collin, les plaisirs de Ragonde.
Thibaut:
Vive la bonne femme & le jeune mari !
Charivari, charivari, charivari !
[on
danse, & l'intermede finit par la même marche qui
l'a commencé, & par un
Charivari]
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