Daphnis
& Alcimadure
Pastorale
Languedocienne en un Prologue & III Actes
representé
devant le Roi, à Fontainebleau,
le 29 Octobre 1754
livret
de Jean-Jospeh Cassanéa de Mondonville
musique
de: Jean-Jospeh
Cassanéa de Mondonville
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PROLOGUE
Les
Jeux Floraux
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Sujet
du Prologue
Les
Jeux Floraux de Toulouse furent institués en
l'honneur de la Déesse Flore. Les quatre Prix de
Poësie qu'on y donne tous les ans, ont
été fondés par Clemence Isaure, Dame
aussi distonguée par sa naissance que par son esprit.
La distribution s'en fait la premier & le trois Mai;
& cette cérémonie rassemble, durant ces
trois jours, à Toulouse, un concours nombreaux
d'Estrangers, qui s'y rendent en foule des Provinces
voisines. Ce ne sont alors que Danses &
Sérénades continuelles par toute la Ville. On
a cru pouvoir choisir un moment si agreable pour
l'idée d'un Prologue, dont l'objet est d'annoncer
l'Ouvrage qu'on va représenter, & de
préparer le Spectateur au langage du Pays.
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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Isaure
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La
Dlle Chevallier
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Jardiniers
& Jardinieres,
Peuples,
Nobles
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Le
Théâtre représente le Jardin de Clemence
Isaure, & son Palais dans le fond
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Scene
premiere
Isaure, sa Suite, Jardiniers &
Jardinieres
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[on
danse]
Isaure:
Dans ce séjour riant & fortuné,
Phoebus, Flore & l'Amour ont fixé leur
Empire;
On y voit de leurs mains le Printems couronné,
Les coeurs sont adoucis par l'air qu'on y
respire.
Isaure
& le Choeur:
On n'y craint point les rigueurs des hivers,
On n'y craint point l'inconstance des Belles,
Nos arbres y sont toujours verds,
Et nos Amans toujours fidelles.
[on
danse]
Isaure:
Pour que l'Amour soit durable & charmant,
Il faut au sentiment
Joindre la badinage;
Et qu'un fidelle amant
Ait l'enjoument
D'un coeur volage.
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Scene
2
Isaure, sa Suite, Jardiniers & Jardinieres,
Peuples
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[on
danse]
Isaure:
Icy sans art & sans détour,
L'esprit tient tout du coeur, & sçait se faire
entendre.
Sans chercher à briller, il est naif &
tendre,
Le Dieu des Vers n'est que le Dieu d'Amour.
Isaure
& le Choeur:
Nous ne cherchons point d'autre gloire
Que le plaisir de bien aimer.
On a quand
on le sent, le don de l'exprimer,
Et de la faire croire.
Ah ! qu'il
est doux de bien aimer,
Nous ne cherchons point d'autre gloire.
[on
danse]
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Scene
3
Isaure, sa Suite, Jardiniers & Jardinieres, Peuples,
Nobles
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Isaure:
Peuples, il faut dans ce beau jour
D'un siecle si chéri transmettre la memoire;
Et je veux que des prix couronne la victoire
De ceux qui sçauront mieux chanter le tendre
Amour.
Le
Choeur:
Que ta gloire vole & s'étende;
Sonnés Trompettes qu'on entende
Le nom d'Isaure éclater dans nos Jeux,
Qu'il triomphe à jamais, & qu'il règne en
ces lieux.
[on
danse]
Isaure:
Pour consacrer nos Jeux par un heureux augure,
Dans notre langage enchanteur
Intéressons l'Amour. Traçons par quel
bonheur
Daphnis sçut attendrir la fiere Alcimadure;
De leur simplicité la naïve peinture
Est l'image de notre coeur.
Le
Choeur:
Que ta gloire vole & s'étende;
Sonnés Trompettes qu'on entende
Le nom d'Isaure éclater dans nos Jeux,
Qu'il triomphe à jamais, & qu'il règne en
ces lieux.
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|
Avertissement
On
sçait en général quelle fut l'origine
& quels ont été les progrès de
l'ancienne Langue Provençale. Formée dans nos
Provinces Méridionales, des débris de la
Langue Romaine, elle y fleurit en peu de tems, & c'est
de là que dès le neuviéme & le
dixiéme siécle, elle s'étoit
répandue dans plusieurs Cours de l'Europe. Cette
célébreité qui la fit accueillir par
tout où l'on se picquoit alors de politesse, elle la
dût à ses Poëtes & surtout à
l'usage qu'il firent de la Rime dont ils ont
été les inventeurs. Notre Langue Toulousaine
est à quelques changements prés la même
que cet Ancien Provençal. On y trouve avec le
même génie & les mêmes tours, cette
douceur & cette naïveté tendre qui se
prête si bien à l'expression du sentiment. Je
l'ai crue par ces raisons favorable à la Musique,
& c'est dans cette vûe que j'ose ne offrir un
essai dont le zéle m'a fait concevoir l'idée
& pour lequel je demande de l'indulgence en faveur du
motif.
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|
Pour
entendre plus facilement les Paroles Languedociennes, il
faut:
I° -
Terminer en e, ou en er, la
plûpart des mots terminés en a,
ou en at.
Par exemple: livertat, traduisez liberté; Dansa,
dansér, &c.
II° -
Il faut changer dans plusieurs mots les b en
v consonne.
Par exemple: Bous, traduisez, vous; Bilatge, village; Bibo,
vivre, &c.
III°
- L'o doit se changer en
é muet.
Par exemple: Noubéllo, lisez nouvelle; Péno,
peine, &c.
IV° -
Terminer en ée, les mots
terminés en ado.
Par exemple: Armado, armée; Determinado,
déterminée, &c.
Le mot de
Péccaye, est un terme de sentiment
qu'on ne sçauroit exprimer en François. Il en
est de même de plusieurs autres termes
Languedociens.
On
trouvera au-dessus de chaque vers, la traduction des mots
les plus difficiles.
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les
personnages de la Pastorale:
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les
interprètes:
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Daphnis
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le
Sr Jéliote
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Alcimadure
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La
Dlle Fel
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Jeanet,
Frere d'Alcimadure
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le
Sr de La Tour
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Bergers
& Bergeres,
Pastres, Chasseurs,
Mariniers & Marinieres
|
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La
Scene est en Languedoc
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Daphnis
é Alcimaduro
Pastouralo
Languedociéno
|
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Le
Théâtre représento lou hamél
d'Alcimaduro entourat d'albres
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Daphnis:
Hélas ! Pauret, que faréy jou !
Tant m'a blassat lou Diu d'amou.
Despéy que l'él d'Alcimaduro
A dedins moun cor amourous
Alucat milo fou gayrous,
Souffri la péno la pu duro.
Per fini
ma tristesso,
Diu menet, ben dedins aqueste loc;
De toun ésprit présto me tout lou foc;
Per pla parla de ma tendrésso.
Més
yéu bézi béni lou Soulél de mous
éls
Qu'és bélo, qu'éy rasou de pourta sa
cadéno
Par sabé ço qu'ayci l'améno
Anennoun l'éspia dejouts aquéls
raméls.
[Daphnis
cachat]
|
Daphnis:
Pauvre Daphnis, que ferai-je ?
Tant m'a blessé le Dieu d'Amour
Depuis que l'oeil d'Alcimadure
Dans mon coeur amoureux
A allumé mille brasiers
Je souffre la peine la plus dure.
Pour
finir la tristesse,
Petit Dieu d'Amour, viens dans ce lieu;
De ton esprit, prête moi le feu;
Pour bien parler de ma tendresse.
Mais
je vois arriver le soleil de mes yeux
Qu'elle est belle, que j'ai raison de porter sa
chaîne
Que sçavoir ce qu'icy l'amene
Allons l'épier sous ces rameaux.
[Daphnis
se cache]
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Alcimaduro:
Gasouillats auzeléts à l'oumbro dél
fuillatge,
Quand bous fuilats moun cor és encantat.
Entendi bé, que dins bostre lentgage,
Bous celebrats la libertat.
El'és
lou plazé de ma bido,
Car, yéu la canti coumo bous;
Tabé fan céss'élo me crido,
Qu'élo soulo pot rendr'hurous.
Gasouillats
auzeléts, &c.
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Alcimadure:
Petits oiseaux à l'ombre du feüillage,
Quand vous sifflez mon coeur est enchanté.
J'entends bien que dans vostre langage,
Vous celebrez la liberté.
Elle
est le plaisir de ma vie,
Car, je la chante comme vous;
Aussi sans cesse elle me crie,
Qu'elle seule peut rendre heureux.
Petits
oiseaux, &c.
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Sçéno
3
Alcimaduro, Daphnis
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Alcimaduro:
Boun-jour joüiné Daphnis.
Daphnis:
Boun-jour bélo Pastouro.
Alcimaduro:
Bous benéts pla mayti dins aquesto demouro
?
Daphnis:
Hélas ! Nous dormi pus.
Alcimaduro:
Péccayre, qual mal'hou !
E' qui pot bous causa paréillo languissou
?
Daphnis:
L'Amour.
Alcimaduro:
Coussi, l'Amour fa talo péno ?
Daphnis:
D'un pichot trét pus pounchut
qu'un'alzéno,
Lou Diu nenet ambé sa biro d'or,
Lou jour de l'an m'a donnat per éstréno,
May de cent cops tout al traber d'al cor,
Que foüi surprés, coumo yéu nou foüi
mor !
N'oun podi
pus, despéy qu'à la mal'houro,
Ey rencontrat aquél malin enfan?
N'abio per Cour qu'uno joüino Pastouro,
Pu bélo qu'él, que tout en fadéjan,
Quand me tirabo, li tenio la man.
Alcimaduro:
Bous plagni de souffrir un tan cruél
martiro.
Daphnis:
Ma Pastouro sap pas, coumben moun cor souspiro.
Alcimaduro:
Bous la cal oublida, se bouléts
ést'hurous.
Daphnis:
Aco n'és pas poussible.
Po-on ést'insensible ?
Lou Cél n'a qu'un Soulél, ma Pastouro n'a
dous.
Alcimaduro:
De la béyr'un moumen, on a l'amo rabido.
Alcimaduro:
Qual és aquél oubjét, tant bél,
tan précious ?
Daphnis:
Bous lou bouléts sabé ?
Alcimaduro:
Digats, digats.
Daphnis:
Es bous.
Alcimaduro:
Bous trufats, yéu nou foüi pas
bélo.
Daphnis:
Bous fiats de la béutat, lou pu parfét
moudélo.
L'amour
nou bol per tout charma
Que l'él d'Alcimaduro.
Tout semblo per bous s'anima
Dins touto la naturo.
Bous fabéts tan ben emflama,
Perqué nous fabéts pas ayma ?
Alcimaduro:
Lou Diu de la tendrésso
Es un Diu rigourous.
Toutjoun dins la tristésso
Nous plounjoun sas douçous.
Bous pensats à mestresso,
Gardats bostres moutous.
Daphnis:
Ah ! que moun sort és mal'hurous !
Alcimaduro:
Anats counta floutét'à qualqu'autro
Pastouro.
Daphnis:
Ah ! Bous me coundannats à mourir à
tout'houro.
Bous nou bouléts pus m'éscouta ?
Alcimaduro:
Encar'un cop, layssats m'ésta.
Daphnis:
Lous Pastouréls de moun bilatge,
Per bous m'an proumés de dansa;
Souffréts que per prumier houmatge,
Daphnis cerqu'à bous amusa.
Acimaduro:
O per aco lou boli pla.
Daphnis:
Elis foun al prouchen boucatge,
Qu'ambé plazé bau lous cerqua.
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Alcimadure:
Bon-jour jeune Daphnis.
Daphnis:
Bon-jour belle Bergere.
Alcimadure:
Vous venez de bon matin dans cette demeure ?
Daphnis:
Hélas ! je ne dors plus.
Alcimadure:
Pauvre enfant, quel malheur !
Et qui peut vous causer une pareille langueur ?
Daphnis:
L'Amour.
Alcimadure:
Comment, l'Amour fait une telle peine ?
Daphnis:
D'un petit trait plus pointu qu'un alêne,
Le petit Dieu avec sa flêche d'or,
Le jour de l'an m'a donné pour étrenne,
Plus de cent coups tout au travers du coeur,
Que je suis surpris, comme je ne suis point mort
!
Je
n'en puis plus, depuis qu'au moment fatal,
J'ay rencontré cet enfant malin.
Il n'avoit pour Cour qu'une jeune Bergere,
Plus belle que lui, qui tout en folâtrant,
Quand il me tiroit, elle lui tenoit la main.
Alcimadure:
Je vous plains de souffrir un si cruel martire.
Daphnis:
Ma Bergere ne sçait pas, combien mon coeur
soupire.
Alcimadure:
Il la faut oublier, si vous voulez estre heureux.
Daphnis:
Cela n'est pas possible.
Peut-on estre insensible ?
Le Ciel n'a qu'un Soleil, ma Bergere en a deux.
Alcimadure:
De la voir un moment, on a l'ame ravie.
Alcimadure:
Quel est cet objet, si beau, si précieux ?
Daphnis:
Vous le voulez sçavoir ?
Alcimadure:
Dites, dites.
Daphnis:
C'est vous.
Alcimadure:
Vous vous mocqués, je ne suis pas belle.
Daphnis:
Vous estes de la beauté le plus parfait
modele.
L'amour
ne veut pour tout charmer
Quel l'oeil d'Alcimadure.
Tout semble par vous s'animer
Dans toute la nature
Vous sçavez si bien enflammer
Pourquoi ne sçavez-vous pas aimer ?
Alcimadure:
Le Dieu de la tendresse
Est un Dieu rigoureux.
Toujours dans la tristesse
Nous plongent ses douceurs.
Vous pensez à vostre maistresse,
Pensez à vos moutons.
Daphnis:
Ah ! que mon sort est malheureux !
Alcimadure:
Allez conter fleurette à une autre
Bergere.
Daphnis:
Ah ! vous me condamnez à mourir à toute
heure.
Vous ne voulez plus m'écouter ?
Alcimadure:
Encore une fois, laissez-moi en repos.
Daphnis:
Les Bergers de mon village,
Pour vous m'ont promis de danser;
Souffrés que pour premier hommage,
Daphnis cherche à vous amuser.
Alcimadure:
O pour cela je le veux bien.
Daphnis:
Ils sont au prochain boccage,
Qu'avec plaisir je vais les chercher.
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Sçéno
4
Alcimaduro, Jeanet
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Alcimaduro:
D'aquél amour me fario pla passado...
Jeanet:
Te trobi tout'embarassado,
Souréto, qui pot' t'alarma ?
Alcimadure:
Bous me bezéts pla couroussado,
Daphnis s'abiso de m'ayma.
Jeanet:
Daphnis ?
Alcumaduro:
Rés n'és pu beritable.
Jeanet:
Aquél Pastour és ritche, aymable,
Dous coumo mél, persué lou rebuta ?
Alcimaduro:
Bous bouléts dounc que m'en bengo counta ?
Jeanet:
Nou boli que bostr'abantatge,
Un partit coum'aquél debrio bous agrada.
Ben que joüinéto, fiats d'un atge,
Où l'on pot pla se marida.
Alcimaduro:
Lou plazé de la bido,
Aco's la gayétat,
E' quand on se marido,
On perd sa libertat.
Jeanet:
Souréto, tu n'ou fiés pas fatge,
Per tu Daphnis és un reésor.
Alcimaduro:
Nou boli pas douna moun cor
A qui pot debeni boulatge.
Qui se countento de soun sor,
Nous desiro rés dabantatge.
Jeanet:
S'él t'aymabo sincéromen ?
Alcimenduro:
Sario surpréz'assuromen.
Jeanet:
Esproubo lou.
Alcimenduro:
Yéu nou foüi pas prou fino,
Rés n'és troumpor coumo la mino;
Nou gauzi pas.
Jeanet:
Quand faras à l'oustal,
Daphnis bendra rouda dins nostre comunal.
Se lou trobi soulét, bay, bay, l'aysso me fayre,
Esproubaréy pla toun fringayre.
[on
entend un Prélude]
Qual'és
aquél'aubado ?
Alcimaduro:
Aco's Daphnis que ben
El nou bous counéy pas.
Jeanet:
Me salbi bitomen.
|
Alcimadure:
De cet amour je me serois bien passé...
Jeanet:
Je te trouve toute embarassée,
Petite soeur, qui peut t'allarmer ?
Alcimadure:
Vous me voyez bien couroucée,
Daphnis s'avise de m'aimer.
Jeanet:
Daphnis ?
Alcimadure:
Rien n'est plus véritable.
Jeanet:
Ce Berger est riche, aymable,
Doux comme le miel, pourquoi le rebuter ?
Alcimadure:
Vous voulés donc qu'il m'en vienne conter
?
Jeanet:
Je ne veux que vostre avantage,
Un parti comme celui-là devroit vous
agréer.
Quoique jeunette, vous estes d'un age,
Où l'on peut bien se marier.
Alcimadure:
Le plaisir de la vie,
C'est la gayté,
Et quand on se marie,
On perd sa liberté.
Jeanet:
Petite soeur, tu n'es pas raisonnable,
Pour toi Daphnis est un trésor.
Alcimadure:
Je ne veux pas donner mon coeur
A qui peut devenir volage.
Qui se contente de son sort,
Ne désire rien davantage.
Jeanet:
S'il t'aimoit sincerement ?
Alcimadure:
Je serois surprise assurément.
Jeanet:
Eprouvez-le.
Alcimadure:
Je ne suis pas assez fine,
Rien n'est trompeur comme la mine;
Je n'ose pas.
Jeanet:
Quand tu seras à la maison,
Daphnis viendra roder dans nostre commune.
Si je le trouve seul, va, va, laisse-moi faire,
J'éprouveray bien ton amant.
[on
entend un Prélude]
Quelle
est cette aubade ?
Alcimendure:
C'est Daphnis qui vient
Il ne vous connais pas.
Jeanet:
Je me sauve bien vite.
|
Sçéno
5
Daphnis, Alcimaduro, Pastous, Pastouros,
Pastres
|
|
Daphnis:
Per playr'à ma bélo Pastouro,
Benéts mous jantis compagnous
L'amour ayci fa sa demouro,
Dansats, sautats, trémoussats bous.
[on
danso]
Chor:
Coumo lou lum de la naturo,
Forço d'ésclore milo flous,
Tabé lous éls d'Alcimaduro
Forçoun les cors d'éstr'amourous.
[on
danso]
Daphnis:
Qui béy la bél'Alcimaduro
Béy l'astre lou pu bél,
Per charma touto la naturo,
Nou li cal qu'un coup d'él.
Per aquélo Bénus Noubélo,
On béy lous amours enfantéts,
Boultija fan céss'aprés élo
Coum'uno troupo d'auzeléts.
[on
danso]
Daphnis:
Bezéts l'ourmél per las flourétots
Boulega sous joüinés raméls.
Escoutats dans pichots auzéls
Las amourousos canfounétos,
Per tout charma lou Dieu nenet
Tiro fan césso de l'arquét
N'oublido rés dins la naturo
Hormis lou cor d'Alcimaduro.
[on
danso]
Daphnis:
Poulido Pastourélo,
Perléto das amous;
De la Roso noubélo,
Esfaçats las coulous;
Perqué féets bous tan bélo ?
E' yéu tan amourous !
Poulido Pastourélo,
Perléto das amous;
Ben que me fiats cruélo,
Yéu n'aymeréy que bous.
[on
danso]
Daphnis
é lou Chor:
Al Diu d'amour, rés nou pot resista...
Alcimaduro:
Bous celebrats trop la tendrésso,
Perqué tan souben la canta ?
Daphnis:
Quand on la cant'à sa mestrésso,
On nou pot trop la repeta.
Daphnis
nou cerquo qu'à bous playre,
Aco's tout soun countentomen,
Nou troubaréts jamay fringayre,
Que bous ayme pu tendromen.
Alcimaduro:
M'en cam ana trouba moun frayre,
Excusats moun empréssomen.
[élo
sort]
Daphnis:
Elo s'en ba coum'un ésclayre,
Amour, ben fini moun tourmen.
[Fin
dél prumier Acte]
|
Daphnis:
Pour plaire à ma belle Bergere,
Venés mes gentils compagnons
L'amour icy fait sa demeure,
Dansés, sautés, trémoussés
vous.
[on
danse]
Le
Choeur:
Comme la lumiere de la nature
Force d'éclore mille fleurs,
De même les yeux d'Almacidure
Forcent les coeurs à l'amour.
[on
danse]
Daphnis:
Qui voit la belle Alcimadure
Voit l'astre le plus beau,
Pour charmer toute la nature,
Il ne lui faut qu'un coup d'oeil.
Pour cette Venus nouvelle,
On voit les amours enfantins,
Voltiger sans cesse aprés elle
Comme une troupe de petits oiseaux.
[on
danse]
Daphnis:
Voyez le jeune ormeau pour les fleurettes
Agiter ses jeunes rameaux.
Ecoutez des petits oiseaux
Les amoureuses chansonnettes.
Pour tout charmer le petit Dieu
Tire sans cesse de son arc
Il n'oublie rien dans la nature
Hormy le coeur d'Alcimadure.
[on
danse]
Daphnis:
Jolie Bergere,
Perle des amours;
De la Rose nouvelle,
Efface les couleurs;
Pourquoi estes-vous si belle ?
Et moi si amoureux !
Jolie Bergere,
Perle des amours;
Quoi que vous me soyez cruelle,
Je n'aimeray que vous.
[on
danse]
Daphnis
& le Choeur:
Au Dieu d'amour, rien ne peut résister...
Alcimadure:
Vous célébrez trop la tendresse,
Pourquoi si souvent la chanter ?
Daphnis:
Quand on la chante à sa maistresse,
On ne peut trop la repeter.
Daphnis
ne cherche qu'à vous plaire,
C'est tout son contentement,
Vous ne trouverez jamais d'amant,
Qui vous aime plus tendrement.
Alcimadure:
Il faut que j'aille trouver mon frere,
Excusez mon empressement.
[elle
sort]
Daphnis:
Elle s'en va comme un éclair,
Amour, viens finir mon tourment.
[Fin
du premier Acte]
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|
Lou
Théâtre répresento lous entours
dél hamél d'Alcimaduro; das oustals d'un
coustat, das albres de l'autre, é dins lou foun un
bosc
|
Sçéno
1
Jeanet, habillat en Milicien, Troupo de
Pastous
|
|
Jeanet
é lou Chor:
Per trioumpha dél loup falbatge
Que desolo nostre cantou,
Amics, anen, prengran couratge,
Fazen brilla nostrobalou.
Jeanet:
Per li douna dedins la panso,
Anats toutis bous prépara.
Quand caldra coumença la danso,
Un de bous aus m'abertira.
|
Jeanet
& le Choeur:
Pour triompher du loup sauvage,
Qui désole notre canton,
Amis, allons, prenons courage,
Faisons briller nostre valeur.
Jeanet:
Pour lui donner dedans la panse,
Allez tous vous préparer.
Quand il faudra commencer la danse,
Un de vous m'avertira.
|
|
Jeanet:
Per Daphnis, l'habit de miliço
Es un déguisomen noubél;
Boli li rendr'un boun oufiço
Se soun amour és pla fidél.
Més,
aprocho d'ayci.
[Dins
lou tens que Daphnis aribo, Jeanetse mét à
léscar]
|
Jeanet:
Pour Daphnis, l'habit de milicien
Est un déguisement nouveau;
Je veux lui rendre un bon office
Si son amour est bien fidelle.
Mais,
il approche d'icy.
[Dans
le temps que Daphnis arrive, Jeanet se met à
l'écart]
|
Sçéno
3
Daphnis, Jeanet à léscar
|
|
Daphnis:
Hélas ! qui me raméno
Dedins aquesté loc ?
Nous béni que cerqua da péno,
Sensé poudé calma moun foc.
Jeanet:
Persué sios tu soulet ayci deban ma porto
?
Daphnis:
Moussu... nous fabi pas.
Jeanet:
Per parla de la sorto,
Sabés tu qui jou soüi ?
Daphnis:
Perqué me menaça ?
Yéu nous bous disi rés que bous
posc'oufença.
Jeanet:
Bous fazéts pla, car Jeanet n'és pa
tendre.
Daphnis:
Puléu que de bous courouça,
M'en bau parti fan pus atendre.
Jeanet:
Noun pas, noun pas, aco me sera doux
De sabé ço que bous améno.
Daphnis:
Bezéts un Pastourel que port'uno cadéno
Que lou fara mourir.
Jeanet:
Ah, bous fiéts amourous ?
E' dequi se bous play, parlats ?
Daphnis:
D'uno cruélo,
Que Bénus troubario trop bélo.
Acablat de milo rigous,
Nous podi biure que per élo.
Jeanet:
On pot quand on és mal-hurous
Se dispensa d'éstre fidélo.
Anats,
benéts, passejats bous,
Arpentats coulinos, mountagnos,
Per éstr'encaro pus hurous,
Fazéts trés ou quatre campagnos.
Daphnis:
A que tout aco serbira ?
Per tout l'amour me séguira.
Jeanet:
N'abéts jamay bist de bataillos ?
De bastions, ni de muraillos ?
D'houzars, de siétge, de canou ?
De boumbos, de carcassos ?
Daphnis:
Nou.
Ni lous
clarins, ni las troumpétos,
Nou troubloun pas nostrés haméls;
L'écho n'és rebéillat que per nostros
muzétos,
E' lou ramatge das auzéls.
Louséls souls de las Pastourétos,
Blassoun lou cor das Pastouréls.
Jeanet:
Rés n'és tan bél, ni tan grand
qu'un'armado
Quand per Louis és coumandado.
Dabor, on enten lous tambours
Que fan brüit à bous rendre sours.
En s'aprouchan, pif, paf, on se chamaillo,
On y ba d'éstoc é de taillo,
Anen couratge compagnous,
A drét, à gauche, deban bous.
Lou fabr'en ma, l'on ba dins la bagaro,
Tout al trabers du tintamaro,
On entén rounfla lou canou,
Poun, poun, coumo la basso countinuo.
L'enemic éspaurit d'un talo balou,
Nou cerquo qu'a fugir, atrapo, tuo, tuo.
On crid'aprés que tout és féy
Bibo lou Réy, Bibo lou Réy.
Daphnis:
Moussu, pot on bous demanda,
Coumen, é per qual' abenturo,
Habitats lou pays ?
Jeanet:
Beni me marida.
Daphnis:
Qui prenéts bous ayci ?
Jeanet:
La bél'Alcimaduro.
Daphnis,
à part:
Alcimadur'o sort trop rigourous !
Jeanet:
M'an apréz qu'un bergé li fazio lou éls
dous;
Que moun amo sario rabido,
De poudé lou troubla.
Daphnis:
Lou bezéts deban bous.
Daphnis perdra puléu la bido,
Que de céda l'oubjét dont éls és
amourous.
|
Daphnis:
Hélas : qui me ramene
Dans ce lieu ?
Je n'y viens que chercher des peines,
Sans pouvoir calmer mon feu.
Jeanet:
Pourquoi es-tu seul icy devant ma porte ?
Daphnis:
Monsieur... je ne sçais pas.
Jeanet:
Pour parler de la sorte,
Sçais-tu qui je suis ?
Daphnis:
Pourquoi me menacer ?
Je ne vous dit rien qui vous puisse offenser.
Jeanet:
Vous faites bien, car Jeanet n'est pas tendre.
Daphnis:
Plutôt que de vous courroucer,
Je vais partir sans plus attendre.
Jeanet:
Non, non, cela me sera doux
De savoir ce qui vous amene.
Daphnis:
Vous voyez un Berger qui porte une chaîne
Qui le fera mourir.
Jeanet:
Ah, vous estes amoureux ?
Et de qui s'il vous plait, parlez.
Daphnis:
D'une cruelle,
Que Venus trouveroit trop belle.
Accablé de mille rigueurs,
Je ne puis vivre que pour elle.
Jeanet:
On peut, quand on est malheureux
Se dispenser d'estre fidelle.
Allez,
venez, promenez-vous,
Parcourez les collines, les montagnes,
Pour estre encor plus heureux,
Faites trois ou quatre campagnes.
Daphnis:
A quoi tout cela servira ?
Par tout l'amour me suivra.
Jeanet:
N'avez-vous jamais vû de batailles ?
De bastions, de murailles ?
De hazards, de siège, de canon,
De bombe, de carcasse ?
Daphnis:
Non.
Ni
les clairons, ni les trompettes,
Ne troublent pas nos hameaux;
L'écho n'est réveillé que par nos
muzettes,
Et le ramage des oiseaux.
Les yeux seuls des Bergeres,
Blessent le coeur des Bergers.
Jeanet:
Rien n'est si beau, ni si grand qu'une armée.
Quand par Louis elle est commandée.
D'abord on entend les tambours
Qui font bruit à vous rendre sourds.
En s'approchant, pif, paf, on se chamaille,
On y va d'estoc & de taille,
Allons, courage compagnons,
A droite, à gauche, devant vous.
Le sabre en main, l'on va dans la bagarre,
Tout au travers du tintamare,
On entend ronfler le canon,
Pan, pan, comme la basse continue.
L'ennemi épouvanté d'une belle valeur,
Ne cherche qu'à fuir, atrappe, tue, tue.
On crie aprés que tout est fait
Vive le Roy, Vive le Roy.
Daphnis:
Monsieur, peut-on vous demander,
Comment, par quelle aventure,
Vous habitez le pays ?
Jeanet:
Je viens de me marier.
Daphnis:
Qui prenez-vous icy ?
Jeanet:
La belle Alcimadire.
Daphnis,
à part:
Alcimadure, ô sort trop rigoureux !
Jeanet:
On m'a apris qu'un Berger lui faisoit les yeux doux;
Que mon ame seroit ravie,
De pouvoir le trouver.
Daphnis:
Vous le voyez devant vous.
Daphnis perdra plutôt la vie,
Que de ceder l'objet dont il est amoureux.
|
Sçéno
4
Daphnis, Jeanet, Alcimaduro
|
|
Alcimaduro,
dins la coulisso:
Al secours, al secours...
Jeanet:
Qualqu'un de poou s'esplouro.
Alcimaduro:
Qui poura me salba ?
Daphnis:
Qu'abets bélo Pastouro ?
Alcimaduro:
Un gros loup enrajat que me bol déboura.
Bezéts ?
Daphnis:
Nou crengats rés, per Daphnis
périra.
[Daphnis
pren lou sabre de Jeanet, é Jeanet
s'enfugits]
Alcimaduro:
Que fazéts bous ? ô couratge intrépido
!
El ba mouri.
[Alcimaduro
toumbo esbanouido]
Daphnis,
aprés abé doumptat lou loup:
Lou Cél m'a préstat soun secours.
|
Alcimadure:
Au secours, au secours...
Jeanet:
Quelqu'un s'exclame de peur.
Alcimadure:
Qui pourra me sauver ?
Daphnis:
Qu'avez-vous, belle Bergere ?
Alcimadure:
Un gros loup enragé qui me veut dévorer.
Voyez ?
Daphnis:
Ne craignez rien, il périra par Daphnis.
[Daphnis
prend le sabre de Jeanet, et Jeanet
s'enfuit]
Alcimadure:
Que faites-vous ? ô courage intrépide !
Il va mourir.
[Alcimadure
tombe évanouie]
Daphnis,
aprés avoit dompté le loup:
Le Ciel m'a presté son secours.
|
Sçéno
5
Daphnis, Alcimaduro, ésbanouido
|
|
Daphnis:
D'al loup cruél, bous nou fiés pus
séguido,
Rebezéts la clartat, oubjet de mous amours.
Aco's Daphnis, que dounario sa bido,
Per salba de tan belis jours.
Alcimaduro:
Per lou préts de me
délibrénço,
Que nou podi jou bous ayma;
Mès se moun cor nou pot pas s'enflama,
Aura toutjoun de la recounéissenço.
Daphnis:
Nou poudéts pas m'ayma ? qual déplourable sort
!
Alcimaduro:
Plagni bostro souffréznço.
Daphnis:
Per biur'atal sens'ésperenço,
Cal puléu desira la mort.
Alcimaduro:
Nou la desiréts pas... cerquats
l'indifferénço,
Per la trouba, nou cal pas grand éfort.
|
Daphnis:
Du loup cruel, vous n'estes plus suivie,
Revoyez la clarté, objet de mon amour.
C'est Daphnis, qui donneroit sa vie
Pour sauver de si beaux jours.
Alcimadure:
Pour le prix de ma délivrance,
Que ne puis-je vous aimer;
Mais si mon coeur ne peut pas s'enflammer,
J'aurai toujours de la reconnoissance.
Daphnis:
Vous ne pouvez pas m'aimer ? quel déplorable sort
!
Alcimadure:
Je plains vostre souffrance.
Daphnis:
Pour vivre ainsi sans espérance,
Il faut plutôt désirer la mort.
Alcimadure:
Ne la désirez pas... cherchez
l'indifférence,
Pour la trouver, il ne faut pas un grand effort.
|
Sçéno
6
Daphnis, Alcimaduro, Jeanet, Pastous
|
|
Jeanet:
Oun t'es aquél monstre terrible ?
Amics, ayci m'és éscapat.
Alcimaduro:
Daphnis à qui tout és poussible,
La combatut, é la doumptat.
Jeanet:
Coumo Jeanet, él és dounc inbéncible
?
Alcimaduro
é Jeanet:
Celebrats toutis sa balou,
Cantats un tan brabe Pastou.
Chor:
Celebren toutis sa balou,
Canten un tan brabe Pastou.
[on
danso]
Alcimaduro:
Lous plazés dins lou bilatge,
Ban toutis recoumença;
A l'oumbréto dél fuillatge,
Lous Pastous brendran dansa.
Daphnis soul per soun couratge,
Nous procur'un sort tan dous.
El merito nostr' houmatge,
Es él que nous rend hurous.
[on
danso]
Alcimaduro:
Bous que fazéts lou plazé de ma bido,
Agnéls, nou créngats pus dal loup la
cruautat.
Anats boundi fan poou sur l'hérbéto
flourido,
A Daphnis coumo jou debéts la libertat.
[Lous
Pastous ban coupa qualquos brancos d'albres, per fayre une
Guirlando à Daphnis]
Jeanet
é lou Chor:
Lou méchan loup per soun rabatge
Trop lountems nous a fayt trambla;
Daphnis a prébengut sa ratge,
Soulét n'a saput trioumpha.
Frapén dal pé baten la ma,
El és l'Hérculét dél
bilatge;
Frapén dal pé, baten la ma,
Qui pourio nous lou pas ayma.
Per
fayr'un ritche mariatge,
Daphnis n'aura qu'à désira;
Se jamay se met en menatge,
Hurous' aquélo que l'aura.
Frapén dal pé, baten la ma,
El és l'Hérculét dél
bilatge;
Frapén dal pé, baten la ma,
Qui pourio nous lou pas ayma.
[on
danso]
Jeanet:
Anen san que rés nous reténo,
Presenta Daphnis al Ségnou.
Daphnis:
Aco's bous douna trop de péno,
Nous meriti pas tan d'aunou.
Jeanet:
Bous meritats regardaduro,
De tout lou bilatg'assemblat.
Daphnis:
D'abé salbat Alcimaduro,
Nou soüi jou pas récoumpensat ?
Alcimaduro:
Nou poudéts pus bous en défendre,
Anats, partéts, brabe Pastou.
Tandis que recebréts lou préts de la
balou,
A mas compagnos bau aprendre,
9ô que bous abéts fayt per jou.
Daphnis:
Alcimaduro me l'ourdono,
Fayre ço que li play, d'un Réy bal la
Courouno.
[Findél
segoun Acto]
|
Jeanet:
Où est ce monstre terrible,
Amis, icy, il m'a échapé.
Alcimadure:
Daphnis, à qui tout est possible,
L'a combattu, et l'a dompté.
Jeanet:
Comme Jeanet, il est donc invincible ?
Alcimadure
& Jeanet:
Célébrez tous sa valeur,
Chantez un si brave Berger.
Le
Choeur:
Célébrons tous sa valeur,
Chantons un si brave Berger.
[on
danse]
Alcimadure:
Le plaisir dans le village,
Vont tous recommencer;
A l'ombre du feuillage,
Les Bergers viendront danser.
Daphnis seul par son courage,
Nous procure un sort si doux.
Il mérite notre hommage,
C'est lui qui nous rend heureux.
[on
danse]
Alcimadure:
Vous qui faites le plaisir de ma vie,
Petits agneaux, ne craignez plus du loup la
cruauté.
Allez tous dans peur sur l'herbe fleurie,
A Daphnis comme moi vous devez la liberté.
[les
Bergers coupent quelques branches d'arbres, pour faire une
Guirlande à Daphnis]
Jeanet
& le Choeur:
Le méchant loup par son ramage,
Trop longtems nous a fait trembler;
Daphnis a prévenu sa rage,
Seul il en a sçu triompher.
Frapez du pied, battez des mains,
Il est le petit Hercule du village,
Frapez du pied, battez des mains,
Qui pourroit ne le pas aimer.
Pour
faire un riche mariage,
Daphnis n'aura qu'à désirer;
Si jamais il se met en ménage,
Heureuse celle qui l'aura.
Frapez du pied, battez des mains,
Il est le petit Hercule du village,
Frapez du pied, battez des mains,
Qui pourrait ne le pas aimer.
[on
danse]
Jeanet:
Allons sans que rien ne nous retienne,
Présenter Daphnis au Seigneur du lieu.
Daphnis:
C'est vous donner trop de peine,
Je ne mérite pas tant d'honneur.
Jeanet:
Vous méritez tous les regards,
De tout le village assemblé.
Daphnis:
D'avoir sauvé Alcimadure,
Ne suis-je pas récompensé ?
Alcimadure:
Vous ne pouvez plus vous en défendre,
Allez, partez brave Berger.
Tandis que tu recevras le prix de ta valeur,
A mes compagnons je vais apprendre,
Ce que vous avez fait pour moi.
Daphnis:
Alcimadure me l'ordonne,
Faire ce qui luy plait, d'un Roi vaut la
Couronne.
[Fin
du Second Acte]
|
haut
de page

|
Lou
Théâtre répresento uno Plaço
entourado d'albres, é uno Ribiéro dins lou
foun
|
|
Alcimaduro:
Laysso mé moun indiferenço,
Cruél amour, laysso m'ésta.
Quand te boli fa resistanço,
Pérque countro jou t'irrita ?
Un cor que te bol éscouta
N'ésproubo que pén'é
souffrénço.
Laysso mé moun indiferenço,
Cruél amour, laysso m'ésta.
|
Alcimadure:
Laisse moi mon indifférence,
Cruel amour, laisse moi en repos.
Quand je te veux faire résistance,
Pourquoi contre moi t'irriter ?
Un coeur qui te veut écouter
N'éprouve que peine & souffrance.
Laisse moi mon indofférence,
Cruel amour, laisse moi en repos.
|
Sçéno
2
Alcimaduro, Jeanet
|
|
Jeanet:
Souréto, à quand toun mariatge ?
Mori d'embéjo d'y dansa.
Alcimaduro:
Tout aco n'és qu'un badinatge,
Bous cerquats à bous amusa.
Jeanet:
Que bol dir aquélo boutado ?
De l'maour de Daphnis tu nou podés douta
Après çô que t'éy dit,
perqué douns hésita ?
Alcimaduro:
Bous me bezéts determinado,
A nou pus boulé l'éscouta.
Jeanet:
Ah ma souréto, qual doumatge,
De perdr'un tan brabe Pastou.
Ta sabes qual és soun couratge ?
Ta sabes qual és soun amou ?
Quand t'adoro sense partatge,
Tu t'armes countr'él de rigou.
Alcimaduro:
L'amour és un Diu trop terrible.
Jeanet:
Tu cerquos trop à l'irrita.
Alcimaduro:
Se jamay rend moun cor sensible,
Ma rasou saura resista.
Jeanet:
Bézi Daphnis, adiu souréto,
Yéu te conséilli de l'ayma.
Alcimaduro:
Ah ! nou me laysséts pas souléto.
Jeanet:
La rasou te sufits, rés nou pot t'alarma.
[él
sort]
Alcimaduro:
Jeanet, perqué bous en ana.
|
Jeanet:
Petite Soeur, à quand ton mariage ?
Je meurs d'envie d'y danser.
Alcimadure:
Tout cela n'est qu'un badinage,
Vous cherchez à vous amuser.
Jeanet:
Que signifie cette boutade ?
De l'amour de Daphnis tu ne peux plus douter,
Aprés ce que je t'ai dit, pourquoi donc
hésiter?
Alcimadure:
Vous me voyez determinée,
A ne plus vous écouter.
Jeanet:
Ah, ma soeurette, quel dommage,
De perdre un si brave Berger.
Tu sçais quel est son courage ?
Tu sçais quel est son amour ?
Quand il t'adore sans partage,
Tu t'armes contre lui de rigueur.
Alcimadure:
L'amour est un Dieu trop terrible.
Jeanet:
Tu cherches trop à l'irriter.
Alcimadure:
Si jamais il rend mon coeur sensible,
Ma raison saura résister.
Jeanet:
Je vois Daphnis, au revoir petite soeur,
Je te conseille de l'aimer.
Alcimadure:
Ah ! ne me laissez pas seule.
Jeanet:
La raison te suffit, rien ne peut t'allarmer.
[il
sort]
Alcimadure:
Jeanet, pourquoi vous en aller ?
|
Sçéno
3
Alcimaduro, Daphnis
|
|
Daphnis:
Ah ! demourats bél'inhuméno.
Alcimadure:
Jeanet s'en ba, boli ségui sous pas.
Daphnis:
Bous seguisséts Jeanet ? ah ma mort és
certéno,
Aco's l'arrét de moun trépas.
Alcimaduro:
Abéts la tést' embalaudizo.
Daphnis u pensats bous ?
Que bous pot rebeni d'aquélo fantezido ?
Daphnis:
Moun sort sera mens mal'hurous.
Qui pago
lou tribut qu'él déu à la naturo,
Nou souffro pas un grand tourmen.
Més ayma san retour la bél'Alcimaduro,
Aco's mourir à tout moumen.
Alcimaduro:
Enratji qu'él sio tan fidélo.
Daphnis:
Hélas ! san boulé m'éscouta,
Bous nou sounjats qu'à me quita;
Adiu Pastouro trop cruélo.
Alcimaduro:
Daphnis, benéts ayci.
Quel bol dir' aquélo feblésso ?
Bous nou n'aymats dounc pus ?
Daphnis:
Coussi,
Bous m'acusats de manqua de tendrésso ?
Per bous
prouba moun cor és à bous,
Bous éy fayt don de tout moun pasturatge,
De moun troupél, é de moun gous,
E' tout çô qu'éy per
héritage.
Moun payr' après ma mort...
Alcimaduro:
Que dizéts bous grand Diu ?
Daphnis:
Bous dounara tout çô qu'és
miu.
Alcimaduro,
à part:
Ah que moun am' és agitado,
[a
Daphnis]
N'i
téni pus. Bibéts, trop génerous
Pastou,
Bibéts... Jeanet, perqué m'abéts
quitado ?
Daphnis:
Jeanet, qu'entendi jou !
Bous cerquats moun ribal per coumbla moun mal'hou ?
Per me desespera, per augmenta ma péno,
Sense piétat, benéts moun déplourable
sort.
Alcimaduro:
Daphnis...
Daphnis:
Aco n'és trop, adiuciats inhuméno,
Daphnis, nou bol pus que la mort.
[él
sort]
Alcimaduro:
Bous nou m'entendéts pas ?
|
Daphnis:
Ah ! demeurez, belle inhumaine.
Alcimadure:
Jeanet s'en va, je veux suivre ses pas.
Daphnis:
Vous suivez Jeanet ? ah, ma mort est certaine,
C'est l'arrêt de mon trépas.
Alcimadure:
Vous avez la teste troublée.
Daphnis, y pensez-vous ?
Que vous peut revenir de cette fantaisie ?
Daphnis:
Mon sort sera moin malheureux.
Qui
paye le tribut qu'il doit à la nature,
Ne souffre pas un grand tourment.
Mais aimer sans retour la belle Alcimadure,
C'est mourir à tout moment.
Alcimadure:
J'enrage qu'il soit si fidelle.
Daphnis:
Hélas : sans vouloir m'écouter,
Vous ne songez qu'à me quitter;
Adieu, trop cruelle Bergere.
Alcimadure:
Daphnis, venez ici.
Que veut dire cette foiblesse ?
Vous ne m'aimez donc plus ?
Daphnis,
Comment,
Vous m'accusez de manquer de tendresse ?
Pour
vous prouver que mon coeur est à vous,
Je vous ai fait donc de tout mon paturage,
De mon troupeau, et de mon chien,
Et tout ce que j'ai en héritage.
Mon père, aprés ma mort...
Alcimadure:
Que dites-vous, grand Dieu ?
Daphnis:
Vous donnerez tout ce qui est à moi.
Alcimadure,
à part:
Ah, que mon ame est agitée,
[à
Daphnis]
Je
n'y tiens plus. Vivez, trop genereux Berger,
Vivez... Jeanet, pourquoi m'avoir laissée
?
Daphnis:
Jeanet, qu'entens-je !
Vous cherchez mon rival pour combler mon malheur ?
Pour me desesperer, pour augmenter ma peine,
Sans pitié, vous voyez mon déplorable
sort.
Alcimadure:
Daphnis...
Daphnis:
C'en est trop, adieu, inhumaine,
Daphnis ne veut plus que la mort.
[il
sort]
Alcimadure:
Vous ne m'entendez pas ?
|
|
Alcimaduro:
Lou cruél m'abandouno !
El fugits, el s'en ba, que fa ? Que débéni
?
Alcimadur' hélas ! nou pot lou réténi
!
Moun ésprit és troublat, é tout moun
cor frissouno,
Moun frayr'oun te fiats bous ? aribats proumptomen,
Alcimaduro bous apélo.
Qu'acquél retardomen
A ma doulou cruélo
Ajouto de tourmen.
|
Alcimadure:
Le cruel m'abandonne !
Il fuit, il s'en va, que faire ? Que devenir ?
Hélas ! Alcimadure ne peut le retenir !
Mon esprit est troublé, et tout mon coeur
frissonne,
Mon frere, où estes-vous ? venez promptement,
Alcimadure vous appelle.
Que ce retard,
A ma cruelle douleur
Ajoute de tourment.
|
Sçéno
5
Alcimaduro, Jeanet
|
|
Alcimaduro:
Ah !Jeanet déspechats, béléu Daphnis
trépasso,
Anats, couréts prés d'él...
Jeanet:
O secours superflus.
Alcimaduro:
Bous nou m'éscoutat pas ? bous demourats en
plaço ?
Ah ! que bous m'alarmats ?
Jeanet:
Hélas ! Daphnis n'és pus.
Alcimaduro:
Daphnis n'és pus grand Diu ! Ah ! tout moun sang se
glaço.
Daphnis,
moun chér Daphnis, per termina toun sort,
Qualo ratjo te guido ?
Ma rigou te douno la mort,
E' moun amour nou pot te redouna la bido.
Jeanet:
Calmo te ma souréto.
Alcimaduro:
Ah coussi me calma ?
Téu soüi desésparado;
Jeanet:
Aco's trop t'anima,
Tous regréts soun perduts.
Alcimaduro:
Al noun de Dieu moun frayre,
Anen troubla Daphnis, boli lou béyr'
encor.
Jeanet:
Tu n'y pensos douns pas, prés d'él que bos te
fayre ?
Alcimaduro:
De soun coutél, boli perça moun
cor.
Jeanet:
Grand Diu !
Alcimaduro:
Per fini moun martiro
Ségui la ratjo que m'inspira.
|
Alcimadure:
Ah ! Jeanet, depêchez-vous, Daphnis trepasse
peut-estre
Allez, poursuivez le...
Jeanet:
O secours superflus.
Alcimadure:
Vous ne m'écoutez pas ? vous restez là ?
Ah ! que vous m'allarmez ?
Jeanet:
Hélas ! Daphnis n'est plus.
Alcimadure:
Daphnis n'est plus , grand Dieu ! Ah ! tout mon sang se
glace.
Daphnis,
mon cher Daphnis, pout terminer ton sort,
Quelle rage te guidait ?
Ma rigueur te donne la mort,
Et mon amour ne peut te rendre la vie.
Jeanet:
Calme toi, soeurette.
Alcimadure:
Eh comment me calmer ?
Je suis desesperée;
Jeanet:
C'est trop t'animer,
Tes regrets sont superflus.
Alcimadure:
Au nom de Dieu, mon frere,
Allons trouver Daphnis, je veux le voir encore.
Jeanet:
Tu n'y penses donc pas, que veux-tu faire prés de luy
?
Alcimadure:
De son poignard, je veux me percer le coeur.
Jeanet:
Grand Dieu !
Alcimadure:
Per finir mon martire,
Je fuis la rage qui m'inspire.
|
Sçéno
6
Alcimaduro, Jeanet, Daphnis
|
|
Alcimaduro:
Ah ! Daphnis n'és pas mor.
Daphnis:
Pastouro mas amours;
Alcimaduro:
Qual Diu bous rend à ma tendresso ?
Daphnis:
Jeanet m'a préstat soun secours.
Alcimaduro,
a Jeanet:
Ah ! bous m'abéts troumpado.
Jeanet:
Oublido ta tristésso,
Per ésprouba toun cor, éy boulgut
t'alarma.
Perdouno ma finésso.
Alcimaduro,
à Daphnis:
E'y fayt trop béyre ma feblésso,
Per la boulé dissimula.
Daphnis:
Ah ! ma félicitat, passo moun
ésperanço,
Pastouro, bous m'aymats, dégnats lou
répeta.
Alcimaduro:
Yéu nous podi pus resista,
A tant d'amour, é de counstenço.
Daphnis
é Alcimaduro:
N'auréy jamay trop de lezé
Per celebra ta bienbéillenço,
Amour, ah ! qualo récompenço,
Moun cor natjo dins lou plazé.
Jeanet:
Jantis Pastoureléts, ayci, jouts la berduro,
Benéts toutis canta l'amour d'Alcimaduro.
|
Alcimadure:
Ah ! Daphnis n'est pas mort.
Daphnis:
Bergere, mon amour;
Alcimadure:
Quel Dieu vous a rendu à ma tendresse ?
Daphnis:
Jeanet m'a prêté son secours.
Alcimadure,
à Jeanet:
Ah ! vous m'avez trompée.
Jeanet:
Oublie ta tristesse,
Pour éprouver ton coeur, j'ai voulu t'allarmer.
Pardonne ma finesse.
Alcimadure,
à Daphnis:
J'ai fait trop voir ma faiblesse,
Pour la vouloir dissimuler.
Daphnis:
Ah ! ma felicité passe mon espérance,
Bergere, vous m'aimez, daignez le repeter.
Alcimadure:
Je ne puis plus resister,
A tant d'amour, et de constance.
Daphnis
& Alcimadure:
Je n'aurai jamais trop de temps
Pour celebrer ta bienveillance,
Amour, ah ! quelle récompense,
Mon coeur nage dans le plaisir.
Jeanet:
Gentils Bergers, icy, sous la verdure,
Venez tous chanter l'amour d'Alcimadure.
|
Sçéno
7
Alcimaduro, Jeanet, Daphnis, Pastous,
Pastouros
|
|
Jeanet
é lou Chor:
Lou Diu nenet és un embelinayre;
Dégus nou pot s'en garanti.
Lou trét qu'él bol nous fa senti,
Part de sa ma coum'un ésclayre.
[on
danso]
Alcimaduro:
Quand l'amour bol nous enflama,
Que sap pla coumo cal s'y prendre;
Es tant finét per nous surprendre,
Qu'en fadejan sap nous charma.
Que sert countr'él de se defendre ?
Que sert countr'él de s'anima ?
Nou cal qu'un moumen per ayma,
Nou cam qu'un moumen per se rendre.
[on
danso]
Daphnis:
Ah ! que l'amour abio rasou
De blassa ma Pastouréléto,
El n'a jamay fayt de conquéto
Que posco li fa pu d'aunou.
Se dins lou sejour de Githéro,
Se mous trabo moun souleillet;
Jusqu'àl pus pichot amourét,
Bouldrio la prendre per sa méro.
[on
danso]
BAUDEBILO
Alcimaduro:
Ajats perlots, rubis, ducats,
Mas belos Damos de Toulouso,
De bijous nou m'en chauti pas,
N'en cal pas tan per estr'hurouso
Més, jouts l'Ourmél rir' é canta
Ambé Daphnis dessus l'herbéto,
Béyré nostrés agnéls brouta,
Aco's touto moun embejéto.
Daphnis:
De la Cou é de sous apas
Cerqué qui bouldra la fourtuno;
De grandou nou m'en chauti pas,
El' és soubent trop importuno.
[a
Alcimaduro]
Més,
à tout moumen bous charma,
Ne bous parla que d'amouréto,
Toutjoun bous playr' é bous aima,
Aco's touto moun embejéto.
Jeanet:
Ben que la forso de moun bras
Nou troubo rés que n'éxecuto;
De guérro nou m'en chauti pas,
Jeanet n'aymo pas la disputo.
[au
Public]
Més
un jour, poudé me flata
D'abé qualque cop de manéto,
Bostr' indulgenço merita,
Aco's touto moun embejéto.
[on
danso]
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Jeanet
& le Choeur:
Le petit Dieu d'amour est un enjoleur;
Qui que ce soit ne peut s'en garantir.
Le trait qu'il nous veut faire sentir,
Part de sa main tel un éclair.
[on
danse]
Alcimadure:
Quand l'amour veut nous enflammer,
Qu'il sçait bien s'y prendre;
Il est si fin à nous surprendre,
Qu'en folâtrant il nous sçait charmer.
Contre lui, que sert de se deffendre ?
Contre lui que sert de s'animer ?
Il ne faut qu'un moment pour aimer,
Il ne faut qu'un moment pour se rendre.
[on
danse]
Daphnis:
Ah ! que l'amour avoit raison
De blesser ma Bergere,
Il n'a jamais fait de conqueste
Qui puisse faire plus d'honneur.
Si dans le sejour de Cythere,
Se montroit mon petit soleil,
Jusqu'au plus petit amour,
Voudroit l'avoir pour mere.
[on
danse]
VAUDEVILLE
Alcimadure:
Ayez perles, rubis, ducats,
Mes belles Dame de Toulouse,
De bijoux je ne me soucie pas,
Il n'en faut pas tant pour me rendre heureuse,
Mais, sous l'orme rire & chanter
Avec Daphnis, sur l'herbe,
Voir nos agneaux brouter,
C'est toute mon envie.
Daphnis:
De la Cour & de ses appas
Cherche qui voudra la fortune;
Des grands je ne me soucie pas,
Elle est souvent trop importune.
[à
Alcimadure]
Mais,
à tout moment vous charmer,
Ne vous parler que d'amourette,
Toujours vous plaire & vous aimer,
C'est toute mon envie.
Jeanet:
Quoi que la force de mon bras
Ne trouve rien qu'elle n'exécute;
De guerre je ne me soucie pas,
Jeanet n'aime pas la dispute.
[au
Public]
Mais
un jour, pouvoir me flater
D'avoir quelque battement de mains,
Mériter vostre indulgence,
C'est toute mon envie.
[on
danse]
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