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Theobaldo di Gatti
[1650 - 1727]
Coronis
representée
pour la premier fois livret de
Daniel-Paul Chappuzeau de Bauge
par l'Academie
Royale de Musique
le vingt-troisiesme Mars 1691

Prologue
Clio Troupe de
Bergers & de Bergeres
Thalie
Euterpe
Les Autres Muses
Troupe de Laboureurs
Troupe de Vignerons
Le Theatre represente le Mont-Parnasse
Scene
premiere Thalie
& Euterpe Clio Thalie
& Euterpe Scene
seconde Clio Un
Vigneron Une
Bergere Un
Laboureur Tous Un
Berger Une
Bergere Clio Le
Choeur Clio
& deux Bergers: Le
Choeur Premier
Berger Second
Berger Troisiesme
Berger Premier
Berger Deux
Bergers Un
Berger Second
Berger Deux
Bergers Les
Trois Bergers: Clio
& un Berger: Le
Choeur
Clio, Thalie, Euterpe, & les Autres Muses
Habitans fortunez dans ces Climats heureux,
Venez prendre part à nos Jeux.
Toute la France tremble, et le Dieu des
allarmes
Signalle sa fureur dans les champs Ennemis;
L'affreuse cruauté des armes
Chaque jour les ïnonde & de sang & de
larmes:
C'est à vous seuls qu'il est permis
De gouter de la Paix les adorables
charmes.
Habitans fortunez dans ces Climats heureux,
Venez prendre part à nos Jeux.
Clio, Thalie, Euterpe, & les Autres Muses,
Troupe de Bergers & de Bergeres, Troupe de Laboureurs
& de Vignerons
Tout rit dans ce sejour tranquille,
La Paix l'a choisi pour asile,
Elle vous fait d'heureux destins.
Nos costeaux sont chargez de raisins.
Nos prez brillent de fleurs.
La moisson est fertile.
Quel desespoir pour nos jaloux voisins !
Malgré la Guerre & ses cruels
ravages,
Un calme heureux comble icy nos desirs,
Ce beau sejour ne craint point les orages,
Et nous viendrons sous ces charmans ombrages
Chanter encor l'amour & ses
plaisirs.
Si nostre coeur penche vers la tendresse,
Ne cherchons point d'inutile détour,
Les doux plaisirs sont faits pour la jeunesse,
Et la jeunesse est fait pour l'amour.
Lorsque la Renommée en cent Climats
publie
La gloire & les vertus du Roy de Thessalie
Devons-nous n'ocupe nos voix
Qu'à vanter de l'Amour l'Empire & les
Conquestes ?
Chantons Adméte & ses Exploits,
Que ce Heros soit l'objet de nos festes.
Chantons Adméte & ses Exploits,
Que ce Heros soit l'objet de nos festes.
[Suivez / Suivons] ces glorieux projets
Qu'un si beau zéle [vous / nous]
inspire,
Adméte cherit ses sujets
Et leur amour est tout ce qu'il desire.
[Chantez / Chantons] tant de vertus,
[chantez / chantons], que les
échos
Retentissent du nom de ce fameur Heros.
Chatons tant de vertus, chantons, que les
échos
Retentissent du nom de ce fameur Heros.
Il ne respire de la gloire,
Par tout où ses Guerriers ont porté
ses Drapeaux
On a veü voler la Victoire:
Ah ! que ses glorieux travaux
Rempliront bien l'Histoire.
L'impuissante valeur de cent Peuples jaloux
Arme en vain contre luy les deux bouts de la
terre,
Il a fait éclater son foudroyant
Tonnerre,
On les a déja veus accabler sous ses
coups
Assouvir de leur sang le Demon de la
Guerre.
Il est del'Univers la terreur & l'amour,
MArs dans ses desseins le seconde,
Le Pirate effrayé ne paroist plus sur
l'Onde,
Et les Peuples voisins des Barrieres du jour
Viennent l'admirer dans sa Cour.
Unique deffenseur des Droits du Diadême,
Il protege des Roys la Majesté
suprême
Contre d'horribles attentats:
Le Ciel l'exite à prendre une juste
querelle,
Et permet aux Tyrans d'usurper des Estats,
Pour le combler encor d'une gloire plus belle
Par la chûte de ces ingrats.
Aucun mortel ne peut atteindre
Au degré des vertus dont il est
animé.
Dans la Guerre il est à craindre.
Dans la Paix il est aimé.
Dans la Guerre il est à craindre.
Dans la Paix il est aimé.
Que la gloire à l'aimer sans cesse [vous
/ nous] inspire,
Heureux qui vit sous son Empire !
Que la gloire à l'aimer sans cesse nous
inspire,
Heureux qui vit sous son Empire !
Acte Premier
Appollon,
sous le nom de Tircis, Pasteur des Troupeaux
d'Adméte Roy de Thessalie Troupe de
Faunes & de Dryades
Coronis,
Nymphe de Pinde, Amante de Daphnis
Daphnis,
Fils du Fleuve Penée, Amant de Coronis
Apidamie,
Fille du Fleuve Apidamie, Amante de Daphnis
Cephise,
Confidente de Coronis
Corax,
Confident d'Appollon
Les Heures & les Arts
Troupe de Bergers, de Bergeres & de Pastres

Scene
premiere Le Theatre
represente une Campagne arrosée par le Fleuve
Penéé, Corax Appollon Corax Appollon Corax Appollon Corax Appollon Corax Appollon Corax Appollon Cependant
le Destin semble flatter mes voeux, Corax Mais
Daphnis vient à nous. Scene
deuxieme Daphnis Appollon Daphnis Appollon Daphnis Appollon Daphnis Appollon Daphnis Appollon Daphnis Appollon Scene
troisieme Le
Choeur de Faunes Le
Choeur des Dryades Coronis Le
Choeur de Faunes Le
Choeur des Dryades Un
Faune & une Dryade Le
Choeur Un
Faune & une Dryade Le
Choeur Coronis Bergers,
vous connoissezl'un & l'autre bonheur; Daphnis Appollon Daphnis Appollon Ensemble Daphnis Appollon Coronis Appollon Daphnis,
s'en allant Scene
quatriesme Coronis Appollon Je
triomphe aux yeux de Daphnis, Coronis Scene
cinquiesme Coronis Cephise Coronis Cephise Coronis Je
devrois le haïr, l'inconstant, le parjure, Cephise Coronis Du
moins si ce volage Amant Viens
ma chere Cephise en ces sombres desers,
Appollon, Corax
& bordée d'agreables colines couvertes de
Boccages de Lauriers
Appollon vient icy chercher la solitude,
Qui cause son inquietude
Quand Flore & les Zephirs ramenent les beaux
jours ?
Joüissons des douceurs de la saison
nouvelle:
L'Hyver avoit chassé les jeux & les
amours,
L'aimable Printemps les rappelle.
Le retour du Printemps
N'a rien qui m'enchante,
Le revoy sans plaisir la verdure naissance
Embellie ces Bois & ces Champs,
Et je languis icy quand tout le monde chante
Le rtour du Printemps.
D'où naît cette melancolie ?
Depuis que Jupiter vous a banny des Cieux,
Je vous ay vû braver l'injustice des
Dieux,
Et vivre heureux en Thessalie:
Le triste souvenir du sort de Phaëton
Peut-il encor troubler le grand coeur d'Appollon
?
La perte de mon fils, & cét Arrest
severe,
Ont peu de part à mes chagrins nouveaux;
Sous l'habit d'un Berger j'erre dans ces
Hameaux;
J'ay pour Adméte une estime sincere,
J'ay pris avec plaisir le soin de ses
Troupeaux;
Je goûtois cent douceurs dans ce charmant
asile,
Mais le cruel Amour ne peut me voir
tranquile.
Daphné n'est plus qu'un Arbre, aimeriez vous
toûjours
Ce reste infortuné de vos tendres amours
?
Je cheris sa memoire,
J'ay pleuré son malheur;
Mais une autre beauté triomphe de mon
coeur,
Et je n'ose avoüer mes fers, ny sa
victoire.
Parlez, un Dieu doit-il contraindre ses desirs
?
Ah ! ce n'est pas le Dieu qui doit paroître
tendre,
C'est le Berger qui pouss des
soûpirs.
Les plus fieres beautez trouvent mille plaisirs
A les entendre.
Helas ! j'adore Coronis,
Et cette Nymphe aime Daphnis.
Le frere de Daphné le fils du vieux
Penée
Doit-il vous allarmer ?
Il aime, il sçait se faire aimer,
Et l'on doit celebrer bien-tost leur
hyménée.
Coronis est jalouse, & croit qu'Apidamie
Inspire à Daphnis d'autres feux;
Dans cette erreur par moy-mesme asservie,
Sa vanité luy fait fuïr son Amant,
Et mépriser son changement.
Le moment est favorable,
Profitez de son dépit,
Elle croit Daphnis coupable,
Et ce mouvement suffit
Pour le rendre moins aimable;
Profitez de son dépit,
Le moment est favorable.
Appollon, Corax, Daphnis
Tircis, puis-je sçavoir
Qui vous fait chercher ces Rivages ?
J' en aime la fraîcheur, & je me plais
à voir
Et ces Plaines & ces Boccages.
Mais pourquoy suivez-vous Coronis chaque jour
?
Mes yeux la trouvent belle,
J'aime à luy faire la Cour,
Et peut-estre n'est-ce qu'elle
Qui m'arreste en ce sejour.
Nous nous aimons, elle est fidelle,
Cessez de troubler mon amour.
Si vous estes aimé vous n'avez rien à
craindre,
Dissipez ce trouble fatal.
Mon coeur est genereux, & me force à
vous plaindre.
Je ne plaindrois guere un Rival.
Il est mille beautez dignes de vostre flame
Qui peuvent vous offrir des plaisirs
infinis.
Je veux vous faire part du secret de mon ame,
Je n'ay rien vû de beau que
Coronis.
Je vous entens, l'amour pour elle vous
inspire.
Jugez-en, ja la vois, helas ! & je
soûpire.
Appollon, Corax, Daphnis, Coronis, Cephise,
Troupe de Faunes & de Dryades
Aimons-nous éternellement.
Souffonrs tous qu'amour nous blesse.
Pour trouver l'amour charmant
Un coeur doit changer sans cesse,
Ne regardons la tendresse
Que comme un amusement,
Un trop long engagement
Est moins amour que foiblesse.
Aimons-nous éternellement.
Souffonrs tous qu'amour nous blesse.
Dans ce sejour
Sombre & tranquille,
Dans ce sejour
Suivons l'amour.
Ce lieu charmant nous offre un doux asile;
Profitons des momens d'un si beau jour.
Dans ce sejour
Sombre & tranquille,
Dans ce sejour
Suivons l'amour.
Donnons nos coeurs
A la tendresse,
Donnons nos coeurs
A ses ardeurs.
L'employ le plus charmant de la jeunesse
Est de goûter l'amour & ses
douceurs.
Donnons nos coeurs
A la tendresse,
Donnons nos coeurs
A ses ardeurs.
Il n'est point de coeur si rebelle
Qui n'ait eu des tendres desirs.
Nous devons à l'amour un tribut de
soûpirs,
C'est une pente naturelle.
Mais lequel en aimant goûte plus de
plaisirs,
Ou le constant, ou l'infidelle ?
Celuy qui peindra mieux les caprices du coeur,
Aura pour prix une houlette,
Et ma guirlande, & ma musette.
Rien ne paroît si doux qu'une naissance
ardeur:
L'inquietude, la langueur,
Flattent mesme un Amant sincere:
Mais tout céde au plaisir de changer chaque
jour,
Et plus d'une beauté nous marque en ce
sejour
Que l'inconstance est necessaire
Aux charmes de l'Amour.
Un Amant asservy sous les loix d'une ingratte
Dont chaque jour la haine éclatte
Pour étouffer sans crime une ardeur qui
déplaist:
Mais quand l'intelligence est sincere &
parfaite
Un coeur qui peut trahir un si cher interest,
Est indigne qu'on le regrette.
Changeons sans cesse.
Aimons toûjours.
Qu'un mesme objet scache toûjours nous
plaire,
Un mesme objet cesse aisément de plaire,
Un coeur sincere
Goûte enfin d'heureux jours.
Goûte-t'il d'heureux jours.
Changeons sans cesse.
Aimons toûjours.
Sur l'amour & la constance
Daphnis dit mieux ce qu'il pense,
Tircis est plus galant, je luy donne le
prix.
Belle nymphe !
Ah ! perfide !
Appollon, Corax, Coronis, Cephise,
Troupe de Faunes & de Dryades
Acceptez ma guirlande;
Souvenez-vous de Coronis,
C'est tout ce qu'elle vous demande.
Des charmes les plus doux
Le Ciel vous a pourveuë,
Tous les coeurs semblent faits pour n'adorer que
vous,
Je suis tendre, & je vous ay
veuë.
O Ciel, quelle gloire est plus grande !
Souvenez-vous de Coronis,
C'est tout ce qu'elle vous demande.
Coronis, Cephise
Hé bien Cephise, est-il encor dans mes liens
?
Peux-tu douter de sa nouvelle flame ?
O Feste d'Appollon ! O Jeux Pythoniens
!
Que vous coûter cher à la ame
!
Je n'ose plus douter qu'il ne soit inconstant,
Mais le jour de nos Jeux il eût toute sa
gloire,
La Nymphe lui donna le fruit de sa victoire,
N'en auriez-vous pas fait autant ?
Apidamie en m'insultant,
Luy délivra le prix ordonné pour la
Feste;
Il ne fut point ingrat, Cephise, & dés
l'instant,
Ce vainqueur deveint sa conqueste;
Il vit mon desespoîr, & malgré ma
langueur
Il l'a suivoit partout, moins des yeux que du
coeur.
Si vostre Amant a pris une chaisme nouvelle,
Triomphez de sa trahison,
Servez-vous contre un infidelle
Di dépit & de la raison.
La raison n'a guere d'Empire
Sur un coeur que l'Amour inspire,
Vainement le dépit luy preste ses
transports;
Il ne font qu'irriter l'ardeur qui nous
enflame,
Et nous portons au fond de l'ame
Un poison qui détruit aidement leurs
efforts.
Ma fieté m'en prescrit la Loy;
Mais contre ce dessein ma tendresse murmure,
Et mon coeur est toûjours esclave de sa
foy.
Doit-on se piquer de constance
Pour un ingrat qui peut changer ?
Ne montrez de perseverance
Que dans l'ardeur de vous vanger.
Tircis me parle, je l'écoute,
Je voudrois que Daphnis crût qu'il est mon
vainqueur;
Je feins de mépriser la perte de son
coeur;
Mais que cette feinte me coûte !
Soupiroit pour une inflexible,
Sa peine adouciroit l'excés de mon
tourment:
Mais ma Rivalle, helas ! le trouve trop
charmant,
Et n'est pour luy que trop sensible.
Viens m'aider à cacher la honte de mes
fers.
Acte Second
Le Theatre
represente les delicieuses Vallées de Tempé, couvertes
d'arbres ornez de festons,
& dont l'ombre entretient la fraîcheur des gazons & des
fleurs, qu'arrosent plusieurs fontaines
Scene
premiere Daphnis Je
ne puis briser une chaîne Scene
deuxieme Corax Daphnis Corax Daphnis Corax Daphnis Amour,
haste-toy de punir Corax La
fille du Fleuve Apidamie Elle
paroît, je te laisse avec elle. Scene
troisieme Daphnis Apidamie Daphnis Apidamie Daphnis Apidamie Daphnis Je
croyois Coronis pour tout autre inflexible, Apidamie Je
puis adoucir si tu veux Daphnis Apidamie Daphnis Scene
quatrieme Apidamie Sans
Coronis peut-estre il eû esté
sensible Elle
paroît, ma rage augmente, Scene
cinquieme Apidamie Coronis Apidamie Coronis Apidamie Scene
sixieme Coronis Fontaines
qui coulez dans ce sejour sauvage, Mais
j'aperçois Tircis; feignons. Aimables
fleurs Scene
septiesme Appollon Coronis Appollon Coronis Appollon Coronis Appollon Pour
vous prouver ce que je suis, Que
ces Enfers s'évanoüissent, Les
Boccages disparoissent, & les Arts construisent
un Palais brillant de lumiere Scene
huitiesme Appollon Vous,
Heures, à l'envy venez faire la cour Le
Choeur Deux
des Heures Un
des Arts Le
Choeur des Heures Grand
Choeur Appollon Coronis Appollon Coronis
Daphnis
Arbres épais, sombres Boccages,
Qui fûtes autrefois témoins de mon
bonheur,
Je viens cacher sous vos ombrages,
Mon desespoir, mon honte & ma douleur,
L'ingrate que j'adore a trahy ma tendresse,
Elle fait triompher mon Rival à mes
yeux,
Et mon coeur contre-moy pour elle s'interresse
Malgré ce mépris odieux.
Qui fait le malheur de mes jours,
En vain j'appelle à mon secours
La raison, le dépit, la haine,
Mon coeur ne me parle toûjours
Que des charmes de l'inhumaine.
Daphnis, Corax
Tu devrois songer
A te dégager
D'un trsite esclavage;
Gueris-toy, Berger,
Ta Nymphe est volage,
Et tu dois changer.
Je sçay quel parti je dois prendre
Sans le secours de vos conseils.
La reponse, Daphnis, a lieu de me
surprendre.
On doit se défier toûjours de vos
pareils.
Non, vous connoissez mal mon zele,
J'aime Tircis depuis long-temps;
Mais Coronis est infidelle,
Et brûle pour luy s'il meurt d'amour pour
elle,
Et je voudrois vous voir contents.
D'une ardeur si pure & si tendre
Les feux ne devoient point finir,
Nos coeurs estoient contents, pourquoy les des-unir
?
Helas ! est-ce le prix que je devois attendre
D'une ardeur si pure & si tendre ?
L'infidelle beauté qui ne veut plus
m'entendre,
Dans l'éternelle nuit je suis prest à
descendre,
Et je n'emporteray que l'affreux souvenir
D'une ardeur si pure & si tendre.
Ton coeur ne doit point s'arrester
A cherir les attraits d'une beauté
legere,
Et c'est chercher à luy plaire
Que de vouloir l'imiter.
Dans ces forests chaque jour suit tes pas,
Elle est jeune, elle a mille appas,
Tu regnes dans son ame,
Pourquoy ne l'aimerois-tu pas ?
Daphnis, Apidamie
Ah Ciel ! fuyons.
Arreste, ingrat.
Peux-tu voir sans pitié le déplorable
estat
Où me reduit une langueur mortelle
?
Je ne veux plus aimer
Non, je vais étouffer une flame cruelle,
Je vais oublier l'infidelle
Qui m'avoit sceu charmer;
Je ne veux plus aimer.
Pour une Nymphe ingrate
Dont l'inconstance éclate,
Dois-tu mépriser tous les coeurs
?
Oüy, l'amour est pour moy le comble des
horreurs.
Te haine contre-moy sera-t'elle invincible ?
Aimons-nous, qui peut t'allarmer ?
Je ne veux plus aimer.
Et cependant l'ingrate a sceu se
dégager.
Les soins d'un fidelle Berger
Peuvent toucher une insensible
Mais pretendre fixer les voeux dun' coeur
leger,
C'est aspirer à l'impossible.
La malheur de tes feux,
Je t'offre un coeur fidelle & tendre,
Toy seul a s sceu l'enflamer.
Garde ton coeur, je n'y veux rien pretendre,
Je ne veux plus aimer.
Tu fuis; au moins daignes m'entendre.
Je ne veux plus aimer.
Apidamie
O Ciel ! puis-je survivre à ce cruel
outrage ?
Amour, funeste amour ! sors de mon triste
coeur,
Que le desespoir & la rage
Ma vangent des mépris d'un indigne
vainqueur.
A la fidelle ardeur dont je brûlois pour
luy:
Ah ! vangeons-nous, s'il est possible,
De la fiere beauté qui cause mon
ennuy.
Portons à son amour les plus funestes
coups,
Et, s'il se peut, qu'elle ressente
L'horreur de mes transports jaloux.
Apidamie, Coronis
Venez-vous regreter dans ce sombre boccage
La perte d'un Amant volage
Que je vous ravis malgré moy ?
Il vient de me quitter, je n'ay pû me
deffendre
D'estre sensible aux marques de sa foy;
Ah ! qu'il m'a paru tendre !
Et quand on craint de s'engager
Qu'il est dangereux d'entendre
Les yeux & les soupirs d'un aimable Berger
!
Vous vous applaudissez d'un efoible Victoire,
Les voeux d'un inconstant vous semblent-ils si doux
?
Peut-estre un autre aura bien-tost la gloire
De luy faire oublier qu'il a brûlé
pour vous.
Il jure qu'il m'adore;
Tous vous céde en ces lieux le prix de la
beauté,
Il vous quitte pour moy, que dois-je craindre
encore
De la fidelité ?
On ne rend pas toûjours justice
Aux plus rares objets que le Ciel a formez
De differens desirs les coeurs sont animez,
Et l'amour est souvent un effet du
caprice.
Adieu, j'ay trop long-temps differé mon
retour,
Daphnis m'attend dans le prochain boccage,
Je vais sçavoir de luy si l'ardeur qui
l'engage
Est l'effet d'un caprice, ou d'un sincere
amour.
Coronis
Parts superbe Rivale, évite ma
présence,
Des soupirs de l'ingrat faits ta
felicité,
Je laisse à l'inconstantle soin de ma
vangeance,
Bien-tost son changement punira ta
fierté.
Où mon infidelle Berger
Força mon coeur à s'engager
Dans un triste esclavage,
Vous ne me verrez plus sur vos funestes bords,
Me plaindre de l'ingrat sui trahit ma
tendresse,
Je succomble, & je vais oublier chez les
morts
L'excés de mes mal'heurs, don crime & sa
foibleße.
Que je vous aime !
Heureux les coeurs
Dont vous estes l'objet de la tendresse
extrême !
Aimables fleurs
Que je vous aime !
Coronis, Appollon
Vous quittez nos Hameaux, vous fuyez nos
Concers
Pour rêver seule en cét asile,
Ah ! Belle Nymphe, un coeur tranquile
Cherche moins le silence & la paix des
desers.
Je cheris ce sejour paisible,
Mon coeur avec plaisir s'y vient entretenir,
S'il n'est pas encore insensible
Il fait tout pour le devenir.
Non, belle Coronis, que l'amour vous enflame,
Mais faites un glorieux choix,
Daphnis est un ingrat qui renonce à vos
loix,
Et je viens vous offrir l'empire de mon
ame.
Quel aveu ! juste Ciel !
Il n'en faut point rougir,
Le transport qui me fait agir
En servant mon amour augmente vostre gloire;
Plus on voit de Captifs, plus le spectacle est
beau,
Je vous apprens une victoire,
Et c'est vous preparer un triomphe
nouveau.
Tircis, un étranger a-t'il l'ame assez
fiere
Pour m'oser découvrir une indiscrette ardeur
?
D'un Amant tel que moy connoissez la splendeur
Je suis le Dieu de la lumiere.
Charmante Coronis, voyez ce que je puis.
Que les Arts en leur place eslvent un Palais.
Que les Heures se réjoüissent,
De vois briller icy, ma Nymphe, & ses
attraits.
Coronis, Appollon,
les Arts & les Heures
Vous avez en ces lieux un empire suprême,
Regnez dans ce charmant sejour.
Au cher objet de ma tendresse extréme,
Admirez ses appas, & vantez mon amour.
C'est servir Appollon luy-mesme
Que d'obeïr à ce qu'il aime.
C'est servir Appollon luy-mesme
Que d'obeïr à ce qu'il aime.
L'amour vous offre un sort charmant
Dans ces agreables demeures,
N'en perdez pas un seul moment,
Il n'est point de plus douces Heures
Que celles qu'on passe en aimant.
Ne croyez pas estre insensible,
L'Amour sçait quand il veut assujettir un
coeur;
Il a sceu vous rendre sensible,
Il sçaura bien encor vous donner un
vainqueur.
Vous devez vous vanger d'un Amant infidelle,
Les voeux d'un Dieu vous sont offerts,
L'amour consent qu'on prenne une chaîne
nouvelle,
Mais il ne peut souffrir que l'on brise ses
fers.
Vous devez vous vanger d'un Amant infidelle,
Les voeux d'un Dieu vous sont offerts,
L'amour consent qu'on prenne une chaîne
nouvelle,
Mais il ne peut souffrir que l'on brise ses
fers.
Rendez-vous à mes voeux, couronnez ma
tendresse,
Belle Coronis, aimons-nous.
En faveur de Daphnis ma Mere s'interesse,
Et l'a choisi pour estre mon Espoux.
Si j'obtiens son aveu me verrez-vous sans peine
Possesseur d'un bien si charmant ?
Je connois mon devoir, agissez en Amant,
Mon coeur ne rendra point vostre poursuite
vaine.
Acte Troisiesme
Le Theatre represente des Hameaux, & dans l'enfoncement le Palais de Coronis du costé des Jardins
Scene
premiere Appollon Je
renonce sans peine à la grandeur
suprême, Scene
deuxieme Appollon Corax Appollon Corax Appollon Scene
troisieme Corax Mais
je voy ces Amans transpotez de plaisirs Cachons-nous,
& voyons leurs transports amoureux. Scene
quatrieme Coronis
& Daphnis Coronis Daphnis De
quels biens ma peine est suivie ! Coronis Ensemble Daphnis Coronis Scene
cinquieme Cephise
& un Berger Le
Choeur Cephise
& un Berger Le
Choeur Une
Bergere Un
Berger Coronis
& Daphnis Le
Choeur Scene
sixieme Corax Le
Choeur Corax Le
Choeur Corax Le
Choeur Scene
septieme Appollon Scene
huitieme Appollon Apidamie Ma
Rivalle avec son Amant Le
jour me fait horreur, je vais bien-tost vous
suivre, Cheres
Ombres, Scene
neuvieme Le
Choeur Appollon Que
ne peux-tu percer mon déplorable coeur ! Que
toute la Nature Une
épaisse obscurité se répand
sur le Theatre Et
toy perfide autheur des peines que j'endure Corax
transformé en Corbeau s'envole, &
disparoît Helas
! aimable Coronis
Appollon
Ah ! que l'amour a de charmes !
Heureux un coeur qui sent ses traits !
L'Hymen va finir mes allarmes,
Et me faire un sort plein d'attraits !
Ah ! que l'amour a de charmes !
Heureux un coeur qui sent ses traits !
Tout autre douceur doit céder
A la douceur extrême
De posseder
Ce que l'on aime.
Appollon, Corax
Ah ! sçais-tu mon bonheur ? que mon destin
est doux !
Dans ce jour fortuné tu vas voir
l'Espoux
De la jeune beauté pour qui mon coeur
soupire;
Sa mere l'accorde à mes voeux;
Ah ! si la mesme ardeur l'inspire
Que je vais estre heureux !
Tâchez d'oublier l'inhumaine,
Adressez ailleurs vos desirs,
Plus son hymen vous fait esperer de plaisirs,
Et plus sa trahison vous causera de
pleines.
Que me dis-tu, Corax ? acheve.
Coronis
A repris sa premiere chaîne,
Ny son dépit, ny sa haine
Rien n'a pû resister à l'amour de
Daphnis.
L'espoir d'un fortbrillant, vostre ardeur, tout luy
céde,
Dans ces valons à Venus consacrez
Je viens d'estre témoin du plaisir qui
succéde
Au chagrin dont les coeurs ont esté
penetrez.
Ingratte !... elle m'avoit promis d'estre
fidelle.
Es-ce là le bonheur que vous me preparez
?
Cruelle !
Ah ! perfides, vous perirez,
J'en atteste du Styx les Ondes effroyables:
Vous me desesperez;
Mais les Dieux offencez punissent les
coupables.
Courons à la vangeance, & dans ce jour
fatal
Immolons Maistresse & Rival.
Corax
Ah ! que l'amour est à craindre !
Heureux qui sçait garder son coeur !
Qu'on doit redouter une ardeur
Que la raison ne peut éteindre !
Ah ! que l'amour est à craindre !
Dont un Dieu va bien-tost se faire un
sacrifice.
L'amour semble souvent répondre à nos
desirs,
Et nous conduit au precipice.
Coronis, Daphnis, Cephise, Corax
Joüissons d'un bonheur qui jamais ne
finisse,
Bannissons les chagrins & les soupçons
fâcheux.
Que l'aimable Hymen nous unisse.
Que l'amour redouble nos feux.
Ce jour va combler tous mes voeux.
Ah ! que j'aimeray la vie
Qi je puis vous rendre heureux !
Que l'aimable Hymen nous unisse,
Que l'amour redouble nos feux,
Bannissons les chagrins & les soupçons
fâcheux,
Joüissons d'un bonheur qui jamais ne
finisse.
Laissez vos Troupeaux dans nos champs,
Bergers, venez mesler vos dances & vos
chants
Aux innocens transports d'une flame si belle;
Accourez, accourez, contentez nos desirs,
Suivez l'amour qui vous appelle,
Venez partager nos plaisirs.
Aimables Bergers
Quittez les fougeres,
Venez dans ces beaux lieux;
Suivez l'amour, sentez ses flames,
Il brille dans vos yeux,
Laissez-le regner sur vos ames.
Coronis, Daphnis, Cephise, Corax,
Troupe de Bergers, de Bergeres & de Pastres
Que les plaisirs
Vous suivent sans cesse,
Que les plaisirs
Redoublent vos desirs;
Goutez les fruits de la tendresse,
L'amour vous fait d'heureux loisirs.
Que les plaisirs
Vous suivent sans cesse,
Que les plaisirs
Redoublent vos desirs.
Cherissez le trait qui vous bleße,
Bannißez les tristes soupirs.
Que les plaisirs
Vous suivent sans cesse,
Que les plaisirs
Redoublent vos desirs.
Tous les coeurs sont faits pour la
tendreße,
Cherißons cette aimable foibleße,
Rien ne doit tant charmer
Que le plaisir d'aimer.
Tendres coeurs dans ces belles retraites,
Joüißez de cent douceurs parfaites,
L'amour n'offren à ses voeux
Que lesris & les jeux.
Allons, qu'un paisible Hyménée
Rendre tous nos desirs contents.
O ! l'heureuse journée
Pour deux Amants constans !
Coronis, Daphnis, Cephise, Corax,
Troupe de Bergers, de Bergeres & de Pastres
Helas ! je plains leur destinée,
Ils vont perir dans peu de temps.
O ! l'heureuse journée
Pour deux Amants constans !
Déplorable Berger, Amante
infortunée,
Vostre bonheur durera peu d'instans.
Ah ! quelle affreuse rage !
Quel barbare courage !
C'en est fait, Appollon vient de hâter leur
mort,
O ! déplorable sort !
Ah ! quelle affreuse rage !
Quel barbare courage !
Corax, Appollon
Enfin je suis vangé, mon bras
Vient de porter la mort dans le sein des
ingrats
Qui bravoient mon pouvoir & méprisoient
ma flame,
J'ay percé leurs perfides coeurs,
Je triomphe, Corax, de mes cruels malheurs,
Et pour jamais l'Amour est sorty de mon
ame.
Apidamie, Corax, Appollon
Belle Nymphe venez, j'ay puni mon Rival,
Vous ne vous plaindrez plus de son
indifference,
Et ses Mânes errans sur le fleuve
infernal,
Doivent remplir vostre vangeance.
Barbare ! oses-tu t'applaudir
D'un attentat si detestable ?
Ton Rival ne vit plus, mais tes coups font
perir
Une Nymphe adorable.
Descend au monument:
Ah ! pourquoy, Dieu cruel, épargnes-tu ma
vie ?
Que n'ay-je succombé sous ton fatal
transport !
Faut-il qu'à Coronis je porte encore
envie
Jusque dans son genre de mort.
Cheres Ombres,
Déplorable Daphnis
Vos beaux jours sont finis !
Je presse de ma mort le funebre appareil,
Que vous estes heureux de vivre
En des lieux où jamais on n'a vû le
Soleil !
Goutez l'heureuse paix de vos demeures
sombres.
Corax, Appollon, Choeur
Aimable Coronis
Vos beaux jours sont finis.
Quelle horreur me saisit ! quel desordre funeste
!
Qu'ay-je fait, malheureux ! aimable Coronis
Vos beaux jours sont finis !
Ah ! trait vengeur, je te deteste !
Mais le Destin s'oppose à la mort que
j'appelle,
Et ma douleur
Comme moy doit estre éternelle.
Déplore mon malheur nouveau,
Et que la nuit la plus obscure
Aux yeux de l'Univers dérobe mon
flambeau.
Reçois le prix de ton zéle
indiscret,
Sous une hideuse figure
Vas gemir loin de moy d'un éternel
regret,
Sois par tout d'un funeste augure,
Fuis, malheureux.
Vos beaux jours sont finis.