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La Cinquantaine
Pastorale en III Actes
representé pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le
Mardi 13 Août 1771

livret de Mr Guillaume-François Fouques-Deshayes , dit Desfontaines,
Censeur Royal, & Inspecteur de la Librairie

musique de: Mr Jean Benjamin de la Borde,
premier Valet-de-Chambre-ordinaire du Roy



Acte I
Acte II
Acte III

 

ACTE PREMIER

les personnages de la Pastorale:

les interprètes:


Le Seigneur

Mr le Gros

Germain

Mr l'Arrivée

Thérese

Mlle l'Arrivée

Colin

Mlle Rosalie

Colette

Mlle Dervieux

Le Bailli

Mr Durand

Suite du Seigneur
Paysans & Paysannes

La Scene se passe au Village


Scene premiere
Colin

Le théâtre représente un bois terminé par un campagne

Colin, seul:
Le sommeil me fuit, je soupire,
Je ne veille que pour souffrir:
Ah ! quelle peine ! quel martyre !
S'il dure encor, il faut mourir.

Le Bailli me promet une jeune Bergere,
Qui m'aime autant qu'elle m'est chere,
Et jusques à seize ans, je dois encor hélas !
Etre privé de ses appas !

Le sommeil me fuit, je soupire, &c.

[le Balli traverse la Scéne: Colin l'apperçoit & l'arrête]


Scene 2
Colin, le Bailli

Colin:
Ah ! de grâce, daignés m'entendre...

Le Bailli:
J'ai soucrit à ton choix, & tu seras heureux;
Mais je te sers de pere, & c'est à toi d'attendre
L'instant, que j'ai fixé, pour couronner tes feux.

Colin, retenant le Bailli:
Je vous suivrai par tout...

Le Bailli:
Le plus doux esclavage
Détruit l'amour & la gaité.
Chanter & rire est ton partage,
Protite des droits de ton âge,
Et conserve ta liberté.

Colin:
Rien ne peut plus calmer le feu qui me dévore...

Le Bailli:
Pour te guérir de ce tourment,
Ta Colette est trop jeune encore,
Comme elle, tu n'est qu'un enfant,
Et je ne puis céder à ton empressement.

Colin:
On n'est point enfant, quand on aime,
On ne l'est point, je le sens bien:
Ma Colette pense de même,
Jugés de son coeur par le mien.
Au sentiment qui nous inspire,
Pourquoi voulés-vous résister ?
S'il est des loix à nous prescrire,
L'Amour seul doit nous les dicter.

Le Bailli:
Pour user des biens qu'il nous donne,
Le ciel a marqué les instans,
On ne jouit que dans l'Automne
Des fruits qui naissent du Printems.
C'est, quand elle est épanouie,
Que la fleur doit se moissonner;
Une rôse, trop tôt cueillie,
N'est qu'un instant à se faner.

Colin:
Vous résistés à ma prière,
Mais je vais, de ce pas, m'adresser à Germain;
Il chérit ma Colette, & son coeur, moins sevère,
Aura pitié de mon chagrin.

Le Bailli:
Le devoir t'impose le silence,
Ton sort ne dépend que de moi.

Colin:
Germain va prendre ma défense;
Sa volonté fera ma loi.

Le Bailli:
Ton dépir m'irrite & m'offense,
Germain ne fera rien pour toi.

Colin:
Germain approuve ma constance,
Et son coeur fera tout pour moi.

[Colin sort d'un côté, le Seigneur arrive par l'autre, environné d'une troupe de Paysans & de Paysannes]


Scene 3
Le Seigneur, le Bailli,
Paysans & Paysannes

Le Choeur:

Le Seigneur:

Ne quittés plus notre village,
Tous nos voeux seront satisfaits:
Notre bonheur est votre ouvrage,
Nous le devons à vos bienfaits.

Ma présence vous interesse,
Et tous mes voeux sont satisfaits:
Vous répondés à ma tendresse,
Je suis payé de mes bienfaits.

Le Bailli:
Il n'est plus de coeur qui soupire,
Le ciel vous rend à nos souhaits.
Goutés le bonheur & la paix
Que votre retour nous inspire.
Qu'au sein de nos champs,
L'Aquilon déchaîne
L'orage & les vents;
Rien n'étonnera vos enfans:
L'heureux instant qui vous ramène,
Est l'aurore du Printems.

Le Seigneur:
Parmi vous aujourd'hui, l'amitié me rappelle;
Vos plaisirs me sont chers, & je viens en ces lieux,
Honorer le couple fidèle,
Dont un nouvel Hymen va resserer les noeuds.

[on entend un Prélude]

Le Bailli:
Déjà tout le hameau s'apprête
A célébrer ces vieux Epoux,
Vous daignés embellir la fête;
Quel moment, pour eux, & pour nous !

Le Seigneur:
L'intérêt, que j'y mets, ne doit point vous surprendre;
Il n'est point, sans vertu, d'amour aussi constant;
Je l'admire avec vous, & je ne peux lui rendre
Un hommage trop éclatant.

[des Pastres viennent, en dansant, rendre hommage au Seigneur]


Scene 4
Le Seigneur, le Bailli,
Paysans & Paysannes, Pastres

Le Seigneur:
Pour un couple adoré, que mon âme révère,
Gardés, mes chers enfans, vos transports & vos voeux.
Le mérite, caché sous une humble chaumière,
A droit de fixer tous les yeux.

Dan ces agréables retraites,
Imités ces époux heureux;
En leur honneur, jeunes fillettes,
Commencés vos chants & vos jeux;
Au doux son de vos musettes,
Célébrés de si beaux noeuds.

Le Choeur:
En leur honneur, jeunes fillettes,
Commencés vos chants & vos jeux;
Au doux son de vos musettes,
Célébrés de si beaux noeuds.

[on danse]

Le Seigneur:
Laissés, dans vos vergers, le papillon volage,
Porter de fleurs en fleurs, se voeux & son hommage.

Le Choeur:
Laissons, dans nos vergers, &c.

Le Seigneur:
En amour, un coeur inconstant
Cherche le bonheur suprême;
Mais il s'abûse lui-même,
Et jamais il n'est content,
Le chagrin suit le changement.

Laissons, dans nos vergers, &c.

[on danse]

Le Seigneur:
Près de nos deux Epoux, il est temps de vous rendre:
Allés, & dans l'instant, j'irai me joindre à vous.

Le Bailli:
A cet excès d'honneur ils sont loin de s'attendre;
Un bonheur imprévu n'en devient que plus doux.

[le Seigneur sort, & les Pastres avec les Bergers, le suivent en dansant]

haut de page


ACTE SECOND

Le théâtre représente un hameau: sur un des côtés on voit la ferme habitée par Thérèse, & par Germain. Celui-ci en sort avec Colin & Colette


Scene premiere
Germain, Colin, Colette

Germain:
Tendres appuis de ma vieillesse,
Cessés de répandre des pleurs:

[à Colette]

Je te chéris, Colin: ton repos m'interesse;
Dans mon sein paternel déposés vos douleurs.

Colette, montrant Colin:
Le Bailli, chaque jour, augmente sa tristesse.

Colin:
Il afflige l'objet, qu'il m'est permis d'aimer.

Colette:
Terminés ses chagrins...

Colin:
Couronnés sa tendresse,
Et nos coeurs n'auront plus de désirs à former.

Germain:
Du dieu, dont vous portés les chaînes,
Il faut connoître les rigueurs;
Nous ne pouvons, que par nos peines,
Juger du prix de ses faveurs.
Un bonheur qui n'a point d'orages,
N'offre que des biens imparfaits;
Si l'hiver étoit sans nuages,
Le printems auroit moins d'attraits.

Colette, à Germaine:
Quand on voit toûjours ce qu'on aime,
Les plus longs hivers ne font rien:
Chaque saison sera la même,
Pour son amour, & pour le mien.

Colin, à Germain:
Lorsque la bise, & la froidure,
Viennent dépouiller nos jardins,
Votre âme en est-elle moins pure ?
Vos jours en sont-ils moins sereins ?

Colin & Colette:
Quand on voit toûjours ce qu'on aime,
Les plus longs hivers ne font rien:
Chaque saison sera la même,
Pour son amour, & pour le mien.

Germain:
Du Bailli seul votre sort doit dépendre,
La mort de vos parens vous mit en son pouvoir,
Et c'est de son aveu que vous devés attendre
Le moment d'un himen, qui flatte votre espoir.

[à Colette]

Mais d'un fils, que j'aimais, ru reçus la lumière,

[à Colin]

De ton père expirant je fermai la paupière,
Je partageai vos pleurs, à leurs derniers soûpirs,
Et mon âme toute entière
Vole au-devant de vos desirs.

Colin:
Ah ! c'est en vous seul que j'espère,
Prenés pitié de nos tourmens !

Colette:
C'est vous qui nous servés de père,
Protégés vos tristes enfans.

Colin & Colette:

Germain:

Ah ! c'est en vous seul que j'espère,
Prenés pitiés de nos tourmens.
C'est vous qui nous servés de père,
Protégés vos tristes enfans.

Oui, je vous servirai de père,
Consolés vous, mes chers enfans.
Le Bailli sera moins sévère,
Je mettrai fin à vos tourmens.

[Colette & Colin se séparent avec peine, Thérèse sort de sa chaumière, Germain va au-devant d'elle. Les deux jeunes gens lui baisent la main: Colin s'en va, Colette rendre chés Germain]


Scene 2
Germain, Thérèse

Germain:
Viens t'asseoir avec moi, sous ce riant feuillage...
De ton amour, autrefois en ces lieux,
Le mien reçut le premier gage,
Et prés de toi, dans ce bocage,
Tout s'unit pour me rendre heureux.

Thérèse:
Tout ce que j'y vois me rappelle
L'instant où je fixai ton coeur:
Ainsi que moi, tendre & fidèle,
De mes jours tu fis la douceur,
Notre hymen, qui se renouvelle,
Me promet le même bonheur.

Germain:
Dans cet azyle solitaire,
La vertu forma nos liens,
Et depuis cinquante ans, ma chère,
Tes désirs y règlent les miens,
Toûjours aimer, toûjours te plaire,
Voila mes trésors & mes biens.

Ensemble:
Comme autrefois, tendre & sincère,
Tous mes désirs seront les tiens;
Toûjours t'aimer, toûjours te plaire,
Voilà mes trésors & mes biens.

Germain:
J'étais au printems de mon âge
Quand l'himen unit nos ardeurs,
Et de mon simple hermitage
L'amour & les plaisirs te firent les honneurs...

Thérèse:
L'hiver a ses douceurs, partageons-les ensemble,
Et rendons grâce au ciel du noeud qui nous rassemble;
Vivons, pour l'en bénir, & lorsque le trépas
Viendra sonner ma dernière heure,
Je mourrai, sans regret, si je meurs dans tes bras...
Tu pleures, Germain !...

Germain:
Oui, je pleure.
Quand d'un himen, si cher, le cours est terminé,
Mon coeur, des deux époux, plaint celui qui demeure;
Celui, qui perd le jour, est moins fortuné.

Thérèse:
Eloigne, mon ami, cette cruelle image,
Et n'arrose point de tes pleurs,
Le peu de fleurs,
Que l'instant, qui nous luit, séme sur ton passage.

Ensemble:
Jamais deux époux
Furent-ils plus heureux que nous ?
Quelle yvresse !
Quel jour pour ma tendresse !
Tout le feu de ma jeunesse
Est prêt à se rallumer;
Je tiens ta main, je la presse,
Je renais, pour mieux t'aimer.
Oui, l'amour, dans mon coeur,
Réveille sa douce flâme,
Le tien partage l'ardeur,
Que je puise dans ton âme,
Noeuds chéris ! noeuds pleins d'attraits !
Plaisirs purs & parfaits !
Non, non, jamais deux Epoux
Ne furent plus heureux que nous:
Tout le feu de ma jeunesse,
Est prêt de se rallumer,
Je tiens ta main, je la presse,
Je renais, pour mieux t'aimer.

[Marche sur laquelle le Seigneur arrive, avec une partie de sa suite, le Bailli, & les principaux habitans de son village]


Scene 3
Le Seigneur, le Bailli, Germain, Thérèse,
Suite du Seigneur

Le Seigneur, aux deux Epoux:
Avec le tendre amour, l'himen d'intelligence,
L'un pour lautre, aujourd'hui, vous conserve tous deux.
Ses faveurs sont la récompense
Des Epoux vertueux.
Dans ce séjour, où vous m'avés vu naître,
Le Ciel, pour mon bonheur, voulut vous rassembler;
Le destin m'en a fait le maître,
J'aurais été digne de l'être,
Si j'avais pû vous ressembler.

Germain:
L'excès de vos bontés nous réduit au silence...
Vivés, à jamais, parmi nous,
Vous régnés par la bienfaisance,
Et l'on ne doit ici s'occuper que de vous.


Scene 4
Le Seigneur, le Bailli, Germain, Thérèse, Colette, Colin,
Suite du Seigneur

Colin:
Ah ! pour entendre ma prière,
Daignés suspendre vos accens !

Colette:
De l'amante, la plus sincère,
2coutés les gémissements.

Le Seigneur:
Leur innocence m'interesse.

Le Bailli:
Non, non, vous espérés en vain.

Thérèse & Germain:
Cédés au désir qui les presse...

Colin & Colette:
Unissés Colette & Colin.

Le Bailli:
La jeunesse, vive & légère,
Ne saurait aimer constamment;
Son ardeur, toûjours passagère,
Brille & s'éteint dans un moment.
De la sagesse qui m'éclaire,
Je vous ai dicté la leçon:
L'indiscret amour doit se taire,
Quand je fais parler la raison.

Germain & Thérèse:

Le Seigneur:

Cédés au désir qui les presse.

Leur innoncence m'interesse.

Le Bailli:

Colin & Colette:

Non, non, vous espérés en vain.

Unissés Colette & Colin.

Le Seigneur, au Bailli:
D'un jeune couple, qui soupire,
J'aime à voir les désirs naissans...

[aux deux amans]

Suivés le dieu qui vous inspire,
Nous lui devons nos premiers ans.
Si quelquefois il vous tourmente,
Ne vous lassés point de souffrir;
Les chagrins d'une longue attente
Font tout le charme du plaisir.

Le Bailli:
J'ai fixé le moment...

Le Seigneur, au Bailli:
Cessés de vous défendre,
C'est de moi, désormais, que leur sort va dépendre...

[à Thérèse, & à Germain]

Ces enfans vous sont chers, je ferai leur bonheur;
MAis je veux encor les entendre,
Et d'après vos conseils, éprouver leur ardeur.

[aux deux amans]

Souvent aux bergers, qu'il engage,
L'amour prodigue ses douceurs.
L'himen, plus discret, & plus sage,
Veut qu'on mérite ses faveurs.

Colin & Colette:
Mais...

Le Seigneur:
N'appréhendés point que je vous sois contraire...
Loin de vous allarmer, prenés part à nos jeux,
Et songés qui si je differe
C'est pour vous rendre plus heureux.

[Marche gaie, sur laquelle arrive une troupe de Bergers & de Bergeres, qui viennent saluer les vieux Epoux]


Scene 5
Le Seigneur, le Bailli, Germain, Thérèse, Colette, Colin,
Suite du Seigneur, Bergers & Bergeres

Le Choeur, au Seigneur:
De nos coeurs agréés l'hommage,
Chantés, animés nos accens:
Tous nos jours vont être charmans,
Votre aspect en est le présage.

[Entrée des Nobles qui composent la Cour du Seigneur]


Scene 6
Le Seigneur, le Bailli, Germain, Thérèse, Colette, Colin,
Suite du Seigneur, Bergers & Bergeres, les Nobles

Thérèse:
L'Amour nous fixa dans ce bois,
Nous y suivons ses douces loix;
Ce dieu prolonge ma jeunesse,
En conservant ma vieillesse.
L'objet chéri, dont coeur a fait choix.
Près de l'époux que j'aime,
Mon âme est toûjours sans chagrin,
Et mon bonheur toûjours le même.
Un sommeil pur, un réveil serein,
De beaux matins, des soirs sans nuage,
Tel fut, en tous les temps, le destin
Du noeud fortuné qui nous engage.

L'Amour nous fixa dans ce bois, &c.

Sans regret, j'ai vu passer l'âge,
Dont le plaisir embellit les momens;
Dans mon hermitage,
Tout me dédommage
Des beaux jours de mon printems:
Même prévenance,
Mêmes soins, même constance,
De deux époux font deux amans.

L'Amour nous fixa dans ce bois, &c.

[on danse]

Germain:
Ainsi qu'au village,
Aimés sans partage,
Aimés comme nous,
Chaque jour pour vous,
Sera le présage
Des biens les plus doux.
Fuyez le parjure,
Suivés la nature,
Goutés le vrai bonheur,
On le cherche bien loin, il est dans nos coeurs.

Le Choeur:
Ainsi qu'au village, &c.

Germain:
Jamais de contrainte,
La moindre feinte
Nous conduit à la froideur:
De nos tendresses,
De nos caresses,
L'innocence & la candeur
Font la douceur.

Le Choeur:
Ainsi qu'au village, &c.

[le Seigneur donne la main à Thérèse, & l'emmène suivi de Germain, du Bailli, de Colette, de Colin, & de toute sa Cour]

[on danse]

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ACTE TROISIEME

Le Théâtre représente une avant-cour plantée d'arbres; le fond est terminé par le Château du Seigneur


Scene premiere
Colette

Colette, seule:
Non, rien ne saurait me distraire;
La fête qu'on prépare, augmente mon chagrin:
Germain me plaint, veut que j'espère,
Et je ne vois pas Colin !
Bailli ! méchant Bailli ! de mon Berger fidèle,
Pourquoi m'éloigner chaque jour !
Sépare-t-on la tourterelle
De l'objet de son amour !

[Colin paraît, apperçoit Colette, & court au-devant d'elle: Colette en fait autant]


Scene 2
Colette, Colin

Colette:
Ah Colin !

Colin:
Ma chère Colette !
J'ose tout espérer... le Seigneur va venir...

Colette:
Je tremble...

Colin:
Sans témoin, il veut t'entretenir.

Colette:
Quel seroit son dessein ?

Colin:
Cesse d'être inquiète,
Si Germain m'a dit vrai, tous nos maux vont finir...
Mais d'où vient que mon coeur palpite,
Sitôt que je suis près de toi ?

Colette:
D'où naît le trouble qui m'agite,
Dès l'instant que je te revoi ?

Colin:
Lorsque j'étais dans l'enfance,
Je t'aimais plus tranquillement.

Colette:
J'avais moins d'impatience,
Quand tu me quittais un moment.

Colin:
Le long du jour, sous la coudrette,
Tout me servait d'amusement;
Une fleur, une chansonnette,
Me rendaient joyeux & content.
Mais à présent, c'est autre chose;
Je soupire, & ne sais pourquoi...
L'amour en est-il donc la cause ?
Si tu le sais, apprends-le moi.

Colette:
Tu me poursuivais sur l'herbette,
Je m'amusais avec ton chien;
J'ornais ton chapeau, ta houlette,
Et je ne désirais plus rien.
Mais à présent, c'est autre chose;
Je soupire, & ne sais pourquoi...
L'amour en est-il donc la cause ?
Si tu le sais, apprends-le moi.

Ensemble:
Je soupire, & ne sais pourquoi...
L'amour en est-il donc la cause ?
Si tu le sais, apprends-le moi.

Colin:
Ah ! ma Colette ! ma Bergere !
Laisse-moi prendre ta main.

Colette, donnant sa main:
Thérese, dans notre chaumière,
Donne la sienne à Germain.

Colin:
Je sens augmenter mon trouble...

Colette:
Malgré moi, le mien redouble...
Colin, Colin, c'est le baiser,
J'aurais dû te le refuser.

Colin:
Me le refuser, ma chère !

Colette:
Oui je le crois... que veux-tu faire ?

Colin:
Le baiser une fois encor...

Colette:
Tu vas souffrir...

Colin:
C'est un tourment, qui fait plaisir...
Mais le Seigneur paraît...

Colette:
Ah ! s'il nous est contraire,
Sans toi, mon cher Colin ! que vais-je devenir !

Colin:
Je te quitte à regret, mais je dois obéir.

[Colin sort, Colette reste les yeux baissés, & laisse avancer le Seigneur, sans oser le regarder]


Scene 3
Colette, le Seigneur

Le Seigneur:
Vous baissés les yeux... ma présence
Vous cause-t-elle de l'effroi ?

Colette:
J'aurais plus d'assurance,
Si Colin était avec moi.

Le Seigneur:
Colin vous dit qu'il vous aime...

Colette:
Moi, je lui répons de même,
Et le plaisir est dans mon coeur...
Il vient de s'éloigner, & j'ai de la douleur...
Mais vous m'avés promis...

Le Seigneur, à part:
Eprouvons sa constance,
Voyons si son amour égale sa candeur.

[Haut] La tristesse & l'indifférence
Succedent quelquefois à la plus vive ardeur.
Il n'est qu'un tems pour la tendresse,
Ma chere enfant, c'est la richesse,
Qui donne le vrai bonheur.

Colette:
Thérèse ne fut que bergere,
Et dans sa paisible chaumière,
Vécut heureuse avec Germain:
Comme elle dans mon hermitage,
J'aurai tous les biens en partage,
Si je l'habite avec Colin.

Le Seigneur:
L'amour languit dans la retraite,
Rien n'y répond à ses désirs,
Loin de ces lieux, belle Colette,
Venés chercher les vrais plaisirs.

Colette:
Dans ces lieux, où tout m'interesse,
Colin suffit à mes désirs:
Il y répond à ma tendresse,
Je ne veux point d'autres plaisirs.

Le Seigneur:

Colette:

L'amour languit dans la retraite,
Rien n'y répond à ses désirs,
Loin de ces lieux, belle Colette,
Venés chercher les vrais plaisirs.

Dans ces lieux, où tout m'interesse,
Colin suffit à mes désirs:
Il y répond à ma tendresse,
Je ne veux point d'autres plaisirs.

Le Seigneur:
Aujourd'hui, tendre & fidèle,
Colin peut devenir léger.

Colette:
Germain sera son modèle,
Et rien ne le fera changer...
Mais hélas !

Le Seigneur:
Vous versés des larmes !...

Colette:
Ah ! j'espérais vous attendrir...
Colin partage mes allarmes...
Pourquoi le faites-vous souffrir ?

[à Colin, qui paraît]

Unis ta prière à la mienne.


Scene 4
Colette, le Seigneur, Colin

Colin & Colette:
Voyés les pleurs que je répands...

Le Seigneur:
Oui, c'en est fait, mes chers enfans...

Colin & Colette:
Soyés sensible à notre peine...

Le Seigneur:
Elle m'afflige, je me rends.

Colin & Colette:
O Ciel !

Le Seigneur:
Du noeud qui vous rassemble,
Goûtés à jamais,
Les attraits:
Aimés-vous, partagés ensemble,
Votre bonheur, & mes bienfaits.

Colin & Colette:

Le Seigneur:

Du noeud qui nous rassemble,
Goûtons à jamais,
Les attraits:
Aimons-nous, partageons ensemble,
Notre bonheur, & ses bienfaits.

Du noeud qui vous rassemble,
Goûtés à jamais,
Les attraits:
Aimés-vous, partagés ensemble,
Votre bonheur, & mes bienfaits.

[on entend un Prélude]

Le Seigneur:
On va commencer la fête:
Sur Thérèse, & Germain, ayés toujours les yeux:
Puisse le sentiment, qui les rendit heureux,
Vous conduire à l'himen, que ma main vous apprête.

[on entend une marche, au son de laquelle arrive le Bailli, qui conduit Thérèse & Germain; suivent les vieilles & les vieillards, les jeunes gens, & les jeunes filles du village. Les hommes ont la cocarde au chapeau, & à la boutonnière, un bouquet attaché avec des rubans. Les jeunes & les vieilles ont la même parure: en arrivant, on chante le Choeur suivant]


Scene 5
Colette, le Seigneur, Colin, Thérèse, Germain, le Bailli,
Vieilles & Vieillards, jeunes garçons & jeunes filles

Le Choeur:
Tendres époux,
Tous nos coeurs s'unissent à vous:
Couple fidèle,
De notre zèle,
Afréés les voeux les plus doux.

Colin & Colette, aux deux époux:
Nos souhaits sont remplis...

Le Seigneur, au Bailli:
Je n'ai pu m'en défendre.

Thérèse & Germain:
Vous unissés Colette à l'amant le plus tendre,
Je n'ai plus de voeux à former.

Le Bailli, aux jeunes amans:
Oubliés les chagrins, que j'ai voulu vous faire,
A vos désirs si j'ai paru contraire,
C'était pour mieux vous enflammer.

Le Seigneur:
Du noeud charmant qui vous engage,
Chantés, célébrés les douceurs.
Au dieu, qui règne sur vos coeurs,
Offrés un éternel hommage.

Les quatre Epoux:

Le Seigneur, le Bailli:

Du noeud charmant qui nous engage,
Chantons, célébrons les douceurs.
Au dieu, qui règne sur vos coeurs,
Offrons un éternel hommage.

Du noeud charmant qui vous engage,
Chantés, célébrés les douceurs.
Au dieu, qui règne sur vos coeurs,
Offrés un éternel hommage.

Le Bailli, aux vieux Epoux:
Il applaudit à vos tendres ardeurs,
Vous comble encor des dons les plus flatteurs,
Les vrais amans ignorent ses rigueurs.

Le Seigneur, aux jeunes:
Il ne s'enfuit point avec l'âge,
Berger fidèle, épouse sage,
Ont toujours droit à ses faveurs.

Germain & Thérèse:
Tes vertus & ton innocence
De mon coeur nourirent la constance.

Colin & Colette:
Que tes vertus, ton innocence
Nourrissent toujours ma constance.

Germain:
Rien ne manque plus à nos voeux.

Thérèse:
Je lis mon bonheur dans tes yeux.

Germain:
Il sera pur comme nos feux.

Les quatre Epoux:

Le Seigneur, le Bailli:

Du noeud charmant qui nous engage,
Chantons, célébrons les douceurs.
Au dieu, qui règne sur vos coeurs,
Offrons un éternel hommage.

Du noeud charmant qui vous engage,
Chantés, célébrés les douceurs.
Au dieu, qui règne sur vos coeurs,
Offrés un éternel hommage.

[on danse]

Germain:
Vieillesse cruelle
Flétrit nos beaux jours.
Amitié fidèle
Prolonge leurs cours.
L'amour, l'amour passe,
Mais dans son plaisir
Jamais ne s'efface
Le doux souvenir;
Un rien le rappelle,
Et dans tous les tems,
Amitié fidèle,
Souvenirs présens,
Sont, mes chers enfans,
Volupté nouvelle
Pour les vieux amans.

[on danse]

[les enfans du Seigneur paroissent, & apportent la couronne de mariage. Ils sont accompagnés des Nobles]


Scene derniere
Colette, le Seigneur, Colin, Thérèse, Germain, le Bailli,
Vieilles & Vieillards, jeunes garçons & jeunes filles, les Nobles

Le Seigneur, à Thérèse en lui présentant la Couronne:
Au printems de votre âge,
La couronne du mariage
Vous fut offerte par l'amour.
Au gré de vos désirs, l'hymen qui vous engage,
Fait renaître cet heureux jour.
Au gré de vos désirs encore,
Puisse l'Epoux qui vous adore,
Vous en annoncer le retour.

Le Choeur:
Au printems de votre âge, &c.

[on danse]

Thérèse:
Vaine opulence,
Que l'on encense,
Honneurs, grandeurs, vous n'êtes rien pour nous:
L'heureux délire,
Qu'Amour inspire,
Est le seul bien, dont nos coeurs sont jaloux.

Ensemble:
Vaine opulence, &c.

Thérèse:
L'instant qui luit pour nos époux,
Est sans nuage;
Le ciel pour nous,
N'a ppoint d'orage;
Sur le rivage,
Loin du naufrage,
De tous les vents on brave le courroux.

Thérèse:

Germain:

Vaine opulence,
Que l'on encense,
Honneurs, grandeurs, vous n'êtes rien pour nous:
L'heureux délire,
Qu'Amour inspire,
Est le seul bien, dont nos coeurs sont jaloux.

Vaine opulence,
Que l'on encense,
Honneurs, grandeurs, vous n'êtes rien pour nous:
Tendre Amour, le charmant délire
Que la volupté nous inspire,
Est le seul bien, dont nos coeurs sont jaloux.

Ensemble:
Vaine opulence, &c.

J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, la Cinquantaine, PAstorale; & je crois qu'on peut en premettre l'impression.
A Paris ce 6 Août 1772.

Marin

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