J. B. Dutartre
L'Amour Mutuel
Pastoralle en I Acte
chantée
devant leurs Majestez à Marli, le 14. Decembre 1729
paroles de Monsieur Gautier
les
personnages de la Pastoralle les
interprètes Daphnis,
Amant
de Doris Mr
Dumas Doris,
Amante
de Daphnis Mlle
Lenner L'Amour Licas,
Berger
indiférent qui se soûmet à
l'Amour Mr
Dangerville Un
Plaisir Mlle
Roblin
Troupe de Bergers
Troupe de Bergeres

La
Scene se passe dans un Bocage
Licas Heureuse
liberté Daphnis Amour
tu ménageois une sûre
défaite Licas Daphnis Licas
& Daphnis,
ensemble Daphnis Doris,
seule Ici
tout est paisible Amour
jusque dans tes alarmes Le
Berger qui m'engage Près
de moi souvent il soupire, Amour
jusque dans tes alarmes J'aperçois
le Berger que j'aime. Daphnis Doris Daphnis Doris Daphnis Doris Daphnis Doris Je
crois en vous plus de sincerité: Daphnis Doris Daphnis Daphnis
& Doris,
ensemble [ici
l'on entend une agréable simphonie; l'Amour
paroît sur un Char galand, & descend dans
le Bocage] Doris Daphnis L'Amour Et
vous riant séjour [ici
le Bocage s'embellit
magnifiquement] [Entrée
des Bergers & des Bergeres] Choeur
des Bergers & des Bergeres Air Que
sans trouble & sans peines Volez
Amours, volez sous ces ombrages, [les
Amours volent & descendent] [Entrée
des Amours & des Plaisirs] Choeur
des Bergers & des Bergeres Musette Ses
ardeurs Un
Plaisir,
alternativement avec le Choeur Le
Choeur Un
Plaisir Le
Choeur Un
Plaisir Le
Choeur Un
Plaisir Air L'aimable
Flore Licas Reçois
charmant Vainqueur, La
sévere raison à ton pouvoir
suprême Reçois
charmant Vainqueur, Triomphe
Dieu d'Amour, tes fers ont mille charmes; [le
Choeur repete les deux derniers Vers: Triomphe,
&c.] Licas,
à l'Amour L'Amour Regner
Plaisirs dans ce charmant séjour, [les
danses recomencent] L'Amour [le
Choeur repete les quatre derniers Vers: Alez,
&c.]
Daphnis,
Licas
Quoi Daphnis nuit & jour
Languit dans les fers de l'Amour !
Ce dangereux Vainqueur le blesse,
Il cede à son pouvoir: Que je plains sa
foiblesse ?
Tu n'as que des charmes,
Je cheris ta tranquilité:
Amour tu n'as que des alarmes,
Je fuis ta captivité.
Il est vrai qu'à ce Dieu je rends ici les
armes;
Pour l'aimable Doris il embrase mon Coeur:
Pouvois-je, helas ! éviter son ardeur
?
Par le choix de l'Objet dont tu m'as
enchanté:
Tu regnes dans mon Coeur, ta victoire est
parfaite;
J'en fais ma felicité.
L'amour use d'adresse
Pour surprendre les Coeurs;
Il les flate sans cesse
Par l'espoir de mille douceurs:
Mais tost ou tard de sa tendresse
Naissent les maux & les rigueurs.
Dans l'empire amoureux si l'on soufre des
peines,
Ces peines même ont des attraits
charmans:
Tout plaît dans les tendres
chaînes;
On en aime jusqu'au tourment.
Non, non, les noeuds d'Amour [sont des noeuds /
ne sont point] redoutables;
Ils ofrent à nos Coeurs des [peines /
plaisirs] véritables.
Doris paroît en ces lieux,
Je n'ose encor sur mon ardeur fidelle
M'expliquer avec elle;
Cachons-nous à ses yeux.
Doris
Amour jusque dans tes alarmes
Tu fais gouter mille douceurs;
Tes troubles n'ont pas moins de charmes,
Que tes faveurs.
Pour un Coeur afranchi du pouvoir de tes
traits;
Mais ce Coeur insensible
Ne jouit point du prix de tes charmans
atraits.
Tu fais gouter mille douceurs;
Tes troubles n'ont pas moins de charmes,
Que tes faveurs.
N'a point encor fait éclater ses feux.
A quel Objet rend-t'il homage ?
Pour qui destine-t'il ses voeux ?
Helas ! pourois-je m'assurer
D'avoir pris sur lui quelqu'empire ?
Si je crains, j'ai du moins le plaisir
d'esperer.
Tu fais gouter mille douceurs;
Tes troubles n'ont pas moins de charmes,
Que tes faveurs.
Que me veut-il ? fuions. Ciel ! que veux-je
moi-même ?
Doris,
Daphnis
Charmé de vos beaux yeux,
Je viens consulter en eux
Le destin que je dois attendre.
L'Amant le plus tendre
Vous présente ses voeux;
Parlez parlez; sont sort heureux ou malheureux
De vous seule peut dépendre.
Que venez-vous m'aprendre ?
Quoi, Daphnis seroit amoureux !
Helas ! il n'est plus tems de vous cacher ma
flâme:
Mes yeux disent assez le secret de mon Ame.
Contre mille Beautés cent fois j'ai
resisté;
Contre vous je n'ai pu sauver ma
liberté.
Helas ! il n'est plus tems de vous cacher ma
flâme:
Mes yeux disent assez le secret de mon
Ame.
Une amoureuse ardeur
N'échape guerre aux yeux qui l'ont fait
naître:
Aurois-je été si long tems sans
connoître
Celle qui regne en vôtre Coeur ?
Je n'osois me flater qu'une tendresse
extrême
Plût à l'Objet qui m'a
charmé:
Il en coute à dire qu'on aime,
Lorsqu'on n'est pas sûr d'être
aimé.
Un Amour trop pressant arme nôtre colere;
Un Amour trop discret contraint nos sentimens:
L'Amant timide & l'Amant témeraire
Causent eux-mêmes leurs tourmens.
Brisez le joug d'une vaine contrainte;
Rendez heureux le plus fidelle Amant.
Me forcer à banir la crainte
Est-ce flater mon Coeur d'un espoir si charmant
?
Les Amans près des Belles
Ne vantent que trop leurs ardeurs:
Souvent les plus trompeurs
Disent qu'ils sont les plus fidelles.
Helas ! vous avourai-je une foiblesse extrême
?
Vous m'aimiez en secret...
Ah ! m'aimiez-vous de même ?
Qu'amour fasse à jamais nôtre
félicité.
Quel favorable aveu vient de ravir mon Ame;
Dieux ! mon Coeur en est enchanté:
La Mort n'éteindra pas une si belle
flâme,
Et tout vous répondra de la
fidelité.
Aimons-nous, aimons-nous. Qu'une ardeur
mutuelle
Unisse nos desirs.
Jouissons, jouissons des innocens plaisirs
D'une flâme éternelle.
Quels sons melodieux
Se font entendre dans les Cieux ?
Amour satisfait de l'homage
Que vous rendez à sa grandeur,
Vient lui-même dans ce Bocage
Combler nôtre bonheur.
L'Amour,
Doris, Daphnis,
Suivants de l'Amour, Troupe de Bergers & de
Bergeres
Rassemblez-vous, formez la fête la plus
belle,
Venez tous célébrer ma victoire
nouvelle.
Orné par la seule nature,
Recevez de l'Amour
Une plus brillante parure.
Chantons le plus charmant des Dieux,
Il fait briller ici sa gloire;
Chantons la nouvelle victoire
Qu'il remporte dans ces beaux lieux.
L'Amour
Volez Amours, volez sous ces ombrages,
Ris & plaisirs suivez mes pas;
Je veux dans ces bocages
Réunir mes plus doux apas.
On y porte mes chaînes;
En faveur des Amans
Je banis les tourmens.
Ris & plaisirs suivez mes pas;
Je veux dans ces bocages
Réunir mes plus doux apas.
Chantons le plus charmant des Dieux,
Il fait briller ici sa gloire;
Chantons la nouvelle victoire
Qu'il remporte dans ces beaux lieux.
Doris
Au tendre Amour
Que Chacun en ce jour
S'empresse à venir rendre homage;
Point de rigueurs,
Par ses seules faveurs
Il veut embraser tous les Coeurs.
Naissent des ris du badinage,
Ses ardeurs
Nous font goûter mille douceurs:
Parmi les grandeurs
Sont ses langueurs,
Les vains honeurs
Ne valent pas son esclavage;
Ce Dieu regne en paix;
Qu'il a d'atraits ?
Que pour jamais
Il lance ici ses traits ?
Passez dans les Amours
Le tems de la jeunesse:
Sans l'aimable tendresse,
Il n'est point de beaux jours.
Passons dans les Amours
Le tems de la jeunesse:
Sans l'aimable tendresse,
Il n'est point de beaux jours.
Heureux qui soupire !
Les simples desirs
Que l'Amour inspire
Sont de vrais plaisirs.
Passons dans les Amours, &c.
Rendez-vous au Dieu de Cithere;
Goûtez ses plaisirs fortunés:
Les beaux ans ne vous sont donés
Que pour lui plaire.
Passons dans les Amours, &c.
Amans heureux
Profitez de vôtre tendresse;
Amans heureux
Ne rompez jamais vos noeuds.
Cupidon victorieux
Dans ces lieux
Vous remplit d'allegresse;
Cupidon victorieux
Va combler vos voeux;
Que sans cesse
De ses traits il vous blesse;
Un sort délicieux
Unit vos feux.
Daphnis
Dans ce lieu champêtre
Tout fait conoître
Que l'Amour
Y tient sa Cour;
L'Onde pure
Forme un agréable murmure;
Les Zéphirs d'alentour
Enchantent ce séjour:
Y fait éclore
Mille fleurs
De riches couleurs;
Philomele à nos chans
Joint ses tendres accens;
Echo dans sa retraite
Repete
Les doux sons
De nos
chansons.
Licas,
l'Amour, Doris, Daphnis,
Suivants de l'Amour, Troupe de Bergers & de
Bergeres
C'est envain qu'à l'Amour
Je voulois faire résistance,
Par une douce vengeance
Il m'enflâme en ce jour
Non non l'indiférence
Ne sauroit soûtenir son aimable
presence.
Reçois l'homage de mon Coeur:
Sans cesse s'opposoit en moi;
Je renonce à l'erreur extrême
Qui me privoit de vivre sous ta loi;
Pour être heureux je sans qu'il faut que
j'aime.
Reçois l'homage de mon Coeur.
Enchaîne ici les Coeurs, nous te rendons les
armes.
Parmi tant de Beautés
Qu'on voit dans ces lieux enchantés,
La Belle Amarillis vient d'embraser mon Ame;
Amour fait que son Coeur soit sensible à ma
flâme.
Je devrois te punir
D'avoir voulu me fuïr,
Mais ta priere
Desarme ma colere:
D'Amarillis
Sois à jamais épris;
Sans peine à cette Bergere
Tu sauras plaire.
Rien n'échape à ma gloire;
Je remporte en ce jour
Victoire sur victoire.
Alez couroner cette feste
Au gré de vos plus chers desirs;
Le fruit d'une tendre conqueste
Se termine aux plus grands plaisirs.
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J'ai
lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux
l'Amour Mutuel Pastoralle. Gallyot |