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Pierre de Lagarde
[1717
- 1791]
Ordinaire de la Musique de la Chambre du Roi
Aeglé
Pastorale Héroïque en I Acte
representée
devant le Roy, sur le Théatre des Petits Appartemens, à
Versailles
le 13 Janvier 1748
livret de Pierre Laujon

les
personnages les
interprètes de l'époque Apollon,
sous
l'habit d'un berger, et sous le nom de Misis Mr
le Duc d'Ayen Aeglé Mr
le Marquis de Pompadour La
Fortune Mme
la Duchesse de Brancas Un
Faune Mr
le Marquis de Contanvaux Un
Berger Mr
le Comte de Langeron
Bergers & Bergeres
Divinités champêtres
Faunes & Dryades

Le Théâtre représente d'un côté un verger, de l'autre une forêt; le fond est occupé par le palais de la Fortune
Scene
premiere Aeglé,
seul Lorsque
Misis dans ce bocage Ah
! que ma voix me devient chère Une
Symphonie annonce l'arrivée de la
Fortune La
Fortune paraît ! cher amant que j'adore, Elle
sort. Scene
II Le
Choeur La
Fortune Le
Choeur La
Fortune Malgré
les rigueurs de ma chaîne, (à
part) (à
sa suite) La
suite de la Fortune se retire. Scene
III Misis,
à part La
Fortune Misis La
Fortune Misis La
Fortune Elle
sort. Misis,
à part Scene
IV Misis,
seul Aeglé
me croit berger... que mon coeur est flatté
! Paisibles
bois, &c. Mais
Elle porte ici ses pas... Scene
V Misis Aeglé Misis Aeglé Un
jour que je chantais sous ces naissans
ombrages, Misis Aeglé Misis Aeglé Misis Chantez...
ne craignez rien ! tout par vous
s'embellit. Il
lui donne la chanson. Aeglé,
chante d'une vois timide Misis,
lui donnant leçon Aeglé Misis Aeglé Misis Aeglé Misis Aeglé Misis,
continuant la leçon Aeglé,
prononce le nom de son amant au lieu de celui de
la chanson Misis Aeglé Misis,
à genoux Aeglé Misis Ensemble Misis Aeglé On
entend une Symphonie qui sort du palais de la
Fortune Aeglé Scene
VI Le
Choeur des Bergères Le
Choeur des Suivans de la Fortune La
Fortune,
aux Bergères Le
Choeur des Bergères Elle
ses rendent au palais de la Fortune. Aeglé
seule reste. La
Fortune,
à part Misis La
Fortune,
à Aeglé Aeglé La
Fortune,
à part Aeglé La
Fortune (à
sa Suite) (aux
Bergères) Elle
sort, et son temple disparaît. Scene
VII Misis Aeglé Aeglé
& Misis Misis Aeglé Ensemble Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Aeglé
& Misis Le
Choeur Tous: Choeur
d'Hommes Choeur
de Femmes Le
Choeur
Aeglé
Ah ! que ma voix me devient chère
Depuis que mon berger se plaît à la
former !
Amour, rends mes accens dignes de la charmer !
C'est peu, c'est trop peu de lui plaire;
Ne pourrai-je point l'enflammer ?
Vint prêter à mes chants un charme peu
flatteur,
Amour, c'était le plus doux esclavage
Que tu préparait à mon
coeur.
Depuis que mon berger se plaît à la
former !
Amour, rends mes accens dignes de la charmer !
C'est peu, c'est trop peu de lui plaire;
Ne pourrai-je point l'enflammer ?
Le plaisir de te voir s'éloigne donc encore
!
La Fortune,
Choeur des Génies, Suivans de la Fortune
Fortune, écoutez nous ! répondez
à nos voeux !
Nos coeurs, où règne
l'inconstance,
Ne peuvent plus long-temps se fixer en ces
lieux.
Volons, éloignons-nous; répondez
à nos voeux !
Servez mieux notre impatience !
O vous que le Destin enchaîne sur mes
pas,
Esprits impatiens, troupe aveugle et volage !
Ne murmurez pas davantage
De me voir si long-temps habiter ces climats !
Je ne suis plus cette fière
Déesse,
Maîtresse de changer à mon gré
l'univers;
Un berger me donne des fers;
Et le cruel encor résiste à ma
tendresse !
D'une funeste flâme il faut vous
dégager;
Le plaisir sur vos pas règne avec
l'abondance
Fuyez l'ingrat qui vous offense !
C'est le punir, c'est vous venger;
Fuyez l'ingrat qui vous offense !
Pour être ingrat, en sait-il moins charmer
?
Le doux espoir de l'enflâmer
Me fait trouver mille appas dans ma peine.
Pour être ingrat, en sait-il moins charmer
?
Je fais encor mon bonheur de l'aimer:
Pour être ingrat, en sait-il moins charmer
?
Mais il vient... Ah ! l'amour peut-être le
ramène.
Eloignez-vous !
La Fortune, Misis
La Fortune en ces lieux !
Sous cet habit rustique et peu fait pour les
Dieux,
Apollon à son coeur n'offre que trop de
charmes.
Tu crains de paraître à mes yeux !
Tu vas renouveller mes mortelles allarmes.
Ah ! si tu ne viens point répondre à
mon ardeur,
A mes regards pourquoi t'offrir encore !
Tu vue est trop funeste au repos de mon coeur;
Elle va redoubler le feu qui me dévore.
Ah ! si tu ne viens par répondre à
mon ardeur,
A mes regards pourquoi t'offrir encore ?
Pourquoi chercher à m'engager ?
C'est un plaisir pour vous de devenir volage !
L'inconstance est votre partage;
L'amour constant est celui d'un berger;
Pourquoi chercher à m'engager ?
Cette légèreté dont ton amour
s'offense
Est un titre nouveau qui te parle pour moi.
Je vois tous les mortels avec
indifférence;
Ils éprouvent mon inconstance.
Coeur ingrat ! je ne suis constante que pour
toi.
Cette légèreté dont ton amour
s'offense
Est un titre nouveau qui te parle pour
moi.
Ah ! c'est trop feindre ! j'aime, et ne dois plus
me taire.
Lorsque vous quittez tout pour l'Objet de vos
feux,
Ne me dites-vous pas ce que mon coeur doit faire
?
Ah ! consultez les yeux de ma bergère !
Ils vous le diront encor mieux.
Aeglé tient tous ses biens des main de la
Nature;
Sa richesse, c'est la beauté:
L'art ne relève point l'éclat de sa
parure;
Des fleurs sont l'ornement de sa
simplicité;
Et son coeur, qui jamais ne connut l'imposture,
Que rien encor n'a pu charmer,
Est le prix que l'Amour assure
Au berger trop heureux qui pourra
l'enflâmer.
C'est trop entendre un ingrat qui m'offense !
C'est assez; je dois vaincre une inutile
ardeur:
C'est désormais aux traits de ma
vengeance
Que tu reconnaîtras les transports de mon
coeur.
Va ! je crains ton courroux bien moins que ta
constance.
Misis
Paisibles bois ! vergers délicieux !
J'abandonne pour vous le séjour du
tonnerre.
J'ai laissé mon rang dans les cieux;
Tous les plaisirs sont sur la terre.
Mon rang est un secret qu'il faut que je lui
cèle.
Même après ma
félicité.
Comme berger, je goûterai près
d'Elle
Les plaisirs de l'amour et de
l'égalité;
Et si je me souviens de ma divinité,
Ce sera pour brûler d'une ardeur
éternelle.
Misis, Aeglé
Ah ! je vous attendais, bergère.
Hélas ! dans ces vergers je ne vous croyais
pas.
J'y viens quand le jour les éclaire,
Animé par l'espoir d'entendre votre
voix.
C'est vous qui la formez. Oui, si ma voix peut
plaire,
C'est à vous seul, Misis, que je le
dois.
Tous les oiseaux de ces bocages
Formèrent à l'envi les concerts les
plus doux:
Je crus qu'ils imitaient, dans leurs tendres
ramages,
Les leçons que je tiens de vous.
Que mon coeur est flatté d'un si charmant
langage !
Quand je ne vous vois pas,
Des airs que j'ai choisis je vous offre
l'hommage;
D'un tendre souvenir je goûte les appas.
Mon coeur ainsi se dédommage
Des douceurs que je perds quand je ne vous vois
pas.
Et... quand vous me quittez, je m'occupe sans
cesse
A répéter les airs dont vous avez
fait choix.
Mais, quelque doux qu'il soit, j'y trouve une
tristesse
Qu'ils n'ont pas, quand tous deux nous unissons nos
voix.
Nos bergers l'autre jour m'apprirent un air
tendre,
Un air simple et touchant; il semble fait pour
nous;
Il convient à nos voix: ce qui peut vous
surprendre,
J'y place votre nom.
Mon nom ?
Daignez m'entendre !
Je chante toujours mieux quand je chante pour
vous...
Mais non; suivez plutôt une route plus
sûre !
Avant d'imiter l'art, consultez la nature
!
Que je vous aime !
Je vous instruits enfin de mon amour
extrême.
Il est temps de parler, lorsque tout me trahit;
Le trouble de ma voix, mes yeux..., ah ! tout vous
dit
Que je vous aime !
Aeglé que je vous aime !
Que je vous aime !
Aeglé que je vous aime !
Vous n'êtes pas content ? vous blâmez,
je le vois,
Mes sons mal assurés ?... le trouble de ma
voix ?
Ils m'enchantent.
Misis, parlez moi sans mystère !
Cette timidité me paraît
nécessaire:
On doit être timide en avouant ses
feux.
Ah ! vous me rassurez.
Je me plains de vos yeux.
Les miens expriment mieux, Aeglé, que je
vous aime !
Je les regarderai pour m'exprimer de
même.
Que je vous aime !
Aeglé que je vous aime !
Que je vous aime !
Misis...
Dieux !
Ciel ! qu'ai-je fait ?
Mon bonheur.
Ah ! je vous regardais, vous parraissiez
sincère:
Comment ne pas trahit le secret de mon coeur
?
Que ma félicité m'est chère
!
Vous m'aimez ! Quel aveu charmant !
Que je vous aime !
L'Amour lui-même
Ne peut aimer plus tendrement.
[Misis / Aeglé] que je vous aime
!
Pour former votre voix l'art est-il
nécessaire ?
C'est votre coeur que je voulais former.
Eh ! je n'apprenais l'art de plaire
Que pour apprendre à vous
charmer.
Dieux ! quels sons pleins d'attraits
!...
Misis, Aeglé, la Fortune,
Choeur de Bergères & de Suivans de la
Fortune
Courons, volons dans ces forêts !
Que d'aimables concerts ! quel éclat nous
enchante !
Triomphez, Fortune brillante !
Des plaisirs la troupe riante
Embellit le séjour où vous portez vos
pas,
Et vole loin des lieux où vous ne
régnez pas.
Je dispose à mon gré des
trésors de la terre:
Si mes biens vous sont chers, je les offre à
vos coeurs;
Abandonnez pour moi tout ce qui peut vous plaire
!
Bergères, à ce prix on obtient mes
faveurs.
Soumettons-nous à sa puissance !
Que de biens elle dispense !
Qu'elle règne à jamais
Sur nos coeurs satisfaits !
Aeglé ne les suit point !
Dieux: que vois-je !
Bergère ?
L'éclat de mes bienfaits n'éblouit
point vos yeux !
Il en est de plus chers.
De plus chers ? Justes Dieux !
J'ai le coeur d'un berger sincère;
Nos troupeaux sont nos biens; nous vivions sans
désirs:
Bien aimer, voilà mes plaisirs:
Misis, ma gloire est de vous plaire.
Triomphe, ingrat, vois mon dépit affreux
!
Oui, je voulais ravir ta bergère à
tes feux...
Il est un coeur constant, et l'Amour te le donne
!
Portons loin de ces lieux ma honte & ma douleur
!
Vous ? ne me suivez pas ! témoins de mon
malheur,
Bergères ? je vous abandonne;
Vous pourriez de mes maux me retracer
l'horreur.
Misis, Aeglé, Divinités
champêtres
Dans ces hameaux vivez tranquilles !
Ils offrent à vos coeurs des biens plus
précieux.
Et vous, qu'elle exilait de ces charmans
asiles,
Dieux des bois, revenez; céllébrez
par vos jeux
L'Amour qui pour jamais s'éloigne de ces
lieux.
Du Dieu qui règne sur nos âmes
La gloire est de nous rendre heureux:
Jeunes coeurs qui craignez ses flâmes,
Voyez nos plaisirs dans nos yeux !
Que notre chaîne est belle !
Vous m'aimez, je vous suis
fidèle.
L'Amour comble tous nos desirs;
Il va nous rendre heureux sans cesse.
Que nous importe la richesse ?
Les vrais biens sont les plaisirs.
Du Dieu qui règne sur nos âmes
La gloire est de nous rendre heureux:
Jeunes coeurs qui craignez ses flâmes,
Voyez nos plaisirs dans nos yeux !
Fierté, Raison, qu'attendez-vous ?
Nos coeurs heureux vous disent tous
Aimez !
Aimons ! qu'attendez-vous ?
L'indifférence est un sommeil
Dont l'Amour presse le réveil:
Au vrai plaisir, au vrai bonheur,
Préférez-vous tiédeur,
froideur ?
Tiédeur !...
Froideur !...
Amour, tes feux
Nous rapprochent des Dieux.
Notre encens brûle à tes autels
Avec l'encens des immortels.
Ont-ils des plaisirs plus réels
Que ceux de nos feux mutuels ?
Non, non.
Dieu des plaisirs, dieu des amours,
Sur nos coeurs régnez toujours !
Toujours.
Toujours.
Amour, tes feux
Nous rapprochent des Dieux:
Notre encens brûle à tes autels
Avec l'encens des immortels.
Ont-ils des plaisirs plus réels
Que ceux de nos feux mutuels ?
Non.
Non ?
Non.
Non ?
Non.
Non, non.
Dieu des plaisirs, dieu des amours,
Sur nos coeurs régnez toujours !
Toujours ?
Toujours.
Au son de nos chalumeaux
Rions, chantons sous ces ormeaux !
Vole, Amour, vole en ces lieux;
Règne en nos jeux !
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