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Jean de Granouilhet, Sieur de Sablieres
[1627 - 1700]
Le Triomphe de l'Amour
Pastorale en Musique en III Parties, & II Intermedes
imitée des Amours de Diane & d'Endymion
1672
Livret de Henry Guichard

Diane Driades,
Sacrificateurs, Amadriades Marsias,
Satyre
Pan
Flore
Endimion
Caliste,
Nymphe de Diane
Phenice,
Nymphe de Diane
Argas,
Confident d'Endimion
L'Amour
Corimon,
Satyre
Alcandre,
Satyre
Argine,
Bergere
Bacchus

Premiere Entrée
Le
Theatre represente une Forest, dont plusieurs Termes
marquent les routes, & des Faunes qui attendent Pan,
occupent les Arbres. Ce Dieu sort du fond de la Forest,
suivi d'autres Faunes, après un bruit de cors qui se
fait entendre.
Pan Ils jouent
ensemble l'Ouverture Pan Les
uns dansent, pendant que les autres jouënt des
Instrumens, & chantent apres les loüanges de
Diane Les
Faunes Dedans le
celeste sejour Des
Driades, & des Amadriades, attirées par ces
Chants, y viennent mesler les leurs Une
Amadriade Une
Driade Pan Deux
Faunes Les Driades
& les Amadriades Les
Faunes Les
Driades Les
Faunes Les
Driades Les
Faunes Les
Driades Les
Faunes Tous
Ensemble Les
Driades Les
Faunes Tous
Ensemble Les
Driades Les
Faunes Tous
Ensemble Les
Driades se retirent dans le fond de la Forest, d'où
elles font sorties, & un bruit de cors se fait encore
entendre Pan Comme ils
veulent sortir, des chasseurs viennent à sa
rencontre Pan Un
Chasseur Pan Le
Chasseur Pan Le
Chasseur Pan Le
Chasseur Pan & le
Chasseur Diane
avec ses Nimphes avancent plustost qu'ils n'avoient
crû sur une fanfare de Haut-bois, & de Violons.
Les Faunes, & les Chasseurs, la saluent de leurs Tirces,
& de leurs demy-Piques; dancent & chantent devant
elle pour la divertir. Pan On s'assemble
dès le matin Les Faunes
& les Chasseurs: Diane La Chasse
fait mon soin, Je
sçay conserver ma franchise, La Chasse
fait mon soin, Diane
fait signe aux Faunes de se retirer, afin de s'entretenir en
liberté avec ses Nymphes Caliste Diane Phenice Diane Les Nymphes
Ensemble Diane Les
Nymphes Diane Les
Piqueurs de Diane amenent son équipage de Chasse,
& elle rentre dans le Bois, avec la resolution de
chasser toujours, & de naymer
jamais Chassons,
tout est prest pour la Chasse,
Jai veu Diane dans ces Bois
Qui se prepare pour la Chasse,
Et déjà ses Piqueursrs, des Cors, & de la
Voix
Suivent une Beste à la trace.
Sslvains: preparez vous aussi
A divertir la Deesse,
Meslez des Chants d'allegresse
Aux innocens plaisirs, qu'Elle vient prendre icy.
Dans ses sombres Valons,
Dans ces Antres profons,
Que tout se remplisse
Que tout retentisse
Du bruit de vos sons:
Accordez en cadence
Vos pas à la Danse,
Vos Voix, aux Chantons.
Qu'Elle est belle ! qu'Elle a dappas
Cette Desse incomparable !
Il n'en est point de plus aimable,
Le mal est qu'Elle n'aime pas.
Elle remporte l'avantage,
Tout luy cède dans ce Boccage;
Mais il luy manque un peu d'amour.
Faunes, nous la suivons, comme vous, dans ces Bois,
Et reconnoissons son empire;
Mais afin de goûter la douceur de ses loix,
Nous fuyons d'Amour le martyre.
Diane veut qu'on chasse & l'Amour qu'on soupire,
Ce font de differens emplois,
Si vous voulez goûter la douceur de ses loix,
Fuyez, de l'Amant le martyre.
C'est une difference vaine
Et lon peut la regler par un mesme desir,
Ces emplois ont chacunleur leur peine;
Mais la peine en fait le plaisir.
Quand on veut partager sa chaîne;
On en est bien souvent quitte pour un soûpir
Ces emplois ont chacun leur peine,
Et la peine en fait le plaisir.
Heureuse solitude
Charmante inquietude !
Où lon garde sa liberté.
Qui nous tient en captivité
Point d'esclavage:
Un doux servage.
Fait des mal-heureux
Pour vous rendre heureux
Un chacun suit lenvie
Où son penchant le porte, & le convie.
Chassons:
Aimons:
Et passons tout le jour:
A la chasse:
A l'Amour.
Un chacun suit l'envie
Où son penchant le porte, & le convie.
Pour la seconde foi jentens que lon apelle,
Sans doute que Diane approche de ces lieux.
Allons luy rendre hommage, allons offrir nos voeux
A cette charmante immortelle.
Chasseurs, la Déesse vient-elle ?
Non, elle ne vient pas,
Nus suivions d'assez prés ses pas,
Par vn malheur effrange
Nos chiens ont pris le change.
A la chasse, comm'en Amour,
Chacun prend le change à son tour:
Mais, en atendant qu'elle vienne,
Joignez vostre Troupe, à la mienne.
Je le veux, je le veux,
Sus, sus
Silvains:
Chasseurs:
Montrez vostrs souplesse.
Faites à qui mieux mieux.
Le prix de vostre adresse
Est de plaire à ses yeux.
Il n'est rien qui puisse égaler
Nos Bois, nos Prez, & nos Fougeres,
Mais tout cela ne parle gueres,
Si l'Amour ne les fait parler.
Sur le bord des claires Fontaines;
Mais on ny finit point les peines,
Si l'amour ny met paa la main.
Employons bien le temps qui passe,
Suivons le cours de nos tendres desirs,
Dedans les Bois il est d'autres plaisirs
Que ceux que l'on prend à la Chasse.
Le doux chant des Oiseaux,
Le murmure des Eaux,
Le Cristal des Fontaines
Font tous mes desirs,
J'y trouve des plaisirs
Et ny sens point de peines.
Elle fait mes delices,
Elle a des artifices,
Qui n'embarassent point.
La Chasse fait mon soin,
A surprendre des Bestes,
Je borne mes Conquestes,
Sans en faire plus loing.
Et par un sort qui m'est bien doux,
Je prens, sans estre prise,
Je blessee, & ne sens point les coups.
Et je passe ma vie
Sans chagrin, sans envie,
Avec mes Chiens, & sans Témoin.
En vain avez-vous en partage
Tant de charmes, & tant d'appas,
Si vous n'en voulez pas
Faire un meilleur usage;
On répond à l'Amour, lorsque l'on sait
charmer,
Du temps que l'on perd sans aimer.
Moy, répondre à lAAmour! il ne peut rien
pretendre
Sur un coeur qui se veut defendre ?
On a beau resister, plus un coeur se deffend,
Plus il souffre quand il s rend;
Quoy que lon die, & que l'on fasse,
Puisque l'on doit ce tribut â l'Amour,
Acquittons-nous de bonne grace,
Et prévenons le temps qui passe,
On perd beaucoup, lorsque l'on perd un jour.
Pourquoy ? Nymphes, pourquoy ce tribut volontaire ?
Ce n'est point un mal necessaire,
Et, qui veut, le peut éviter.
On croit l'éviter, on y donne,
C'est un abus de contester,
Et l'Amour n'épargne personne.
Helas ! pour quelques bons momens,
Il fait souffrir mille tourmens.
Un moment de plaisir repare un an de peine,
Et quand on ayme bien,
On ne sent point sa chaisne,
Et l'on ne souffre rien.
Non, non, jabhorre don, empire,
Et vous avez beau dire,
Quand on est sous sa loy,
On se plaint, on soûpire,
Et quelque doux qu'on trouve son martyre,
Cest toujours un martyre, & l'on n'est plus
à soy.
Et troublons de ses bois le repos & la paix,
Pendant que nostre coeur jouit de la bonace,
Chassons toujours, n'aymons jamais.

Premier Intermede
Marsias ayant entendu la cpnversation de Diane, sans estre veu, paroist seul, aussi-tost qu'elle est rentrée
Marsias En ce point
on s'abuse Il faut que
tout le monde y mette un peu du sien, Comme
Marsias se retire, Alcandre, & Corimon, viennent presser
une Bergere qu'ils obsedent, de se rendre à leurs
poursuites Argine Marsias Alcandre Argine Corimon Argine Alcandre Corimon Alcandre Corimon Argine Alcandre Corimon Alcandre Corimon Alcandre Corimon Alcandre Corimon Alcandre Marsias,
se joignant à eux Argine Corimon &
Alcandre,
comme s'accordant contre le tiers Marsias Argine Les
Fées partent du milieu des Arbres, sans estre
veües des Satyres, pour secourir Argine Les
Faunes,
levans leurs massuës pour la disputer,
repetent Pendant
cette contestation, la Bergere échape de leurs mains,
& les Fées la rendent invisible Les Satyres
ensemble Allons,
courons après dans ces Bois, dans ces Plaines, Ils
courent après Argine, les Fées font mouvoir
les Termes qui sont dans la Forest, pour leur fermer le
passage, & les changent en Dragons, qui jettent des
flammes, pour les épouvanter Les
Satyres Ils
trouvent à la fin le moyen d'échaper, &
les Fées, apres avoir rendu aux Termes leur premiere
figure, changent la Forest en un vaste
Désert
Vous avez beau faire la fine,
Vous aimerez, cela sufit
Je le voy bien a vostre mine,
Vous aymerez, je le devine,
Car mon petit doigt me l'a dit.
On croit qu'il faut faire façon,
Mais tout cela, Chanson,
En Amour qui refuse, muse.
Nous sommes tous faits l'un pour lautre,
Allons à mesme fin
S'il est vray qu il y va du vostre,
Entendons-nous, tout ira bien,
Nous y mettons autant du nostre,
But à but, on ne sen doit rien.
Laissez-moy, laissez-moy, vostre poursuite est vaine.
Et vous perdez icy vos par, & vostre peine.
Prestons l'oreille à leurs discours,
Et sans estre apperçeu, tascbons d'en voir le
cours.
Quoy ! Nimphe impitoyable,
Tu seraa toujours à mes voeux
Inexorable,
Et tu mépriseraz mes feux;
Peut-on écouter un Satyre ?
Quoy qu'il die, on n'en fait que rire.
En vain je cours après tes pas
Le long de ces bruyeres,
Tu n en fais point de cas.
Et tu ne me plains gueres.
Je te laisse courir, cours tant que tu voudras.
Je te tiens à present.
Tu n'echaperas pas.
Rends-toi, Cruelle
Répons à mon Amour fidele.
Je ne répons à rien.
Hé quoy ! n'est-il pas temps
De finir les maux que je sens?
Les tiens !
Les miens:
Non, non, le cceur de la Bergere,
N'est pas pour toy;
Sera pour moy.
Je l'auray:
Je l'auray:
Je viens de bonne Guerre,
Pour vous mettre d'accord, prendre pour moi ce
coeur.
Au secours ! au secours ! ha je tremble de peur.
Ce Coeur est nostre
J'en seray le vainqueur.
Vous ne l'aurez, ny l'un ny l'autre.
Vous ne l'aurez ny l'un ny l'autre !
Elle fuiït, la Cruelle.
C'est donc là tout le fruit
De no nostre querele,
Peu d'effet, & beaucoup de bruit;
Et faisons luy payer nos peines.
Quels objets effroyables !
Quels feux epauventables
Se presentent devant nos yeux !
Fuyons ces Monstres, & ces lieux.

Premiere Partie
Dans
le fond de ce lieu rustique, & champestre, il paroist
une Grotte à jour au travers de laquelle on
découvre la Mer en éloignement. Endimion est
endormy dans cette Grotte, & l'Amour qui le cherche, le
trouve en cet estat
L'Amour Ramassons
toute nostre flamme, Il
décoche une Flèche sur Endimion, qui
tressaille du coup seulement sans se réveiller, &
témoigne du dépit de n'avoir pas d'abord
reüssi dans son entreprise Quoy ce
trait Mais,
où la force est vaine, Des Amours
apportent des chaisnes, & attachent
Endimion Au moins,
Amours, au moins noubliez rien du vostre Les
Amours contens d'avoir enchaisné Endimion, en
témoignent leur joye, & lors qu'ils se retirent,
des Songes sortent de la Grotte, & de dessous terre,
avec des flambeaux, des coeurs enflammez. Endimion Le jour est
avancé, contre mon ordinaire, Le
Desert fait place â un Bois de Cedres & de
Mirthes, planté par les mains des Amours, & le
lit de Gazon, sur lequel Endimion estoit couché, se
change en un Piéd'estal, qui porte les chaisnes,
& la fléche, dont il a esté
blessé. Mais
qu'est-ce que je voy ? mais qu'est-ce que je sens ? Helas ! quel
party dois je prendre ? Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Argas Endimion Tous
Deux Argas
se retire, pour laisser à Endimion la liberté
de se plaindre seul du nouveau tourment qu'il
endure Argas Endimion Il
grave les chiffres de Diane sur l'eccorce des Arbres, &
les Amours en mesme temps les atachent par
tout Et vous
Arbres sacrez, si vostre épais feuillage L'Echo,
répond à Endimion Endimion L'Echo Endimion L'Echo Endimion L'Echo Des
Bucherons viennent travailler aux bois Endimion Les
Bucherons dansent, & font des fagots qu'un partefaix
vient enlever
Ce Berger autrefois
Vivoit dessous mes Loix,
Et semble maintenant mepriser ma puissance,
Il dort tranquilement,sans craindre mon pouvoir;
Forçons sa resistance,
Et qu'il sente le coup, avant que de le voir.
Et portons là dedans son ame,
Avec le plus seur de nos traits
C'est faire son bonheur, & rétablir ma
gloire.
Pour ne le pas manquer, tirons-le de plut prés,
Faut s'aßûrer de la victoire.
Na pas, fait
Tout l'effet
Que jen devois attendre ?
Et depuis si long-temps je suis en vain ses pas ?
Endimion tu dors... & tu te peux deffendre ?
Que ne ferois-tu point si tu ne dormois pas ?
Cherchons d'autres détours,
Preparons une chaisne,
Holà, petits Amours
Venez à mon secours,
Et tirez-moy de peine;
Attachez ce berger,
Sans qu'il puisse changer.
Pour serrer ces beaux nuds,
Je les veux partager, & pour le rendre heureux
Je vais en preparer tout autant pour un autre,
Pendant que vous ferez vos efforts en ces lieux
Pour surprendre son cceur en surprenant ses yeux.
Fantosmes de la nuit, qui troublez, mon repos,
Vaines illusions, puisque mal à propos
Vous blessez, ma pensée,
Disparoissez avec l'obscurité,
Et que la memoire effacée
S'en perde parmy la clarté.
J'ay perdu trop de temps dans les bras du Sommeil,
Tost, tost, reperons-le, profitons du Soleil,
Et chassons tout le jour, nous ne sçaurions mieux
faire.
Si j'escoute mon cur, & si j'en croy mes Sens,
L'Amour s'en est rendu le maistre;
Je n'en puis plus douter, & ces prompts mouvemens,
Par lesquels il se fait connoistre:
Ces chaisnes, & ce Dard, quõ voit encor
paroistre,
Sont de tous mes tourmens
Les Témoins, & les instrumens.
Celuy de resister, ou celuy de me rendre,
L'Amour n'en laisse qu'un à mon Esprit confus:
Quand il moffre au surplus
La liberté de me deffendre,
Ha, suivons cet attrait ! & ne resistons plus,
Nos efforts contre un Dieu sont toujours
superflus.
J'enrens d'Endimion la plainte,
Et je voy dans ses yeux,
Qui parlent encore mieux,
La profonde douleur dont son ame est ateinte
Vois-je donc mon Amour, ils le diront pour moy;
Tu sçais, mon cher Argas, les secrets de mon ame,
Je n'ay rien de caché pour toy;
Et ne veux pas icy te déguiser ma flamme:
Jayme, & javois juré ne plus aymer
rien,
Ayant perdu l'Objet de mon Amour extrême.
On a beau le jurer, on ne tient jamais bien
Les sermens que l'Amour fait contre l'Amour mesme,
On les observe un temps, mais à la fin on ayme,
Et l'on ayme plus ardemment.
Ouy, j'éprouve ce changement,
Et je souffre un double martyre,
J'ayme sans esperer, j'ayme sans l'ozer dire,
Fut-il jamais un plus cruel tourment !
Tout vous porte à l'Amourr, luy-mesme il se
déclare,
Tout ne parle icy que dAmour,
Et comment pourriez-vous vous deffendre en ce jour
Contre ce qu'il a fait, contre ce qu'il prepare.
J'oze m'eslever jusqu'aux Cieux
Et porter lorgueil de mes feux
Sur les Autels d'une Déesse;
Le Dieu qui m'oblige d'aymer,
Pour Diane, en dormant, me blesse,
Et sçait à mon réveil pour Elle
m'enflammer.
Il sçaura la toucher, & la rendre propice,
Puisque de vostre cur il fait un sacrifice.
Elle me punira de ma temerité.
L'Amour vous répondra de toute sa
fierté.
Aymons, puisque l'Amour le veut, & nous en presse,
Aymons, nostre Destin nous porte à la
tendresse.
Goûtez le doux plaisir d'aymer, & d'estre
aymé.
Mais qui sçait si l'on charme alors qu'on est
charmé.
Et ferez...
Ha je crains peut-ejre de déplaire !
Esperez...
Esperons.
On plaist, quand on veut plaire.
Donnez â vos soûpirs, enfin, un libre cours,
Resvez, seul icy sans contrainte,
Il ne faut pour témoins de votre juste plainte,
Que les Zephirs, & les Amours.
Sombre Forest, témoin de ma flamme naissante,
Et qui l'estes außi de mes premiers soûpirs,
Ha ! quand le serez-vous de mes premiers plaisirs ?
Quand verrez-vous finir mon tourment qui
s'augmente?
Preste à tous les Bergers un favorable ombrage
Soufrez que sur vos trônes je grave mes Amours,
Vous croistrez, ils croistront toujours.
Toujours...
La Nimphe de ces Bois prend part à mon martyre,
Et semble soupirer, à lors que je soupire.
Soupire...
Quoy toûjours soûpirer ?
Soufrir, gemir, pleurer,
Pour qu on se desespere.
Espere...
Dis-moy puis-je esperer d'estre bien-tost ouy ?
Ouy.
Mais que mal à propos 1es Gens de ce Village
Viennent en foule icy
Troubler mon amoureux soucy !
Enfonçons-nous dans le Boccage,
Et pendant qu'ils font leur ouvrage,
Songeons au nostre außi.

Deuxiesme Intermede
Marsias
paroist seul à la fin de lentrée des
Bûcherons, qui demeurent sur le Théatre; &
comme il a appris qu'Endimion séstoit rendu
à l'Amour, il les invite d'en faire autant, & les
avertit de nen prendre qu'autant qu'il
faut
Marsias,
seul Le secret,
où je meure, Mais, pauvres
Bûcherons, que vostre tasche est vaine ! Travaillez
comme moy, je suis un bon Maneuvre, Alcandre,
& Corimon, qui ont esté mal-traitez de la Bergere
dans le premier Intermede, quittent le party de l'Amour,
pour suivre celuy de Bacchus, & entrent chargez de
bouteilles avec six petits Aegipans, qui sortent d'une cave,
en roulant un tonneau. Alcandre
& Corimon: Alcandre Corimon Tous
Trois Ils
donnent des bouteilles aux Bûcherons, qui les vident,
pendant qu'ils chantent Les
Bucherons Les
Bûcherons, qui se sont soûlez à force de
boire, font des pas d'Yvrognes, & les Aegipans, qui se
meslent avec eux, les font tomber en dansant. Bacchus
paroist, avec ses Sylvains, & pendant que les uns luy
eslevent un berceau, les autres le
reçoivent. Les
Satyres Bacchus Les Sylvains
& les Satyres Faisons
à Bachus nostre cour, L'Amour
qui poursuit sa victoire, les chasse à coups de
fléches, & les oblige de se
retirer L'Amour
Tout prend feu dedans ce Boccage,
Le Berger le plus sage,
Comme le Faune le plus fou:
Mais le mieux fait au badinage
N'en prend jamai son soûl.
Est de se ménager,
Car chacun a son heure,
Le Faune, comme le Berger.
Et que vous estes sots !
Quand, pour se soulager, on peut conter sa peine
De perdre icy le temps à compter des
fagots.
Et fais rage de mes dix doigts,
Cà, mettons toute piece en oeuvre
L'Amour fait fléche de tout bois.
Cà, mettons une piece en perce,
Mais une piece de bon vin.
Bacchus sçait guerir le chagrin,
Que l'Amour donne à la traverse
Ma foy, je veux que l'on me berce,
Si jamais ce Dieu mest de rien.
Cà, mettons une piece en perce,
Mais une piece de bon vin.
Beuvons, beuvons à tasse pleine,
Chantons, trinquons, dansons,
Et noms réjoüissons,
Beuvons, beuvons à tasse pleine
Cinq, ou six coups tout d'une haleine.
Sus, redoublons nos coups,
Faisons honneur au Dieu de treille,
Il vient boire avec nous,
Vuidons avec lui nos bouteilles.
Buveurs qui vivez sous mes Loix,
Vous ne pouvez servir deux Maistres à la fois;
Voyez, lequel des deux vous est le plus commode
Et ne vous attachez qu'à luy;
Chez moy chacun vit à sa mode,
Chez lAmour, à celle dautruy.
A boire, à boire, à boire,
Il faut que Bachus ait son tour,
Et si l'on nous veut croire,
On accoûtumera l'Amour
A boire, à boire, à boire.
Et mettons nostre gloire,
La Nuit, außi bien que le jour,
A boire, à boire, à boire.
Allez, retyrez vous,
Troupe insolente, & temeraire;
C'est bien à faire,
A se disputer avec nous.

Troisiesme Partie
Diane revient de la Chasse, avec ses Nymphes
Diane Je ne
sçay ce qu'il vous en semble, Son adresse,
entre nous, Caliste Phenice Diane Que l'on
tient mal ce que l'on veut, Pour charmer
mes douleurs, Le
Theatre se change en un Parterre, où Flore paroist
avec les Zephirs, & des Nymphes, qui remplissent leurs
corbeilles de Fleurs Caliste Flore
suivie des Zephirs, va au devant de Diane, & les Nymphes
luy presentent leurs corbeilles. Flore fait un Recit, pour
engager Diane à aymer. Flore Diane Sans
amour, On
déplaist quelquefois, lorsque l'on veut trop
plaire, Flore,
parlant aux Zephyrs Les
Zephyrs dansent, pendant que Diane va dans le Parterre faire
des bouquets, & les Nimphes des guirlandes. Mais la
Déesse, qui au lieu d'un bouquet, a fait, sans y
penser, une chaisne de Fleurs, dont elle s'est
enlassée, se plaint de cette surprise. Diane Phenice Diane Elle
rentre dans le Parterre, pendant que les Nimphes
s'entre-lassent de leurs guirlandes, & se meslent aux
Zephirs, qui sur le champ en font éclore d'autres;
mais ayant fait une couronne, au lieu d'un bouquet, & se
voyant encore trompée une seconde fois, Elle
avoué sa defaite. Diane Endimion
paroist O Dieux ! Endimion Diane Endimion Diane,
se tournant vers ses Nimphes Les
Nimphes Caliste Phenice Les
Nimphes Caliste Phenice Les
Nimphes Diane,
se tournant vers Endimion Endimion Diane Endimion Diane,
voulant se retirer Endimion Diane Endimion Diane Endimion Diane Endimion Ils
entrent dans le Temple de Diane, auquel le Jardin se change
& un Sacrificateur de la Déesse, fait une
ceremonie; il mesle les chifres d'Endimion, avec ceux de
Diane, & perce d'une mesme fléche deux curs
enflammez sur un Autel, que d'autres Sacrificateurs
apportent. Le Choeur des
Sacrificateurs Le
Sacrificateur,
meslant les chiffres de Diane, & d'Endimion Le Choeur des
Sacrificateurs Le
Sacrificateur,
perçant deux coeurs enflammez d'une mesme
flèche Le Choeur des
Sacrificateurs Les
Sacrificateurs achevent la Ceremonie en dansant. Aussi-tost
Pan suivy de ses Faunes, & Flore des Zephirs, viennent
se réjouir avec l'Amour de la victoire qu'il a
remportée. L'Amour Aymer est un
mal necessaire, Les
Bergers, & les Bergeres d'alentour, viennent le
reconnoistre, & tous chantent à sa
loüange. Le Choeur de
Bergers & de Bergeres L'Amour Jeunes
Beautez, dont les brillans appas, Les
Bergers, & les Bergeres, dansent ensemble, & par des
pas mesurez, témoignent qu'ils sont de Concert pour
aimer, en se donnant la main. Flore Pan Les
Bergers, & les Bergeres, eslevent l'Amour sur l'Autel de
la Ceremonie, & le couronnent de Fleurs Le Choeur de
Bergers & de Bergeres,
qui couronnent l'Amour de Fleurs Les
Amours apportent des Trophées qu'on luy érige
dans le Tempe de Diane, & l'enlevant dans son Palais,
où les Jeux, & les Ris le reçoivent, pour
achever son Triomphe; Il couronne Diane & Endimion,
& serre les beaux noeuds qui les unissent pour les
rendre indissolubles. Tous les
Choeurs Ensemble
La Chasse, avec plaisir, à suivy mes souhaits,
Et d'un succez heureux à remply mon attente
Mais je serois bien plus contente,
Si je n'avais point veu ce Berger de si
prés.
Ses chiens
Qui ne connoissoient pas les miens,
Ont chaßé tout d'abord ensemble.
A fait le plaisir de la Chasse,
Avez vous remarqué de quel air ? quelle grace ?
Il a porté par tout ses coups.
Je n'ay jamais rien veu qui luy soit comparable.
Qu'il me paroist adroit ! que je le trouve aimable
!
Il a surpris mes yeux, mais je defends mon coeur;
Au secours ! ma Raison, au secours ! ma Rigueur,
Je veux, si je le puis, toûjours estre invincible;
Que tu me défends mal ! y veux-tu consentir ?
Ha si l'Amour se fait sentir,
Paroissons du moins insensible.
Quand ce Tyran des curs se rend maistre d'une ame,
Peut-estre on 1e voudroit, mais las on ne le peut !
Et malgré nos efforts, on succombe à sa
flamme.
Allons cueillir des fleurs
Dans les Jardins de Flore;
Je les arrouseray, sans Témoins, de mes pleurs,
Cest ainsi que lAurore
Les peint de cent couleurs.
L'Aurore ayme un Chasseur, qui doit ceder au vostre
Venus en aime un autre,
Et vous allez trouver Flore avec les Zephirs;
L'Amour en tous lieux se fait fuivre,
Seule dedans nos Bois, exempte de desirs,
Vous viviez, sans amour, & ce n'estoit pas
vivre.
Quand on est belle,
Il faut aimer,
Et quand on commence à chanter,
Il faut cesser d'estre cruelle;
Ce n'est pas tout que d'enflammer,
Quand on est belle,
Il faut aimer.
Ha laissons dire
Qu'il faut aimer !
Charmons, sans nous laisser charmer,
Et de deux maux fuyons le pire;
Bruslons tout sans nous enflammer,
Et laissons dire
Qu'il faut aimer.
Quon passe mal la vie !
Que peut-on faire tout un jour
Sans Amour ?
Ce doux amusement doit faire notre envie,
Et nostre plaisir tour à tour,
Charmons, l'Amour nous y convie,
Et laissons-nous außi charmer,
Vivons pour plaire, & plaisons pour aimer.
Et l'on y doit bien regarder,
Avant que de rien hasarder
Dans cette Affaire, On n'en sort quasi jamais bien,
Et quoy qu'on s'efforce de faire,
On y laisse toujours du sien;
Heureux qui s'en pourroist deffaire !
Mais plus heureux encore qui pourroit naymer rien
!
Elle aymera, l'heure est venuë,
Restez icy, jeunes Zephyrs,
Recevez ses premiers soupirs,
Et passez-vous pour un temps de ma veüe.
Je croy faire un bouquet, & je fais une
chaisne.
Quand le coeur est frapé,
L'esprit preoccupé,
La main trace aisément l'image de sa
peine.
Tout me trahit,
Je me trahie moy-mesme,
Ha je pense que jayme !
Helas, qui l'auroit dit ?
Allons, allons cacher ma honte, &
mon.dépit.
Ha s'en est fait! mon coeur,
La Raison t'abandonne,
Cest reconnoistre son vaingweur,
Que de luy faire une Couronne.
Il paroist à mes yeux,
Évitons sa veüe
Ou bien je suis perduë.
Pourquoy ? belle Déesse, ha ! pourquoy fuyez-vous
Un Berger qui se vient jetter à vos genoux ?
Dont le bon-heur dépend de celuy de vous
plaire.
Quoy vous ne chassez pas !
Et que venez vous faire ?
Adorer vos appas,
Soupirer, & me taire.
Ha létrange embaras
Pourquoy tant de mystere ?
Rendez-vous:
Rendez-vous:
Ce n'est pas une affaire.
A lAmour
A son tour !
Chacun doit satisfaire.
Que ne m'évitez-vous ! au lieu de me
parler.
Helas ou pourriez-vous aller ?
Pour n'estre pas toujours presente
A mon coeur qui se sent brusler,
Et dans le mal qui me tourmente,
Comment puis-je dissimuler ?
Voulez-vous m'obliger d'en dire davantage ?
Et n'est-ce pas assez que de me voir rougir ?
Souffrez que vostre cur, qu'il faut laisser agir,
Reprenne tout le feu, que prend vostre visage.
Endimion fuyez.
Ma Déesse ! un moment...
Hé ! que me voulez vous ?
Recevez mon serment,
Avec mes larmes
D'adorer éternellement
Vos appas, & vos charmes.
Que vous estes pressant !
Et pourquoy m'en dites-vous tant ?
C'est l'Amour qui l'ordonne,
Et j'obeis à mon vainqueur.
Contentez-vous de ma Couronne,
Et laissez-moy mon coeur.
Tout est à vous, Déesse,
Je ne reserve rien,
Partagez, ma tendresse,
Et recevant mon coeur, donnez-moy vostre main.
Endimion n'est plus mortel,
Estant aymé d'une imortelle,
Sa flamme doit estre eternelle,
Et nous luy devons un Autel.
Ubissez vos cceurs en ce jour,
Qu'ils deviennent inséparables,
Et par des entimens semblables,
Repondez à ceux de l'Amour.
Lors que l'Amour deux coeurs assemble,
Qu'ils sont heureux !
Quand ils peuvent tous deux
Vivre toujours ensemble.
Ainsi blessez de mesmes coups,
N'ayez plus qu'un corps, & qu'une ame,
En bruslans de la mesme flamme,
Ne cherchez plus rien hors de vous.
Lors que l'on sayme,
Et que lon s'aime bien,
On suffit à soy-mesme,
Et tout le reste on le compte pour rien.
Aimer est un mal necessaire,
Ou de force, ou degré, prenez vostre party,
Sçachez, quoy que vous puissiez faire,
Que l'Amour ne peut pas avoir le dementy.
Mais que ne disons-nous laymer est un grand bien,
Quand l'Amour vous fait une affaire,
Pour vous abandonner, il y va trop du sien.
Célebrons la gloire
Du Dieu dAmour,
Il remporte en ce jour
Une double victoire
Dans ce charmant séjour,
Qu'on chante tour à tour,
Célébrons la gloire
Du Dieu d'Amour.
Je vous promets de solides plaisirs,
Tendres Amans, qui vivez dans mes chaisnes,
Il vous en coustera des soins, & des soupirs,
Mais dans l'heureux succez, dè vos presans desirs
Vous trouverez, de quoy vous payer de vos peines.
Tiennent les coeurs, & les armes charmées,
Suivez, suivez lAmour, il vous suit pas a pas;
Et tenez vous pour dit, que si vous n'aimez pas,
Vous courez grand danger de n'estre plus
aimées.
Ouvrons nos cours â la tendresse,
Et profitons de la jeunesse,
L'Amour ne veut que nos beaux jours;
Ne cherchons point de vains détours,
Lorsque le temps est favorable,
On ne peut pas aymer toujours,
Car on n'est pas toujours aymable.
Servons-nous bien des bons momens,
Tout dépend de prendre son temps,
Il faut que tout le monde y vienne,
Les uns plus tard, les uns plus tost,
Mais le secret pour qu'on sy tienne,
Cest dy venir quand il le faut.
Des Fleurs, des Fleurs, couronnons ce Vainqueur
C'est luy qui fait naistre les Rozes,
C'est luy qui fait leur bonne odeur,
l'Amour embellit toutes choses.
Aimable Souverain des hommes, & des Dieux,
A qui cède celuy qui lance le Tonnerre,
Que ton pouvoir est merveilleux !
Nous t'admirons dedans les Cieux,
Et t'adorons dessus la Terre.