par
l'Academie Royale de Musique
Pastorale
en un Prologue et
V Actes
représentée
devant Sa Majesté à Trianon, le 17. Decembre
1697
Livret
de Antoine Houdar de La Motte
musique
de: André
Cardinal Destouches,
Sur-Intendant
de la Musique du Roy,
& Inspecteur general de son Academie de
Musique
AU ROY Sire, La
bonté avec laquelle VÖTRE MAJESTE' a déja
entendu un epartie de cet Ouvrage, luy a fait une reputation
bien au-dessus de mes esperances. Je ne sçay si le
Prologue & la derniere Feste que j'y ay ajoûtez
par ses Ordres meriteront le même sort. Je ne presume
point assez de moy pour l'oser esperer; mais au moins
puis-je assûrer V. M. que j'y ay travaillé
avec plus de zele & d'application qu'à tout le
reste, si ce n'est avec plus de succez. Mon genie s'est
excité par les considerations les plus nobles; j'ay
songé combien il me seroit glorieux de contribuer en
quelque sorte à la Feste du monde la plus magnifique
& la plus digne d'un grand Roy. Enfin, SIRE, j'ay
toûjours eu present les seuls motifs qui soient
capables de me toucher l'honneur de plaire à
V. M. & la gloire de la délasser quelquefois
des serieuses occupations que luy donne le soin de rendre
ses Peuples heureux. La même ardeur qui m'avoit fait
consacrer ma vie à son service dès mes
premieres années, m'a encore animé dans cet
Ouvrage. Si j'ay eu le bonheur d'y réüssir, ce
me sera une nouvelle raison de mettre mes soins à
perfectionner un talent que je voüe à V. M.
& qui ne m'est cher que par les occasions qu'il me donne
de luy prouver mon zele. Je suis avec le plus profond
respect & le devoüement le plus
entier, SIRE, De
Vostre
Majesté, le
tres-humble & tres-obeïssant & tres-fidel
Serviteur & Sujet, DESTOUCHES. Le
17. Decembre 1697.
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Le Théatre représente le Jardin des Hesperides; les arbres sont chargez de fuits d'or, & l'on découvre dans le fonds de l'entrée de ce Jardin defendüe par un Dragon qui vomit incessamment des flâmes |
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La Premiere Hesperide, Les Hesperides |
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La
Premiere Hesperide: Leurs
fruits sont enviez du reste des Humains; Que de nos
plus beaux chants ces Jardins retentissent; Choeur: [les Hesperides forment la Premiere Entrée] La
Premiere Hesperide: |
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La Premiere Hesperide, Les Hesperides, Hercule |
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[un bruit de guerre interrompt les Jeux des Hesperides, & l'on découvre Hercule qui approche du Monstre] La
Premiere Hesperide: [Hercule combat le Monstre] Monstre,
servez nôtre colere; Choeur des
Hesperides: Hercule: Aprés
avoir signalé tant de fois Mais quel
éclat frape nos yeux ? |
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La Premiere Hesperide, Les Hesperides, Hercule, Jupiter |
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Jupiter: Venez,
Peuples, accourez tous, |
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La Premiere Hesperide, Les Hesperides, Hercule, Jupiter, Troupe de Peuples |
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Choeur de
Peuples: Une Femme
de la Troupe de Peuples: Une Autre
Femme de la Troupe de Peuples: Choeur: Jupiter,
à Mercure: |

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Prémier Acte |
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Le Théatre represente un Hameau |
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Apollon |
Apollon,
seul: La cruelle
Daphné dedaigna ma tendresse; Quand on a
souffert une fois
Quand on a souffert une fois
L'amoureux esclavage,
Ah ! devroit-on s'exposer davantage
A gémir sous les mêmes loix ?
De mes ardents soûpirs, de mes soins empressez,
Mon coeur ne recüeillit qu'une affreuse tristesse.
Faut-il aimer encor ? & n'est-ce pas assez
D'une maheureuse foibleße ?
L'amoureux esclavage,
Ah ! devroit-on s'exposer davantage
A gémir sous les mêmes loix ?
Apollon, Pan
Pan: Apollon: Les Prez,
les Bois & les Fontaines On passe
icy d'heureuxx moments, Pan: Apollon: Pan: Apollon: Mais, je
voy la Nymphe paroître.
A qui vous paignez-vous de vos nouvelles chaînes
?
Pan, tu vois les témoins de mes tendres
tourments.
Sont les favoris des Amants.
Même en se plaignant de ses peines.
Les Prez, les Bois & les Fontaines
Sont les favoris des Amants.
Ne seront-ils témoins que de vôtre martyre;
Entendront-ils toûjours vos langißants regrets
?
Apollon n'ara-t-il jamais
De plus heureux secrets à leur dire ?
J'espere d'être plus heureux;
Mon malheur n'est pas invincible.
Les yeux charmants d'Issé m'ont demandé mes
voeux.
Ah ! ne seray-je pas le plus content des Dieux,
Si son coeur sensible
Est d'accord avec ses yeux !
Pourquoy luy déguiser vôtre rang glorieux
?
Je veux, sans le secours da ma grandeur suprême,
Essayer de plaire en ce jour:
Qu'il est doux d'avoir ce qu'on aime
Par les seules mains de l'Amour !
Il faut contraindre encor mes tendres mouvements,
Cachons-nous à ses yeux, & tâchons de
connoître
Quels sont ses secrets sentiments.
Issé
Issé,
seule:
Heureuse Paix, tranquille Indifferrence,
Faut-il que pour jamais vous sortiez de mon coeur ?
Je sens que ma fieré me laisse sans
défense;
Rien ne peut me sauver d'un trop charmant Vainqueur;
L'Amour, le tendre Amour force ma resistance.
Heureuse Paix, tranquille Indifferrence,
Faut-il que pour jamais vous sortiez de mon coeur ?
Je force encor mes regards au silence;
Je cache à tous les yeux ma nouvelle langueur;
Mais que sert cette violence ?
L'Amour en a plus de rigueur,
Et n'en a pas moins de puissance.
Heureuse Paix, tranquille Indifferrence,
Faut-il que pour jamais vous sortiez de mon coeur
?
Issé, Doris
Doris: Vôtre
coeur dés long-temps se devoit à ses feux. Issé: Doris: Issé: Doris: Quand un
doux penchant nous entraîne, [on
entend une Symphonie] Issé: Doris:
J'aime à vous voir en ce lei solitaire,
Il offre mille attraits à des coeurs amoureux;
Vous y venez rêver; c'est un presage heureux,
Qu'enfun Hilas a sçû vous plaire.
On a jamais brûlé d'une ardeur plus
fidelle;
Bien-tôt par d'agréables jeux
Il vous en donne encore une preuve nouvelle.
Helas !
Avant cet heureux jour
Vôtre insensible coeur ignoroit ce langage,
Et ce soûpir est le premier hommage
Que je vous voy rendre à l'Amour.
Que ne puis-je encor füir son funeste esclavage !
Mes jours couloient dans les plaisirs,
Je goûtois à la fois la paix et
l'innocence,
Et mon coeur satisfait de son indifference,
Vivoit sans crainte & sans desirs:
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible
Les plaisirs l'ont abandonné.
Quel chagement ! ô Ciel ! est-il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content, si paisible,
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
Se peut-il que vôtre coeur tremble,
Quand il ne tient qu'à luy d'être heureux
dés ce jour ?
Il faut qu'avec Hilas un beau noeud vous assemble,
L'Hymen, pour vous unir, n'atendoit que l'Amour.
Pourquoy combatre nos desirs ?
ESt-il une plus rude peine
Que de resister aux plaisirs ?
Mais qu'annoncent ces sons ? quel spectacle s'apprête
?
Pourquoy feindre de l'ignorer ?
Ces Concerts sont pour vous; c'est la nouvelle
Fête
Qu'Hilas vous a fait préparer.
Issé, Doris, Hilas,
Suite d'Hilas representant les Nereydes, & les Nymphes
de Diane conduites par l'Amour & les
Plaisirs
Hilas: Issé: Hilas: Aimez,
aimez, ne soyez plus rebelle Choeur: [on
danse] Choeur: Deux
Nymphes, alternativement avec le Choeur: Hilas: Issé: Choeur:
haut
de page
Nymphe, jugez icy de la flame fidelle,
Souffrez que, par d'aimables jeux,
Mon hommage se renouvelle;
Et n'opposez point à mes feux
Une indifference éternelle.
La seule indifference asseure un sort heureux ?
L'amour a tout soûmis à ses loix
souveraines,
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour.
Il blesse de ses traits, il charge de ses chaînes
La fière Diane, & sa Cour.
Mais il n'est pas encor content de sa victoire,
Le coeur d'Ißé manque à sa
gloire.
A de tendres desirs.
Suivez l'Amour qui vous appelle,
Par la voix des Plaisirs.
Aimez, aimez, ne soyez plus rebelle
A de tendres desirs.
Suivez l'Amour qui vous appelle,
Par la voix des Plaisirs.
Au Dieu d'Amour daignez rendre les armes,
Rien n'est si doux que les tendres soupirs.
Pour d'autres coeurs il garde ses allarmes,
Et ses faveurs suivront tous vos desirs.
Non, non, il faut se rendre,
C'est trop attendre,
L'Amour pour vous reserve ses Plaisirs.
Les doux Plaisirs habitent ce boccage,
Des plus longs jours ils nous font des moments.
Les Rossignols par leurs concerts charmants,
Le bruit des Eaux, le Zephire & l'ombrage,
Tout sert icy l'Amour & les Amants.
Sans succés, belle Issé, quitteray-je ces
lieux ?
Pouvez-vous plus long-temps resister à ma flame ?
Quoy ! l'Amour a-t-il mis tous ses traits dans vos yeux
?
N'en a-t-il point gardé pour soûmettre
vôtre ame ?
Vous ne répondez rien ? hélas ! quelle rigueur
!
Il semble qu'avec ma langueur,
Vôtre injuste fierté s'augmente.
Ne vraay-je jamais la fin de mes malheurs ?
Rendrez-vous chaque jour ma chaîne plus pesante ?
Mais c'est trop vous lasser d'une vaine douleur,
Je vous laisse, Nymphe charmante:
Songez du moins que vôtre coeur
Ne peut être le prix d'une ardeur plus
constante.
Autant que je le puis je resiste aux Amours;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte:
Heuseuse, si ma crainte
M'en deffendoit toûjours !
Aimez, aimez, ne soyez plus rebelle
A de tendres desirs.
Suivez l'Amour qui vous appelle,
Par la voix des Plaisirs.

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Acte Second |
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Le Théatre represente le Palais d'Issé, & les Jardins |
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Issé, Doris |
Issé: Doris: Issé:
Amour, laisse mon coeur en paix.
Mille autres se feront un plaisir de se rendre;
Ne te plais-tu, Cruel, à blesser de tes traits,
Que ceux qui veulent s'en deffendre ?
Mille autres se feront un plaisir de se rendre,
Amour, laisse mon coeur en paix.
Je voy Philemon qui s'avance,
Cet aimable Etranger chercher partout vos yeux;
Sans c'est l'Amour qui l'ameine en ces lieux.
Il faut éviter sa présence.
Issé, Doris, Apollon, Pan
Apollon: Issé: Apollon: Vous lisez
dans mes yeux le secret de mon coeur, Quel
silence ? quel trouble ? ah ! vous aimez Hilas ? Issé: Apollon: Iséé: Ah ! que
ne puis-je aussi bien me defendre Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé:
Belle Nymphe, arrêtez. D'où vient cette rigueur
?
Quelle injuste fierté vous guide ?
Helas ! par vos mépris, n'abbatez point un coeur
Qui n'est déja que trop timide.
De quoy vous plaignez-vous, & pourquoy
m'arrêter,
Berger, qu'avez-vous à me dire ?
Helas ! pouvez-vous en douter ?
Vous entendez que je soupire.
Je ne puis plus cacher le trouble de mon ame.
Et mon desordre & ma languue,
Tout vous fait l'aveu de ma flame.
Quand mon coeur l'aimeroit, je n'en rougirois
pas.
Vous l'aimez donc ? O Ciel ! quel rigoureux suppllice !
En quels maux cet aveu vient-il de me jetter !
Vous l'aimez, c'en est fait, il faut que je perisse;
Mes jours ne tenoient plus qu'au plaisir d'en
douter.
Que vois-je ! à quelle erreur vous laissez-vous
séduire ?
Non, non, vous n'avez point de Rivaux satisfaits.
Je n'aime point Hilas, c'est en vain qu'il soupire;
Non, je ne l'aimeray jamais.
D'un trait plus doux dont je me sens fraper !
Mais, que dis-je ? je crains de vous en trop apprendre,
Mon funeste secret est prêt à
m'achaper.
Achevez, belle Issé, rendez-vous à mes
larmes;
Bannissez d'un seul mor mes cruelles allarmes.
Pour qui sont ces tendres soûpirs ?
Ah ! ne suspendez plus mes maux, ou mes plaisirs.
Cessez, cessez une ardeur si pressante,
Je ne veux plus vous écouter.
Arrêtez, Nymphe trop charmante.
Non, laissez-moi vous éviter.
Vous me fuyez, & je vous aime.
Je fuis l'Amour, quand je vous fuis.
Dissipez le trouble où je suis.
N'augmentez pas celuy qui m'agite moy-même.
Rendez-vous à mes feux.
Ne tentez plus mon coeur.
Pourquoy craindre d'aimer ?
On doit craindre un Vainqueur.
Pan, Doris
Pan: Doris: Pan: Doris: Pan: Je ne
réponds jamais aux Belles Doris: Pan: Pan, &
Doris: [Doris]
Pourquoy traiter l'amour de jeu, Pan:
Ne songez point à m'éviter,
Doris, que leur amour fasse naître le nôtre.
Si vous voulez les imiter,
Mon coeur est prêt, & n'attend que le
vôtre.
Les Bergers offrent leur coeur
A la premiere Bergere;
Ce n'est pas pour eux une affaire
De risquer un peu d'ardeur;
Mais pour nous, le choix d'un Vainqueur
Est plus dangereux à faire.
Avant de nous mieux engager,
Essayez si mon coeur accomode le vôtre;
S'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre,
Il est bien aisé de changer.
Vous parlez déja d'inconstance,
C'est le moyen de m'allarmer.
Par ma sincerité je veux me faire aimer,
Et je parle comme je pense.
De la constance de ma foy;
Mais ceux qui promettroient des ardeurs
éternelles
Seroient moins sinceres que moy,
Et ne seroient pas plus fideles.
L'Amour n'est point charmant pour de foibles desirs;
Vous ignorez le poids de ses plus douces
chaînes.
Je me prive des grands plaisirs,
Pour m'exempter des grandes peines.
[Pan] Il faut traiter l'amour de jeu,
Autrement il est trop à craindre;
On ne doit point brûler d'un feu
Qu'il soit difficile d'éteindre.
Quels tourments ses noeuds font-ils craindre ?
On ne doit point brûler d'un feu
Qu'il soit trop facile d'éteindre.
Oh ! vous, qu'on entend chaque jour
Celébrer en ces lieux quelque nouvelle amour,
Habitants fortunez de ces charmants boccages,
Venez prendre part à mon choix,
Et que Doris appenne par vos voix,
Qu'il n'est d'heureux Amants que les Amants
volages.
Pan, Doris,
Troupe de Bergers, de Bergeres, & de
Pastres
Choeur: Un
Berger: Choeur: Le
Berger: Formez les
plus doux noeuds, Choeur: Le
Berger: Formez les
plus doux noeuds, Choeur: Doris: De ces
eaux, de ces bois naissans,
haut
de page
Changeons toûjours
Dans nos amours,
Heureux un coeur volage !
Changeons toûjours
Dans nos amours,
Nous aurons de beaux jours.
L'Amour veut qu'on s'engage;
Que faire du bel âge,
Sans son secours ?
Formez les plus doux noeuds,
Aimez sans peine,
Formez les plus doux noeuds,
Vivez heureux.
Formons les plus doux noeuds,
Aimons sans peine,
Formons les plus doux noeuds,
Vivons heureux.
Qui souffre trop d'une inhumaine
Doit aussi-tôt changer;
C'est en brisant sa chaîne
Qu'il faut s'en venger.
Aimez sans peine,
Formez les plus doux noeuds,
Vivez heureux.
Formons les plus doux noeuds,
Aimons sans peine,
Formons les plus doux noeuds,
Vivons heureux.
Vous, jeunes coeurs, qu'amour entraîne,
Fuyez les pleurs,
Les soins & les langueurs,
Allez où le plaisir vous meine.
Aimez sans peine,
Formez les plus doux noeuds,
Vivez heureux.
Formons les plus doux noeuds,
Aimons sans peine,
Formons les plus doux noeuds,
Vivons heureux.
Des Oiseaux de ces lieux charmants
La tendre Echo redit les chants,
L'aimable Flore,
Y fait éclore
Ses nouveaux presens.
Le doux murmure,
Et la verdure
Y charment nos sens.
Tout nous plaît, l'amour fuit nos pas,
Ces lieux tranquilles,
Sont les aziles
Des jeux pleins d'appas.
Moments aimables,
Soyez durables,
Ne finissez pas.

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Acte Troisième |
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Le Théatre represente la Forêt de Dodone |
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Apollon, Pan |
Apollon: Pan: Apollon: Et toy, Pan, regarde ces lieux, Pan: Apollon: Pan:
La Nymphe est sensible à mes voeux;
Mais, le diray-je ? & le pourrois-tu croire ?
Malgré cette douce victoire,
Je ne suis pas encor heureux.
Quoy ! vous avez fléchi l'Objet qui sçait vous
plaire,
Et vous osez former d'autres voeux en ce jour !
Apollon croit-il que l'Amour
N'ait que luy seul à satisfaire ?
Je ne borne point mes desirs
A l'imparfait bonheur d'une flâme vulgaire;
Acéve, achéve, Amour, de combler mes
plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire.
Ils doivent dissiper le trouble qui t'étonne.
Je voy la fameuse Dodone,
Dont les Chesnes mysterieux
Annoncent aux Mortels la volonté des Dieux:
Quel fruit en pouvez-vous attendre ?
Issé les consulte en ce jour:
Et par l'Oracle qu'ils vont rendre,
Je sçauray si son coeur merite mon amour.
Maos j'apperçois Hilas.
Il vient icy se plaindre.
Laissons un libre cours à ses justes douleurs;
C'est aßez de causer ses pleurs,
Sans vouloir encor les contraindre.
Hilas
Hilas: Dieux ! qui l'ameine icy ! les Amours sont ses
guides;
Sombres deserts, témoins de mes tristes regrets,
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces forests
De la froideur de l'Inhumaine:
Hélas ! que n'est-ce encor le sujet qui m'ameine:
L'Ingrate de l'Amour ressent enfin les traits;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres deserts, témoins de mes tristes regrets,
Rien ne manque plus à ma peine.
J'en sens croître mon desespoir.
Je porte sur ses yeux mille regards timides;
Ils ont encor sur moy leur rigoureux pouvoir;
Et tout traîtres qu'ils sont, tout ingrats, tout
perfides,
Je me plais encor à les voir.
Hilas, Issé, Doris
Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: Issé: Hilas: [il suit Issé qui va avertir les
Ministres]
Cruelle, sous souffrez icy de ma presence;
De mes tendres regards, vous détournez vos yeux.
Je ne m'attendois pas de vous voir en ces lieux.
On évite toûjours un Amant qu'on offense.
Je viens icy pour consulter les Dieux,
Ne vous opposez point à mon impatience.
Inhumaine, arrêtez; que craignez-vous ? hélas
!
Mes soûpirs & mes pleurs sont toute ma
vengeance.
Oubliez une Ingrate & ne la pleurez pas.
Qui vous forçoit de l'être à ma
perseverance ?
Accusez-en l'Amour qui m'a fait violence.
Non, Cruelle, c'est vous qui voulez mon trépas.
C'est votre foible resistance.
Vous bravez la raison qui prenoit ma défense.
Quand on fuit l'amoureuse Loy,
Est-ce par raison qu'on aime ?
Vous m'aimez malgré vous-même,
J'en aime un autre malgré moy.
Quand on fuit l'amoureuse Loy,
Est-ce par raison qu'on aime ?
C'en est donc fait, Ingrate ? ô sort infortuné
!
A quels affreux malheurs me vois-je condamné !
Dieux cruels, Doeux impitoyables;
Que ne refusez-vous le jour
A tous ceux que l'Amour
Doit rendre miserables.
Dans quel cruel chagrin vous laissez-vous plonger ?
La pitié que vous voulez feindre
Ne sert encor qu'à m'outrager.
c'est une cruauté de plaindre
Des maux que l'on peut soulager.
Je vois avec douleur le tourment qui vous preße;
Un autre sentiment n'est pas en mon pouvoir.
Ne me plaignez donc point, vôtre pitié me
blesse;
C'est un mépris pour moy, puisqu'elle est sans
tendreße.
Je vais vous épargner le chagrin de la voir.
Non, non, Ingrate que vous êtes,
Vous n'échaperez point à les justes
regrets.
Ne croyez pas que je vous laisse en paix
JOüir des maux que vous me faites.
J'auray du moins, malgré votre mépris
odieux,
Le funeste plaisir de m'en plaindre ) vos yeux.
Pan, Doris
Pan: Doris: Pan: Doris: Pan: Le moment qui nous engage Croyez-moi, bannissez une crainte inquiéte, Doris: Pan: L'Amour n'aura pour nous que de charmants appas, Doris: Pan, & Doris: Pan:
Doris, je vous cherche en tous lieux,
Sans ceße mon coeur accroît sa violonce.
Mon coeur trop épris de vos yeux
N'est content qu'en vôtre presence.
Il sembleroit en ce moment
Que vôtre amour seroit extrême.
Il s'est augmente promptement,
Mais il s'affoiblira de même.
Ah ! pourquoy prenez-vous cet injuste détour ?
Faut-il dans l'avenir me chercher une offense ?
Ingrate, en voyant mon amour,
Pourquoy prévoir mon inconstance ?
Non, je ne veux jamais partager vos desirs,
Mon coeur craint trop de faire un Infidelle.
La peine qui suit les plaisirs
N'en est que plus cruelle.
Vous vous consoleriez dans une amour nouvelle
De la perte de mes soûpirs.
Est un agréable moment;
Mais celuy qui nous dégage
Ne laisse pas d'être charmant.
Doris, laissez-moy vivre heureux sous vôtre loy.
Voulez-vous que j'accepte une volage foy,
Moy, qui brûlay toûjours d'une flâme
parfaite.
Eh-bien, vous ferez avec moy
L'essay d'une douce amourette.
Nous briserons nos fers quand nous en seront las.
Eh-bien, à vôtre amour je ne suis plus
rebelle,
Et je consens enfin à m'engager.
Voyons dans nôtre ardeur nouvelle,
Si vous m'apprendrez à changer,
Ou si je vous rendray fidele.
Cedons à nos tendres desirs,
Qu'un heureux penchant nous entraîne;
Et que l'Amour laisse aux Plaisirs
Le soin de serrer nôtre chaîne.
Mais on vient en ces lieux; suspendons nos soupirs.
Pan, Doris, Issé,
les Prestres & les Prestresses de Dodone
Le Grand Prestre: Choeur: Le Grand Prestre: Choeur: Le Grand Prestre: L'Oracle: Issé, à part: Le Grand Prestre:
Ministre revérez de ces lieux solitaires,
Vous, qu'une sainte ardeur retient en ce séjour,
Commencez avec moy nos augustes Mysteres,
Qu'Issé sçache le sort que luy garde
l'Amour.
Commençons avec moy nos augustes Mysteres,
Qu'Issé sçache le sort que luy garde
l'Amour.
Arbres sacrez, Rameaux mysterieux,
Troncs celebres, par qui l'avenir se révele,
Temple, que la Nature éleve jusqu'aux Cieux,
A qui le Printems donne une beauté nouvelle,
Chênes divins, parlez tous,
Dodone, repondez-nous.
Chênes divins, parlez tous,
Dodone, repondez-nous.
Mais déja chaque branche agite sa verdure,
Les arbres semblent s'ébranler:
Chaque feüille murmure,
L'Oracle va parler.
Issé doit s'enflâmer de l'ardeur la plus
belle,
Apollon veut être aimé d'elle.
O Ciel ! Quel Oracle pour moy
Que d'affreux malheures je prévoy !
Driades & Silvains, venez lui rendre hommage;
Honorez Apollon dans celle qui l'engage.
Pan, Doris, Issé,
les Prestres & les Prestresses de Dodone,
Troupes de Faunes, de Satyres & de
Driades
Le Choeur: Une Driade: Sur ce gazon les Ruisseaux Une Autre Driade, à Issé:
haut
de page
Chantons, chantons Issé, chantons ses traits
vainqueurs;
Celebrons ses beaux yeux, maîtres de tous les
coeurs.
Icy les tendres oiseaux
Goûtent cens douceurs secrettes,
Et l'on entend ces côteaux
Retenir des chansonnettes.
Qu'ils apprennent aux Echos.
Murmurent leurs amourettes;
Et l'on voit jusqu'aux Ormeaux
Pour embrasser les Fleurettes,
Pencher leurs jeunes rameaux.
Cedez & remportez une douce victoire.
Joignez aux charmes de la gloire
Le plaisir touchant de l'amour.
Rendez vôtre triomphe aussi doux que durable,
Vous enchaînez le Dieu le plus aimable;
Qu'il vous enchaîne à vôtre tour.

|
Acte Quatrième |
|
Le Théatre represente une Grotte. |
|
Issé |
Issé: [on
entend une espéce d'Echo qui luy
répond] Qu'entends-je
? quelle vois se mêle à mes sanglots ? Hélas
! ne cessez point de partager ma plainte Vainement,
Apollon, vôtre grandeur suprême Mais quel
Concert harmonieux
Funeste Amour, ô tendresse inhumaine !
Pourquoy vous inspirois-je au coeur d'un Dieu jaloux ?
J'aurois mieux aimé son courroux,
Je craignois cent fois moin sa haîne.
Quel destin pour moy ? quellep ine !
Qui me répond icy ?seroient-ce les Echos ?
Plaignez l'état où je me vois;
Soûpirez des tourments dont je me sens atteinte,
Et gemissez du sort qui s'oppose à mon
choix.
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changeray pas pour vous
Le fidele Berger que j'aime.
Vient troubler le silence & la paix de ces lieux
?
Issé, le Sommeile, accompagné des Songes, des
Zephirs, & des Nymphes
Choeur: Issé: Choeur: Issé: Le
Sommeil:
Belle Issé, suspendez vos plaintes;
Goûtez les charmes du repos.
Le Sommeil, pour calmer vos craintes,
Vous offre ses plus beaux pavots.
Qui vous interresse à ma peine ?
Apprenez-moy du moins quel ordre vous ameine.
Quel dieu propice est touché de mes maux.
Belle Issé, &c.
C'en est fait; le repos va suspendre mes larmes.
En vain la douleur que je sens
Veut me defendre de ses charmes.
Le Sommeil malgré moy s'empare de mes
sens.
Songes, pour Apollon, signalez vôtre zele,
Il veut de cette Nymphe, prouver tout l'amour.
Tracez a ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour.
Issé, endormie, Hilas
Hilas: Vous
Ruisseaux amoureux de cette aimable Plaine, Zéphirs,
remplissez l'air dune fraîcheur nouvelle, Que
d'attraits ! que d'appas ! contentez-vous mes yeux, Issé,
se reveillant: Hélas
! Cher Philemon, pour qui seule je soupîre, Hilas: C'en est
trop. Il faut fuir vos funestes attraits. Issé:
Que vois-je ? c'est Ißé qui repose en ces lieux
!
J'y venois pour plaindre ma peine:
Mais mes cris troubleroient son répos
précieux;
Renfermons dans mon coeur une tristesse vaine.
Coulez si mentement, & murmurez si bas,
Qu'Ißé ne vous entende.
Et vous Echos, dormez comme elle.
Parcourez tous ses charmes,
Payez-vous, s'il se peut, des larmes
Que vous avez versé pour eux.
Qu'ay-je pensé ! quel songe est venu me
séduire ?
J'ay crû voir Apollon quitter les Cieux pour moy;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire;
Un mutuel amour engageeoit nôtre foy.
Ne me reprochez point ces Songes impuissans,
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Ciel ! qu'entends-je & le puis-je croire ?
Quoy ? le tendre Apollon qui veut vous engager,
Ne peut à mon Rival arracher la victoire.
Quand vous charmez un Dieu vous aimez un Berger ?
Et j'ay encor ma flâme & l'amour & la
gloire.
Je vais traîner ailleurs une mourrante vie.
L'Amour ne m'offre icy que de cruels objets.
Vos feux, mon desespoir, ma constance trahie,
Cruelle, tout m'engage à ne vous voir
jamais.
Que je plains les malheurs dont sa flâme est suivie
!
Issé, Pan
Pan: Issé: Pan: Issé:
haut
de page
Philemon, belle Issé, souffre un sort rigoureux,
L'Oracle l'étonne & l'allarme.
Il craint qu'in fidelle à ses voeux,
Ce qui l'afflige ne vous charme.
Où pourrai-je le rencontrer ?
Je brûle de détruire un soupçon qui
m'outrage.
Je l'ay laissé dans le prochain boccage.
Vole, Amour, suy mes pas, & vien le
rassûrer.

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Acte Cinquième |
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Le Théatre represente une Solitude |
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Doris |
Doris:
Chantez Oiseaux, chantez; que vôtre sort est doux
!
Vous ne brûlez jamais que d'ardeurs mutuelles:
Vous êtes amoureux, & n'estes point jaloux.
Chantez Oiseaux, chantez; que vôtre sort est doux
!
Le seul plaisirs vous rend fideles,
Pn n'est heureux, qu'en aimant comme vous.
Chantez Oiseaux, chantez; que vôtre sort est doux
!
Doris, Pan
Pan: Doris: Pan: Doris: Pan: Doris: Pan: Ensemble: Pan: Mais
j'appercoy la Nymphe, & Philemon s'avance.
Quel sujet a conduit Doris en ce Boccage ?
J'y viens rêver à vôtre humeur
volage,
Vous vous lassez bien-tôt d'être dans mes
liens;
Un nouvel Objet vous engage,
Et vous cherchez déja d'autres yeux que les
miens.
Sur quoy prenez-vous ces allarmes ?
Non, je n'en doute point, vous aimez d'autres charmes.
Je vous ay vu suivre les pas
De la jeune Temire:
Si vous la trouviez sans appas,
Qu'aviez-vous à lui dire ?
Je luy disois que pour nous aimer bien,
Il faut banir le reproche & la crainte.
Un coeur jaloux n'est pas fait pour le mien,
Et je veux aimer sans contrainte.
Mais vous qui vous troublez par d'injustes soucis,
Que disiez-vous au jeune Iphis ?
Je lui disois qu'un coeur volage
Ne pourra jamais m'engager:
He ! que ferois-je d'un Berger,
De qui la flâme se partage ?
Vous m'avez entendu, Doris, je vous entends.
Eh-bien, n'affections point une constance vaine.
Nos coeurs ne sont pas faits pour une même
chaîne;
Choisissons d'autres fers, dont ils soient plus
contens.
Nos coeurs ne sont pas faits pour une même
chaîne;
Choisissons d'autres fers, dont ils soient plus
contens.
Heureuse mille fois, heureuse l'inconstance !
Le plus charmant amour
Est celuy qui commence
Et finit en un jour.
Heureuse mille fois, heureuse l'inconstance !
Issé, Philemon, Apollon, Doris, Pan
Apollon: Issé: Apollon: Issé: Je le
disois à cette Solitude, Issé,
& Apollon: Apollon: Issé: Appollon,
en ces lieux hâtez-vous de paraître: Mais que
vois-je ? quelle puissance, [le
Théatre change & represente un Palais magnifique;
on voit les Heures qui descendent du Ciel sur des
Nuages] Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Apollon: Issé: Un
desespoir affreux de mes esprits s'empare. Apollon: Issé: Apollon: Issé: Ensemble: Apollon:
Non, je ne puis me raßurer;
Par vos sermens & par vos larmes
Vous tâchez vainement de bannir mes allarmes:
Non, je ne sçaurois esperer
Que vous vouliez me preferer
Au Dieu puissant qui se rend à vos
charmes.
Croiray-je, Ingrat, que vous m'aimez,
Si vous refusez de ma croire ?
Les noeuds que l'Amour a formez
Vont être brisez par la Gloire.
PArdonnez mes transports jaloux;
J'ay tout à redouter, puisqu'elle est ma
Rivalle.
Je ne connois point cette gloire fatale,
Mon coeur ne reconnoît que vous.
Elle sçait mes tourments secrets;
Que ne peut-elle, hélas ! repeter mes regrets,
Pour vous tirer d'inquiétude !
C'est moy qui vous aime
Le plus tendrement.
Si vous m'aimez de même,
Mon sort seroit charmant.
C'est moy qui vous aime
Le plus tendrement.
Non, non, vous m'oublirez pour la grandeur
suprême.
Que vos soupçons me font souffrir.
Ciel ! ne puis-je vous en guerir ?
Par des attraits pompeux tâchez de m'attendrir.
Ce Berger de mon coeur sera toujours le maître,
Et les voeux éclatans que vous viendrez m'offrir
Ne serviront... helas ! qu'osay-je dire !
Mes transports indiscrets preßent vôtre
malheur.
Ce Dieu qu'un vain amour inspire
Se vangera sur vous du refus de mon coeur.
En un Palais superbe, a changé ce
séjour.
Je vois les Heures, leur presence
Nous annonce le Dieu du jour.
Ah fuyons, cher Amant ! qui pourroit nous deffendre
De la fureur d'un Dieu jaloux ?
Non, je veux le fléchir ou mourir sous ses
coups.
A quel frivole espoir vous laissez-vous surprendre ?
Fuyons, derobons nous tous deux à son
courroux.
Nos pleurs l'attendriront.
Je tremble, je frissonne.
Croyez-en mon espoir, plutôt que vôtre
effroy.
Ingrat, veux-tu perir ?
Que rien ne vous étonne.
Oste moi donc l'amour dont je brûle pour toy.
Je ne me connois plus, la raison m'abandonne,
Joüi, Cruel, joüi du trouble où je me
vois;
Ciel ! où suis-je ? que vois-je ! arrestez Dieu
barbare.
Où portez-vous vôtre injuste fureur ?
Epargnez mon Amant, percez plstôt mon
coeur...
Ah ! je suis Apollon
Vous ?
Nymphe trop fidelle,
Ißé, pardonnez-moi cette épreuve
cruelle.
Vous, Apollon ? malgré les maux que j'ay
soufferts,
Si vous m'en aimez mieux; que ces maux me sont chers
!
Quel triomphe ! quelle victoire !
L'Amour me met sous mes loix [l'Objet / le Dieu] le
plus charmant.
Que nos coeurs à jamais se disputent la gloire
De s'aimer le plus tendrement.
Quel triomphe ! quelle victoire !
Heures, marquez l'instant de ma felicité.
Vous Mortels, accourez, célebrez la Beauté
La plus tendre & la plus fidele.
L'Amour forme pour nous une chaîne
éternelle.
Venez, applaudissez à mes heureux soûpirs;
Pour prix de mes bien-faits, célebrez mes
plaisirs.
Issé, Philemon, Apollon, Doris, Pan,
Troupes d'Européens, d'Européennes, de
Chinois,
d'Ameriquains, d'Ameriquaines, d'Egyptiens, &
d'Egyptiennes
Choeur: Une
Européenne, alternativement avec le Choeur: Aimez sans
cesse, Un
Ameriquain: Quels
lieux un coeur peut-il chercher pour sa défense, Choeur:
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de page
Que tes plaisirs sont doux ! que ta gloire est extrême
!
Que ta felicité dure autant que toy-même
!
Ah ! que d'attraits suivront vôtre tendresse !
Que de plaisirs naîtront de vos maours !
Tout vous en presse;
Que vos feux redoublent toûjours !
Aimez sans cesse,
Tout vous en presse;
Sans amours,
Est-il de beaux jours ?
Peut-on jamais
Braver l'Amour & sa puissance ?
Peut-on jamais
Vaincre l'Amour & ses attraits ?
Nous le fuyons dans les Forests,
Il nous y suit avec ses traits.
Suivons ses voeux, dequoy nous sert la resistance ?
Il sçait porter des coups certains,
Le sort des coeurs est dans ses mains.
Que tes plaisirs sont doux ! que ta gloire est extrême
!
Que ta felicité dure autant que
toy-même.