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Jean-Baptiste Bousset
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
XI
dediez à Madame
la Dauphine
1712
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Madame, J'ay eu toujours une si forte passion de rendre mes ouvrages les moins indignes de vous qu'il seroit possible, que le nouveau titre dont vous brillés n'a pu m'engager a de plus grands efforts; maus j'ose m'assûrer d'un autre côté qu'il n'aura pas diminüé la bonté et l'indulgence avec laquelle vous avés coûtume de recevoir mon tribut. Je suis avec un trés profond recpect, Madame Vôtre humble, tres obéissant et tres soumis Serviteur, I.B. de Bousset |

Airs Sérieux & Airs à Boire

On ne me verra plus voler
de fleurs en fleurs, Autre fois amoureux de la
blancheur des Lis, Qu'on ne me verra plus,
&c. C'est dans ces
lieux qu'on voit l'Amour se plaire, On n'y sent
point d'ardeur qui soit legere, Et de ses
traits la blessure est si chere L'aveugle enfant, en
exécutant sa rage, Ah ! si j'en meurs Iris,
c'est votre ouvrage, Rossignol, ton
ramage tendre Mais tes
chants a mon oreille Les Oyseaux remplissent
les airs Mais ne vous en
étonnés pas, Iris, Une ame
indiferente Sous le poids
charmant de sa chaîne
Comme un Papillon infidelle,
Icy je fixe mes ardeurs
Et je m'arreste a la plus belle:
Je les quitois pour des Roses naissantes,
Mais depuis que j'ay vu Philis
Les couleurs de son teint m'ont paru si
brillantes,
C'est dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits:
Pour nous blesser ce Dieu choisit ses
traits.
Qu'on fait des voeux pour n'en guerir
jamais.
Un jour lança mille traits dans mon
sein:
Je m'aperçois qu'avec un ris malin,
Du petit Dieu vous conduisiés la
main.
Reveille les Echos de ces Bois,
Je ne me lasse point d'entendre
Les accents de ta voix:
Ne paroistroient pas si doux
S'ils n'imitoient les gloux gloux
De ma bouteille.
De leurs agreables concerts
Et le soleil est loin encore:
En voyant vos apas
Ils vous ont prise pour l'Aurore.
N'a jamais un beau jour
La vie est languissante
Sans les feux de l'amour:
Ce Dieu fait trouver mille atrais
Que ne vous dois-je pas, Climeine,
De m'avoir blessé de ses trais.

Ton
heritier brûle d'envie Il
boit ton bon vin par avance, Rossignols,
votre ramage Tout rit a vos
nouveaux desirs, Coulés, liqueur
charmante, Mais de l'aimable Iris
respectés y l'image, Amour, trop
aimable vainqueur, Vous ne
m'entendrés plus me plaindre Du doux changement en
amour, Iris quitons
ce repas, 2eme Couplet,
Réponse
De te voir sortir d'une vie
Dont il joüira mieux que toy:
Veux-tu tromper son esperance
Commence a le boire avec moy.
Est celuy des coeurs contens
Vous annoncés les Printems
Vous celebrés le noeud qui vous
engage:
Il n'est point chés vous d'inhumaines
Vous chantés vos tendres plaisirs,
Je n'oze parler de mes peines.
Jusqu'à mon coeur,
Plus je goûte votre douceur
Plus ma flâme s'augmente.
Avec ses plus beaux trais,
L'Amour l'a sçu graver,
Venés luy rendre hommage,
Elle seule a droit d'y regner.
Regnés à jamais dans mon
âme,
Vous avés fait naître ma
flâme
Et ma flâme fait mon bonheur:
Des peines qu'on souffre en aimant
Je ne crains que le changement
Trop heureux d'avoit à le craindre
!
Climeine, mon âme est charmée:
Je vous aimerois en ce jour
Si je ne vous avois aimée.
Le tendre Amour nous l'ordonne:
Les biens que ce Dieu nous donne
Ont mille fois plus d'apas.
L'heure du Berger sonne,
Ne l'entendés vous pas ?
Quand ie vois dans un repas
Couler le jus de la tonne,
L'aimable Dieu qui le donne
Seul a pour moy des apas.
Et quel heure qui sonne
Je ne l'ecoute pas.

Etreine Si du plus grand des Dieux
j'avois tout le pouvoir, On fait icy
commerce Les traits
dont il nous perce Quel prodige effrayant
? Bachus entend mes cris
fais cesser ce ravage, Amis, il court
un mauvais bruit Corrigeons-nous,
buvons, achevons notre vin, Sitôt que de Bachus
on commence a se plaindre, Triomphe Dieu d'amour, voy
renaître ta gloire, Une infidelle
beauté Vous ne m'en
donnés pas assés, Quand l'himen vient a la
voix Rarement on les voit
ensemble, 2eme Couplet Rarement,
&c. 3eme Couplet Quel plaisir de les voir
ensemble !
Je t'offrirois une couronne:
Mais si du plus petit tu voulois recevoir
Un coeur constant, je te le donne.
De ris, de jeux & de plaisirs.
Et l'Amour ne s'exerce
Qu'a faire naître nos desirs:
Sont forgés pour nous rendre heureux,
Et le vin qu'on y verse
Ne sert qu'à redoubler ses feux.
Quel deluge nouveau
Vient me troubler dans ma cave profonde ?
Quoy, le maître irrité de l'Empire de
l'Onde,
Pretend t'il my creuser un indigne tombeau
?
Vien, change en vin ce funeste element.
Ah ! que mon sort seroit charmant
Si j'y pouvois faire naufrage !
Contre la Bachique cabale,
On se plaint qu'en perçant la nuit,
A nos voisins nous causons du scandale:
Que chacun plus malin
R'entre dans sa demeure,
Corrigeons-nous, buvons, achevons notre vin,
Pour nous ennyvrer de bonne heure,
Les plus sensibles coeurs cessent de
s'enflâmer.
Le flambeau de l'Amour etoit prêt de
s'éteindre,
Une vendange heureuse a sçu le
r'allumer.
Mais du Dieu des raisins ne te separe plus,
Et pour mieux affermir ta nouvelle victoire,
Joins a tes trais puissans les armes de
Bachus.
Vient de trahir mon amour & sa gloire,
Sans me rendre la liberté
Viste, versés, je ne saurois trop
boire.
C'est au vin de guerir le mal qui me possede.
Versés encore, n'epargnés pas le
remede,
Vous ne m'en donnés pas assez.
Du tendre Amour qui l'apelle,
Que sa chaîne paroit belle !
Qu'on est content sous ses loix !
Heureux qui les rassemble.
L'himen promet mille biens
Dans les instans qu'on l'apreste
Si l'Amour n'est pas de la feste,
On languit sous ses liens.
Mais ici d'abord tous deux
Ils paroissent favorables
Et de ces Epoux aimables,
Ils vont serrer les doux noeuds:
Heureux ! heureux qui les r'assemble.