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Anonymes
Cantates Contarini
La
famille Contarini fut une des plus illustres de Venise; huit
de ses membres furent doges. Au XVIIe
siècle, le procurateur Marco Contarini
perpétua la tradition de mécénat
artistique de la famille, notamment dans sa «villa
musicale» de Piazzola sur la Brenta (province de
Padoue), dont la bibliothèque contenait notamment
120 manuscrits de musique. Deux volumes de cantates pour
alto et continuo, datant de la seconde moitié du
XVIIe, ont fait lobjet dun
enregistrement; les textes et la musique sont
dauteur(s) inconnu(s). A
gauche, le palais Contarini en 1760

Lamento di Cintia per la perdita dEurindo suo amante
Déjà
lassés daimer, Zéphyrs
cruels Mais
déjà je mavise Et vous,
ondes rapaces, Mais
à quoi bon prier les vents, Ô
cruelle amertume Mais vous,
ondes, qui détenez Et
quainsi, englouti par londe,
Deux fidèles amants
Reposaient au sein
Dun avril riant
Quand soudain réveillée
Par un adieu imprévu,
La belle Cynthia
Vit son cher Eurynde
Séloigner delle
Vers les rivages de Toscane,
Sur un rapide vaisseau,
Poussé par un vent sauvage,
Par un cruel destin.
Elle pleura, elle soupira
Et sous le coup de la douleur
Qui lui brûlait le cur,
À la brise, aux vents, à la mer,
Elle sadressait ainsi:
Qui menlevez mon trésor,
Ah ! rendez-le moi, et vous me serez si chers,
Car je me meurs de douleur.
Que je ne fais que renforcer
La mer par mes larmes,
Le vent par mes soupirs;
Au moins, que la mer
Nefface pas sur ses sables
La chère empreinte
De ses pas,
Pour que je puisse
Y lire mes peines.
Qui avez donné asile à mon cur,
Soyez compatissantes à mes vux,
Rendez-moi celui que jaime.
À quoi bon conjurer la mer
Si déjà est hors de ma vue,
Hors de portée de mes clameurs,
Celui que jamais je ne pourrai
Avoir hors de mon cur ?
De cet adieu
Qui a empli dâpreté
Un cur si affectueux,
Si bien quautant son départ
Me fut amer,
Autant mourir
Métait cher.
Le cruel qui blessa mon sein,
Et vous, vents, qui emportez
Celui qui me trahit si cruellement,
Ah, punissez-le pour moi
De linjure quil ma faite.
Arrive
à loccident
Le traître errant
Qui parcourut lorient
Avec tant de beauté;
Et dune telle vengeance,
Quil puisse apprendre
Que même le soleil
A sa tombe dans les eaux.
Voi me la pagherete
Vous me le
paierez, Secrétaires
du cur, Vous me le
paierez, En guise
darc, le grand dieu Étoiles
perfides, Ainsi
parlait Lidio, mais ladroite Lilla
Yeux tyranniques,
Vous êtes trop cruels,
Vous êtes devenus pour moi comme des
comètes,
Toujours exécuteurs
De tourments angoissants.
Torches du dieu damour,
Voleurs de liberté,
Cruels et sans pitié,
Je vous vois toujours appliqués
À me causer de grands dommages.
Yeux tyranniques.
Ne se sert que dun cil;
Il a toujours été aveugle
Et pour éviter le danger,
La vertu dune poitrine constante est
impuissante.
Je ne veux plus vous regarder,
Je me résous à vous abandonner
Parce que vous êtes trop belles;
Vous êtes toujours pour moi
Des artisans de tromperie.
Le frappa dun nouveau regard
De sorte que son âme
Absorbée par de si belles lumières
Court se jeter volontairement
Dans les bras de la mort.
Steso allombra
Étendu
à lombre dun myrte, en larmes, « Dans
la mer dune chevelure dorée, Ainsi,
triste et éploré, « On
conçoit plus damour Elle ne
souffrit pas, alors, La belle
sourit,
Philène, amant rejeté, exprimait ses
espérances
Au sein dune verte prairie;
Et, en semblables accents, il multipliait par ses
soupirs
Les souffles enchanteurs des vents.
Mon cur est un Léandre,
Un Phaéton foudroyé
Par le trait du dieu damour. »
Pendant quaffligé, il ornait de perles
Le beau corail vermeil de ses charmantes lèvres,
De petites larmes plus que de rayons
Il armait larc damour
Dans son il étincelant.
Alors, la cruelle Amaryllis
Découvrant cette âme,
Nouvelle Aréthuse noyée dans une mer de
larmes,
Avec ces accents,
Ouvrit sa belle bouche pour chanter:
Pour un il qui pleure
Que pour deux pupilles sereines et riantes;
Plus que le soleil quand il naît sur le Gange,
Resplendit un visage qui descend dans ces
ondes. »
Que lamant tourmenté,
Au milieu des émaux verdoyants,
Arrosât, dans sa douleur,
De perles de rosée
Les roses délicates
De ses lèvres.
Ainsi, pour lui essuyer le visage
Baignant dans les larmes,
Amour détacha
Le bandeau de ses yeux.
Et Philène reçu sur son sein
Avec un seul cur, fit
De deux seins, un seul.
Avec le cur partagé dans le sein,
Il changea ses larmes en sourire,
Et avec ses regards mortels,
Amour arma de flèches son carquois.
Bella bocca ma crudel
Belle
bouche, mais cruelle, Déjà
sur mes lèvres Allons,
allons ! Que lâme, en jouant,
Laisse-moi te baiser;
Sur toi seule, entre roses et miel,
Amour a posé des baisers comme
appât.
Le baiser palpite
Et réclame ta belle bouche,
Cette belle, aimable bouche,
Sur laquelle avril bourgeonne,
Couvert de douces et tièdes rosées,
Sur laquelle laube a produit
Le sourire par son sourire
Et ma trempé de larmes
Comme les perles de lorient
Trempent le soleil resplendissant.
En donnant des baisers, senflamme
Pour les plaisirs, pour les amours,
Et que la bouche qui, si belle,
Lance des baisers,
En reçoive un
Pour en rendre deux.
Fou que je suis, je soupire,
Et toi, fuyante et orgueilleuse,
Tu restes muette à mes prières
Et te ris de moi, et te tais.
Si, si, son tradito
Oui, oui,
je suis trahi; Aujourdhui,
la fière Philis, Va-t-en
donc, parjure, va; Va-t-en
donc... Venue des
feux de labîme,
Selon la coutume,
Il ny a plus despoir:
Philis va se marier !
Bien fou celui qui croit
Aux ardeurs des femmes:
Le troupeau de la fidélité
Se fait toujours tromper.
Poussant des soupirs,
Simulant le martyre,
Veut jouer la désespérée;
Mais au doux son
Du nom dépouse,
Son cur vole soffrir en don au cher
époux.
Je ne veux pas de la barbare pitié
De ton traître cur.
Je ne veux plus tadorer;
Face à mes vux si dévots,
Ta beauté est un faux dieu.
Mégère, accourue ici en volant
Au bruit de mes plaintes,
Troublera ta paix
Et au milieu des embrassements
De ton bel époux, et de vos plaisirs,
Toi, pleine de rancur,
De haine et de venin, tu soupireras
Après ton repos et ton destin,
Après mon amour ressuscité
Ou ta mort.
Sconsolata gemea
Dans
lhorreur silencieuse Je
ne trouve plus celui que jaime; Que
ferai-je, infortunée ? Qui me
rendra mon trésor ? Reviens,
ah, reviens, cher, Dis-moi,
seras-tu content, Dis-moi,
seras-tu content, Tuez-moi
donc, Cieux,
déchaînez votre colère;
Dune atroce tempête,
Inconsolée, elle gémissait,
Laimable fillette,
Dans lhorreur silencieuse
Dune atroce tempête,
Et en pâmoison damour,
Loin de son bien aimé,
Languissant parmi les peines,
Pendant que ses esprits las
Se laissaient abattre,
Elle arrivait à attendrir
Le sol par ses larmes,
Les rochers par ses paroles.
Dis-moi, amour, qui la enlevé.
Mon âme quitte ma poitrine,
Et je ne peux plus la retenir.
Oh cieux, aidez-moi !
Hélas ! En proie à la douleur,
Je perds la vie.
Qui létreint ? Qui le sait ?
Je suis trahie, Amour, je meurs.
De mon aimé, qui jouira ?
Aux bonheurs dont tu as joui,
À nos doux embrassements;
Renouvelle une seule fois
Ces soupirs adorés
Que tu as formés dans mes bras;
Et si tu penses à la fin mabandonner,
Écoute au moins les ultimes sentiments de mon
cur.
Cruel, si je meurs ?
Mes peines seront douces,
Si, bien aimé, privée de vie
Jexpire sur ton sein.
Cruel, si je meurs ?
Délires amoureux;
Ainsi cessera enfin
Mon martyre.
Prépare-toi donc, mon cur:
Il est temps de mourir.
Pleuvez, foudres;
Ouvrez-vous, abîmes
À mon martyre.
O voi dellalma oppressa
Ô
vous, puissances agitées Âme,
réveille-toi, sors de ton sommeil; Toi qui
seul, parmi les lauriers, Pensers
séducteurs Sur
lautel de Cupidon
De lâme écrasée,
Dans votre profond sommeil,
Ouvrez les yeux !
Où est votre antique courage
Où est votre ardeur native
Si laveugle dieu enfant
Vous endort avec ses plaisirs,
Vous assaille, vous effraie, vous terrifie ?
Ô cur, réveille-toi,
Romps les nuds,
Brise les flèches,
Résiste à la beauté,
Mutine-toi contre le dieu damour.
Malgré laveugle oubli
Répands des encens éternels pour ton nom,
Comment peux-tu mêler les lauriers
Avec les myrtes lascifs
Et de toi-même
Signer ton arrêt de mort ?
Dun amour efféminé,
Partez, oui, envolez-vous,
Que le cur revienne en lui-même.
Joffre en ex-voto
Mes chaînes brisées;
Et en mémoire éternelle
De ma douleur guérie,
De mon tourment,
On verra, exprimée sur la toile
Par la main du repentir,
Lhistoire même
De Lidius épris damour.
Ma chère liberté,
Ne me quitte pas.
Je ne veux plus languir,
Je veux que mon désir soit libre,
Ma volonté sans entraves.
Ne me quitte pas,
Ma chère liberté.
Non tante stelle ha il cielo
Le ciel
na pas autant détoiles, Elle
languissait pour Philinde, Mais les
paroles de son cur Philinde,
mon bien aimé, Du bel arc
de ton cil, Joint
à ces mots,
La mer de gouttes deau
Que la dolente Aurilla
Versa damères larmes de ses yeux,
Tandis quavant de mourir,
En son for intérieur,
Elle souffrait lenfer
Pour une beauté céleste.
Amante silencieuse,
Et son agonie,
Et sa douleur,
Si la langue les taisait,
En parlait le cur.
Ne dévoilèrent pas
Les atroces tourments
Causés par son bien aimé.
Ainsi, pour obtenir sa pitié,
Elle voulut que ce cur lui racontât,
Sur une feuille muette,
Par des paroles sans voix,
Quelle était sa douleur;
Et
sa peine lui prêta sa plume,
Ses larmes fournirent lencre;
Ainsi, du mieux quelle put,
Elle exprima ses souffrances
Avec ces accents:
Pitié, grâce !
Je souffre pour toi
Tant de peines cruelles !
Philinde, mon bien aimé,
Pitié, grâce !
Laveugle fils de Cypris
Ma lancé de cruelles flèches
Et allumant ses flambeaux
Dans tes yeux rebelles,
Il a enflammé mon âme dans mon sein.
Les liens dor de ta chevelure
Mont privée de liberté;
Je languis, je défaille, je meurs,
Si tu nas pas pitié de moi.
Je ne veux pas que tu pleures
À cause de mes larmes,
Je ne veux pas que ma douleur
Te fasse souffrir;
Je veux seulement que tu récompenses
Mon amour par ton amour.
Mais si tu ne crois pas, ô Dieu !
Que lamour menflamme pour toi,
Demande-le à mon cur,
Fidèle témoin
De ma douleur.
La belle Aurilla
Enferma son cur dans le feuillet,
Et afin quil soit sûr darriver
À son bien-aimé
En témoignage
De ses cruelles flammes,
Elle voulut le sceller
Par mille baisers.
Filli parlianci chiaro
Philis,
parlons clairement, Si tu
refuses dabandonner ton orgueil, Si tu ne
cesses pas de me torturer, Jai
déjà le cerveau brisé,
laissons là les compliments:
quand donc prendront fin
mes tourments ?
je me résous à te chasser de mon
cur;
je ne veux plus servir sans espoir,
jai assez souffert de ta rigueur.
je déferai la chaîne de mon cur;
trop cruelle est la peine que jéprouve,
ma poitrine ne peut plus lendurer.
le pied se fatigue à suivre celle qui fuit;
languir pour un beau visage,
sans récompense, cest vanité.
Si tu méprises ce flambeau
quAmour alluma dans mon cur,
je me repens de mon erreur
et te laisse en une sainte paix.

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