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Jean-Baptiste Bousset

Maitre de Musique du Roy,
pour ses Academies Françoises des Inscriptions, & des Sciences

 

Cantates Françoises 

 

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Le Prunier

Cantate à voix seule avec la Basse Continue, 1702

 

 

Récitatif

Jeune & tendre Arbruisseau l'espoir de mon Verger,
Fertile nourrissier de Vertumne & de Flore,
Des faveurs de l'Hyver redouté les dangers:
Et retenés vos fleurs qui se pressent d'éclore,
Seduites par l'eclat d'un beau jour passager.

 

Air

 

Imités la sage Anemone,
Craignés Borée & ses retours;
Attendés que Flore & Pomone
Vous puissent preter leur secours.

Philomele est toujours muette,
Progné craint de nouveaux frissons,
Et la timide Violette,
Se cache encore sous les gazons.

 

Récitatif

Soleil, pere de la nature,
Viens rependre en ces lieux tes fecondes chaleurs,
Dissipe les frimats, écarte la froidure,
Qui brûle nos fruits & nos fleurs.
Céres pleine d'impatiente,
N'attend que ton retour pour enrichier ses bords,
Et sur ta fertile presence,
Bacchus fonde l'espoir de ses nouveaux tresors.

 

Air

 

Les loix d'où tu prends ta course,
Virent ses premiers combats:
Mais loin des climats de l'Ourse,
Il porta toujours ses pas.

Et quand les amours sensibles,
Voulurent le rendre heureux,
Ce fut sur des bords paisibles,
Qu'echaufoient tes plus doux feux.

 

Récitatif

L'Inde fut témoin de ta gloire,
Naxe le fut de son bonheur.
Il revenoit brillant d'une illustre victoire,
Il y vit Ariane en proye a sa douleur.

Il essuya ses pleurs,
Il calma ses murmures,
Il condamnoit l'ingrat qui causoit son malheur,
Et par de nouvelles blessures,
Des blessures d'Amour il sçut guerir son coeur.

Pour en conserver la memoire,
Faune dicta ces vers aux Nymphes d'alentour.

 

Air

 

Un volage que l'on aime,
Ne se doit pleurer qu'un jour.
Et c'est à l'Amour luy-même
A triompher de l'Amour.

Plus une chaîne est nouvelle,
Plus elle est pleine d'apas;
Si Venus est immortelle,
Les Amours ne le sont pas.

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La Rose

Cantate à voix seule avec la Basse Continue, 1702

 

 

Récitatif

Une Rose venoit d'éclore,
Un Papillon en devint amoureux,
Sitôt que paroissoit l'Aurore,
Il la pressoit ainsi de repondre à ses voeux.

 

Air

 

Qu'attendés vous encore,
Delices du Printemps,
Qu'attendés vous encore ?
Vous charmés, il est temps
D'aimer qui vous adore.

Eprouvés des douceurs
Que votre coeur ignore.
Nous sommes pour les fleurs
Ce qu'esst Zephire a Flore.

 

Récitatif

Ah, vous paroissez en couroux,
D'entendre nommer un volage,
Zephire doit aimer le plus constament que nous.
Les Oiseaux ont du loisir pour un fidele hommage:
Mais nous qui vivons peu de jours,
Pouvons nous trop presser la moisson des Amours ?

 

Air

 

Sans crainte, sans allarmes,
L'Amour nous rend heureux.
Et plus nous allumons de feux,
Plus notre destin a de charmes.

L'Amour a nos desirs
Ne mêle point de peines,
Nous ne laissons durer nos chaînes
Qu'autant que durrent nos plaisirs.

 

Récitatif

Craignés un repentir, evités des regrets,
Bientôt vous perdés vos attraits,
Sans gouter les plaisirs
Que l'Amour vous presente,
Il ne tient qu'à vous d'en joüir.
A ce discours la fleur naissante,
Parut plus belle & plus riante,
L'ardeur du Papillon la fit s'épanoüir.

 

Air

 

Dans la saison nouvelle
Que l'on doit plaindre un jeune coeur,
Lorsqu'à l'Amour rebelle
Il combat son ardeur !

Tout le trahit, tout luy r'apelle
La charmante douceur
D'une tendresse mutuelle
Les Zephirs, les Oiseaux, jusqu'à la moindre fleur
Tout luy retrace le bonheur
Qu'on doit gouster dans la saison nouvelle.

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Ixion

Cantate à voix seule avec Simphonie, 1702

 

 

Récitatif

Ixion fameux temeraire,
Par Jupiter fut mené dans les Cieux,
L'Ingrat n'y trouva rien qui plût tant a ses yeux
Que l'epouse du Dieu que l'Olimpe revere.

[mesuré]

Pour elle il ôsa soupirer
Même il ôsa lui declarer
La majesté, l'eclat du rang suprême
Ne purent imposer à son ardeur extrême.

 

Air

 

Que tes traits sont dangereux
Cruel enfant de Cythere !
Un coeur qui ressent tes feux
Fuit la raison qui l'eclaire.

Tes tourments sont rigoureux
Tes plaisirs ne durent guere,
Les plus temeraires voeux
Ont le plus dequoy te plaire.

 

Récitatif

La superbe Junon avertit son Epoux
D'un amour qui blessoit sa gloire.
Mais loin d'en devenir jaloux
Il eut de la peine a le croire.

[mesuré]

Ce dieu, le plus sage des Dieux,
Ordonne aux vents d'assembler un nüage,
Et d'en former la vive image,
De la Reyne des Cieux.

[premier tempo]

Ixion s'y méprit, il poursuit, il embrasse,
Ce fantôme charmant,
Enfin il est haureux Amant
Malgré le sort qui le menace.

 

Air

 

Son coeur est flatté
Par un heureux songe,
Sa felicité
N'est point un mensonge.

De tendres soupirs
Naissent de sa flâme.
Les plus doux plaisirs
Enchantent son ame.

 

Récitatif

De son bonheur Jupiter irrité,
Pour prix de ton audace, & de ta vanité
Va, dit-il, malheureux, que ta flâme fatale
Te conduise au fond des Enfers;
Qu'à tes forfaits ta peine soit égale,
Euménides, venés, preparés luy des fers.

 

Viste

 

Que dans vos demeures sombres
Sejour de la cruauté
Un suplice nouveau pour luy seul inventé
Epouvante a jamais les Ombres.

 

Air

 

Gardés vous de vous declarer,
Amants sans estre surs de plaire
Quand l'amour vous fait soupirer
Pour une beauté trop severe.

Ses yeux doivent vous eclairer.
S'ils vous deffendent d'esperer
Vous devés souffrir & vous taire.

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Judith

3ème cantate du Premier Livre des Cantates Spirituelles tirées des Pseaumes,
des Histoires les plus intérressantes de l'Ecriture Sainte & autres Sujets Pieux

 

 

Récitatif

Israël, c'est ton Dieu qui te garde et qui veille
Annoncez-le en Sion, annoncez la merveille.
Annoncez chez les Philistins
Que le Dieu d'Israël ne dort ni ne sommeille.

Annoncez-le aux peuples voisins
Prompts messagers prenez des ailes:
Volez, et portez ces nouvelles
A ce superbe Caldéen

Qui préparoit déjà notre lien,
Et qui comptoit déjà son orgueil supreme
D'enchaîner le Seigneur lui-même.

 

Air

 

Du Dieu des Hébreux
Chantons la victoire:
Célébrons le gloire
De ce peuple heureux.

La mort, la ruine
L'affreuse famine
Les cris et les pleurs

De nos Prêtres même
La frayeur extrême
Fixoit nos malheurs.

 

Récitatif

Après cinq jours la triste Béthulie
Tomboit dans la main ennemie,
Quand la vertueuse Judith
Pensant mieux du Seigneur
Pleine d'un autre esprit

A ce peuple effraïé reprocha sa faiblesse;
Et lui rappelant la tendresse
Du Dieu qui tant de fois délivra leurs ayeux
Elle expose en ces mots cette faute à leurs yeux.

 

Air

 

Nous osons donc le soumettre
A nos infidélités !
Et qui sommes nous pour metre
Des bornes à ses bontés:

C'est le Seigneur qui m'inspire:
Il vient délivrer les siens.
Dieu ! je me tais, et j'admire
Comment tu sauves les tiens.

 

Récitatif

Elle part. Cependant dans sa colère extréme
L'ennemi tonne, il menace, il blasphéme.
Tout doit, et Dieu lui-même, éprouver sa fureur
Rien ne peut échapper à son glaive vengeur.
Quand de Judith la grâce et la beauté touchante,
Frappant ce Monstre impur, le transporte et l'enchante:
Tout plein de ses désirs, (Dieu condiosant le bras,
Affermissant le coeur de la chaste Héroïne,)
Holopherne périt: et l'armée en ruïne
Fuit au gré du Dieu des combats.

 

Air

 

Bruyante Trompette
Seconde nos voix.
Sonné la retraite
Du plus fier des Rois.

Chante la victoire
De ce Dieu des Dieux
Elève sa gloire
Jusques dans les Cieux.

Couronne ta tête
Fille de Sion.
Humble nation
Fais un jour de fête.

Célébrant Judith,
Chantant sa conquête.
Exalte le Dureté
De Dieu qui le fit.

 

texte de Jean-Baptiste Rousseau

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Eglogue Bachique

 

Prologue

 

Duo

 

Catin & Tiscis

Aux bords d'une eau tranquille & claire,
Le Berger Tircis l'autre jour,
Content d'avoir touché le coeur de sa Bergere,
En vuisant un flacon, rêvoit à son amour.

Catin auprés de luy pleine d'impatience
De gouter de plus doux plaisirs,
Le voyant plus sensible au vin qu'à ses desirs,
Par ces mots rompit le silence.

 

Récitatif

Catin
Enfin par mes faveurs,
Ingrat, je t'ay perdu,
Tu n'aime plus que le jus de la treille,
Tu méprise mon coeur,
Qui s'est trop tost rendu,
Mes attraits prodiguez n'ont rien qui te reveille;
Mais, helas ! ce malheur à ma tendresse est du,
Si mon coeur contre toy s'estoit mieux deffendu,
Tu cherirois moins la bouteille.

Tircis:
Ma Bergere, calmez d'inutiles allarmes,
Mon coeur plusque jamais est sensible à vos charmes,
Jugez de son amour, trop aimable Catin,
Par les plaisirs que je vous sacrifie,
J'aime le vin cent fois plus que la vie,
Et je suis prêt pour vous de renoncer au vin.

 

Air

 

Catin
Il m'est bien glorieux de croire
Qu'en me voyant vous renoncez à boire,
Ou qu'au moins vous n'y songez plus:
Mais tout partage offence une Maîtresse,
Et les momens que l'on donne à Bachus,
Sont dérobez à la tendresse.

 

Récitatif

Tircis
Si c'est offencer vôtre ardeur,
De passer quelques temps avec cette liqueur,
Elle sçait reparer tous les maux qu'elle cause:
Lorsque l'on aime & qu'on boit bien,
L'Amant y gagne quelque chose,
Et la Maîtresse ny perd rien.

 

Air accompagné

 

Tircis

C'est au feu que Bachus fait naître,
Que Cupidon r'allume son flambeau:
Mon amour languiroit peut-estre,
Sans le secours du vin nouveau.

 

Récitatif

Catin
L'ardeur que vous voulez feindre
Ne peut plus vous enflamer:
S'il faut du vin pour l'animer,
Elle est bien preste de s'éteindre.

 

Air accompagné

 

Tircis

Quand je mepriseray le pouvoir de vos yeux,
Les Poissons porteront leur vol jusques aux Cieux;
Et nos Moutons des loups braveront la furie:
Au mépris du nectar, à la table des Dieux,
On servira du vin de Brie.

 

Récitatif

Catin
Quand vous cesserez de me plaire,
L'amour n'aura plus de douceurs:
On en bannira le Mystere,
On méprisera les faveurs,
De la plus aimable Bergere.

 

Duo

 

Catin
Heureux qui de l'amour fait son unique gloire.

Tircis
Plus heureux en aimant, qui peut boire à long-traits.

Ensemble
[
Tircis] Permettez-moy de boire,
[
Catin] Je vous permets de boire,

[Tircis] Je vous promets de ne changer jamais.
[
Catin] Promettez-moy de ne changer jamais.

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