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Balet pour une troupe de Turcs armez
par Claude Expilli
1690

Nous
sommes Musulmans, ce grand nom redoutable Le plus
brave guerrier en vain s'opiniatre; On nous
dit qu'Amour, que se vante le maitre S'il osoit
se montrer, luy qui fait tant le brave,
Est assez connu par la terre habitable;
Enfans aisnez de Mars, & de la cruauté.
Nos plaisirs, nos ébats sont les bruits de la guerre
!
Les meurtres, les clameurs, l'horreur & le tonnerre
!
Sans pitié ! Sans amour, & sans fidelité
!
Aveugle en son malheur, de nous vouloir combattre;
Qui pourroit soutenir la foudre de mes bras ?
Nous ne craindrions devoir armez en la Campagne,
Tous les vieux Paladins de la Grande Bretage,
Et defierions les Dieux s'il habitoient àa
bas.
De la terre & du ciel, en ce lieu devoit etre
Qu'il porte en main son arc, & son carquois au
flanc.
Mais il n'ose paroitre, en vos feux il se cache.
Aussi pour nous combattre, il est trop foible &
lâche !
Il ne vit que de pleurs, & nous vivons de
sang.
Sans pardon, sans merci nous le ferions esclave,
Et verrions s'il sauroit apprendre à bien ramer,
En fanal de Vaisseau nous changerions sa flame;
Son lien en catene, & sa sagete en rame,
Et les larmes qu'il aime en une large mer.