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Le Temple de la Paix
Opéra Ballet en VI Entrées
dansé devant la Roy à Fontainebleau
le Quinziéme Octobre 1685

Livret de Philippe Quinault
musique de: Jean-Baptiste Lully

 

les personnages du Ballet:

Climene, Bergere, aimée de Silvandre
Silvandre, Berger, Amant de Climene
Silvie, Bergere, aimée de Daphnis
Amarillis, Bergere, aimée de Lycidas
Aminthas, Berger
Menalque, Berger
Alcippe, Berger, Amant d'Amarillis
Lycidas, Berger, Amant d'Amarillis
Tyrsis, Berger
Daphnis, Berger, Amant de Silvie
Philene, Berger

Troupes de Nimphes qui dansent
Troupes de Bergers & de Bergeres qui dansent
Troupes de Nimphes, de Bergers & de Bergeres, qui chantent dans les Choeurs
Troupe de Basques qui dansent
Un jeune Basque, & une Fille Basque qui chantent
Troupe de Bretons & de Bretonnes qui dansent
Deux Bretonnes qui dansent
Un Sauvage qui chante seul
Troupe de Sauvages qui chantent & qui forment un Choeur
Troupe de Sauvages qui dansent
Un Afri quain qui chante seul
Troupe d'Afriquains & d'Afriquaines qui dansent


Le Théatre represente un Temple environné d'un Bocage. Les Nimphes de ce bois ont fait élever ce Temple, & elles vont celebrer une Fête pour le dédier solemnellement à la Paix. Elles ont fait annoncer cette Fête, & ont invitez plusieurs Peuples de s'y trouver. Les Bergers & les Bergeres des lieux d'alentour commencent à s'assembler avec les Nimphes devant le Temple de la Paix.

Climene, & les Choeurs des Nimphes, des Bergers & des Bergeres:
Preparons-nous pour la Fête nouvelle,
Le bruit des concerts nous appelle:
Mêlons nos voix au son des chalumeaux;
Dansons à l'ombre des ormeaux.

Silvandre:
D'un Roi toûjours Vainqueur la vertu sans exemple
Nous assure un heureux repos.
Les Nimphes de ces lieux ont élevé ce Temple
A l'honneur de la Paix qu'on doit à ce Heros.
Le prompte renommée a publié la Fête
Que dans ces bois trnaquiles avec soin s'apprête
Cent peuples de divers climats
Viendront entendre nos musettes,
Enchanter avec nous dans ces belles retraites
La Paix & ses charmans appas.

Silvie & Amaryllis:
Sans crainte dans nos prairies
Laissons nos Moutons paissans:
Les animaux cruels & ravissans,
Sont loin de nos bergeries:
Dans ces beaux lieux nos soins les plus pressans
Sont de joüir des plaisirs innocens.

Le Choeur de Nimphes, de Bergers & de Bergeres:
Preparons-nous pour la Fête nouvelle,
Le bruit des concerts nous appelle:
Mêlons nos voix au son des chalumeaux;
Dansons à l'ombre des ormeaux.

Premiere Entrée

[Les Nimphes, les Bergers, & les Bergeres dansent ensemble]

[cette danse est accompagnée d'une Chanson par Amintas & par Menalque]

Amintas & Menalque:
Charmant repos d'une vie innocente,
Notre bonheur de dépend que de vous.
Le noir chagrin suit la pompe éclatante;
La grandeur fait des jaloux
La fortune est changeante,
Qui reçoit ses dons doit crainte ses coups.
Charmant repos d'une vie innocente,
Notre bonheur de dépend que de vous.
Tout nous enchante,
Les vrais plaisirs ne sont faits que pour nous,
Nôtre ame est constante,
Quel sort est plus doux ?
Charmant repos d'une vie innocente,
Notre bonheur de dépend que de vous.

Alcippe:
Le Prince qui poursuit avec un soin extrême
Les hôtes furieux des forêts d'alentour,
Aime assez nos concerts pour les offrir lui-même
Au grand Roi dont il tient le jour.

Lycidas, & les Choeurs de Nimphesz, de Bergers & de Bergeres:
Que ce Roi vainqueur a de gloire !
Le sort su monde est en ses mains.
Le bonheur des humains
Est le seul prix qu'il veut de sa victoire.

Tyrsis:
La gloire lui suffit, ses voeux sont satisfaits.
Il est content d'humilier l'audace,
Et d'enchaîner la guerre pour jamais:
Les seuls ennemis qu'il menace
Sont les ennemis de la Paix.

Silvie:
Pour rendre son Empire heureux & florissant
Ses travaux trouvent tout facile:
Il est toûjours agissant,
Et paroît toûjours tranquille.

Alcimedon:
Entre les autres Rois, ce Roi victorieux
Est tel que l'on dépeint entre les autres Dieux
Celui qui lance le tonnerre
C'est l'auteur glorieux
Du repos de la Terre;
C'est l'effroi des audacieux
Qui voudroient rallumer la guerre:
C'est le don le plus Precieux
Que nous aions reçû des Cieux.

Les Choeurs des Nimphes, des Bergers, & des Bergeres repetent ces deux derniers Vers:
C'est le don le plus Precieux
Que nous aions reçû des Cieux.

Seconde Entrée

[une nouvelle troupe de Nimphes, de Bergers, & de Bergeres vient en dansant au Temple de la Paix]

Daphnis, & les Choeurs des Nimphes, des Bergers, & des Bergeres:
La gloire où ce Vainqueur aspire,
Est de faire aimer son Empire.
Il répand ses faveurs jusques dans nos hameaux;
Nôtre repos est son ouvrage:
Il conte pour ses jours les plus doux, les plus beaux,
Ceux qu'il signale davantage
Par des bienfaits nouveaux.

Silvie:
On conteroit plutôt les épits qu'on moissonne,
Les Roses du Printems & les Fruits de l'Automne,
Que les biens qu'on doit à ses soins
C'est lui qui se ressent le moins
Du repos qu'il nous donne.

Climene:
Sans cesse benissons ce Vainqueur genereux.
Joüissons sous ses loix d'un sort digne d'envie,
Que le Ciel prenne soin d'une si belle vie.
Nous ne formons point d'autres voeux,
C'est assez pour nous rendre heureux.

[les deux Troupes de Nimphes, de Bergers & de Bergeres unissent leurs voix & dansent ensemble]

Les Choeurs de Nimphes, de Bergers & de Bergeres:
Joüissons sous ses loix d'un sort digne d'envie,
Que le Ciel prenne soin d'une si belle vie.
Nous ne formons point d'autres voeux,
C'est assez pour nous rendre heureux.

[les Nimphes, les Bergers & les Bergeres se placent sur des sieges de gazon autour du Temple de la Paix, & y attendent les peuples qui doivent venir à la Fête]

[Daphnis & Silvandre font tout bas une conversation qui les engage insensiblement dans une contestation qui leur fait élever la voix]

Daphnis & Silvandre, ensemble:

[Daphnis] Malheureux un amant fidelle !
[Silvandre] Trop heureux un amant fidelle !
[Daphnis] Malheureux
[Silvandre] Trop heureux

Un coeur engagé dans les noeuds
D'une amour éternelle !

[Daphnis] Malheureux un amant fidelle !
[Silvandre] Trop heureux un amant fidelle !

Daphnis:
Gardons-nous, gardons-nous
D'une amour tendre.

Silvandre:
Est il rien de plus doux ?
Pourquoi nous en défendre ?

Silvandre & Daphnis ensemble:

[Silvandre] Non, il n'est point de plaisir si charmant,
[Daphnis] Non, il n'est point de plus cruel tourment,

Silvandre:
Pour nous juger veux-tu choisir Philene ?

Daphnis:
J'en suis content, on ne peut mieux choisir.

[Philene sort de l'endroit où il étoit placé, & vient entendre Silvandre & Daphnis]

Daphnis:
Je soûtiens que l'amour est toûjours une peine.

Silvandre:
Je soûtiens que l'amour n'est jamais sans plaisir.
Pour un coeur toûjours severe
Que la vie a peu d'appas !
Les plaisirs ne régnent guere
Où les amours ne sont pas.

Daphnis:
Dans les beaux jours le doux Zephire
Fait moins naître de fleurs
Que le cruel amour dans son funeste empire
Ne fait verser de pleurs.

[les Nimphes, les Bergers & les Bergeres se partagent en deux Parties, dont l'un est du sentiment de Daphnis, & l'autre de l'opinion de Silvandre]

Le Partie de Daphnis & le Parti de Silvandre, ensemble:

[le Parti de Daphnis] Malheureux un amant fidele.
[le Parti de Silvandre] Trop heureux un amant fidele.

Un coeur engagé dans les noeuds
D'une amour éternelle !

Le Partie de Daphnis:
Gardons-nous, gardons-nous
D'une amour tendre.

Le Partie de Silvandre:
Est-il rien de plus doux ?
Pourquoi nous en défendre ?

Le Partie de Daphnis & le Parti de Silvandre, ensemble:

[le Parti de Silvandre] Non, il n'est point de plaisir plus charmant.
[le Parti de Daphnis] Non, il n'est point de plus cruel tourment.

Philene:
La Paix regne dans ce bocage,
Et sans cesse à nos jeux elle doit présider.
Ne disputez pas davantage,
Bergers, il faut vous accorder.
Il est doux d'être amant d'une Bergere aimable,
Mais il est dangereux
D'être trop amoureux:
L'excés d'amour rend un coeur miserable,
Un peu d'amour suffit pour être heureux.

[les deux Partis s'accordent, & repetent ensemble les derniers Vers que Philene a chantez]

Les Choeurs:
Il est doux d'être amant d'une Bergere aimable,
Mais il est dangereux
D'être trop amoureux:
L'excés d'amour rend un coeur miserable,
Un peu d'amour suffit pour être heureux.

[les Nimphes, les Bergers & les Bergeres reprennent leurs places]

Troisiéme Entrée

[les Basques devancent les autres Peuples, qui doivent venir au Temple de la Paix, ils y arrivent en dansant à la maniere de leurs païs]

Deux Basques chantent au milieu des danses:

Chanson des Basques

Suivons l'aimable Paix qui nous appelle,
Mille nouveaux plaisirs sont avec elle.
L'Amour promet ici des jours heureux,
Et sans allarmes:
Il bannit les soins fâcheux.
Que l'amour a de charmes
Quand il vient avec les jeux !
Nous fuions la Beauté toujours severe;
Les Fers que nous portons ne pesent guere.
L'Amour promet ici des jours heureux,
Et sans allarmes:
Il bannit les soins fâcheux.
Que l'Amour a de charmes
Quand il vient avec les Jeux !

[Silvie se leve avec inquietude du siege de gazon où elle étoit assise, elle se tire à l'écart, & va rêver sous un épais feüillage]

Silvie:
Qu'êtes-vous devenu doux calme de mes sens ?
Mille troubles secrets sans cesse renaissans
M'agitent dans ce lieu paisible.
Trop heureux un coeur insensible
A qui l'amour est inconnu !
Doux calme de mes sens qu'êtes-vous devenu ?

[Daphnis voiant Silvie s'éloigner des Bergeres ses compagnes, la suit pour lui parler de l'amour qu'il a pour elle]

Daphnis:
Je te suivrai toujours trop aimable Silvie,
Tes beaux yeux sur mon coeur n'ont que trop de pouvoir,
Quand il m'en coûteroit le repos de ma vie
Je ne puis trop paier le plaisir de te voir.

Silvie:
Dans ces lieux fortunez tout doit être tranquile,
Que ne m'y laisse-tu rêver ?
Je cherche en vain la Paix, mon soin est inutile,
Tu m'empêches de la trouver.

Daphnis:
Tu veux me fuir, belle inhumaine;
Puis-je sans toit goûter les doux plaisirs
Qu'une charmante Paix rameine ?
Crains-tu d'entendre les soûpirs
D'un tendre amour dont tu causes la peine ?
Bergere insensible as-tu peur
Que mon mal touche ton coeur ?

Silvie:
Tu me dis qu'un amour extrême
Est un tourment fatal:
Pourquoi veux-tu que j'aime !
Pourquoi me veux-tu tant de mal ?

Daphnis:
L'amour de lui-même est aimable;
C'est toi, Bergere impitoyable
C'est toi qui dans mon coeur en veux faire un tourment.
Tu peux d'un mot favorable
En faire un plaisir charmant.
Ne te rendras-tu point à ma perseverance ?
Tu ne me répons pas ? que me dit ton silence ?
Pourquoi fremir en m'écoutant ?
Et qui peut de la voix t'interdire l'usage ?

Silvie:
Si je parlois davantage
Je ne t'en dirois pas tant.

Daphnis:
Ciel ! le coeur de Silvie avec le mien s'engage !
O Ciel ! fut-il jamais un Berger plus content !

Silvie:
Ne m'offre point ton coeur si tu ne me promets
Qu'il portera toûjours une chaîne si belle.
Il vaudrait mieux n'aimer jamais
Que de na pas aimer d'une amour éternelle.

Dpahnis:
La frileuse Hirondelle
Cherchera les frimats, & craindra le retour
De la Saison nouvelle
Plûtôt que je dois infidelle,
Et que j'éteigne mon amour.

Silvie:
L'Astre qui nous donne la jour
Perdra sa lumiere immortelle,
Plûtôt que je sois infidelle
Et que j'éteigne mon amour.

Daphnis & Silvie:
Heureux les tendres coeurs
Où l'amour est d'intelligence
Avec la Paix & l'innocence:
Heureux les tendres coeurs
Où l'amour & la Paix unissent leurs douceurs.

[les Nymphes, les Bergers & les Bergeres s'interessent dans le bonheur de Daphnis & de Silvie, & repetent les Vers que ce Berger & cette Bergere ont chantez]

Les Choeurs:
Heureux les tendres coeurs
Où l'amour est d'intelligence
Avec la Paix & l'innocence:
Heureux les tendres coeurs
Où l'amour & la Paix unissent leurs douceurs.

Quatriéme Entrée

[une Troupe de Bretons & de Bretonnes vient prendre part à la Fête qui se fait devant le Temple de la Paix. Ces Peuples témoignent leur joie en dansant, & font entendre par une chanson qui accompagne leur danse, qu'il se proposent d'éviter les troubles de l'amour, & de conserver toûjours la tranquilité dont ils joüissent]

Chanson, chantée par deux Bretonnes:
La Paix revient dans cet azile,
Rien n'est si doux que ses attraits.
N'aimons jamais,
Il est trop difficile
D'unir toûjours l'Amour avec la Paix.

Heureux un coeur livre & tranquile !
Tous ses desirs sont satisfaits.
N'aimons jamais,
Il est trop difficile
D'unir toûjours l'amour avec la Paix.

[Silvandre amoureux de Climene, veut s'aprocher d'elle pour lui parler; Climene le suit avec empressement, & paroît irritée contre ce Berger; il en est d'autant plus surpris qu'il croioit être aimé de cette Bergere]

Silvandre:
Je ne voi dans vos yeux qu'une colere extrême,
O Ciel ! quel changement !
Vous m'aviez tant promis de m'aimer constamment,
Est-ce ainsi que l'on aime ?

Climene:
Allez, laissez mon coeur en paix.
Ingrat, vous ne me voiez jamais.

Silvandre:
Je vivrois sans vous voir ! quel suplice est plus cruel !
Vous m'accusez d'ingratitude !
Aprenez-moi du moins les crimes que j'ai faits.

Climene:
Allez, laissez mon coeur en paix.

Silvandre:
Climene, j'ai promis de vous être fidelle,
Fussiez-vous cent fois plus creulle
De nouveau, je vous le promets.

Climene:
Ingrat, vous ne me voiez jamais.

Silvandre:
Je pourrois être ingrat ! & vous le pourriez croire !
Que devient cet amour si doux, si plein d'attraits...

Climene:
N'en rappellez pas la memoire,
Non, votre trahison n'en seroit que plus noire.
Allez, laissez mon coeur en paix.
Ingrat, vous ne me voiez jamais.

Silvie, arrêtant Climene:
Quoi, ne veux-tu pas voir une Fête si belle ?

Silvandre:
Climene m'abandonne à ma douleur mortelle.

Silvie:
Quels differens peuvent naître entre vous ?
L'amour unit vos coeurs de ses noeuds les plus doux.
La Paix descend du Ciel pour bannir les allarmes,
Et fait en cent climats regner un calme heureux.
Ne peut-elle étendre ses charmes
Jusques dans l'Empire amoureux ?

Silvandre:
Que la colere
De ma Bergere,
Est terrible pour moi !
Rien ne m'inspire tant d'effroi
Que le malheur de lui déplaire.
La foudre prête à m'accabler
De feroit moins trembler
Que la colere
De ma Bergere.

Climene, parlant à Silvie:
Non, ne t'oppose point à mes ressentimens,
Ne me contrains pas à l'entendre.

Silvie:
Lors qu'un amour fidelle & tendre
Vous doit donner des charmans,
Quel plaisir pouvez-vous prendre
A vous faire des tourmens ?

Climene:
Ce Berger trompeur s'engage
Dans de nouvelles amours:
S'il n'eut point été volage
Je l'aurois aimé toujours.
L'ingrat m'a fait une offense
Dont mon coeur a profité,
Et c'est à son inconstance
Que je doi ma liberté.

Pour épouser Cephise il devient infidelle.

Silvandre:
Mon pere avoit dessein de m'unir avec elle;
Mais son dessein fatal change en cet heureux jour,
Desormais notre hymen est son unique envie.
Je perdrois plûtôt la vie
Que de trahir notre amour.

Silvie:
La colere qui te possede
Doit finir avec ton erreur.

Climene:
Un doux calme succede
Au trouble de mon coeur.

Silvie:
Aimez desormais sans craintes,
Vivez exempts de soupçons,
Et changez vos tristes plaintes
En d'agreables chansons.

Silvandre, Climene & Silvie:
Ainsi qu'aprés l'orage,
Le celeste flambeau
Sort du sombre nuage,
Et n'en est que plus beau
Aprés la tempête cruelle
Qu'excitent les soupçons jaloux,
L'amour tendre & fidelle
N'en devient que plus doux.

[les Nymphes, les Bergers& les Bergeres qui ont été témoins du raccomodement de Silvandre & de Climene, répétent ce que Silvandre, Climene & Silvie ont chanté ensemble]

Ainsi qu'aprés l'orage,
Le celeste flambeau
Sort du sombre nuage,
Et n'en est que plus beau
Aprés la tempête cruelle
Qu'excitent les soupçons jaloux,
L'amour tendre & fidelle
N'en devient que plus doux.

Cinquiéme Entrée

[les Sauvages des Provinces de l'Amerique qui dépendent de la France, viennent au Temple de la Paix, & font connoître par leurs chansons, & par leurs danses, le plaisir qu'ils ont d'être sous l'Empire d'un Roi puissant & glorieux, qui les fait joüir d'une heureuse tranquilité]

Un Sauvage:
Nous avons traversé le vaste sein de l'Onde,
Pour venir rendre hommage au plus puissant des Rois:
Il préfere au bonheur d'être Vainqueur du Monde,
La gloire de tenir dans une paix profonde
Ses Ennemis vaincus cent & cent fois.
Son Nom est réveré des Nations sauvages,
Jusqu'aux plus reculez Rivages;
Tout retentit du bruit de ses Exploits.
Ah ! qu'il est doux de vivre sous ses loix.

Le Choeur des Sauvages répéte ces quatre Vers:
Son Nom est réveré des Nations sauvages,
Jusqu'aux plus reculez Rivages;
Tout retentit du bruit de ses Exploits.
Ah ! qu'il est doux de vivre sous ses loix.

[une partie des Sauvages chante au milieu des danses des autres Sauvages]

Le Choeur des Sauvages:
Dans ces lieux, il faut que tout ressente
Le retour d'une Paix si charmante.
Les amans sont les seuls desormais
Que l'on doit entendre ici se plaindre:
Sans l'amour & sans ses traits
Tout seroit en paix,
On n'auroit plus rien à craindre.

L'heureux sort qu'un doux repos préparé
Doit charmer le coeur le plus barbare.
Les amans sont les seuls desormais
Que l'on doit entendre ici se plaindre:
Sans l'amour & sans ses traits
Tout seroit en paix,
On n'auroit plus rien à craindre.

[Lycidas aime Amarillis, & n'a pas encore osé lui déclarer son amour. Il voit avec inquietude qu'Alcippe est assis prés de cette Bergere; il s'écarte des autres Bergers pour rêver en liberté, & pour soûpirer en secret]

Licidas:
Douce Paix qui dans ces retraites
Etablissez vôtre séjour,
Ah ! vos douceurs ne sont pas faites
Pour les coeurs troublez par l'amour !
Toute charmante que vous êtes,
Vous ne sçauriez calmer par votre heureux retour
Mes inquietudes secretes.
Douce Paix qui dans ces retraites
Etablissez vôtre séjour,
Ah ! vos douceurs ne sont pas faites
Pour les coeurs troublez par l'amour.

[Amarillis qui a fait dessein de fuir l'amour, & de conserver toûjours sa liberté, & son repos, s'éloigne d'Alcippe qui veut lui parler de l'amour qu'il a pour elle, & s'approche sans y penser du lieu où est Lycidas]

Alcippe, suivant Amarillis:
Te plaindras-tu toujours de l'amour tendre
Qui me contraint à te suivre en tous lieux ?
Est-ce à mon coeur qu'il t'en faut prendre ?
N'en accuse que tes beaux yeux.

Licidas:
Tu ne connois pas, inhumaine,
Tous les amans que tu tiens enchaînez;
Ce ne sont pas les plus infortunez
Qui t'osent parler de leur peine.
Tel meurt pour tes appas
Qui ne te le dit pas.

Amarillis:
Délivrés-vous d'une chaîne
Qui ne peut vous causer que de cruels tourmens.
Je vous ai dit cent fois que je haï les Amans,
Pourquoi cherchez-vous ma haine ?

Licidas:
Si les Bergers que tu rends amoureux
Sont certains d'attirer ta haine & ta colere
Je suis sûr d'être maheureux,
Je ne pourrai jamais cesser de te déplaire.

Amarillis:
Rien ne m'engagera sous l'amoureuse loi.
Combien d'amans manquent de foi,
Et n'en font pas de grands scrupules !
On s'expose en aimant à de mortels dangers,
On ne trouve que trop d'infidelles Bergers,
Malheur aux Bergeres credules.

Alcippe:
Devien sensible à ma langueur,
Je t'aimerai d'une amour éternelle.
Ah ! Bergere cruelle,
Pour qui veux-tu garder ton coeur ?

Licidas & Alcippe:
Choisi l'amant le plus fidelle,
C'est moi qui doit flechir ta barbare rigueur,
Ah ! Bergere cruelle,
Pour qui veux-tu garder ton coeur ?

Amarillis:
Je garde mon coeur pour moi-même,
Il ne sera point agité.
Quel bien vaut la douceur extrême
D'une heureuse tranquilité ?

Licidas & Alcippe:
Dégageons-nous, s'il est possible,
Cessez d'aimer une insensible.

Amarillis:
N'aimons que la liberté,
Rien n'a tant de charmes
L'amour coûte trop de larmes;
Sa plus douce felicité
N'est jamais exempte d'allarmes,
N'aimons que la liberté,
Rien n'a tant de charmes.

Amarillis, Licidas & Alcippe:
O bienheureuse Paix,
Rendez mon coeur tranquile;
O bienheureuse Paix,
Ne nous quittez jamais.

Licidas:
Sans vous, le plus grand bien est un bien inutile,
Tous les plaisirs sans vous sont imparfaits.

Amarillis, Licidas & Alcippe:
O bienheureuse Paix,
Rendez mon coeur tranquile;
O bienheureuse Paix,
Ne nous quittez jamais.

Les Choeurs répétent ces deux Vers:
O bienheureuse Paix,
Ne nous quittez jamais.

Derniére Entrée

[les Peuples d'Afrique qui se souviennent encore des malheurs que la guerre leur a causez, viennent au Temple de la Paix témoigner la joie qu'ils ressentent d'éprouver la clemence du Vainqueur, & de joüir du repos qu'il leur a donné]

Un Afriquain:
Quel bonheur pour la France
D'être sous la puissance
D'un Roi si renommé !
Le plus ardent desir dont il est animé
C'est de faire regner la Paix & l'abondance.
Quel Peuple n'est point allarmé
Quand ce Heros fait tonner sa vengeance ?
Malheur à qui s'expose à la foudre qu'il lance.
Qu'il est doux de le voir quand il est desarmé !
Quel bonheur pour la France
D'être sous la puissance
D'un Roi si renommé.

[les Peuples d'Afriques dansent, & tous les Choeurs se réünissent pour chanter la gloire du Roi victorieux, qui a donné la Paix a tant de differentes Nations]

Les Choeurs:
Chantons tous sa valeur triomphante.
Chantons tous sa vertu bienfaisante
Il soûmet à ses loix ses plus fiers ennemis,
Il prend soin du bonheur de ceux qu'il a soûmis.
Que la Gloire a jamais le couronne:
Joüissons du repos qu'il nous donne,
Que cent Peuples divers comblez de ses bienfaits
Prennent part avec nous aux plaisirs de la Paix.

Un Afriquain:
Gardons-nous d'attirer sa colere,
Ne songeons desormais qu'à lui plaire,
Son Tonnerre a laissé sur les bords Afriquains
Un exemple terrible au reste des Humains.

Les Choeurs:
Quel Empire eut jamais tant de charmes !
Sous ses loix nous vivons sans allarmes.
Les plus doux de ses voeux
Sont de nous rendre heureux.

Un Sauvage, & les Choeurs:
On le craint aux deux bouts de la Terre,
Et son nom glorieux vole au-delà des mers;
Il contraint le Demon de la Guerre,
A rentrer pour jamais dans le fond des Enfers.

Les Choeurs:
Chantons tous sa valeur triomphante.
Chantons tous sa vertu bienfaisante
Il soûmet à ses loix ses plus fiers ennemis,
Il prend soin du bonheur de ceux qu'il a soûmis.
Que la Gloire a jamais le couronne:
Joüissons du repos qu'il nous donne,
Que cent Peuples divers comblez de ses bienfaits
Prennent part avec nous aux plaisirs de la Paix.