Les
Surprises
de l'Amour
Divertissement
en II Actes précédés d'un
Prologue
représenté
devant le Roi,
sur le Théatre des petits Appartements, à
Versailles
le
27 Novembre 1748
les
Paroles sont de Gentil-Bernard
musique
de: Jean-Philippe
Rameau
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PROLOGUE
Le
Retour d'Astrée
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les
personnages:
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les
interprètes:
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Astrée,
Déesse de la Justice & de la Paix
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Madame la
Duchesse de Brancas
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Vulcain
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Monsieur
le Duc d'Ayen
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Le
Temps
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Monsieur
le Marquis de La Salle
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Un
Plaisir
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Madame de
Marchais
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Cyclopes
Amours, Plaisirs & Jeux
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Le Scene
est dans les Antres de Lemnos
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Scene
premiere
Vulcain, les Cyclopes
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Le
Théatre represente les Antres & les Forges de
Lemnos, où Vulcain est occupé avec les
Cyclopes à forger des Armes
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Vulcain:
Que la flamme nous environne,
Frappez, forgez de nouveaux traits;
Sous cent coups redoublés que cet Antre raisonne
[sic];
Le Dieu de la Thrace l'ordonne:
Prenons part à sa gloire, en servant ses
projets.
Les
Cyclopes:
Que la flamme nous environne, &c.
Vulcain:
Quand tout dort sur la Terre, éveillé par la
gloire,
Il soumet les Saisons, & devance le Temps:
Avant les fleurs du Printemps,
Naissent les fruits de la Victoire.
Frappez,
forgez de nouveaux traits, &c.
[on
danse]
[on
entend une douce Symphonie qui se mêle au bruit des
Cyclopes]
Vulcain:
Quel bruit harmonieux vient ici se répandre !
Quel Dieu, de nos travaux jaloux,
Oseroit les suspendre ?
Non, non, non, redoublez vos coups;
Pour vous empêcher de l'entendre.
Les
Cyclopes:
Non, non, non, redoublons nos coups;
Pour nous empêcher de l'entendre.
[le
bruit des Cyclopes est enfin suspendu par la Simphonie qui
annonce Astrée]
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Scene
2
Astrée, Vulcain, les Cyclopes
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Astrée,
aux Cyclopes:
Arrêtez, suspendez ces travaux inhumains:
Le Dieu que vous servez m'appelle
Pour rendre la paix aux humains;
Reconnoissez Astrée & sa voix
immortelle.
Vulcain
& les Cyclopes:
Non, tous ses ordres seront vains.
Astrée:
Volez, Amours, venez, Troupe fidelle,
Vous que la Paix attache à mes destins;
Désarmez leur Troupe rébelle,
Arrachez ces traits de leurs mains.
[Combat
des Amours & des Cyclopes; les Cyclopes sont
désarmés]
[on
danse]
Astrée:
Terribles soutiens de la Guerre,
Cedez aux Enfans de la Paix:
Qu'au lieu du feu du Tonnerre,
Ils ne forment désormais
Que ces Traits
Qui font le bonheur de la Terre.
[on
danse]
Un
Plaisir, alternativement avec le Choeur:
Il n'est plus d'allarmes
Dans cet heureux séjour;
Les Traits de l'Amour
Sont nos seules Armes.
Le
Choeur:
Il n'est plus d'allarmes, &c.
Un
Plaisir:
A l'ombre de vos Lauriers
Venez passer des jours paisibles;
Ne songez plus, jeunes Guerriers,
Qu'à cesser d'être invincibles.
Le
Choeur:
Il n'est plus d'allarmes, &c.
[Air
vif pour les Amours & les Plaisirs interroompu par
l'arrivée du Temps]
[on
danse]
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Scene
3
Le Temps, Astrée, Vulcain, les
Cyclopes
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Astrée:
Où fuyez-vous, Amours, quelle crainte soudaine
Interrompt vos chants & vos jeux ?
Arrétez; c'est le Temps, c'est lui qui vous
ramene
Les jours qui vous rendent heureux.
Le
Temps:
Regne sur les Mortels, aimable Souveraine:
Oui, j'ai marqué l'instant qui te rend à leurs
voeux.
Après leurs discordes cruelles,
Le Heros de la Paix en ces lieux te conduit.
Pour hâtez son retour j'avois prété mes
ailes
A la Victoire qui le suit.
Astrée:
Quand la gloire à ses yeux brilloit de plus de
charmes,
Il soupiroit pour moi dès le tems des allarmes:
Par lui je triomphe aujourd'hui;
Et des Cieux appaisés, d'où partoit le
Tonnerre,
J'ai volé sur la Terre,
Pour regner désormais entre la Paix &
lui.
Le
Temps:
Le rapide Guerrier qui poursuit sa conquête
Sur un Peuple désesperé,
a des Sujets tremblans dont il est abhorré.
Le Héros qui s'arrête,
A des Voisins dont il est adoré.
Astrée:
Le Dieu du Jour brilloit dans se carriere,
Quand mille Astres jaloux s'unirent dans les Cieux
Pour opposer une barriere
A son Char glorieux.
Sans punir leur audace altiere,
Le Soleil ne fit qu'éclater;
Qu'eût-il fait des rayons qu'il pouvoit leur
ôter ?
Il lui suffit de sa lumiere.
Astrée
& le Temps:
Qu'il triomphe & regne à jamais
Entre les beaux Arts & la Gloire:
Elevons ce Héros du Char de la Victoire
Au Trône de la Paix.
Le
Choeur:
Elevons ce Héros, &c.
[on
danse]
Le
Temps:
C'est ma voix qui vous appelle,
Jours heureux, Instans fortunés.
Que la Saison d'aimer toujours se renouvelle;
Momens du bonheur, revenez,
C'est ma voix qui vous appelle.
Un
Plaisir:
Jusqu'à l'Empire amoureux,
La Paix étend ses desirs:
Elle met fin aux caprices,
et rend tous les Coeurs heureux.
Dans l'ardeur qui nous dévore,
N'ayons de trouble en ce jour,
Qu'autant qu'il en faut encore
Pour faire durer l'amour.
Le
Choeur:
Qu'il triomphe & regne à jamais
Entre les beaux Arts & la Gloire:
Elevons ce Héros du Char de la Victoire
Au Trône de la Paix.
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les
personnages:
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les
interprètes:
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Uranie,
Muse
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Madame la
Marquise de Pompadour
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Linus,
fils d'Apollon
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Monsieur
le Marquis de La Salle
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L'Amour
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Madame de
Marchais
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Muses,
Nymphes, Dryades & Sylvains
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La Scene
est au pied du Parnasse
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Scene
premiere
Linus, Uranie
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Uranie:
Eleve & Fils du Dieu que le Pinde revere,
Quand ma voix vous appelle aux concerts d'Apollon,
Pourquoi chercher dans ce Vallon
Et le silence & le mystere ?
Linus:
J'écoute les Oiseaux qui chantent dans ce Bois,
J'accompagne leur chant, j'imagine leur ramage;
Et par eux la Nature instruit ma voix
A mieux parler votre langage.
Uranie:
Prenez un vol plus glorieux:
Contemplez avec moi les Cieux, la Terre & l'Onde,
Mesurez dans les Airs la carriere féconde
Du plus brillant de tous les Dieux.
Linus:
quand je vois la jeune Aurore
Ouvrir les portes du jour,
Quand l'Olympe qu'elle dore,
Du Dieu de la lumiere annonce le retour,
Dans ces objets je ne vois, je n'adore,
Que la puissance de l'Amour.
Eh ! ce
Dieu si charmant, vous l'ignorez encore !
Uranie:
Ce penchant aux douces erreurs
En vous annonce la tendresse.
Gardez-vous, gardez-vous sans cesse
Du piége des folles ardeurs.
Craignez,
mon cher Linus, de vous laisser surprendre;
L'air qu'on respire ici, cette ombre, ce séjour,
Ces Oiseaux amoureux que vous venez entendre,
Tout sert, tout inspire l'Amour.
Linus:
Déesse, il n'est plus tems; j'ai senti sa
puissance:
J'aime, & j'en fais l'aveu par le trouble où je
suis.
Mais quelle seroit mon offense,
Si vous sçaviez l'objet...
Uranie:
Ah ! gardez le silence.
Combattre votre amour est tout ce que je puis.
Je vous quitte un moment; on m'attend au Permesse.
Fuyez le plus grand des malheurs.
Gardez-vous,
gardez-vous sans cesse
Du piége des folles ardeurs.
[elle
sort]
|
|
Linus,
seul:
Pourquoi donc à l'Amour êtes-vous si
sévere,
Quand vos regards en font le plus puissant des Dieux ?
Vous défendez d'aimer, & l'Amour par vos yeux
Ordonne le contraire.
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|
[on
entend une Musique brillante & harmonieuse. Le Mont
Parnasse s'éclaire, & l'on voit descendre l'Amour
environné de Nymphes & de jeunes
Sylvains]
Linus,
pendant la Symphonie:
Qu'entens-je ! quels accords ! quelle clarté nouvelle
!
Dieux ! c'est l'Amour...
L'Amour,
une Lyre à la main:
Un amant qui m'appelle,
Est toujours sûr de mon secours,
Quand il est aimable & fidelle.
Uranie
à tes feux résiste donc toujours ?
Linus:
Le seul nom d'Amour l'épouvante.
C'est toi, Dieu charmant, que je chante;
Pourquoi suis-je accablé de tes plus rudes fers ?
J'aime à peindre tes jeux, j'aime à sentir ta
flame,
J'en fais le charme de mes airs:
Pourquoi fais-tu le tourment de mon ame ?
L'Amour:
Pour la gloire & la science,
Les Muses vainement prétendoient te former:
La gloire est de tout charmer;
Et, quoiqu'Uranie en pense,
C'est tout sçavoir, que d'aimer.
Linus, si
tu le veux, je la rendrai sensible.
Linus:
Non, il n'est pas possible.
L'Amour:
Qui touche cette Lyre, en tire des accens
Qui pénétrent les coeurs & ravissent les
sens.
[il
suspend la Lyre à un Chêne, & il
continue]
Par un
enchantement plus doux que redoutable,
Qu'elle forme en ce jour des accords plus touchans.
Nymphes, Sylvains, par vos jeux, par vos chants,
Rendez le charme inévitable.
[les
Nymphes & les Sylvains forment un Ballet autour du
Châne où la Lyre de l'Amour est
suspendue]
Le
Choeur:
Aimez ou fuyez, Coeurs rebelles;
L'Amour vient d'enchanter nos Bois:
Les Inconstans & les Cruelles,
Les timides Amans qui n'osent faire un choix,
Tout s'enflamme aujourd'hui, tout reconnoît ses
Loix.
Aimez ou fuyez, Coeurs rebelles.
[on
danse]
L'Amour,
à Linus:
Uranie en ces lieux va presser son retour;
Elle y trouvera cette Lyre:
Pour voir finir ton martyre,
Laisse faire à l'Amour.
Cachons-nous; elle vient...
[ils
se retirent]
|
|
Uranie,
seule:
C'est ici qu'il doit être:
Je l'ai quitté dans ce Séjour.
Attendons... Mais quelle est cette Lyre champêtre
?
Voyons... en la touchant amusons nos loisirs.
[en
la regardant, & s'effrayant pour en
jouer]
Quels
frivoles sons tu vas rendre !
[Uranie
touche la Lyre qui lui inspire aussi-tôt des chants
d'amour]
Douce
volupté d'un coeur tendre,
Triomphez de tous les plaisirs.
[elle
s'arrête étonnée]
Ah Dieux !
que me fait-elle entendre !
Mais je crains peu de m'y laisser surprendre.
Ce sont de vains accords qu'emportent les
Zéphirs.
[elle
touche encor la Lyre]
Douce
volupté d'un coeur tendre,
Triomphez de tous les plaisirs.
L'Amour cause quelques soupirs;
Mais le bonheur doit en dépendre.
Douce volupté d'un coeur tendre,
Triomphez de tous les plaisirs.
[elle
cesse de toucher la Lyre]
Quels sons
touchans ! Je voudrois les suspendre...
Linus... mon cher Linus, quelle ardeur de te voir
Brûle mon ame impatiente !
Trop d'intérêt pour lui commence à
m'émouvoir,
Et mon amitié m'épouvante.
Reprenons
cette Lyre; essayons de calmer
Le trouble qu'à mon coeur apporte son
image.
[elle
recommence à toucher la Lyre]
La
sagesse est de bien aimer,
Et d'aimer toujours sans partage.
On est heureux, si l'on peut s'enflamer;
Si l'on est constant, on est sage.
Ces sons
me plaisent davantage.
Dieux ! quel seroit le bonheur de mes jours,
Si dans ce Boccage paisible,
Seule avec toi, linus, j'en passois tous le cours
A te paroître aimable, à te rendre
sensible,
A te voir, à te plaire, à t'adorer
toujours.
L'adorer...
moi ! Qu'ai-je dit ? Je l'ignore.
Ma raison interdite accuse mes discours,
Et mon coeur les répete encore.
Il vient... Puis-je cacher l'ardeur qui me dévore
?
|
|
Uranie:
Linus, j'ai pû vous allarmer,
Et peut-être à vos yeux j'ai paru trop
austere.
Suivez, chantez le Dieu qui paroît vous charmer,
Je ne lui serai plus contraire.
Par le talent que vous avez pour plaire,
Je juge du pouvoir qui vous contraint d'aimer.
Linus:
Ah ! que vous m'enchantez par ce nouveau langage
!
Uranie:
Doit-il vous étonner ?
Il est peut-être votre ouvrage.
Linus:
Du coeur le plus épris recevez donc l'hommage.
C'est vous que j'adorois; daignez me pardonner.
Uranie:
C'est moi que vous aimiez, Linus ?
Linus:
C'est vous que j'aime.
Uranie:
Hélas ! puis-je en vous condamner
un feu dont je brûle moi-même ?
Ensemble:
Aimson-nous, aimons-nous, répétons mille
fois
Le charmant aveu de nos flames:
Que l'accord touchant de nos voix
Egale celui de nos ames.
|
Scene
6
Uranie, Linus, l'Amour
|
|
L'Amour:
Muse, rendez grace à l'Amour;
Ce Dieu, pour vous soumettre, enchanta cette
Lyre.
Uranie:
Je veux le connoître à mon tour,
Puisque c'est Linus qui l'inspire.
Linus:
Que les Muses, que les Sylvains,
Par le tendre accord des Musettes,
Par le son brillant des Trompettes,
Forment des accords divins.
Le
Choeur:
Que les Muses, que les Sylvains, &c.
[ce
Ballet commence par une Danse rustique & grossiere de
Sylvains. Terpsicore paroît; ils sont
étonnés de la régularité de sa
Danse. La Muse les prend tour à tour pour les faire
danser avec elle: elle leur montre la figure d'un Ballet,
qu'ils exécutent ensemble]
L'Amour,
aux Muses:
Souffrez les amours sur vos traces,
L'art a besoin de leur secours;
Et l'esprit vif, sans les Amours,
ce qu'est la beauté sans les graces.
C'est
à l'Amour qu'il faut ceder.
Quel autre charme nous arrête ?
L'esprit peut faire une conquête,
Mais c'est au coeur à la garder.
[on
danse]
Linus:
Tout rend hommage à la Beauté:
Pour éclairer ses traitd, le jour se renouvelle;
Pour la chanter, s'éveille Philomelle;
L'air par Zéphire est agité,
Pour donner à son teint une fraîcheur
nouvelle;
L'ordre de l'Univers semble établi pour elle;
Tout rend hommage à la Beauté.
[Terpsicore
finit par un Ballet
général]
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les
personnages:
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les
interprètes:
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Venus
|
Madame la
Marquise de Pompadour
|
|
L'Amour
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Madame de
Marchais
|
|
Diane
|
Madame la
Duchesse de Brancas
|
|
Adonis
|
Monsieur
le Duc d'Ayen
|
|
Un Suivant
de Diane
|
Monsieur
le Vicomte de Rohan
|
|
|
|
Nymphes,
Chasseurs
Plaisirs & Jeux
|
|
La Scene
est dans les Bois de Diane
|
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Le
Théatre représente une
Forêt
|
|
L'Amour,
sans Armes:
Pour surprendre Adonis, j'abandonne les Cieux;
Diane en vain me le dispute encore:
C'est l'Amour qui le suit, c'est Venus qui l'adore;
Peut-il échaper à leurs yeux ?
C'est ici chaque jour qu'il devance l'Aurore;
Et je viens, plus touché de l'emploi glorieux
D'instruire un jeune coeur des secrets qu'il ignore,
Que de regner sur tous les Dieux.
[Adonis
paroît]
C'est lui:
que j'aime à voir l'ennui qui le dévore
!
|
|
L'Amour:
Vous qui connoissez ce séjour,
De mes pas égarés daignez être le
guide.
En quels lieux sommes-nous ?
Adonis:
Diane ici préside,
Et ces Bois menent à sa Cour.
L'Amour:
Dans ces lieux écartés n'a-t-on point vû
l'Amour ?
Adonis:
L'Amour... qui, ce monstre sauvage,
Ce terrible ennemi du repos des Humains !
Ah ! qu'il éprouveroit un cruel esclavage,
S'il tomboit dans nos mains.
L'Amour:
Le Dieu qui fait aimer, le Dieu qui rend aimable,
Est-il un monstre redoutable ?
Hélas
! peut-on le craindre ? Il est fait comme vous.
Dans un âge si tendre, avec des traits si doux,
Le Dieu qui fait aimer, le Dieu qui rend aimable,
Est-il un monstre redoutable ?
Adonis:
Diane nous l'a peint armé de feux
vengeurs.
L'Amour:
Ses feux sont de douces ardeurs.
Adonis:
Il méle à ses plaisirs des rigueurs
inhumaines.
L'Amour:
Jugez du prix de ses faveurs,
Puisqu'il fait adorer ses peines.
Adonis:
Il ne se nourrit que de pleurs.
L'Amour:
Il est le Dieu des Ris.
Adonis:
Ses liens sont des chaînes.
L'Amour:
Ses chaînes sont des fleurs...
Ecoutez moins une Déesse austere.
Allons chercher l'Amour; ne craignez plus ses traits;
Il les a tous remis dans les mains de sa Mere.
Cher Adonis, vous serez moins sévere,
Quand vous aurez vû ses attraits.
Adonis:
Son nom n'est point encor connu dans nos
Forêts.
L'Amour:
Diane a mille appas, & la Cour qui l'adore
Offre les objets les plus doux:
Venus d'un seul regard les effaceroit tous.
Sur le char du matin vous avez vû l'Aurore,
Et Venus est plus belle encore.
Adonis:
Oui, Diane est belle à mes yeux,
Je l'aimois, mais mon coeur peut encore aimer mieux:
De mes transports je ne suis plus le maître.
Allons chercher l'Amour.
L'Amour:
Adonis, tu le vois,
Et Venus va paroître.
Adonis:
Au trouble de mon ame, au charme de sa voix,
Pouvois-je, ô Ciel ! le méconnoître
?
[l'arrivée
de Venus est annoncée par une Symphonie
agréable, & par le danse des Graces qui la
précedent sur le Théatre, & environnent
Adonis]
[on
danse]
Adonis:
Amour, qui faut-il adorer ?
L'Amour:
Tu ne vois encor que les Graces;
Juge à de tels objets si tu dois soupirer
Pour la Beauté qui suit leurs traces.
[les
Graces continuent leurs danses autour d'Adonis. Venus
arrive]
|
|
Venus:
Vous parliez à l'Amour, quoi ! vous ne craignez
plus
D'écouter un Dieu si sauvage !
Adonis:
Mon coeur risquera davantage,
S'il écoute Venus.
Venus:
Vous plairez-vous toujours dans ce lieu solitaire
?
Adonis:
Avant ce jour j'y bornois tous mes voeux.
Venus:
La Déesse des Bois sans doute a sçû vous
plaire ?
Vous l'aimez.
Adonis:
Je dois tout à ses soins généreux;
J'écoute ses leçons, je lui marque mon
zéle...
Mais sçai-je encor ce que je veux ?
Demandez à l'Amour s'il m'a parlé pour
elle.
Venus:
S'il étoit un autre séjour
Où la voix du plaisir se feroit seule entendre,
Où pour vous mille jeux renaîtroient chaque
jour,
Où toujours adoré, vous seriez toujours
tendre,
Quitteriez-vous ces lieux pour un séjour si doux
?
Parlez.
Adonis:
Déesse, y seriez-vous ?
Venus:
Oui, mon cher Adonis, j'y serois pour vous plaire.
Fuyez une loi trop sévere;
Je garde un sort plus doux au plus beau des Mortels:
Venez partager à Cythere,
Et ma tendresse, & mes Autels.
Adonis,
jettant son javelot:
Ah ! je vous suis par-tout, c'est l'Amour qui l'ordonne.
Eh ! qui pourroit lui résister...
Mais Diane que j'abandonne...
Mais vous, que je ne puis quitter...
Pardonnez ce désordre à mon premier
hommage;
Adonis est à vous, Adonis est charmé.
Je n'avois point encore aimé;
Mais je sens qu'on ne peut vous aimer davantage.
[on
entend un bruit de Chasse. L'Amour
arrive]
|
Scene
4
Adonis, Venus, l'Amour
|
|
L'Amour:
Diane assemble ici sa Cour;
Fuyons, sortons de ce séjour,
Et cherchons dans les airs une route nouvelle.
Adonis:
La fuir ! Ah Ciel ! que dira-t-elle ?
L'Amour:
Que tout cede à l'Amour.
[Venus,
Adonis & l'Amour sortent d'un côté du
Théatre; de l'autre arrive, en dansant, une Troupe de
Nymphes, de Chasseurs & de Chasseresses, qui
précedent Diane]
|
Scene
5
Diane, Nymphes,
Troupe de Chasseurs & de Chasseresses
|
|
Le Choeur
des Nymphes:
Le jour vient d'éclore,
Diane est au Bois;
Son cor & sa voix
Nous pressent encore:
Courons si bien tous,
Que l'Amour jaloux
Ne nous puisse atteindre.
Tranquille séjour,
Tu n'as point à craindre
Les traits del'Amour.
[on
danse]
Un Suivant
de Diane:
L'Oiseau le plus tendre,
Discret dans ses chants,
Craint de faire entendre
Des sons plus touchans.
L'Amour nous offense,
Même en ses chansons.
Chantons l'innocence
Dont nous jouissons.
Le Choeur,
derriere le Théatre:
Adonis, Adonis, pourquoi nous fuyez-vous ?
Diane:
Qu'entens-je, ô Ciel ! l'ingrat braveroit ma puissance
!
C'est quelque Ravisseur jaloux;
Courons,
courons à la vengeance,
Volons sur ses pas, armons-nous.
Le
Choeur:
Courons, courons à la vengeance,
Volons sur ses pas, armons-nous.
[une
partie des Nymphes & des Chasseurs sort du
Théatre, pour courir après
Adonis]
Diane:
L'Amour a-t-il séduit sa crédule innocence
?
Dieu cruel, je connois tes coups.
Courons, courons à la vengeance.
Jupiter,
prens-tu sa défense ?
Si tu ne punis qui m'offense,
Tout se ressentira de mon juste courroux.
La plus
affreuse nuit couvrira ces rivages,
Et j'éteindrai mes feux qui brillent dans les
airs.
Hécate ira dans les Enfers,
Des torrens du Tenare exciter les ravages,
Pour déchaîner après du fond de ces
Déserts
Mille Monstres sauvages
Qui désoleront l'Univers.
|
Scene
6
L'Amour, Venus, Adonis & leur Suite,
Diane, Nymphes,
Troupe de Chasseurs & de Chasseresses
|
|
L'Amour:
Je viens te livrer le Coupable,
Et je ramene Adonis en ces lieux,
Déesse, prépare tes yeux
A le voir encor plus aimable.
Diane,
voyant Adonis armé d'un Carquois & d'une
flèche qu'il tient à la main:
Quels sont ces Traits que je lui voi ?
Adonis a quitté ma loi !
Tu veux me le ceder, & moi je te le livre;
Dès qu'il a pû te suivre,
L'ingrat n'est digne que de toi.
[elle
sort]
|
Scene
6
L'Amour, Venus, Adonis & leur Suite,
Les graces, Jeux & Plaisirs, de la Suite de
Venus
|
|
L'Amour:
L'Amour emporte la victoire.
Sombres Forêts, triste Séjour,
Disparoissez; & qu'on chante ma gloire
En des lieux dignes de l'Amour.
[le
Théatre change, & représente des Berceaux
& des Portiques ornés de Fleurs, qui forment la
Décoration la plus galante]
Choeur des
Amours & des Plaisirs:
Chantons l'Amour & sa Conquête;
Qu'il va combler d'heureux desirs !
L'Hymen en prépare la Fête,
L'Amour en promet les plaisirs.
[tout
ce qui forme la Suite de Venus commence un Ballet; auquel
les Graces président]
Venus:
Votre bonheur fait ma gloire suprême.
Ah ! quel plaisir de vous charmer.
Adonis:
L'Amour donne un coeur pour aimer,
Et c'est Venus qu'il faut qu'on aime.
Quel Amant
fut jamais épris
D'une ardeur si pure & si belle ?
Quel doit être l'excès d'une flame
nouvelle,
Dont l'Amour est l'auteur, dont Venus est le prix
?
[on
danse]
L'Amour:
Le premier trait que l'Amour lance
Est celui qui blesse le mieux.
Quel charme il a dans sa naissance !
L'instant qui détruit l'ignorance,
Est l'instant le plus précieux.
Au sortir de l'indifference,
Le premier trait que l'Amour lance
Est celui qui blesse le mieux.
Venus:
Vole, Amour, prête-moi tes armes;
Que le coeur d'Adonis s'enflame chaque jour.
Cher
Amant, ne vois plus mes charmes,
Ne vois, ne sens que mon amour.
Vole,
Amour, prête-moi tes armes;
Que le coeur d'Adonis s'enflame chaque jour.
[on
danse]
Le
Choeur:
Chantons l'Amour & sa Conquête;
Qu'il va combler d'heureux desirs !
L'Hymen en prépare la Fête,
L'Amour en promet les plaisirs.
|