Les
Stratagêmes
de l'Amour
Opéra-Ballet,
ou Ballet héroïque en I Prologue & III
Entrées
Livret
de Pierre-Charles Roy
musique
de: André
Cardinal Destouches
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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La
Prestresse de la Gloire
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Mlle
Antier
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Le Prestre
de la Gloire
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Mr
Chassé
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|
Choeur
de Guerriers,
Bergers & Bergeres
|
|
Le
Théâtre represente le Temple de la Gloire
consacré à l'Eternité de l'Empire
François. Sur le Frontispice paroît en Lettres
lumineuses l'inscription AETERNITAS IMPIRII. Au fonds
s'élèvent trois Arcades, où la
Statuë de la Frace paroît entre celles de
Pharamond & de Charlemagne: ces Arcades portent des
Médaillons des Rois des deux premieres Races. Celles
des côtez sont remplies de Statuës d'or,
ornées de leurs Draperies, & representant:
|
Hugues
Capet
|
Philippe
Auguste
|
|
Charles
Le Sage
|
Louis
XII
|
|
François
Premier
|
Henry
IV
|
|
Louis
le Juste
|
Louis
le Grand
|
Avec
les Médaillons des autres Rois de la 3e
Race
|
|
La
Prestresse de la Gloire, au milieu des Guerriers & de
Bergers:
De l'Empire des Lys j'éternise l'Histoire.
Les pompeux Ornemens dont brille ce
séjour;
Ces
Marbres, ces Lauriers, consacrent la mémoire,
Des Rois, dont les Vertus vous ont couverts de
gloire.
Peuples,
ranimez en ce jour
Et leur triomphe & votre amour.
Guerriers,
au son des Trompettes
Chantez leurs travaux vainqueurs;
Au son des tendres Musetes
Bergers, chantez leurs faveurs,
Et la Paix de vos retraites:
Que des transports de vos coeurs
Vos voix soient les interprètes.
Le Prestre
de la Gloire:
Que ces Rois cheris des Mortels,
Sur tous les noms fameux remportent la victoire.
La
Prestresse & le Prestre:
Que les Tems étendent leur gloire,
Que tous les Coeurs soient pour eux des Autels.
Le
Choeur:
Que ces Rois cheris des Mortels,
Sur tous les noms fameux remportent la victoire.
Que les Tems étendent leur gloire,
Que tous les Coeurs soient pour eux des Autels.
[danses
des Guerriers pour rendre hommage aux Statuës des
Rois]
La
Prestresse:
Ecoutez-moi, Mortels, & suspendez vos Jeux.
Le
Choeur:
Quoi ! le Ciel pour nos Rois blame-t'il notre zele
?
La
Prestresse:
Respectez mes transports: un Dieu m'ouvre les
Cieux.
Le
Choeur:
Parlez, & que par vous le Destin se revele.
La
Prestresse:
Quel prodige éclatant ! Quelle flâme immortelle
!
Quel auguste spectacle ici se renouvelle !
Sur le Trône s'éleve un Heros glorieux:
Quelles graces ! quels traits ! C'est l'image des Dieux.
Que les dons separez entre ses fiers Ayeux
En lui seul se réunissent.
[on
entend une Symphonie douce]
De quels
sons enchanteurs
Ces voûtes retentissent ?
Paroissez digne OBJET, vous que les Dieux choisissent
Pour regner sur un coeur maître de tous les
coeurs.
Le Sceptre refleurit, & nos craintes finissent...
L'Hymen avec l'Amour vole du haut des Cieux,
Appaludissez Mortels, tout a comblé vos
voeux.
[un
Groupe de Nuages descend, il est soûtenu des Amours
& des Graces; il porte un Trône sur lequel le Roi
& la Reine sont assis, & derriere eux sont l'Hymen
& l'Amour qui les couronnent de Myrthes & de
Roses]
[on
danse]
Le
Choeur:
Faites couler nos jours dans une paix profonde,
Brillez Astres naissans, éclairez ces beaux
lieux;
Versez sur nous tous les bienfaits des Dieux,
Que dans les Cieux, sur la Terre & sur l'Onde
Tout conspire à nous rendre heureux.
Deux
Bergeres:
De nos beaux jours
Voici l'heureux présage;
De nos beaux jours
Plaisirs marquez le cours.
Dieu des Amours
Craint-on votre esclavage ?
Non, non, dans le bel âge
Hâtons notre hommage,
Les momens sont courts.
[danse
des Habitans des Rivages de la Seine]
La
Prestresse:
Que dans ces fameux Remparts
Phoebus nous prêtre sa Lyre,
Qu'il anime les beaux Arts
Qu'un Roi charmant les inspire.
Acourez de toutes parts
Plaisirs, ce beau jour vous atire.
Amour banni le Dieu Mars,
Fai voler dans cet Empire
Tes plaisirs Etendarts.
[on
danse]
Marquez un
Regne nouveau
Par mille nouvelles Fêtes:
Que l'Amour d'un feu si beau
Fasse briller le flambeau,
Qu'il augmente ses Conquêtes:
Que les Jeux suivent les pas
Des amans les plus fideles;
Que le Tems seul ait des aîles,
Mais que l'Amour n'en ait pas.
Le
Prestre, la Prestresse & les Choeurs:
Que la Trompette éclate, & que l'Echo
réponde,
Ce jour est la Fête du monde.
Par des brillans Concerts animons les Plaisirs,
Le Ciel a rempli nos desirs.
Que la Trompette éclate, &c.
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de page

Premiere
Entrée
Scamandre
|
|
les
personnages de la Premiere Entrée:
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les
interprètes:
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Leandre
|
Mr
Thevenard
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Palemon
|
Mr
Grenet
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|
Callirée
|
Mlle
le Maure
|
|
Doris
|
Mlle
Minier
|
|
Une
Matelotte
|
Mlle
Souris l'Aisnée
|
|
Le
Theâtre represente les ruines de Troye dans
l'éloignement, & sur le devant, les Rivages du
Scamandre ornez de petits Autels d'or, sur lesquels on doit
placer les offrandes & les libations destinées au
Dieu du Fleuve
|
Scene
premiere
Leandre, sa Suite déguisée en Dieux des Eaux
& en Nayades
|
|
Leandre,
à sa suite:
De vos déguisemens nous allons faire usage.
Dès que la nuit aura voilé les Cieux,
Qua ma Barque sans bruit approche du Rivage.
Leandre, espere enfin. L'on vient. Quittons ces
lieux.
|
Scene
2
Palemon, Callirée, Doris
|
|
Palemon:
Non, je ne puis comprendre
Cette bizzare Loi, que l'on suit parmi nous:
Quand je brise vos fers pour être votre Epoux,
Faut-il encore vous offrir au Scamandre ?
Je compte les moments, c'est trop me faire attendre
Un bonheur dont je suis jaloux.
Doris:
En prenez-vous quelque ombrage ?
Si les
Dieux veulent l'hommage
De nos fruits & de nos fleurs,
En avons-nous moins usage ?
Ils n'en ont que les honneurs.
Palemon:
Ah ! que cet hommage me gêne !
Callirée:
Depuis l'Hymen de la coupable Helene,
Depuis tous les malheurs qu'elle attira sur nous,
Scamandre est irrité contre tous les Epoux.
Avant que l'Hymen nous enchaîne,
Par ce vain Sacrifice appaisons une haîne,
Qui pourroit retomber sur nous.
Palemon:
L'exemple, les discours, rien ne calme ma peine.
Ce Culte m'importune, & redouble mes maux.
Doris:
Insensible à cette offrande
Le Dieu dort sous ses roseaux.
Trop heureux qui n'apprehende
Que de si foibles Rivaux !
Le Choeur,
derriere le Théatre:
O Scamandre, écoûte nos voeux,
Permets à deux Amants de devenir heureux.
Callirée:
Je vois de ces Côteaux nos Compagnes
descendre.
Doris,
à Palemon:
Votre Sexe vous doit éloigner de ces lieux,
Palemon, allez nous attendre.
Palemon:
Quel Sacrifice affreux !
Scamandre, je te laisse un trésor
precieux.
Le
Choeur:
O Scamandre, &c.
|
|
Doris:
Vous n'apportez point à la Fête
Un coeur charmé de sa conquête.
Callirée:
Tu vois quel Epoux je reçoi,
Et tu connois l'Amant, dont je trahis la foi.
Doris:
Si la plus aimable chaîne
Lasse à la fin les Epoux,
D'un noeud formé malgré vous
Je conçois quelle est la peine.
Callirée:
Soulage, s'il se peut, le trouble où tu me
vois.
Doris:
L'Hymen, quand il nous appelle,
En Tyran donne des Loix:
L'Amour, en Sujet rebelle,
S'en releve quelquefois.
Callirée:
Non, d'un Amant trop cher il faut bannir l'image.
Leandre, hélas ! je te pers sans retour.
Quel lieu peut te cacher ? Si tu n'étois volage
Aurois-tu quitté ce rivage ?
Peut-être que le Ciel, mon coeur, & ton amour
Auroient brisé le noeud, qu'on m'impose en ce
jour.
|
Scene
4
Callirée, Doris,
Troyennes portant des Corbeilles de fleurs & de fruits
pour hommage au Scamandre
|
|
Le
Choeur:
O Scamandre, écoûte nos voeux;
Permets à deux Amants de devenir heureux.
Callirée,
Doris & le Choeur:
Que le Soleil & l'Aurore,
De leurs rayons dorent tes flots;
Que les Vents orageux respectent ton repos,
Que tes Bords fortunez soient le trône de
Flore.
Que cent
Nayades nouvelles
Ornent toujours tes Roseaux.
Qu'il ne soit permis qu'aux Belles
De se mirer dans tes Eaux.
Le
Choeur:
O Scamandre, écoûte nos voeux;
Permets à deux Amants de devenir heureux.
[on
danse]
Une
Troyenne:
C'est ici que l'Amour presage
Le sort des tendres Vainqueurs:
A votre âge
Pour hommage
Il ne veut que vos ardeurs.
Si ses chaînes
Ont des peines,
Un moment tarit vos pleurs.
Vole amour, de tes douceurs
Enivrons nos coeurs.
[on
danse]
Callirée:
Pardonnez, Dieu puissant, qui dormez sous vos Ondes,
Si je trouble la paix de vos Grottes profondes:
Mille Amants contents de leurs noeuds
Demandent votre aveu pour en goûter les charmes;
Je ne vous offre, helas ! que des jours malheureux,
Des appas éteints dans mes larmes.
Pardonnez, Dieu puissant, &c.
[on
entend une Symphonie bruyante, & on voit les Roseaux
s'agiter]
Le
Choeur:
Mais, quel spectacle nous étonne !
Quel bruit trouble ces Eaux ! Le Dieu s'offre à nos
yeux.
|
Scene
5
Scamandre, ou Leandre déguisé,
Callirée, Doris, Troyennes
|
|
Scamandre,
aux Troyennes:
Allez, éloignez-vous, Scamandre vous l'ordonne.
Vous, demeurez, Déesse de ces lieux;
C'est le titre nouveau que mon amour vous donne.
Callirée:
Helas ! Que voulez-vous de moi ?
Quel plaisir prenez-vous à mes glacer d'effroi
?
Scamandre:
Vous m'appellez sur ce rivage,
Vous m'offrez vos attraits, vos jours & votre coeur:
Serois-je sourd à ce langage ?
Pourrois-je refuser un Tribut si flateur ?
Callirée:
Vous n'en avez jamais desiré que l'hommage;
Et j'ai cru sans peril obéir à
l'usage.
Scamandre:
Eh ! je n'avois rien vû d'égal à vos
attraits.
Eh ! quelle autre Beauté pouvoit troubler ma paix
?
Goûtez, goûtez votre victoire;
Je vous soumets ces Flots, ces Champs delicieux,
Autrefois l'azile des Dieux:
Regnez Nymphe, & d'Helene effacez la memoire:
Ses traits ont causé le malheur de ces lieux,
Les vôtre en feront la gloire.
Callirée:
Que je devrois trouver de plaisir à vous croire
!
Scamandre:
Recevez votre bonheur
Du plus tendre Amant du monde:
Non, le Cristal de mon Onde
N'est pas plus pur que mon coeur.
Venez dans
mon Palais, où l'Hymen vous appelle.
Ma Cour n'y doit servir qu'à la felicité
De sa Reine nouvele.
Callirée:
Tout ce qui peut charmer une Divinité
Ne remplit pas toujours les voeux d'une Mortelle.
Scamandre:
Eh ! quel Rival m'opposez-vous ?
PArlez.
Callirée:
Quoi ! dans les coeurs un Dieu ne sçauroit lire
!
Scamandre:
C'est un secret perdu pour nous
Dès que l'Aurore nous tient sous son
Empire.
Aimez-vous
Palemon ? Dois-je en être jaloux ?
Je vois couler vos pleurs...
Callirée:
Mes pleurs ont leur excuse:
Vous nommez le Mortel, qu'on m'offre pour Epoux.
Scamandre:
Ah ! nommez-moi plutôt celui qu'on vous
refuse.
Callirée:
Au bruit de mille voix, parmi les sons flateurs
Dont resonnoit votre rivage,
Un Vaisseau couronné de fleurs
De Venus apporta l'Image.
De ce grand jour Leandre eut tout l'honneur;
Il conduisoitVenus, quel choix plus digne d'elle !
Sur un Autel superbe on plaça l'Immortelle,
Leandre eut le sien dans mon coeur.
Scamandre:
Leandre ! dites-vous. Vous est-il cher encore ?
Oubliez ce Mortel, quand un Dieu vous adore.
Callirée:
Un Dieu doit des Mortels plaindre le sort fatal,
C'est votre secours que j'implore.
Scamandre:
Leandre, cependant vous cede à son Rival.
Callirée:
Il m'aimoit, à ses feux je craignois de
répondre:
Que ne puis-je du moins le revoir en ces lieux !
Scamandre:
Pourquoi ? S'il est ingrat.
Callirée:
Pour le confondre,
Et s'il m'aimoir encor, pour mourir à ses
yeux.
Scamandre:
Je suis touché d'une ame si pure:
Vivez.
Callirée:
Le jour pour moi sans lui n'a point d'appas.
Scamandre,
se découvrant:
Eh bien, vivez pour lui, je ne m'en plaindrai
pas.
Callirée:
Que vois-je !
Scamandre:
Pardonnez une heureuse imposture.
Callirée:
Scamandre m'effrayoit, Leandre me r'assûre.
Scamandre:
Sous un Ciel plus heureux, je vais guider vos pas,
Et remplir les sermens que mon amour vous jure.
Chantez
Tritons, dansez, secondez mes transports,
Bien-tôt l'Astre du jour dans l'Onde va
décendre
C'est l'instant, où ma Barque en ces lieux doit se
rendre,
Et le peuple qui craint d'irriter le Scamandre,
N'oseroit désormais nous troubler sur ces bords;
Chantez Tritons, dansez, secondez mes transports.
Le
Choeur:
Volez Amours, commandez aux flots,
Amenez les vents favorables,
Conduisez deux Amans sur des bords plus aimables,
Assûrer votre gloire, aasurer leur repos.
[on
danse]
Une
Nayade:
Doux plaisirs, venez tous
Soyez du voyage:
Zephirs calmez l'orage;
Les feux de l'Amour vont luire sur nous.
Aimable
jeunesse
Voguez, le tems presse,
Ce Dieu veut sans cesse
Combler nos souhaits:
Vos coeurs sont faits
Pour ses attraits.
Les coups dont il blesse
Sont des bienfaits.
Aimons en paix;
Contents, s'il nous laisse
Choisir ses traits.
Le
Choeur:
Volez Amours, commandez aux flots, &c.
[la
Barque cachée derriere les Rochers
s'approche]
Scamandre,
à Callirée:
Venez, ma Barque aproche, & pars avec vous.
Tritons, redevenez des Matelots pour nous.
[ils
s'embarquent]
|
|
Palemon:
Perfides, arrêtez, je viens pour vous
défendre.
Callirée, on vous trompe, & je connois
Scamandre.
Dieux barbares... Destin jaloux.
Mais tout
trahit mon esperance,
Tous deux bravent déja mes transports furieux.
Traître, qui prens le nom & la forme des
Dieux.
Tremble, tremble, ces Dieux me doivent ma
vengeance.
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de page

Seconde
Entrée
les
Abderites
|
|
les
personnages de la Seconde Entrée:
|
les
interprètes:
|
|
|
Irene
|
Mlle
Antier
|
|
Iphis
|
Mr
Murayre
|
|
Timante
|
Mr
Tribou
|
|
Un Heros
Furieux
|
Mr
Chassé
|
|
Deux
Bergeres
|
Mlles
Minier & Souris l'Aisnée
|
|
Le
Théatre represente une Place de la Ville d'Abdere,
dont la vûë est bornée par une
Campagne
|
|
Irene,
seule:
Non, mon coeur allarmé se refuse à tes
Loix,
Hymen, fui loin de moi; je frémis de ton choix:
Mais, s'il est un Objet plus digne de ma flâme,
Vole Amour, à tes traits j'abandonne mon
ame.
Quel est
l'Epoux qui m'est promis !
Timante ne connoît que l'éclat de tes
armes;
De tes douces langueurs il ignore le prix,
Iphis en connoît tous les charmes,
Et je vais immoler Iphis !
Non, mon
coeur allarmé se refuse à tes Loix,
Hymen, fui loin de moi; je frémis de ton choix:
Mais, s'il est un Objet plus digne de ma flâme,
Vole Amour, à tes traits j'abandonne mon
ame.
Iphis
paroît. Fuyons sa presence & ses pleurs.
Ah ! n'ai-je pas assez de mes douleurs ?
|
|
Iphis:
Belle Irene, arrêtez: craignez-vous de ma plaindre
?
Voyez le tendre Iphis mourant à vos genoux.
Quoi ! Timante en ce jour doit être votre Epoux !
Lui que j'avois le moins à craindre,
Lui seul se don mérite admirateur jaloux,
Et de tous mes Rivaux le moins digne de vous.
Irene:
Malgré moi j'obéïs aux loix que l'on
m'impose.
Oubliez les tourmens, où l'Amour vous
expose.
Iphis:
Non, pour les tendres Amans,
La raison n'est plus d'usage:
Les plus noirs égaremens
Des Peuples de ce rivage
N'égalent point mes tourmens.
Non,
pour les tendres Amans, &c.
Ne puis-je
vous ravir à ce Climat sauvage,
A ces murs, où l'horreur croît à tous
les momens ?
Irene:
Des Spectacles des Grecs j'y voit l'effet funeste:
D'un transport inconnu tout Abdere est surpris:
Les fureurs de Cassandre, & d'Ajax, & d'Oreste
Des Spectateurs ont troublé les esprits.
Si de
feintes douleurs par des images vaines,
Peuvent dans les Mortels répandre la terreur,
Je sens que ma raison doit succomber aux peines,
Qui naissent du fonds de mon coeur.
Iphis:
Ah ! seriez-vous sensible à ma douleur mortelle ?
Craignez-vous cet Hymen fatal ?
Irene:
Tous les soins de votre Rival
N'ont pû rendre mon coeur moins fier ni moins
rebelle.
J'ai tout tenté
Pour lui déplaire ?
Dedain, fierté,
Humeur legere,
J'ai tout tenté
Pour lui déplaire.
Iphis:
Et rien ne le rebute !
Son coeur
a mille objets avoit rendu les armes,
Sans ressentir de sinceres ardeurs:
Fautil pour mon malheur qu'il ait connu vos charmes,
Ces charmes, dont le sort est de fixer les coeurs
?
Irene:
Il vient. Oubliez-moi: dissipez vos allarmes
Fuyez.
Iphis:
Ah ! dois-je encor éprouver vos rigueurs ?
Irene,
seule:
Moment fatal ! Amour vien me défendre,
Pardonne les détours, où mon coeur va
descendre.
|
|
Timante:
Enfin voici le jour où nos deux coeurs se lient;
Ce jour voit triompher les yeux qui m'ont soumis:
L'Hymen et moi étions ennemis,
Vos charmes nous reconcilient.
Irene:
Sous l'image de la Paix
La Guerre est encore à craindre.
Osez-vous de l'hymen attendre des bienfaits,
Lorsque les favoris ne cessent de s'en plaindre ?
Timante:
Non, sa gloire dépend de combler nos
souhaits;
Je
sçai sur mille Amans quel empire est le votre,
Quels sacrifices heureux
Nous nous ferons l'un à l'autre.
Irene:
Ne croyez pas m'obliger
De vous faire à mon tour pareille confidence:
L'Epoux qui veut l'exiger,
S'expose plus qu'il ne pense.
Ne croyez
pas m'obliger
De vous faire à mon tour pareille
confidence.
Timante:
Suis-je fais pour être jaloux?
Irene:
Ces soins trop importuns sont peu dignes de vous,
Vous verrez sans chagrin mille Amans dans mes chaines
?
Timante:
C'est un plaisir pour moi, de joüir de leurs
pleines.
Irene:
Quelle tranquillité !
Ensemble:
C'est d'un calme si doux,
Que dépend aujourd'hui le bonheur des
Epoux.
Irene:
Non, non, à mon Epoux je veux coûter des
larmes,
Des soupirs, tous les soins d'une inquiete ardeur:
Il doit, pour l'honneur de mes charmes,
Traverser mes Amans, & craindre leur bonheur.
Timante:
Ces frivoles terreurs n'auront rien qui m'arrête:
Irene, vous m'aimez, je vais presser la
Fête.
Irene:
Ciel ! comment fuir des noeuds si cruels pour mon coeur
?
[on
entend une Symphonie éclatante qui annonce les
Abderites furieux. On les voit entrer par différentes
troupes de tous les côtez du Théatre. Ils sont
devenus insensez pour avoit vû joüer les
Tragédies d'Ajax, d'Oreste, & de la Prise de
Troye. Ils sont armez de flambeaux & de poignards, &
se croyent les Heros de la Grece, dont ils ont les
Habillements, & les Armes]
|
|
Irene:
Que vois-je ! quels objets ! quelle fureur inspire
Nos infortunez Citoyens ?
Peuple, du moins dans ton delire,
Tu ne sens pas tes maux comme je sens les miens.
Fuyons !
non ! à mes feux, Amour, deviens propice.
|
Scene
5
Irene, Abderites furieux
|
|
Le
Choeur:
Que de nos cris ici tout retentisse,
Que la Mort vole à nos voix,
Que sous nos coups tout un Peuple perisse;
Frapons, brisons à la fois
Et les Temples des Dieux, & les Palais des
Rois.
Irene:
Infortunez, où courez-vous ?
Le
Choeur:
Nous allons rendre
Helene à son Epoux.
Irene:
Ah ! songez plutôt à reprendre
Le calme & le repos l'unique bien des coeurs.
Le
Choeur:
Brûlons, ravageons tout, signalons notre
fureur.
[danses
furieuses des hommes & femmes d'Abdere, avec des
poignards & des flambeaux à la
main]
Un Heros
furieux, alternativement avec le Choeur:
Courons tous aux armes,
Et dans les allarmes,
Goûtons tous les charmes
Des Vainqueurs.
Versons
l'épouvante,
Qu'ici tout ressente
Les noires fureurs
De nos coeurs.
Que de
coups terribles,
Des bras invincibles,
N'offrent sur nos bords,
Que des morts.
La gloire
l'ordonne:
Que mars, que Bellone
Anime & couronne
Nos ardeurs.
Versons
l'épouvante, &c.
|
Scene
6
Irene, Timante, Iphis
|
|
Timante,
à Iphis:
Venez, Iphis, voyez former des noeuds si doux.
[à
Irene]
Avec ces
insensez quel plaisir goûtez-vous ?
Un mal si dangereux pouroit bien vous surprendre.
Irene,
à part:
Ah ! lui-même il m'inspire: Amour, je croi
t'entendre.
Timante:
Irene, on vous attend.
Irene, en
fureur:
Que veux-tu de Cassandre ?
Timante:
Cassandre ! quel discours !
Irene:
Otez-moi ces liens:
Frapez, percez ces Grecs vos ennemis, les miens.
[en
montrant Timante]
Voilà
leur Chef, voilà le sang qu'il faut
répandre.
Timante:
Otons-la de ces lieux.
Irene:
Un perfide m'entraîne.
Timante
& Iphis:
Non, connoissez-nous belle Irene.
Irene:
Ciel ! qu'est-ce que je voi !
C'est Ajax ! oses-tu porter les mains sur moi ?
Quelle
sombre vapeur ! quel funeste nuage !...
La Terre tremble, s'ouvre, enfante un Monstre affreux...
Où fuir ? où m'échaper ? où
trouver un passage ?
Que le Tonnerre gronde, & lance mille feux,
Que la Terre & le Ciel, que tout serve ma rage...
Mais, tant d'efforts épuisent mon courage.
Je m'affoiblis, je tombe au séjour
ténébreux.
[elle
tombe évanoüie]
Iphis,
à Timante:
Ah ! de ses sens elle a perdu l'usage.
Il faut la secourir... Quoi ! ne l'aimez-vous
plus.
Timante:
Moi ! l'aimer ! non tous noeuds entre nous sont rompus.
Vous lui pouvez, Iphis, annoncer mes refus.
|
|
Iphis:
Cher Objet d'un amour si tendre,
Que je plains vos malheurs ! que mon sort est fatal !
Quand je ne crains plus de Rival,
Quand je puis vous parler, vous ne sçauriez
m'entendre.
Irene:
Je vous entens, Iphis.
Iphis:
Ciel ! elle ouvre les yeux.
Daignez fixer sur moi vos regards precieux,
Et lisez dans les miens ma douleur, & ma
flâme.
Irene:
Il est tems de calmer les troubles de votre ame.
Iphis:
Puisse un si triste jour ne revenir jamais !
Irene:
N'en craignez plus de dangereux effets.
Je vous aimois Iphis.
Iphis:
Aveu trop plein de charmes !
Irene:
Je n'ai feint ces transports, que pour servir vos
voeux.
Iphis:
Mais qu'un geste, qu'un mot m'eût
épargné d'allarmes !
Irene:
J'en ai mieux assuré ce Stratagême heureux.
Et votre desespoir m'a mieux marqué vos
feux.
Ensemble:
Quel bonheur va suivre nos peines !
Goûtons le prix de nos ardeurs:
Non, rien ne coûte aux tendres coeurs
Pour former les plus belles chaînes.
Irene:
Timante ne met plus d'obstacle à nos Amours,
J'espere tout pour vous de l'Auteur de mes jours.
[on
entend une Symphonie Champêtre]
Mais,
quels concerts se font entendre.
|
Scene
8
Irene, Iphis, Bergers & Bergeres
|
|
[Marche
des Bergers]
Une
Bergere:
Nous quittons nos Hameaux: puissent nos doux accords
D'un Peuple malheureux appaiser les transports !
Ecoûtez-nous: quelq chants plus dignes d'un coeur
tendre ?
Iphis:
Interpretes charmans des plus aimables feux,
Chantez l'heureux moment, qui couronne nos voeux.
L'Amour se
plaît dans vos retraites,
Aux plus tendres Amans il donne ses faveurs:
Sur vos Hautbois, sur vos Musettes,
Chantez le Dieu qui regne sur vos coeurs.
Le
Choeur:
L'Amour se plaît dans nos retraites,
Aux plus tendres Amans il donne ses faveurs:
Sur nos Hautbois, sur nos Musettes,
Chantons le Dieu qui regne sur nos coeurs.
[on
danse]
Une
Bergere, alternativement avec le Choeur:
La douce erreur d'une ame tendre
Vaut bien mieux que la Raison:
Le Dieu d'Amour dans la jeune saison,
Est le seul Maître qu'il faut prendre.
Sur un
Trône de gazon
L'Amour se plaît à descendre;
Aux Bergers il fait leçon,
Les Bergers vont l'entendre.
Le
Choeur:
La douce erreur d'une ame tendre, &c.
[on
danse]
Une
Bergere:
Tendre Amour, fai de nos champs
Le seul séjour de tes délices;
Garde tes regards propices
Pour nos troupeaux, pour nos Amans.
Coeurs
glacez par l'hyver des ans,
A nos Jeux innocens
Portez-vous envie ?
Ah ! faut-il des saisons retrancher le printems,
Et la jeunesse de la vie ?
Tendre
Amour, fai de nos champs, &c.
Que la
Sagesse
Par ses langueurs,
Endorme d'autres coeurs;
Tes traits vainqueurs
Nous reveillent sans cesse.
Tendre
Amour, fai de nos champs, &c.
[on
danse]
Deux
Bergeres:
Les Ris dans nos retraites,
Marchent toujours
Sur les pas de l'Amour.
Echo, tu n'y repetes
Que des soupirs,
Nez dans les plaisirs.
Sans
soins, sans larmes,
Aimons en paix
Regne à jamais
Par tes charmes.
Tes noeuds, Amour, sont formez de fleurs;
Tes faveurs,
Tes langeurs
Sont le bien des coeurs.
Le
Choeur:
L'Amour se plaît dans nos retraites,
&c.
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de page

Troisieme
Entrée
la
Feste de Philotis
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les
personnages de la Troisieme Entrée:
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les
interprètes:
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Emile
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Mr
Thevenard
|
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Lycas
|
Mr
Murayre
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|
Albine
|
Mlle
Antier
|
|
Le
Théatre represente les Avenuës du lieu
préparé pour célébrer la
Fête de Philotis. Il est orné des Statuës
de Mars & de Venus, Divinitez tutelaires de l'Empire
Romain
|
Scene
premiere
Emile, Lycas
|
|
Lycas:
Entrez, je vous permets de marcher à ma
suite.
Emile:
L'Oracle de Venus m'a promis, qu'en ces Jeux,
Le Ciel apaiseroit le trouble qui m'agite.
Lycas:
Je suis Roi de la Fête, & je reçois vos
voeux.
Ces
danses, ces festins, ce jour de notre gloire,
D'une fameuse Esclave honorent la valeur:
On chante Philotis, & l'illustre victoire,
Que de l'Empire assura le bonheur:
Rendre la calme à votre coeur,
Est un succez pour moi plus digne de
mémoire.
Emile:
Que remede crois-tu trouver à mon tourment
?
Lycas:
Mon exemple, & mon enjouëment.
Je vais
regner à table au milieu de nos Belles,
Et Bachus & l'Amour ùe destinent le prix:
Vous verrez à mes voeux ceder les plus cruelles,
Et voler à ma voix les Plaisirs & les
Ris.
Emile:
Ah ! sçais-tu de mes maux quelle est al violence
?
Je dois au sort d'Albine être uni pour jamais,
Je ne connois que sa naissance:
Un autre objet me tient sous sa puissance,
Je ne connois que ses attraits.
Lycas:
Un objet inconnu vous fait rendre les armes,
Et de l'Empire entier vous démentez le choix !
Albine est du sang de nos Rois,
Que vous vous préparez d'allarmes !
Emile:
Un grand coeur n'est jamais surpris
Des soins que coûte la victoire;
Il en est de l'Amour ainsi que de la Gloire,
L'obstacle en releve le prix.
Lycas:
Eh pourquoi fermer des peines
Sur la route des plaisirs ?
Je veux de legeres chaînes
Qui m'épargent des soupirs.
Placez
mieux vos ardeurs: vous petes fait pour plaire,
Vous qu'on vit triomphant entrer dans nos remparts,
Tout couvert des lauriers de Mars;
Vous vaincrez aisément la beauté la plus
fiere.
Une
Esclave déja se présente à nos
yeux;
Venez, & rassemblons les autres pour les
Jeux.
|
|
Albine, en
habit d'Esclave:
Tendre Déesse des coeurs,
Vien remplir mon esperance;
Jamais de si pures ardeurs,
N'ont honoré ta puissance.
Hymen,
quand tu m'offres tes noeuds,
Si ma grandeur, si ma naissance
Me sont plus comptez que mes feux,
Crains que l'Amour ne s'en offense.
Tendre
Déesse, &c.
Emile
vient à cette Fête.
Sous quel déguisement vais-je éprouver son
coeur !
Ah ! S'il n'en rougit pas, quel sera mon bonheur !
Je ne devrai qu'à moi l'honneur de ma
conquête:
O Venus, sur mes yeux verse un charme
vainqueur.
On vient.
Albine, helas ! Que ton trouble est extrême
!
|
|
Emile, du
fonds du Théatre:
Que vois-je ? O Ciel ! Mes yeux ne me trompez-vous pas
?
[en
s'approchant d'elle]
Dieux !
Est-ce une Esclave que j'aime;
[à
elle]
Où
fuyez-vous ? où portez-vous vos pas ?
Albine:
D'un objet inconnu que vous sert la présence
?
Emile:
Inhumaine ! Eh pourquoi me cacher tant d'attraits ?
Ah ! N'ai-je pas un coeur pour sentir leur puissance
?
Albine:
L'Amour doit se blasser par de plus nobles
traits.
Emile:
En est-il de plus sûr pour fixer la constance
?
Ces Jeux
ne vont briller que par votre beauté,
Tous les coeurs à l'envi vont vous rendre les
armes;
Vous n'avez qu'une fois perdu la liberté,
Et vous l'ôtez toujours à qui voit tant de
charmes.
Albine:
Moi Seigneur ! Eh quel tems, quels lieux,
Ont pû m'offrir à vos yeux ?
Emile:
C'est un jour que mon coeur se rappelle sans cesse.
Au Temple de Venus le sort guida mes pas,
Une beauté touchante implorait la Déesse;
Qui peut-être en secret envioit tant d'appas.
Ces ornemens sacrez, ces voiles, ces guirlandes,
N'ajoûtoient rien à vos traits:
Ils ont seuls allumé la flâme,
Et ces traits dans mon ame
Sont trop gravez pour s'effacer jamais.
Albine:
Une Esclave pourroit causer votre tendresse !
Ah ! rougissez, Seigneur, d'une indigne
foiblesse.
Emile,
à part:
Dieux cruels ! C'est à vous de rougir de son
sort.
Albine:
Quoi ! La Gloire sur vous ne fait qu'un vain effort ?
Votre coeur n'a-'il point de reproche à se faire
?
Emile:
Non, mon coeur étoit libre, il ne sent que vos
coups.
Albine:
Mais Albine, Seigneur...
Emile:
Quel nom pronocez-vous ?
Albine:
Albine, seule doit vous plaire.
Loin du
tumulte de ces lieux,
Elle couloit ses jours dans un Palais champêtre,
Jusqu'à ce moment glorieux,
Où, sur un char brillant Rome vous vit
parêtre.
Dans un éclat égal aux Dieux
Albine fut témoin de toute votre gloire;
Peut-être que ce jour lui coûta son repos:
L'Amour lui devoit un Heros,
Vos vertus vous devoient une telle victoire.
Emile:
En est-il à mes yeux de plus chere que vous ?
Mais, qui peut pour Albine exciter votre zele ?
Albine:
Je partage, Seigneur, ses secrets lesplus doux.
Emile,
à part:
Quel coup funeste ! ô Dieux !
Albine:
Gardez vos voeux pour elle.
Emile:
Puis-je forcer mon coeur à m'obéïr
?
Albine:
Laissez-moi.
Emile:
Demeurez.
Albine:
Je ne puis la trahir.
[elle
sort]
Emile:
On vient. Jeux importuns me troublez-vous encore ?
Laissez-moi m'occuper de l'objet que j'adore.
|
|
[le
fonds du Théatre s'ouvre, & represente la Salle
des Festins de Philotis. Tout le fonds est
décoré de Tables & de Lits usitez dans les
Repas de l'Antiquité. Des Vases de fleurs & de
fruits remplissent les aîles du Théatre; &
au dessus sont des Tribunes remplies de Joüeurs
d'Instrumens. Les Personnages du Festin sont des Esclaves de
l'un & de l'autre Sexe, magnifiquement habillez, &
representant les Nations soumises à l'Empire Romain.
Lycas est au milieu d'eux, & tous chantent des Hymnes
à Bachus]
Lycas,
alternativement avec le Choeur:
Aux Autels de Bachus venez offrir vos voeux.
Vos offrandes ne sont pas vaines:
C'est l'azile des Ris, des Jeux,
C'est un rempart contre les peines.
Chantons
Bachus, c'est ici son Empire:
Il enchaîne les Ris, & l'Amour à son
Char.
Le doux
parfum de ce nectar,
Est le seul encens qu'il désire.
Chantons
Bachus, &c.
Lycas,
avec enthousiasme:
Je vois Bachus; Je sens une fureur divine:
Ah ! quels transports délicieux !
Plaisirs, Gloire, Grandeurs vous prévenez mes
voeux,
J'ai tous les biens que j'imagine:
Hébé me verse un nectar precieux;
Je vole, je prends place à la table des
Dieux.
[on
danse]
[Lycas
fait cesser les Jeux pour aller en triomphe autour des
Remparts de Rome, délivrée autrefois par
l'Esclave Philotis]
Autour de
nos Remparts suivez le Roi des Jeux,
Et pour les couronner revenons en ces lieux.
|
|
Emile:
Où la chercher ? Elle fuit l'inhumaine,
Je suis par tout ses pas, Elle est sourde à ma
voix;
Cruelle revenez, pour joüir de ma peine.
C'est elle !... Que je sens de transports à la fois
?
|
|
Emile:
Faut-il perdre toute esperance ?
Chaque instant, de mes feux accroît la violence.
Vous avez vû les Jeux, & je n'ai vû que
vous.
Vos regards, vos discours, jusqu'à votre silence,
Tout m'a porté de nouveaux coups.
Ingrate vos mépris sont-ils ma récompense
?
Albine:
Emile n'est pas fait pour craindre des
mépris.
Emile:
J'en suis plus malheureux, & vous plus
inhumaine.
Albine:
Mon absence rendra la calme à vos esprits:
Vous éviter, Seigneur, est tout ce que je
puis.
Emile:
Que pourroit de plus votre haine ?
Albine:
Les Destins ont trop de mis de distance entre nous,
J'accuse les rigueurs, mais je fuis ma victoire.
Vous rendre à votre gloire,
Est-ce de la haine pour vous ?
Emile:
Ah ! Je suis trop heureux, si ce coeur moins
rebelle...
Albine:
Non, vivez pour Albine, Albine vous appelle;
Que l'Esclave à vos yeux disparaisse à
jamais.
Eh ! N'est-ce pas assez pour elle
D'avoir mérité vos regrets ?
Emile:
Moi, vous quitter ! Quelle coeur assez barbare ?
Non, non, du tendre Amour je n'entends que la voix.
Venez; dans quels climats faut-il suivre vos loix ?
Ah ! plus vous refusez le sort qu'on vous
prépare,
Et plus j'adore une vertu si rare;
C'est à tout l'univers justifier mon
choix.
Mais quel
trouble nouveau de votre ame s'empare ?
Albine,
à part:
Albine es-tu contente ? Est-ce assez de rigueur ?
Emile:
Eh ! Quoi ! toujours Albine ?
Albine:
Elle est chere à mon coeur,
Plus que vous ne pensez, je cherche son bonheur.
Emile:
Est-ce donc aux dépens du bonheur que j'espere
?
Eh bien,
je vais la voir, je vais rompre nos noeuds,
Aux yeux de tout l'Empire, à la face des Dieux;
Je les atteste tous...
Albine:
Seigneur, qu'allez-vous faire ?
Gardez-vous d'achever un serment
téméraire.
Voulez-vous sur ma tête attirer leur courroux ?...
Il m'en coûteroit trop. Albine est devant
vous.
Emile:
Vous Albine ! Grands Dieux ! C'est Albine que j'aime
!
Albine:
Ma feinte a réüssi, mon bonheur est
extrême,
Je trouve enfin l'Amant seul digne de ma foi;
L'Amant qui sçait en moi,
Ne chercher que moi(même.
Ensemble:
Amour, vien combler nos plaisirs,
Plaisirs préparez par nos larmes;
Tu mets le prix à nos soupirs,
Verse dans nos coeurs tous tes charmes.
[on
entend la Symphonie du retour de Lycas & des
Esclaves]
Emile:
Voyez encor ces Jeux: Qu'ils sont chers à mon coeur
!
Je leur dois mon bonheur.
|
Scene
derniere
Emile, Albine, Lycas,
le Choeur
|
|
[Les
Esclaves reviennent en triomphe; Lycas Roi des Jeux est
porté sur un Palanquin. Et tous avec des Couronnes de
Myrthe & de Pampre, vantent la gloire de Philotis &
de l'Empire Romain]
Lycas:
Celebrez l'Esclave immortelle,
Qui sauva ces Remparts d'une guerre cruelle;
Chantez la
gloire de vos fers.
Qu'un triomphe si beau par tout se renouvelle,
Et que son Nom vole au-de-là des Mers.
Le
Choeur:
Chantons la gloire de nos fers,
Nos Maîtres sont les Rois des Rois de l'Univers;
Sous leur Drapeaux marche la gloire,
A leur voix vole la victoire,
Chantons la gloire de nos fers.
[on
danse]
Un
Esclave:
Bravons les Destins
De qui la puissance
Met trop de distance
Entre les humains.
La
tranquilité
Pour nous la répare:
Le plaisir plus rare
En est mieux goûté.
L'on se dédommage
D'un lonf esclavage
Par la seule image
De la liberté.
Albine:
Triomphe, Amour, rend nos Fêtes plus belles,
Suspend notre bonheur pour le rendre plus doux:
Que tes traits volent sur nous
Par mille routes nouvelles.
Eprouve
les Amans, choisi les plus fidelles,
Mesure tes faveurs
A la tendresse de nos coeurs.
Triomphe,
Amour, &c.
[les
Esclaves finissent la Fête par le Balet general des
NAtions qu'ils representent]
|
|
J'ay
lû par l'odre de Monsiegneur le Garde des Sceaux,
Les stratagêmes de l'Amour, Balet; & n'y ai
rient trouvé qui puisse en empêcher
l'Impression.
Fait à Parisle 22. Février 1726
Massip
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