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Jean-Baptiste Niel
Les Romans
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23 Août 1736 Livret de Monsieur Louis-Charles-Michel de Bonneval |
![]()
Prologue
les
personnages du Prologue les
interprètes La
Fiction Mlle
Eeremans Clio Mlle
Julye Un Amanteur
de la Fiction Mr
Person Une Suivante
de la Fiction Mlle
Duplessis La
Renommée Mlle
Duplessis
Troupe d'Amateurs de la Fiction
La Scene est dans le Palais de la Fiction
|
Scene
premiere
Le Theâtre represente la Palais de la Fiction, cette Déesse paroît assise sur un Trône: l'Imagnination; le Goût, & quantité de Genies differents l'environnent, des Peuples de toutes les Nations chantent ses loüanges
Scene 2
Clio La
Fiction Clio La
Fiction Sublime,
élegante, & legere, Clio La
Fiction Sous
les traits de la volupté Clio La
Fiction Ensemble: Cédons
nous l'une à l'autre une égale
victoire, [Clio]
Occupez-vous de ses plaisirs, [Clio]
Et laissez à Clio le recit de sa gloire. La
Fiction S'il
faut que nos fureurs en partagent le cours; La
Renommée, sur le cheval Pegaze, à
Clio: La
Discorde fatale, & la Guerre cruelle Venez,
venez Muse immortelle, Clio,
à la Fiction Elle
sort La
Fiction,
paroissant piquée, à part (s'adressant
à toute sa Cour) Que
la Paix dans ces lieux tranquillles, Le
Choeur La
Fiction Le
Choeur La
Fiction Le
Choeur |
Premiere Entrée
La Bergerie
les
personnages du Ballet la Bergerie les
interprètes L'Amour Mlle
Fel Arcas,
vieux Berger Mr
Person Iphis,
jeune Berger indifferent Mr
Tribou Doris,
jeune Bergere indifferente Mlle
Pellicier Deux
Bergers Une
Bergere
La Scene est dans un Hameau de la Vallée de Tempé
Scene
premiere Le
Théatre represente un Boccage; Arcas vieux Berger, y
paroît endormi sur un gazon L'Amour
descend du Ciel: Au bruit de son vol, Arcas se
réveille, le suit des yeux & court
ensuite aprés luy; l'Amour le laisse en
arriere, & reparoît sur le
Théatre L'Amour Dans
ces lieux consacrez aux soupirs, aux langueurs, Vangeons-nous,
vangeons-nous des insensibles coeurs,
&c. L'Amour
sort, apercevant Arcas de loin Scene
2 Arcas Scene
3 Le
Choeur des Bergers Arcas Le
Choeur Arcas: Le
Choeur Arcas Armé
de ses traits éclatans, Il
a fui devant moy, je l'ai suivi long-tems Cherchez
l'Amour dans ces boccage, Le
Choeur,
pendant lequel Iphis & Doris
arrivent La
Troupe des Bergers sort pour aller chercher
l'Amour Scene
4 Arcas (s'adressant
à Iphis & à Doris) Jeunes
Bergers, vous seuls dans ce séjour, Scene
5 Doris Iphis Doris Ensemble Que
ces lieux tranquilles, Scene
6 L'Amour,
caché Iphis
& Doris L'Amour,
paroissant Doris L'Amour Doris Iphis Iphis
& Doris L'Amour Iphis
& Doris On
entend une Symphonie douce L'Amour L'Amour
fait semblant de s'endormir sur un gazon, laissant
à terre son narc & son
carquois Doris Iphis Doris Elle
veut s'approcher de l'Amour Iphis Doris,
considérant l'Amour: Iphis Doris Iphis
& Doris,
prenant un trait de l'Amour Ils
le jettent Iphis,
à part Doris,
à part Iphis Doris Iphis,
à Doris Doris Iphis Doris Iphis L'Amour,
d'un ton ironique Iphis
& Doris L'Amour Doris L'Amour,
d'un ton ironique Doris L'Amour Doris L'Amour Arcas,
aux Bergers qui le suivent Iphis
& Doris Doris L'Amour Doris L'Amour Le
Choeur des Bergers Le
Choeur Loin
de nous, chagrins, soupirs, & larmes, On
danse une Chaconne;
La Fortune paroît avec une Suite magnifique.
Les Bergers ébloüis de son éclat
la suivent, & se laissent lier avec des
chaînes d'or. Les Bergeres allarmées
viennent tendrement les dégager, & les
enchaînent ensuite avec des Guirlandes de
Fleurs. La Fortune irritée de son peu de
succés les abandonne. Les Bergers contents
continuent leurs danses Le
Choeur Un
Berger Le
Choeur Le
Berger Le
Choeur Deux
Bergers & une Bergere Le
Choeur des Bergers Les
Bergers & la Bergere Le
Choeur des Bergers Les
Bergers Les
Bergers & la Bergere: Le
Choeur des Bergers Les
Bergers Le
Choeur des Bergers Les
Bergers Les
Bergeres Les
Bergers Les
Bergeres Les
Bergers Les
Bergeres Tous
ensemble Une
Bergere Avec
rapidité le tems d'aimer s'envole, La
Bergere Le
Choeur La
Bergere Le
Choeur La
mesme Bergere Le
Choeur La
Bergere Le
Choeur La
Bergere Le
Choeur Le
Berger Les
Choeurs
L'Amour
Vangeons-nous, vangeons-nous des insensibles
coeurs,
Ne cessons point de leur faire la guerre;
Tout doit sentir mes traits vainqueurs,
J'en ay blessé le Maître du
tonnerre.
J'ay vû le jeune Iphis, dédaignant mes
faveurs,
N'entretenir une aimable Bergere,
Que du chant des oiseaux& de l'émail des
fleurs:
Ah ! leur indifference excite ma colere:
Avant la fin du jour
Ils parleront d'amour.
Arcas, cherchant l'Amour
Venez, heureux Bergers, venez accourez tous,
L'Amour, le tendre amour habite parmi nous,
Formons des jeux nouveaux, que la plus belle
fête
Présente à ses regards l'hommage le
plus doux:
Venez, heureux Bergers, venez accourez tous,
Que rien ne vous arrête.
Arcas, Troupe de Bergers & de Bergeres
Nous accourons à vôtre voix,
Qu'est-il arrivé dans nos bois ?
L'objet le plus charmant s'est offert à ma
vûe,
Mon ame en est encore émûe
!
Quel est donc cet objet qui flâte vos desirs
?
C'est le Dieu des amours.
L'Amour dans ce boccage ?
Croyez-en mes soupirs.
J'étois sous cet Ormeau reposant à
l'ombrage.
Je l'ai vû sortir d'un nuage,
Et descendre aussitôt sous cet épais
feüillage,
Je marche avec lenteur, il vole & je
chancelle;
Mais ce Dieu me prêtoit une force
nouvelle,
Qui réparoit la foiblesse des
ans.
Présentez-lui vos coeurs, rendez-lui
vôtre hommage.
Cherchons l'Amour dans ce boccage,
Présentons-lui nos coeurs, rendons-lui
nôtre hommage.
Arcas, Iphis, Doris
Heureux qui de l'amour sent les aimables
traits.
Aux yeux d'un berger qui soupire,
Le jour semble avoir plus d'attraits;
Ce qu'il voit, ce qu'il sent, l'air même
qu'il respire,
Tout lui paroît changé. Dans cet
heureux délire
Il goute cent plaisirs divers:
L'Amour pour les amans forme un autre
univers.
Du Dieu le plus charmant méprisez la
puissance;
De vôtre indifference
Il sçaura vous punir un jour:
Vous offensez l'Amour,
Redoutez sa vangeance.
Iphis, Doris
Les plaisirs de l'amour ont-ils donc tant de
charmes ?
J'ai vû des Bergers amoureux
Se plaindre dans nos bois, & répandre
des larmes.
J'en ai vû quelquefois d'heureux.
Tircis a soupiré pour la jeune Climene,
Souvent aux Echos de ces lieux
Il a fait répeter son amoureuse peine;
Mais enfin, il a sçu fléchir une
inhumaine,
Tircis patoît joüir d'un sort digne des
Dieux.
L'Amour le plus heureux est toûjours un
martire.
Hilas aime Philis, Hilas en est aimé,
Par les plaisirs ce noeud sembloit
formé:
Mais depuis que l'Amour les tient sous son
empire,
Hilas se plaint, Philis soupire.
Ne parlons plus ny d'Amans, ny d'Amours,
S'il nous rendoient heureux s'en plaindroit-on
toujours ?
Ces rians aziles
Soient toûjours charmans pour nous,
Que les Beautez de la nature,
Les bois & la verdure
Fassent nos plaisirs les pus doux.
Iphis, Doris, l'Amour caché au fond du
Theatre
Helas ! helas !
Qui peut sous ce feüillage
Former de se tristes accens ?
Ah ! quelles peines je ressens !
Je vois un jeune Enfant sortir de ce
boccage.
Rien ne peut-il calmer mes cruelles douleurs ?
Où trouver des mortels qui plaignent mes
malheurs ?
Ne sçaurions-nous suspendre vos allarmes
?
Un mortel inhumain s'arme-t'il contre vous
?
Jeune Etranger, n'est-il point parmi nous
Quelque remede aux maux qui font couler vos larmes
?
Vous paroissez attendris par mes pleurs,
Contre un sort rigoureux j'espere que vos
coeurs
M'accorderont un sûr azile:
Déja dans ce séjour tranquille
Je sens de mes ennuis adoucir les
rigueurs.
Attachez aux trésors que produit la
nature
Nous joüissons dans ces hameaux
D'une vie innocente & pure:
Partagez avec nous ce fortuné
repos.
Le sommeil sur mes yeux vient verser ses
pavots,
Goutons-en la douceur sous ce charmant ombrage:
Divin Sommeil, répare me s travaux;
Des rigueurs de mon sort dérobe-moy
l'image.
Sa douleur m'attendrit.
Qu'il reste dans ces lieux,
Le tems calmera ses allarmes.
Ses yeux baignez de pleurs, n'en ont pas moins de
charmes.
Ne troublez pas son repos precieux.
D'où-vient que cet Enfant porte avec lui des
armes ?
Voyez cet arc & ce carquois.
Il perce de ses traits les habitans des bois,
Ce sont des jeux de son enfance.
Sur ces oiseaux essayons leur puissance.
Dieux !... ce trait a percé mon
coeur.
Quel mouvement confus !
Quel trouble ?
Quelle ardeur ?
Quelle subtile flâme
Coule de veine en veine, & penetre mon ame
!
Une tendre langueur... un timide embarras...
Je vous vois, & mon coeur soupire:
Je voudrois vous parler... & n'ose vous rien
dire,
Doris... Doris... ah ! ne me fuyez pas.
Ne suivez plus mes pas,
Laissez-moi vous cacher le trouble où je me
livre.
Laissez-moi le plaisir d'admirer tant d'appas,
Je sens que loin de vous je cesserois de
vivre.
Non, je veux surmonter un trop fatal pouvoir,
Iphis, je ne veux plus vous voir.
Je ne vous verrois plus ! Dieux ! mon ame
éperduë
Ne sçauroit soutenir un si cruel
malheur:
Si je perds le plaisir que me fait vôtre
vuë,
De ce dard aussi-tôt je perceray mon
coeur...
Qui peut, jeunes Bergers, vous causer tant de
trouble ?
O Dieux ! à son aspect [ma foiblesse /
ma tendresse] redouble !
Vous semblez m'éviter, d'où vient ce
changement ?
Un de vos traits par un coup trop sensible,
Nous a blessez mortellement.
O Ciel ! est-il possible ?
C'est vous qui faites mon tourment.
Ne craignez rien, ce mal n'est point funeste,
L'on en guerit trop aisément.
Que faut-il faire, helas !
Vous aimer seulement,
L'Himen fera le reste.
Voici l'Amour ce Dieu vainqueur;
Bergers, ranimons nôtre zele.
L'Amour !
O trahison cruelle !
Redoutez moins un Dieu qui fait vôtre
bonheur.
Ne puis'je éviter sa présence
?
L'Amour étonne l'innocence,
Mais, l'Himen sçait la rassurer:
Amants, pour vous unir il va tout
preparer.
Au Dieu qui nous engage,
Rendons hommage:
Chantons le plus doux des Vainqueurs,
Qu'il regne à jamais sur nos
coeurs.
Les plaisirs vont enchanter nos ames:
Dans ces lieux l'Amour répand ses
flâmes,
Doux Printemps,
Renaissez dans nos champs,
Offrez tous vos charmes
Aux Dieu des Amants:
Le sort le plus heureux
Vient remplir tous nos voeux,
Nos beaux jours
Vont couler sans allarmes,
L'Amour va nous apprendre à nous aimer
toûjours.
Tendre Amour,
Dans ce beau séjour,
Désormais vient fixer ta Cour,
Tes ardeurs,
Tes langueurs
Charmeront toûjours nos coeurs.
Nos Forêts
Chantent tes bienfaits,
Leurs attraits
Pour nos coeurs sont faits;
Brûlent nos ames
Nous n'en guerissons jamais.
Tendre Amour, &c.
L'Univers
Renaît dans tes fers,
Il languit si tu ne l'enflâmes;
Un coeur ne devient heureux,
Que de l'instant qu'il sent tes feux:
Dieu charmant,
Quel enchantement !
Tous les biens
Sont dans tes liens,
Tu nous fais aimer jusqu'à nos pleurs,
Tes tourments sont des faveurs.
Tendre Amour, &c.
Depuis que dans nos Bois
L'Amour donne des loix,
Tout s'empresse à faire un choix.
Depuis que dans nos Bois, &c.
Il remplit tous les voeux
De nos coeurs amoureux,
Les Plaisirs & les Jeux
L'ont suivi dans ces beaux lieux.
Depuis que dans nos Bois, &c.
Il fait seul nôtre bonheur,
Conservons dans nos ames
Les traits & les flâmes
D'un si doux Vainqueur.
Ses soupirs,
Ses plaisirs
Combleront tous nos desirs.
A ses coups
Cédons-tous,
C'est pour nous
Qu'il garde ses biens les plus doux.
Depuis que dans nos Bois, &c.
Plus d'allarmes,
De soins, de larmes,
Chantons le sort dont nous goûtons les
charmes.
Victoire !
Ah ! quelle gloire !
Quel bien plus doux !
L'Amour est avec nous.
La Fortune,
Nous importune,
Ses biens sont lents, sa faveur est legere;
Une Bergere
Dans un instant,
Rend pour jamais un Berger contant.
Plus d'allarmes, &c.
Que ses traits cheris dans ces lieux
Volent jusqu'aux Cieux:
Qu'ils enflâment jusqu'aux Dieux.
C'est le Dieu le plus charmant.
Il triomphe en un moment.
Trop heureux qui suit ses loix.
Redisons cent & cent fois.
Amour, lancez-nous vos traits,
Regnez sur nous à jamais.
Tendre Amour,
Dans ce beau séjour,
Désormais vient fixer ta Cour:
Tes ardeurs,
Tes langueurs
Charmeront toûjours nos coeurs.
Cédons à nos désirs,
Suivons l'Amour, chantons sa gloire;
Ce n'est qu'à sa victoire,
Que nous devons tous nos plaisirs.
Ce tems heureux est perdu sans retour;
Et rien ne console
De la perte de l'amour.
Aimons-nous,
Chantons-tous,
Chantons le Dieu de Cithere;
Livrons-lui nôtre printems,
La sagesse aura son temps.
Aimons-nous, &c.
Sans desirs,
Sans soupirs,
Helas ! que pourroit-on faire ?
Nos beaux jours
Sont trop courts;
Ne pensons qu'à nos amours.
Aimons-nous, &c.
Quand on aime bien
Tout plaît, tout rit, tout enchante:
Quand on aime rien,
La vie est languissante.
Aimons-nous, &c.
Sous tes loix je m'engage
Je ne crains point les soupirs,
Tendre Amour, quel dommage
De combattre ses desirs
Au plus beau de nôtre âge !
Aimons-nous, &c.
Livrons-nous à la tendresse
N'en perdons point les instans,
La jeunesse
Nous en presse,
Et l'amour n'a qu'un printems.
On ne peut troptôt se rendre
Aux doux charmes des amours:
Se deffendre
D'être tendre,
C'est renoncer à ses beaux jours.
Dans la saison des Zephirs,
Un coeur se doit aux plaisirs:
Douces chaînes,
Tendres peines,
Enchantez tous nos loisirs.
Quand on aime bien,
Tout plaît, tout rit, tout enchante:
Quand on aime rien,
La vie est languissante.
Deuxiéme Entrée
La Chevalerie
les
personnages du Secon Ballet les
interprètes Roger,
Prince
descendu d'Hector, & pere de Marzife, Mr
Dun Marfize,
fille
de Roger & amante de Leon, Mlle
Eermans Leon,
fils
de Constantin, Empereur de Grece & amant de
Marzife Mr
Tribou Melisse,
fameuse
Enchanteresse, amie de Marzife Mlle
Antier Un
Guerrier Mr
Dumats Une
Guerriere Mlle
Duplessis
surnommé par Charlemagne Chevalier sans
pair
déguisée sous les traits de Ferragus, Prince
de Castille
Troupe de Chevaliers François de la Suite de
Roger
Troupe de Chevaliers Frecs de la Suite
de Leon
Le Theâtre
represente une Forest.
On y découvre dans le fond; à gauche, le Palais de
Roger; à droite, un Cirque ou Champ de Mars
Scene
premiere Marfize Si
les tourmens serrent tes noeuds, Scene
2 Roger,
à Marzife Marfize Roger Marfize Roger Scene
3 Leon Roger Leon Roger Leon Roger Leon Roger Leon Roger Scene
4 Leon Tendre
Espoir, brillante Gloire, Scene
5 Marfize Leon,
montrant son épée Marfize Leon Marfize Leon Marfize,
icy fait un signe de tête
menaçant Qui
ne craint point la mort, méprise la
menace. Marfize Leon,
en colere Marfize Leon,
tirant son épée Roger,
séparant les Combatants Leon
& Marfize Scene
6 Roger Scene
7 Melisse Roger Malgré
vôtre art sublime, Melisse Le
Choeur de Chevalier,
derriere le Théatre Melisse Roger Melisse Scene
8 Leon Je
suis vaincu, puis-je le croire ? Ennemis
de ma gloire, ennemis de ma flâme, Scene
9 Marfize Leon,
à part (à
Marfize) Cruel,
à mes malheurs n'ajoute point l'outrage, Marfize Leon Marfize Leon Marfize Touché
d'une si tendre ardeur, Leon Marfize Leon Marfize,
ôtant son Casque Leon Marfize Scene
10 Melisse Le
Theatre change Melisse,
Roger, & Marfize,
à Leon Melisse Dans
ces beaux lieux, Plaisirs, hâtez-vous de
voler, Le
Choeur des Plaisirs Un
Plaisir Tout
cede aux traits qu'il lance, Un
plaisir Scene
11 Le
Choeur des Chevaliers Grecs Guerrier
& Guerriere Lancez
vos traits, Un
Guerrier, & une Geurriere dansent: une autre
Guerriere déguisée en homme tenant un
masque à la main, patoît les observer:
elle se masque ensuite; & mêlant ses pas
avec les deux autres, par des gestes d'une feinte
passion, elle tâche de toucher le coeur de sa
rivale: Le
Guerrier lui voyant obtenir quelque
préférence, veut la fraper de son
dard; elle se démasque; le guerrier confus,
fuit la colere de sa maîtresse qui le
poursuit; & la rivale abusée par le
masque, poursuit aussi la guerriere pour s'en
vanger Marfize Amour,
charmant vainqueur, &c. On
reprend le Choeur des Chevaliers
Grecs
Marfize, déguisée sous la figure de
Ferragus,
le Prince de Castille
Tendre Amour, seconde mes voeux,
Et pardonne à mon coeur une épreuve
cruelle,
Qui doit rendre un instant mon amant
malheureux.
Nôtre chaîne en sera plus belle:
Tendre Amour, seconde mes voeux,
C'est pour la gloire de tes feux,
Que je veux rendre un coeur plus tendre & plus
fidelle.
Marfize, Roger
De ce Casque enchanté,
J'admire la puissance:
La voix, les traits, tout jusqu'à la
fierté,
Du Prince de Castille offre en vous
l'apparence.
Bientôt, ma Fille, avec cet art trompeur,
Du fils de Constantin vous connoîtrez le
coeur.
La sçavante Melisse
A commencé cet artifice:
Mais c'est à vous, Seigneur,
D'achever un projet d'où dépend mon
bonheur.
J'attens icy Leon.
Je le voi qui s'avance...
Allez, sur votre amour soyez en
assurance.
Leon, Roger
Puis-je enfin me flatter, Seigneur,
D'obtenir la beauté dont mon ame est
éprise ?
Ne differez plus mon bonheur,
L'amour & la valeur
Vous demandent Marfize.
Quel triste accueil ? ô Ciel ! qu'il allarme
mon coeur !
Vous offrez à ma fille avec vôtre
tendresse
L'Empire de la Grece:
Vôtre rang, vôtre amour, tout doit
remplir vos voeux:
Mais Prince, faut-il vous le dire?
Lorsqu'à vôtre bonheur je suis
prêt à souscrire,
Ferragus vient icy pour en rompre les
noeuds.
Quand vous favorisez mes feux,
Qu'ai-je à craindre de sa présence
?
Cet himen dès long-tems flatte mon
esperance,
Et ce Guerrier jaloux
De vous voir obtenir sur luy la
préférence,
Les armes à la main, veut l'emporter sur
vous.
Sur moi ! Ciel ! la fureur de mon ame
s'empare.
Ce rival en couroux
Déclare icy la guerre à vos voeux les
plus doux.
Ah ! c'est moi qui la lui déclare,
Qu'il paroisse en ces lieux:
Si ce Rival ose à mes yeux,
Mes disputer le bien que le ciel me
prépare,
Son téméraire amour
Luy coûtera le jour.
Songez que ce Guerrier est un guerrier
terrible.
Son bras jusqu'à ce jour a trouvé
tout possible:
Mais, malgré la valeur dont il est
animé,
Il n'est pas invincible
Pour un amant aimé.
Pour éterniser vôtre gloire,
Couronnez vôtre front d'une double
victoire:
Il faut rempoter en ce jour
Le prix de la valeur, & celui de
l'amour.
Leon
Redoutable Dieu des armes,
Je me livre à ta fureur:
Tes allarmes
Ont des charmes
Pour un intrépide coeur.
Vous m'animez tour-à-tour,
Vous m'offrez dans ce grand jour
Les lauriers de la victoire,
Et les mirthes de l'amour.
Leon, Marfize, déguisée sous les traits de
Ferragus,
Roger, caché, les écoute
Chevalier, est-ce toi, qui de Mafize
épris,
Prétens me disputer cette illustre Princesse
?
En serois-tu surpris ?
J'ay juré sur ce fer, de l'adorer sans
cesse:
Qui voudra m'enlever ce prix de ma tendresse,
Pourra se repentir de l'avoir entrepris.
Je vais cependant l'entreprendre.
Au plaisir de l'avoir, cesse enfin de
prétendre:
Un Rival, quelqu'il soit, doit toûjours
allarmer,
Marfize aime à t'entendre,
Tu lui parles d'amour, tu pourrois la charmer,
Et c'est moi qu'elle doit aimer.
Si sa bouche elle-même
NE dicte cet Arrest suprême,
Je la suivrai jusqu'au trépas.
Connois-tu Ferragus ?
Des exploits de son bras
J'entens vanter la gloire extrême:
Mais, fut-ce le Dieu des combats,
Deffendant ce que j'aime,
Je ne le craindrois pas.
Jeune, peut-être valeureux,
Tu crois dans ton audace
Que pour vaincre, il suffit que l'on soit
amoureux,
Poursuis, je te fais grace.
Ciel !
Ne t'expose point à mon couroux fatal,
Garde-toi d'irriter un terrible rival,
Eteins plûtôt une vaine tendresse,
Leon, céde-moy la Princesse,
La combat entre nous seroit trop
inégal.
Il faut punir ton insolence,
Et t'imposer un éternel silence.
Arrestez, c'est au cham de Mars
Qu'il faut que vôtre valeur brille:
Aux yeux des Chevaliers, venus de toutes parts,
Faites voir qui des deux doit posseder ma
fille,
Elle laisse à la gloire à soumettre
son coeur:
Songez que son himen est le prix du
vainqueur.
Ah ! si l'amour anime le courage,
C'est à moy, c'est à moy d'emporter
l'avantage.
Roger
Au moment du combat, d'où vient que
malgré-moi
Je ressens de l'effroi ?
Ce combat à mes yeux couteroit-il des larmes
?
Grands Dieux ! au champ de Mars rendons-nous
promptement.
Roger, Melisse
Non, Rogez, demeurez & soyez sans allarmes,
Vous connoîtrez dans un moment
Le pouvoir de mes charmes.
Ma crainte ne sçauroit se cacher à
vos yeux.
Je crains un amant furieux:
Un Heros que l'amour anime
Est aussi puissant que les Dieux.
Jupiter quand il veut, fait gronder son
Tonnerre.
Neptune jusqu'aux Cieux, peut soulever les
Mers.
Pluton dans son couroux, sçait
ébranler la Terre:
Mais, rien dans l'Univers
Ne peut vaincre l'Amour armé par les
Enfers.
Ah quelle gloire !
Ferragus est vainqueur:
Tout cede à son amour, tout cede à sa
valeur,
Chantons sa nouvelle gloire.
Vous l'entendez, Seigneur,
Au pouvoir de mon art, rendez plus de
justice.
Que ne vous dois-je point, ô puissante
Melisse !
Leon vient en ces lieux:
Pour connoître son coeur, cachons-nous
à ses yeux.
Leon, furieux, Marfize, au fond du Théatre
Ennemis de ma gloire, ennemis de ma
flâme,
Dieux cruels, de quels maux accablez-vous mon ame
!
Mon coeur est dechiré dans ce funeste
jour
Et par la honte & par l'amour.
Juste Ciel ! quel malheur !
De quoi m'a servi ma valeur ?
Animé par l'amour, animé par la
gloire,
Malheureux, je n'ay pû remporter la victoire
!
Aprés ce coup affreux où puis-je
recourir ?
J'ai tout perdu, je dois mourir.
Dieux cruels, de quels maux accablez-vous mon ame
!
Leon, Marfize, déguisée & tenant
l'épée de Leon
Leon, adoucis tes allarmes,
Tu ne connois pas ton vainqueur:
Sans honte, un fier guerrier peut me rendre les
armes,
Il n'en aura pas moins d'éclat & de
valeur.
D'un fatal ennemi trop superbe langage !
Epargne-moi ces fiers discours,
Ou dispose en vainqueur du reste de mes
jours.
Ne me reproche point une foible victoire,
Qui met en mon pouvoir l'objet de ton ardeur,
Je ne te ravis point son coeur:
L'amour est jaloux de ma gloire:
Je triomphe, & c'est toy que ce Dieu rend
vainqueur.
Vainqueur trop malheureux, Gloire trsite &
barbare !
O Mort ! brise mes fers;
C'est envain que pour moi Marphize se
déclare,
J'en suis aimé, mais, helas ! je la
perds;
O Mort ! brise mes fers.
Avec une chaîne nouvelle
On est seur de se dégager:
Il est facile de changer,
Et mal-aisé d'être fidelle.
Cesse de m'outrager.
Barbare, acheve ton ouvrage,
Perce mon triste coeur.
J'admire ton amour, j'admire ton
courage.
Je veux en ta faveur
Faire un effort suprême:
Je veux rendre à Leon la Princesse qu'il
aime.
Qu'entends-je, ô Ciel ! quel seroit mon
bonheur !
Puis-je compter sur ta reconnoissance ?
Ah ! tu verras sous ta puissance
Mon bras, ma fortune & mon coeur.
C'en est trop, cher Leon, jouis de ta
tendresse,
Je ne veux que ton coeur, je te rends ta
maîtresse.
Que vois-je ? juste Ciel ! est-ce un enchantement
?
Je sujet de tes maux n'est qu'un
déguisement.
Leon, Marfize, Melisse, Roger
Que dans ce lieu rustique
S'éleve un palais magnifique.
Nous avons causé vos douleurs,
Mais l'Amour va tarir vos pleurs.
Dans ces beaux lieux, Plaisirs, hâtez-vous de
voler,
Formez pour ces Amants la plus aimable
chaîne,
L'Hymen qui doit les assembler,
Brille de mille appas, c'est l'Amour qui
l'ameine:
Formez pour ces Amants la plus aimable
chaîne.
Que les Plaisirs, qui suivent les tourments,
Ont de charmes pour les amants !
L'Amour, aux mortelles allarmes,
Fait succeder les plus beaux jours;
On ne regrette point des larmes,
Qui rendent heureux pour toûjours.
Goutons dans le bel age
Les plaisirs de l'amour;
Envain un coeur sauvage
Veut fuir son esclavage:
Dès que l'on voit le jour,
On est sous sa puissance,
Aucun ne s'en dispense:
Le ciel, la terre & l'onde
S'embrâsent de ses feux;
Il est le souverain des Dieux,
Et le plaisir du monde.
Guerriers, quittez les armes,
Goutez de plus doux charmes,
Le temps de la jeunesse
Est fait pour la tendresse,
N'en perdez pas un jour:
Puissant Dieu de la guerre,
Calmez vôtre tonnerre,
La Mere de l'amour
Attend vôtre retour;
Cédez à ce vainqueur,
Brûlez d'une autre gloire,
La plus douce victoire
C'est de toucher un coeur.
Entrée des Chevalier Grecs de la Suite de Leon
Leon, Marfize, Melisse, Roger
Pour chanter la Gloire & Bellonne,
La trompette eclatte au bruit des tambours,
Dans ces lieux il faut qu'elle sonne,
Pour chanter l'aimable Dieu des amours:
Fiers Guerriers,
Cueillez des lauriers,
L'enfant de Cithere au retour vous couronne,
Aprés mille combats affreux,
Dans les bras de Venus, Mars devient
heureux.
Ne grondez plus, effrayans Bruits de guerre,
Laissez en paix
Désormais
Tout la terre:
Vos cris, vos feux
Sont l'effroi des ris, des jeux:
Le fatal son des tambours
Fait envoler les Amours:
Lancez vos flâmes
Regnez dans le sein de la paix,
Dieu plein d'attraits !
Lancez vos traits,
Charmez nos ames,
Que chaque moment
D'un guerrier fasse un amant.
Amour, charmant vainqueur,
Je chanterai toujours votre gloire immortelle:
Pour le prix de mon zele,
Ne sortez jamais de mon coeur.
Vous ne regnez ici que pour notre bonheur:
Heureux qui porte votre chaîne:
Dan ces lieux fortunez on ne connoit de peine,
Que celle d'être sans ardeur.
Pour chanter la Gloire & Bellonne,
&c.
Troisiéme Entrée
La Feérie
les
personnages du Troisiéme Ballet les
interprètes Demogorgon,
Roi des Fées, amoureux d'Eglantine Mr
Chassé Logistille,
premiere Fée Mlle
Antier Seconde
Fée Mlle
Jullye Eglantine,
jeune Princesse, élevée parmi les
Fées Mlle
Fel Un
Genie Mr
Jelyotte
Le Théatre
represente les Jardins enchantez du Palais de Demogorgon,
la fée principale y paroît au milieu d'une troupe des
plus belles Fées
Scene
premiere Logistille Elevée
en ces lieux, fermez de toutes parts, La
Seconde Fée Ensemble Logistille Scene
2 Pendant
que les autres Fées dansent autour
d'Eglantine, la Seconde Fée
chante La
Seconde Fée Le
Choeur
des Fées répéte le
Rondeau La
Fée Le
Choeur La
Fée,
à Eglantine Le
Choeur La
Fée Le
Choeur Eglantine La
Fée Eglantine Dans
un boccage sombre La
Fée On
entend un grand bruit Le
Choeur des Fées Plusieurs
Genies viennent enlever les Fées qui
gardoient la Princesse Ah
quelle violence ! Scene
3 Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Demogorgon Eglantine Ensemble On
entend un grand bruit Eglantine Demogorgon Scene
4 Logistille Eglantine La
Fée Vous
qui remplissez mes souhaits, Des
Esprits transportent Demogorgon dans son
Palais Scene
5 Eglantine Elle
s'appuye sur un Oranger La
Fée Eglantine Le
Theatre change Quelle
lumiere m'environne ? La
Fée Eglantine La
Fée Eglantine Scene
6 Demogorgon,
descendu de son trône Eglantine,
reconnoissant le Genie Demogorgon Eglantine Demogorgon Scene
7 & derniere Le
Choeur Un
Genie Une
Fée La
Fée Dieu
rempli d'attraits, De
tes larmes Une
Fée Pour
rendre l'Univers content, Dieu
de l'himen, &c. Un
Genie Dès
que la naissante Aurore Le
Choeur
Logistille, Fée Principale, la Seconde
Fée
Enfin voici le jour,
Où le Monarque heureux de ce brillant
empire,
Va faire élater son amour
Aux yeux de la beauté pour qui son coeur
soupire.
Aucun mortel encor n'a frapé ses
regards.
Nous préparons au Roi l'himen le plus
paisible,
L'objet qu'il veut toucher ne connoît plus
d'amant:
Il sera le premier qui le rendra sensible;
C'est un plaisir rare & charmant.
D'Eglantine en ces lieux prévenons les
désirs,
L'amour en fera nôtre Reine,
Inventons des plaisirs,
Pour plaire à nôtre
Souveraine.
C'est elle qui paroît... Je vais chercher le
Roi;
Pour éprouver son coeur, il a besoin de
moi.
Eglantine, la Seconde Fée
Dans ces lieux toujours cheris
Les Jeux & les Ris
Ont fixé leur Empire,
L'innocence, des desirs
En a sçû regler les plus doux
plaisirs.
On n'y desire
Jamais qu'un instant,
Dçs qu'on le veut, on est content;
Point de larmes,
Toujours des charmes,
L'Empire des Cieux
Doit moint plaire aux Dieux.
Dans ces lieux toujours cheris
Les Jeux & les Ris
Ont fixé leur Empire,
L'innocence, des desirs
En a sçû regler les plus doux
plaisirs.
Ces plaisirs reservez pour vous,
Belle Princesse,
Vous suivront sans cesse:
Ah ! qu'il est doux
De tout charmer !
Qu'il est doux de se faire aimer.
Ces plaisirs, &c.
Vos beaux jours
Dureront toûjours,
Vos attraits
Ne changeront jamais.
Dans ces lieux toujours cheris
Les Jeux & les Ris
Ont fixé leur Empire:
L'innocence, des desirs
En a sçû regler les plus doux
plaisirs.
Cessez vos jeux, charmantes Soeurs,
Mon coeur trop agité n'en sent plus les
douceurs.
De ce riant azile
Qui peut troubler la paix de vôtre sort
tranquille ?
Un songe trop flatteur dont mes sens sont
épris,
Occupe seul tous mes soupirs.
Je cédois un moment aux douceurs du
sommeil,
Un objet inconnu, dans un noble appareil,
Est venu près de moi se reposer à
l'ombre:
Il avoit sur son front la Majesté des
Dieux,
Un feu doux & perçant brilloit dans ses
beaux yeux,
Sa voix tendre & touchante
Exprimoit des discours, dont la douceur
enchante:
Heureuse de l'entendre, heureuse de le voir,
Il prenoit sur mon coeur un absolu pouvoir:
Enfin, je lui trouvois mille graces nouvelles
Que n'ont point à mes yeux les Nimphes les
plus belles.
Jouissez d'un espoir flatteur,
Le sommeil n'offre pas toûjours de vains
mensonges:
Les Dieux nous ont souvent présenté
par des songes
L'aimage d'un prochain bonheur.
Que bruit de ce séjour interrompt le silence
?
Eglantine, Demogorgon
D'un trouble de mon coeur que dois-je pressentir
?
De ce Mirthe entr'ouvert un Dieu semble sortir:
O Ciel, c'est l'Inconnu que je croi voir sans
cesse.
Rassurez-vous, belle Princesse,
Je ne viens point ici pour déplaire à
vos yeux:
Vous n'avez à craindre en ces lieux
Que mon hommage & ma tendresse.
Vous répandez par tout le trouble & la
frayeur.
Pour la premiere fois, ces lieux sont pleins
d'allarmes:
Sans doute un discours si flatteur
Cache un piege fatal, dont je dois fuir les
charmes.
Non, je n'aspire, helas ! qu'à toucher
vôtre coeur.
De la plus tendre ardeur
Vous avez enchanté mon ame:
Un regard de vos yeux a fait naître ma
flâme,
Un mot de vôtre bouche en feroit le
bonheur.
J'ignore un si tendre langage,
Et croi qu'en ce séjour on n'en fait point
usage.
Si je pouvois vous enflâmer,
Vous sçauriez ce langage aussi-bien que
moi-même.
D'un coeur qui sçait aimer
L'eloquence est extrême:
Rien ne dit mieux qu'on aime,
Que l'embarras de l'exprimer.
N'osez-vous d'un soupir, flatter mon esperance
?
Le respect à mon coeur impose le
silence.
Que mot prononcez-vous ? Et quel triste retour
!
Ne connoissez-vous point l'Amour ?
C'est encore un mistere,
Que peut-être en ces lieux on a soin de me
taire.
Le bonheur de nos jours dépend de le
sçavoir.
Qu'est-ce donc que l'Amour, & quel est son
pouvoir ?
L'Amour tient l'Univers sous son
obéIssance,
Tout flatte, tout enchante, où brillent vos
attraits;
Les Graces forgent ses traits,
Le Plaisir fait sa puissance:
La Nature languit où ce Vainqueur n'est
pas,
Ses biens comblent les voeux de tout ce qui
respire,
La beauté, la jeunesse accompagnent ses
pas;
Le coeur est son empire.
Ah ! seriez-vous l'Amour ?
Non, mais je suis l'amant,
Qu'Eglantine a soumis à ce Dieu si
charmant.
C'est donc l'Amour qui pour vous m'interesse
?
C'est lui qui cause ma tendresse.
Puisse-'il toûjours nous charmer.
Aimons-nous à jamais, l'Amour nous y
convie,
Unissons nos soupirs pour mieux nous
enflâmer:
Le plus doux plaisirs de la vie,
Est le plaisir d'aimer.
Quel bruit terrible !
Fuyons, s'il est possible.
C'est Logistille, ô fatal desespoir !
Tout est soumis à son pouvoir.
Logistille, Eglantine, Demogorgon
Tremble, audacieux Genie,
Ta temeraire ardeur
D'un chatiment nouveau sera bientôt
punie.
O Ciel ! pourquoi cette rigueur ?
Helas ! en votre absence,
Cet aimable Genie & sçû charmer
mon coeur.
Eh ! c'est ce qui fait son offense.
Esprits, obéissez à mon ordre
suprême:
Enlevez le Genie, & que dans ce palais
Il reçoive le prix de son audace
extrême.
Logistille, Eglantine
O sort plein de rigueurs !
Cruelle, vous m'ôtez l'objet de ma tendresse
?
Que vais-je devenir ? Malheureuse Princesse !
Je succombe, je meurs !
Fille d'un Roy puissant, le Destin vous ordonne
De partager en ce beau jour,
Du grand Demogorgon, l'ardeur & la
Couronne.
L'éclat d'une brillante Cour
Doit l'emporter sur le charme frivole
Que promet un tendre retour:
Il faut que la grandeur console
Des maux que fait l'amour.
L'éclat suprême
Ne fait point mon bonheur:
Je suis fidelle à ce que j'aime,
Le Maître du Ciel même
Ne lui raviroit pas mon coeur.
C'est la Palais du Roi.
Mon amant m'abandonne !
Songez à plaire à vôtre
Souverain,
N'irritez point un Roi, qui vous offre sa
main.
Quelque malheur qu'on puisse me prédire,
Du Monarque offensé quel que soit le
couroux,
Je jure que mon coeur...
Demogorgon, Logistille, Eglantine
O Ciel ! qu'allez-vous dire ?
Que mon coeur n'aimera que vous.
Ah ! seroit-il possible
Qu'attendri par mes pleurs,
Le Roi vous céde à mes douleurs
?
A vos larmes il est sensible,
Il accorde tout à nos voeux,
Vous voyez ce Roi généreux,
Dont l'amour tendre & fidelle,
Met sa gloire & son zele
A rendre sa Maîtresse & son Rival
heureux.
Vous regnez en ces lieux ? ô retour plein de
charmes !
Je vous pardonne mes allarmes,
Elles vous ont fait voir l'ardeur de mes
soûpirs:
Et je sens que les larmes
Augmentent les plaisirs.
D'une fête brillante
Annonce mon himen au bout de l'Univers:
Esprits, venez offrir à l'objet qui
m'enchante
Tout ce que mon Empire a de charmes
divers.
Demogorgon, Logistille, Eglantine,
Troupe de Genies, Troupe de Fées
Chantons la Beauté triomphante,
Qui va regner dans ces lieux:
Que sa gloire est éclatante !
Elle a soumis à ses beaux yeux
Le Roi le plus aimable & le plus
glorieux.
Les trésors de la Fortune
Ne font point le parfait bonheur;
Des grandeurs, l'éclat importune
Et n'est souvent qu'un éclat trompeur:
Nôtre coeur cherche un bien qu'il aime,
Bien, plus touchant ! que la grandeur
suprême,
C'est d'inspirer une tendre ardeur
En d'en brûler lui-même.
Gardons-nous d'attendre,
Cherchons les biens que l'amour fit pour nous;
Pourquoi s'en deffendre ?
Ses coups
Sont si doux !
Les soins, les langueurs,
Les pleurs,
Les tourments secrets,
Sont des bienfaits:
C'est par des soupirs
Que l'Amour nous mene aux plaisirs,
Les heureux amans
Ne sont point heureux sans les tourmens,
Un coeur n'est jamais si tendre
Que dans l'instant il craint,
Et se plaint.
Tost ou tard l'Amour
Après mille peines,
Fait naître un beau jour,
Malgré ses rigueurs
Ne brisons point nos chaînes;
Quand ses traits vainqueurs
Volent dans nos coeurs,
Si c'est un tourment,
Le remede en est charmant:
Lance-moi tes traits,
Non, tes peines
Inhumaines,
N'éteindront point mes feux.
Naissent mille charmes,
Et l'attente
Est toujours charmante;
Pour combler mes voeux,
Cache mon bonheur à mes yeux.
Dieu de l'himen, Dieu de l'amour,
Unissez-vous pour vôtre gloire;
Que vôtre accord dans ce beau jour,
Vous donne sur les coeurs une entiere
victoire:
Mêlez vos flambeaux & vos armes:
L'amour en sera plus constant,
L'himen en aura plus de charmes.
Que tout sente,
Que tout chante
La beauté
De ce Palais enchanté;
Sur nos traces
Les ris, & les Graces
Avec les Amours,
Marchent toûjours;
La jeunesse
Y renaît sans cesse,
Et n'y fait regner que de beaux jours.
Fait briller les doux appas de Flore,
De ses coups
L'amour nous éveille tous:
Il nous offre mille charmes,
Qui pour nos coeurs sont faits
Exprès;
Les allarmes,
Les soins ny les larmes
Ne troublent jamais
Nos fortunez loisirs;
Et le temps coule au gré de tous nos
desirs.
Chantons la Beauté triomphante,
Qui va regner dans ces lieux:
Que sa gloire est éclatante !
Elle a soumis à ses beaux yeux
Le Roi le plus aimable & le plus
glorieux.