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Acte de Ballet représenté
pour la première fois, à Paris, livret
de Ballot de Sauvot, musique de: Jean-Philippe Rameau |
Ouverture
Pygmalion
Pygmalion:
Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur ?
Je tremblais de t'avoir pour maître;
J'ai craint d'être sensible, il falloit m'en
punir;
Mais devais-je le devenir
Pour un objet qui ne peut l'être ?
Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur !
Insensible témoin du trouble qui m'accable,
Se peut-il que tu sois l'ouvrage de ma main ?
Est-ce donc pour gémir et soupirer en vain
Que mon art a produit ton image adorable ?
Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur
?
Pygmalion, Céphise
Céphise: Pygmalion: Céphise: Pygmalion: Céphise: Pygmalion: Céphise:
Pygmalion, est-il possible
Que tu sois insensible
Aux feux dont je brûle pour toi ?
Cet objet t'occupe sans cesse,Peut-il m'enlever ta
tendresse,
Et te faire oublier ?
Céphise, plaignez-moi,
N'accusez que les Dieux,
J'éprouve leur vengeance,
J'avois bravé l'Amour,
Il cause mon tourment.
Tu voudrois te servir d'un vain déguisement
Pour me cacher un amour qui m'offense.
Oui, je sens de l'amour toute la violence,
Et vous voyez l'objet de cet enchantement.
Non, je ne te crois point; quelque secrète
chaîne
Te retient et s'oppose à mes voeux les plus
doux.
Tel est l'effet du céleste courroux,
Qu'il m'impose la peine
D'une flamme frivole et vaine,
Et m'ôte la douceur de soupirer pour vous.
Cruel, il est donc vrai que cet objet t'enflamme,
A de si vains transports abandonne ton âme,
Puissent les justes Dieux, par cette folle ardeur,
Punir l'égarement de ton barbare coeur.
Pygmalion seul, puis la Statue
Pygmalion: [L'Amour
traverse d'un vol rapide le théâtre et secoue
son flambeau sur la statue (ce vol se fait sans que
Pygmalion s'en aperçoive). La statue
s'anime] Quel
prodige ? Quel dieu ? par quelle intelligence, [La
statue descend] Je ne
m'abuse point, ô divine influence ? [elle
marche] Protecteurs
des mortels, grands dieux, dieux bienfaisants ? La
Statuë: Pygmalion: La
Statuë: Pygmalion: La
Statuë: Pygmalion: La
Statuë: Pygmalion: La
Statuë: Pygmalion: La
Statuë:
Que d'appas ! que d'attraits! sa grâce
enchanteresse
M'arrache malgré moi des pleurs et des soupirs !
Dieux ! quel égarement, quelle vaine tendresse.
O Vénus, ô mêre des plaisirs,
Étouffe dans mon coeur d'inutiles désirs;
Pourrais-tu condamner la source de mes larmes ?
L'Amour forma l'objet dont mon coeur est épris.
Reconnais à mes feux l'ouvrage de ton fils:
Lui seul pouvait rassembler tant de charmes.
D'où naissent ces accords ?
Quels sons harmonieux ?
Une vive clarté se répand dans ces
lieux.
Un songe a-t-il séduit mes sens ?
Que vois-je ? Où suis-je ?
Et qu'est-ce que je pense ?
D'où me viennent ces mouvements ?
O ciel !
Que dois-je croire ?
Et par quelle puissance
Puis-je exprimer mes sentiments ?
O Vénus, O Vénus! ta puissance
infinie...
Ciel ! quel objet ? mon âme en est ravie;
Je goûte en le voyant le plaisir le plus doux,
Ah ! je sens que les dieux qui me donnent la vie
Ne me la donnent que pour vous.
De mes maux à jamais cet aveu me délivre;
Vous seule, aimable objet, pouviez me secourir;
Si le ciel ne vous eût fait vivre,
Il me condamnait à mourir !
Quel heureux sort pour moi ! vous partagez ma flamme,
Ce n'est pas votre voix
Qui m'en instruit le mieux,
Et je reconnais dans vos yeux ce que je ressens dans mon
âme.
Pour un coeur tout à moi puis-je trop m'enflammer
?
Que votre ardeur doit m'être chère,
Vos premiers mouvements ont été de
m'aimer.
Mon premier désir de vous plaire.
Je suivrai toujours votre loi.
Pour tous les biens que je reçois
Puis-je assez...
Prenez soin d'un destin que j'ignore,
Tout ce que je connais de moi,
C'est que je vous adore.
L'Amour, Pygmalion, la Statuë
L'Amour: [à
Pygmalion] Du pouvoir
de l'Amour ce prodige est l'effet. [les
Grâces entrent] [Les
Grâces instruisent la Statue et lui montrent les
différents caractères de la
danse] [suite
de danses] Le Choeur
de Peuples, derrière le théâtre:
L'Amour dès longtemps aspirait
À former par ses dons l'être le plus
aimable;
Mais pour les unir tous, il fallait un objet
Dont ton Art seul était capable.
Il vit et c'est pour toi; pour toi ses tendres feux
Étaient de tes talents la juste
récompense.
Tu servis trop bien ma puissance,
Pour ne pas mériter d'être à jamais
heureux.
Jeux et Ris qui suivez mes traces,
Volez, empressez-vous d'embellir ce séjour.
Venez, aimables Grâces,
C'est à vous d'achever l'ouvrage de
l'Amour.
Empressez-vous, aimables Grâces,
Hâtez-vous d'achever l'ouvrage de l'Amour.
Cédons, cédons à notr'impatience,
Courons tous, courons tous.
Pygmalion, la Statue, Choeur de la suite de l'Amour, Choeur
du Peuple
Pygmalion: [L'Amour
se retire. Toute sa suite, ainsi que Pygmalion et la statue
l'accompagne jusqu'au fond du théâtre dans le
même temps que le peuple entre en
dansant] Pygmalion,
au peuple: Le
Choeur: [Pantomime
niaise et un peu lente. Deuxième Pantomime
très vive] Pygmalion: [Air
gracieux. (Pour les Grâces, Jeux et Ris) - Rondeau
Contredanse]
Le peuple dans ces lieux s'avance,
Amour, il connaîtra jusqu'où va ta
puissance
Et quels biens ta bonté sait répandre sur nous
!
L'Amour triomphe, annoncez sa victoire.
Il met tout son pouvoir à combler nos
désirs,
On ne peut trop chanter sa gloire,
Il la trouve dans nos plaisirs !
L'Amour triomphe, annoncez sa victoire.
Ce dieu n'est occupé qu'à combler nos
désirs.
On ne peut trop chanter sa gloire,
Il la trouve dans nos plaisirs !
Règne, Amour, fais briller tes flammes,
Lance tes traits dans nos âmes.
Sur des coeurs soumis à tes lois
Épuise ton carquois.
Tu nous fais, dieu charmant, le plus heureux destin.
Je tiens de toi l'objet dont mon âme est ravie,
Et cet objet si cher respire, tient la vie
Des feux de ton flambeau divin.