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Platée
Ballet Bouffon en I Prologue & III Actes
représenté devant le Roi, à son Château de Versailles
le Mercredi 31 Mars 1745

livret des Sieurs Hautreau & Vallois
musique de: Jean-Philippe Rameau



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

Prologue
La Naissance de la Comedie

les personnages du Prologue:

les interprètes:


Thespis, Inventeur de la Comedie

le Sr La Tour

Un Satire

le Sr Benoit

Deux Vendangeurses

les Dlles Cartou & Dalman

Thalie

la Dlle Fel

Momus

le Sr Albert

L'Amour

la Dlle Coupé

Choeurs & Troupes de:
Satires, Ménades, Paysans vendangeurs, leurs Femmes & Enfans

Le théâtre représente une vigne de Gréce: On voit plusieurs allées de grands arbres qui soutiennent des treilles: Entre les troncs de ces arbres & au pié des côteaux qui sont sur les côtés & dans le fond, des chariots pleins de raisins, de grandes cuves & des pressoirs d'où coule le vin dans des baignoires antiques. Thespis inventeur de la Comedie, paroit sur le devant du théâtre, endormi sur un lit de gazon: plusieurs vendangeurs sont occupés dans le fond, à porter la vendange dans les cuves.


Scene premiere
Thespis, endormi,
Choeurs & Troupes de Satires, de Menades, de Paysans vendangeurs,
de leurs Femmes, & de leurs Enfans qui entrent en dansant

Un Satire:
Le Ciel répand ici sa plus douce influence,
Bacchus a comblé nos desirs.
Coulés, jus précieux, coulés en abondance,
Vous êtes l'ame des plaisirs.

Le Choeur:
Coulés, jus précieux, coulés en abondance,
Vous êtes l'ame des plaisirs.

[on danse]

Le Satire:
Envain l'affreux hiver s'avance,
L'Amour, par vos presens, augmentant sa puissance,
Rend à nos coeurs la saison des Zephirs,
Vous ranimés nos feux & nos tendres desirs.

Le Choeur:
Coulés, &c.

[on danse]

Le Satire, apercevant Thespis endormi:
Que vois-je ? Est-ce Thespis ? Oui, c'est lui qui sommeille,
Ce doux jus sur ses yeux fait l'eefet des pavots:
Doit-il en ce grand jour se livrer au repos,
Lui qui chante si bien le grand dieu de la treille ?

[il s'aproche de Thespis pour le réveiller]

Ranimés vos sens assoupis,
Réveillez-vous, Chantés, agréable Thespis.

Le Choeur:
Ranimés, &c.

Thespis, se réveillant:
Rendons grace à Bacchus du someil qu'il nous donne,
Qu'il est tranquille ! Qu'il est doux !

[il se rendort]

Le Satire & le Choeur, autour de Thespis:
Thespis, chantés, réveillés vous.

Thespis, faché:
Chantons, vous m'y forcés; mais songés qu'en Automne,
ans mes chansons, je n'épargne personne.

Deux Vendangeuses:
Joyeux Thespis, point de courroux.

Thespis:
Je sens qu'un doux transport me saisit & m'inspire.
Charmant Bacchus dieu de la liberté,
Pere de la sincérité,
Aux dépens des Mortels, tu nous permets de rire.

Mon coeur plein de la vérité,
Va se soulager à le dire:
Dûssai-je être mal écouté.

Charmant Bacchus, &c.

[il s'adresse aux Ménades]

Ménades & jeunes & belles,
A vos amants êtes-vous fidelles ?
On ne le croit pas parmi nous.

Le Choeur des Ménades:
Thespis, rendormés-vous.

Thespis, aux Satires:
Dignes amans de ces jeunes coquettes,
Invincibles buveurs, tous trompés que vous êtes,
Vous n'aimés pas assez pour en être jaloux.

Le Choeur des Satires:
Thespis, rendormés-vous.

Thespis, à tous:
Au milieu d'une Orgie où regne la licence,
Ménades, vos secrets sont mal en assurance,
Pn me les a dit presque tous.

Le Choeur des Satires & des Ménades:
Thespis, rendormés-vous.


Scene 2
Thalie, Momus, Thespis, endormi,
Choeurs & Troupes de Satires, de Menades, de Paysans vendangeurs,
de leurs Femmes, & de leurs Enfans qui entrent en dansant

Thalie, à Thespis:
Non, poursuivez, Thespis, livrez-vous à Thalie:
Pour exercer votre aimable folie,
Je remets mon masque en vos mains.

[elle donne à Thespis le masque qu'elle tient]

A vos chants, à vos jeux, rien ne peut faire obstacle.
Je viens avec Momus en former un spectacle,
Pour corriger les défauts des humains.

Momus:
Saux seuls humains bornés-vous la satire ?
Vous pouvés jusqu'aux dieux, étendre son empire;
Je vous prêtrai mon appui.
La raison dans l'Olimpe est souvent hors d'usage.
Hé ! Qui pourroit resister à l'ennui
D'être immortel & toujours sage ?

Momus, Thalie & Thespis:
Charchons à railler en tous lieux,
Soumettons à nos ris & le ciel & la terre:
Livrons au ridicule une éternelle guerre,
N'épargnons ni mortels ni dieux.

Momus:
Dans ces lieux, Jupiter lui-même
Descendu de sa gravité,
Par un ridicule stratagême
Guérit jadis une épouse qu'il aime,
La jalousie & la fierté.

Je veux avec Thespis en retracer l'histoire,
La Gréce en garde encor la célébre mémoire.


Scene 3
L'Amour, Thalie, Momus, Thespis, endormi,
Choeurs & Troupes de Satires, de Menades, de Paysans vendangeurs,
de leurs Femmes, & de leurs Enfans qui entrent en dansant

L'Amour:
Qu'ose-t'on sans l'Amour entreprendre ici-bas ?
Quittés un projet téméraire.
Que sont les jeux qui pourroient plaire
Que l'amour n'animeroit pas ?

Thalie:
Venés, Amour, guidés nos pas,
Soyés toujours notre dieux tutélaire.

L'Amour:
Confondons nos jeux & nos ris.

Voulés-vous critiquer les feux que je fais naître ?
Lorsque vous les aurés bien ou mal travestis,
Je me réserve après, d'en ordonner en maître:
Vous verés qu'à la fin, chacun aura son prix
Quand l'Amour se fera connoître.

Thespis:
Momus, Amour, Dieu des raisins,
Divinités charmantes,
PAr des leçons réjouissantes
Nous corrigerons les humains.

[il s'adresse à tous les différens Choeurs & Troupes]

Et vous, heureux témoins d'une union si belle,
Montrés, pour la servir ce que peut votre zéle.

Les Acteurs, & les Choeurs:
Formons un spectacle nouveau.

Les Filles de mémoire
Publieront à jamais la gloire
Des auteurs d'un projet si beau.

Formons un spectacle nouveau.

Bacchus, c'est ta victoire,
Livrons-nous au plaisir de boire,
L'hiprocrême est sur ce côteau.

Formons un spectacle nouveau.

Les Filles de mémoire
Publieront à jamais la gloire
Des auteurs d'un projet si beau.

Formons un spectacle nouveau.

[on danse]

Thespis, alternativement avec le Choeur:
Chantons Bacchus,
Chtons Momus,
Chantons l'Amour & ses flammes.

Que tour à tour
Dans ce séjour,
Ces Dieux remplissent nos ames.

Seul:
Sans le vin,
Sans son yvresse,
La tendresse
N'est qu'un chagrin.

Alternativement avec le CHoeur:
Chantons Bacchus, &c.

Seul:
Veut-on rire ?
C'est à Bacchus qu'on a recours,
Momus lui dût toujours
Son plus charmant délire.

Alternativement avec le CHoeur:
Chantons Bacchus, &c.

[on danse à toutes les Reprises, et à la fin de ce Choeur, tous se retirent en dansant]

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Acte Premier

les personnages du Ballet:

les interprètes:


Platée, Nymphe d'un grand marais au pié du Mont-citheron

le Sr Jelyotte

Citheron, Roi de Grece

le Sr Le Page

Jupiter

le Sr De Chassé

Junon

la Dlle Chevalier

Mercure

le Sr Berard

Iris

personnage muet

Momus

le Sr Cuvellier

La Folie

la Dlle Fel

Clarine, Fontaine, Suivante de Platée

la Dlle Bourbonnois

Une Nayade, autre suivante de Platée

la Dlle Metz

Nayades de la Cour de Platée
Suivans de la Folie, d'un caractére gai
Suivans de la Folie, d'un caractére serieux
Satires & Driades
Troupe d'autres Satires
Suivans de Momus, sous la forme des Graces
Choeurs & Troupes d'Habitans de la campagne, de leurs Femmes & de leurs Enfans

Le théâtre qui reste le même pendant tout le Ballet, représente un lieu champêtre; sur les côtés, sont différens Batiments rustiques entre-mêlés d'arbres fort touffus; on voit dans le fond, le Mont-citheron, sur le sommet duquel est un Temple de Bacchus; au bas, est un grand Marais plein de rozeaux, entouré de vieux saules.
Le Ciel paroît chargé de nuages, Et de tems en tems on entend des coups de vent


Scene premiere
Citheron

Citheron:
Dieux, qui ténés l'Univers, dans vos mains,
Voyés les Elemens nous déclarer la guerre:
S'il est de coupables humains,
Punissés-les par le tonnerre,
Et rendés à la terre
Le calme & la douceur de ses premiers destins.

Mais, je voi Mercure descendre !
Mes cris se sont-ils fait entendre ?

[Mercure descend du Ciel]


Scene 2
Citheron, Mercure

Citheron:
Mercure, expliqués-nous par quels malheurs nouveaux
Le Ciel nous fait sentir sa vengeance ou sa haine ?
Des Aquilons fougueux la dévorante haleine
Menace à chaque instant nos champs & nos côteaux.

Mercure:
D'une cruelle jalousie
La Déesse des airs suit l'aveugle transport;
Pour calmer la fureur dont son ame est saisie,
On fait un inutile effort;
Jupiter s'en impatiente,
Et je lui cherche un doux amusement.

Citheron:
Par quelque feinte ardeur, quelque ruse innocente,
Ne peut-on pas guérir son Epouse aisément ?
Si Junon paroît implacable,
Que d'un nouvel himen il feigne les apprêts,
Bientôt il cessera de paroître coupable:
Et bientôt leur amour reprendra ses traits.

Mercure:
Ce projet est riant. Mercure vous proteste
D'en amuser la Cour celeste;
J'en attens un succès heureux.

Citheron:
Il pourroit devenir funeste.

Il est quelquefois dangereux
De feindre une amoureuse flâme:
C'est un badinage où notre ame
S'expose à ressentir de véritables feux.

C'est du choix de l'objet.

Mercure:
Proposés.

Citheron:
Je le veux.

Dans un Marais profond, monument de déluge,
Qui vis jadis Deucalion,
Une Nymphe a fait son refuge
Au pié de ce sombre vallon.

[il montre le Marais]

Cette Naïade ridicule,
Et que de tous les tems a proscrite l'Amour,
Sur ses comiques traits aveuglement crédule,
Espére chaque jour
Que mille amans viendront adorer tour à tour.
Que Jupiter, feignant de se rendre à ses charmes,
Vienne lui proposer un tendre engagement:
Informez-en Junon, exités ses allarmes,
Nous l'attendrons à l'éclaircissement.

[Platée paroît dans le fond du théâtre]

Voulés-vous voir l'objet de cette amour nouvelle.

Mercure:
Je monte aux Cieux où Jupiter m'appelle.

[il jette un coup d'oeil sur Platée]

C'est à lui de juger d'un onjet si charmant.

[il remonte au Ciel. Citheron se retire]


Scene 3
Platée, Clarine Fontaine, Suivante de Platée,
Citheron, à l'écart

Platée:
Que ce séjour est agréable !
Qu'il est aimable !
Ah, qu'il est favorable,
Pour qui veut perdre sa liberté !

Dis-moi, mon coeur, t'es-tu bien consulté.
Ah, mon coeur, tu t'agites !
Ah, mon coeur, tu me quittes !
Est-ce pour Citheron ? T'a-t'il bien mérité ?

Que ce séjour, &c.

Clarine:
Sur quoi fondés-vous l'esperance
Que Citheron se soumette à vos loix ?

Platée:
Sue ce que je le vois,
Du plus loin quelque fois,
Comme un amant timide, éviter ma présence.

Clarine:
Quoi ! Devenir sensible...

Platée:
Hélas ! Oui, je le crois.

Clarine:
Pour un simple mortel !

Platée:
Il faut bien faire un choix:
Où porter ma tendresse ?
Jamais l'amour ne blesse
Nos Dieux dont les coeurs sont si froids.

[elle apperçoit Citheron]

L'Amour, l'Amour avec moi s'interesse.
Mon amant vient, je l'aperçois.

Habitans fortunés, voisins de ces bocages,
Quittés vos sombres marécages,
Hatés-vous, venés promptement
Vous rassembler sous l'herbe tendre;
Si l'on ne vous voit pas, qu'on puisse vous entendre
Célébrer cet heureux moment.

Que vos voix m'applaudissent,
Que les airs retentissent;
Chantés & criés tous,
Que vos accens s'unissent
A ces charmans oiseaux, dont les chants sont si doux.

[on entend le croassement des Grenoüilles & le chant des Coucous, qui continüent pendant tout le Choeur suivant]

Le Choeur, qu'on ne voit pas:
Que nos voix applaudissent,
Que les airs retentissent,
Chantons & crions tous,
Que nos accens s'unissent;
A ces charmans oiseaux, dont les chants sont si doux.


Scene 4
Platée, Clarine Fontaine, Suivante de Platée,
Citheron, qui s'est approché

Platée, à Citheron:
Quelque douce inquiétude
Vous conduit donc en ces lieux ?

Citheron:
Non. Je cherche la solitude.

Platée:
On y peut trouver mieux.
Il s'y rendonctre des Driades
Qui viennent volontiers dans ces lieux écartés,
Et jusqu'aux humides Nayades,
Tout doit sentir ce que vous mérités.

Citheron:
Oserois-je aspirer à ces Divinités ?
C'est au respect à m'en defendre.

Platée:
On aimeroit autant un sentiment plus tendre:
Les discours obligeans sont toujours écoutés.

Pour un amant qui sait plaire,
Il n'est point de rang trop haut:
Dût-il avoir le défaut
D'en devenir téméraire.

Citheron:
L'amour audacieux...

Platée:
Le votre est circonspect.

Citheron:
Il est vrai, je le voi, que chacun vous adore,
Et mon profond respect...

Platée:
Quoi ! Le respect encore:
Qu'il est langoureux ce respect,
Hélas ! Qu'il est suspect.

[suivant de près Citheron]

Je m'attendris !
Cruel, je ris !
Je vois à tes mines
Que tu me devines,
Ah ! Ah ! Charmant vainqueur,
N'aimes-tu point ? Non, non, tu dédaignes mon coeur.

Serois-tu si timide ?

[irritée des refus de Citheron]

Non. Tu n'es qu'un perfide,
Un perfide envers moi.

[le poursuivant avec fureur]

Dis donc, dis donc pourquoi ?
Quoi ? Quoi ?
Dis donc pourquoi ?

Le Choeur, qu'on ne voit pas:
Quoi ? Quoi ?

[elle se met à pleurer. Mercure descend du ciel en traversant le théâtre]

Citheron:
Naïade, appaisés-vous à l'aspect de Mercure:
Il descend des coeux, je le voi.

Platée:
Mercure ! Ah ! Se peut-il.

Citheron:
Sans doute, en j'en augure
Que quelque Dieu rempli d'amour...

Platée:
Quoi ? Quoi ?

Le Choeur, caché:
Quoi ? Quoi ?


Scene 5
Platée, Clarine, Citheron, Mercure

Mercure, à Platée, après beaucoup de profondes révérences:
Déesse qui regnés dans ces Marais superbes,
Sur des Sujets sans nombre errans parmi les herbes,
Ne trouverés-vous point indignes de vos fers,
Le Dieu qui lance le tonnerre ?
Ce Dieu par vos beautés attiré sur la terre,
Veut soumettre à vos pieds son coeur & l'univers.

Platée:
Le croirai-je, beau Mercure,
Que d'un flâme bien pure
On brûle pour mes appas ?
Puis-je en être assés sûre
Pour soûpirer tout bas ?

Mercure & Citheron:
Platée a mérité cette gloire éclatante.

Citheron, à Platée:
Vous ne blamerés plus une ame indifférente
Pour un bonheur qui n'eût pû s'achever.

Tout annonçoit en vous la fortune brillante
Où l'amour d'un grand Dieu devoit vous élever.

Mercure & Citheron:
Tout annonçoit en vous la fortune brillante
Où l'amour d'un grand Dieu devoit vous élever.

Platée a mérité cette gloire éclatante.

Platée, à Mercure:
Mais ce Dieu plein d'ardeur,
Pour attaquer mon coeur
Se fait longtems attendre ?

Mercure:
Il va se rendre,
Et bientôt, près de vous.

[quelques éclairs annoncent l'orage]

Le ciel qui s'obscurcit m'en donne le présage:
La Déesse des airs y signale sa rage,
Mais rien n'arrête son Epoux.

Platée:
Je crains peu son courroux,
Dans mon humide Empire on crie après l'orage.

Annonçons ce beau jour,
Aux Nymphes de ma Cour.

Quittés, Nymphes, quittés vos demeurs profondes;
Un torrent des célestes ondes
Est prêt d'inonder ces climats.

Et vous, Junon, pleurés, arrosés mes Etats.

Quittés, Nymphes, quittés vos demeurs profondes;
Un torrent des célestes ondes
Est prêt d'inonder ces climats.

[tous les Nymphes de la Cour de Platée sortent du fond du marais, s'elevent au-dessus des roseaux & s'avancent sur la Scene]


Scene 6
Platée, Clarine, Citheron, Mercure,
Choeur & Troupe de Nymphes se la Suite de Platée

Le Choeur des Nymphes:
Epais nuages,
Rassemblés-vous;
Tombés sur nous;
Enflés nos rivages:
Jusqu'à vos ravages,
Tout nous sera doux.

[les Nymphes forment differentes danses dans leur caractère]

Clarine & une Nayade:
Soleil, tu luis en vain: les humides Naïades
Te refusent des voeux:
Et si nous en faisons, c'est pour que les Hyades
Eteignent à jamais ta lumiere & tes feux.

[on danse encore]

Mercure, rentrant sur la Scene d'où il étoit sorti pendant le divertissement:
Nymphes, les Aquilons viennent troubler la fête.

[l'arc-en-ciel paroît]

Je vois Iris qui s'avance à leur tête.
Un vent impétueux agite les rozeaux,
Retirez-vous au fond des eaux.

[une Troupe d'Aquilons, par une entrée extrémement vive, force les Nymphes à se retirer dans leur marais]

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Acte Second

Scene premiere
Citheron, Mercure

Mercure:
Je viens de soulager Junon dans sa colére,
Par un aveu qu'elle croïoit soncére,
Athenes deviendra l'objet de son courroux:
Et déja l'espoir la console
D'y surprendre à la fois la Nymphe & son Epoux.

[un nuage conduit par des Aquilons, traverse le théâtre]

Vous voïés qu'elle y vole.

En toute liberté,
Jupiter peut paroître.
Il vient...

Citheron:
Retirons-nous dans ce lieu écarté.

Mercure:
Nous verrons tout sans nous y faire connoître.

[ils se retirent tous deux à l'écart]


Scene 2
Jupiter, Momus, dans un Char à demi descendu,
Aquilons suspendus dans en l'air

Jupiter, aux Aquilons:
Aquilons trop audacieux,
Craignés ma colére;
Fuyés de ces lieux.

Pour voir de pré la beauté qui m'est chére,
Pour lui rendre un hommage aussi vif que sincére,
Je quitte le séjour des Cieux.

Aquilons trop audacieux,
Craignés ma colére;
Fuyés de ces lieux.

[les Aquilons disparoissent, des nuages couvrent le Char où sont Jupiter & Momus]

[Platée s'avance du fond du théâtre]


Scene 3
Platée, Jupiter, Momus, dans un Char à demi descendu

[elle s'approche du nuage qui s'est étendu jusqu'à terre, et le considére]

Platée:
A l'aspect de ce nuage;
Je ne sçaurois m'abuser !
Jupiter sait tout oser:
MAis aurai-je le courage
De recevoir son hommage,
Ou de le refuser ?

[les nuages font quelques mouvemens]

Le nuage s'entrouve
Je voi du mouvement:
Je croi qu'il me découvre
Mon adorable amant.

[la partie d'en bas des nuages se separe & remonte dans la partie d'enhaut]

[Jupiter paroît sous la forme d'un Quadrupede, un petit Amour l'enchaîne de guirlandes de fleurs]

Quelle metamorphose !
Dois-je approcher ? Je n'ose.
C'est une épreuve assûrément
Que Jupiter prépare à ma flâme nouvelle.
Venés, venés, j'y suis fidelle,
Quelque soit ce déguisement.

[elle s'en approche à une certaine distance, & de tems en tems le regarde tendrement]

Apprenés-moi ce qu'amour vous inspire,
Et ce que votre coeur prétend.
Vous soupirés, et je soupire;
Il suffit d'un si doux accent.
Vous dites tout sans me rien dire.
Ah ! Que l'amour est éloquent !

[pendant que Platée dit ces paroles, Jupiter lui répond avec des sons naturels à la forme qu'il a prise; après quoi il change de forme & prend celle d'un Oiseau battant des aîles à demie hauteur du théâtre]

Quoi ! vous disparoisseés !... sous quel nouveau plumage
Me representés-vous
Le plus beau des Hibous ?

Oiseaux de ce bocage,
Venés tous,
Chantés. Mais quel ramage !

Oiseaux, vous en étes jaloux,
Changés de langage,
Rendés homage
Au plus beau des Hibous

[elle s'apperçoit que l'Oiseau s'est envolé]

Hélas ! Il s'envole !
Je ne le voi plus.

[elle parcourt le théâtre]

Jupiter... Jupiter... mes cris sont superflus.
Il faudra donc que mon coeur s'en désole.

Hélas ! Il s'envole !
Je ne le voi plus.

[pendant qu'elle s'occupe à pleurer, on entend subitement un grand coup de tonnerre. Une pluie de feu tombe du ciel: elle parcourt le Théâtre toute effrayée]

Ciel ! Qu'elle terrible rosée !

[Jupiter arrive sur le Théâtre sous sa véritable forme, suivi de Momus: il est armé de son foudre qui est en feu, et dont il effraye Platée]

Jupiter, à Platée, lorsque son Foudre est éteint:
Charmant objet de mes dignes amours,
Ne soyés plus long-tems abusée.
Comptés sur mon secours.

[il jette son Foudre]

J'éloigne de mes mains la foudre redoutable;
Je ne viens point vous allarmer.
Jupiter avec vous devenu plus intraitable,
Ne s'occupera plus que du plaisir d'aimer.

[elle reste toujours tremblante]

Seriés-vous insensible à mes tendres voeux ?...

Platée:
... ... ... ... Ouffe.

Jupiter:
Je vous offre des voeux constans:
Vous ne répondés rien...

Platée:
Pardonnés-moi, j'étouffe,
Et je soupire en même tems.

Jupiter, à Momus:
En attendant qu'un doux himen s'apprête,
Qu'on réjouisse ici ma nouvelle conquête:
Momus, rassemblés tous vos jeux;
Que l'allegresse de la fête
Egale l'excez de mes feux.

Momus:
Sujets divers que le delire
Enchaîne à jamais dans ma cour,
Venés, du Dieu qui vous inspire
Soutenés la gloire en ce jour.


Scene 4
Platée, Jupiter, Momus,
Choeur & Troupe des suivans de Momus,
Mercure & Citheron travestis parmi cette Troupe

Le Choeur, avec étonnement, autour de Platée:
Qu'elle est comique ! Qu'elle est belle !
A tant d'appas
Qui ne se rendroit pas ?
Jupiter soupire pour elle.
Le charmant objet que voilà !
Ah ! Qu'elle est belle ! Ah ! LA belle ! Hà !

[Platée est tantôt fâchée & tantôt bien-aise selon ce que lui dit ce Choeur; après le quel on entend une Symphonie extraordinaire]

Momus:
Mais une nouvelle harmonie
Annonce apparement Terpsicore, ou Thalie.


Scene 5
La Folie, une Lyre à la main,
Platée, Jupiter, Momus,
Choeur & Troupe des suivans de Momus,
Mercure & Citheron travestis parmi cette Troupe

La Folie:
Vous vous trompés, Momus, non, non.

Momus:
Que vois-je ? O Ciel !

La Folie:
C'est moi, c'est la Folie
Qui vient de dérober la Lire d'Appollon.

Momus & le Choeur:
Honneur, honneur à la Folie,
Qui tient la Lyre d'Appollon.

[différens quadrilles des Suivantes de Momus & de la Folie; les uns d'un caractére gay, habillés en Ponpons; les autres d'un caractére sérieux, vêtus en Philisophes Grecs entrent en dansant, La Folie, en touchant de sa Lyre, anime leurs danses qui sont de leurs différens caractéres]

La Folie:
Formons les plus brillans concerts;
Quand Jupiter porte les fers
De l'incomparable Platée.
Je veux que les transports de son ame enchantée,
S'expriment par mes chants divers.

[elle fait des accords sur sa Lyre, pour l'effrayer]

Aux langueurs d'Appollon, Daphné se refusa:
L'Amour sur son tombeau,
Eteignit son flambeau,
La métamorphosa.

C'est ainsi qu' l'Amour de tous tems s'est vangé:
Que l'Amour est cruel, quand il est outragé !

Aux langueurs d'Appollon, Daphné se refusa:
L'Amour sur son tombeau,
Eteignit son flambeau,
La métamorphosa.

Le Choeur:
Honneur, honneur à la Folie,
Elle surpasse Polymnie;
Honneur à ses divins accens.

La Folie:
Jugés par du beau simple & des sons plus touchans,
Si je ne connois la mélodie.
Ecoutés bien... sur tout ma Symphonie.

[elle prélude encore sur sa Lyre, & s'accompagne]

Que les plaisirs les plus aimables
S'empressent à l'envi de seconder l'amour:
Jeux & ris qui formés sa Cour,
En égayant ses feux, vous les rendés durables.

Sans cesse accompagnés nos pas,
Plaisirs badins, c'est dans vos bras
Que notre ardeur se renouvelle.
Si Zephir ne badinoit pas,
Flore lui seroit moins fidele.

[elle veut recommencer la reprise, elle s'interrompt elle-même par exclamation]

Vous admirés mon art suprême,
J'attriste l'allegresse même,
Par mes sons plaintifs & dolens.

Le Choeur:
Honneur, honneur à la Folie,
Elle surpasse Polymnie;
Honneur à ses divins accens.

[on danse différentes entrées de caractére]

La Folie:
Je veux finir
Par un coup de génie.

[à Momus & à ses Suivans]

Secondés-moi, je sens que je puis parvenir
Au chef-d'oeuvre de l'harmonie.

Seule d'abord, puis avec Momus, Mercure, Citheron & tous les Choeurs:
Himen, himen, l'Amour t'appelle
Prépare à Jupiter une chaîne nouvelle,
Vien couronner sa nouvelle Junon.

Platée, à ce mot de nouvelle Junon:
Hé, bon, bon, bon.

La Folie, Momus, Mercure, Citheron & tous les Choeurs, & Platée à différentes reprises:
Que la flâme
Qui brûle son ame,
Allume ton brandon.
Hé, bon, bon, bon,
Venés tôt, venés donc
Venés donc.

[on danse à différentes reprise de ce Choeur, & à la fin; Tout se retire en dansant avec Platée, qu'on fait danser aussi]

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Acte Troisiéme

Scene premiere
Junon

Junon, qui entre en fureur, accompagnée d'Iris:
Haine, dépir, jalouse rage,
Je vous livre mon coeur.

Etouffés mon amour par un Epoux volage,
Inspirés-moi votre fureur.

Haine, dépir, jalouse rage,
Je vous livre mon coeur.

{Mercure traverse le théatre à pied, et feint de vouloir éviter Junon]


Scene 2
Junon, Mercure,
Iris reste toujours sur la Scene avec Junon

Junon:
Arrêtés: Jupiter n'étoit point dans Athenes:
Vous m'abusiez: vous trompieés mes désirs.
Quel charme trouvés-vous à redoubler mes peines.

Mercure:
Non. Je verrai bientôt renaître vos plaisirs.

Si je sers Jupiter, applaudissés mon zéle,
Qui tend à vous servir bien plus que votre Epoux.

Junon:
Ne croïés pas appaiser mon courroux:
Je veux confondre l'Infidele.

Mercure:
Hélas ! Il ne tiendra qu'à vous.

En ce lieu même il va paroître,
Attendés le moment de vous faire connoître,
Et suspendés vos mouvemens jaloux.

[Mercure s'en va par le fond du théâtre au-devant de Jupiter & de Platée. Junon sort par un des côtés]


Scene 3
Jupiter, Mercure, Platée couverte d'un voile, dans un Char tiré par deux Grenoüilles, Clarine & une Nayade,
Choeur & Troupe de Nymphes de la Suite de Platée, & de Satyres,

Le Choeur:
Chantons, célébrons en ce jour
Le pouvoir de l'Amour.

Par lui, la Nymphe peut prétendre
A s'unir au plus grand des Dieux;
Et le Roi le plus glorieux,
A la Bergère peut se rendre.

Chantons, célébrons en ce jour
Le pouvoir de l'Amour.

[Platée reste dans son Char au fond du théâtre pendant qu'on danse, après quoi elle descend, & prend Jupiter par la main]

Platée, à Jupiter:
Dans cette fête,
Mon coeur s'aprête
A recevoir ardemment
Les voeux de mon amant.

Mais il nous manque en ce moment,
Pour mon bonheur & pour le vôtre,
L'Himen, l'Amour; ou du moins, l'un ou l'autre.

Jupiter, à Mercure:
Mercure, dites-moi pourquoi ces petits Dieux
Ne me suivent pas dans ces lieux ?

Mercure:
Ces Dieux, vous le savés, vont rarement ensemble;
C'est un hazard qui les rassemble
Sur la terre, sur l'onde, & même dans les cieux.

Platée:
Quoi, faut-il les attendrir encore ?
Mon coeur tout agité,
Est impatienté
De l'importune gravité
Des ces beaux fils de Terpsicore.

[Jupiter & Mercure font rasseoir Platée sur un des côtés du théatre. On danse dans le genre le plus noble pour l'impatienter davantage.
La Danse est interrompüe par une Symphonie extraordinaire
]


Scene 4
Momus un bandeau sur les yeux, avec un arc & un carquois d'une grandeur ridicule,
la Folie, sa Lyre à la main,
les Acteurs de la Scene précédente

Jupiter, appercevant de loin Momus:
Que vois-je ? Est-ce l'Amour, vient-il avec ses armes,
Pour lancer dans mon coeur encor de nouveaux traits ?

[Momus se tient toujours éloigné]

Platée:
Puisqu'il vient pour moi tout exprès;
Qu'il avance; il ne peut m'approcher de trop près.

[Quand Momus s'est approché]

C'est Momus ! De l'Amour n'a-t'il pas tous les charmes ?

Momus, à Platée, après un salut très-profond:
Le tout-puissant Amour, ayant affaire ailleurs,
Ne peut venir ici lui-même,
Il m'a chargé pour vous de toutes ses faveurs.

Platée:
Donés, donés, ce sera tout de même.

Momus:
Ce sont des pleurs.

Platée:
Fy...

Momus:
De tendres douleurs.

Platée:
Fy...

Momus:
Des cris, des langueurs.

[la Symphonie peint ces differens présens que Momus aporte à Platée de la part de l'Amou]

Platée:
Fy, fy, ce sont-là des malheurs;
Et s'il faut que j'aime,
Je veux des douceurs.

Momus:
Ah ! Du moins, recevés la flateuse Esperance.

[la Symphonie peint dans le même genre, l'Esperance]

Platée:
Eh ! Fy, votre espérance
N'est qu'une souffrance,
Un vrai signe d'ennui;
Eh ! Fy.

[La Folie amene sur le bord du théâtre Momus qui ne paroît embarassé]

La Folie, à Momus, en se mocquant de lui:
Lance tes traits, Amour, épuise ton carquois,
Etends jusqu'à nous ta victoire.

Ajoute à ta gloire
De nouveaux exploits.

[on entend un Prélude d'un nouveau caractére]

Platée:
Quel bruit...

Momus:
Venés, aimables Graces.

[Trois Suivans de Momus, sous la forme des Graces, entrent sur la scene]


Scene 5
Trois Suivans de Momus, sous la forme des Graces,
& les Acteurs de la Scene précédente

Momus, à Platée:
De votre gloire, Amour est si jaloux,
Qu'il veut qu'elle suivent vos traces,
Pour pouvoir en tous lieux lui répondre de vous.

[ces trois Suivans de Momus, sous la forme des Graces, dansent comiquement. La Folie les anime en touchant de sa Lyre]

Platée:
Je croyois les Graces si fades,
Mais leurs amoureuses gambades...

La Folie:
De mon vaste génie admirés les effets,
Je sai les rendre tantôt vives,
Tantôt innocentes, naives,
Toujours en les livrant à de charmans excès.

[on entend un Prélude de musique champêtre]

Platée:
Mais, qui nous vient encore ?


Scene 6
Citheron, suivi d'une Troupe d'Habitans des campagnes,
& les Acteurs de la scene précédente

Citheron, à Platée:
Nymphe, votre conquête
Fait tant de bruit, qu'elle tourne la tête
Et mon peuple, en un si grand jour,
Veut prendre part à cette auguste fête.

[les Habitans de la campagne mêlent leurs danses à celle des Satyres & des Driades]

Citheron, à ses Sujets:
Du plus grand des Immortels
Platée a fait la conquête,
De son triomphe embelissés la fête,
Et préparés-lui des autels.

[on danse]

La Folie, à toutes différentes troupes:
Chantés Platée, égayés-vous,
Chantés le pouvoir de ses charmes.

Le Choeur:
Chantons Platée, égayés-vous,
Chantons le pouvoir de ses charmes.

Tous ensemble:
Le dieu qui lui rend les armes.

[La Folie] Va vous combler de ses biens les plus doux.
[le Choeur] Va nous combler de ses biens les plus doux.

[la Folie] Chantés, dansés, sautés tous
[le Choeur] Chantons, dansons, sautons tous.

[la Folie] Chantés le pouvoir de ses charmes.
[le Choeur] Chantons le pouvoir de ses charmes.

[on danse à toutes les différentes Reprises, et à la fin de ce Choeur]

Jupiter, à Mercure, à part au bord du théâtre:
Voici l'instant de terminer la feinte;
Mais Junon ne vient point.

Mercure:
Elle est près de ces lieux.

[Jupiter va prendre Platée par la main]

Que des noeuds solemnels. Mais d'où naît cette crainte;
Vous qui ne doutés point du pouvoir de vos yeux ?

Platée:
Je songe à votre ancienne épouse.

Jupiter:
Hé quoi ! Qu'en appréhendés-vous ?

Platée:
Elle est, à ce qu'on dit, jalouse.

Jupiter:
Nous laisserons agir son impuissant courroux.
Pour célébrer un noeud si légitime,
Je jure...

[Jupiter répête ce dernier mot plusieurs fois, en regardant si Junon vient]


Scene 7
Junon, qui arrive en fureur, suivie d'Iris,
& les Acteurs de la scene précédente

Junon:
Arrête, Ingrat,
Tu n'acheveras pas cet horrible attentat.

[elle se jette sur Platée qui cherche à se cacher derriere Jupiter, et elle lui arrache son voile.

Que vois-je ? O ciel !

Jupiter, à Junon, avec un sourire:
Vous voyés votre erreur.

[Platée sort furieuse, elle emmene toutes ses Nymphes]

Junon:
Ma surprise est extrême,
Quelle confusion succéde à ma douleur !

Jupiter:
Doutés-vous encor que je vous aime ?

Junon:
Non. Vous rétablissés le calme dans mon coeur.

Ensemble:
Resserons notre chaîne.

[Junon] Votre fidélité répond à mes desirs.
[Jupiter] Mon coeur à vous aimer borne tous ses desirs.

[Junon] Heureux les coeurs qui n'éprouvent de peine,
[Jupiter] Voudrois-je hélas, vous causer d'autre peine.

Que celle qui mene aux plaisirs,
Resserons notre chaîne.

Jupiter:
Quittons ces lieux,
Montons au séjour du tonnerre,
Il n'appartient point à la terre
D'arrêter plus longtems le Souverain des Dieux.

[Jupiter & Junon montent au ciel au bruit du tonnerre avec Iris & Momus: ils sont envelopés dans des nuages. Mercure vole devant eux. La Folie reste sur la terre. Platée est ramenée sur la Scene par une troupe d'Habitans de la cmapagne, de leurs femmes & de leurs enfans qui l'entourent & se moquent d'elle]


Scene 8
Platée, Citheron, la Folie,
tous les Choeurs & Troupe de Satyres, de Driades & d'Habitans de la campagne

La Folie, avec tous les Choeurs:
Chantons Platée, égayons-nous,
Chantons le pouvoir de ses charmes.

[différens quadrilles de danses se forment pour se moquer de Platée]

Platée, en fureur:
Taisés-vous.
Ou, par la mort, je vous punirai tous.

Les Choeurs:
Le Dieu qui lui rend les armes
Va nous combler de ses biens les plus doux,
Chantons, dansons, sautons tous.

[on danse]

Platée:
Quoi ! L'on craint si peu mon courroux ?

Je brouillerai, je troublerai mon onde,
Et c'est du sein dans ma grote profonde,
Que je vous [porterai / lancerai] mes coups.

Les Choeurs:
Chantons Platée, égayons-nous,
Chantons le pouvoir de ses charmes.

[on danse]

Platée:
Taisés-vous.
Ou, par la mort, je vous punirai tous.

[à Citheron, qu'elle prend à la gorge]

Tu vois ma rage,
Fremi d'effroi:
D'un tel outrage
Je n'accuse que toi.

Citheron:
Que moi !

Platée:
Oui, oui.

Ensemble:

[Citheron] N'accuses que l'ingrat qui vous manque de foi.
[Platée] Je n'accuse que toi, je n'accuse que toi.

Les Choeurs:
Chantons Platée, égayons-nous,
Chantons le pouvoir de ses charmes.

Platée:
Quoi ! L'on pretend braver mes coups ?
Courrons, allons contre eux exhaler mon courroux.

[elle prend sa course & va se précipiter dans son Marais, la Folie emméne avec elle les differentes troupes se réjouir du racommodement de Jupiter & de Junon]

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