Les
Genies,
ou,
Les
Caracteres
de l'Amour
Opéra-Ballet
en I Prologue & IV Entrées
representé pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique
le Jeudy dix-huit Octobre
1736
Livret
de Fleury
musique
de: Mademoiselle
Duval
|
|
Avis
Dans
le tems que l'Auteur des Elements travailloit à son
Poëme, je m'étois attaché au même
sujet, sans avoir eu la même idée. Des
Personnes de goût à qui je montrai mon ouvrage,
me conseillerent de la faire paroître; mais la
réputation de l'Auteur & le succés de son
Ballet, condamnerent le mien à ne pas voir
sitôt le jour: je ne m'y suis deterniné
qu'apres avoir vû quelques-unes de mes idées
sur le Théatre. Pour mieux meriter la
curiosité du public, je fais paroître sur la
Scene une nouvelle Muse qui a mis cet Opera en musique.
Quelque sort qu'il puisse avoir, apres avoir fait ce que
j'ai pu pour plaire, le beau Sexe me saura du moins quelque
gré de faire connoître une Jeune Muse qui
possede un talent unique, qui donne un nouvel éclat
aux graces de son sexe, & qui par le même talent
merite son suffrage, & l'indulgence du public.
|
|
les
personnages du Prologue:
|
les
interprètes:
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|
|
Zoroastre
|
Mr
Chassé
|
|
L'Amour
|
Mlle
Fel
|
|
|
|
Troupe
de Genies de la Terre, de l'Eau, de l'Air & du Feu
Troupe de Plaisirs & de Jeux
|
|
Le
Théatre represente un Desert
|
|
Zoroastre:
Il est tems que mon Art instruise les Mortels.
Dans les secrets des Dieux le premier j'ay sçu
lire:
Méritons comme eux des autels,
Et montrons mon pouvoir à tout ce qui
respire.
Esprits
soumis à mes commandemens,
Venez remplir mon esperance,
Rassemblez-vous des divers Elements,
Et signalez ma gloire & ma puissance.
|
Scene
2
Zoroastre, les Genies
|
|
Zoroastre:
Que la Terre, le Feu, que l'Onde, que les Airs
Découvrent les tresors que mon Art fait
éclore;
Volez, dispersez-vous du Couchant à l'Aurore,
De vos bienfaits remplissez l'Univers.
Le
Choeur:
Que la Terre, le Feu, que l'Onde, que les Airs,
&c.
[Danse
pour les Genies:
on entend une douce Harmonie qui annonce la descente de
l'Amour]
Zoroastre:
Quels bruits ! quels doux accords ! quelle clarté
nouvelle !
L'horreur de ces deserts disparoit à mes yeux !
Quel Dieu descend de la Cour immortelle,
Pour venir embellir ces lieux ?
Ah ! je le reconnois à sa douceur extrême,
C'est l'Amour ! & quel Dieu se fait sentir de même
!
|
Scene
3
L'Amour, Zoroastre, les Genies
|
|
L'Amour:
Tout obéit, tout s'éveille à ta voix
!
Tu déchaines les Vents, tu fais trembler la Terre
!
Tu souleves les Flots, tu lances le Tonnerre;
Mais l'Amour seul ne connoit point tes loix.
Zoroastre:
Tout reconnoit votre pouvoir suprême,
Regnez, commandez Dieu charmant;
Il n'est point de plus doux moment,
Que l'instant où l'on dit qu'on aime.
L'Amour:
Qui vous amene en ces deserts ?
A de nouveaux Sujets je viens donner des fers.
Peuples des Elemens, connoissez ma puissance;
Je regne sur tout l'Univers,
Eprouvez en ce jour les traits que l'Amour lance.
Les maux qu'ils font, doivent être plus chers
Que les biens de l'indiférence.
Accourez,
Jeux charmants, volez tendres Amours,
Formez les plus galantes Fêtes;
Quand on aime, tout âge est l'âge des beaux
jours.
Plaisirs, lancez mes traits, étendez mes
conquêtes.
|
Scene
4
L'Amour, Zoroastre,
les Genies, Troupe de Plaisirs & de Jeux
|
|
L'Amour:
Aimez-tous, cédez à l'Amour,
Eprouvez le poids de ses chaines;
Il vous offre dans ce beau jour
Des plaisirs plutost que des peines.
Profitez de l'heureux moment,
Il n'est pa toûjours favorable;
Le caprice amene l'instant,
L'Amour le rend aimable.
Le
Choeur:
Du doux bruit de nos chants que ces lieux retentissent,
Les Amours & les Jeux, pour nos plaisirs s'unissent;
Aimons, goutons mille douceurs,
L'Amour les promet à nos coeurs.
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de page

PREMIERE
ENTRE'E
les
Nymphes, ou l'Amour Indiscret
|
|
les
personnes de la Premiere Entrée:
|
les
interprètes:
|
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|
Leandre
|
Mr
Tribou
|
|
Zerbin
|
Mr
Cuvellier
|
|
Lucile
|
Mlle
Duguet
|
|
La
Principale Nymphe
|
Mlle
Antier
|
|
Une
Nymphe
|
Mlle
Varquin
|
|
|
|
|
Troupe
de Nymphes & d'Ondins
|
|
Le
Théatre represente un agréable Jardin sur le
bord de la Mer
|
Scene
premiere
Leandre, Zerbin
|
|
Leandre:
Viens être le témoin du bonheur qui
m'enchante,
C'est dans ces lieux qu'Amour répond à mes
desirs;
Sans exiger de moi ni larmes ni soupirs,
Il rend ma flâme triomphante.
Zerbin:
Ah ! si ce Dieu comble vos voeux
Ne le faites jamais parêtre;
Un coeur dans l'empire amoureux
Devroit, pour être plus heureux,
Douter toûjours de l'être.
Leandre:
Les plaisirs dont l'Amour sçait enchanter les
sens,
Satisfont les desirs d'un Amant qui soupire;
Pour moi, libre du soin de ces tendres Amans,
Non, non je ne les ressens,
Qu'autant que je puis les redire.
Zerbin:
Qui ne sçait garder le secret,
Goute peu de douceurs parfaites,
Elles n'ont jamais été faites
Pour un Amant indiscret.
Quel objet
vous retient dans cet heureux azile ?
Venez-vous attendre Lucile ?
Leandre:
Un Objet plus charmant m'arrête dans ces lieux,
Zerbin, il va bientôt sortir du sein de l'onde
Pour me rendre l'Amant le plus heureux du monde;
Demeure, son abord va surprendre tes yeux.
Jamais la
Reine de Cythere
N'a brillé de tant d'appas,
L'Amour ne connoît plus sa mere,
Depuis qu'il suit les pas
De l'aimable Objet qui m'enchaîne:
Son char conduit par les Zéphirs,
Vole sur la liquide plaine;
Les vents à son aspect, retiennent leur haleine,
Les ris, les jeux & les plaisirs
Folâtrent sans cesse autour d'elle;
On ne sçauroit voir cette Belle,
Sans former de tendres desirs.
Lucile
vient, j'évite sa présence
Elle me croit constant: que je plains son erreur
!
Zerbin:
Dois-je de son amour affermir la constance ?
Leandre:
Ce n'est plus un secret que ma nouvelle ardeur.
|
|
Lucile:
Azile des plaisirs, beau lieu rempli de charmes,
Offrez à mes regards l'Objet de mon amour.
Mon coeur
en son absence éprouve des allarmes
Que rien ne peut calmer, que son heureux retour.
Azile des
plaisirs, beau lieu rempli de charmes,
Offrez à mes regards l'Objet de mon amour.
Zerbin,
à part:
Merite-tu Volage, un coeur si tendre ?
Pour qui reserve-tu tes plus funestes coups,
Cruel Amour ?
Lucile:
Zerbin.
Zerbin:
Je parle de Leandre.
C'est un Amant...
Lucile:
Hé quoy ?
Zerbin:
Trop indigne de vous.
Lucile:
Quoy ? Leandre, Zerbin !
Zerbin:
Leandre vous adore;
Mais à d'autres qu'à vous, Leandre en dit
autant.
Lucile:
Aprés tous ses serments, l'Ingrat me trompe
encore.
Zerbin:
Affectez quelque changement
Pour vous vanger de cet outrage;
C'est s'assurer de son Amant,
Que de feindre d'être volage.
Lucile:
Amante infortunée, helas !
Mes soupirs, mes regards trahiroient ce mistere;
Ma bouche lui diroit que je ne l'aime pas,
Et dans mes yeux il liroit le contraire.
Venez,
juste Dépit, venez à mon secours,
Bannissez de mon coeur un Amant infidele;
Que de plus constantes amours
Allument dans mon ame une flâme nouvelle.
Venez, juste Dépit, venez à mon secours,
Bannissez de mon coeur un Amant infidele.
Zerbin:
Mais, c'est luy qui vient dans ces lieux:
Pour connoître son coeur, cachez-vous à ses
yeux.
Lucile:
L'Ingrat ! je l'aime encor, malgré son
inconstance.
Zerbin:
Venez, évitez sa présence.
|
|
Leandre:
Reviens cher Objet de mes voeux;
Déja l'Astre du jour éteint ses feux dans
l'Onde,
Il est temps à mes voeux que ton amour
réponde,
Vient rendre ton Amant heureux.
[on
entend une douce Harmonie; la Nymphe paroît sur une
Conque Marine, suivie de sa Cour]
|
Scene
4
Leandre, la Principale Nymphe,
sa Suite, Troupe d'Ondins & de Nymphes
|
|
Leandre:
Qu'éloigné de vôtre présence,
J'ay souffert de maux rigoureux !
Mais que ces maux sont doux lorsqu'aprés vôtre
absence,
Je revois encor vos beaux yeux ?
La
Principale Nymphe:
Ah ! quel aveu charmant, qu'il m'est doux de l'entendre
!
Amour, mes voeux sont satisfaits,
La gloire de regner sur un coeur aussi tendre
Est le plus cher de tes biensfaits.
Ensemble:
Amour, viens-nous unir de tes plus douces chaînes,
Vole, répons à nos desirs;
Nos coeurs ne sont point faits pour éprouver tes
peines,
Ne nous offre que tes plaisirs.
La
Principale Nymphe:
Nymphes, vous qui formez ma Cour la plus brillante,
Vous Habitants des mers qui vivez sous mes loix,
Rassemblez-vous Troupe charmante,
Venez, accourez à ma voix.
[on
danse]
Chantez
dans ce riant boccage,
Célébrez de l'Amour les triomphes divers,
Il retient sous son esclavage
Les Cieux, la Terre, & les Enfers;
Qu'il regne autant sur ce rivage,
Qu'il regne dans le sein des Mers.
Le
Choeur:
Chantons dans ce riant boccage, &c.
[on
danse]
La
Principale Nymphe:
Amour, tu réponds à mes voeux,
Triomphe à jamais de nos ames,
Ce n'est qu'en éprouvant tes flâmes,
Que les coeurs peuvent être heureux.
Tous les
Oiseaux de ces boccages
Sous tes loix goutent des douceurs,
Ils ne raniment leurs ramages
Que pour célébrer tes faveurs.
Triomphe
à jamais de nos ames,
Amour, &c.
[on
danse]
Une
Nymphe:
Rions, chantons sous cet ombrage,
Tout y réponds à nos desirs,
L'Amour y cache les plaisirs
Dont nôtre printemps fait usage.
Le
Choeur:
Rions, chantons sous cet ombrage, &c.
La
Nymphe:
Sans soins, sans crainte des jaloux,
Nous nous livrons à la tendresse;
Et le Dieu d'amour ne nous blesse,
Que pour nous faire un sort plus doux.
Le
Choeur:
Rions, chantons sous cet ombrage,
Tout y réponds à nos desirs,
L'Amour y cache les plaisirs
Dont nôtre printemps fait usage.
La Nymphe
Principale, à Leandre:
Tout prévient icy vos desirs,
La sévere Sagesse, & la Raison cruele
Ne sçauroient troubler nos plaisirs;
Mais soyez-moi toûjours fidele.
La Nymphe
Principale, & Leandre:
Aimons-nous, aimons-nous d'une ardeur
éternelle.
|
Scene
4
Lucile, Zerbin, Leandre, la Principale Nymphe,
sa Suite, Troupe d'Ondins & de Nymphes
|
|
Lucile:
Poursuis, Ingrat, poursuis Volage, Amant sans foi,
Fais éclater tes feux auprés de cette
belle:
Va, tu peux lui jurer une ardeur éternelle
Que ton coeur n'a promis qu'à moi.
Perfide, garde-toy de paroître à ma
vûe;
C'en est fait, pour jamais mes liens sont rompus.
Leandre:
Hélas ! je vous ya donc perdue,
Lucile, vous fuyez !
Zerbin:
Vous ne la verrez plus.
La
Principale Nymphe:
Ah ! puis-je soûtenir un si sanglant outrage,
Sans immoler le traitre à ma fureur ?
Je sens que mon amour s'abandonne à la rage,
Perfide, sauve-toy de mon couroux vangeur.
Leandre,
à Zerbin:
Allons chercher Lucile, & pour fléchir son
coeur,
Jurons à ses beaux yeux la plus fidele
ardeur.
La
Principale Nymphe:
Que tout serve icy ma colere
Pour haïr un Ingrat qui m'avoit trop sçu
plaire.
Venez
tyrans des airs, Aquilons furieux,
Excitez sur ce bord le plus affreux orage;
Que les flots irritez s'élevent jusqu'aux cieux,
Vangez-moi, lavez mon outrage,
Innondez pour jamais ces lieux.
[on
voit les Flots se soulever]
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DEUXIE'ME
ENTRE'E
les
Gnomes, ou l'Amour ambitieux
|
|
les
personnages de la Seconde Entrée:
|
les
interprètes:
|
|
|
Zaire
|
Mlle
Pellicier
|
|
Zamire,
Confidente de Zaire
|
Mlle
Duguet
|
|
Un Gnome,
sous le nom d'Adolphe
|
Mr
Dun
|
|
Un Gnome
Indien
|
Mr
Dumast
|
|
|
|
|
Troupe
de Gnomes, sous la forme de divers Peuples
Orientaux
|
|
Le
Théatre represente une Solitude, bornée par un
Bosquet
|
Scene
premiere
Zaire, Zamire
|
|
Zaire:
Douce Erreur, aimable Chimere,
Pourquoy faut-il que la clarté du jour,
Chasse l'espoir dont me flâtoit l'amour ?
Et que tu ne sois plus qu'un bien imaginaire ?
Zamire:
Zaire, arrêtez-vous ? qui vous guide en ces lieux
?
Vos sens sont agitez, mille douces allarmes
D'un éclat plus brillant embellissent vos yeux;
L'Amour veut-il enfin récompenser vos charmes
?
Zaire:
Quel spectacle à mes yeux s'est offert cette nuit
?
Jamais rien de si beau n'avoit frappé mon ame !
Malgré l'éclat du jour cette image me
suit.
Adolphe !... j'ay cru voir cet objet de ma flâme
Sur un trône, entouré d'une pompeuse cour:
Tout trembloit devant luy dans un humble esclavage,
Je me trouvois moy-même en ce charmant
séjour,
Et lorsque tous les coeurs venoient lui rendre hommage,
Je jouissois de l'avantage
De le voir à mes piés, les offrir à
l'Amour.
Zamire:
Le sommeil par de doux mensonges
Quelquefois donne de beaux jours;
Mais le réveil les rend si courts,
Qu'ils s'envolent avec les songes.
Zaire:
Laissez-moy m'occuper du plaisir que je sens,
J'aime à rêver encor dans ce lieu
solitaire;
L'Amour saçait ce qui reste à faire,
Pour mieux mériter mon encens.
|
|
Zaire:
Je céde à ta voix qui m'appelle,
Amour, acheve mon bonheur;
Pour prix de tous les biens dont tu flattes mon coeur,
Je t'offre une flâme éternelle.
Maître
des Rois, tu conduis l'univers
Tu couronnes des coeurs inconnus sur la terre;
Tu forces le Dieu du tonnerre,
A sortir de son rang, pour être dans tes
fers.
Je
céde à ta voix qui m'appelle,
&c.
|
Scene
3
Zaire, un Gnome, sous le nom d'Adolphe
|
|
Adolphe:
Vous voyez à vos piés l'Amant le plus
fidele,
Et je revois l'Objet que j'aime tendrement;
Vous ne fûtes jamais si belle,
Et jamais mon amour ne fut si violent.
Zaire:
Je ne puis vous revoir sans une peine extrême,
Dans un songe à mes yeux vous aviez mille
attraits.
Ah ! que ne vous vois-je de même,
Tous mes voeux seroient satisfaits !
Adolphe:
Juste Ciel ! est-ce à moy que ce discours s'adresse
?
Zaire:
Non, non c'est à l'Amour qui trahit sa
promesse.
Adolphe:
Que vous a-t'il promis qu'il ne puisse tenir ?
Parlez, il peut encor contenter vôtre
envie.
Zaire:
Bannissez-moy de vôtre souvenir,
Et s'il se peut aussi, que mon coeur vous oublie.
Adophe:
Qui ? moi vous oublier ! ô Ciel ! quelle rigueur
!
Je
n'entends que trop ce langage,
Quelque rival caché s'oppose à mon
bonheur;
Mais il n'est point encor maître de vôtre
coeur;
Il faut manquer d'amour, ou manquer de courage,
Pour souffrir un autre vainqueur.
Zaire:
Vous m'accusez d'être volage,
Et vôtre coeur se livre à des soupçons
jaloux;
Ingrat, quand je n'aime que vous,
Ay-je mérité cet outrage ?
Adolphe:
Le pouvoir de vos yeux s'étend sur tous les
coeurs,
Il n'est rien dans le ciel, sur la terre & sur
l'onde,
Qui ne céde à leur traits vainqueurs:
Jusque dans le centre du monde,
Ils sçavent allumer les plus vives
ardeurs.
Zaire:
A mes foibles appas vous donnez trop d'empire,
Ils ne regnent que sur un coeur;
La gloire & le bien où j'aspire
Seroit de faire son bonheur.
Je vois
que chaque instant redouble vos allarmes.
Adolphe:
C'est douter trop long-temps du pouvoir de vos charmes,
Connoissez où s'étend l'empire de vos
yeux.
Zaire:
Que vois-je ! où suis-je ! ô justes Dieux
!
[l'on
voit paroître un superbe Palais. Une Troupe de Gnomes
sous la forme de divers Peuples Orientaux se preparent pour
la Fête]
|
Scene
4
Zaire, Adolphe,
Troupe de Gnomes sous la forme de divers peuples
Orientaux
|
|
Zaire:
Que tout ce que je vois rend mon ame interdite !
Je ne sçaurois calmer le trouble qui
m'agite.
Adolphe:
Rassurez-vous, dissipez vôtre effroy,
Regnez avec Adolphe, en regnant avec moy:
Pouvois-je résister de vous rendre les armes,
Pour la premiere fois que j'apperçus vos charmes
?
Ce fut
dans ce jardin où la mere d'Amour
Semble avoir fixé son empire:
Vous paroissez, Venus quitte sa cour
Tout se range vers vous, près de vous tout
soupire,
Les Oiseaux enchantez vous parloient de leur feux;
Les Ruisseaux par leur doux murmure,
Rendoient hommage à vos beaux yeux;
Et le Pere de la nature
Pour vous, du plus beau jour faisoit briller ces lieux.
Par tant d'attraits, falloit-il me surprendre ?
Quel coeur auroit pû s'en deffendre !
Zaire:
Vôtre amour me soûmet tous ces peuples
divers,
Et sur vous désormais je regne en souveraine;
Mon destin le plus beau c'est de porter ma chaîne,
Et de vous voir porter vos fers.
Ensemble:
Tendre Amour, enchaine nos ames,
C'est toy seul qui fais mon bonheur;
N'allume jamais dans mon coeur
D'autres desirs, ni d'autres flâmes.
Adolphe:
Dans ces lieux souterrains où je donne la loy,
Vous qui connoissez ma puissance suprême,
Redoublez vos transports pour plaire à vôtre
Roy;
Mais faites encor plus pour plaire à ce que
j'aime.
Le
Choeur:
Regnez dans nos climats, jouissez de la gloire
De faire triompher l'Amour;
Vos yeux à chaque instant augmentent sa victoire,
Qu'il vous enchaîne à vôtre
tour.
Un Indien,
à Zaire:
Recevez l'éclatant hommage
D'un coeur que vous avez dompté,
Triomphez, goûtez l'avantage
D'avoir désarmé sa fierté.
La gloire,
la magnificence
Ne font plus sa felicité;
Il ne connoit plus de puissance
Que celle de vôtre beauté.
[on
danse]
Un
Indien:
Dans nos climats
Chacun s'engage,
Et la plus sauvage
Ne resiste pas.
Nôtre
richesse
Fait nôtre tendresse;
Nous savons charmer
Un coeur rebelle,
Et la plus cruelle
Se laisse enflâmer.
Le Dieu
des amours
Se sert de nos armes,
Il n'a point de charmes
Sans nôtre secours.
Le
Choeur:
Regnez dans nos climats, jouissez de la gloire
De faire triompher l'Amour;
Vos yeux à chaque instant augmentent sa victoire,
Qu'il vous enchaîne à vôtre
tour.
|
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TROISIE'ME
ENTRE'E
les
Salamandres, ou l'Amour violent
|
|
Le
Theatre represente le Palais de Numapire
|
|
Ismenide:
Tyran d'un coeur fidele & tendre,
Que t'ay-je fait, cruel Amour ?
Chaque instant, de mes cris retentit ce séjour,
Et tu ne veux pas les entendre.
Hélas
! loin de l'objet qui cause ma langueur
Tu me laisses gémir dans les fers d'un barbare,
Et tu permets qu'il me separe
D'un Amant qui faisoit mon unique bonheur.
Tyran
d'un coeur fidele & tendre, &c.
[Pircaride
sous les traits d'Ismenide, paroît sur un Char de feu
un poignard à la main]
Que
vois-je ? quel objet se présente à mes yeux
?
Juste Ciel ! quel couroux l'anime ?
[Pircaride
sort du Char]
|
Scene
2
Ismenide, Pircaride
|
|
Pircaride:
Pour immoler une victime
Le désespoir me conduit dans ces lieux,
Tu me vois sous ta propre image;
Mais c'est pour mieux servir ma rage.
Ismenide:
Qu'entens-je ?
Pircaride:
A mes transports jaloux
Reconnois ta rivale.
Pour adoucir ma peine sans égale,
C'est sur toy que je vais faire tomber mes coups.
Ismenide:
Barbare, acheve ta vengeance,
Hâte-toy de frapper mon coeur;
Ne respecte dans ta fureur,
Ni mes pleurs, ni mon innocence.
Unique
Objet de mes desirs
Cher Idas, toy pour qui j'aurois aimé la vie,
Reçois avec mon sang, lorsqu'elle m'est ravie,
Mes adieux, mon amour, & mes derniers
soupirs.
Pircaride,
à part:
Elle aime une [sic] autre amant ! [à
Ismenide] Parle, explique tes larmes;
Ismenide:
Je touchois au sort le plus doux,
Un tendre amant devenoit mon époux,
Lorsqu'un barbare en vint troubler les charmes;
Il m'enleve, malgré l'effort de mon amant:
Vôtre haine à ce prix, est-elle legitime
?
Pircaride:
Non, je ne te hais plus.
Ismenide:
Terminez mon tourment,
Que la même fureur contre moy vous anime.
Pircaride:
Impitoyable Amour, n'exige rien de moy,
Si pour me faire aimer il fait comettre un crime;
Et ne serois-je pas moi-même la victime
D'un Ingrat que je veux ramener sous ma loy !
C'en est
fait, la pitié triomphe de la haine,
Moi-même à vos malheurs je donne des
soupirs;
C'est trop vous paroître inhumaine,
Je vais servir mes feux, en servant vos desirs.
Ismenide:
Par quel charme ay-je pu calmer vôtre colere
?
Pircaride:
Ne craignez rien, je vais vous rendre à vôtre
Amant,
Et s'il se peut, par mon déguisement,
Tromper l'Ingrat qui sçait me plaire.
Vous qui
m'obéissez, paroissez à mes yeux,
Venez signaler ma puissance;
Ramenez cet Objet dans les aimables lieux,
Où l'Amour doit bientôt couronner sa
constance;
Partez, volez, servez ses desirs amoureux.
[Ismenide
est enlevée par des Genies]
|
Scene
3
Pircaride, sous les traits d'Ismenide
|
|
Pircaride:
Elle part, & mon coeur n'est point exempt d'allarmes
!
C'est sous ses traits qu'amour vient flater mon ardeur;
Quelle honte ! mes yeux, pour toucher mon vainqueur
Vous avez besoin d'autres charmes !
C'est envain que l'Amour veut rassurer mon coeur,
Je ne sçaurois calmer l'ennuy qui me
dévore;
Je vais m'offrir aux yeux de l'Amant que j'adore,
J'entendray des soupirs pour un autre que moy !
Il m'exprimera sa tendresse,
Tandis qu'il me manque de foy;
O Dieux ! il vient, cachons ma honte & ma
foiblesse.
|
Scene
4
Numapire, Pircaride, sous les traits
d'Ismenide
|
|
Numapire:
Je sens, en vous voyant accroître mon ardeur,
Mille feux devorent mon ame;
Vous avez par vos yeux allumé plus de flame
Que n'en sçautoit allumé ma fureur.
Hé bien, Cruelle que vous êtes,
N'aurez-vous point pitié des maux que vous me faites
?
Pircaride:
Non, rien n'égale ceux que tu me fais souffrir:
Sous ce fatal amour tu sçais cacher ta haine,
Helas ! si tu m'aimois, tu finirois ma peine,
Mais tu veux me laisser mourir.
Numapire:
Dieux ! pouvez-vous me faire un si sanglant outrage !
Douter de mon amour, lorsque je meurs pour vous,
Qui pourroit me porter de plus ssensibles coups ?
Mes soupirs, mes transports, ma langueur & ma rage,
Si vous ne les croyez, quel témoin croirez-vous
?
Pircaride:
Aime un coeur qui t'adore, & fuis une inhumaine,
Fait ton bonheur d'être constant;
Dois-je compter sur un Amant
Qui brise une si belle chaîne.
Numapire:
Non, je ne l'aimeray jamais,
Tout vous en donne l'assurance;
Pour être sur de mon constance,
Il falloit avoir vos attraits.
Pircaride:
D'une Amante outragée redoutez la
vengeance.
Numapire:
Pour défendre vos jours j'auray plus de
puissance;
Je vous aime, Ismenide, autant que je la hais.
Pircaride,
à part:
Le Perfide ! aimez moy s'il se peut davantage,
Pour partager les maux de mon triste esclavage.
Helas !
Numapire:
Vous soupirez, vos yeux versent des pleurs,
Ah ! si pour moy, l'Amour faisoit couler ces larmes
!
Pircaride:
C'est luy qui cause mes allarmes.
Je n'ay pû resister à ses attraits
vainqueurs,
Il triomphe, & toûjours sous de feintes
rigueurs,
J'ay voulu cacher ma tendresse,
C'est assez déguiser... c'est pour vous qu'il me
blesse...
Numapire:
Que mon sort est heureux !
Je suis au comble de mes voeux.
Ensemble:
Amour, si j'éprouvay des peines,
Je goute plus les biens que je ressens;
Qu'il est doux de porter tes chaînes,
Lorsque tes plaisirs sont charmants.
Numapire:
Vous, que ma voix appelle,
Venez, par vos transports me marque vôtre zele,
De ces climats brûlants où s'étend mon
pouvoir,
Accourez, venez-tous célébrer vôtre
Reine;
Que vos yeux enchantez du plaisir de la voir,
Applaudissent au choix que je fais de sa chaine.
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Scene
5
Numapire, Pircaride,
Troupe de Salamandres sous la forme de divers Peuples
d'Afrique
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Le
Choeur:
Chantons, célébrons nôtre Reine,
Portons nos voix jusqu'aux Cieux,
Le bonheur d'un Amant qui peut porter sa chaine,
Egale le bonheur des Dieux.
Une
Affriquaine, à Pircaride:
L'Amour a besoin de vos charmes
Pour se rendre victorieux,
Il triomphe plus par vos yeux
Qu'il ne triomphe par ses armes.
Lorsque vous soumettez un coeur
L'Amour est fier de sa victoire,
Il ne compte pour rien sa gloire,
Quand lui seul en est le vainqueur.
[on
danse]
Une
Affriquaine:
Ah ! quel heureux jour
L'Amour nous présage;
Dans nôtre séjour
Cherchons son esclavage:
Ses vives ardeurs
Ont mille douceurs,
A ses traits vainqueurs
Présentons nos coeurs.
Hâtons-nous d'aimer,
Qui sçait nous charmer
Peut-on être heureux
Sans former de doux noeuds.
Aimons, chantons, rions toûjours
C'est dans nos jeux que regnent les Amours.
[on
danse]
Pircaride,
à sa suite:
Finissez ces concerts, vôtre hommage
m'offense.
Numapire:
Qu'entens-je, ô Ciel !
Pircaride:
Reconnois-moy:
En éloignant l'Objet dont tu suivois la loy,
Sous ses traits empruntez j'ay rempli ma
vangeance.
Numapire:
Ismenide, grands Dieux !
Pircaride:
Tu ne la verras plus.
Auprés de ton Rival qu'elle aime,
Elle goûte yun bonheur extrême,
Et laisse à ton amour des regrets
superflus.
Numapire:
Suivons la fureur qui me guide,
Allons punir & l'Amante & l'Amant;
Ah ! que ne puis-je aussi, Perfide,
T'immoler à ma rage en cet affreux moment.
Pircaride,
sur un Char de feu:
Icy je brave ta vangeance,
Mon pouvoir égale le tien;
Je vais de ces Amants serrer le doux lien,
Et c'est moi qui prend leur deffense.
Numapire:
La perfide triomphe, & malgré moy se jens
Les amoureux transports de la plus vive flame;
Elle protege ces Amants !
Où suis-je ? quelle horreur s'empare de mon ame !
Je ne puis me vanger, que je suis malheureux !
Du moins, si je ne puis exercer ma vangeance,
Détruisons ce Palais, témoin de mon
offense;
Que ne puis-je perir pour éteindre mes
feux.
[à
sa Suite]
Servez les
transports de ma rage,
Ravagez ce sejour, qu'il perde ses attraits;
Que le feu dévorant consume à jamais,
Et qu'il n'offre aux regards qu'une effrayante
image.
Le
Choeur:
Servons les transports de sa rage,
Ravagons ce sejour, qu'il perde ses attraits;
Que le feu dévorant consume à jamais,
Et qu'il n'offre aux regards qu'une effrayante
image.
[le
Palais est détruit par le Feu]
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QUATRIE'ME
ENTRE'E
les
Sylphes, ou l'Amour celeste
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Le
Théatre represente un lieu préparé pour
y donner une Fête galante
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Un
Sylphe:
Le sort a fixé mon Empire
Entre les Cieux & les mers,
Je regne en Souverain dans l'espace des airs,
Mais l'unique bien où j'aspire
C'est de charmer l'Objet dont je porte les fers.
Ces lieux sont ornez pour lui plaire
Amour, seconde mes desirs;
Si cet Objet charmant demande un coeur sincere,
Fixe mes voeux, fait durer mes plaisirs.
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Scene
2
Un Sylphe, une Sylphide
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Le
Sylphe:
Ne dissimulez point, vôtre coeur est volage,
Vous ne vivez plus sous ma loy.
La
Sylphide:
Lorsque vous me manquez de foy,
Vous offenseriez-vous quand mon coeur se dégage
?
Le
Sylphe:
Non, je ne croyois pas que dans le même jour
Qu'un aimable noeud nous engage,
Qu'en m'apprenant à connoître l'amour,
Vous m'apprendriez à devenir volage.
La
Sylphide:
Vous devez rendre grace à ma
légereté,
Est-il un plus grand avantage ?
Des douceurs de l'amour vous savez faire usage
En conservant la liberté.
Le
Sylphe:
L'Amour brille de moins de charmes,
Vous savez toucher tous les coeurs;
Sous vos loix il n'est point d'allarmes,
On ne goute que des douceurs.
Vous
désarmez le plus rebele,
Il est contraint à s'enflâmer,
Si vous n'êtiez point infidele
On voudraoit toujours vous aimer.
La
Sylphide:
Un Amant tel que vous enchante,
Vous aimez sans être jaloux:
Vous n'exigez point d'une amante,
De ne soupirer que pour vous.
Vous
étes dans vôtre tendresse
Complaisant, sincere & discret;
Si mon coeur a de la foiblesse,
Vous sçavez garder le secret.
Le
Sylphe:
Je sens que mon amour auroit été fidele,
Si le vôtre eût été
constant.
La
Sylphide:
Sans le plaisir d'une flame nouvelle,
J'aimerois encor mon Amant.
Ensemble:
Lance tes traits, remporte la victoire,
Amour, triomphe de mon coeur;
Non, tu n'as jamais tant de gloire
Que dans une inconstante ardeur.
La
Sylphide:
Je vois ma nouvelle conqueste.
Le
Sylphe:
La mienne doit se rendre au milieu de la
Fête.
Ensemble:
Allons préparer des jeux
Dignes de nos soins amoureux.
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Scene
3
Florise déguisée en Cavalier, un Masque
à la main
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Florise:
C'est icy que l'Amour va m'offrir des hommages,
Qui vont faire briller le pouvoir de ses traits;
Sous ce déguisement redouble mes attraits,
Je vais tromper des coeurs volages.
Amour,
sous tes aimables loix,
Tu soûmets à jamais mon ame;
Permets que pour ta gloire & l'honneur de mon choix,
Je puisse feindre une amoureuse flame.
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Scene
4
Florise, la Sylphide
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Florise:
Belle Nymphe, à l'éclat dont brille vos beaux
yeux,
Que de coeurs vont rendre les armes !
Non, non, du Dieu d'amour les traits victorieux,
Sont moins à craindre que vos charmes.
La
Sylphide:
D'une foule d'amants qui vole sur mes pas
Je ne crains point le langage;
Il est un amant dont l'hommage
Auroit pour moi des appas.
Florise:
Et quel est cet amant ? ah ! que je porte envie
Au sort sont vous flatez son coeur;
Le plus doux instant de ma vie,
Seroit marqué par son bonheur.
La
Sylphide:
La langueur des amants sans cesse me fait rire:
Ils m'adressent leurs voeux, je folâtre
toûjours;
Quand je suis pres de vous, je sens que je soupire,
Que me demandent les amours ?
Florise:
Ah ! c'en est trop Nymphe charmante,
Un aveu si flâteur paye assez mes soupirs.
La
Sylphide:
Que nôtre tendresse s'augmente
Par l'espoir de mille plaisirs.
Ensemble:
Formons une chaîne si belle
Au milieu des ris & des jeux:
Vole Amour, vient nous rendre heureux,
C'est la constance qui t'appelle.
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Scene
5
Le Sylphe, Florise, la Sylphide,
Troupe de Sylphes & de Sylphides, sous divers
déguisements
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Le
Choeur:
Chantons, ne songeons qu'aux plaisirs,
Profitons de l'age des graces,
Pour mieux répondre à nos désirs,
Les Amours volent sur nos traces.
[on
danse]
Le Sylphe,
à sa Suite:
Ce lieu va recevoir la Beauté qui m'engage,
Vous, qui sous d'aimables déguisements
Venez lui rendre vôtre hommage,
Formez des jeux & des concerts charmants.
Que de son nom ce séjour retentisse,
Applaudissez à mon ardeur;
Qu'à mes transports vôtre zele s'unisse,
Ne songeons qu'à toucher son coeur.
Un
Masque:
Un dolce canto di vaga belta.
Puel dar si vanto din cantar la liberta,
Ei rende immorta la dea vagante,
El crin volante porger le fa.
[on
danse]
Le
Sylphe:
Vous ne paroissez point cher Objet que j'adore,
Quelque rival jaloux retiendroit-t'il vos pas ?
Sans vous, ce beau séjour est pour moi sans
appas,
Venez calmer le feu qui me dévore.
Florise,
masquée:
Et quelle est la Beauté qui cause vos soupirs
?
Le
Sylphe:
Je l'ay vûe un moment, moment trop redoutable
Pour la perte d'un coeur qu'amusoient les plaisirs !
Sans fixer mon amour, les plus tendres desirs
Sembloient me rendre heureux prés d'un objet
aimable.
Mais,
helas ! depuis cet instant
Les soins m'accompagnent sans cesse,
Et j'éprouve dans ma tendresse,
Que mon plaisir est mon tourment.
Florise
cause mon martire.
Florise:
Je la connois. Cette jeune Beauté
N'aime pas un coeur qui soupire;
L'amant qui folâtre l'attire,
Et l'amant qui se plaint est toujours
rebuté.
Le
Sylphe:
Je sçais accomoder ma chaîne
Aux caprices d'un coeur dont je suis enchanté;
Et pour vaincre sa cruauté,
Je ne compte pour rien la peine.
Florise:
Elle aime un coeur constant;
Quelquefois un volage
Pour le plaisir du changement:
Pour vous faire à son badinage,
Estes-vous l'un & l'autre Amant ?
Le
Sylphe:
L'inconstance est mon partage,
Je ne suis constant qu'à regret;
Mais pour charmer un bal Objet,
La constance est mon tendre hommage.
Florise:
Vous étes ce qu'il faut pour plaire à ses
beaux yeux,
Mais de son coeur elle n'est plus maîtresse;
Et son Amant est dans ces lieux.
Le
Sylphe:
Ah ! de quel coup mortel frappez-vous ma tendresse
!
Florise,
se démasquant, & parlant à un Masque du
Bal:
Dorante, approchez-vous, digne Objet de mes voeux,
Florise veut vous rendre heureux.
Le Sylphe
& la Sylphide:
O Ciel !
Florise:
Je vous ai trompé l'un & l'autre,
Mais c'est pour mieux serrer vos noeuds;
Aimez, que vôtre amour puisse imiter le
nôtre,
Jamais rien n'éteindra vos feux.
Le Sylphe
& la Sylphide:
Suivons cet exemple sans peine,
Aimons pour ne jamais changer;
Le plaisir de se dégager
Ne vaut pas le plaisir de reprendre sa chaine.
Florise:
Triomphe, fais voler tes traits,
Tendre Amour, regne dans nos Festes;
Fait ta gloire de nos défaites,
Mais laisse-nous aimer en paix.
[on
danse]
Le
Choeur:
Chantons, ne songeons qu'aux plaisirs,
Profitons de l'age des Graces:
Pour mieux répondre à nos desirs,
Les Amours volent sur nos traces.
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J'ay
lû par Ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux,
Les Genies, Ballet.
A Paris le dixiéme Octobre 1736.
La
Serre
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