accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

La Fête de la Nymphe Lutèce
Livret de Desmarest
musique de: Jean-Joseph Mouret
Divertissement des Nuits de Sceaux

 

les personnages:
La Nymphe Lutèce
Un Député de la Ville
L'Ordonnateur
Suite de la Nymphe
Suite de l'Ordonateur
Choeur
Un Vieillard
Une Vieille
La Nymphe de Sceaux


La scène est à Paris


Scène 1
La Nymphe Lutèce

La Nymphe Lutèce, à S.A.S. (la Duchesse du Maine, Reine de cette nuit de Sceaux):
Quoi! vous vous préparez à sortir de ces lieux!
Arrêtez, auguste princesse!
Daignez sur moi jeter les yeux,
Et combler les desirs de la nymphe Lutèce.
On vient avec ardeur, des plus lointains climats,
Pour admirer l'éclat de ma superbe ville;
Mais tant d'honneurs ont pour moi peu d'appas;
Et je jouis d'une gloire stérile,
Lorsque dans ce séjour je ne vous retiens pas.
Ah! que n'a-t-il de quoi vous plaire!
Vous en seriez le plus bel ornement!
Je n'aurois plus de voeux à faire,
Et le bruit de mon nom croîtroit incessamment.
Quelle honte pour moi, princesse,
Si, pour vous retenir, mon zèle en vain s'empresse!


Scène 2
La Nymphe Lutèce, un Député de la Ville

Le Député:
Nymphe, je viens me joindre à vous,
Et seconder votre entreprise.
Si nous pouvons fléchir l'auguste Ludovis,
De tous vos habitans que le sort sera doux!

Pour vous offrir leur tendre hommage,
Ils m'ont tous envoyé vers ce palais charmant;
Princesse, répondez à leur empressement.
Les Dieux, dont vous êtes l'image,
Des mortels exaucent les voeux,
Quand les coeurs les portent vers eux.
De nos coeurs, en ce jour, écoutez le langage;
Ils se donnent à vous, daignez les recevoir,
Et laissez-nous jouir du charmant avantage
De vous aimer, et de vous voir.

La Nymphe:
De votre aïeul comblé de gloire,
L'univers attentif admiroit autrefois
Les célèbres exploits;
Et nous honorerons à jamais sa mémoire.

Le Député:
Vous avez ses vertus, son esprit et son coeur;
Il aimoit ce séjour, il en goûtoit les charmes.
Quand vous voulez partir, vous voyez nos alarmes.
Par vos bontés pour nous, imitez ce vainqueur.

La Nymphe et Le Député:
A nos tendres respects LUDOVISE est sensible;
Elle accepte nos coeurs, elle exauce nos voeux:
Efforçons-nous, s'il est possible,
A mériter un bien si précieux.


Scène 3
La Nymphe Lutèce, un Député de la Ville, l'Ordonateur

(On entend une symphonie fort vive et fort gaie)

La Nymphe:
Quel bruit interrompt de ces lieux
Le silence paisible?

L'Ordonnateur (à S.A.S):
On vient de vous offrir l'hommage de nos coeurs;
Et moi, pour vos plaisirs, je ferai cent miracles.
Je suis l'ordonnateur des jeux et des spectacles;
Et les nôtres pour vous auront mille douceurs.
Vous verrez sur la scène,
De nos anciens héros les surprenans exploits;
Et la tragique Melpomène
Y versera le sang des princes et des rois.
Ici, la riante Thalie
Se raille plaisamment des modes et des moeurs;
Et sa fine plaisanterie
Corrige et divertit de nombreux spectateurs.

Tous Trois:
Que d'efforts désormais l'une et l'autre vont faire,
Pour vous amuser et vous plaire!

La Nymphe:
Dans un palais superbe et somptueux
Qu'habitent les neuf Soeurs et le Dieu du Parnasse,
Vous entendrez des sons plus gracieux
Que les tendres accords du Chantre de la Thrace.

L'Ordonnateur:
Vous y verrez des héros langoureux,
Jurer des flammes éternelles;
Neptune, Jupiter, et tous les autres Dieux
Soupirer tendrement pour des beautés mortelles.

Le Député:
Vous y verrez cent prodiges divers,
Le palais éclatant du maître du tonnerre,
Le noir séjour du tyran des enfers,
Les charmes de la paix, les horreurs de la guerre,
Des campagnes, des prés, des fleuves, et des mers.

L'Ordonnateur:
De nouveaux Céladons, dans un sombre bocage,
Y mêleront leur voix au murmure des eaux;
Et, pour rimer avec les clairs ruisseaux,
Vous entendrez mille petits oiseaux,
Accorder leur tendre ramage
Au doux son des chalumeaux.

Tous Trois:
Que de charmes!
Que d'alarmes!
Que de soupirs!
Que de desirs
Que de tourmens! Que de peines!
Que de constance dans les chaînes!

L'Ordonnateur:
Enfin, nos lyriques auteurs
Épuiseront pour vous Phoebus et les neuf Soeurs.

Le Député:
D'autres amusemens, que la saison présente,
Bien loin de tromper votre attente,
Vous feront bientôt voir que ces aimables lieux
Sont le digne séjour des héros et des Dieux.

La Nymphe:
Toute ma suite s'apprête
A vous donner une agréable fête;
Ce n'est qu'un simple essai des spectacles charmans,
Que nous vous préparons pour vos amusemens.

L'Ordonnateur:
Ma suite va se joindre à la troupe galante,
Qu'appelle en ce palais cette nymphe brillante.


Scène 4
La Nymphe Lutèce, un Député de la Ville, l'Ordonateur, Choeur

Marche de la suite de la Nymphe Lutèce et de celle de l'Ordonnateur. La suite de la Nymphe entre par une porte du salon, et celle de l'Ordonnateur par l'autre porte qui y fait face. Après que la marche est finie, le Choeur dit:

Choeur:
O l’heureux jour! O l'heureux jour!
Gardons-en à jamais l'agréable mémoire.
LUDOVISE avec nous habite ce séjour.
Chantons notre bonheur, célébrons notre gloire.

PREMIERE ENTREE

Une Nymphe:
Aimables Jeux, secondez-nous.
Accourez, brillante jeunesse;
Tendres Amours, rassemblez-vous.
Suivons toujours cette auguste princesse.
Puisse-t-elle en ces lieux goûter mille douceurs!
Qu'en dépit de l'hiver, Zéphire anime Flore;
Et qu'on chante avec nous, du couchant à l'aurore:
L'auguste LunovisE est la reine des coeurs.

Choeur:
L'auguste LUDOVISE est la reine des coeurs.

SECONDE ENTREE

Un Vieillard:
Sous le fardeau des ans, je plie et je succombe.
J'irai bientôt rejoindre mes aïeux;
Et mon centième hiver me conduit sous la tombe.
Mais, puisqu'enfin j'ai pu me traîner en ces lieux,
Je quitte sans regret nia nombreuse famille.
Je ne crains plus qu'on me ferme les yeux;
J'ai vu du grand Condé l'auguste et digne fille.

(Entrée d'un Vieillard et d'une Vieille)

(On entend une symphonie vive; ce qui marque la colère de la nymphe de Sceaux, qui arrive dans ce moment pour interrompre la fête)


Scène 5
La Nymphe de Sceaux, et les acteurs de la scène précédente

La Nymphe de Sceaux (à la Princesse):
Quoi! vous vous laissez éblouir!
Se peut-il qu'en ces lieux vous trouviez quelques charmes
Verrez-vous sans pitié mes cruelles alarmes?
Mon éclat, mes honneurs, vont-ils s'évanouir?
J'ai caché ma douleur profonde,
Quand vous avez quitté mon aimable séjour,
Pour aller voir le plus grand roi du monde.
Je vous vois sans regret dans sa brillante cour;
Mais je ne puis souffrir que la nymphe Lutèce
Désormais l'emporte sur moi.
Quittez, quittez ces lieux, adorable Princesse,
Et dissipez enfin mon trouble et mon effroi.

La Nymphe Lutèce
Nous ne prétendons pas vous ravir l'avantage
Dont vous jouissiez avant nous.
Mais souffrez du moins un partage
Qui n'a rien de honteux pour vous.
Songez, Nymphe de Sceaux, que je suis votre égale;
Que ma superbe ville est le séjour des rois,
Qu'ils m'ont souvent honoré de leur choix,
Et qu'en moi vous avez une digne rivale.

La Nymphe de Sceaux:
Je veux bien avec vous partager mes honneurs
J'approuve vos desirs, et je les favorise.
Unissons nos soins et nos coeurs,
Pour amuser l'auguste LUDOVISE.

Ensemble:
Unissons nos soins et nos coeurs,
Pour amuser l'auguste LUDOVISE.

Choeur:
O l'heureux jour! O l'heureux jour!
Gardons-en à jamais l'agréable mémoire.
LUDovisE avec nous habite ce séjour;
Chantons notre bonheur, célébrons notre gloire.

(On danse nue entrée générale qui finit le divertissement)