Les
Festes
de Paphos
Ballet
Héroïque
en III Actes
Livret
de:
Charles-Antoine le Clerc de la Bruère
Jean-Baptiste Collet de Messine
& Claude-Henri de Fusée de Voisenon
musique
de:
Jean-Jospeh
Casséna De Mon,donville
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Vénus
& Adonis
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les
personnages:
MARS
VÉNUS
ADONIS
AGLAÉ
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La
Scene est dans un Bois.
Le Théâtre représente une
Forêt
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Scène
1
Mars, Troupe de Guerriers
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Mars
(aux Guerriers):
Vous, qu'à mes pasenchaîne la Victoire,
Illustres Compagnons de mes travaux guerriers
Suspendés en ce jour votre ardeur pour la gloire;
Mars ne vient point ici dispenser des Lauriers.
De l'éclat qui les environne
J'ai satisfait vos coeurs ambitieux:
A d'autres soins mon ame s'abandonne;
Je vais m'en occuper en ces paisibles lieux.
Allés dans une paix profonde
Attendre mes suprêmes loix:
Quand il faudra changer le sort du Monde
Vous partagerés mes exploits.
(Les
Guerriers se retirent)
Enfin ,
c'est dans ce Bois
Que Diane a promis de servir ma colère.
Inconstante Vénus, frémis de mes
tranfports,
Un Monstre doit punir mon Rival téméraire,
Adonis va bientôt descendre chez les Morts.
(On entend
un bruit de Chasse)
Ce bruit
annonce fa préfence
Goûtons feul le plaisir que promet la
Vengeance.
(il
sort)
|
Scène
2
Adonis, Troupe de Chasseurs & de
Chasseresses
|
|
(on
danse)
Adonis:
Que ces Forêts
Offrent d'attraits!
Le Guerrier y rappelle
Sa valeur,
L'Amant y renouvelle
Son ardeur.
Le
Choeur:
Que ces Forêts, &c...
Adonis:
De ces lieux remplis de charmes
Un Monstre affreux trouble la Paix;
Lançons sur lui nos traits,
Qu'il tombe sous nos armes.
Le
Choeur:
Que ces Forêts, &c...
Adonis:
Lorsqu'aux champs de Bellone il n'est plus de
conquêtes
Dignes d'occuper les Héros,
Pour duper l'ennui qu'enfante le repos
Diane les appelle au fond de ces retraites.
Le
Choeur:
Que ces Forêts, &c...
(on
danse)
Adonis:
Qui1 est doux après la victoire
De s'offrir triomphant à l'objet de ses voeux!
En voyant son bonheur écrit dans de beaux yeux,
Un Héros peut encore ajouter à sa
gloire.
(on
danse)
Adonis
et le Choeur:
Délivrons les forêts de ce Monstre
odieux;
Adonis:
Protéger les Mortels, cest imiter les
Dieux.
(Dans
le tems qu'ils partent pour aller combattre le Monstre,
Venus entre & les arrête)
|
Scène
3
Vénus, Adonis, Troupe de Chasseurs & de
Chasseresses
|
|
Vénus:
Adonis, se peut-il que malgré ma tendresse,
Malgré le soin que je prends de vos jours,
Lorsque pour eux je m'intéresse,
Vous vouliés abréger leur cours?
ADONIS
Dissipés ces vaines allarmes
Je fais de vous aimer mon bonheur le plus doux,
La gloire n'a pour moi de charmes,
Que pour être digne de vous.
Vénus:
Vous rendés à Diane un trop fidele
hommage;
Vous le sçavés, mon coeur en est
jaloux.
ADONIS
Un Monstre affreux désole ce rivage;
Pour le domter nous nous rassemblons tous.
Ne me refusés pas le flatteur avantage
De lui porter les premièrs coups.
Vénus:
Dans ce projet téméraire,
Du Monstre craignes la fureur.
ADONIS
Tout doit céder à ma valeur,
Puisqu'à Vénus j'ai sçu plaire:
Tout doit céder à ma valeur;
Vous m'aimés, je serai vainqueur.
Vénus:
C'est donc envain que jespére
Vous suivés une aveugle erreur.
LE
CHUR
Tout doit céder à sa valeur,
Puisqu'à Vénus il sçait plaire:
Tout doit céder à sa valeur;
Vous l'aimés, il sera vainqueur.
(Ils
sortent)
|
|
Vénus:
Adonis, Adonis... vainement je l'appelle,
Il ne peut entendre ma voix.
Aglaé:
D'où naît le trouble où je vous
vois?
Vénus:
Je crains pour mon Amant une atteinte mortelle.
Aglaé:
Ne songés en ce jour
Qu'au plaisir de le voir couronner par la Gloire.
Ah! qu'un Amant chéri de la. Victoire.
Est agréable à l'Amour:
Vénus:
Reviens, cher Adonis, dissiper mes allarmes,
Ce triomphe ne peut augmenter mon ardeur.
Eh! quand la Gloire auroit encore plus de charmes,
Vaut- lle tous les maux qu'elle coûte à mon
coeur?
Choeur
(derriere le Théâtre):
Fuyons ce Monstre, échappons à sa
rage,
Vénus:
Qu'entends-je? Quels terribles cris!
Choeur
(derriere le Théâtre):
Ah, quel affreux carnage
O Ciel! malheureux Adonis!
Vénus:
Ah! quel suplice extrême...
Mon Amant va périr, je tremble... je
frémis,
D'épouvante & d'horreur tous mes sens sont
saisis...
Amour, préviens mes pas, cours sauver ce que
jaime.
Mais quel objet frappe mes yeux?
O rage, o dèsespoir, o forfait odieux!
Adonis, vous mourés...
|
Scène
5
Vénus, Aglaé, Adonis,
blessé
|
|
Adonis:
Cher objet de la flâme,
Hélas! il faut nous séparer.
Vénus:
Nous séparer, grands Dieux!...
Adonis:
Au moment d'expirer,
Vous enchantés encor mon âme.
Vénus:
Implacable Destin!...
Adonis:
Modérés vos douleurs
Le Ciel de mon trépas adoucit les horreurs
Puisque je vous revois... mais je cesse de vivre.
(Il
meurt)
|
Scène
6
Vénus, Aglaé, Adonis, mort
|
|
Vénus:
Il meurt, & je ne peux le suivre!
O mon cher Adonis! o déplorable sort!
Tu descends pour jamais dans dans la nuit
éternelle;
Impitoyables Dieux, par cette loi crüelle
Vous me faites sentir les horreurs de la mort,
O mon cher Adonis! o déplorable sort
Laissons de mon amour une marque éclatante.
Qu'en ce bois s'éleve une fleur
Dont la triste couleur
Soit l'image touchante
Des troubles de mon cur.
(Adonis
est métamorphosé en Anemone)
|
Scène
7
Vénus, Aglaé, Mars
|
|
Aglaé:
Mars près de vous s'avance.
Vénus:
O Ciel!
qui l'amene en ces lieux?
Mars:
Perfide! la Vengeance.
Vénus:
Qu'entens-je?...
Mars:
C'est par moi qu'un Monstre furieux
A votre Amant vient d'arracher la vie.
Vénus:
Cruel! après ta barbarie,
Puisse le juste Ciel, pour punir tes forfaits,
Te rendre mille fois les maux que tu me fais.
Mars:
Ce Rival que j'abhorre
Sans votre indigne amour,
Jouiroit encore
De la clarté du jour:
Jugés par ma fureur du feu qui me
dévore.
Vénus:
Il vivra malgré toi dans le fond de mon
cur;
Envain à mon amour ta colere s'oppose;
Pour prouver à jamais l'excés de mon
ardeur,
Du sang de ce Héros j'ai formé une fleur.
Dans cette métamorphose
J'adorerai toûjours un si charmant
vainqueur.
Mars:
Ah! c'en est trop, redoutés, Inhumaine...
Vénus:
Que ne puis-je en ce jour,
Pour augmenter ta peine
Augmenter pour lui mon amour!
Regarde cette fleur te reprocher ton crime,
Elle est de ma tendresse un gage précieux.
Mars:
Elle sera ma seconde victime.
Vénus:
Tiran! qu'elle fureur t'anime?
Mars:
Je ne puis trop punir de si coupables feux.
Vénus:
Jupiter, sois sensible â mes tourmens
affreux.
(On entend
le bruit du Tonnerre; l'obscurité s'empare du
Théâtre)
UNE
VOIX
Contre une injuste violence,
Jupiter du plus haut des Cieux
De cette fleur prend la défense.
Craignés, Audacieux,
D'éprouver la vengeance
Du Souverain des Dieux.
Mars:
Ce que j'entends est un nouvel outrage;
Malgré toi, Dieu crüel, j'assoûvirai ma
rage.
VÉNUS
Barbare! arrête.
(Mars
arrache la fleur; Jupiter fait renaître Adonis, la
lumiere le répand sur le
Théâtre.
|
Scène
8
Vénus, Mars, Adonis
|
|
Mars
& Vénus
(ensemble):
O Ciel! en croirai-je mes yeux?
Mars:
Qu'ai-je fait?...
Vénus:
Cher Amant!...
Mars:
O Rival trop heureux!
Tu vois le jour, & ma main te le donne.
Vénus:
Gémis, éclate, tonne!
Puisque je dois â ta fureur
L'unique objet de mon ardeur,
Tous tes emportements mon coeur te les pardonne.
Adonis:
En revoyant le jour que me rendent les Dieux,
Que mon fort est digne d'envie!
C'est de l'amour qui brille dans vos yeux
Que je reçois une nouvelle vie.
Mars:
Je ne puis me venger d'un Rival odieux!
O Destin!... De mes maux allons punir la Terre.
Le rang ses Mortels va coûler;
Le feu, l'effroi, l'horreur & la Mort vontvoler,
Portons jusques aux Cieux les fureurs de la Guerre.
(Il sort)
|
|
Adonis:
Que je plains les Mortels! quel sera leur espoir?
Si Mars égale sa vengeance
Au plaisir enchanteur que jai de vous
revoir?
Vénus:
Jupiter prendra leur défense.
Adonis:
Ne songeons plus à nos malheurs passés,
Que les plaisirs en écartent limage.
Des maux que j'ai soufferts le Ciel me dédomage;
Je vois Vénus, ils font tous effaces.
Vénus:
En te rendant à ma tendresse extrême,
Les Dieux me comblent de faveurs:
Ah! qu'on oublie aisément ses malheurs,
Quand c'est la main de ce qu'on aime
Qui vient essuyer nos pleurs.
Adonis:
Que mon âme est ravie!
Vous partagés mon ardeur.
Aux Dieux je ne dois que la vie;
A Vénus j'en dois le bonheur.
Vénus
& Adonis:
Je vous aimerai sans cesse;
Ah! quelle félicité!
Que le prix de ma tendresse
Soit votre fidélité.
Vénus:
Ne m'offrés plus que le séjour de Flore,
Lieux qui venés d'entendre éclater mes
soupirs.
Vous, qui suivés mes loix, venés, Jeux &
Plaisirs;
Obéissés à l'Amant que
j'adore.
(Le
Théâtre change, & représente les
Jardins de Flore, Les Grâces, les Plaisirs & les
Jeux paroissent)
|
Scène
Dernière
Vénus, Adonis, Aglaé, les Plaisirs & les
Jeux
|
|
Adonis:
Vous qui de Vénus accompagnés les pas
Prenés part à ma gloire.
Célébrés de l'Amour la brillante
victoire,
Chantés Vénus & ses divins
appas.
Le
Choeur:
Célébrons de l'Amour la brillante
victoire,
Chantons Vénus & ses divins appas.
(On
danse)
Aglaé
& Le Choeur:
Lorsque Vénus vint à paroître
Sur le vaste Empire des Mers,
Ses yeux annoncèrent le Maître
Et le Vainqueur de l'Univers.
C'est elle qui nous fit connoître
Le Dieu de la Félicité.
De qui l'Amour pouvoit-il naître
Si ce n'étoit de la Beauté?
(On
danse)
Aglaé:
Pour rendre hommage
A la Reine des coeurs,
La Déesse des fleurs
Embellit ce Boccage.
Mais de cet asile enchanté,
Où les Plaisirs sont fans allarmes,
La préfence de la Beauté
Augmente encor les charmes.
(On
danse)
Vénus:
Regne à-jamais sur nos coeurs,
Amour, viens resserrer nos chaînes.
Dans ton Empire on ne resdsent des peines,
Que pour mieux goûter tes faveurs.
(On
danse)
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Bacchus
& Erigone
|
les
personnages:
ERIGONE
BACCHUS
MERCURE
COMUS
|
|
La
Scéne est dans un Boccage, près du Palais
dErigone
Le Théâtre représente un Boccage, &
dans le fond le Palais d'Érigone
|
|
Erigone
(seule):
Dieu des Amans, reçois les voeux
D'un coeur tendre qui t'implore
Mets ta flâme dans mes yeux,
Pour triompher du Héros que j'adore:
Bacchus, ce fier vainqueur de nos riches climats
Vient de nés jours troubler le cours paisible,
Hélas! la Gloire seule a pour lui des appas:
Amour, lance tes traits, qu'il devienne sensible.
|
|
Mercure:
Belle Nimphe, eppérës le sort le plus
heureux:
Bientôt un doux Hymen comblera tous vos vux,
Le Dieu de qui Bacchus a reçu la naissance,
Approuve que son fils partage votre ardeur.
C'est par lhommage de son cur
Qu'il veut que ce Héros commence
A connoître le vrai bonheur.
Erigone:
O ciel!
Mercure:
Pour triompher de son indifférence,
Rassemblés les Plaisirs dans ce Bois
écarté.
L'empire de la Beauté
Est fondé sur leur puissance.
Erigone:
Dieux de Cythere, enchantés ce séjour;
Aux yeux de mon Vainqueur faites briller vos charmes:
Préparés vos plus douces armes
Pour le triomphe de l'Amour.
(On
entend un Prelude)
Mercure:
Des fiers Sylvains le bruit se fait entendre,
Ils viennent célébrer ce Héros
glorieux.
Laisés-moi seul ici l'attendre.
Quand vous paroîtrés à ses yeux,
Que vos talens ingénieux,
Forçent ce Vainqueur à se rendre.
(Erigone
sort)
|
Scène
3
Bacchus, sur un Char de Triomphe porté par des
Sylvains,
Mercure, Comus, Prêtres, Bacchantes
|
|
(on danse)
Comus:
Cher Bacchus, c'est assés répandre les
allarmes,
Fais triompher ton jus délicieux;
Il éffce les charmes
Du Nectar qu'Hébé verse aux Dieux.
Il embellit les Fêtes,
Il transporte un Mortel aux Cieux;
Que l'Amour sans Bacchus manqueroit de conquêtes!
(on danse)
Le Choeur:
La Victoire vole à ta voix;
De tes bienfaits la Terre se décore;
Bacchus, que l'Univers t'adore,
C'est le Plaisir qui dispense tes loix.
Bacchus:
Vous m'offrés dans vos jeux un agréable
hommage,
Mais, c'est assés goûter la douceur du
repos,
Allés vous préparer pour des exploits
nouveaux.
Ne vous éloignés pas de ce charmant
Boccage.
(La Suite de Bacchus se retire)
|
Scène
4
Bacchus, Mercure, Comus
|
|
Mercure:
Tout conspire à combler vos voeux:
Ainsi que le Dieu du Tonnere,
Vous domptés l'Univers, vous le rendés
heureux,
Vous avés fait à la Terre
Un don envié par les Cieux,
Et les Char du Dieu de la Guerre
Est environné par lea Jeux.
Bacchus:
Les rapides expfoits, l'éclat de ma victoire,
Devroient me faire un sort flateur;
Cependant je languis dans le sein de la Gloire,
Elle fait mes plaisirs, sans faire mon bonheur.
Ces cris de mes Silvains, ces clameurs de Bellone,
Ce tumulte qui m'environne
N'est donc qu'un prestige imposteur?
Dés le moment qu'il cesse,
Une affreuse tristesse
S'empare de mon coeur.
Comus:
Cette langueur étrange
Est un châtiment de l'Amour;
Vous 1avès fui jusquà ce jour,
C'est ce Dieu jaloux qui se venge.
Mais vos malheurs ne sont pas sans retour.
Mercure:
Une Enchanteresse charmante
Habite en ces lieux
Sa voix menaçante
N'ouvre point l'Enfer affreux:
Plus douce & plus puissante,
Sa Magie est dans ses yeux.
Comus
et Mercure:
L'Amour vole à sa voix touchante,
C'est l'ouvrage d'un moment;
Et des coeurs surpris qu'elle enchante,
Rien ne détruit l'enchantement.
Comus:
Regardés ce féjour champêtre,
Cest son palais,
Mercure:
Mais, je la vois paroître.
|
Scène
5
Bacchus, Mercure, Comus,
Ertigone, superbement parée & suivie de ses
Nymphes qui dansent autour d'elle, pendant que le Choeur
chante
|
|
Le
Choeur:
LAmour suit cet objet charmant;
C'est l'ornement
De son aimable Empire:
Venus l'admire,
L'Amour sçût l'inftruire
De ses secrets divins:
Les Ris badins
De leurs traits l'armerent;
Et les Grâces qui la formerent,
Les Grâces même envierent
L'ouvrage de leurs mains.
Bacchus
(à part):
Dieux! quel charme inconnu me ravit, &
menflâme?
Tous les feux de l'Amour ont passé dans mon
âme.
(à
Erigone)
Comme le
soufle des Zéphirs
Embellit les traces de Flore,
Sur vos pas l'Amour fait éclore
Les Ris, les Jeux & les Plaisirs,
Qui ne vous rendroit pas les armes
En voyant briller tant d'attraits!
De Vénus, vous avés les, channes
De l'Amour, vous avés les traits.
Erigone:
De la Gloire terrible
Suspendés les travaux:
Je chante un Vainqueur plus paisible,
Le Plaisir porte ses Drapeaux.
Il ne faut qu'un coeur sensible
Pour être au rang de ses Héros:
Comme vous il est invinsible,
Mais ses triomphes sont jlus beaux.
Bacchus:
Quel trouble votre aspect m'inspire!
Nimphe, en vous écoutant, à peine je
respire.
Mon sort rendoit les Dieux jaloux;
La Gloire & les Plaisirs avoient suivi mes Armes;
Mais depuis que je vois vos charmes,
Je sens qu'il est des biens plus doux;
Mais depuis que je vois vos charmes,
Mon cur ne connoit plus que vous.
Erigone:
Vous cherchiés le bonheur au milieu des allarmes.
C'est lAmour, ce font ses fers
Qui font le bonheur fupréme;
C'est dans le cur de ce qu'on aime
Qu'on trouve les biens les plus chers.
Bacchus:
Vous enchantés mon coeur; je vois que la Nature
Imite mes transports.
Les Rossignols sous la verdure
Forment de plus tendres accords;
Le Ruisseau qui baigne ces bords
Coule avec un plus doux murmure:
Mille naissantes fleurs brillent de toutes parts;
Et ces lieux, où renaît une clarté plus
pure,
Sembellissent par vos regards.
Erigone:
Non, rien de ce séjour n'a changé le
spectacle,
Et cest dans votre coeur que s'est fait le
miracle.
Tout s'embellit aux regards des Amants:
Ils ont mille plaisirs charmants
Inconnus à l'indifférence:
Sur tout ce qui les suit, les traits que l'Amour lance
Versent leurs doux enchantements;
Et dans leurs tendres sentiments,
L'Univers à leurs yeux semble avoir pris
naissance.
Non, ce n'est qu'aux Amants heureux
Que la Nature paroît belle,
C'est pour eux seuls que Zéphire amoureux
Fait éclore la fleur nouvelle,
Et les Oiseaux ne chantent que pour eux.
Bacchus:
Cest l'Amour qui triomphe, il faut enfin se
rendre,
Mais vous, Objet divin, vous dont la voix si tendre
Sur les secxrets d'amour a daigné
m'éclairer,
Votre cur veut-il ignorer
Ce que vos veux ont sçu m'apprendre?
Erigone:
Amour, par un charmant lien
Sçut m'enchaîner en vous voyant
paroître,
Et si mon coeur fut votre maître,
L'Amour lui-même fut le mien.
Bacchus:
Ah, la félicité par votre voix
m'appelle!
Ensemble:
Amour, lance tes traits, épuise ton Carquois;
Brûle toujourq nos cceurs de ta flâme
immortelle:
Que sur une chaîne si belle
L'inconstance n'ait point de droits.
Bacchus:
Pour célébrer notre ardeur mutuelle,
Ménades & Sylvains, accoures à ma
Voix.
|
Scène
6
Bacchus, Mercure, Ertigone, Troupe de Sylvains & de
Prêtres , de Bacchantes,
Nymphes de la Suite d'Erigone
|
|
Bacchus
(aux Sylvains):
Chantés dans vos fêtes charmantes
La victoire d'Amour, le bonheur de Bacchus;
Portés dans vos mains triomphantes
Le flambeau du fils de Vénus.
Le
Choeur:
Chantons dans nos fêtes charmantes
La victoire d'Amour, le bonheur de Bacchus,
Portés dans vos mains triomphantes
Le flambeau du fils de Vénus.
(on
danse)
Mercure:
Dieu des coeurs,
C'est par tes faveurs
Que l'Univers respire.
Les langueurs,
Les soûpirs, les pleurs,
Tout plaît dans ton Empire.
Rien n'est si doux
Que de s'aimer, de se le dire;
Ce plaisir les rassemble tous.
(on
danse)
Erigone:
Cessés, Guerriers, cessés de lancer le
Tonnerre,
De la Paix goûtés les douceurs;
Faites-la régner sur la Terre,
Vous régnerés sur tous les curs.
Héros, favoris de la Gloire,
Écoutés les tendres desirs:
De vos exploits nous gardons la mémoire:
Faites-nous chanter vos plaisirs.
Cessés,
Guerriers, &c...
(on
danse)
|
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de page

Amour
& Psyché
|
les
personnages:
PSYCHÉ
TISIPHONE
L'AMOUR
VÉNUS
L'INCONSTANCE
|
|
Le
Théâtre represente d'un côte
l'extérieur du Palais de L'Inconstance, de l'autre
des Rochers. On voit la Mer dans le fond
|
Scène
1
Psyché, Tisiphone
|
|
Psyché:
O Vénus, n'as-tu pas épuisé ta
vengeance?
Après tous mes malheurs divers,
Après avoir causé ma fatale imprudence,
Faut-il que ta rigueur apprenne à l'Univers
Les maux qu'endure l'innocence?
Tisiphone:
Rien ne fléchit une Divinité
Dés qu'on blesse sa vanité.
Douter de sa puissance,
Est une moindre offense
Que de surpasser sa beauté,
Psyché:
Surpasser sa beauté! non il n'est pas possible.
Mais je possede un plus grand bien,
C'est un cur tendre, un cur sensible:
Que le cur de Vénus est différent du
mien
Tisiphone:
Ta fierté doit encor exciter sa colere.
Psyché:
En vain vous voulés vous unir;
J'adore un Dieu charmant, jai le don de lui
plaire;
Du moins il sçait aimer, si Venus sçait
haïr.
Tisiphone:
Tu verras ta flame trahie.
Tu crois l'Amour constant dans son ardeur;
Je suis trop ton ennemie
Pour te laisser ton erreur.
Je veux faire couler tes larmes,
Et ton orgueil n'aura triomphé qu'un moment.
Viens admirer les charmes
Qui t'enleveront ton Amant.
Psyché
(à part)
Amour me trahiroit? ô mortelles allarmes!
Tisiphone:
O vous, qui charmés tous les yeux,
Venés, jeunes Beautés, paroîssés
en ces lieux.
|
Scène
2
Psyché, Tisiphone, l'Inconstance, Suite de
l'Inconstance, Personnage dansant
|
|
(on
danse)
Tisiphone:
De tes attraits l'Amour va perdre la mémoire,
Et s'enflâmer d'une nouvelle ardeur.
Psyché:
Il m'aimera toûjours, je me plais à le
croire,
Et ses sermens sont gravés dans mon cceur.
Le
Choeur:
Un si charmant Vainqueur
Doit-il se contenter d'une seule victoire?
S'il est Amant pour son bonheur,
Quil soit volage pour sa gloire.
Psyché:
Rendre un coeur infidele, est-ce un plaisir si
doux?
Le
Choeur:
Ah! c'en est un que rien n'égale.
Un Amant n'a fouvent de titres prés de nous
Que les charmes dune Rivale.
Psyché:
Quel plaisir prenés-vous
A rendre un coeur jaloux?
Le
Choeur:
Ah! c'en est un que rien n'égale
Psyché:
L'hommage d'un Amant trompeur
Ne doit point flatter une Belle.
L'unique bien, le vrai bonheur.
Est celui dêtee aimé d'un coeur tendre
& fidele,
(on
danse)
(On
entend un prélude)
Tisiphone:
Mais l'Amour va paroître, il faut fuire mes pas
Viens, vole en de nouveaux climats
|
|
L'Amour
(seul):
On vous dérobe envain â mon impatience,
Trop aimable Psyché, ne versés plus de
pleurs.
Je vous suivrai par tout, & ma
persévérance.
Lassera la vengeance
De la Divinité qui cause vos malheurs:
je ressens comme vous mille peines mortelles;
Mais des épreuves si crüelles
Redoublent ma vivacité.
Quand je vole après la Beauté,
Je m'applaudis d'avoir des ailes.
(il
sort)
|
Scène
4
Psyché & Tisiphone, sur un
Vaisseau
|
|
Tisiphone:
Crains sans cesse un affreux trépas
Sur cet Elément redoutable;
Non je ne trouve pas
Que ton destin soit assés
déplorable.
Psyché:
Monstre crüel, sers les fureurs
De mon implacable ennemie,
Malgré sa barbarie,
Si l'Amour est constant, je brave mes malheurs.
Tisiphone:
Neptune, tu l'entends c'est Vénus qu'on offense,
A ton Empire elle doit sa naissance;
Puisqu'on ôse l'outrager,
Hâte-toi de la venger.
(L'obscurité
s'empare du Théâtre. Il s'éleve une
tempête)
Ensemble
Psyché:
Justes Dieux, prenés-ma défense;
Comblerés-vous mes maux, loin de les
soulager?
Tisiphone:
N'espere rien de leur clémence;
Ils combleront tes maux loin de les soulager.
(Le
Vaisseau se brise, Psyché se sauve sur le Rocher
où Tisiphone la suit)
|
Scène
5
l'Amour, Psyché, & Tisiphone, sur un
Rocher
|
|
L'Amour:
Vents furieux, rentrés dans le silence,
Cessés, reconnoissés ma voix.
Psyché
(à lAmour):
Tu n'es pas inconstant, puisque je te revois.
Tisiphone
(à l'Amour):
Je vais dans les Enfers achever ma vengeance;
Tremble, elle va souffrir pour la derniere fois.
(Psyché
est précipitée dans la Mer)
L'Amour
(seul):
Ciel! on va la livrer à la Parque crüelle:
Amour infortuné, que vas-tu devenir?
Ne tardons plus, il faut la secourir;
Descendons sur ses pas dans la Nuit
éternelle.
(il
sort)
|
Scène
6
Psyché, & Tisiphone, Troupe de
Démons
|
|
Le
Théâtre change, & représente
l'Enfer. Lobscurité y
règne
|
|
Tisiphone
et le Choeur:
Non, non, nespere pas
Que ton tourment finisse.
Psyché:
Dans quels funestes lieux conduisés-vous mes pas?
Crüels, quels maux encor faut-il que je
subisse?
Le
Choeur:
Non, non, n'espere pas
Que ton tourment finisse.
Psyché:
Du moins par mon trépas
Terminés mon supplice.
Le
Choeur:
Non, non, n'espere pas
Obtenir le Trépas.
Psyché:
Ah! suspendés vos fureurs inhumaines.
Le
Choeur:
Non, non.
Psyché:
Que mes malheurs puissent vous attendrir,
Le
Choeur:
Tes plaintes sont vaines,
Rien ne sçauroit nous fléchir;
Nous ne pouvons t'offrir
Que la flâme & les chaînes;
Nous soulageons nos peines
En te faisant fouffrir.
Psyché:
Sort inhumain! Destin barbare
Le
Choeur:
Tes cris & tes clameurs
Ne touchent point nos coeurs;
Le Tartare
Te prépare
De nouveaux malheurs.
Psyché:
Dieux!
Le
Choeur:
Tes plaintes sont vaines,
Rien ne sçauroit nous fléchir;
Nous ne pouvons t'offrir
Que la flâme & les chaînes
Nous soulageons nos peines
En te laisânt souffrir.
(Une
Troupe de Furies avec des flambeaux viennent
épouvanter Psyché)
Psyché:
Amour, c'est toi seul que j'implore
Viens, vole â mon secours en cet affreux
moment;
Tisiphone:
Cet objet que ton caeur adore,
Sera bientôt ton plus cruel tourment.
Ton âme en le voyant d'horreur sera saisie;
Connois toute ma cruauté:
Tu souffrirois trop peu si je t'ôtois la vie,
Je fais bien plus, je détruis ta
beauté.
(Elle
la touche de ses Serpents)
Psyché:
Aux yeux de mon Amant je n'aurai plus de charmes,
Ciel!
Tisiphone:
Je te livre à tes allarmes.
L'Amour va dans ces lieux répandre la
clarté,
Mais tremble, cet instant terrible
Doit n'éclairer que ta difformité.
Pleure, gémis, sois affreuse & fenfible ,
C'eft le tourment le plus horrible
Que l'on ait encore inventé.
Le
Choeur:
Pleure, Gémis, sois affreuse & sensible,
C'est le tourment le plus horrible
Que l'on ait encore inventé.
Psyché
(seule):
J'ai perdu mes attraits, & l'Amour va paroïtre
De mon Destin rien n'égale l'horreur.
L'effroi que mon aspect dans son cowur fera naître
Éteindra pour moi son ardeur;
Et s'il me voit sans me connoître,
Je n'ôserai jamais dissiper fon erreur.
J'ai perdu
mes attraits, & l'Amour va paroître;
De mon Destin rien n'égale l'horreur.
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L'Amour:
Je viens enfin terminer vos allarmes,
Sortés de ces funestes lieux.
Venés revoir la lumiere des Cieux;
Le Jour paroît plus doux en éclairant vos
charmes;
Psyché:
L'obscurité de ce séjour affreux
Convient â ma douleur mortelle;
Je ne dois mes attraits quâ l'erreur de vos
feux,
Peut-être à vos regards serai-je un jour moins
belle.
L'Amour:
Vôtre éclat frappe tous les yeux,
Les Dieux en vous voyant, admirant leur ouvrage,
Voudroient vous éléver à
l'immortalité;
Mais aucune Divinité
Ne veut vous donner son suffrage.
Pour l'honneur de votre beauté
Ce refus vaut mieux qu'un hommage.
Venés & rendes-vous à la clarté du
Jour.
Psyché:
A mon bonheur elle seroit contraire;
L'Amour:
Nuit, qui me cachés ce mystere,
Disparoissés, fuyés devant l'Amour.
(Le
Théâtre s'éclaire)
Psyché:
Que faites-vous? Je vous perds sans retour.
L'Amour:
Ciel! ce n'est point Psyché que l'on offre à
ma vüe..
Du charme de sa voix je goûtois les douceurs;
Par quelle puissance inconnue?...
Psyché:
Malheureuse Psyché!...
L'Amour:
Qu'entends-je?
Psyché:
Je me meurs.
(Elle
tombe évanouie)
L'Amour:
C'est Elle, justes Dieux! puis-je la
méconnoître?
Chere Amante, vivés, & calmés vos
douleurs,
Jugés du feu que vous avés fait
naître,
Puisqu'à vos pieds, l'Amour verse des
pleurs,
Psyché:
Quels doux accents suspendent mes allarrnes?
Quoi! malgré ma difformité,
L'Amour:
Vénus, en détruisant vos charmes,
N'a pas détruit ma sensibilité.
Vos soûpirs, vos plaintes, vos larmes
Vous donnent un pouvoir plus grand que la
beauté.
(Le
Théâtre change, & représente le
Palais de Vénus; on voit cette Déesse sur un
Thrône, environnée des Grâces, & de
sa Suite)
L'Amour
et Psyché:
Quel changement! quel Palais enchanté!
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Scène
Dernière
Psyché, l'Amour, Vénus, Suite de
Vénus
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Vénus:
Psyché, ne craignes plus ma vengeance cruelle;
Je viens par mes bienfaits réparer vos malheurs:
Une tendresse si fidelle
Doit triompher de tous les coeurs.
Reprenés vos attraits, soyés encor plus
belle;
Que mon Fils vous élève aux suprêmes
grandeurs.
L'hymen va vous unir d'une chaîne
éternelle;
Pour en goûter jamais les douceurs,
Jupiter vous rend Immortelle.
L'Amour
et Psyché:
Généreuse divinité,
De nos coeurs recevés l'hommage,
Après avoir souffert lorage,
Que le calme a de votupté
Vénus:
Venés Plaisirs, chantés leur ardeur
mutuelle,
Par vos attraits embellissés ma Cour
Retracés dans vos jeux une image fidelle,
De la victoire de lAmour.
(on
danse)
Psyché
(à l'Amour):
Mon bonheur est extrême
Vous partagés mes feux;
Vous m'aimes, je vous aime
Mon sort est trop heureux.
De ma flâme fidelle
Qui peut troubler le cours?
Quand on est Immortelle,
On doit aimer toujours.
(on
danse)
L'Amour
(à Psyché):
Pour vous l'aimable Aurore
Faite éclore
Tous les pré ens dont Flore
Se décore.
Plaisirs, célébrés mes transports;
Chantés le feu qui me dévore;
Par la douceur de vos accords,
Enchantés l'objet sue j'adore.
Le
Choeur:
Pour vous l'aimable Aurore
Fait éclore
Tous les présens dont Flore
Se décore.
Plaisirs, célébrons ses transports,
Chantons le feu qui le dévore:
Par la douceur de nos accords
Enchantons l'objet qu'il adore.
(Pas de
Trois, représentant le sujet de
L'Acte)
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