Les
Fêtes
d'Euterpe
Ballet
en III Entrées
[La
Sybille, Alphée & Aréthuse, la Coquette
trompée]
représenté
pour la première fois par
l'Academie Royale de Musique, le Mardi 8 Août 1758
livret
de Moncrif, Danchet, Favart
musique de: Antoine
Dauvergne
|
|
PREMIERE ENTREE
La
Sybille
|
|
Cet
Acte, qui n'avoit point encore été mis en
Musique, a été pris dans le Recueil
imprimé des Oeuvres de M. DE MONCRIF, Lecteur de
la Reine
|
|
les
personnages de La Sybille:
|
les
interprètes:
|
|
|
Zoraïde
|
Mlle
Sixce
|
|
Zimès
|
Mr
Gélin
|
|
Eglé
|
Mlle
Dubois
|
|
La
Sybille
|
Mlle
Lemiere
|
|
|
|
|
Amants
& Amantes, qui représentent ceux de l'Age
d'or
|
|
Le
Théâtre représente un Bosquet; on voit
dans le fond une Campagne, & dans l'un des
côtés on découvre un petit Temple
champêtre.
|
|
Zimès:
Tu m'as formé pour toi, mon coeur te veut pour
maître;
Ne cesse point, Amour, de me lancer tes traits.
Tu vois si je me livre aux maux que tu me fais:
Ne pourras-tu jamais connoître
Combien je sentirois le prix de tes bienfaits ?
Tu m'as formé pour toi, mon coeur te veut pour
maître;
Ne cesse point, Amour, de me lancer tes traits.
Oiseaux,
dont les concerts charment dans nos Forêts,
Parlés; & vous, Echos de ce Temple
champêtre,
En contant nos malheurs me suis-je plaint jamais
Du Dieu chéri qui les fait naître ?
Tu m'as
formé pour toi, mon coeur te veut pour
maître;
Ne cesse point, Amour, de me lancer tes traits.
Mais
Zoraïde vient: que mon trouble s'augmente !
Attendons, pour la voir, les jeux qui vont s'offrir...
Ingrate ! Quoi, Zimès n'a pu vous attendrir ?
Il se plaît cependant à vous trouver
charmante.
|
|
Eglé:
Nymphe, je me retrouve enfin auprès de vous;
Mais dans des moments si doux,
Mon bonheur est troublé; je vous vois inquiete.
Seroit-il vrai que votre coeur regrette
Un tendre Amant qu'il a banni ?
On dit que vous l'aimés; & vous l'avés
puni !
Zoraïde:
Ah ! Faut-il que l'Amour ait des écueils terribles
?
Le penchant est si doux à ressentir ses feux !
Croiroit-on que les jours heureux
Non sont pas faits pour les âmes sensibles
?
Eglé:
Quoi, l'Amour est votre vainqueur,
Et les chagrins suivent vos traces ?
En vous voyant, j'au cru que le bonheur
Marchoit toûjours à la suite des
grâces.
Zoraïde:
Quels noeuds charmants j'avois formés !
Qu'il me plaisoit l'Amant qu'en secret je rapelle !
Timide, ingénïeux à me prouver son
zele,
Ses discours, ses soûpirs, ses soins
accoûtumés
Avoient toûjours une Grâce nouvelle:
L'Amour forma Zimès pour être le modele,
Des Amants dignes d'être aimés.
Edlé:
Pourquoi ravir votre présence
A l'Amant dont le soins ont pour vous des attraits ?
Si nous paroître aimable est pour nous une
offense,
Nous ne les punissons jamais.
Zoraïde:
Connoissés quel destin est mon triste
partage.
Au
Printems, dans ce Boccage,
La Sybille, avec nous, célébre tous les
ans
Les Amours du bon vieux-tems;
On en peint les vertus, on en prend la langage,
Tel qu'il étoit au premier âge.
Eglé:
Dans ce jour si fatal, chaque Nymphe, à son
gré,
Peur avour l'Amant en secret
préféré:
J'allois peindre à Zimès ma tendresse
sincere;
Quand le jeune Daphné, qui s'empresse à lui
plaire,
Paroît: Zimès troublé la regarde un
moment:
Ah ! de l'Amour jaloux funeste emportement !
De ce
regard mon coeur lui fait un crime.
Zimès, par ses soûpirs, m'exprime vainement
Tout l'Amour qui pour moi l'anime:
Dans mon dépit, hélas ! je bannis mon
Amant:
Il me haît, il me fuit !...
Eglé:
Non, non; votre colere
A dû lui découvrir qu'il avoit su vous
plaire.
De
l'amoureux Flambeau
Dès qu'un trait nous enflâme,
Le Dieu des coeurs, à-travers son bandeau,
Lit son triomphe dans nôtre âme.
Zoraïde:
Son éxil va finir, & c'est pour mon malheur.
Ce jour verra renaître
Ces jeux, où j'ai trahi mon Amant & mon
coeur:
Zimès y peut paroître;
Aux piés d'un autre objet je le verrai
peut-être;
J'en mourrai de douleur.
[on
entend une Simphonie]
Eglé:
Quels concerts !...
Zoraïde:
La fête commence;
Et pour y présider la Sybille s'avance.
|
Scene
3
La Sybille, Zoraïde, Eglé,
Amants & Amantes, qui représentent ceux de
l'âge d'or
|
|
La
Sybille:
De ce tant heureux jour
Profités tous, je vous prie:
Car j'enseigne d'Amour
La douce fantaisie.
N'avoir
l'Amour suivie,
Dès son printems c'est vieillir;
Mais aimer, c'est cueillir
les rôses de la vie.
De ce tant
heureux jour
Profités tous, je vous prie:
Car j'enseigne d'Amour
La douce fantaisie.
|
Scene
4
La Sybille, Zoraïde, Zimès, Eglé,
Amants & Amantes, qui représentent ceux de
l'âge d'or
|
|
Zoraïde,
à part:
Ciel ! Zimès ! Que dois-je espérer
?
Zimès,
à la Sybille:
Daignés m'entendre &
m'éclairer.
Au tems
où l'Amour fidele
Inspiroit du moins la pitié,
Si dans le coeur d'une belle
La douceur, la feinte amitié
Eût caché la haîne mortelle;
Comment eût-elle expïé
Cette trahison crüelle,
Au tems où l'Amour fidele
Inspiroit du moins la pitié ?
Zoraïde,
à la Sybille:
Daignés m'écouter &
m'instruire.
La
Sybille:
Parlés. Hé bien, quel souci vous inspire
?
Zoraïde:
S'il est vrai qu'au tems jadis,
Deux Amants, faits pour être unis,
Lisoient dans le coeur l'un de l'autre,
Ah ! que ces tems si chéris
Etoient différents du nôtre !
On est
sans cesse allarmé,
Quand un tendre amour nous enchaîne;
On prend le dépit pour la haîne,
Dans un coeur qui ne sait aimer.
La
Sybille:
Mes doux Amis, ne faut qu'on s'imagine
Qu'au bon-vieux-tems, au jardin des Amours,
Nüage aucun ne troublât les beaux jours,
Et que la fleur fût sans pointe d'épine;
N'en croyés tous les beaux discours:
Amours, cette race enfantine,
En nous flatant, volontiers nous lutine;
Le seul remede est de s'aimer toûjours.
Expliqués
vous; n'ayés de crainte,
Tous deux avés raison.
Le silence & la feinte
Aux Amours est mortel poison.
Le regard, le parler, la plainte
Sont le chemin de guérison.
Zimès,
à la Sybille:
Si d'un Amant bien tendre
Vous aviés tous les voeux,
Pourriés-vous bien attendre,
Pour rebuter ses feux,
Le jour, le moment de le rendre
Aussi content qu'il seroit amoureux ?
Zoraïde,
à la Sybille:
Si dans un trouble inexplicable,
Qui vient d'aimer trop tendrement,
Vous aviés banni votre Amant;
Seroit-ce un crime impardonnable ?
La
Sybille:
Fleur des Amants, sur vos tendres débats
Il n'est besoin que ma bouche prononce;
Approchés-vous: avoü és que tout bas
Vos coeurs d'accords vous ont dit ma réponse.
Un siécle encor soyés Amants tous deux...
Ne faut qu'aimer pour devenir heureux.
Zoraïdes
& Zimès:
Ah, quel moment ! une erreur trop funeste
Ne pourra plus nous allarmer.
Ne cesse, Amour, de nous charmer.
De l'âge d'or le seul bien qui nous reste
C'est le plaisir, le doux plaisir d'aimer.
|
Scene
derniere
La Sybille, Zoraïde, Zimès, Eglé,
Troupe d'Amants, conduits par de petits
Amours
|
|
[le
Chef des Amours va se placer au haut du Trône, &
les autres Amours se rangent autour de
lui]
Les
Choeurs d'Amants & d'Amantes, qui environnent le
Trône des Amours:
Les Amours sont les Rois du monde,
Et les Dieux des doux plaisirs;
Leur flâme regne au sein de l'onde,
Et vole avec les Zéphirs.
[on
danse]
La
Sybille, alternativement avec le Choeur:
Qu'au bon-vieux-tems on étoit sage !
On aimoit en toute saison.
Les feux d'amour étoient le gage
Du plaisir & de la raison.
C'est
folle erreur de s'en défendre:
Aimons, aimons jusqu'à cent ans.
Qui fait aimer d'amour tendre,
Est toûjours dans son printems.
Qu'au
bon-vieux-tems on étoit sage !,
&c.
[on
danse]
Nos
montagnes sont toutes d'or;
Les perles couvrent ce rivage:
Le don d'aimer est un trésor,
Qui nous ravit bien davantage.
Si l'on
n'a, je vous le di,
Sa douce amie,
Son tendre ami,
Que fait-on de la vie ?
Le
Choeur:
Si l'on n'a, je vous le di,
[les Amants] Sa douce amie,
[les Amantes] Son tendre ami,
Que fait-on de la vie ?
La
Sybille:
La tant douce Loi qu'on suivoit
Dans les amours du premier âge !
Pour art de plaire on ne savoit
Que d'aimer toûjours d'avantage.
Avec le
Choeur:
Si l'on n'a, je vous le di, &c.
[Tous
les Personnages dansants se réunissent pour former un
Divertissement, qui est terminé par une
Contredanse]
|
haut
de page

|
SECONDE ENTREE
Alphée
& Aréthuse
|
|
Les
Paroles de cet Acte sont prises dans le Ballet
d'Aréthuse de feu M. Danchet, avec quelques
changements.
|
|
les
personnages d'Alphée &
Aréthuse:
|
les
interprètes:
|
|
|
Neptune
|
Mr
Desentis
|
|
Vénus
|
Mlle
Dubois
|
|
Aréthuse,
Nymphe de Diane
|
Mlle
Arnoud
|
|
Alphée,
Chasseur, Amant d'Aréthuse
|
Mr
Larrivée
|
|
|
|
Suite
de Neptune
Suite de Vénus
|
|
Le
Théâtre représente la Palais de Neptune,
sur les bords de la Mer, préparé pour la
Fête de Vénus
|
|
Aréthuse,
seule:
Pour me soustraire aux foeux d'un amant trop fidele,
Dïane m'a conduite en cet heureux séjour:
En faveur de l'Immortelle,
Neptune m'admet à sa Cour.
A mon repos tout conspire,
Alphée à mes regards ne viendra plus
s'offrir;
Il ne me verra plus & le craindre & le fuir;
La paix regne dans cet Empire;
Je dois m'en applaudir... D'où vient que je
soûpire ?
Severe
Tiran de mon coeur,
Devoir, que voulés-vous encore ?
J'évite un amant que j'adore;
Si je le plains, du-moins, je prends soin qu'il l'ignore
!
Severe Tiran de mon coeur,
Devoir, que voulés-vous encore ?
[après
une Simphonie]
Tout
paroît s'animer dans ce séjour charmant:
C'est le Dieu des Mers qui s'avance.
Les flots par leur frémissement,
De leur auguste Maître annoncent la
présence.
|
Scene
2
Aréthuse, Neptune, Suite de Neptune
|
|
Neptune:
Belle Aréthuse, un spectacle pompeux
Va briller dans ces lieux, soûmis à ma
puissance:
Daignés prednre part à nos jeux.
Et vous,
Dieux que je tiens sous mon obéissance,
Préparés les plus doux concerts:
Chantés le jour heureux où Vénus prit
naissance:
Que son nom vole dans les airs.
Le
Choeur:
Préparons les plus doux concerts:
Chantés le jour heureux où Vénus prit
naissance:
Que son nom vole dans les airs.
Neptune,
à Aréthuse:
Vénus doit embellir la Fête:
Elle va dans ces lieux répandre mille appas;
Nymphe, vous jouïrés du beau jour qui
s'apprête.
Je vais, avec ma Cour, au devant de ses pas.
Aréthuse:
De l'Amour, qui veut me surprendre,
Je fuis le charme dangereux;
Parmi les plaisirs & les jeux,
De ses traits peut-on se défendre ?
Neptune:
Si vous le redoutés, fuyés de ce
séjour.
C'est dans le sein de mon Empire
Que Vénus à reçu le jour:
Il n'est point sous les flots de coeur qui ne
soûpire.
Aréthuse:
Hé quoi ? tout trompe mon espoir !
Tout est soûmis au Dieu dont le crains le pouvoir
!
Neptune:
Nymphe, votre esperance est vaine,
Et vous verrés l'amant soûmis à votre
loi.
Aréthuse:
Alphée, ô Ciel !
Neptune:
C'est l'amour qui l'amene:
Ce Dieu dans mon Empire est plus maître que
moi.
Aréthuse,
seule:
Tout sert à redoubler ma peine.
L'Amant que je fuyois... Est-ce lui que je voi.
|
|
Alphée:
Malgré tant de rigueur, Nymphe trop inhumaine,
Je viens encor chercher vos dangereux attraits:
Ah ! j'aime mieux éprouver votre haîne,
Que de me condamner à ne vous voir jamais.
A mes
soûpirs, à ma constance,
Accordés un tendre coeur.
Quoi ! faut-il que des yeux où j'ai pris tant
d'amour,
Me marquent tant d'indifférence ?
A mes soûpirs, à ma constance,
Accordés un tendre coeur.
Aréthuse:
Cessés de vouloir me contraindre
A suivre un penchant amoureux:
Je n'entends que des coeursse plaindre
Et de l'Amour & de ses feux.
Dans ma tranquilité je goûte un sort
heureux.
Cessés de vouloir me contraindre
A suivre un penchant amoureux.
Alphée:
Croyés-vous m'abuser ? En vain vous voulés
feindre
Une tranquilité que, même en ce moment,
Votre embarras, votre trouble dément.
A-travers vos détours, la Vérité
terrible,
Pour accroître encor mon malheur,
Dans mon coeur détrompé jette un jour plein
d'horreur:
Non, le vôtre n'est pas paisible:
Quelque Rival secret l'a sans doute charmé.
Ingrate ! vous m'auriés aimé
Si le plus tendre amour vous eût rendu
sensible.
Aréthuse:
Vous ne connoissés pas mon coeur.
Alphée:
Ah ! que n'est-il en ma puissance
D'immoler ce Rival à toute ma fureur !
Je me consolerois d'une injuste rigueur
Par la plaisir de la vengeance.
Aréthuse:
Vous ne connoissés pas mon coeur.
Il n'a point jusqu'ici reconnu de vainqueur.
Pour son repos il doit être insensible,
Il doit fuir de l'amour les dangereux appas.
Hélas ! s'il est possible,
[en soûpirant] Ne le
détrompés pas.
Alphée,
avec transport:
J'ôse tout esperer de l'ardeur qui me presse.
Ce soûpir à mes voeux promet un sort plus
doux.
Aréthuse:
Si je pouvois un jour céder à la
tendresse,
Je ne voudrois y céder que pour vous.
Ma fuite,
hélas ! ne peut être trop prompte,
Je n'ai que trop long-tems demeuré dans ces
lieux.
Ne suivés point mes pas; épargnés-moi
la honte
De rougir à vos yeux.
[après
une Simphonie agréable]
Quel
pouvoir me retient ? Une clarté plus pure
Dans ces beaux lieux répand un nouveau jour;
L'Onde ne coule plus qu'avec un doux murmure:
Tout semble m'annoncer la Mere de l'Amour.
Alphée ! Heureux Amant ! Quoi ! Vénus
elle-même
Vient-elle me parler pour lui ?
|
Scene
4
Vénus, Neptune, arrivant dans le même Char,
Aréthuse, Alphée,
Suite de Vénus, Suite de Neptune
|
|
Vénus:
L'Univers reconnoît ma puissance suprême,
Aréthuse; & je viens vous soûmettre
aujourd'hui.
Aréthuse:
Vénus exige cet hommage;
Tous les coeurs à sa voix ne savent
qu'obéir.
Alphée:
Qu'entends-je ? de mes maux je perds le soûvenir !
Ah ! je vous aimois trop pour languir davantage.
Vénus,
Neptune, Aréthuse & Alphée,
ensemble:
|
[Neptune
& Vénus] Formés les noeuds
les plus charmants.
|
|
[Aréthuse
& Alphée] Formons les noeuds les
plus charmants.
|
|
[Neptune
& Vénus] Au tendre Amour
donnés tous vos moments.
|
|
[Aréthuse
& Alphée] Au tendre Amour donnons
tous nos moments.
|
|
[Neptune
& Vénus] Qu'il trïomphe
à-jamais, qu'il regne, qu'il vous
blesse.
|
|
[Aréthuse
& Alphée] Qu'il trïomphe
à-jamais, qu'il regne, qu'il nous
blesse.
|
|
[Neptune
& Vénus] Vous voyés firnir
vos vos tourments.
|
|
[Aréthuse
& Alphée] Nous voyons finir nos
tourments.
|
|
[Neptune
& Vénus] Que vos plaisirs durent
sans cesse.
|
|
[Aréthuse
& Alphée] Que nos plaisirs durent
sans cesse.
|
[deux
Personnages dansants, de la Suite de Vénus,
enchaînent de Guirlandes de Fleurs Alphée &
Aréthuse]
|
Scene
derniere
Vénus, Neptune, Aréthuse, Alphée,
Suite de Vénus, Suite de Neptune
|
|
Neptune,
à Aréthuse:
Embéllissés dèsormais ce
séjour:
Qu'Alphée, ainsi que vous, prennent rang à ma
Cour.
Le Destin vous rend Immortelle.
D'une gloire si belle
Il fait part à l'Amant charmé de vos
attraits.
En vous fesant vivre à-jamais
Il veut que vous brûliés d'une flâme
éternelle.
[on
danse]
Neptune,
avec les Choeur:
[Neptune] Célébrés le jour
glorïeux.
[Choeur] Célébrons le jour
glorïeux.
Où
l'on a vu sortir Vénus de l'onde.
Elle fait les plaisirs des Cieux,
Et le bonheur du monde.
[Neptune]
Chantés qu'à ses bienfaits votre zele
réponde.
[Choeur] Chatons qu'à ses bienfaits notre
zele réponde.
[Neptune]
Que les plus dous transports éclatent dans vos
jeux.
[Choeur] Que les plus dous transports
éclatent dans nos jeux.
[la
Suite de Vénus & celle de Neptune se
réunissent & forment des Jeux en l'honneur de
Vénus]
Aréthuse,
alternativement avec le Choeur:
Tout s'embellit en ce séjour;
Tout célébre avec nous la Mere de
l'Amour.
Les Vants,
tranquilles dans leurs chaînes,
Laissent en paix le sein des mers:
Le Zéphir regne seul sur les humides plaines:
De l'aimable chant des Syrênes
On entend retentir les airs:
Malgré
la douleur qui la presse,
Alcïone à leurs voix vient mêler ses
accents;
Et pour former de plus doux chants,
Rallume dans son coeur sa premiere tendresse.
Tout
s'embellit en ce séjour;
Tout célébre avec nous la Mere de
l'Amour.
[les
Jeux continuent, & sont terminés par un
Ballet-général]
|
haut
de page

|
TROISIEME ENTREE
La
Coquette trompée
|
|
Les
Paroles de cet Acte sont de Mr Favard
|
|
les
personnages de la Coquette trompée:
|
les
interprètes:
|
|
|
|
Clarice
|
Mlle
Fel
|
|
Damon
|
Mr
Pillot
|
|
Florise,
Amante de Damon, traverstie sous le nom de
Dariman
|
Mlle
Lemiere
|
|
Le
Théâtre représente l'Appartement de
Clarice
|
|
Florise:
Flateuse Esperance,
Rassûre mon coeur:
De ma persévérance
J'attends mon bonheur.
Damon me
quitte pour Clarice,
Lorsque l'Himen alloit nous rendre heureux;
De mon Portrait il fait un sacrifice
Au nouvel objet de ses voeux:
Sous ce déguisement employons l'artifice,
Pour retirer ce gage & rejoindre nos noeuds.
Flateuse
Esperance,
Rassûre mon coeur:
De ma persévérance
J'attends mon bonheur.
Ariette:
Un infidele
Brise les noeuds les plus parfaits;
Mais une ardeur nouvelle
A-t-elle autant d'attraits ?
D'une aîle légere
Il vole, il cherche les plaisirs;
Et dans sa course passagere
Il ne trouve que des desirs:
L'Amour me ramene
Suivi de regrets;
Il reprend sa premiere chaîne,
Et s'enflâme pour jamais.
Clarice
vient. Cette Coquette
Me fuit, me guette,
Et pour moi s'attendrit;
Tout sert mes feux & mon dépit.
Contraignons-nous.
|
|
Florise:
Bon-jour, mon Adorable.
Clarice:
Et bon-jour, Dariman.
Florise:
Quels yeux ! qu'elle est aimable !
Clarice,
en minaudant:
Ne me regardés pas, je suis à faire
peur.
Florise:
Je vous trouve à ravir.
Clarice:
En honneur.
Florise:
En honneur.
Ariette:
Qui peut résister à vos charmes ?
Pour trïompher en tous lieux,
L'Amour prépare ses armes
Dans vos beaux yeux;
Il excite avec ses aîles
Le feu de vos regards,
Pour y forger ses dards;
Il fait de toutes parts
Voler des étincelles,
Qui portent dans les coeurs
Les plus vives ardeurs.
Ah !... je les sens... appaisés mes douleurs,
Ou je me meurs.
Clarice:
Vous êtes fort à plaindre,
Je ne puis vous guérir;
Les amants sont à craindre.
Florise:
Laissés-vous attendrir.
Clarice:
Ariette:
Ces feux errants, dont la vapeur legere
Eclaire, en voltigeant, les ombres de la nuit,
Egarent si-tôt qu'on les suit:
Ainsi par une erreur trop chere,
Des Amants inconstants la flâme nous
séduit.
Nous
croyons qu'un astre luit;
Mais on ne voit briller qu'une ardeur passagere,
Qui dans le même instant éclate, & se
détruit.
Florise:
Aimés, aimés; quelle crainte bisare
S'oppôse aux plus charmants desirs ?
Aimés, aimés; si l'Amour nous
égare,
C'est dans la route des plaisirs.
Clarice:
Si le m'engage,
Peut-être serés-vous
Jaloux,
Ou volage.
Florise:
Vos seuls attraits fixeront mon hommage;
On verra les plaisirs folâtrer avec nous.
Ce soir je
vous donne une fête:
Damon n'est point ici, que rien ne vous arrête.
Si mes soins ont pu vous toucher,
Je veux sur cette main en prendre
l'assûrance.
Clarice:
Modérés-vous.
Florise,
prenant la main de Clarice:
C'est trop de resistance.
Clarice,
tendrement:
Hé bien ! je sens... je sens que je vais me
fâcher.
Florise,
baisant la main de Clarice:
Ariette
Ah ! Madame,
Quel plaisir
vient saisir
Mon âme !
Quel bonheur,
Quelle ardeur
M'enflâme !
Ah
!
[à
part en riant]
comme elle
croit cela !
Je
desire
Je soûpire
Ah, ah
!...
[à
part en riant]
comme elle
croit cela !
Mon
coeur s'agite,
S'excite,
S'irrite,
Palpite,
Si vite,
Que...
je... crains... qu'il... ne... me... quitte,
Ah, ah, ah !...
[à
part en riant]
comme elle
croit cela.
Clarice:
Vous trïomphés de ma foiblesse.
Florise:
Je suis comblé.
Clarice,
fesant semblant de rougir:
J'en ai trop dit.
Florise:
Mais de Damon vous avés un dédit,
Avec certain portrait...
Clarice:
Comptés sur ma tendresse.
Florise:
Remettés en mes mains les gages de ses feux...
Vous hésités ? que je suis malheureux !
Ah ! votre coeur n'est pas sincere.
Clarice:
Hébien... il faut vous satisfaire.
[prête
à donner le Bracelet & le dédit, Clarice
entend du bruit, & fait cacher Florise, dans un
Cabinet]
Mais
qu'entends-je ? quel embarras !
On frappe.
Florise:
Mon bonheur m'échappe.
Clarice:
Retirés-vous.
Florise:
Je ne vous quitte pas.
Clarice:
Evitons les éclats.
Florise:
A quoi bon ce mystere ?
Clarice:
Ne craignés rien; laissés-moi
faire.
[Florise
entre dans le Cabinet]
|
|
Damon:
Je veux me venger
D'un Rival qui m'outrage;
Qu'il éprouve ma rage.
Clarice:
D'où vient cet orage ?
Damon:
Je veux me venger.
Clarice:
Qu'avés-vous ?
Damon:
Infidele !
Cruelle !
Une ardeur nouvelle
Rend votre coeur leger;
Vous avés pu chager !
Clarice:
Moi !
Damon:
Vous.
Clarice:
Moi !
Damon:
Perfide, volage !
Votre coeur est un Papillon,
Qui vole où le plaisir le flate davantage,
Clarice:
Votre esprit est un tourbillon,
Qui tourne, tourne, & porte le ravage
Dans:
C'est un Papillon.
Clarice:
C'est une tourbillon,
Ensemble:
[Clarice] Qui tourne, tourne, & porte le
ravage,
[Damon] Qui vole où le plaisir le flate
davantage,
Clarice:
Ecoutés-moi, Damon,
Damon:
Non.
Clarice:
Mais...
Damon:
Non.
Clarice:
Si...
Damon:
Non, non,
Ensemble:
[Damon] Non, non, non, non, non, non
[Clarice] Il n'entend pas raison,
Damon:
Je brise le noeud qui m'engage.
Clarice:
Dégagés-vous, dégagés-vous
Damon,
Et portés ailleurs votre hommage,
Ensemble:
[Clarice] Je brise le noeud qui m'engage,
[Damon] O Ciel ! quoi vous brisés le
noeud qui vous engage !
Clarice:
Ariette
Quand l'amour enchaîne les coeurs,
Il cache ses fers sous des fleurs;
On ne voit que l'image,
Des plaisirs les plus séducteurs;
On ignore son esclavage,
On passe des jours enchanteurs:
Mais si-tôt que les craintes,
Les soupçons, les plaintes
Nous font sentir le poids de la captivité,
Quel tourment, quel martire !
Un coeur agité
N'aspire
Qu'après la liberté,
Liberté, liberté !
Damon:
Ainsi vos feux on pu s'éteindre,
Ingrate ! ai-je tort de ma plaindre ?
Clarice:
De vos soupçons jaloux je me plains à mon
tour,
Damon:
Je sais qu'on prépare une fête,
Vous en êtes l'objet.
Clarice:
C'est pour vous qu'on l'apprête,
Nous avons su votre retour.
Damon:
Pour moi ! Non, non, c'est un détour.
D'un autre Amant vous êtes la conquête;
Et je sais qu'en ce même jour...
Clarice:
Hé bien, Monsieur, j'approuve son amour,
Il n'est point d'ardeurs éternelles.
Depuis un mois nos deux coeurs sont constants:
L'Amour & le tems ont des aîles;
L'Amour s'envole avec le tems.
Damon:
Ariette
Je sens par cet aveu rallumer ma colere:
Tremblés pour votre Amant ! ce rival
téméraire,
Tombera sous mes coups.
Que ma fureur éclate, & punissons l'offense !
Le seul plaisir de la vengeance,
Peut satisfaire un coeur jaloux.
Clarice,
en riant:
Ah, ah ! que les amants sont foux.
Damon:
L'Amour va céder à la haîne !
Clarice,
ironiquement:
Vous le haïssés ?
Damon,
d'un ton ferme:
Oui.
Clarice,
tres-tendrement:
Moi je vous hais aussi;
Haïssons-nous toujours ainsi,
Cédons à la fureur qui tous deux nous
entraîne.
Damon:
Cessés de me dèsespérer.
Clarice:
Vous me haïssés trop pour ne pas
m'adorer.
Damon:
Quand on se plaint d'une inhumaine,
On veut la quitter sans retour;
On croit sentir tous les feux de la haîne,
Et c'est la flâme de l'amour.
Vous
faîtes mon malheur.
Clarice:
Hébien, je vous pardonne.
Ma bonté vous étonne.
Damon:
Ah ! c'est moi qui suis outragé.
[à
part]
Florise,
hélas ! ton coeur est bien vengé;
Damon gémit sous un joug qui l'accable !
Clarice:
Regardés dans mes yeux si je suis
coupable.
Damon:
Deux beaux yeux ont-il jamais tort ?
Le charme d'un regard si tendre,
Enchaîne mon couroux, & me force à me
rendre;
Deux beaux yeux ont-il jamais tort ?
Quand
votre inconstance m'outrage
Leur douceur calme mon transport;
De l'innocence elle m'offre l'image:
Ah !Quand ils parlent ce langage,
Deux beaux yeux ont-il jamais tort ?
Clarice:
D'un Bal que pour vous on apprête,
Ce prétendu Rival n'est que l'ordonnateur;
J'arrangeois ave lui la Fête,
Voilà tous nos secréts.
Damon:
Pardonnés mon erreur.
Clarice
& Damon:
Que jamais aucun ombrage
De nos Amours
N'interrompe le cours,
Aimon-nous toûjours.
Damon:
Sans partage.
Clarice:
Sans partage.
Ensemble:
Toûjours, toûjours.
|
Scene
derniere
Damon, Clarice, Florise
|
|
Damon:
L'Amour comble mon esperance;
Je trïomphe, je suis heureux.
Clarice,
appercevant Florise:
O Ciel !
Florise,
à part sortant du Cabinet:
O Ciel, je n'ai plus d'esperance !
Il trïomphe, il est heureux !
Clarice,
à Florise, en lui donnant le Bracelet & le
Dédit, & fesant semblant d'adresser la parole
à Damon:
Recevés de mes feux
Une entiere assûrance.
Damon
& Florise:
Souffrés qu'à vos genoux...
[ils
se jettent aux genous de Clarice, & se trouvent
vis-à-vis l'un de l'autre]
Clarice,
à Florise:
Que faites-vous ?
Damon:
Juste Ciel ! c'est Florise,
Florise:
Perfide !
Clarice:
Quelle est ma surprise !
Florise,
à Damon:
Si tu l'ôses, venge-toi,
Punis-moi
D'avoir charmé ta fidele Clarice.
Damon:
Je rougis de mon injustice.
Mon coeur à-t-il pu vous trahir ?
Ah ! C'est à vous de ma punir:
Oui, je vous ai fait une offense,
Qui me rend indigne du jour;
N'écoutés que votre vengeance.
Florise:
Je n'écoute que mon amour.
Damon:
Ah ! je sens tout le mien renaître;
Et je veux suivre à-jamais votre loi.
Florise,
déchirant le Dédit, & remettant le
Bracelet à Damon:
Ce Dédit déchiré vous en laisse le
maître,
Et je vous rends ce gage de ma foi.
[à
Clarice, ironiquement]
Je vous
enleve une conquête.
Clarice,
gaîment:
Ce Malheur ne peut me troubler;
Mille autres coeurs pouront me consoler:
Livrons-nous aux plaisirs; jouïssons de la
Fête.
|
Damon
& Florise:
|
Clarice:
|
|
Que
notre tendresse
Renaisse
Sans-cesse,
Goutons à-jamais
Ses attraits.
|
Inspirons
sans-cesse
L'ivresse
De la tendresse,
Mais
N'aimons jamais.
|
Clarice:
Fesons trïompher nos charmes,
Tout doit nous rendre les armes;
Tous les coeurs sont à nous.
Une belle qui soûpire,
Renonce à ses droits les plus doux;
Aimer, c'est perdre son Empire.
|
Damon
& Florise:
|
Clarice:
|
|
Que
notre tendresse
Renaisse
Sans-cesse,
Goutons à-jamais
Ses attraits.
|
Inspirons
sans-cesse
L'ivresse
De la tendresse,
Mais
N'aimons jamais.
|
[Entrée
de Masques de différents
Caracteres]
VAUDEVILLE
Clarice:
Lorsque l'Amour a des rigueurs,
Il faut en affranchir nos coeurs;
On est bien dupe
Quand on s'occupe
D'un espoir qui nous fait languir;
Par la peine,
Par la gêne,
C'est trop payer le plaisir.
Florise:
Pour effacer un long tourment
Il ne faut qu'un heureux moment:
Amour, tes charmes
Séchent mes larmes,
Le bonheur comble mes desirs;
Quand la peine
Nous ymene,
On goûte mieux les plaisirs.
Damon:
Qui met sa gloire a tout charmer,
Connoît peu le bonheur d'aimer;
Une Coquette
Est satisfaite
De tromper toûjours nos desirs;
Trop de peine
Sous sa chaîne
Fait acheter les plaisirs.
[une
Contredanse termine le Divertissement]
|
|
J'ai
lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Ballet,
intitulé Les Fêtes d'Euterpe.
A Paris, ce 22 Juillet 1758.
De
Moncrif
|
haut
de page