Erigone
Ballet
representé
devant le Roy, sur le Théatre des petits Appartemens à
Versailles
1748
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Les
Paroles sont de Mr
de La Bruere
La Musique est du Sr
Mondonville,
Maître de Musique de la Chapelle du Roy
Les Danses sont de la composition du
Sr
Dehesse
Les Habits sont faits sur les desseins du
Sr
Peronnet
Les Décorations sont été peintes par le
Sr
Perot
les
personnages les
interprètes Erigone Madame
la Marquise de Pompadour Bacchus Monsieur
le Duc d'Ayen Autonoé,
une des Nympes qui ont élevé
Bacchus Madame
la Duchesse de Brancas Un
Suivant de Bacchus Monsieur
le Marquis de La Salle
Nymphes de la Suite d'Erigone
Le
Théatre représente un Bocage: on voit dans le
fond une Demeure Champêtre élegamment
ornée.
Erigone, seule
Erigone Dieux
des Amans, &c. Bacchus,
ce fier Vainqueur de nos riches climats,
Dieu des Amans, reçoi les voeux
D'une Amante qui t'implore:
Mets ta flame dans mes yeux,
Pour triompher du Heros que j'adore.
M'inspire l'ardeur la plus vive:
Helas ! la gloire seule a pour lui des appas.
Amour, qu'enfin ton regne arrive.
Erigone, Autonoé
Autonoé Le Dieu
qui de Bacchus me confia l'enfance Erigone Autonoé Erigone On
entend un Prélude. Autonoé Erigone
se retire.
Belle Nymphe, esperez le sort le plus heureux;
Le Destin a parlé, le Destin sert vos
feux.
M'ordonne dans ce jour de servir votre ardeur;
Et c'est par le don de son coeur
Qu'il veut que ce Heros commence
A connoître le vrai Bonheur.
O Ciel !
Pour triompher de son indifférence,
J'assemble les Plaisirs dans ce Bois ecarté;
L'Empire de la Beauté
Est fondé sur leur puissance.
Dieux de Cythere, enchantez ce Séjour;
Aux yeux de mon Vainqueur faites briller vos charmes;
Préparez vos plus douces armes
Pour le triomphe de l'Amour.
La Troupe des Sylvains accourt dans cet azile;
Attendez pour paroître un moment plus
tranquille.
Bacchus, Autonoé,
Corybantes, & Sylvains
Le
Choeur On
Danse. Bacchus La
Suite de Bacchus se retire.
La Victoire vole à ta voix;
Qu'elle suive tes pas du Couchant à l'Aurore:
Bacchus, que l'Univers adore;
C'est le Plaisir qui dispense tes Loix.
Je reconnois vos soins, & cette ardeur sincere;
Mais laissez-moi goûter les charmes du repos:
Allez vous préparer pour des plaisirs nouveaux;
Laissez-moi respirer dans ce Lieu solitaire.
Bacchus, Autonoé
Autonoé Vous avez
fait à la Terre Bacchus Ces cris
de mes Sylvains, ces clameurs de Bellone, Autonoé Mais vos
malheurs ne sont pas sans retour. Une
Enchanteresse charmante
Oui, vous étes le Fils & l'Image des Dieux;
Vous semblez lancer le Tonnerre;
Vous domptez l'Univers, vous le rendez heureux.
Un don envié par les Cieux;
Et le Char du Dieu de la Guerre
Est environné par les Jeux.
Le charme des Plaisirs, & l'éclat de la
Gloire,
Semblent me faire un sort flateur;
Cependant, pouvez-vous le croire ?
Au sein de l'Allegresse, au sein de la Victoire,
Entouré des Plaisirs, j'ignore le Bonheur.
Ce tumulte qui m'environne,
N'ont-ils qu'un prestige imposteur ?
Dés qu'il cesse, rien ne me reste,
Qu'une langueur funeste
Qui consume mon coeur.
Cette langueur étrange
Est un châtiment de l'Amour;
Vous l'avez fui jusqu'à ce jour:
C'est ce Dieu jaloux qui se vange.
Habite en ces lieux;
Sa voix menaçante
N'ouvre point l'Enfer affreux:
Plus douce & plus puissante,
Sa Magie est dans ses yeux.
L'Amour vole à sa voix touchante,
C'est l'ouvrage d'un moment;
Et des Coeurs charmés qu'elle enchante,
Rien ne détruit l'enchantement.
Regardez ce Sejour champêtre,
C'est son Palais; mais je la vois paroître.
Bacchus, Autonoé, Erigone
Egigone
paroît. L'Amour & les Nymphes qui la suivent
dansent autour d'elle, pendant qu'Autonoé chante.
L'Amour prend la guirlande que tient Erigone, & la
présente à Bacchus; & avant de la lui
donner, il y cache un trait qu'il tire de son
carquois.
Autonoé Bacchus Erigone Bacchus Erigone C'est
l'Amour, ce sont ses fers Bacchus Erigone Tout
s'embellit aux regards des Amans; Non, ce
n'est qu'aux Amans heureux Bacchus Mais vous,
Objet divin, vous dont la voix si tendre, Erigone Bacchus Tous
Deux Erigone:
Nymphes qui me suivez, accourez à ma voix.
L'Amour suit cet Objet charmant;
C'est l'ornement
De son aimable Empire:
Venus l'inspire;
Venus sçut l'instruire
De ses Secrets divins:
Les Ris badins,
De leurs traits l'armerent;
Et les Graces qui la formerent,
Les Graces même envierent
L'ouvrage de leurs mains.
Dieux ! quel charme inconnu me ranime & m'enflame !
Ses regards entraînent mon ame:
Le volage Essain des Zéphirs
Seme les Fleurs autour d'elle:
Sur ses pas l'Amour appelle
Et rassemble les Plaisirs:
On la voit, on l'adore,
Et l'on n'a plus d'autres desirs
Que de la voir encore.
De la Gloire terrible
Suspendez les travaux:
Je chante un Vainqueur plus paisible;
Le Plaisir porte ses Drapeaux:
Il ne faut qu'un Coeur sensible
Pour étre au rang de ses Heros:
Comme vous il est invincible,
Mais ses triomphes sont plus beaux.
Quel trouble votre aspect m'inspire !
Nymphe, en vous écoutant, à peine je
respire.
Mon sort rendoit les Dieux jaloux;
La Gloire & les Plaisirs avoient suivi mes armes:
Mais depuis que je vois vos charmes:
Je sens qu'il est des biens plus doux;
Mais depuis que je vois vos charmes,
Mon coeur ne connoît plus que vous.
Vous cherchiez le bonheur au milieu des allarmes.
Qui sont le bonheur suprême;
C'est dans le coeur de ce qu'on aime
Qu'on trouve les biens les plus chers.
Vos Plaisirs, vos Exploits divers,
N'avoient pour objet que vous-méme;
Vous étiez seul dans l'Univers.
Vous enchantez mon coeur, je vois que la Nature
Imite mes transports:
Les Rossignols sous la verdure
Forment de plus tendres accords;
Le ruisseau qui baigne ces bords,
Coule avec un plus doux murmure:
Mille naissantes fleurs billent de toutes parts;
Et ces lieux où renaît une clarté plus
pure,
S'embellissent par vos regards.
Non, rien de ces beaux lieux n'a changé le
Spectacle,
Et c'est dans vostre coeur que s'est fait le
miracle.
Ils ont mille plaisirs charmans
Inconnus à l'indifférence:
Sur tout ce qui les suit, les traits que l'Amour lance,
Versent leurs doux enchantemens;
Et le plaisir d'aimer donna sa violence
A tous leurs snetimens.
Que la Nature paroît belle;
C'est pour eux seuls que Zéphir amoureux
Fait éclore la fleur nouvelle,
Et les Oiseaux ne chantent que pour eux.
C'est l'Amour qui triomphe, il faut enfin se
rendre.
Sur les secrets d'amour a daigné
m'éclairer,
Votre coeur veut-il ignorer
Ce que vos yeux on sçût m'apprendre
?
Non, je sentois ces feux que je peignois si bien;
J'avois, en vous voyant, appris à les
connoître;
Et si mon coeur fut votre maître,
L'Amour lui-méme fut le mien.
Ah ! la Felicité par votre voix m'appelle.
Amour, lance tes traits, épuise ton Carquois;
Brûlons d'une flame éternelle;
Que sur une chaîne si belle
L'inconstance n'ai point de droits.
Bacchus:
Ménades & Sylvains, accourez à ma
voix.
Bacchus, Autonoé, Erigone,
Troupe de Sylvains & de Corybantes,
Nymphes de la Suite d'Erigone
Bacchus,
aux Sylvains Le
Choeur Un Suivant
de Bacchus, à Erigone Laissez
voler, &c. On
danse. Erigone Ecoutez de
tendres desirs; On
danse. On Reprend
le
Choeur
Chantez dans vos Fêtes charmantes
La victoire d'Amour, le bonheur de Bacchus;
Portez dans vos mains triomphantes
Les Flambeaux du Fils de Venus.
Chantons dans nos Fêtes charmantes,
&c.
Laissez voler sur vos traces
Les Ris qui nous suivent toujours;
Qu'il viennent animer les Graces,
Et préter des traits aux Amours.
Enchantez deux Amans fideles,
Plaisirs, couronnez leur ardeur;
Formez des chaînes éternelles
Pour votre gloire & leur bonheur.
L'Amour triomphe malgré nous,
Mais sa victoire a mille charmes;
Peut-on resister à ses coups ?
C'est dans nos coeurs qu'il prend ses armes.
Laissez reposer la Victoire:
La Terre admira votre gloire;
Faites-lui chanter vos plaisirs.
Chantons dans nos Fêtes charmantes,
&c.