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L'Empire de l'Amour
Ballet héroïque en un Prologue & III Actes
repréenté pour la premiere fois, par l'Academie Royale de Musique
le 14. d'Avril 1733

livretde François-Augustin Paradis de Montcrif

musique de: René de Galard de Béarn de Brassac

 



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

Ballet composé d'un Prologue, & des Entrées suivantes:

I. Les Mortels
II. Les Dieux [*]
III. Les Genies du Feu

[*] Cette Entrée, suivant l'ordre annonce par le Prologue, auroit dû être la derniere; Mais, pour éviter des difficultez dans l'Execution, on a été obligé de la mettre après le premiere Entrée


PROLOGUE

les personnages du Prologue:

les interprètes de l'époque:


Bacchus

Mr Chassé

Autoné

Mlle Eeremans

Clydé

Mlle Jullye


Le Theâtre représente un Boccage de l'Isle de Naxos: Bacchus est environné des Nymphes, à qui Jupiter l'a confié, qui paroissent dans une extrême vieillesse: On voit un Temple de Jupiter dans l'enfoncement


Scene premiere
Bacchus, Autonoé, Clidé,
Choeur des Nymphes de Naxos, assises sur des Bancs de gazon

Autonoé:
C'est Bacchus, c'est sa présence,
Naxos, qui fait vos attraits:
Lieux témoins de sa naissance,
Pour vous quelle récompense
S'il ne vous quittoit jamais !
C'est Bacchus, c'est sa présence,
Naxos, qui fait vos attraits.

Clidé:
Les doux Plaisirs empressez, sur ses traces,
Rendent Bacchus le plus charmant des Dieux:
Avoit toûjours la jeunesse & les graces,
De tous les biens, est le plus precieux.

Bacchus:
Cessez, Nymphes, cessez de vanter la jeunesse,
Que le Destin daigne me reserver;
Je ne jouis qu'avec tristesse,
D'un bien que tous mes voeux n'ont pû vous conserver.

Clidé & Autonoé:
Ne peut-on enchaainet le Temps ?
Le cruel nous poursuit sans cesse,
Il fait de nos plus doux instans
Autant de pas vers la vieillesse.

Bacchus:
Dieu souverain des autres Dieux,
Si le bonheur d'un Fils vous interesse,
Fléchissez le Destin; qu'il rendre la jeunesse
Aux Habitantes de ces lieux

[on entend une Simphonie]

Mais, quels Concerts se font entendre ?
Que vois-je ! l'Hyver fuit, de beaux jours envolez,
Pour la premiere fois vont être rappellez ?
Revenez doux Printemps, hâtez-vous de descendre.

[aux Nymphes]

Nymphes, à mes regards l'Avenir se découvre,
Enfin mes voeux sont ex aucez !
Jupiter vous appelle, allez, le Temple s'ouvre,
Vous embrassez l'Autel & vous rajeunissez.

Le Choeur des Nymphes, marchant vers le Temple:
L'importune Vieillesse
Apesantit nos pas;
Que nous tardons, helas !
A recouvrer nôtre jeunesse ?

[on voit les Nymphes entrer dans le Temple, embrasser la Statuë de Jupiter, & sortir rajeunies, en dansant & chantant autour de Bacchus]

Le Choeur des Nymphes, rajeunies:
Au plaisir tout nous convie,
C'est une nouvelle vie
Que nous venons d'obtenir:
Fuyez Vieillesse fatale,
Quel bonheur; non, rien n'égale
Le plaisir de rajeunir ?

[on danse]

Le Choeur des Nymphes:
Des Biens parfaits
Le sort nous rend l'usage
Ce doux succès,
Bacchus, est vôtre ouvrage:
Regnez tranquille
Dans cet azile,
Vôtre présence ajoûte à vos bienfaits.

[on danse]


Scene 2
Troupe de Menades, de Satyres, de Corybantes,
& les Acteurs de la Scene précédente

[on entend une Simphonie de Trompettes & de Tymballes]

Autonoé:
Mais, quels bruyans Concerts
Troublent nos retraites charmantes ?

Bacchus:
Les Menades, les Corybantes,
Viennent sous mes drapeaux, conquerir l'Univers.

Les Choeurs:
Triomphez, au bruit de nos Festes,
Que vôtre Empire aura d'attraits !
Regnez Bacchus; par vos conquestes,
Vous comptez vos bienfaits.

[on danse]

Bacchus:
Pourcourons l'Univers; que la Terre féconde,
De fruits & de moissons se décore à nos yeux:
Je veux, par le bonheur du monde,
Devenir le plus grand des Dieux.

Autonoé:
Helas ! il en est un qui des Dieux est le Maitre !
Enfant impetueux, l'Univers est sa Cour:
Vôtre repos, & vos vertus peut-être,
Dépendront de luy quelque jour.

Bacchus:
Eh ! quel est donc ce Tyran ?

Autonoé:
C'est l'Amour.

Bacchus:
Ne peut-on en fuyant, échapper à ses armes ?

Autonoé:
Pour meiux braver l'Amour, n'en prenez point d'allarmes;
Voyez tous ses bien-faits, surpassez par ses maux;
L'éloignement ne sert qu'à nous montrer ses charmes,
Et nous tromper sur ses défauts.
Avant que vous quittiez Naxos,
Nous allons dans nos jeux, peindre sa tyranie:
Vous le verrez ternir la gloire d'un Heros,
Tromper l'art enchanteur du plus puissant Genie;
Et luy-même troublé de craintes, de soupirs,
NE pouvoir séparer ses maux de ses plaisirs.

[les Nymphes vont préparer leurs jeux, & Bacchus reste avec les Corybantes & leurs Troupes]

Le Choeur des Bacchantes & des Menades:
Dieu charmant, cédez la victoire;
Si le Fils de Venus vous appelle à sa Cour,
On peut être amoureux & voler à la gloire;
Le loisir des Heros appartient à l'Amour.

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LES MORTELS

les personnages:

les interprètes de l'époque:


Phedre

Mlle Pellicier

Minos

Mr Dun

Ariane

Mlle Le Maure

Thesée

Mr Chassé


Le Theâtre représente un Vestibule, où dans l'un des côtez, on voit un Temple de Venus: et dans l'enfoncement, la Mer


Scene premiere
Phedre & Thesée

Phedre:
Vous quittez Ariane, & la quittez pour moy ?
Par Phedre & pat Thesée, Ariane est trahie ?
Helas ! Elle est ma soeur, rendez-luy vôtre foy,
Ses soins vous ont sauvé la vie.

Thesée:
Je n'ay point oublié tout ce que je luy doy;
Envain je triomphois du Monstre de la Crétte,
Je pesissois bien-tôt dans sa vaste retraite;
Ariane a daigné me prêter son secours;
Je l'amois, je la fuis, l'Amour vers vous m'entraîne:
Nôtre coeur sans remords, brise toute autre chaîne,
Lorsqu'il trouve l'Objet qu'il doit aimer toûjours.

Phedre:
J'ay pû découvrir tout l'amour qui m'anime,
Ce trop injuste amour que j'ay tant combatu:
L'effort de la cacher étoit une vertu;
C'est l'aveu seul qui fait le crime.

Thesée:
Ariane ignore nos feux ?
Tranquille, elle n'a point de reproche à vous faire;
Que nôtre amour encor soit pour elle un mistere:
Attendons des jours plus heureux.

Phedre:
Que distes-vous, ô Ciel ! quelle injustice !
Je luy ravis l'Amant qui fait tout son bonheur;
Et j'irois, à l'offense ajoûtant l'artifice,
Luy cacher ma foiblesse, & nourir son erreur ?
Je vais lui découvrir ma trahison funeste,
Exciter dans son coeur l'amitié, le couroux;
C'est le seul secours qui me reste
Contre moy-même, & contre vous.

Thesée:
D'un malheur qu'elle ignore,
Fuyez le vain éclat;
Vous ne luy rendrez qu'un Ingrat,
Et vous perdrez qui vous adore.

Phedre:
Elle vient...

Thesée:
Ciel !


Scene 2
Phedre, Thesée, Ariane

Ariance:
Seigneur, tout flate vos souhaits,
Le Sort ne nous est plus contraire;
Minos a consenty qu'Athenes désormais,
De nôtre Crétte enfin ne soit plus tributaire;
Il va briser vos fers & vous donner la paix.

Thesée:
Qu'entens-je ! Le Roy vôtre Pere...

Ariane:
Après ce changement heureux,
Je me flate que, sans colere,
Ilaprendra l'amour qui nous unit tous deux.

Thesée:
Ciel !

Ariane:
Minos vous attend; Thesée, enfin j'espere
Qu'un mutuel amour fera nôtre bonheur:
Allez.

Thesée, à Phedre:
Si vous l'aimez, laissez-luy son erreur.


Scene 3
Phedre & Ariane

Ariane:
L'Amitié nous unit d'une égale tendresse,
Ma Soeur, je sçais combien mon sort vous interesse;
Mais, vous n'avez jamais aimé,
Et ce trouble amour dont mon coeur est charmé,
Ne vous paroît qu'une foiblesse.

D'où vient que vôtre ame à son tour,
Au doux plaisirs d'aimer, ne s'est point asservie ?
Ah ! croyez-moy , s'il est un bonheur dans la vie;
On ne le doit qu'autre Amour.

Phedre:
Les biens qu'Amour nous dispense,
N'ont souvent que l'apparence;
Un jour, un seul instant en fait des maux cruels:
On porte aux pieds de ses Autels,
Plus de regrets que de reconnoissance.

Ariane:
Puis-je soupçonner un moment
Le bonheur où l'Amour m'appelle ?
J'aime un Heros, il est charmant !
Il me sera toûjours fidele.

Phedre:
Vous croyez que Thesée, en faveur d'un secours ?...

Ariane:
Il est sur mon coeur, il m'aimera toûjours.

Le tendre penchant qu'il m'inspire
M'a fait luy conserver le jour:
Ah ! quel plaisir ! dans mon coeur, je puis dire:
Tous les momens où mon Amant respire
Sont l'ouvrage de mon amour.

Phedre:
Ma Soeur trop long-temps abusée...

Ariane:
On vient, le Roy s'avance, & j'aperçois Thesée.


Scene 4
Phedre, Ariane, Minos, Thesée,
Troupe de Cretois d'Atheniens

Minos, à Thesée:
Jeune Heros, vôtre valeur
Eteint de funestes haines;
Le Monstre de Crétte, en vous, trouve un Vainqueur,
Je brise enfin vos chaînes;
Je n'exigeray plus d'autres tributs d'Athenes
Que l'amitié de son Liberateur.

Chantez, celebrez la victoire,
Qu'un Heros remporte en ces lieux:
Faits voler jusques dans les Cieux,
Son triomphe & sa gloire.

Les Choeur:
Chantons, &c.

[les Crétois ôtent les fers qui enchaînent les Atheniens; et commencent les Jeux]

Minos:
Grand Dieu du Ciel, regnez sur ce Rivage,
Le repos de la Créte est un des vos bienfaits:
Mortels ambitieux, la guerre est vôtre ouvrage,
Les Dieux n'inspirent que la paix.

[on danse]

 

Une Crétoise, alternativement avec le Choeur:

Le Choeur:
Goûtez d'heureux loisirs,
Aimable jeunesse,
Tout vous en presse:
Que les Jeux, les Plaisirs
Préviennent sans cesse
Vos tendres desirs.

Seule:
Le Ciel remplit nôtre attente,
Dans ces beaux lieux
Tout enchante
La Paix charmante
Va combler nos voeux.

Le Choeur:
Goûtez d'heureux loisirs, &c.

Seule:
Blesse nos coeurs
De tous douces armes;
Tes traits vainqueurs,
Amour, sont des faveurs,
Non, non, tes langueurs,
Tes pleurs
Ont des charmes.

Le Choeur:
Goûtez d'heureux loisirs, &c.

[on danse]

Minos, à Thesée:
Seigneur, je sçais quel Dieu, pour conserver vos jours,
Vous a du Labirinthe enseigné les détours:
Vous avez fait paroître un courage indomptable,
Je paronne à ce Dieu, de vous avoir servy:
La vertu me paroît aimable,
Jusques dans mon ennemy.

[à Ariane]

Deviez-vous de vôtre tendresse,
Chercher à me faire un secret ?
L'amour n'est plus une foiblesse
Lorsqu'un Heros en est l'objet.
J'aprouve vôtre amour, vivez heureux ensemble;
Que bien-tôt l'Hymen vous assemble.

Phedre, à part:
Ciel !

Ariane:
Vous comblez nos voeux.

Thesée:
Quoy ! pouvois-je esperer !...

Minos, à Ariane:
Allezn & par un sacrifice,
Aux voeux que nous formons, rendez Venus propice;
Pour vôtre Hymen, je vais tout préparer.


Scene 5
Phedre

Phedre:
Ah ! qu'il est different de céder ce qu'on aime,
Ou de le perdre malgré soy !

Lorsque je me privos moy-même
D'un coeur dont Ariane a merité la foy,
Ma vertu me payoit de cet effort suprême:
L'Hymen va les unir sous une même loy,
Je ne puis resister à ma douleur extrême.

Ah ! qu'il est different de céder ce qu'on aime,
Ou de le perdre malgré soy !


Scene 6
Phedre, Thesée

Phedre:
He bien, pour Ariane en ce jour tout conspire.

Thesée:
Au Temple de Venus, je viens de la conduire...

Phedre:
Eh quoy ! de son hymen vous pressez le moment ?
C'est à moy de mourir, elle doit être heureuse;
Je le sçay, je subis ma destinée affreuse:
Mais, vous deviez du moins m'épargner le tourment
De vous voir cet empressement.

Thesée:
Que vôtre injustice est extrême !
Quel temps choisissez-vous pour accuser mon coeur ?
Helas ! l'excès de ma douleur,
Cette même Venus qu'implore vôtre Soeur;
Tout m'est garand que je vous aime.
Non, vous ne verez point cet hymen odieux;
Je puis tromper du Roy la volonté suprême,
Un Vaisseau qui m'attend...

Phedre:
Vous partiriez, ô Dieux !

Destin, que ta rigueur fatale
Lance sur moy d'horribles traits !
Il faut que mon Amant s'unisse à ma Rivale,
Ou me resoudre, helas ! à ne le voir jamais.

Ensemble:
O Ciel, quelle peine cruelle !
Ciel... ô Ciel quel funeste choix !

Phedre:
L'horreur d'une absence éternelle,
La douleur de vous voir vivre sous d'autres loix ?

Thesée:
Non, je ne puis briser une chaîne si belle;
Phedre... si vôtre maour étoit égal au mien ?
Si vous sçaviez aimer...

Phedre:
Hé bien...

Thesée:
A nos sermens vous me seriez fidele.
Envain icy le Sort s'est armé contre nous,
L'Hymen peut nous unir...

Phedre:
Thesée, expliquez-vous ?

Thesée:
Mon Pere est Souverain d'Athenes,
Il a sçû ma victoire, il attend mon retour;
Il connoît vos vertus... s'il voyoit nôtre amour ?
Ah ! qu'avec plaisir dans la Cour,
De nôtre Hymen il formeroit les chaînes !

Phedre:
O Ciel ! quel projet, odieux !
Esclace de l'Amour, je fuyrois de ces lieux !
Je trahirois ma Soeur, mon Pere &ma Patrie ?

Vôtre Hymen eit été
Le charme de ma vie,
De ma felicité
L'esperance est trahie,
Resistons à nôtre coeur:
Peut-on jouir d'un bonheur
Qui coûte une perfidie ?

Fuyez-moy, j'y consens, quand j'en perdrois le jour...

Thesée:
Vous m'aimez ? & vous même ordonnez mon supplice !
Cruelle !... Mais enfin, je sens mon injustice,
Vous cédez au devoir, il m'éclaire à mon tour:
Ariane a sçû me défendre
D'un péril...Mais, quel coeur aime comme le sien ?
Malgré les soins constans qu'elle ma vû vous rendre,
Son amour est si pur, son amour est si tendre
Qu'il n'a pû soupçonner le mien;
Et j'allois achever ma trahison funeste.
Je partois... je l'aimais, je ne m'en défens pas;
Je luy porte ma main, le temps fera le reste,
Il luy rendra mon coeur...

Phedre:
Helas !
Vous l'aimeriez ? ah ! tout me desespere !
Ma Soeur... de quel transport mon coeur se sent saisir ?
Quoy ! n'ay-je plus de choix à faire ?
Que vous tromper, ou vous haïr ?

[le Temple s'ouvre, & les Prêtresses paroissent]

Thesée:
On vient, le Roy m'attend.

Phedre:
Que mon trouble est extrême !

Thesée:
Ah ! Princesse, fuyons, nous n'avons qu'un instant,
Vous suivez un Epoux dans le plus tendre Amant ?
Je meurs si je vous perds... prononcez...

Phedre:
Je vous aime.


Scene 7
Ariane & les Prêtresses de Venus

[Ariane préside au Sacrifice]

[on danse]

Ariane, alternativement avec le Choeur:
De Venus celebrons-tous l'Empire,
Tout nous plaît dans les feux qu'elle inspire:
Il n'est point de tourments,
Pour les parfaits Amants.

[on danse]

Le Choeur:
De Venus celebrons-tous l'Empire,
Tout nous plaît dans les feux qu'elle inspire:
Il n'est point de tourments,
Pour les parfaits Amants.

Ariane:
Elle enflâme un Heros que j'adore,
Tout mon coeur s'abandonne aux transports de ses feux:
Le pouvoir des Dieux que l'on implore
Peut-il mieux éclater, qu'en nous rendant heureux !

Le Choeur:
De Venus celebrons-tous l'Empire, &c.


Scene 8
Minos, Ariane & les Prêtresses de Venus

Minos, à Ariane:
Sortez d'erreur, cessez les inutiles voeux,
Dont ces Murs sacrez retentissent:
Vôtre Soeur, vôtre Amant, & les Dieux vous trahissent.

Ariane:
Phedre ! Thesée ! ô Dieux !

Minos:
Les perfides s'aimoient, ils ont fuy de ces lieux;
Les Vents les ont sauvé du couroux qui m'anime.
Vous sucombez à vos douleurs ?

[à Ariane]

Phedre est plus malheureuse, elle seule est victime
De l'Amour de ses fureurs.
Ce Dieu, ce Dieu cruel luy fait commettre un crime,
Et nous vous coûte que des pleurs.

[on apperçoit un Vaisseau qui s'éloigne]

Ils s'éloignent, ô Ciel ! ma douleur legitime
Ne sçauroit soûtenir ce spectacle odieux.

[il sort]


Scene 9
Ariane & les Prêtresses de Venus

Ariane:
Qu'ay-je appris ? quel Objet vient de fraper mes yeux !
Thesée... il m'abandonne, & mon coeur le rappelle ?
Quoy ! ma Soeur ? ô douleur mortelle !
Phedre, peut partager ses perfides amours !
Helas, de l'Infidelle
Avec tant de plaisir, j'avoir sauvé les jours !
Dieux ! quel en est le prix ! Il va vivre pour Elle.
Mais, tout sert leur fuite cruelle;
Le Vaisseau disparoît ? ô comble de malheurs !
Barbare, soy content; Tu me trahis... je meurs.

[elle tombe dans les bras des Prêtresses, qui l'emmenent]

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LES DIEUX

les personnages:

les interprètes de l'époque:


L'Amour

Mr Tribou

Psiché

Mlle Eeremans

Venus

Mlle Pellicier

Jupiter

Mr Dun

Adonis

Mr Chassé

Une Bergere

Mlle Mignier


Le Theâtre représente un Lieu champêtre


Scene premiere
Psiché, en habit d'esclave

Psiché:
Non, Venus, non, malgré ta fureur vangeresse,
Mes transports pour l'Amour ne sont point effacez:
Si tu veux que mes maux égalent ma tendresse,
Tu ne me punis pas assez.

[l'Amour traverse le Theâtre, sans que Psiché l'aperçoive]

J'ose nommer l'Amour. ah ! luy suis-je encore chere ?
Cherche-t'il sa Psiché ? me plainte-il seulement ?
Qui croiroit qu'un Dieu si charmant
Pûr ressentir de la colere !


Scene 2
Psiché, l'Amour

L'Amour, qui a paru dans l'enfoncement du Theâtre, tandis que Psiché chantoit les derniers Vers:
Non, non, belle Psiché, je n'ay plus de couroux.

Psiché, elle se jette à ses pieds:
Que vois-je c'est l'Amour ? c'est le Dieu que j'adore ?

L'Amour:
Que rigueur Venus exerce sur vous !

Psiché:
Ah ! j'ay trop peu souffert, si vous m'aimez encore.


Scene 3
Psiché, l'Amour, Venus

Venus:
Arrêtez; le Destin la retient dans mes fers;
Je sçais punir un Fils rebelle.

[à Psiché]

Et toy trop superbe Mortelle,
Tu prétens m'effacer aux yeux de l'Univers ?
Perds ton Amant, tombe aux fond des Enfers.

[la Terre s'ouvre, Psiché est précipitée]

L'Amour:
Implacable Venus...

Venus:
Tu m'irrites contre elle ?
Tu l'adores, Perfide, & tu crois m'attendrir ?
N'aime plus qui je hais, et vient le voir mourir.


Scene 4
l'Amour

L'Amour:
Grand Dieu qui lancez le tonnerre,
Des fureurs de Venus, venez rompre le cours.

Venez pour conserver la Terre,
De Psiché deffendre les jours.

Moy seul des Elemens j'ay terminé le guerre:
Si jôte à l'Univers mon utile secours,
Le désordre, l'horreur y regneront toûjours.

Venez pour conserver la Terre,
De Psiché deffendre les jours.


Scene 5
l'Amour, Jupiter

Jupiter:
Amour, Psiché vivra, compez sur mon secours.

Quelles barbares injustices
Le Sort exerce sur vos voeux ?
De l'Univers vous faites les délices;
Et vous ne seriez point heureux !

L'Amour:
Psiché sans art, sans soins, a le secret de plaire;
Ce Don de tout chermer, est dans ses propres traits !
Et c'est une crime que ma Mere
Ne luy pardonnera jamais.

Jupiter:
La superbe Venus ignore
Quel est Jupiter irrité ?
Je veux humilier l'orgueil de sa beauté...

L'Amour:
Non, son creul dépit redoubleroit encore.

N'employons que des soins flateurs,
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rapelle
Qu'il est une Mortelle,
Que luy préferent tous les coeurs.

Le charmant Adonis que j'ai blessé pour Elle,
Peut seul adoucir ses fureurs:

N'employons que des soins flateurs,
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rapelle
Qu'il est une Mortelle,
Que luy préferent tous les coeurs.

Elle vient, Adonis luy parle de sa flâme,
Elle aime, son couroux doit s'éteindre en ce jour.
Dans le trouble charmant d'un mutuel amour,
Quel autre sentiment peut regner dans une ame.

Ensemble:
Elle aime, son dépit doit s'éteindre en ce jour.


Scene 6
Venus, Adonis

Venus:
Non, le Dieu Mars n'est point l'Amant qui m'interesse,
D'un Vainqueur plus charmant j'ay senty le pouvoir.

Adonis:
Qui peut donc de Venus meriter la tendresse ?

Venus:
N'avez-vous pû vous en appercevoir ?

Adonis:
He par quel bonheur suprême
Aurois-je droit de lire au fond de vôtre coeur ?
Non, je n'ose sçavoir quel est vôtre Vainqueur,
Si je ne l'apprens de vous-même.

Venus:
Helas ! ce qu'on cache à regret,
Aisément se fait entendre:
Et vous sçauriez déja tout mon secret,
Si vôtre coeur m'aidoit à vous l'apprendre.

Adonis:
Si j'en croyois mon coeur, quelle félicité !
Vous m'aimeriez d'une ardeur éternelle.

Chaque regard de ma divinité,
Seroit une source nouvelle,
De plaisir, de félicité;
Tous mes voeux me répondroient d'Elle.

Si j'en croyois mon coeur, quelle félicité !
Vous m'aimeriez d'une ardeur éternelle.

Venus:
Que l'esperance enchante vôtre coeur;
Qu'il en soit, s'il le peut, plus tendre:
Plus il aura de retour à pretendre,
Plus il assure son bonheur.
Que l'esperance enchante vôtre coeur;
Qu'il en soit, s'il le peut, plus tendre.

Ensemble:
Nous cédons à ta puissance,
Amour, lance tous tes traits:
Quel bonheur a plus d'attraits,
Que d'aimer d'intelligence !


Scene 7
Venus, Adonis,
Choeur de Bergers & de Bergeres

Venus:
Des charmes de l'Amour vous sentez tout le prix,
Bergers, de ce beau jour éternisez la fête:

Chantez: Venus est le conquête
D'un Mortel plus beau que son Fils.

[on danse]

Le Choeur des Bergers & des Bergeres:
Chantons, célébrons nôtre gloire:
Que ce jour fortuné nous promet de beaux jours !
La Terre, sur les Cieux, reporte la victoire;
Un Mortel a charmé la Mere des Amours !

[on danse]

Venus:
Qu'Amour lance des traits
D'un charme inévitable;
L'espoir de ses bienfaits,
Est un bien véritable.

Vous qui sentez ses feux,
Bergers de ces retraites;
Sur vos tendres Musetes,
Chantez le Dieu qui vous rend heureux.

[on danse]

Une Bergere, alternativement avec le Choeur:
Charmant Amour, regne à jamais,
Tu récompense nôtre zele ?
On voit Venus dans nos forêts,
Nous enseigner à sentir tes bienfaits:

Dignes sujets
De l'Immortelle,
A son exemple, épuisons tes ardeurs;
Aimons si bien, qu'enfin nos coeurs
Surpassent leur modelle.

[on danse]

Adonis, à Venus:
Quel plaisir l'Amour sçait répandre
Dans un coeur qu'il tient engagé,
L'excès de mon bonheur ne sçauroit se comprendre !
Helas ! ce Dieu charmant, par vous-même outragé,
Céde à l'ennemy qui le dévore:
Eh comment s'en est-il vangé !
Ce que vous aimez, vous aodre !
Rien n'ose vous troubler dans un bonheur si doux:
Pourriez-vous bien le dérober encore,
A ces mêmes plaisirs qu'il a versez sur vous ?

Venus:
Non, je consens qu'une Mortelle
Reçoive tous les voeux que j'avois réunis:
Je possede le coeur du charmant Adonis
C'est mille fois triompher d'Elle.


Scene 8
Jupiter, l'Amour, Venus, Adonis,
Choeur de Bergers & de Bergeres

L'Amour:
Venus, belle Venus...

Venus:
Soyez heureux, mon Fils,
Je céde au doux penchant que mon bonheur m'inspire,
Aimez, aimez Psiché, j'approuve vôtre ardeur.

L'Amour:
Disposez de tout mon Empire
Je ne reserve que son coeur.

Jupiter:
Venus a calmé sa colere,
Sortez belle Psiché, de l'Infernal séjour,
Possedez le coeur de l'Amour,
De l'aveu même de sa Mere.

[on voit Psiché sortir des Enfers]


Scene 9
Psiché, Jupiter, l'Amour, Venus, Adonis,
Choeur de Bergers & de Bergeres

L'Amour:
Ma Psiché.

Psiché:
Dieu charmant.

L'Amour:
Venus vous rend à vôtre Amant.

Psiché, se jette aux pieds de Venus:
Me reconnoissance éternelle...

Venus:
Et quoy ! j'ay pû troubler vôtre félicité,
Quel charme ! quel bonheur, qu'une ardeur mutuelle !
Ah ! Adonis me soit fidéle,
Et je céde à Psiché le prix de sa Beauté.

Psiché:
Ai-je pû vous faire une offense ?
Eh ! comment de Venus partager les honneurs ?
Consultez vos beaux yeux, lisez dans tous les coeurs,
Vous y verrez mon innocence.

Jupiter:
Dieux, descendez de l'Empire suprême:
Que Neptune & sa Cour sortent du sein des Mers;
Je jour qui rend heureux le Dieu qui fait qu'on aime,
Est la fête de l'Univers.

[les Dieux de l'Olympe descendent dans une gloire, Neptune & sa Cour sortent des Mers les Graces, les Jeux & les Plaisirs se rassemblent autour de l'Amour & de Psiché, avec les Habitans de Paphos, & tous forment des jeux pour l'hymen, & l'immortalité de Psiché]

Jupiter:
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmy nous d'un éternel bonheur:
Psiché du Dieu d'Amour sçait enchanter le coeur,
Elle est digne d'être immortelle.

Le Choeur des Divinitez:
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmy nous d'un éternel bonheur:
Psiché du Dieu d'Amour sçait enchanter le coeur,
Elle est digne d'être immortelle.

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LES GENIES DU FEU

les personnages:

les interprètes de l'époque:


Zelindor, Roy des Genies du Feu

Mr Tribou

Ismene

Mlle Lemaure

Alcidon

Mr Dun

Salamandre

Mlle Jullye

Une Statue

Mlle Eeremans


Le Theâtre représente le Palaisdu Roy des Genies; On y voit une Urne élevée sur un Pié-d'Estal


Scene premiere
Ismene

Ismene:
Cher Alcidion, tu m'aimeras toûjours,
Si ta fidelité dépend de ma constance.

Notre Hymen s'apprêtoit, quels étoient nos beaux jours !
Lorsqu'un cruel Genie en termina le cours;
Souveraine en ces lieux, où brille sa puissance,
Ay-je un instant cessé de pleurer ton absence ?

Cher Alcidion, tu m'aimeras toûjours,
Si ta fidelité dépend de ma constance.

Pour forcer ton Rival à perdre l'esperance,
Que n'ay-je point tenté, mépris, indifference;
Helas, inutile secours !
Tout attache un Amant, dont l'amour nous offense;
Mais, malgré sa perseverance:

Cher Alcidion, tu m'aimeras toûjours,
Si ta fidelité dépend de ma constance.

Mais, je vois le Genie, Amour cruel Amour,
Ne peux-tu m'arracher de sa funestre Cour ?


Scene 2
Ismene, Zelindor, Troupe de Genies

Zelindor:
Ismene, Ismene, ô Ciel ! vous fuyez ma présence ?...

Aimez, goûtez la recompense,
Que ce que j'aime obtient par sa fidelité:
Je fais durer autant que sa constance
Et sa jeunesse & sa beauté.

Ah ! d'une jeunesse éternelle,
Assurez-vous par de tendres desirs,
Daignez être toûjours belle,
Il n'en coûte que des plaisirs.

Vous ne répondez rien ? ah ! c'en est trop, Cruelle.

Venez, volez, rassemblez-vous
Ministres de mon Art, formez de puissants charmes,
Hâtez-vous, donnez-moy des armes,
Qui d'un fatal amour puissent braver le coups.

[Troupe de Genies, qui paroissent]

Mais, je m'abuse, il faut que ma foiblesse éclate,
Le secour de nôtre Art s'offriroit vainement;
Un seul des regards de l'Ingrate
Détruiroit tout l'Enchantement.

Si l'amour que je sens, dans son coeur ne peut naître;
Par nos Chants, par nos Jeux, tâchons de la charmer:
Qu'elle jouisse au moins du plaisir de connoître,
Que dans ces lieux, tout est fait pour l'aimer.

Le Choeur des Genies:
Hâtons-nous, formons des Concerts;
Chantons, chantons l'aimable Ismene,
Sa beauté la rend Souveraine,
Du plus fidele Amant qui soit dans l'Univers.

[les Genies forment des Jeux]

Un Genie, à Ismene:
Dans une éternelle jeunesse
Nous voyons couler nos instants,
Nos coeurs formez pour le tendresse,
Dès qu'ils sont heureux, sont constants:
Puisse l'amour qui nous inspire,
Verser sur vous ses plaisirs les plus doux !
Ah ! quel séjour que nôtre Empire,
Si vous daignez habiter parmy nous !

[les Genies continuent leurs Danses]

Zelindor, à Ismene:
Cesseriez-vous d'être inflexible ?
Je crois voir dans vos yeux moins de haine pour moiy ?
Pour vous prouver ma foy,
Rien ne m'est impossible;
Parlez, par quel serment terrible ?

Ismene:
Les plus tendres sermens repetez chaque jour
Sont de trompeurs garants d'une tendresse extrême:
La plus grande marque d'amour,
Est de rendre heureux ce qu'on aime.

Zelindor:
Tout vous prévient dans cette Cour:
De vôtre seul bonheur, je fais mon bien suprême.

Ismene:
Je ne puis voir avec tranquillité
Ce pouvoir merveilleux que vous faites paroître.
Dans mon Amant tout me découvre un Maître,
L'Amour veut plus d'égalité.
Quel est cet Art enfin ne puis-je le connoître ?
S'il étoit vray que j'eusse vôtre coeur,
Vous m'auriez découvert ce Pouvoir enchanteur.

Zelindor:
He bien... il faut vous en instruire.

[à part]

Ciel ! quel soupçon, un tel desir m'inspire !

[à Ismene]

Vos voeux vont être satisfaits;
Regardez cette Urne fidelle,
Par elle, je remplis tous les voeux que je fais;
Elle peut tout sur moy, je ne suis rien sans elle;
Ce secret que je vous révelle,
M'assujetit moy-même à remplir vos souhaits.
Je vous quitte; invoquez cette Urne si puissante,
Et tout sera soumis à vos commandements.
Ah ! puissiez-vous n'employer ces moments
Qu'à connoître l'excès de l'amour qui m'enchante !


Scene 3
Ismene, Statuës animées

Ismene:
Qu'ay-je entendu ? je sens le plus heureux transport !
L'Urne refermeroit cette vaste puissance ?
Je deviendrois maitresse de mon sort !
Ah ! d'un secret si cher, faisons l'expérience.

[elle s'approche de l'Urne]

Urne, pour me prouver ton pouvoir precieux,
Que ce Palais disparoisse à mes yeux;
Offre-moy le séjour où j'ay recû naissance.

[le Theâtre se change en un Palais, environné de Jardins ornez de Statuës]

Que vois-je ? le succès remplit mon esperance !
Est-ce une illusion, dont mes sens sont charmez ?
Par de nouveaux souhaits, calmons ma défiance:
Que ces Marbres soient animez.

[les Statuës s'animent, & forment des Jeux]

Le Choeur des Statuës animées, à Ismene:
Mille Beautez s'aplaudissent
D'avoir le don de charmer,
Et leurs appas n'attendrissent
Que des coeurs faits pour s'enflamer:
Dans ces retraites paisibles,
Vôtre pouvoir est plus doux,
Les Objets les moins sensibles
S'animent pour vous.

[on danse]

Une Statue animée:
Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie;

A ta voix
L'Univers change,
Tout se range
Sous tes loix.

Tout reconnoît ton Empire,
Tu le veux, le marbre respire;
Tes beaux yeux
Nous donnent l'Estre,
Nous fait naitre,
Sont nos Dieux.

A ta voix
L'Univers change,
Tout se range
Sous tes loix.

Pour nos jours quel doux présage !
C'est l'ouvrage
De tes traits
De nos coeurs reçoi l'hommage,
C'est le gage
Des bienfaits.

Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie;
A ta voix
L'Univers change,
Tout se range
Sous tes loix.

[on danse]

Ismene, embrassant l'Urne:
Remply mes derniers voeux, c'est mon coeur qui t'implore,
Sers-moy contre un Tyran de mon bonheur jaloux,
Un Mortel amoureux devevoit mon Epoux:
Accorde à mes regards cet Amant que j'adore.

[Alcidon paroît sur un Char]

O Ciel tout succede à mes voeux;
C'est mon Amant, c'est luy; que mon sort est heureux !


Scene 4
Ismene, Alcidon

Alcidon:
Je ne sçais quel pouvoir dans ce séjour m'amene.

Ismene:
Ah ! mon cher Alcidon.

Alcidon:
Ismene
C'est vous ?... Amour, ah ! quel bonheur !

Ensemble:
Non, rien n'est égal à la peine
Où vôtre absence avoit livré mon coeur !

Alcidon:
Avez-vous flechi le Genie ?
Eh quel Dieu vient me rendre au charme de vous voir !
Si de vous retrouver j'avois perdu l'espoir,
J'aurois perdu la vie.

Ismene:
J'ay de vôtre Rival trompé la tiranie,
Je m'arme contre luy de son propre pouvoir.

Alcidon:
Fuyons, & que l'Amour dans nôtre ame ravie,
Par l'aveu de l'Hymen, s'affermisse à jamais.

Ismene:
Urne, transporte-nous dans le sein de l'Asie;
C'est le plus cher de nos souhaits.

Ensemble:
Urne, transporte-nous dans le sein de l'Asie.


Scene 5
Zelindor, Ismene, Alcidon

[le Theâtre change & represente le Palais du Genie]

Zelindor:
Qu'ay-je entendu ? Perfide...

Ismene:
Amour, protege-nous.

Zelindor:
Concevez ma fureur extrême,
En aprenant ce que j'ay fait pour vous;
L'Urne ne pouvoit rien, je vous servois moy-méme:
Vous formiez des souhaits, je les remplissois tous.
Ah !devois-je éprouver cette barbare injure ?
C'est en comblant vos voeux que je vous rends parjure ?
Malheureux, redoutez mon funeste couroux.

Ismene:
Est-ce un crime d'être fidelle ?
Je ne vous trahis point en trompant vôtre ardeur;
Vous voyez quel amour avoit fixémon coeur ?

Zelindor:
Eh pourquoy me laisser, Cruelle,
Ignorer cet amour qui détruit mon espoir ?

Ismene:
Contre un Rival aimé j'ay crains vôtre pouvoir.
Pardonnez ma foiblesse extrême,
Je devois, il est vrai, vous croire genereux:
Mais, helas ! c'est le sort d'un coeur bien amoureux,
De craindre pour tout ce qu'il aime.

Zelindor:
Par quelle erreur, helas, me laissois-je éblouir !
Mes soins vous outrageoient en chanchant à vous plaire ?
Du moins cessez de me haïr,
En faveur de l'effort que mon coeur va se faire.

Revoyez le Séjour où tendent vos souhaits,
Possedez de mon Art les plus tendres secrets,
Conservez long-tems la jeunesse:
Mon malheur vous a fait mépriser ma tendresse;
Recevez du moins mes bienfaits.

J'ay lû par Ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, L'Empire de l'Amour,, Ballet héroïque. Je n'y ay rien trouvé qui puisse en empescher l'impression.
A Paris le vingt-septiéme Mars 1733.

Signé Gallyot

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