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Le Triomphe de l'Harmonie
Ballet héroïque en un Prologue & III Entrées [Orphée, Hylas, Amphion]
représenté pour la première fois par l'Academie Royale de Musique
le Jeudy neuvième May 1737
livrtet de Jean-Jacques Lefranc
musique de:
François-Lupien Grenet
 



Prologue
Entrée I
Entrée II
Entrée III

PROLOGUE

les personnages du Prologue:

les interprètes:


L'Harmonie

Mlle Petitpas

La Paix

Mlle Julye

L'Amour

Mlle Fel

Une Elève de l'Harmonie

Mlle Petitpas

Une Grace

Mlle Monville

Troupe d'Elèves de l'Harmonie
Troupes de Graces, de Muses, de Jeux, & de Plaisirs
Troupe de Peuple

Le Théâtre représente une Campagne couverte de Trophées, de Pyramides, & d'Arcs de Triomphe

Scene premiere
Troupe de Peuples

[la Paix descend du Ciel au bruit des Timballes & des Trompettes]

Le Choeur:
La Paix vient combler nos desirs,
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire !
Elle rameine les Plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.


Scene 2
La Paix, sur son char, Troupe de Peuples

La Paix:
J'ay banni loin de vous, & la Guerre, & l'Effroi;
Rentrez, Peuples vainqueurs, sous ma paisible loi;
A vous rendre heureux, tout conspire:
Je rapelle dans vôtre Empire
Les Jeux envolez avec moy.

Enfans de mes loisirs, accourez l'un & l'autre,
Mere des doux accords, Dieu souverain des coeurs,
Rendez à ces climats vos plaisirs enchanteurs:
Ces lieux sont faits pour vous, mon Empire est le vôtre.

[la Paix remonte au Ciel]

Le Choeur:
La Paix vient combler nos desirs,
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire !
Elle rameine les Plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.


Scene 3
L'Harmonie, l'Amour, leur Suite sur differents nuages, Troupe de Peuples

L'Amour:
Mortels, vos allarmes finissent:
Célébrez la faveur des Cieux,
Nous quittons le séjour des Dieux
Pour faire le bonheur d'un Peuple qu'ils cherissent.

L'Harmonie:
Ces pompeux Monuments des triomphes de Mars
Reprochent aux Humains les malheurs de la terre;
Eloignons de vos yeux l'image de la guerre;
Que de plus doux objets amusent vos regards.

[le Théâtre change, & représente un lieu préparé pour une Fête]


Scene 4
L'Harmonie, l'Amour, leur Suite sur differents nuages, Troupe de Peuples,
les Plaisirs, les Muses, les Graces

Une Grace, alternativement avec le Choeur:
Charmant Amour, o divine Harmonie
Regnez sur nous;
Vous faites de la vie
Les moments les plus doux.

Vous pouvez de Bellone appaiser la furie,
Des ondes & des vents vous calmez le courroux.

Charmant Amour, &c.

L'Harmonie:
Ma voix de la nature est l'image naïve;
Toûjours touchante, toûjours vive,
Je peins du coeur les secrets sentiments,
Le trouble, les soupirs, les transports des Amants:
Tremblante, furieuse, attendrie, infléxible,
J'épouvante un Ingrat, je touche un Insensible;
Et par mes sons, j'inspire tour à tour
La crainte, la pitié, la terreur & l'amour.

Plus legers que Zéphire,
Mes chants suivent toûjours le penchant qui m'inpire;
Souvent je les accorde au murmure des eaux:
Si des tendres Oiseaux
J'emprunte la langage,
Du Rossignol j'imite le ramage;
Si de l'Amour je veux chanter les loix,
On diroit que ce Dieu s'exprime par ma voix.

[les Suivants de l'Amour & de l'Harmonie, reprennent leurs danses]

L'Amour:
Tendres Amants,
Dont les pleurs & les serments
N'ont pû fléchir des coeurs à vos desirs rebelles;
Dans ces beaux lieux
Nos Concerts, nos Chants, nos Jeux,
Des plus Cruelles
Charment le coeur & les yeux:

Conduisez leurs pas
Dans ce séjour doux & tranquille;
Icy mille appas
Triomphent des Ingrats;
Pour la volupté,
L'Amour a choisi cet azile;
Envain la Beauté
Compte sur sa fierté.

Tendres Amants,
Dont les pleurs & les serments
N'ont pû fléchir des coeurs à vos desirs rebelles;
Dans ces beaux lieux
Nos Concerts, nos Chants, nos Jeux,
Des plus Cruelles
Charment le coeur & les yeux.

Les Choeurs:
Qu'à nos efforts l'Univers applaudisse,
Que nos voix, que nos chants s'élèvent jusqu'aux Cieux:
Qu'avec nous à jamais le tendre Amour s'unisse,
Remplissons le loisir des Mortels & des Dieux.

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PRE'MIERE ENTRE'E
Orphée

les personnages de la Prémiere Entrée:

les interprètes:


Pluton

Mr Dun

Le Stix

Mr Person

Orphée

Mr Tribou

Eurydice

Mlle Petitpas

Une Divinité Infernale

Mr Lefebvre

Les Trois Juges des Enfers
Troupe de Demons & de Furies
Troupe de Divinitez Infernales
Troupe d'Ombres d'Amants heureux

La scene est aux Enfers


Le Théâtre représente les Enfers, Le Dieu du Stix paroît penché sur son Urne; on voit dans le fond, l'Antre où Cerbère est enchaîné, Pluton au milieu des Trois Juges, occupe un Trône sur un des côtez du Théâtre.

Scene premiere
Pluton, le Stix, les Trois Juges des Enfers,
Choeur de Démons& de Furies

Le Stix:
Coulez, mes Flots, quittez vos gouffres ténébreux,
PArcourez les Rivages sombres:
Coulez mes Flots, coulez torrents impetueux,
Que vôtre affreux murmure épouvante les Ombres.

Pluton:
Des mânes criminels, redoublez les tourments,
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle,
Que ces Monstre cruels, que ces feux dévorants
Servent du Dieu des morts la vangeance éternelle.

Le Choeur:
Qu'au gré de nos fureurs
La haine, le parjure,
L'audace, l'imposture,
Remplissent la nature
De nouvelles horreurs:
Qu'on invente des crimes
Pour outrager les Cieux;
Tombez dans nos abimes,
Miserables Victimes
Des vangeance des Dieux:
Que leur courroux vous livre
A des tourments cruels;
Malheureux Criminels,
Perissez pour revivre
Dans des maux éternels.

[les Demons & les Furies leur empressement à suivre les ordres de Pluton; après quoy on entend une Symphonie mélodieuse]

Pluton:
Mais, quels nouveaux accords font retentir ces Rives !
Les Ombres attentives
Suspendent leurs gemissements;
Sur les bords étonnez les Ondes sont captives,
On n'entend plus leurs sourds mugissements.

[la Symphonie continuë, Orphée paroît]

Me trompai-je ? Un Mortel ! quelle audace l'inspire !
Hâtons-nous, prévenons un dangereux effort;
Un Mortel descend-t-il dans l'infernal Empire,
Avant que le trépas ait terminé son sort ?

Pluton & le Stix:
Qu'un supplice effroyable
Punisse le Coupable,
Et vange les Enfers.

Déchaînons contre luy les Monstres du Tartare,
Qu'un exemple horrible & barbare
Etonne à jamais l'Univers.

Le Choeur:
Qu'un supplice effroyable, &c.

[la Symphonie mélodieuse continuë]

Le Choeur:
Quels accords touchants nous ravissent !
Dieu puissant, nos efforts sont vains !
Malgré nous, nos coeurs s'attendrissent;
Et nos flambeaux vangeurs s'éteignent dans nos mains.

[une nouvelle Symphonie ameine Orphée au milieu de la Cour de Pluton]


Scene 2
Orphée, Ombres enchaînées par les chants d'Orphée,
les Acteurs de la scene précédente

Orphée, à Pluton:
Arbitre redouté des vertus & des crimes,
Approuvez d'un Amant les transports légitimes;
Pour appaiser le sort qui me poursuit
J'ose porter mes pas sur le Rivages sombres,
C'est l'Amour qui me guide, & ses feux m'ont conduit
Dans l'éternelle horreur du silences & des ombres:
Mon coeur sans être effrayé
Découvre à vos regards son projet témeraire;
Je ne crains point d'armer vôtre colere,
Si je ne puis toucher vôtre pitié.

Pluton:
Mortel audacieux, qu'une flâme fatale
Précipite à jamais dans la nuit infernale,
Tremble, connois l'Empire àù je donne la loi:
Peux-tu braver, sans craindre ma vangeance,
Les allarmes, l'horreur, les tourments, & l'effroi
Que respirent ces lieux remplis de ma présence ?
Mais un Charme inconnu me saisit malgré-moy...
Parle, quel est l'Objet qui regne dans ton ame,
Quel espoir te séduit, & qu'exige ta flâme ?

Orphée:
La charmante Eurydice accordée à mes feux,
Sous les loix de l'Hymen alloit combler mes voeux:
La Parque impitoyable a terminé sa vie:
Les Plaines, les Forests de la triste Oemonie
Repetoient chaque jour mes accents douloureux;
Helas ! ils ont calmé la rage
Des Monstres effrayants qu'on voit sur ce rivage:
Serez vous moins sensibles qu'eux ?

Pluton:
Je suspend s encor ton supplice;
Pour quelqu'instant je veux soulager tourment:
Aux Champs Eliziens va chercher Euridice;
Passe sans nul obstacle en ce séjour charmant,
Mais crains de payer cher ce precieux moment.

[Pluton se retire]

[le Théâtre change & représente les Champs Elizés; on y voit les Ombres des Amants heureux]


Scene 3
Orphée, Eurydice

Orphée, appercevant Euridice parmy les Ombres heureuses:
Dieux que vois-je ! Quelle Ombre à mes yeux se présente !
C'est Eurydice, helas !

Eurydice:
Cher Orphée, est-ce vous !
Avez-vous du Destin éprouvé le courroux ?
Le trépas vous rend-t-il à vôtre triste Amante ?

Orphée:
Je souffrois à regret la lumiere des Cieux:
Mes chants rendus plus doux par ma douleur extrême,
Ont ouvert sous mes pas l'Empire de la mort;
Content d'y revoir ce que j'aime,
J'attendray mon arrêt de l'Amour & du Sort.

Punissez mon audace, ou terminez ma peine,
Dieu des Enfers, unissez-vous:
Rendez-moy l'Objet qui m'enchaîne;
L'Amour forma nos coeurs pour ses noeuds les plus doux,
Si vous nous unissez, il a moins fait que vous.

Ensemble:
L'Amour forma nos coeurs pour ses noeuds les plus doux,
Si vous nous unissez, il a moins fait que vous.


Scene 4
Orphée, Eurydice, une Divinité infernale,
Troupes de Divinitez infernales, & d'Ombres d'Amants heureux

Une Divinité Infernale:
Les accents de ta voix que ta tendresse anime,
Ont désarmé le Dieu qui regne dans ces lieux:
La Parque te rend sa victime;
Va, ramène Eurydice à la clarté des Cieux.

Que tout applaudisse à ta gloire,
Triomphe, regne dans ces lieux;
L'Avenir plein de ta mémoire,
Sans cesse publira ton nom victorieux:
Un Mortel a plus fait que n'ont osé les Dieux.

Le Choeur:
Que tout applaudisse à ta gloire, &c.

[danses des Divinitez infernales, & des Ombres heureuses]

Eurydice, alternativement avec le Choeur:
Tendre Amour, le Sort, les Dieux, les Rois,
Tout céde à tes loix;
L'Enfer s'ouvre à ta voix.

Ta présence
Suspend l'horreur des sombres bords:
Ta puissance,
Tes doux transports
Désarment la vangeance
Du Tyran des morts.

Dans ces lieux, retraites paisibles
Du vray bonheur, des biens parfaits,
Tous les coeurs sont encor sensibles,
Charmant Amour, à tes bienfaits.

[les Ombres Heureuses reprennent leurs danses]

Le Choeur:
Que tout applaudisse à ta gloire,
Triomphe, regne dans ces lieux;
L'Avenir plein de ta mémoire,
Sans cesse publira ton nom victorieux:
Un Mortel a plus fait que n'ont osé les Dieux.

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DEUXIE'ME ENTRE'E
Hylas

les personnages de la Deuxiéme Entrée:

les interprètes:


Eglé, Divinité du Fleuve

Mlle Pelicier

Doris, Nymphes des Eaux

Mlle Fel

Hilas, Argonaute, Compagnon d'Hercule

Mr Tribou

Un Suivant d'Eglé

Mr Jeliote

Choeur de Divinitez des Eaux
Choeur d'Argonautes, qu'on ne voit pas

La Scene se passe sur le bord d'un Fleuve de la Mysie


Le Théâtre représente une Campagne ornée de Jardins & de Bosquets, coupés par un Fleuve


Scene premiere
Eglé, Doris, sortant du Fleuve

Eglé:
Enfin, voicy le jour où je pourray connoître
Du jeune Hylas les sentiments secrets:
Je cherche mon malheur, je l'avance peut-être,
Doris, j'ay trop compté sur mes foibles attraits:
Il me vit un moment sous ce feuillage épais,
J'évitay ses regards, je rentray sous les ondes;
Cependant ses soupirs font retentir ces bois;
Et dans le sein de nos Grottes profondes,
L'Echo vient me porter les accents de sa voix.

Doris:
Il aime; c'est à vous que son amour s'adresse.

Eglé:
Helas ! que n'est-il vray !

Doris:
Pouvez-vous en douter ?
Vôtre beauté, cette aimable jeunesse
Que vos regards font éclater,
Tout vous est un garent du pouvoir de vos charmes,
Et tout vous dit qu'Hylas vous a rendu les armes.

Eglé:
Je ne m'abuse point; rarement la Beauté
Fixe le choix d'un coeur, & sa fidelité.
C'est un instant de caprice
Qui nous donne de l'amour;
C'est un moment d'injustice
Qui le détruit à son tour.

Doris:
Le coeur d'une Immortelle
Du jeune Hylas, doit fixer tous les voeux;
Vôtre amour le rendra fidele,
Autant que vos regards le rendront amoureux.

Eglé:
La fortune la plus brillante,
La Déesse la plus charmante
N'inspirent pas un feu constant:
L'immortalité de l'Amante
Ne sert qu'à rendre plus touchante
L'infidelité de l'Amant.

[on entend un bruit de Chasse]

Hylas se plaît dans ces Forêts;
Tu sçais ce que mon coeur médite,
Rentrons: malgré-moy je l'évite;
Que nos tendres accords secondent mes projets.

[Eglé s'enfonce dans le Fleuve avec Doris: le bruit de Chasse continuë]


Scene 2
Hylas, séparé des Chasseurs,
Troupe de Nayades qu'on ne voit pas

Hylas:
Arrêtons-nous dans ce Bocage;
C'est icy qye j'ay vû pour la premiere fois,
Une jeune Beaiyé digne de mon hommage:
L'éclat de ses attraits, le charme de sa voix
Me retiennent sur ce Rivage;
Mais, je la cherche envain: helas ! quel desespoir !
Ne puis-je l'oublier, ou dumoins la revoir.

Le Choeur des Nayades, qu'on entend du fond des eaux:
Nous joüissons dans nos aziles
Du plus parfait repos:
Le gloire des Heros
Ne vaut pas nos plaisirs tranquiles.

Hylas:
Quels accords ! ces tendres Concerts
M'annoncent-ils l'Objet dont je porte les fers ?

Lieux embellis par les pleurs de l'Aurore,
Jardins toûjours brillants, séjour délicieux,
Offrez à mes regards la Beauté que j'adore:
Vous serez plus parez de l'éclat de ses yeux
Que des dons de Pomonen & des presens de Flore.

Mais, tout respire icy les charmes du repos,
J'en ressens les effets, ma resistance est vaine:
Le tranquile sommeil me couvre de pavots,
Je succombe, je cède à la main qui m'enchaîne.

[Hylas se couche sur un lit de gazon; aussitôt le Théâtre change, & représente le Palais des Nymphes des Eux, dans lequel Hylas vient d'être transporté]


Scene 3
Hylas, endormi, Troupe de Divinitez des Eaux,
de la suite d'Eglé, qui dansent autour d'Hylas

[Hylas se réveille, il voit Eglé dans le fond du Théâtre. Les Nayades se retirent]

Hylas:
Où suis-je ! quel Reveil ! erreur enchanteresse !
Ah ! je n'en doute plus, c'est l'Objet de mes feux:
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse,
Infortuné Mortel, où s'adressent tes voeux !


Scene 4
Hylas, Eglé

Eglé:
Où portez-vous vos pas ? quel dessein vous ameine ?
Jeune Mortel, connoissez-vous ces lieux ?

Hylas:
A mon respect, à ma crainte soudaine,
Aux attraits que je voi, je reconnois les Dieux.

Eglé:
Bannissez la terreur dont vôtre ame est atteinte:
L'ennuy, la frayeur, la contraite
Ne sont pas faits pour ces lieux enchantez:
Nos paisibles Divinitez
Exigent des Mortels, plus d'amour que de crainte.

Hylas:
Peut-on à leurs attraits refuser son amour ?

Eglé:
Souveraine de ce séjour,
Eglé ressent pour vous la plus vive tendresse;
Par son ordre aujourd'huy vous étes dans sa Cour:
Vous vous troublez ! quelle sombre tristesse !

Hylas:
Dieux, quel est mon malheur !

Eglé:
Que vois-je, Hylas ! vous répandez des larmes !

Hylas:
Je ne puis cacher mes allarmes,
Ne pouvez-vous lire au fond de mon coeur !

Eglé:
Eglé n'exige point d'hommage involontaire:
Si son amour ne peut vous plaire,
Partez, les rapides Zephirs
Vont satisfaire vos desirs.

Hylas:
Que mon trouble est extrême !
En quittant ces beaux lieux, helas !
Je fuis ce que je n'aime pas,
Mais, je m'arrache à ce que j'aime.

Eglé:
Que dites-vous !

Hylas:
Puis-je cacher mon feu,
Quand mes regards vous en ont fait l'aveu !
L'Astre du jour quittoit le sein des mers,
J'entends de nouveaux sons retentir dans les airs;
De leurs accords touchants mon ame est attendrie;
Je vole, je vous voi, je vous aime, & vous perds.

Eglé:
Vous m'aimez !

Hylas:
Vôtre indifférence
Ne sçauroit éteindre mes feux:
Quel supplice cruel ! j'aime sans esperance;
Ce n'est au'aux Amants malheureux
Que l'Amour laisse la constance.

Eglé:
Non, non, vos feux seront recompensez.
Ce même jour qui vit couler mes larmes,
Ce jour qui vous fournit au pouvoir de mes charmes,
Hylas, du même trait nos coeurs furent blessez.

Hylas:
Qu'entends-je ! quel bonheur surpasse mon attente !

Eglé:
Reconnoissez Eglé, dans vôtre Amante.
Regnez, Hylas, regnez dans ce séjour,
Puis-je trop payer vôtre flâme !
Le rang divin n'a point séduit vôtre ame,
Qu'il soit le prix de vôtre amour.

Hylas:
L'amour & la reconnoissance
Vous assurent mon coeur;
Garents de ma constance,
L'un en fait mon devoir, & l'autre mon bonheur.

Eglé:
Nymphes, & vous Tritons, célébrez mon victoire;
Faites briller vos chants de mille attraits nouveaux:
De ses triomphes les plus beaux,
L'Amour leur doit souvent la gloire.


Scene 5
Hylas, Eglé, Doris,
un Suivant d'Eglé, Divinitez des Eaux

Un Suivant d'Eglé:
Chantez l'Amour, chantez ses traits victorieux,
Célébrez l'Objet qu'il enflâme:
Il anime ses chants, il brille dans ses yeux,
Qu'il regne à jamais dans son ame.

Le Choeur:
Chantons l'Amour, chantons ses traits victorieux,
Célébrons l'Objet qu'il enflâme:
Il anime ses chants, il brille dans ses yeux,
Qu'il regne à jamais dans son ame.

[on danse]

Doris:
Tous les plaisirs
Comblent nos desirs;
Les Jeux nous amusent sans cesse;
Transports charmants,
Transports des Amants,
Le Jeunesse
Vous doit ses plus doux moments.

Le Choeur:
Tous les plaisirs
Comblent nos desirs;
Les Jeux nous amusent sans cesse;
Transports charmants,
Transports des Amants,
Le Jeunesse
Vous doit ses plus doux moments.

Doris:
De ces lieux nous chassons la feinte,
La rigueur, la séverité,
Le penchant seul est écouté:
Heureux sans infidelité,
Fideles sans contraintes.

Le Choeur:
Tous les plaisirs
Comblent nos desirs;
Les Jeux nous amusent sans cesse;
Transports charmants,
Transports des Amants,
Le Jeunesse
Vous doit ses plus doux moments.

Doris:
Sans Amour, sans ses charmes puissants,
Nos Concerts, nos accents
Seroient languissants:
Célébrons le Dieu qui nous blesse;
Que nos chants
Rendus plus touchants
Respirent la tendresse.

Le Choeur:
Tous les plaisirs
Comblent nos desirs;
Les Jeux nous amusent sans cesse;
Transports charmants,
Transports des Amants,
Le Jeunesse
Vous doit ses plus doux moments.

[les Divinitez des Eaux reprennent leurs Danses & finissent cette Entrée]

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TROISIE'ME ENTRE'E
Amphion

les personnages de la Troisiéme Entrée:

les interprètes:


Amphion, Roy des Thébains

Mr Chassé

Tantale, Roy d'une Peuple Sauvage

Mr Dun

Niobe, Fille de Tantale

Mlle Eeremans

Un Sauvage

Mr Chassé

Une Thébaine

Mlle Fel

Troupe de Thébains
Troupe de Sauvages

La Scene se passe aux Portes de la Ville de Thebes, sur la fin de la nuit


Le Théâtre représente des Forêts, des Cavernes, des Rochers; un Camp de Sauvages y est formé devant la Ville de Thebes, qui paroît dans le fond à demie ruinée.

Scene premiere
Niobe

Niobe:
Amour de l'Univers, flâme brillante & pure,
Aurore, que tes feux redoublent mon effroi !
Les horreurs de la nuit s'éfacent devant toi;
Tes rayons bienfaisants consolent la nature,
Tu n'es affreuse que pour moi.

J'aime Amphion, son coeur l'ignore:
Dumoins en luy cachant mes feux,
Ne puis-je le sauver d'un trépas rigoureux !
Helas ! trop diligente Aurore,
Le jour que tu vas faire éclore
Doit être le dernier de ses jours malheureux.

Amour de l'Univers, flâme brillante & pure, &c.

Jaloux de l'heureuse puissance,
Qu'Amhpion sur ces bords signaloit par ses chants,
Mon Pere avec fureur, l'immole à sa vangeance;
Il reçoit, il écoute avec indifférence,
Des voeux soumis & des regrets touchants.

De nos destins Arbitres inflexibles,
D'un Mortel opprimé qui sera le soutien ?
Ah ! pourquoy rendez-vous tous les coeurs insensibles,
Ou pourquoy, Dieux cruels, en excepter le mien !


Scene 2
Niobe, Amphion

Amphion:
C'est toy seul que j'implore
Amour, daigne guider mes pas.

Niobe:
Qu'entens-je !

Amphion:
Offre à mes yeux la Beaité que j'adore,
Je n'exige plus rien, & je vole au trépas.

Niobe:
C'est luy, de mes transports je ne suis plus maîtresse,
Evitons ses regrets, ou plûtôt ma foiblesse.

Amphion:
Que vois-je ! ah Cruelle, arrêtez,
Vous n'aurez pas long-temps à souffrir ma tendresse,
Je vais finir mes jours persecutez.

Je ne me flatte point d'un espoir inutile
Environné d'un Peuple furieux,
Mon Frere, & les Thébains n'auront plus pour azile
Que ces Remparts détruits & les Temples des Dieux.

L'espoir de fléchir vôtre Pere,
Le bonheur de vous voir, le desir de vous plaire
Dans ces funestes lieux m'attirent chaque jour:
Je cherche envain des coeurs sensibles;
L'un & l'autre pour moy vous étes inflexibles:
Tantale est sans pitié, vous étes sans amour.

Niobe:
Ah ! que vôtre destin n'est-il en ma puissance !
Je ne partage point la colere du Roi,
Malgré la juste indifférence
Que j'oppose à l'Amour, dont vous brûlez pour moi,
Je vous plains, je condamne une aveugle vangeance,
Peut-être, helas ! bien plus que je ne doi.

Amphion:
Que dites-vous ! ô Ciel ! que faut-il que je pense !
Vous soupirez, vous plaignez mes tourments;
A la seule pitié dois-je ces sentiments !

Niobe:
Un fatal penchant vous entraîne;
Pourquoy vous occuper d'une tendresse vaine !
Songez à finir vos malheurs.
Fléchissez un Peuple barbare,
Vôtre art peut calmer ses fureurs:
Les Dieux n'ont pas envain fait un present si rare,
Employez pour vous leurs faveurs.

La nature obéit au feu qui vous inspire,
Les Monstres, les Rochers, tout s'attendrit pour vous;
Je sens que des accords si touchants & si doux
Sur le coeur des Mortels auroient le même empire.

Amphion:
Eh ! que peuvent des chants étouffez par mes larmes ?
Inhumaine, est-ce à vous de vanter leurs douceurs !
Si mes accords avoient des charmes,
L'Amour les eût rendus vainqueurs.

Niobe:
Helas ! mais où m'entraîne une pitié trop tendre;
Quand je vous aimerois, pourrois-je vous défendre ?
Qu'attendez-vous de mon secours !

Amphion:
Je ne demande point que vous sauviez mes jours;
Sans vous, sans vôtre coeur pourrois-je aimer la vie !
S'il faut, helas ! qu'elle me soit ravie,
Un seul mot, un soûpir auroit flatté mes voeux,
Je serois mort content, je mourray malheureux.

Niobe:
Ah ! je ne puis cacher mon trouble & mes allarmes;
Mon coeur, cher Amphion, s'explique par mes larmes:
Vous forcez un aveu que j'ay long-temps caché,
Jugez par cet aveu de ma tendresse extrême:
Que ne peut-il dumoins, puisqu'il m'est arraché,
Vous rendre heureux autant que je vous aime !

Amphion:
Vous m'aimez; mon sort est trop beau;
Qu'importe désormais que la Parque ennemie
M'entraîne a chaque pas dans un malheur nouveau !
Que sa main de mes jours éteigne le flambeau,
L'aveu de que reçois m'est plus cher que la vie.

Niobe:
Déja l'Astre du monde éclaire ces Deserts;
Dans ces lieux écartez on pourroit nous surprendre;
Auprès du Roy je vais tout entreprendre,
Adieu; sauvez vos jours, si les miens vous sont chers.


Scene 3
Amphion, Troupe de Thébains & de Sauvages qu'on ne voit pas

Amphion:
Niobe répond à ma flâme,
Je goûte un sort digne des Dieux:
Naissez des transports de mon ame,
Naissez, Accords harmonieux.

Des Ondes & des Vents, enchainez le murmure;
Au fond de leur Caverne obscure
Endormez les Monstres cruels:
Forcez les Elements, étonnez la Nature,
Charmez les Dieux, soumettez les Mortels.

Divine Paix, rendez ces demeures brillantes:
Et vous à qui mon Art a donné tant de fois
De nouvelles couleurs, de formes differentes,
Objets inanimez, reconnoissez ma voix.

[on entend un bruit confus]

Rochers, ébranlez-vous, disparoissez Montagnes,
Cessez tristes Forêts, de couvrir ces Campagnes.

[les Rochers et les Forêts disparoissent; on voit naître à leurs places des Bosquets & des Fontaines]

Formez-vous, Murs Thebains, naissez fameux Remparts,
Nouveaux témoins de ma victoire;
Aux siecles à venir transmettez ma memoire;
D'un ennemy barbare effrayez les regards.

[pendant qu'Amphion chante, de nouveaux murs s'élevent insensiblement autour de la Ville de Thebes]

Le Choeur desThébains:
O Dieux, quel favorable azile !
Quels murs s'élevent sur ces bords !

Le Choeur des Sauvages:
Ah ! nôtre rage est inutile !
Un charme imperieux arrête nos efforts.


Scene 4
Amphion, les Thebains

Amphion:
Sortez au bruit des Trompettes,
Que vos accents guerriers inspirent la terreur:
De vos sons triomphants remplissez ces retraites,
Enchaînez à jamais la guerre & sa fureur.

[les portes de la Ville de Thebes s'ouvrent; les Thebains en sortent au bruit des Timballes & des Trompettes]


Scene 5
Tantale, Niobe, Amphion,
Peuples Sauvages, Thebains & Thebaines

Tantale:
Quel pouvoir souverain a suspendu ma rage !
Mortel cheri des Dieux, jouis de ton ouvrage;
Tu dissipes l'horreur qui regnoit dans ces Bois,
Tu fais naître à nos yeux les fruits & la verdure,
Aux Elements soumis, tes chants donnent des loix,
Les Prodiges de la nature,
Du Ciel en ta faveur, interprétent la voix.

Oublions les malheurs d'une guerre cruelle,
Qu'un noeud sacré nous unisse à jamais,
Je connois ton amour, que ta flâme fidele
Sur les pas de l'Hymen nous rameine la paix.

[Tantale prend la main de Niobe, & la donne à Amphion]

Amphion:
Témoins du noeud charmant qui nous joint l'un à l'autre,
Peuples, dont ce beau jour va combler les desirs,
Célébrez nôtre flâme, & chantez nos plaisirs,
Vôtre bonheur ajoute au nôtre.

Le Choeur des Peuples:
Triomphe, heureux Mortel, enchante l'Univers,
Les plus sauvages coeurs te cédent la victoire;
La guerre à ton aspect rentre au fond des Enfers;
Nos plaisirs naîtrons de ta gloire.

Niobe:
Vole Amour, regne avec les jeux,
Sois le Dieu le plus cher de ce nouvel empire;
Lance tes traits, redouble encore les feux
Que ta presence nous inspire.

Mon Amant rend ces lieux dignes de tes plaisirs,
Il les embellit pour ta gloire,
Réponds toujours à ses desirs,
Il te doit son bonheur, tu luy dois ta victoire.

Vole Amour, regne avec les jeux, &c.

Amphion, alternativement avec le Choeur:
Dans nos Bois,
Il n'est plus de mortel sauvage;
Dieux, recevez l'hommage
De nos coeurs & de nos voix;

Que vos loix
Eternisent vôtre ouvrage;
Donnez-nous
L'usage des biens les plus doux.

Quel charme pour nos sens !
Cérès, Pomone, & Flore
Font éclore
Leurs presens.
Ces lieux
Brillent à nos yeux,
L'Astre du jour sur nos côteaux
Répand des feux nouveaux.

Toute la nature
S'interessent à ce grand jour;
Dieu d'amour,
Dans ce séjour
Viens allumer ta flâme la plus pure:
Non, chez d'autres Mortels,
Tu n'auras plus d'Autels:
Lance tes traits,
Amour, des autres Dieux, surpasse les bienfaits.

[danses des Thebains et des Sauvages]

Une Thebaine, alternativement avec le Choeur:
La Paix revient dans ces aziles,
Nos beaux jours
Dureront toûjours:
Vivons heureux, vivons tranquiles,
Les Dieux pour nous
Se declarent tous.

Revien tendre Amour,
Rameine ta Cour,
Rends-nous les desirs,
Rends-nous les plaisirs;

Sans toy, sans tes traits,
Nos biens sont imparfaits:
Viens serrer à jamais
Les noeuds de la Paix.

[les Thebains et les Sauvages continuent leurs danses]

Les Choeurs:
Triomphe heureux Mortel, enchante l'Univers;
Les plus sauvages coeurs te cédent la victoire
La guerre à ton aspect ren tre au fond des Enfers;
Nos plaisirs naîtront de la gloire.

J'ai lû par odre de Monseigneur le Chancelier, Le Triomphe de l'Harmonie, Ballet Heroïque.
A Paris, le dix-huitiéme Mars mil sept cent trente-sept.

La Serre


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