accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Ballet des Saisons
Ballet à neuf Entrées
dansé à Fontainebleau par sa Majesté,
le 23. Juillet 1661

Livret de Isaac de Benserade
musique de: Jean-Baptiste Lully

Ouverture

Le Choeur des Bergers:
Qui dans la Nuit rameine la Soleil ?
On ne voit point les étoilles si belles,
C'est luy qui vient en superbe appareil
Répandre ici mille clartez nouvelles.

PREMIERE ENTRE'E

Six Faunes paroissent les premiers, suivis d'une grande troupe de concertans & surprennent les spectateurs par une danse rustique & extraordinaire.

Les Concertans s'ouvrent des deux costez, & font place au Theatre qui s'estant advancé de plus de cent pas s'arreste enfin aussi ferme & aussi solide que s'il n'avoit point changé de lieu, & orné d'un nombre infiny de Fontaines, de Iets d'eau, & de Cascades, qui font un merveilleux effect parmy les lumieres dont il est esclairé; une montagne s'y decouvre qui porte Diane au plus haut de son sommet, accompagné de toutes ses Nymphes; tant de beautez formant le plus agreable object du monde, pendant qu'elles viennent à paroistre, la Nymphe de Fontainebleau chante le Recit.

La Nymphe de Fontainebleau, Mlle Hilaire

RECIT

Bois,Ruisseaux, aymable verdure,
Lieu charmant & delicieux
Qu'avec soin l'Art & la Nature
Ont fait tout exprés pour les Dieux
Quand ils sont ennuyez des Cieux:

Redoublez vos attraits pour la Troupe immortelle
Qui vient gouster icy les plaisirs les plus doux,
Il n'est rien de si beau que vous,
Il n'est rien de si noble qu'Elle.

Le Choeur des Bergers:
Qui dans la Nuit rameine la Soleil ?, &c.

La Nymphe reprend:
Les soupirs, les plaintes, , les larmes,
Ne font point chez vous leur sejour,
Tout y rit loin du bruit des Armes,
Et tous vos Echos d'alentour
Ne sçauroient parler que d'amour.

Le Choeur des Bergers:
Qui dans la Nuit rameine la Soleil ?, &c.

II. ENTRE'E

pour Madame, representant Diane

Diane dans les bois, Diane dans les Cieux,
Diane enfin brille en tous lieux,
Elle est de l'Univers la seconde lumiere,
Elle enchante les coeurs, elle ébloüit les yeux,
Glorieuse sans estre fiere,
Adorable en toute maniere,
L'on a de sa vertu si bonne opinion
Que ne sçauroit iamais y trouver à redire;
Cependant puisqu'il faut tout dire
Elle passe les nuicts avec
ENDYMION.


pour
la Duchesse de Valentinois, Nymphe

Demeurez parmy nous
Objet charmant & doux,
Si vous avez besoin
De bois & de rochers,
Et qu'ils vous soient si chers,
N'en cherchez pas plus loin.


pour
Mademoiselle de Montbazon, Nymphe

La douce force de vos yeux
Agit non seulement sur tous tant que nous sommes,
Mais elle va plus loin penetrant jusqu'aux Dieux
Qui ne dédaignent pas d'estre du goust des Hommes
Puis que pour vous avoir ils ont quitté les Cieux.


pour
Madame de Gourdon, Nymphe

Que l'Amour soit pour tout reconnu pour vainqueur,
Qu'à le faire valoir chacun s'interresse;
Pour moy je me sens libre, & n'ay rien dans le coeur
Que le soin de servir ma divine Maistresse.


pour
Mademoiselle du Foüilloux, Nymphe

A mon gré l'inconstance est un defaut estrange
Le plus seur est de fuir ce dangereux vainqueur,
Mais quand on a tant fait que d'accepter un coeur
Il est beau d'en sçavoir toujours garder le change.


pour
Mademoiselle de Méneville, Nymphe

Apres un fort long examen
Et de l'Amour, & de l'Hymen
Que font les Nymphes d'ordinaire
Qui n'ont rien de meilleur à faire,
Ie dy sans les vouloir tous deux aprofondir
Qu'à qui s'ose y fier il faut bien qu'il en coûte,
L'un met la main au plat un peu trop tost sans doute,
L'autre un peu trop long-temps le laisse refroidir.


pour
Mademoiselle de la Mothe, Nymphe

Vous n'avez pas un traict où l'Amour ne façonne,
En vos moindres apas ses soins sont évidens,
Il occupe au dehors toute vostre personne,
Je sçaurois volontiers ce qu'il fait au dedans.


pour
Mademoiselle de Chemeraut, Nymphe

Tous ces petits chagrins qu'on me voit d'ordinaire
Ie les ay sans sçavoir ny comment ny pourquoy,
Mes yeux en ont menty s'ils disent le contraire,
Des sentimens d'amour sont des horreurs pour moy.


pour
Mademoiselle Des-Autels, Nymphe

Si vous alliez quelque fois
Seule au bois
On pourroit bien ne médire,
Et j'apprehende pour vous;
Cet air languissant & doux
Il attire
Le Satyre.


pour
Mademoiselle de la Valiere, Nymphe

Cette beauté depuis peu née,
Ce teint & ces vives couleurs;
C'est le Printemps avec ses fleurs
Qui promet une bonne santé.


pour
Mademoiselle de Pont, Nymphe

Parmy tous les apas dont vous estes pourveuë
Vostre legereté vous dérobe à la veuë;
Elle est dans vostre Dance en un si haut degré
Qu'Amour mesme s'en estonne,
Luy qui trouve que personne
Ne va trop viste à son gré.

III. ENTRE'E

Le Theatre change de face & la saison du Printemps vient à paraistre, representée par un Iardin orné de fleurs & de parterres, d'où Flore sort suivie de quatre Iardiniers.

Le Conte de Sery, Iardinier

Ie voy de jour en jour croistre une jeune Plante
Qui vaut mieux que l'oeillet, la Rose, & le Iasmin,
En éclat, en odeur le reste elle suplante,
C'est la plus belle Fleur qui soit en mon Iardin.


pour
le Marquis de Genlis, Jardinier

Ie cultive un Iardin propre & bien conservé
Où mes adroites mains sont rarement oysives,
Il semble que mon Teint soit außi cultivé,
Mais il ne brille pas de fleurs qui soient aussi vives.

IV. ENTRE'E

La Scene s'estant promptement changée en un champ fermé d'epics de bled representant la saison de l'Esté: Ceres suivie de huict Moissonneurs fait la quatriesme Entrée, precedée d'un Concert champestre de plusieurs autres Moissonneurs.

Le Roy, representant Ceres

Destin, vous le vouliez, par vostre ordre tout pur
La Terre a dû souffrir qu'un fer tranchant & dur
Luy déchirast le sein dans une rude Guerre;
Maintenant s'en est fait, & de ma propre main
Ie séme heureusement sur cette mesme Terre
Dequoy donner la vie à tout le genre Humain.
Non ie ne veux plus voir les Peuples accablez,
Moy-mesme ie feray le partage des Blez,
Et ie pretends qu'à moy s'adresse tout le monde:
Qui prend d'autres chemins ne sçauroit faire pis,
Ma seule volonté liberale & feconde
Dispersera les grains qui sortent des épis.


Le Comte de S. Aignan, Moissonneur

Que ie doy d'encens à Ceres !
Dont la volonté m'est si propice,
Contre les autres Dieux ie prends ses interests,
Et ie luy garde encor du sang en sacrifice,
Mon coeur s'en souviendra tant qu'il sera vivant,
Elle a trop bien payé mes labeurs & mes peines,
Qu'il fasse desormais de la gresle & du vent
Me voila satisfait & mes Granges sont plaines.

V. ENTRE'E

La face du Theatre change avec la mesme promptitude & devient un vignoble de la saison de l'Automne: Quatre Vendangeurs & autant de belles Vendangeuses, y font la Cinquiesme Entrée

pour Monsieur, Vendangeur

Que vostre bon-heur est insigne
D'avoir une si belle Vigne
Et si digne du Vendangeur
Attaché là de tout son coeur !
Oüy sans doute elle est belle & bonne,
Et vous y procedez d'un train
Qui fait croire que dans l'Automne
Le muid pourroit bien estre plain:
Escoutez cependant l'avis que je vous donne,
Encor que vous soyez trop fin
Pour en faire part à personne
Ne vous enyvrez pas de vostre propre vin.


poue
le Comte de Guiche, Vendangeur

Vous estes beau, bien-fait, jeune, de bonne taille,
Basty comme un Garçon que l'on veut qui travaille,
Et n'estes soupçonné d'avoir aucun defaut:
Mais pour en bien parler, vostre juste loüange
N'est pas tant de sçavoir vendanger comme il faut,
Que de sçavoir des mieux prescher sur la vendange.


pour
le Marquis de Villeroy, Vendangeur

Travaillez à la vigne, & vous y rendez Maistre,
Sur tout gardez -vous bien d'estre un peu trop tost las,
Et tellement oysif qu'on ai peine à cognaistre
Si c'est le Vendangeur où si c'est l'Echalas.


pour
Madame de Villequier, Vendangeuse

Aux misteres d'un Dieu vous estes destinée,
Pour luy visiblement vous semblez estre née,
Mais de s'imaginer que c'est le Dieu du vin,
Il faut estre sans doute un merveilleur Devin.


pour
Mademoiselle de Montausier, Vendangeuse

Avecque soin ie travaille
A former cette liqueur
Qui fait revenir le coeur:
Mais quelque loin qu'un coeur aille
Il ne faut pas s'en mettre en plus grands frais,
Encore moins courir apres.


pour M
ademoiselle d'Arquian, Vendangeuse

Ie vous souhaite une moitié
Que vous vouliez ou qui vous veule,
Car c'est une grande pitié
Que de vendanger toute seule.


pour
Mademoiselle de Barbeziere, Vendangeuse

Amour vous guette en tous lieux,
Gardez qu'il ne vous atrape,
Vous avez de certains yeux
Qui semblent mordre à la grape.

VI. ENTRE'E

On voit encor rechanger la Scene avec la mesme diligence; & elle devient un Hyver tout couvert de glaces & de neiges qui font apprehender cette fascheuse Saison: Six Gallands impatiens de quitter la campagne & de retourner à la Ville, paroissent dans la gayeté que leur cause l'esperance d'un prompt retour.

le Duc de Guise, Galand

Ie ne sçay comme quoy ie me suis avisé
De me mettre en Galand de peur que ie paroisse;
Est-il personne icy qui ne me recognoisse
Et qui puisse penser que je sois déguisé ?


pour
le Comte d'Armagnac, Galand

Si la Galanterie est un noble talant
Qui mette un jeune homme en estime,
Ie ne sçay, mais du moins si l'on me voit Galand
C'est pour un suiet legitime.

VII. ENTRE'E

A peine les Galands se sont retirez, que sept Masques viennent apporter un Momon.

RECIT DES MASQUES
chanté par
Monsieur le Gros
Aux Dames

Objets charmans & rares
De peut de vous fascher,
Sous des formes bizares
Nous voulons nous cacher:
Que sert nostre entreprise ?
Le monde se déguise
Pour n'estre pas conu,
Mais l'Amour va tout nu.

Ce Masque dont l'usage
Tient les gens en erreur,
Est fait pour le visage
Et non pas pour les coeurs:
Que sert nostre entreprise ?
Le monde se déguise
Pour n'estre pas conu,
Mais l'Amour va tout nu.


Monsieur le Duc, Masque

En cette occasion sous un habit fantasque
Il me plaist de cacher le poste que ie tiens;
Dans une autre meilleure ayant levé le masque
On sçaura qui je suis peut-estre & d'où je viens.


Le Comte de S. Aignan, Masque
Aux Dames

Si ie me tiens couvert c'est afin de vous plaire,
Et contre mon honneur ie ne croy point pécher,
Il me seroit aillieurs honteux de me cacher,
Et Venus fait icy ce que Mars n'eust sceu faire.


Le Marquis de Villeroy, Masque

I'ay veu les paßions n'estant ny pour ny contre,
Ie cherche à me ranger maintenant sous leurs loix,
Et ne vays déguisé qu'afin que je rencontre
A qui me découvrir pour la premiere fois.


le Marquis de Genlis, Masque

Ie suis tellement circonspect
Que j'ay peur d'éfrayer le monde à mon aspect,
Et ma discretion va mesme
A craindre d'estre veu de la Beauté que j'ayme.

VIII. ENTRE'E

La Scene qui representoit l'Hyver se rechange en un Iardin où le Printemps suivy du Ieu, du Ris, de la Ioye, & de l'Abondance, vient regner à jamais.

pour Sa Majesté, le Printemps

La jeune vigueur du Printemps
A dißipé la mauvais temps,
Tous ces vents mutins & fantasques
Qui parmy des broüillards épais
Causoient de si grandes bourasques
Ont esté bannis pour jamais,
Et dans l'air il a mis une profonde Paix.

Cette Saison qui plaist si fort
R'envoye aux froids climats du Nort
L'Hyver qui nous livroit la guerre,
Et produit pour nostre bonheur
Au plus noble endroit de la Terre
La grande & l'immortelle Fleur
Qui par toute l'Europe épandra son odeur.

IX. et derniere ENTRE'E

Les neuf Muses guidées par Apollon, & par l'Amour, viennent s'establir dans Fontainebleau, les aymables Soeurs estant accompagnées des sept Arts liberaux, de la Prosperité, de la Santé, du Repos, de la Paix, & des Plaisirs de toute sorte qui ne doivent plus abandonner ce beau lieu; Et finissent le Ballet par un charmant Concert d'Instruments.

le Duc de Beaufort, Apollon

Toujours jeune & toujours blond
Je brille entre ces Pucelles
Passant le temps avec elles
Sans qu'il me paroisse long,
Mais au milieu de ma joye
A chaque moment j'envoye
Mes voeux secrets à Daphné,
Pour moy plus froide que marbre,
Et je me voy condamné
A soupirer pour un Arbre
Qui ne m'a jamais produit
Ny de feüilles ny de fruit.


pour
Mademoiselle de Mancini, Muse

Cette petite Muse en charmes en attraits
N'est pas une inferieure,
Außi pas une jamais
N'eut l'esprit & le sein formez de si bonne heure.


la Comtesse d'Estrée, Muse

Si mes yeux & mon chant marquent de la langeur
Ie n'en doy recevoir ny reproche ny blasme,
Et cette paßion dont je chatoüille l'ame
Est toute dans ma voix sans estre dans mon coeur.


pour
Mademoiselle d'Arquian, Muse

Les doctes Filles de memoire
D'un goust divers
Ayment toute espece de vers;
Mais si vous oziez vous en croire,
Toutes n'auriez vous pas les sentimens enclins
Aux Masculins ?


pour
Mademoiselle de Laval, Muse

On s'imagine à tort les Muses surannées;
Il ne faut que vous voir pour n'en croire plus rien,
Et vous nous détrompez bien
Avecque vos douze années.


pour
Mademoiselle de Saluces, Muse

Il n'est rien de plus doux, il n'est rien de plus beau
Vos Compagnes peut-estre en seront offencées;
Mais je n'en cognois point qui soit dans le Troupeau
Capable comme vous d'inspirer des pensées.


Mademoiselle de Colognon, Muse

Les Muses comme nous aymables & bien faites
Ne s'accommodent pas des oeuvres imparfaites
Et craignent ces Autheurs dont les productions
Sont plus qu'il ne convient plaines de fictions.


Madame de Comminge, Muse

I'ay parmy toutes ces belles
Le rang que j'y dois avoir,
Et sçay ce qu'on peut sçavoir
Entre les doctes Pucelles.


pour
Mademoiselle de la Mothe-Hodancourt, Muse

Cette Muse est jeune & aymable,
Belle, & de tout point estimable,
Mais je suis dans un grand abus
Si quelque mine qu'elle fasse
Elle tient conte du Parnasse,
De Pegaze, ny de Phébus.


pour
Mademoiselle Stuart, Muse

Une Muse si douce enchante qui la voit,
L'ame la moins sensible en demeure piquée:
Si l'on en croit ses yeux je doute qu'elle soit
Toujours vainement invoquée.


le petit
Iules du Pin, Amour

I'estois Choüette & suis Amour,
Ce sont deux Oyseaux celebres
Qui tous deux craignent le grand iour,
Et n'ayment que les Tenebres.