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Balet de la Royne

dancé par les Nymphes des Jardins

en la Grande Salle du Louvre, au mois de Fevrier 1624

 

 

Suiet du Ballet des Nymphes des Iardins

 

Entrée
Mercure, Messager des Dieux,
Descend du Ciel, & fend la nuë,
Pour annoncer l'agreable venuë
Des Deïtez des Iardins en ces lieux.

Musique
Apres luy les Nymphes des arbres
Invitent de tout leur pouvoir
Le gay vertumne à les venir revoir,
Par leurs chansons qui raviroient les marbres.

Entrée
Par ses naturels changemens,
Ce Dieu des Iardins recommence
Les pas nombreux qu'on observe à la dance,
Et se conforme à tous ses mouvemens.

Entrée
Ceux qui gardent toutes les portes
Des lieux sacrez à son honneur,
Premiers que tous honnorent leur Seigneur
Qui donne vie à tant de choses mortes.

Entrée
Ce plaisir touche le Printemps,
Pomone en est toute ravie;

Ballet
On void venir ceux qui gaignent leur vie
Dans les Iardins extrémement contens.

Musique
Les Nymphes des claires fontaines
Prennent part à ces doux plaisirs,
Et font dormir les ennuis & les peines
Pour esveiller les amoureux desirs.

Entrée
Zephire en tressaut d'alegresse,
Les Bouquetieres en sautant

Ballet
Vont au milieu du parterre imitant
La douce odeur de Flore leur Deesse.

Entrée
Cette beauté pleine d'apas,
Vient semer des fleurs sans espines,
Par tous les lieux où ses Nymphes divines
Qui danceront, doivent marquer leurs pas.

Musique
Venus des Iardins les appelle,
Pour nous faire voir en ces lieux.

 

Grand Ballet

 

Autant de fleurs qu'il en tombe des Cieux
Dessus la terre en la saison nouvelle.

 

 

Flore au Roy, et a la Reyne sa Mere

 

Vous qui de toutes nos campagnes,
Banissez pour iamais la matiere des pleurs;
Souffrez qu'une Deesse avec ses compagnes,
Vous presente ses fleurs.
Elle en est tellement pourveuë,
Et leur teint maintenant semble estre si vermeil,
Qu'elle croit les devoir au bien de sa veuë
Et non pas au Soleil.

 

Concert des Hamadriades

 

les paroles de ces trois Recits sont mesurees sur les airs

 

Enfin avec vos chaleurs,
Bel Astre du iour, vous nous ramenez les fleurs:
Ha ! que vos rais nous semblent doux,
C'est mourir que de vivre esloigné de vous.
Sans vous, Roy desz belles saisons
L'Hyver nous tiendroit longuement dans ses prisons:
Ah ! que vos rais, &c.

C'est vous qui rendez la vigueur
Aux corps affoiblis dont vous chassez la langueur:
Ah ! que vos rais, &c.

 

Concert des Nymphes des Fonteines

 

En sortant de nos froides prisons,
Adorons ce doux Roy des Saisons,
Ce beau Soleil de qui la clairté
Nous rend la liberté.
Accordons aux doux chant des oyseaux,
Le murmure amoureux de nos eaux,
Pour ce bel oeil de qui la clairté
Nous rend la liberté.
Nos ruisseaux sont maintenant cheris,
Nous courrons parmy ces lieux fleuris,
Devant cet oeil de qui la clairté
Nous rend la liberté.

 

Recit de Venus des Iardins, accompagnée de ses Nymphes

 

Quitez, quitez vos campagnes
Venez habiter ces lieux,
Plus beaux que les Cieux:
Descouvrez donc vos beautez mes compagnes,
Dont vous ravissez les Dieux.
L'Astre qui sort des montagnes,
Doux, serain & gracieux,
Cede à vos beaux yeux:
Descouvrez donc vos beautez mes compagnes,
Dont vous ravissez les Dieux.

 

 

 

La Reyne, au Roy

 

Monarque le plus grand de tout cét Univers,
Qui par des miracles divers,
Avez de nos discors surmonté la penpeste,
Permettez maintenant, ô vainqueur des humains:
Qu'en eschange des Lys dont vous ornez ma teste,
Ie presente à vos pieds ceux que i'ay dans les mains.
Ie sçay que mon bon-heur ne sçauroit plus monter,
Qu'il ne se peur rien adjouter
A toutes les grandeurs dont l'esclat m'environne:
Mais rien ne me plaist tant que de vous posseder,
Et ie mespriserois mon Sceptre & ma Couronne,
S'il falloit que sans vous ie les deusse garder.

 

La Reyne, a la Reyne Mere du Roy

 

Doux Soleil des yeux & des coeurs,
Si parmy les longues rigueurs
De cet Hyver qui tout desguise,
Nos Iradins sont vers & fleuris;
C'est qu'ils sont aymez & cheris
De vostre oeil qui les favorise.
Ce qu'on void de beau parmy nous
Ne peut proceder que de vous:
Le Printemps fait la terre belle,
Mais ie sçay qu'elle languiroit,
Si le Soleil ne l'éclairoit,
Et n'avoit de l'amour pour elle.
Monstrez donc en leur majesté
Vos yeux dont la vive clairté
Obscurcit les plus belles choses:
Ouvrez ces celestes flambeaux
Qui font fleurir nos Lys les plus beaux
Que les oeillets, ny que les rozes.
O ! que i'en voy trois esclatans,
Ce sont eux qui font le Printemps
Dans ces lieux tous couverts de glace:
Et qui parmy ceste froideur
Conservent une douce odeur
Qui toutes les autres surpasse.

 

Madame, à la Reyne sa Mere

 

Auiourd'huy qu'on me voit si belle,
Briller d'un esclat nompareil:
Si ie suis une fleur nouvelle,
Ie suis de celles du Soleil.
Sitost que ie vous voy paroistre,
Ie me tourne de tous costez
Devers vos celestes beautez,
Grand Soleil qui m'avés fait naistre.

 

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