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Ballet Royal de la Nuict
Ballet divisé en IV Parties ou Veilles
Livret d'Isaac de Benserade
musique de: Jean de Cambrefort & Autres
 

PREMIERE PARTIE

Depuis six heures du soir iusques à neuf

La scene ou decoration du Theatre est un païsage esloigné d'où paroist la mer, & un autre au milieu d'un Rocher battu des flots


Recit & Premiere Entrée

Le Soleil se couche & la Nuict s'advance peu à peu sur un Char tiré par des Hiboux, & accompagnée des douze Heures qui respondent au Recit qu'elle fait.
Quatre de ces Heures se separant des autres, représentent les quatres Parties ou quatres Veilles de la Nuict, & composent la première Entrée.

Recit de la Nuict

La Nuict:
Languissante clarté cachez vous de dessous l'onde,
Faites place à la Nuict la plus belle du monde,
Qui dessus l'Horizon s'achemine à grands pas,
C'est moy de qui l'on prise & la noirceur & l'ombre,
Et i'ay mille agrémens dans mon Empire sombre,
Qu'en toute sa splendeur le iour mesme n'a pas.

Les Heures:
Vous poussez le Soleil à bout,
Et vous pourriez regner par tout;
Mais une Reine & ses vertus celebres
Détruisent vos tenebres:

Son divin lustre efface vos flambeaux,
De tous les yeux ses yeux sont les plus beaux,
Et de toutes les mains ses mains sont les premieres:
Nuict, pouvez-vous durer parmy tant de lumieres ?

La Nuict:
Ie descends pour charmer les yeux & les oreilles,
Et tout se qui se passe en mes obscures veilles,
Va briller dans ces lieux en differents portraits:
Amas, ne craigniez rien de vostre Confidente,
Ie sçait ce qu'il faut taire, & suis assez prudente,
Pour ne pas descouvrir icy tous mes secrets.

Les Heures:
Tenez donc vos rideaux tirez
Sur les crimes que vous souffrez,
Et cachez bien vostre desordre extreme
Devant la Vertu mesme:
Son divin lustre efface vos flambeaux,
De tous les yeux ses yeux sont les plus beaux,
Et de toutes les mains ses mains sont les premieres:
Nuict, pouvez-vous durer parmy tant de lumieres ?

Le Roy, representant une Heure:

Voicy la plus belle Heure & dans tous les cadrans
La premiere dessus les rangs,
Bien qu'en un mesme cercle aux douze elle se lie,
Par dessus toutefois on la void rayonner,
Elle est même du iour l'Heure la plus hardie;
Et qu'on entend la mieux sonner.

Mais c'est l'Heure du monde où toutes les Vertus
Et les graces brillent le plus,
Elle avance toûiours & iamais ne recule,
Chacun de ses momens fait qu'on la reconnaist,
Et iette un tel éclat qu'il seroit ridicule
De demander quelle Heure c'est.

Les Heures n'oseroient se déregler un peu
Depuis que la grande est en ieu,
Nulle ne fait du bruit, & nulle ne s'eschappe,
Les choses ne vont plus de mesme que iadis,
L'éguille est sur le point, si faut que l'Heure frappe
L'on en verra bien d'estourdis.

Cette Heure est precieuse, & l'on ne doit songer
Qu'au soin de la bien ménager,
Elle est certainement plus utile qu'aucune,
Et c'est d'elle en effect qu'on parle chaque iour,
Quand on dit si souvent que pour faire fortune
Il ne faut qu'une Heure à la Cour.

Le Marquis de Genlis, representant une Heure de la Nuict:

Pas une de mes Soeurs ne dois estre jalouse
De ce que j'ay d'appas,
Quoy que je brille fort je ne suis pourtant pas
La plus belle des douze.

I'ay beaucoup davantage à paroistre masquée,
Et dans l'obscurité:
Car de tout le Cadran je suis (sans vanité)
L'Heure la plus marquée.

Il faut pour mon visage avoir de l'indulgence,
Et l'on doute à ses traits;
Que l'Heure du Berger & moy puissions iamais
Estre d'intelligence.

De si peu de beauté Nature m'a pourveuë,
Qu'en mon plus riche atour
Ie croy, sans me flater, que ie suis pour l'amour
Une Heure assez induë.

L'on peut bien en plein iour voir une plus belle Heure,
Lors que le Soleil luit;
Mais quelqu'une diroit qu'en revanche la Nuict
N'en a pas de meilleure.


II. Entrée

Prothée voyant arriver la Nuict, fait r'entrer ses troupeaux Marins sans sa grotte, & sortant de la Mer, se change en differentes formes.

Roquelaure, representant Prothée:

Ma bonne fortune est sans borne,
Ie suis riche en toute façon,
Mes filets sont pleins de poisson,
Et j'ay force bestes à corne,
Ie leur fais voir tant de pays,
Que moy-mesme ie m'ébahis,
Comme j'en puis estre le Maistre,
Et ie les sçay si peu choyer,
Que celles que ie meine paistre
M'y devroient moy-mesme envoyer.

Pour attraper ces innocentes,
Et pour en mieux venir à bout,
Ie sçay me déguiser par tout
Sous mille formes seduisantes;
Mais ie deviens trop ingenu,
Et l'on a bien-tost reconnu
De qui ma passion dérive;
Au reste, & c'est là le secret
Quelque changement qui m'arrive
Ie demeure tousiours discret.

Mon éloquence est sans seconde,
Ie suis de la langue dispos,
Et n'ay sçeu ma taire à propos
Depuis que ie hante le monde:
Dés que le sexe feminin
Se dispose à m'estre benin
La mêche est soudain éventée,
I'ay ce defaut & caetera,
En cette peau mourra Prothée,
Et iamais il ne changera.


III. Entrée

Cinq Nereïdes viennent recevoir les ordres de Prothée, aprés avoir enfermé ses Monstres marins à cause de la fin du jour.

Le Comte du Plessis, representant une Nereïde:

O Beauté de figure estrange,
Qui charmez en mille façons,
Nereïde dont la loüange
Est dans la bouche des poissons,
Vermeille & singuliere face,
Si toute vostre troupe a la mesme beauté,
Il n'et point dans la Mer de Triton qui ne fasse
De bon coeur voeu de chasteté.


IV. Entrée

Six chasseurs, las & fatiguez, & que le Nuict appelle au repos, arrivent sonnans de leurs cors; & font paroistresur un cheval le Cerf qu'ils ont pris, conduit par un Valet de limier avec une laisse de Chiens.

Monsieur de Canaples, representant un Chasseur:

Est-ce Venus ? est-ce Adonis ?
Si ce n'est l'un des deux il en a l'encolure;
Adonis avoit bien des charmes infinis,
Mais d'un autre couleur estoit sa cheveleure,
Et quelques rayons d'or au menton survenus
Monstrent que ce n'est pas Venus.

Tous deux n'auroient point tant d'éclat,
Et prés de cét Objet tous deux on les méprise,
Il n'est rien si mignon, ny rien si delicat,
C'est de tous les Chasseurs le plus seur de sa prise,
Et pour en bien parler nul Chasseur aujourd'huy
Ne bat plus de païs que luy.

Tout succombe sous son effort,
Une Biche se rend dés qu'il est à ses trousses,
Pas-un plus hardiment ne donne dans le fort
Des Alcôves dorez & des Rüelles douces;
C'est là qu'au lieu du Cerf poursuivy dans les bois,
Il met la pudeur aux abois.

Amour, ce dangereux marmot
Le fournit de pensers qui ne sont pas vulgaires:
Mais parce qu'il rougit dés qu'il prononce un mot,
Cela fait qu'il se taist, ou qu'il ne parle gueres,
Par ses yeux, par son geste, & par d'autres moyens
Il se fait entendre à ses chiens.

Qu'il est galant, qu'il est adroit,
Pour le trouver joly suffit qu'on l'entrevoye;
Quand ce jeune Chasseur a pris ce qu'il couroit,
Il ne sçait bonnement que faire de sa proye,
Et ne veut que l'honneur de l'avoir mise à bout,
Il en triomphe, & puis c'est tout.

Si quelque Nymphe avec ardeur
Dans l'épaisseur du bois luy conte son martyre,
Il a la mesme honte & la mesme pudeur
Qu'auroit Amarillis dans les bras du Satyre,
Et reçoit chaque iour cent poulets qui sont pleins
De reproches & de dédains.

Ce Chasseur est assez leger,
Et sous de faux cheveux ce n'est pas qu'il soit chauve;
Mais c'est qu'en cela mesme il se plaist de changer,
Tantost il donne au noir, tantost il donne au fauve:
Que ces chiens découplez prennent mille détours,
A leur queuë on le void tousiours.

Parmy les Cerfs qu'il veut courir,
Ny sa voix ny son cor ne font pas grande émeute,
Il ne faut qun'une ronce, il ne faut qu'un zephir
Pour arrester tout court le Chasseur & la meute:
Dés le moindre frimat, dés le moindre bourbier,
Adieu la chasse & le gibier.

Belles, vous courez grand danger,
Si pour ce beau Chasseur vos ames s'attendrissent,
S'il vous blesse un fois c'est pour en enrager,
Il vaudroit tout autant que ces chiens vous mordillent,
Fut-il pour vous guérir encore plus expert,
Vostre plus court est saint Hubert.


V. Entrée

Deux Bergers & deux Bergeres reviennentdes champs joüans de leurs flustes & de leurs musettes, & conduisans chancun de leurs troupeaux au village à cause de la Nuict

Ces Bergers sont fort amoureux,
Ces Bergeres n'ont pas la mine fort modeste,
Et ie m'imagine à leur geste
Qu'elles auront gardé leur brebis avec eux,
Et n'auront point gardé le reste.

le Marquis de Villequier, representant un Berger

Mon employ seul vaut mieux que tous les vostres,
Ie vous passe de loin, ô Bergers de ces lieux,
Simples troupeaux sont gardez par les autres,
Ce que ie garde est bien plus precieux.

Plus vigoureux que le plus fort Atlete,
Ie pourrois mettre à bas les plus fermes Lutteurs.
Ieune Pasteur avecque ma houlette,
I'arreste court les plus hardis Pasteurs.

Quoy que par tout, & sans cesse ie tâche,
De gouster les plaisirs que jeunes nous goustons,
A mon devoir pleinement ie m'attache,
Et ie reviens tousiours à mes moutons.


VI. Entrée

Des Bandis qui volent un Mercier sur le chemin.

le Marquis de Humieres, representant un Bandi

Ie ne suis plus celuy qui n'ozoit pas
Lever les yeux, soûpirer, faire un pas
Devant l'objet de mon transport extrême,
Et mon orgueil s'est mesme acheminé
Iusqu'à luy venir dire en face que ie l'aime,
Est-ce pas estre un vray deternimé ?

Depuis cela, violement, larcin,
Assassinat dessus le grand chemin,
Et pis encor me semble legitime:
Quand i'osterois aux passans vie & bien,
Ce que i'ay dit l'emporte, & depuis un tel crime
Ce que ie fais me paroist comme rien.

Divins regards qui ne m'éclairez plus,
Pour vous cachervos soins sont superflus,
Rien ne vous peut oster vostre conqueste,
Enfin ie veux finir tant de langueur,
Et ie suis resolu d'aller porter ma teste
Où vous sçavez que i'ay laissé mon coeur.


VII. Entrée

Le Theatre change de face, & deux boutiques paroissent de chaque costé avec des MArchands & des Marchandes; deux Galands & deux Coquettes arrivent du Cours en carosse, & mettent pied à terre pour achepter des rubans & des confitures: Cependant le Cocher tourne, & apres qu'ils ont dansé, les vient advertir qu'il est tard. Tandis qu'ils remontent en carosse, l'on void danser sur les boutiques divers animaux.

Monsieur Frere unique du Roy, representant un Galand

Cadet d'assez bonne famille
Entre tous les Galands je brille,
On m'aplaudit dés que l'on m'apperçoit;
Mon rang & ma beauté par tout se font connoistre,
Et petit que je suis je ne laisse pas d'estre
Tout le plus grand Monsieur qui soit.

Ie tasche en servant les plus belles
De faire fortune auprés d'elles,
Et c'est par là que je veux m'avancer:
Ie n'ay point d'autre soin, ny de plus grand affaire,
Quand les aisnez ont tout, que sçauroit-on y faire,
C'est aux Cadets à se pousser.

Maintenant je ne represente
Qu'un Galand d'humeur complaisante
Dont le destin n'est guere violant;
Mais quand l'aage aux desirs aura lasché la bride,
I'ay toute la façon d'aspirer au solide,
Et d'estre un terrible Galand.

le Comte de Guiche, representant un Galand

Tous ces blondins à teste écervelée,
Tous ces Galands de la haute volée
En matiere d'esprit ne me sont point la Loy,
Avecque les plus fins je raisonne, je raille,
Et sans qu'au dessous d'eux j'ay la force & la taille,
Ils n'auroient rien par dessus moy.

le Marquis de Villeroy, representant une Coquette,
& parlant à Monsieur Frere unique du Roy

Nous autres petites coquettes
Nous entendons bien en fleurettes,
Et je sçay que vostre douceur
Est moins pour moy que pour ma soeur.


VIII. Entrée

Quatre Egyptiens & deux Egyptiennes, prennent l'occasion de la Nuict pour faire leur mestier; & vontde boutique en boutique disans la bonne advanture, & emportant de chacune quelque chose.

le Duc de Ioyeuse, representantun Egyptien

Nostre science est assez peu commune,
Et nous en cachons plus que nous n'en témoignons:
Aussi bien que mes compagnons,
Qui la voudra sçavoïr qu'il vienne,
Mais je mourrois plustost que de dire la mienne.

le Duc Damville, representant un Egyptien

Des ma grande jeunesse allant par les maisons,
Ie faisois des larcins en contant mes raisons,
Et tousiours sous ma main j'avois quelque vetille,
Soit de femme ou de fille.

Encore maintenant n'y fait-il pas trop seur,
Et je sçay me couler avec tant de douceur,
Que quelque effort qu'on fasse afin de s'en deffendre,
Ie prends ce qu'on peur prendre.

Quand j'épousay ma femme, außi n'étoit-ce pas
Pour son teint, sa jeunesse, ou ces autres appas;
En voulez-vous sçavoir la raison ? ce fur pource
Qu'elle avoit une bource.

Ie la couppay fort bien, puis j'en demeuray là,
Et je ne pû iamais luy faire que cela:
Elle ne sceut außi reparer sur la mienne
La perte de la sienne.

Quoy que je sois d'Egypte, à ne vous rien celer,
Dans le sombre advenir je ne voy pas trop clair:
Mais pour le temps paßé (sans vanité) les Belles,
J'en sçay quelques nouvelles.


IX. Entrée

Deux Gagne-petits conduisans leurs broüettes & esguisans des couteaux, se retirentchez eux à cause de la Nuict.

Quand sous mille cousteaux la meule s'est tournée,
Apres un long travail où le gain est petit,
Enfin nous éprouvons au bout de la journée
Qu'il n'est rien d'éguisé comme nostre appetit.


X. Entrée

Les boutiques se ferment, & les Marchands & Marchandes font une retraitte en dansant.

Mesdames, & Meßieurs, vous plaist-il rien du nostre,
Nous avons ce qu'il faut, & pour l'un & pour l'autre,
Et vous en devez essayer;
Mais toute vostre marchandise
Ne sçauroit dignement payer
L'honneur de vostre chalandise.


XI. Entrée

Trois Allumeurs de Lanternes viennent pour les abaisser, & pour allumer les Chandelles, suivis de quatre Lanternes, qui s'ouvrent & se ferment.

Dire que vos beaux yeux nous riennent prisonniers,
Qu'ils nous font de leurs traits cent blessure internes,
Il n'est rien si commun, & ce sont balivernes:
Mais qu'est-ce que des Lanterniers
Vous conteroient que des Lanternes ?


XII & XIII. Entrée

Deux Bourgeoises reviennent de la Ville en Chaize, & sont rencontrées par deux Filoux qui les attaquent, les Porteurs s'enfuient: Deux Soldats surviennent qui leur font quitter la prise: Les Filles s'échappent, & l'Entrée finit par un Combat.

le Marquis de Monglas, representant une Bourgeoise

Vous meriteriez quelques voeux,
Et seriez d'assez bon usage,
Si vous aviez le blanc dessus le visage
Que vous avez dans les cheveux:
Ouy, je vous le diray, deussay-ie émouvoir noise:
Vous estes un brave Seigneur,
Un fort bon Gentilhomme, & d'esprit & d'honneur,
Maus une fort laide Bourgeoise.

Filoux

Que la Nuict nous va donner beau,
Ie la voy ses ombres étendre,
Et se couvrir de son manteau
Afin de nous en laisser prendre.


XIV. Entrée

La Cour des Miracles où se rendentle soir toute sorte de Gueux & Estropiez, qui en sortent sains & gaillards pour danser leur Entrée, apres laquelle ils donnent une Serenade ridicule au Maistre du lieu.

Monsieur Hesselin, representant un Maistre de la Cour des Miracles

Il n'est rien de pareil à mes enchantements,
N'en déplaise à Maugis, ma science est mailleure,
On ne lit point dans les Romans
Tout ce qu'on void dans ma Demeure.

Là trop d'ambition ne me vient point saisir,
Contre tous les chagrins c'est une Maison forte,
La tristesse & le déplaisir
N'en ont jamais passé la porte.

Là mesme on se guerit de mille infirmitez
Par une assez plaisante & facile methode,
Venez-y, charmantes Beautez,
Si le Vertu vous incommode.

DEUXIESME PARTIE

representant les divertissements du Soir, depuis les neuf heures jusques à minuict

Recit & Premiere Entrée

Les trois Parques, la Tristesse, & la Vieillesse, viennent à dessein de marquer le desordre des tenebres & de la Nuict, & apres avoir dansé elles entreprennent un Recit; Mais Venus descend du Ciel qui les interrompt & les chasse: Et apres avoir chanté elle fait danser les Ieux, les Ris, l'Hymen & le Dieu Comus, qu'elle introduit en leur place.

les Sieurs Fatouville, S. Mory, Rodier, Mongé, & Raynal: les trois Parques, la Vieillesse & la Tristesse

Bien que nous n'ayons pas tout à fait l'air galand,
Il n'est bruit que de nos conquestes,
Nous avons pour cela toûiours les armes prestes,
Et l'on arrive à noous-mesmes en s'en reculant:
Les plus belles n'ont pointde traits comme les nostres,
Contre nostre pouvoir c'est en vain qu'on s'esmeut,
On nous prend pour danser tout le plus tard qu'on peut,
Et c'est nous qui prenons les autres.


II. Entrée

Recit de Venus

Fuyez bien loin ennemis de la ioye,
Tristes obiets, faut-il que l'on vous voye
Parmy tout ce qu'Amour a d'aymable & de doux ?
Il n'est pas iuste ce me semble,
Que vous soyez meslez ensemble
Mon fils, & vous.

Jeune LOUIS, le plus grand des Monarques,
Dans quelque temps vous porterez des marques
De ce Dieu dont iamais on n'évite les coups;
Il faut ceder à sa puissance,
Et que vous fassiez cognoissance
Mon fils, & vous.

Le Roy, representant un des Ieux qui sont à la suite de Venus

A Venus

Vous triomphez, Mere d'Amour,
Et vostre gloire est sans seconde,
Puisque le plus grand Roy du monde
Commence à vous faire la Cour:
Que sa mine est hautaine & fiere,
Et qu'elle laisse loin derriere
Les Monarques plus relevez;
Dans quel éclat vous allez vivre,
Et le beau Train que vous avez
Pourveue qu'il s'adonne à vous suivre.

Tous vos Amours sont déconfis
Par la splendeur qui l'environne,
Et sa ieune& vive personne
Efface iusqu'à vostre fils;
Mais vous ne le garderez guere,
Son ame héroïque & severe
Ayme trop les sanglans hazards;
Dé-ja ses grands proiets s'ébauchent,
Et ie crains que l'Honneur & Mars
A la fin ne vous le débauchent.

Le Ciel ne l'a si bien formé,
Apres tant de voeux & d'offrandes,
Que pour aymer les choses grandes,
Et pour estre beaucoup aymé:
Toutes vos amorces sont vaines,
Pour le retenir dans vos chaisnes,
Il est d'ailleurs trop combatu,
Et méprisant vos avantages
A la suite de Venus
Pretend de plus solides gages.

Mais vostre culte estant si doux,
Luy pourriez-vous pas faire croire,
Que pour arriver à la gloire
On y peut aller par chez vous ?
La jeunesse a mauvaise grace
Quand trop serieuse elle passe
Sans voir le Palais de l'Amour,
Il faut qu'elle entre, & pour le Sage
Si ce n'est pas son vray sejour,
C'est un giste sur son passage.


III. Entrée

Deux Pages viennent preparer la sale du Bal, & arranger les sieges: Roger ameine Bradamante accompagnée d'un Escuyer, & d'une Suivante, & luy veut donner le passe-temps de la soirée: Il envoye prier Medor, Angelique, Marphisse, Richardet & Fleur d'Espine.

IV. Entrée

Toute la Compagnie estant arrivée, le Bal se commence par plusieurs sortes de danses, courantes figurées, & bransles à la vieille mode.

Pour arriver icy ie ne sçay pas comment,
A dessein d'honorer cette feste publique,
Nous avons traversé des païs de Romans;
Apres estre sorti s d'une vieille Chronique.

pour le Comte de Louvigny, vulgairement dit le Gros Homme

Icy se trouvent à souhait
Heros & Dieux tous pesle-mesle,
Lais rien ne peut est bien fait
Si le Gros Homme ne s'en mesle.

le Grand Maistre de l'Artillerie, representant Medor

Ha ! vous me flattez, Arioste,
Et vous faites à vostre poste
La beauté que vous me donnez;
Mais auriez vous bien le courage
D'ozer soûtenir à mon Nez
Que ie sois si beau de visage ?

I'ay la teste fort belle & bonne,
Ie suis bien fait de ma personne,
Doux, accord, sage, & des mieux nez,
Quand au reste, sans flatterie,
Ie n'ay pas tout à fait le Nez
Tourné vers la galanterie.

Pour moy cependant on soupire,
Tandis qu'en l'amoureux empire
Languissent tant d'infortunez,
Et prés de la Belle que i'ayme
Mes Rivaux ont un pied de Nez,
Mais moy ie n'en suis pas de mesme.

Ialoux, pleurez à chaudes larmes,
Tant d'appas, d'attraits, & de charmes,
Pour vous ne sont point destinez,
Trop de vanité vous emporte,
Et ce n'est pas pour vostre Nez,
Mais pour un taillé d'autre sorte.

Non, la beauté n'est point si rare,
ANGELIQUE a le goust bizare,
Et ses feux seront condamnez:
Telle est d'amour la Loy commune,
Et ce n'est pas toûiours au Nez
Que se mesure la fortune.

le Duc de Damville, representant Angelique

Avec tout mon éclat ie ne prétens pas estre
De ces ieunes tendrons qui ne font que de naistre,
Mais jamais ma beauté n'eut un plus grand renom,
I'ay paru dans les Cours, j'ay battu la campagne,
Et le bruit que i'ay fait du temps de Charlemagne,
Ie le fais sous LOUIS quatorziemsme du Nom.

Pourquoi tant s'informer, de quelle année est-elle ?
Quand on se porte bien, & qu'on est toûjours belle,
La vieillesse est visible, on ne s'y peut tromper,
I'ay l'oeil beau, le teint vif, & la gorge charmante,
Et i'ay depuis deux perdu ma Gouvernante,
Devant qui je n'osois quasi m'emanciper.

Si j'ay mis aux coûteaux par ma galanterie
Toute la fine fleur de la Chevalerie,
Les Renauds, les Rolands, ces fameux Paladins,
Par les mesmes attraits, & par les mesmes charmes,
Ie prétens faire encor tous les mesmes vacarmes,
Semant la jalousie entre tous les Blondins.


V. Entrée

Apres le Bal, arrive un Ballet pour le divertissementde l'assemblée

Premiere Entrée du Ballet en Ballet:
Les Nopces de Thetis

Thetis entre poursuivie de Pelée; mais pour éviter sa poursuite, elle se change en trois formes differentes, d'animal, de rocher, de flame & de feu: Puis estant revenuë en sa premiere forme & se croyant échappée, elle s'endort à la porte de son antre: Pelée retourne sur ses pas & la trouvant endormie, la lie & la contraint à son réveil de ceder à sa passion, & de l'accepter pour mary. Pelée s'en retourne, & les trois Graces habillent Thetis & la coiffent en espousée. Mercure en Mercier apporte quantité de boëttes pleine de galands & de mouches. Pelée revient vestu de ses habits nuptiaux, prend sa Maistresse & les emmeine tous.


II. Entrée

Vulcan & quatre Cyclopes apportent le feu sans fumée pour apprester le destin.

A voir ce Mariage on est bien-tost guery
Du dessein d'entreprendre un semblable negoce,
La Femme est digne du Mary
Et le Train répond à la nopce.


III. Entrée

Themis apporte le couvert: Ganimede & Hébé viennent avec des corbeilles chargées de Nectar & d'Ambroisie, suivis de Bacchus & de Ceres.

Que de Dieux dont l'humeur affable
Ayme à converser parmy nous,
Ie pense que toue la Fable
S'est icy donné rendez-vous.


IV. Entrée

Ianus vient pour prendre garde à tout, accompagné de deux Satires, & rencontre Apollon chargé de quantité de violons, & suivy des Muses Musiciennes Clio, Eutrope & Erato, qui vont à cette Nopce.

le Sieur Dazy, reprensentant Ianus

Pour avoir double front suis-ie un Monstre funeste ?
Est-ce un si grand défaut qu'un visage de reste ?
Faut-il que pour cel chacun me monstre au doigt ?
Ie ne suis pas tout seul, à la Cour il s'en voit,
Et les choses du monde ont-elles pas deux faces ?
I'ay deux nez & quatre yeux, mais le tout sans grimaces;
I'ay deux bouches außi, c'est plus que ie n'en veux:
Y fournir est chose importune;
Il peut m'estre arrivé d'avoir parlé des deux,
Mais ie n'ay iamais bu que d'une.


V. Entrée

La Discorde vient à dessein de mettre tout en confusion.


VI. Entrée
Comedie muëtte d'Amphitrion

Premiere Entrée, representant le Permier Acte
Amphitrion commence avec Sofie son valet, il fait venir Alcmene sa femme, pour luy apprendre le sujet du voyage qu'il est obligé de faire, et en mesme temps il en prend congé.

Deuxiesme Acte:
Iupiter entre avec Mercure, & luy declare l'amour qu'il a pour Alcmene, ils consultent comme ils la pourront persuader, & resoluent de se metamorphoser, Iupiter en Amphitrion, & Mercure en Sofie, & aussi-tost Mercure luy montre des habits propres pour executer ce dessein.

Troisiesme Acte:
Alcmene revient avec Bromia sa servante, à qui elle se plaint de l'absence de son Mary, & cependant on voit venir Iupiter & Mercure metamorphosé, l'un en Amphitrion & l'autre en Sofie: Alcmene trompée par l'apparence les reçoit avec joye, Iupiter entre avec elle dans le logie, & Mercure demeure à la porte.

Quatriesme & Dernier Acte:
Le veritable Sofie revient de son voyage, & pensant entrer en la maison d'Alcmene, en est empesché par son semblable qu'il rencontre à la porte, estonné de la voir il fait plusieurs actions pour l'esprouver: Amphitrion cependant retourne frappe à la porte, Iupiter déguisé en Amphitrion regarde par la fenestre, le veritable Amphitrion surpris de se voir se met en cholere, & impatient entre par cette fenestre: Sofie qui le voit veut y entrer & le suivre, Mercure déguisé le retient, & enfin y entrent tous deux: Bromia servante d'Alcmene dans la peur met la teste à cette fenestre, pour recognoistre s'il ne vient plus personne, descend sort par la porte regardant aux advenuës: Et enfin les deux Amphitrions & les deux Sofies sortent: Blefaro qui ne cognoist pas ces Dieux déguisés, les veut accorder avec les autres: Mais Iupiter & Mercure se découvrent & se font cognoistre: A l'instant les veritables Amphitrion & Sofie, Alcmene, Brima & Blefaro, leur font soûmission qui finit la Comedie. Les Violons cessent pour incontinent apres donner une Sarabande, sur laquelle dansent quatre petites Espagnolles, & un Espagnol, pour achever le divertissment de l'assemblée du Bal; Ce qui finit la deuxiesme Partie du Ballet.

Monsieur Hesselin, repersentant Iupiter

Dans le Ciel où je suis regne une paix profonde,
Là donnant à mes sens ce qu'ils veulent d'abord,
Sans trop m'inquieter des affaires du Monde,
I'en laisse la conduite au Sort.

Assez commodément de crainte qu'il m'ennuye,
Ie prends les passstemps les plus delicieux,
Et pour mes Danaëz i'ay toujours de la pluye,
Ce que n'ont pas les autres Dieux.

Ie gouste le Nectar mieux qu'ils ne le goustent,
Et plaignant les Mortels qui s'attachent au bien,
Quand ce n'est que de l'or que mes plaisirs me coustent,
Mes plaisirs ne me coustent rien.

Ie sçay vivre à la mode, & rien ne m'importune,
A tout ce que ie veux on ne dit iamais non,
Et sçavez-vous quelle est ma meilleure fortune ?
C'est que ie n'ay point de Iunon.

Personne dans mon Ciel ne me chante ma gamme,
De foudre & de tonnerre il ne m'en faut point là;
Mais si ie m'avisois d'épouser une femme
I'aurois bien-tost detout cela.

La Comédie finit par une Sarabande d'un Espagnol & de qutare petites Espagnoles.

TROISIESME PARTIE

depuis minuict jusques à trois Heures devant le jour


La Lune dans son Char fait le Recit, & est accompagnée des Estoilles, qui se retirent & la laisse se promenant & admirant les beautez d'Endimion.

Recit de la Lune

Moy dont les froideurs sont cognuës,
Helas ! j'ayme à la fin, & ie tombe des Nuës,
Pour voir ce beau Berger qui me donne la Loy:
Douce & paisible Nuict, de tes plus sombres voiles
Cache bien mes desseins & moy,
Et dérobe ma honte à toutes les Estoilles.

Mais, mon coeur, est-il donc possible
Que tu sois à l'Amour devenu si sensible,
Et que mes chastes voeux se soient évanoüys ?
Il faut suivre ses Loix, on ne les peut enfraindre,
Vous y viendrez, jeune LOUIS,
Où les Dieux ont cedé, les Rois ont lieu de craindre.


Premiere Entrée

le Duc de Ioyeuse, representant Endimion

Ie l'avoüe, il est vray, que la Lune m'adore,
Qu'elle descend pour moy dans un nuage obscur,
Et n'estoit qu'elle m'ayme elle seroit encore
De tous les Astres le plus pur.

Mais cette Prûde enfin resoluë à commettre
Une faute si douce & qui peut la guerir,
En quelle main plus seure eust-elle pû se mettre,
Pour la faire & pour la couvrir ?

Elle vient dans mes bras quand la Nuict tend ses voiles,
Ce qu'elle n'eut osé que le iour éclatoit,
Et retourne briller au mileu des Estoiles
Tout comme si de rien n'estoit.

Encore qu'elle adiouste à son éclat extreme,
Et se pare pour moy d'un soin fort obligeant,
Ie l'ayme ie vous iure à cause qu'elle m'ayme,
Et ce n'est pas pour son argent.

Il n'est rien de fascheux qu'à dessein de ma plaire
Son violent amour ne fit tres-volontiers,
Et ie croy que pour moy s'il estoit necessaire
Elle se mettroit en quartiers.

Aussi qu'elle soit rouge, ou bien qu'elle soit pasle,
Qu'elle soit en croissant, qu'elle soit en decours,
Qu'elle ait la face en rond, qu'elle l'ait en ovale,
Ie l'ayme & l'aymeray tousiours.


II. Entrée

La Lune amoureuse d'Endimion descend du Ciel & approche de luy, une nuée les dérobe à la veuë des spectateurs.

le Duc Damville, representant la Lune

O Lune sans faire du bruit,
Vous avez bien rosdé la nuict;
Vous vous maintenez par le monde
Et tousiours fraische & tousiours blonde:
Mais comment vos attraits ne sont-ils point usez ?
Ce n'est pas d'aujourd'huy, Lune, que vous luisez.


III. Entrée

Ptolemée & Zoroastre deux grands Astrologues observent les mouvements du Ciel avec de longues Lunettes, & croyent que la Lune s'est retirée en terre par quelque enchantement.

le Comte de S. Aignan, representant Ptolemée Astrologue

Mon sçavoir est profond, & ie lis dans les Cieux
Assez distinctement les biens & les desastres,
Mais i'ay bien plus d'adresse à lire dans les yeux,
Et i'entens mieux le cours de cette sorte d'Astres.

Ces globes lumineux sous qui nous succombons
Encore plus errans que les autres Planetes,
Se monstrent peu souvent favorables & bons
A qui les considere avec des Lunettes.

Apres en avoir fait si curieusement
Mille observations & mille experiences,
Que i'en ay recognu qui cachent finement
Sous de malins aspects de douces influences.

Ie sçay près des Beautez les saisons employer,
Ie sçay quand on leur plaist, ou quand on les ennuye,
Et fais des Almanachs qu'on ne sçauroit payer
Qui marquent de l'Amour le beau temps & la pluye.


IV. Entrée

La face de la Lune s'estant cachée, & l'air s'estant noicy, quatre Païsans viennent tesmoigner l'apprehension qu'ils ont de quelque revolution dans la Nature, & consultent les Astrologues.

Apres que l'horreur de la guerre
A presque mis tout au cercueil,
Nous venons sçavoir de quel oeil
Le Ciel va regarder la Terre.


V. Entrée

Six Coribantes avec leurs Bassins d'airain, Timballes & Tambours de Biscaye, pretendent de rompre le Sort, & par leur bruit appeller la Lune au Ciel, qui en effect y revient apres avoir quitteé le Berger Endimion.

Quelque Enchanteur parmy l'air
Tient la Lune sous ses charmes,
Et c'est pour la rappeller
Que nous faisons ces vacarmes.


VI. Entrée

Huict Ardens qui paroissent la nuict.

Le Roy, representant un Ardent

Astres, vous voyez bien
Qu'il faut ceder la place,
Un Ardent vous efface,
Et vous n'estes plus rien.
Vous autres marchez doncque
Bien droit doresnavant,
Et malheur à quiconque
S'égare en le suivant.

O qu'il est different
Dans son éclat insigne
De la vapeur maligne
Qui perd en éclairant !
S'il meine à la riviere,
C'est qu'on prend par malheur
Au lieu de sa lumiere
Une fausse lueur.

Helas ! que d'imprudens
Aux dernieres Tenebres
Qui furent si celebres,
Ont pris de faux ardens !
Le vray nous en delivre
Luisant dessus nos pas,
Et mille ont crû le suivre
Qui ne le suivoient pas.

Objets charmants & doux,,
Beautez toutes parfaites,
Pour luy vous estes faites
Comme il est fait pour vous:
Mais courrez pour luy plaire
Viste comme le vent,
On ne l'attrape guere
Il va toûjours devant.

Pendant l'obscurité
Vous pourriez sur la route
Avecque luy sans doute
Marcher en seureté;
Mais comme le pied glisse,
N'allez pas cepandant
Si prés du precipice
De craindre l'accident.

le Comte de S. Aignant, representant un Ardent

On m'a veu bien des soirs dans un luisant extreme
Qui m'a sans vanité plus d'une fois servy,
Et si l'Amour osoit il vous diroit luy-mesme
Iusques où j'ay mené celles qui m'ont suivy.

le Marquis de Villequier, representant un Ardent

A voir quelle est ma force & l'éclat qui me suit,
Tout sexe me doit craindre alors que je me monstre,
Et pour qui que ce soit c'est un Ardent qui luit
D'assez dangereuse rencontre.

le Comte de Guiche, representant un Ardent

Ie ne suis pas encore au point qu'on me soupçonne
Capable de perdre personne,
Et de moy l'on prend tout en jeu:
Mais de la sorte que mon feu
Eclate, reluit, & petille,
Ce sera merveille dans peu
Si je n'égare quelque fille.

le Marquis de Genlis, representant un Ardent

Ie brille autant ou plus que tous ceux que je voy,
Sans estre beau pourtant aux yeux des Demoiselles,
Et si je suis ardent pour elles,
Ie doute qu'elles soient fort ardentes pour moy.


VII. Entrée

Un grand Homme monté sur un Bouc, commande à huict petits Demons de sa suite, d'avertir les Sorciers du Sabat.

Voicy le rendez-vous & l'heure du Sabat,
Courez, Demons legers, d'une vitesse étrange
Avertir les Sorciers de quitter leur grabat,
Et que la noire Trouppe à son devoir se range.


VIII. Entrée

Quatre Monstres nains fortent de quatre Coquilles de Limassons, & sont enlevez en l'air.

Notre difformité nous fait assez paroistre,
Mais rien de si petit ne se voit sous les Cieux,
Quand on est Monstre aussi le moindre qu'on puisse estre
N'est-ce me semble que le mieux.


IX. Entrée

Une Magicienne & quatre vieilles Sorcieres aislées, se graissent en dansant & sont enlevées au Sabat.

Nostre mestier est bon de toutes les manieres,
Qui l'exerce une fois ne sçauroit s'en tenir,
Les Dames de la Cour sont toutes des Sorcieres,
Ou taschent à le devenir:
L'art y peut toutefois bien moins que la nature,
Quand une jeune creature
Qui n'y fait pas tant de façon,
Sans tous ces affiquets, sans fard, & sans parure,
Ne laisse pourtant pas de chamer un gaçon,
Est est Sorciere toute pure,
C'est sa naisveté qui plaist,
Plus on se graisse & moins on l'est.


X. Entrée

Six Loups-garoux qui vont au Sabat.

Demy Bergers & demy Loups
Nous sommes aux trouppeaux effroyables & doux
Qui ne nous sçavent recognoistre,
Et de l'air que nous nous changeons
D'un costé nous le menons paistre,
Et de l'autre nous les mangeons.


XI. Entrée

Le fond du Theatre s'ouvre & monstre le Sabat, trois Curieux arrivent pour le voir, mais avant que d'aborder le lieu tout disparoist.

le Roy, representant un Curieux

Ie voudrois tout sçavoir, je voudrois tout cognoistre,
Rien n'échappe à mes yeux,
Pour devenir sçavant c'est le secret que d'estre
Et jeune & curieux.

Ie tasche à prevenir la longue experience,
Et ne rien épargner
A m'acquerir bien-tost la sublime science
De vivre & de regner.

Mais certain petit Dieu que force monde adore,
Et que tout recognoist,
La curiosité ne m'a point pris encore
De sçavoir ce que c'est.

Si faut-il qu'à quelqu'une à la fin ie m'informe
De ce Demon plaisant,
Sans m'y trop amuser, ce n'est que pour la forme,
Et qu'en chemin faisant.

On dit que c'est un mal qui n'est point volontaire,
Un ioug imperieux,
Et qui n'a de l'Amour effleuré le mystere
N'est pas fort curieux.

Et puis les passions serviront à ma gloire,
I'en veux subir la Loy,
Pour leur oster apres l'empire & la victoire
Qu'elles auroient sur moy.

Je sçauray triompher de ma personne & d'elles
Ainsi que d'ennemis,
Et me conter moy-mesme entre tous mes rebelles
Combatus & soûmis.

Ie prétens signaler sur la Terre & sur l'Onde
Ma force & mon bon-heur,
Et i'iray fureter par tous les coins du monde
Pour trouver de l'honneur.

Mais voir mon Peuple en paix, & que la guerre meure
Et l'animosité,
Ce n'est rien qu'à cela que ie borne pour l'heure
Ma curiosité.


XII. Entrée

Une Maison en feu, le Tocsin sonne, & l'on voit sortir Hommes demy nuds, & femmes échevelées qui emportent leurs enfans, apres avoir tout jetté par les fenestres.

Dans le peril extreme on doit s'ayder un peu,
Qui craint l'embrasement il faut qu'il s'en recule,
Et quelque grand qu'il soit personne ne se brusle
Que ceux qui veulent bien demeurer dans le feu.


XIII. Entrée

Deux Larrons viennent avec seaux & crocs comme pour esteindre le feu, mais en effect pour voller, & son surpris par les Archers du Guet qui les emmeinent prisonniers.

QUATRIESME PARTIE

depuis trois Heures apres minuict, jusques à six que le Soleil se leve.


Le Sommeil & le Silence font le Recit, & puis se couchent à l'entrée de la Grotte d'où sortent les Songes.

Recit: dialogue du Sommeil & du Silence

Le Sommeil:
Que j'estois en repos, & que je dormois bien.

Le Silence:
Et moy j'estois paisible, & je ne disois rien.

Tous deux ensemble:
Par quelle bizarre avanture,
Dont l'Univers doit estre émerveillé,
Vient-on troubler en nous l'ordre de la Nature ?

Le Sommeil:
Qui vous a fait parler ?

Le Silence:
Qui vous a réveillé ?

Le Sommeil:
Le digne Nom du plus grand Roy du monde,
Tout jeune encore & déja tout parfait,
Qui devient tel sur la Terre & sur l'Onde
Qu'on ne sçauroit dormir au bruit qu'il fait.

Le Silence:
Ce mesme Nom par un effort extresme
Me fait sa gloire aux Astres égaler,
Et devient tel que le Silence mesme
Ne sçauroit plus s'empescher d'en parler.

Tous deux ensemble:
Ioignons nos discours & nos veilles
Pour le publier hautement,
Et chantons dignement
De ce jeune LOUIS les naissantes merveilles.


Premiere Entrée

Les quatres Demons du Feu, de l'Air, de l'Eau & de la Terre, qui representent les quatre humeurs ou temperaments du corps humain; le Colerique, le Sanguin, le Flegmatique, & le Melancolique, d'où naissent les differens Songes.

le Duc de Bukingham, representant le Feu

Dégelez-vous à ce grand Feu,
Les Belles, & coyez un peu
Avec quelle grace il éclaire,
Il brusle à mesme temps qu'il luit,
Mais ce feu qui fait bien du bruit
N'en fais pas autant que feu son Pere.

C'estoit un feu de grand renom
Qui faisoit plus fort qu'un canon
Esclater la moindre fleurette,
Il ne pouvoit s'humilier,
Et ne n'estoit pas un brazier
A réchauffer quelque Soubrette.

Celuy-cy ne l'imite pas,
Mais il le prend d'un ton plus bas,
Sa flame est assez mesurée,
Il est sage, & nul ne sçait mieux
Qu'on peut atteindre aux autres Cieux,
Mais jamais au Ciel empirée.


II. Entrée

Le Sonde du Colerique, representé par des Furieux qui luy apparoissent.

le Roy, representant un Furieux

Si tu crois que toûjours tes Palmes se maintiennent,
Espagnolle fierté, corrige ton erreur,
A ce jeune Lion déja les ongles viennent,
Et tu ne peux long-temps éviter sa fureur.

Il ne veut plus souffrir qu'entre ses mains on blesse
La iuste authorité qui tomboit en langueur,
Et tout ce que l'audace a pris à la foiblesse
Il faudra desormais le rendre à sa vigueur.

C'est trop desobeïr à cet terrible Maistre,
Il faut suivre sa Loy, malheur à qui l'enfraint,
Son indignation va donner à connoistre
Qu'il fait bon estre aymé, mais qu'il faut estre craint.

Exempt des passions dont l'empire est si large,
Il court, il saute, il danse, à toute heure en tous lieux;
Amour, qui l'épiez, il est de vostre charge
De prendre & de lier ce jeune furieux.

Il meprise vos traits, il se rit de vos flames,
Et ne croit point qu'il faille à vous s'abandonner;
Que de ravage aussi parmy toutes les femmes
S'il arrive une fois qu'il s'aille déchaisner.

le Duc de Ioyeuse, representant un Furieux

Adorable Beauté pour qui mon coeur soupire,
Quoy que vous puissiez tout, il seroit malaisé
Que vous peussiez trouver en l'amoureux empire
Un furieux plus comosé.

Roquelaure, representant un Furieux

Chacun remarque ma furie
Iusques dans le ton de ma voix,
Ie suis furieux en explois
De guerre & de galanterie,
En depense, en habits, en jeu,
Et je me mettrois dans le feu
Pour un teint de lys & de roses:
Bref, j'ay la reputation
D'estre furieux en cent choses,
Mais sur tout en discretion.


III. Entrée

Le mesme Songe exprimé par des Advanturiers Turcs & Chrestiens, qui combatent les uns contre les autres.

le Grand Maistre de l'Artillerie, un Turc

Quoy que jeune & galand, je sçay vivre de sorte
Que je sers de modèle à tous les gens de bien,
Et sous le Turban que je porte
J'ay les moeurs d'un fort bon Chrestien.

le Marquis de Mirepoix, Avanturier

Iuene ie cherche de l'employ,
Méprisant les choses obscures,
Et cours apres les Avantures,
Afin que l'on parle de moy.


IV. Entrée

Le Songe du Sanguin, figuré par la passion violente & ambitieuse d'Ixion, qui n'embrasse qu'une nuë en pensant embrasser Iunon.

le Marquis de Genlis, representant Ixion

Que je vous plains, pauvre Ixion,
Et vous & vostre intention,
L'Amant avecque la Maistresse,
A trop peu de proportion,
Moderez l'ardeur qui vous presse;
Telles amours vont à vau-l'eau,
Sur tout quand la femme est Deesse,
Et lors qu'un homme n'est pas beau.

Vostre amour & vostre langueur
Devroient bien vous rendre vainqueur
De la beauté rude & sauvage
Qui vous refuse ainsi son coeur:
D'ailleurs l'equité juste & sage
Qui sçait rendre à chacun le sien,
Des qu'elle a veu vostre visage,
Vous condamne à n'embrasser rien.

Sans vous rebuter de ses coups,
Soupirez, faites les yeux doux,
Qu'elle fuye, ou qu'elle s'envole
Peut-estre l'attraperez vous:
Cependant qu'Amour vous console,
Et n'accusez que vos appas
De ce vent lerger & frivole
Qui vous demeure entre les bras.


V. Entrée

Le Songe du Flegmatique, d'où vient la stupidité & la peur, exprimé par un miserable, épouvanté de deux Ombres qui le suivent par tout, & qu'il ne peut éviter.

Monsieur de Saintot, representant un Peureux

Non, ma frayeur n'est point un crime,
La crainte est souvent legitime,
L'homme le plus vaillant & le plus hazardeux,
Qui de ses parens morts voit les ombres plaintives
Qui luy paroissent comme vives,
N'en a-t'il pas grand peur quand il herite d'eux ?


VI. Entrée

L'humeur Melancolique s'exprime en la personne d'un Poëte & d'un Philosophe, dont l'un fait voir sa Maistresse telle que la represente le Berger extravagant, & dont l'autre s'imagine la Metampsicose, figurée par une femme qui change de forme.

Pour du merite ailleurs il n'en faut point chercher,
De science & d'esprit cette trouppe est remplie,
Ie pense toutefois qu'à la bien éplucher
Il s'y pourroit trouver quelque grain de folie.


VII. Entrée

Le mesme Songe est encore exprimé par des Amoureux transis, qui vont consulter l'Oracle que le succes de leur passion, & auxquels respond un écho qui se perd à mesure qu'ils s'éloignent de la Forest Dodonne.

S.A.R. Monsieur le Duc d'York, representant un Amoureux transi

La gloire seule est ma Maistresse,
Elle me charme, elle me presse,
Ie rends à sa beauté des devoirs assidus:
Déja mon ieune coeur paroist fier & terrible
Par dessus le débris horrible
Des Throsnes renversez, & des Sceptres perdus.

Non, ie n'ayme que cette Belle,
Et ne suis transi que pour elle,
Ie veux faire des coups dignes d'elles & de moy,
Et sans que ma valeur coure apres des fantosmes,
Vanger les Rois, & les Royaumes,
Au restablissementd'un Royaume & d'un Roy.

Il faut punir ce grand outrage
Par la force & par le courage,
Et remettre sur pied nostre sort abbatu:
La revolution est chose assez commune,
Et peut estre que la Fortune
Voudra donner revanche à la pauvre Vertu.

le Duc de Bukingham, un Amoureux transi

Tantost j'estois le feu, puis dans la mesme place
Ie me trouve de glace,
Par là mes sentimens seront bien-tost trahis,
Ie n'ay point apporté ce froid de mon païs.

le comte de Vivonne, Amoureux transi

Il n'est point de Philis, il n'est point de Silvie
Qui m'ait causé iamais une heure de soucy,
Et ie n'ay bruslé de ma vie,
Cependant me voila transi.

le Comte de Froulé, Amoureux transi

Ie crois qu'il n'en est point sous l'amoureux empire
Ny de plus retenu, ny de plus circonspect,
Et devant la Beauté pour qui mon coeur soupire
Je suis bruslé d'amour & transi de respect.

le Chevalier de Gramont, un Amoureux transi
Ballade

Fiers ennemis, autheurs de cent trespas,
Divins regards qui lancez tant de traits,
Permettez-moy d'adorer vos appas
Quand ie devrois expirer sous ce faix,
Et que ie vive, ou que ie meur e en paix:
Las ! aussi bien peut-il m'arriver pis
Que de vous voir à mes maux assoupis ?
Ie pousse en l'air d'inutiles sanglots,
D'autres que vous prendroient à cette glus;
Mais vous laissez sans joye & sans repos,
Un Amoureux transi qui n'en peut plus.

Pour vous ie perds & sommeil & sans repas,
Ceux qui sont morts ne sont pas plus défaits,
Ie suy par tout la trace de vos pas,
Pour mes Rivaux ils ne sont pas moins fai,
Ie ne sçay pas s'ils sont plus satisfaits.
Je me ruine en galands, en habits,
I'ay devant vous mille transports subits;
De longs soupirs entrecoupent mes mots,
Mais vous traitez mes soins de superflus,
Et dédaignez assez mal à propos
Un Amoureux transi qui n'en peut plus.

Prûd'homme sçait si je ne me mets pas
Tout de mon mieux lors que chez vous je vais,
Et si depuis le haut iusques au bas
Ie ne prends soin de m'ajuster expres,
Mais i'ay beau perdre argent, bijoux, rubis,
Tout ce qu'enfin je fais, ou que je dis,
N'avance point mes amoureux complots,
Ie ne puis estre au nombre des Elûs,
Bien que je sois l'oeil mourant, le coeur gros
Un Amoureux transi qui n'en peut plus.

Envoy

Cruelle enfin apres tous mes dépits,
Ie vous parrois mettre sur le tapis;
Ie suis Gascon d'un assez fameux los,
Et qui me sçay vanger quand au surplus,
N'allez donc pas ainsi vous mettre à dos
Un Amoureux transi qui n'en peut plus.


VIII. Entrée

Icy les Songes finissent

Trois faux monnoyeurs sortent d'un Antre.

le Comte de Lude, representant un faux monnoyeur

Soupirer, estre tout en feu
Pour le premier Objet qu'on voye,
Puis quelqu'autre arrivant recommencer ce jeu,
Si vous nommez cela de la fausse monnoye
Ie croy que je m'en mesle un peu.

Mais ces soupirs sont des railleurs,
Les vrais suivent une autre voye,
Philis garde en effect mes thresors les meilleurs,
Et quoy que je travaille à la fausse monnoye
C'est pour en débiter ailleurs.

Pour feindre un transport obligeant,
Et faire en sorte qu'on le croye,
Est-ce un crime en amour ? ilest de l'entregent
De faire un peu passer de la fausse monnoye
Parmy beaucoupde bon argent.

Ne m'obsevez pas ric à ric,
Vous à qui mon coeur est en proye,
Je veux n'aymer que vous, i'en fais un voeu public,
Vous aurez l'or tout pur, & ma fausse monnoye
Ne sera que pour le trafic.


IX. Entrée

Six Forgerons viennent battre sur l'Enclume, estant les Ouvriers qui travaillent les premiers, & qui se levent devant le jour, aussi le voit-on qui commence à poindre à mesme temps qu'ils sortent.

Il faut secoüer la paresse,
Et faire icy des effort s inoüys
Pour travailler aux armes de LOUIS,
C'est une besogne qui presse:
Mais en son plus superbe atour
L'Aurore vient briller plus fort que de coûtume,
Nostre bruit la réveille, & frappant sur l'Enclume
Nous frappons les premiers à la porte du jour.

L'Estoille du point du jour accompagnée d'une partie des Genies.

Monsieur Frere Unique du Roy, representant l'Estoille du point du jour

Apres le grand Astre des Cieux
Ie suis l'Astre qiu luis le mieux,
Il n'en est pont qui me conteste,
Et mon éclat jeune & vermeil
Et beaucoup moins que le Soleil,
Et beaucoup plus que tout le reste.

Je suis Estoille simplement,
Et quoy que dans le firmament
Toute couverte de lumiere
I'aille devant le grand galop,
Mon destin ne m'apprend que trop
Que je ne suis pas la premiere.

Mais ie suis bien comme ie suis,
C'est assez pour moy si ie puis
Percer les barreaux & les grilles,
Et d'un trait amoureux & fin
M'insinuëy de bon matin
Dans la chambre où couchent les filles.

Je ne veux éclairer que là,
Je quitte ma part pour cela
De l'un & de l'autre Hemisphere,
Et que ie suis puisse tour à tour
Leur aller donner le bon-jour,
C'est mon employ, c'est mon affaire.


X. Entrée

L'Aurore paroist dans son Char environné des douzes Heures du jour, & accompagné du Crepuscule qui tïent en sa main une Urne qui respend la rosée: Mais elle se retire apres avoir chanté voyant arriver le Soleil suivy des Genies qui luy rendent hommage, & c'est ce qui consose le grand Ballet.

Recit de l'Aurore

Depuis que i'ouvre l'Orient
Iamais si pompeuse & si fiere,
Et iamais d'un air si riant
Ie n'ay brillé dans ma carriere
Ny precedé tant de lumiere.
Quels yeux en la voyant n'en seroient ébloüys ?
Le Soleil qui me suit c'est le ieune LOUIS.

La trouppe des Astres s'enfuit
Dés que ce grand Astre s'avance,
Les foibles clartez de la Nuict
Qui triomphaoient en son absence
N'osent soûtenir sa presence;
Tous ses volages feux s'en vont évanoüys,
Le Soleil qui me suit c'est le ieune LOUIS.

le Roy, representant le Soleil levant

Sur la cime des monts commençant d'éclairer
Ie commence déja de me faire admirer,
Et ne suis guere avant dans ma vaste carriere,
Ie vien rendre aux objets la forme, & la couleur,
Et qui ne voudroit pas avoüer ma lumiere
Sentira ma chaleur.

Déja seul ie conduy mes cheveaux lumineux
Qui traisnent la splendeur & l'éclat apres eux,
Une divine main m'en a remis les resnes,
Une grande Deesse a soûtenu mes droits,
Nous avons mesme gloire, elle est l'Astre des Reines
Ie suis l'Astre des Rois.

En montant sur mon Char i'ay pris soin d'écarter
Beaucoup de Phaëtons qui vouloient y monter,
Dans ce hardy dessein leur ambition tremble,
Chacun d'eux recognoist qu'il en faut trébucher,
Et qu'on verse toûjours si l'on n'est tout ensemble
Le Maistre, & le Cocher.

Ie cours apres l'honneur doux charme des vainqueurs,
Quoy que mon oeil brillant donne à plomb dans les coeurs
Le mien pour les plaisirs est aussi froid que marbre;
Quand à la passion je ne sçay ce que c'est,
Et la belle Daphné me touche comme un arbre
Dont la feuïlle me plaist.

Ie n'ay que depuis peu roulé sur l'Horison,
Ie suis ieune, & possible est-ce aussi la raison
Qui m'exempte des maux que la beauté nous cause,
De là naist le repos dont mon ame joüyt:
Car enfin tout me void, j'éclaire toute chose,
Et rien ne m'ébloüyt.

Sans doute j'appartiens au monde que ie sers,
Je ne suis point à moy, je suis à l'Univers,
Ie luy dois les rayons qui couronnent ma teste,
C'est à moy de regler mon temps & mes saisons,
Et l'odre ne veut pas que mon plaisir m'arreste
Dans toutes mes Maisons.

Mon inclination m'attache à ce qu'il faut,
Et s'il plaist à celuy qui m'a placé si haut,
Quand i'auray dissipé les Ombres de la France,
Vers les climats loingtains ma clarté paroissant
Ira victorieuse au milieu de Byzance
Effacer le croissant.