Ballet
Royal
de Flore
Ballet
en I Prologue &
XV Entrées
dansé par le Roy le 16 Février
1669
Livret
de Isaac de Benserade
musique
de: Jean-Baptiste
Lully
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Argument
Le
sujet de ce Ballet est tiré principalement du
cinquiesme Livre des Fastes d'Ovide. L'Hyver en fait le
recit, le Soleil le chasse avec toute sa suite, change la
face du Theatre en une agreable verdure, & commande aux
Elemens de contribüer à la douceur de la
nouvelle saison. Flore descend du Ciel accompagnée de
la Beauté, de la Ieunesse, de l'Abondance, & de
la Felicité. Les Nymphes des Bois, des Prez, &
des Eaux luy rendent leurs hommages. Le Printemps, les
Amours, & les Zephirs prennent possession de la Terre.
Les Iardiniers fourniassent aux Galans des Bouquets, qu'ils
presentent à leurs Maistresses, Comus Dieu du
Divertissement & de la Galanterie se mesle à leur
troupe. Huit jeûnes débauchez au milieu d'un
Festin se font couronner de fleurs par leurs Esclavages,
vont apres les Tables levées attacher leurs Couronnes
à la porte de deux Nouveaux Mariez, & leur
donnent une Serenade. Le Theatre se change, & represente
les Iardins merveilleux dont Zephire fit present à
Flore au temps qu'il l'Epousa, l'Aurore y fait tomber la
Rosée, les Heureus y cüeillent des fleurs, &
les Graces en forment des Couronnes pour les Dieux, Venus se
promenant y apperçoit une Anemone qui luy donne
occasion de faire ses plaintes de la mort d'Adonis, Vertumne
s'y rencontre avec cinq Figures, ausquelles il se change
ordinairement. Proserprine cüeillant des fleurs avec
ses Compagnes est enlevée par Pluton suivy de ses
Demons. Six Héros changez en fleurs disputent de leur
préeminance; Iupiter prononce par la voix du Destin
qu'elle n'appartient qu'aux Lys, & change ces Iardins en
un Temple dedié à Flore. Les quatre Parties du
Monde accompagnées de leurs Quadrilles y viennent
celebrer les Festes de cette Déesse, & rendre
l'honneur qui est deu aux Lys.
Ce Ballet pris en son sens allegorique marque la Paix que le
Roy vient de donner à l'Europe, l'abondance & le
bonheur dont il comble sessujets, & le respect qu'ont
pour sa Majesté tous les Peuples de la Terre: Madame
qu'un heureux accident a empesché d'y remplir le
Personnage de Flore est la seule qui reste à desirer
pour la perfection de ce Spectacle.
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L'Auteur
des Vers du Ballet
Aux Dames
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Ie suis
trop las de joüer ce rolet,
Depuis long-temps je travaille au Ballet,
L'Office n'est envié de personne,
Et ce n'est pas office de couronne
Quelque talent que pour couronne il ait:
Ie ne suis plus si gay, ny si folet,
Un noir chagrin ne saisit au colet,
Et je n'ay plus que la volonté bonne,
Ie suis trop las.
De vous promettre à chacune un couplet,
C'en est beaucoup pour un homme replet,
Ie ne le puis (Troupe aymable & mignonne)
A tout le sexe en gros je m'abandonne,
Mais en détail; ma foy, vostre valet,
Ie suis trop las.
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Ce
Ballet est un Ouvrage de la Paix, le Peintre pour cette
raison en a representé la figure sur la Toille qui
couvre la face du Theatre, il y a joint celles de la Comedie
Muëtte, & de l'Harmonie, comme les deux parties
principales qui composent ce Ballet.
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Recit
de l'Hyver
chanté par Monsieur
Blondel
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Entouré
de glaçons, de nége, & de frimas,
Ie vien pour admirer au plus beau des climas,
Un Prince qui remplit ses vastes Destinées:
Il m'a veu le Temoin de ses derniers explois,
Et mes jours les plus courts l'ont veu plus d'une fois
Effacer des Heros les plus grandes
journées.
Le Choeur
des Glaçons:
Célébrons en tous lieux
Son Nom glorieux,
La crainte qu'il inspire
Galce les coeurs qui voudroient tenir bon
Et l'Hyver dans son propre empire
Ne fait pas mieux trembler que cét auguste
Nom.
L'Hyver:
Des Torrens quand je veux le cours est aresté,
Mais je n'areste point ce Courage indomté,
Il gagne des combas, il emporte des Places:
L'Honneur est le premier de tous ses interests,
Et le rapide cours de ses nombles progrez
Ne peut estre un moment retardé par mes
Glaçons.
Le Choeur
des Glaçons:
Célébrons en tous lieux,
&c.
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Le
Soleil touché de voir toute la Nature souffrir, &
demeurer comme ensevelie dans les longues nuits d'Hyver, la
Terre couverte de Néges, les arbres
dépoüillez de leur parure, les Fleuves troubles,
les Fontaines glacées, les vens se faisant une
cruelle guerre, & excitans de continüels orages;
prend la resolution de mettre fin à ces desordres, de
donner la paix à tout le monde, & y faire naistre
un Printemps qui dure toûjours. Il sort de la mer
environné des plus beaux rayons dont il ait jamais
brillé, chasse l'Hyver & toute sa suitte, &
change la face du Theatre en une agreable verdure. Il
appelle les Elemens, commande à la Terre de produire
des fleurs, à l'Eau de se retenir dans ses bords,
& d'arroser doucement les campagnes, à l'Air de
dissiper les nüages & les mauvaises vapeurs dont il
est chargé, & au Feu de se retirer dans sa
Sphere, & pour comble de bon-heur, il fait descendre
Flore du Ciel.
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pour
Sa
Majesté,
representant le Soleil
SOLEIL,
de qui la gloire accompagne le cours,
Et qu'on m'a veu loüer toûjours
Avec assez d'éclat quand vostre éclat fut
moindre.
L'Art ne peut plus traiter ce sujet comme il faut,
Et vous estes monté si haut
Que l'Eloge, & l'Encens ne vous sçauroient plus
joindre.

Vous
marchez d'un grand air sur la teste des Rois,
Et de vos rayons autrefois
L'atteinte n'estoit pas si ferme, & si profonde;
Maintenant je les voy d'un tel feu d'alumer
Qu'on ne sçauroit en exprimer,
Non plus qu'en soûtenir la force sans
seconde.

Ie
doute qu'on le prenne avecvous sur le ton
De Daphné, ny de Phaëton,
Luy trop ambitieux, Elle trop inhumaine,
Il n'est point là de piége ou vous
puißiez donner
Le moyen de s'imaginer
Qu'une Femme vous fuïe, & qu'un Homme vous meine
?
pour les quatres Elémens
Comme
de son costé le Monde s'imagine
Que sans les Elémens il iroit en ruïne,
Außi chaque Elément de son costé croit
bien
Que le Monde en effet sans luy ne seroit rien,
Et qu'il est necessaire à la grande Machine.
Le Feu dés qu'il paroist croit qu'il va tout
brûler,
L'Eau pour entraisner tout qu'elle n'a qu'à
couler,
La Terre n'est qu'un point, & se croit sans limites,
L'Air présume qu'il faut que tout cede au bel
air,
Chacun est tourmenté de ses propres
merites.
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Flore
descend du Ciel sur un nüage aussi luisant que le
Soleil, rien depareil n'a esté veu depuis la
Naissance de Venus. Cette Déesse fait tout l'honneur
du Printemps, & remplit de joye toute la Terre, il est
facile en la voyant de juger qu'elle a l'empire sur les
fleurs tant elle en est aprée. Elle conduit avec elle
la Beauté, la Ieunesse, l'Abondance & la
Felicité. Cette divine Troupe se joint à celle
du Soleil, & toutes deux ensemble font un spectacle de
Grandeur, de Majesté, de Graces, & de Charmes.
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pour
Flore, & sa Suite
I'en ay
bien de la honte, il est vray, mais helas,
Ie vous l'ay déja dit, Belles, je suis trop las
Pour vous faire une digne offrande,
Et vous rendre séparément
Ce qu'il est juste qu'on vous rende,
Recevez donc mes voeux confusément.
L'une
represente FLORE,
Et la mesme par dessus
Represente Madame encore,
Et cela c'est dire plus
Que Iunon, Pallas, & Venus
Qui firent devant un Homme
Tant de bruit pour une pomme.
Une
jeune
blonde à costé
Nous ébloüit de sa blancheur extréme,
Elle fait si bien la BEAUTE,
Qu'on pouroit dans la verité
La prendre pour la beauté mesme.
Cette
Brune
fait-elle un pas ?
Soit qu'elle marche ou qu'elle dance
Qu'elle n'étale en ABONDANCE
Des agrémens & des apas
Que les plus aymables n'ont pas ?
Et
cette autre charmante Brune
Qu'on peut dire bonne Fortune,
Puis qu'elle en prend en qualité
Compose la FELICITE
De tous les yeux qui la regardent,
Dieu veuille que les coeurs s'en gardent.
Quand
à cette merveille
ou le Printemps est peint,
C'est la tendre IEUNESSE en qui l'Amour se plaint
De ne pas trouver une coeur tendre,
Quoy que dans la jeunesse il en trouve à
revandre.
D'un
Eloge plus long taschez de vous passer,
Est-ce à moy de vous encenser ?
Il me faudroit écrire vos loüanges
D'un stile de sucre & de miel,
Et me fonde en douceurs étranges,
Vous estes toutes de vrais Anges,
Les Graces mesmes dans le Ciel
Ne font rien de meilleure grace,
Mais que voulez-vous que j'y fasse ?
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La
Renommée ayant desia publié par tout les
faveurs du Soleil, & l'arrivée de Flore, les
Nymphes des Bois, des Prez & des Eaux sortent de leur
demeures où la rigueur les avoit si long-temps
retenuës, viennent rendre leurs Hommages à la
Déesse, & la conjurent de s'arrester en leur
Contrée. Flore les reçoit favorablement, &
leur témoigne le plaisir qu'elle aura de leur rendre
les biens que l'Hyver leur avoit ravis.
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pour
les Nymphes
Quoy
pour m'embarasser encore sept Déesses,
Ou Nymphes plaines d'appas ?
Que de brillantes richessses
Qui ne me conviennent pas !

Vous
loüer dignement c'est une tasche honneste
Qui demande un grand labeur,
Pour l'avoir bien dans la teste
Il faut l'avoir dans le coeur.

Il faut
estre un Amant qui soûpire, qui brûle,
Et le suis-je à vostre endroit ?
Trouvez-vous pas ridicule
La loüange de sens froid ?

I'aurois
beau vous loüer (Coacquin) le regard tendre
D'un autre épris de vos yeux,
Si vous le vouliez entendre,
Diroit plus, & diroit mieux.

Vous
m'avez bien la mine (aymable La Valiere)
Si je vous peint trait pour trait
De ne vous soucier guere
Du Peintre, ny du pourtrait.

Castelnau,
si pour vous une fois ma plume
Ie laissois prendre l'effort,
Ie ferois un gros volume,
Et n'aurois pas fait encor.

Vos
yeux sont beaux (La Mothe) & pour peu que ma bouche
En exprime la langueur,
Vous vous plaindrez que je touche
Au secret de vostre coeur.

Colognon
a du charme en toute sa personne,
Mais je n'aurois pas raison
D'aller dire qu'on soupçonne
Que son coeur est en prison.

Pour
vous (jeune Grancé) n'aguere petit Ange,
A quoy bon me mettre en frais ?
Si vous manquez de loüange,
Amour manquera de trais.

Raré,
de qui l'on aime, & de qui l'on respecte
Les attraits & la douceur,
Brille d'un air qui n'affecte
Ny l'encens, ny l'Encensseur.

Vos
Eloges me sont des écüeils ou j'avoüe
Que je craindrois d'échoüer,
Il faut aimer ce qu'on loüe
Afin de la bie, loüer.
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Le
Printemps estoit adverty de prednre possession du Monde, par
l'entrée que le Soleil venoit de faire, dans le
premier des Signes qui luy appartiennent. Le voila qui se
montre en son plus bel appareil. Il convie deux Amours qui
le suivent, d'aller fondre ce qui reste de glace dans les
lieux les plus retirez, & les Zephirs qui l'accompagnent
ordinairement, de se répandre dans les airs, &
d'ouvrir de leurs douces haleines le sein de la Terre, pour
la production de s fleurs.
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pour
le
Duc de Chevreuse,
Printemps
Vos
beaux & jeunes ans
Representent bien ce Temps
Où tout fleurit, & boutonne;
Mais de voir un si bon sens
Avant l'âge qui le donne
Diroit-on pas que l'Automne
Represente le Printemps ?
pour le
Duc,
& le
Chevalier de Vendosme,
Amours
Que ces
tendres Amours vont faire aux coeurs la guerre.
Que d'actes merveilleux en diverses façons !
L'un veut se signaler aux deux bouts de la Terre,
L'autre veut avaler la Mer & les
poissons.
pour les Zephirs
Comme
trop de respects icy vous accompagne,
Vous n'oseriez souffler (Zephirs jeunes & blonds)
En récompance à la campagne
Vous estes de vrais Aquilons.
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Les
plus nobles & les plus ordinaires usages des fleurs, ont
toûjours esté de servir de presens en Amour.
Quatre Galans rencontrent icy des Iardiniers chargez de la
dépoüille de leurs jardins, & en achetent
des bouquets, pour les presenter à leurs Maistresses.
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Un
pauvre Homme dans son jardin
Va cultivant soir & matin
Une Fleur qu'il cherit dans le fresle destin
Veut que la Bise vienne, & qu'elle la renverse:
Un pauvre Amant fait ce qu'il peut,
Et non pas toûjours ce qu'il veut,
Il poursuit, presse, il touche, émeut,
Entre sa Belle & luy se lie un doux commerce,
Dont il croit que le Temps ne viendra pas à bout;
Mais il vient à la traverse
Un Rival qui gaste tout.
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Pendant
que les Iardiniers achevent leur Entrée, les Galans
portent leurs bouquets aux Dames, & aydent à leur
ajuster; & les uns & les autres égallement
satisfaits dansent sur un mesme Air. Comus se presente tout
couvert de fleurs, & se joignant à cette troupe,
en et reconnû pour le Dieu des Divertissemens, &
de la Galanterie: Il a neantmoins en sa main un
épieu, qui marque que quelques autres inclinations le
portent aussi.
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pour
le
Duc de S. Aignan,
Comus Dieu des Festins
Ie
flate, je caresse, & je fay bonne chere
Avec un procedé civil, poly, sincere
Qui s'est fait admirer en mille endroits divers,
Ie n'ay jamais servy personne à plats couvers.
Mais quand il a flau briller dans une armée,
Et qu'enfin les coûteaux sur table ont esté
mis,
Demandez à la Renommée
De quel air on m'a veu traiter les Ennemis.
pour le
Comte de Tallard,
le
Marquis de Chanvalon
& le
Baron de Beauvais,
Galans
Tallard
brille déja parmy les plus adroits,
Sur les plus beaux talans son merite se fonde,
Außi pour dire tout, sa Mere par deux fois
D'une tendresse sans seconde
A pris soin de le mettre au monde.
Chanvalon vers la gloire a le coeur tout porté,
Et ne cede à pas un des Galands de son âge,
Beauvois a de l'esprit, de l'honneur, du courage,
Et mille qualitez outre la qualité
De Seigneur de nostre Village:
Tous
trois pour des Galans vous estes forts jolis, &
polis,
Agreables, bienfaits, beaux, jeunes,
N'ayant pour vostre sang aucune oeconomie,
S'il en faloit verser pour la gloire des Lis,
Mais par où réveiller nostre Muse endormie
?
Vous sortez de l'Academie,
Vos merites naissans peut-estre voudront bien
Qu'encore quelque temps sur eux je me repose,
Et que je ne parle de rien
Que vous n'ayez fait quelque chose:
Qui veut de mon Encens n'a qu'à le meriter,
Mais je n'ayme point à flater,
I'ay pour les grands sujets des resources
étranges,
Me voit-on par exemple épuisé sur le
ROY
Qui me donne toûjours dequoy,
Ie veux dire, toûjours matiere de loüanges
?
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Le
fonds du Theatre s'ouvre, huit jeunes débauchez y
paroissent assis au tour d'une Table bien couverte. Quatre
Esclaves entrent en dançant, les couronnent de
fleurs, & leur presentent des Tasses couronnées
de mesme. Les Anciens dans les Festins se servoient de
fleurs pour rabattre les fumées que le vin a de
coustume de faire monter la Teste.
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Les
Esclaves retirez, & les Tables levées, les
debauchez dançent, & comme une des suites
ordinaires des Festins, & des débauches de Table,
estoit anciennement d'aller attacher aux portes des nouveaux
mariez les Couronnes dont on s'estoit servy: Ceux-cy n'en
oublient pas la coustume; ils donnent mesme une Serenade,
dont l'Hymen, l'Amitié, & la Fidelité,
font le Recit.
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Serenade
pour les nouveaux Mariez
pour Mlles
de S. Christophe,
Des-Fronteaux,
& Mr
Gaye
Que
vous estes heureux, jeunes coeurs languissans,
Amour ce doux charme des sens
Ne veut plus contre vous user de tyrannie,
Qu'elle profusion de plaisirs innocens,
De solide bonheur, de tendresse infinie !
Que vous estes heureux, jeunes coeurs languissans
!
Mademoiselle
de S. Christophe
Amans,
que l'hymen a joins,
Vous allez gouster la vie,
Emportez-vous un peu moins,
Et moderez vostre envie.
Ménagez des biens si doux,
Helas ! vous attendez-vous
Que ce feu dure sans cesse ?
Prenez garde qu'à la fin
Ne se glisse le chagrin,
Et que l'Amour ne vous laisse.
Mademoiselle
Des-Fronteaux
Il
füit de pariles liens
Ce Dieu délicat & tendre,
Et souvent mesme des siens
Il tasche de se déprendre.
Tous ensemble
Que
vous estes heureux, &c.
pour les huit Débauchez
Quoy,
beaux Seigneurs, n'estes-vous pas honteux
D'estre toûjours débauchez comme ceux
Qu'un peu de peine en amour importune ?
Comment, vous estes de tout point
Faits en gens à bonne fortune,
Cependant vous n'en avez point ?
Vous hantez les Damoiselles,
Mais pour ne point flater celles
Que par un soin principal
Vous pretendez mettre à mal,
MA foy, vous n'y voyez goute,
N'en déplaise à vos apas,
Vous les y trouvez sans doute,
Et ne les y mettez pas.
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Le
Marié & la Mariée sortent de leur maison,
& pour témoigner la satisfaction qu'ils ont
euë de la Musique, joignent leur dançe à
celle des débauchez.
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Les
Poëtes ont feint, que Zephire en sa mariant avec Flore
luy donna un jardin de toutes sortes de fleurs. Que l'Aurore
y vient tous les matins pleurer la perte de son fils Memnon,
& que ses larmes font la rosée dont les fleurs
prennent leur nourriture & leur vie. Que les Heures vont
aussi-tost aprés dans le mesme jardin cueillir des
fleurs, & les donnent aux Graces, pour en faire des
Couronnes aux Dieux. C'est le sujet des Entrées
suivantes.
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Le
Theatre change de face, le jardin de Flore paroist
orné de toutes sortes de fleurs que l'Aurore arrose
de ses larmes.
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Quatre
des Heures vestuës de mille differentes couleurs, comme
les anciens Poëtes les representent, cueillent des
fleurs, & les donnent aux Graces, qui en font des
Couronnes pour les Dieux.
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Vertumne
intendant des jardins visite ceux de Flore, personne
n'ignore les artifices que ce Dieu jeune & galant
employa pour se faire aymer de Pomone: Cette Nymphe le vit
souvent déguisé en Laboureur, en Faucheur, en
Cueilleur de pommes, en Pescheur, & en Vieille: Ce fut
sous cette derniere forme qu'il réüssit.
Peut-estre a-t'il aujourd'huy quelque nouveau dessein, se
faisant suivre par les mesmes Figures.
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Venus
n'est jamais plus belle, quelors qu'elle se pare de fleurs;
aussi se plaist-elle aux jardins de Flore: Elle y rencontre
aujourd'huy le sujet d'un triste souvenir. Ce n'est point la
rose qui fut teinte de son sang, lors qu'une épine de
Rozier la blessa ai pié. C'est l'Anemone qui luy
remet devant les yeux la perte d'Adonis, elle en renouvelle
ses plaintes, & témoigne assez de passion qu'elle
avoit pour cét Amant.
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Plainte
de Venus sur la mort d'Adonis
chantée par Mademoiselle
Hylaire
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Ah !
quelle cruauté de ne pouvoir mourir !
Et d'avoir un coeur tendre & formé pour souffrir
!
Cher Adonis que ton sort est funeste,
Et que le mien est digne de pitié !
Vien, Monstre furieux, vien devorer le reste,
Et n'en fay pas à moitié.
Que les traits de la mort auroient pour moy de charmes !
Mais sur mes jours ils n'ont point de pouvoir,
Et ma divinité réduit mon desespoir
A d'éternels soûpirs, à
d'éternelles larmes.
Ah ! quelle cruauté, &c.
Vous le voulez, Destins, est-il poßible
Que luy mourant je conserve le jour,
Et ve devrois-je pas parestre außi sensible
A sa mort qu'à son amour ?
Luy qui des Dieux jaloux attira le tonnerre,
Qui m'ayma tant, que je n'aymay pas moins,
Et qui par de si doux, & de si tendres soins
M'osta le goust du Ciel en faveur de la Terre.
Ah ! quelle cruauté, &c.
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Pluton
à l'ayde de douze Demons enleve Proserpine, pendant
qu'elle s'amuse à cueillir des fleurs avec ses
Compagnes, elle appelle sa mere à son secours, &
laisse tomber du bas de sa robe les fleurs qu'elle avoit
ramasées, regrettant encore la perte de ces bouquets
dans cét enlevement, tant est grande la
simplicité qui accompagne la jeunesse.
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pour
Monsieur
de Lane,
Proserpine
Agreable
Proserpine,
L'on connoist à vostre mine
Qu'il est des feux & des fers
Ailleurs que dans les Enfers.
pour Monsieur
de Beaumont,
Démon
Les
Circez, & les Medées,
N'en avoient pas un si bon,
Et pour croire aux Possedées
L'on n'a qu'à voir ce Démon.
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Six
Héros changez en fleurs paroissent en cette
Entrée la Teste couronnée, & leurs Ecus
chargez des mesmes fleurs, où ils ont esté
changez.
Narcisse Berger changé en fleur de son nom,
aprés avoir dédaigné la Belle Echo,
& estre devenu amoureux passionné de
luy-mesme.
Adonis changé en Anemone par le pouvoir de Venus,
aprés avoir esté tüé d'un
Sanglier.
Hyacinthe en la fleur de mesme nom par Apollon qui l'aymoit,
& l'avoit tüé sans y penser joüant au
palet.
Ajax en une autre espece d'Hyacinthe, s'estant
tüé luy-mesme, pour n'avoir pas obtenu les armes
d'Achilles, qu'Ulisse luy disputoit.
Acanthe en fleur jaune, estant mort de langueur, & de la
jaunisse, aprés la perte de sa Maistresse.
Amaraque en fleur de Marjolaine estant mort de douleur
d'avoir perdu les parfums precieux de Cynare Roy de Chypre
son Maistre.
Ces six Héros disputent entr'eux à qui de
toutes les fleurs la Gloire & la Primauté doit
appartenir, & semblent par leurs gestes & par leurs
regards appeller à leur secours les Dieux qui les ont
changez, & comme la querelle s'échauffe le Ciel
s'ouvre, Iupiter qui y paroist appasie leur different, &
leur fait prononcer par la vois du Destin que la
préeminence des fleurs n'est deuë qu'aux Lys,
& pour marque publique de cét arrest ordonne que
les JArdins de Flore seront changez en un superbe Temple
consacré à la Déesse Flore, & que
toutes les Nations du Monde viendront luy rendre hommage,
& reconnoistre le souverain pouvoir des Lys.
|
|
Pour
les Héros changez en Fleurs
Autresfois
des Héros furent changez en Fleurs,
Vous en portez les noms, les marques, les couleurs,
Et voudriez pouvoir renaistre de leurs cendres,
Vous estes en effet des Fleurs jeunes & tendres
Qui courez à la gloire, & fuyez le repos,
Afin que vous puißiez vous changer en
Héros.
Iupiter & le Destin
Monsieur
d'Estival,
Iupiter
Monsieur
le Gros,
le Destin
Iupiter:
Iusqu'au plus haut des Cieux quel bruit vient delà
bas ?
Le
Destin:
De ces jalouses Fleurs accordez les debas
Sur un point de preséance
Qui ne leur apartient pas.
Iupiter:
N'avons-nous pas tous deux mis la chose en balance
Par un celebre Arrest impose leur silance.
Le
Destin:
Fleurs, qui fustes jadis des Héros signalez,
Ne présumez plus tant de ce que vous valez,
Les Lis effacent tout par leur blancheur extresme,
Et sur le Laurier mesme
Qui des Césars paroit l'auguste front
Ces Lis l'emporteront.
De
l'odeur de ces Lis l'Univers amoureux
Va bien-tost devenir un parterre pour eux,
Ou rien de doit briller que leur éclat supresme,
Et sur le Laurier mesme, &c.
Iupiter & le Destin ensemble, chantent ce qui suit pour
le
Roy
& pour Madame,
qui devoit representer Flore
Ieunes
Lis, qui semblez ne fait que d"éclore,
Vous avez deux brillans emplois,
Vous couronnez l'Amour sur le beau teint de Flore,
Et sur le front du plus brillant des Rois
Qui traisne aprés luy la victoire,
Vous courronez la gloire.
|
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Les
Iardins de Flore disparoissent, & au mesme lieu s'
éleve un Temple magnifique dedié à
l'honneur de Flore, les Lys y regnent de toutes parts, &
en font le principal ornement. Il est environné de
Tribunes destinées à la Musique. Les quatres
Parties du Monde representées par quatre Dames
arrivent au bruit de cette merveille, & par un recit
appellent à la Feste de la Déesse toutes les
Nations qui leur sont sujettes. Deux Trompettes marchent
à la teste de quatre Quadrilles, & joignant leur
chant aux divers Choeurs de Musique font un Concert qui
n'avoit point encore esté oüy. La MArche finie
la Quadrille des Européens se presente la premiere,
& apres avoir dansé d'un air grave & serieux
se retire au fonds du Theatre, les Affricains inventeurs des
danses de Castagnettes entrent d'un air plus gay, ils sont
suivis des Asiatiques & des Ameriquains, les
Européens les rejoignent, & tous ensemble forment
au son des Canaries les plus agreables figures que l'art ait
encore trouvées. Huit Faunes se meslent à
cette danse, quatre portent sur leur teste des Corbeilles de
fleurs, les quatre autres tiennent à la main des
Machines garnies de Tambours de Biscaye ornez de fleurs, qui
servent à une Batterie toute nouvelle, le Theatre se
trouve couvert de Festons. L'Europe & l'Asie font un
second recit, l'Affrique & l'Amerique y
répondent. La Musique & la danse se suivent
alternativement, cependant l'image de Flore qui s'estoit
montrée au fonds du Temple en est portée au
milieu, les Faunes la couronnent de fleurs, les Nations luy
rendent le culte qui luy est deu, & reconnoissent
l'Empire des Lys pour le premier de l'Univers.
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Temple
de Flore
les quatres Parties du Monde
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Mademoiselle
Hylaire
Amour,
n'est-ce point vous qui par tant de merveilles
Charmez nos yeux, & nos oreilles ?
Sans vous tout déplaist en effet,
C'est par vous que des Dieux la Troupe est divertie,
Amour, il n'est rien de bien fait
Si vous n'estes de la partie.
Toutes
Amour,
il n'est rien de bien fait
Si vous n'estes de la partie.
Mademoiselle
Des-Fronteaux
Il
n'est point de plaisir qui ne semble
imparfait.
Mademoiselle
de S. Christophe
Point
de felicité plainement ressentie.
Mademoiselle
Aubry
Le
coeur ne gouste rien dont il soit satisfait.
Toutes
Amour,
il n'est rien de bien fait
Si vous n'estes de la partie.
Mademoiselle
Hylaire
En vain
pour les plaisirs icy tout se prepare,
L'air s'embellit, le Ciel se pare,
Sans vous tout déplaist en effet,
&c.
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pour
le
Roy,
un Européen
L'Europe
de tous temps a plus plus féconde
En Illustres Héros que le reste du Monde,
La gloire, la grandeur, l'exacte fermeté,
Le courage, l'esprit, la sagesse profonde
En sujets differens ont chez elle habité,
Et César, & Caton les partageroient dans
Romme;
Toutes ces qualitez jointes en mesme lieu
Sur le Throsne François accompagnent un Homme
Quand dans l'Antiquité l'ont eut pris pour un
Dieu,
Et qui se fait connoistre assez sans qu'on le
nomme.

Avec
étonnement l'Univers le remarque,
Comme un Pilote expert-il sçait mener sa Barque,
Ses moindres actions le découvrent d'abord,
Et l'on n'a pas grand' peine a chercher le Monarque,
On le trouve à sa mine, à sa taille, à
son port:
Le Ciel luy reservoit ce degré de puissance,
Quand mesme par le sang il ne l'auroit point eu
Tout se seroit rangé sous son
obéïssance,
Et le Sceptre eust esté le prix de sa Vertu,
S'il ne l'avoit receu du droit de sa
Naissance.
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Grande
Musique
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Venez,
peuples divers,
A cette grand Feste,
Venez tout l'Univers:
Que la Trompette en teste
Se meslent à nos Concerts,
Et forme dans les airs
Une douce tempeste.
Venez, &c.
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Mlle
Hylaire,
& Mlle
Des-Fronteaux
Peuples
& Rois,
Tout gémit sous le poids
Des amoureuses chaisnes;
Leurs fortunes sont plaines
De contraires emplois,
Et toutefois
Ils souffrent mesmes peines,
Et suivent mesmes loix.
Peuples, &c.
Mlle
de S. Christophe,
& Mlle
Aubry
C'est
en cela
Qu'Amour qui tout régla
Veut que chacun convienne;
Il n'est sceptre qui tienne,
Iamais rien n'égala
Les traits qu'il a,
De quelque lieu qu'on vienne
Il en faut venir là.
C'est en cela, &c.
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Grande
Musique
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Charmons
icy toute la Terre,
Que le bruit mesme de la guerre
Devienne un bruit melodieux:
Et que de nos Concerts la douceur infinie
Réponde à l'harmonie
Dont le Ciel divertit les Dieux.
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Homage
des quatre Parties du Monde,
à Madame
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L'Europe:
Offrons à la Princesse un coeur soûmis &
tendre,
C'est un hommage pur qu'elle doit bien
souffrir.
L'Asie:
C'est faire prudemment de luy vouloir offrir
Ce que nous ne sçaurions l'empescher de nous
prendre.
L'Affrique:
Quel bruit font ces beaux yeux sur la terre & sur
l'onde,
Que d'esprit, que d'attraits dont les coeurs sont
vaincus.
L'Amerique:
C'est beaucoup qu'il soit vray, mais c'est encore
plus
D'en faire convenir les quatre parties du
monde.
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