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Ballet en VI Entrées texte de Moliere musique de:Jean-Baptiste Lully |
Troisiesme
Iournée
... Alcine: Mademoiselle
du Parc
Celie:
Dircé:
Mademoiselle de Brie
Mademoiselle Moliere
Alcine: Celie: Alcine: Celie: Dircé: Alcine: Celie: Alcine: Dircé: Alcine:
Vous à qui je fis part de ma felicité,
Pleurez avecque moy dans cette
extremité.
Quel est donc le sujet des soudaines alarmes
Qui de vos yeux charmans font couler tant de larmes
?
Si je pense en parler, ce n'est qu'en fremissant.
Dans les sombres horreurs d'un songe menassant,
Un spectre m'avertit, d'une voix eperduë:
Qu'un celestre pouvoir arreste leur secours,
ET que ce jour sera le dernier de mes jours.
Ce que versa de triste au poinct de ma naissance
Des Astres ennemis, la maligne influence,
Et tout ce que mon art m'a predit de malheurs,
En ce songe fut peint de si vives couleurs,
Qu'à mes yeux éveillez sans cesse il
represente
Le pouvoir de Melisse et l'heur de Bradamante.
I'avois preveu ces maux, mais les charmans plaisirs
Qui sembloient en ces lieux prevenir nos desirs;
Nos superbes Palais, nos jardins, nos campagnes,
L'agreable entretien de nos cheres compagnes;
Nos jeux & nos chansons, les concerts des oyseaux
Le parfun des Zephirs, le murmure des eaux,
De nos tendres amours les douces avantures,
M'avoient fait oublier ces funestes augures,
Que le songe cruel dont je me sens troubler,
Avec tant de fureur les vint renouveller.
Chaque instant je croy voir mes forces
terrassées,
Mes gardes esgorgez, & mes prisons forcées;
Ie crois voir mille amans, par mon art transformez,
D'une égale fureur à ma perte animez,
Quitter en mesme temps leurs troncs & leurs
feuillages,
Dans le juste dessein de vanger leurs outrages,
Et je croy voir, enfin, mon aymable Roger,
De mes fers meprisez, prest à se
desgager.
La crainte en vostre esprit s'est acquis trop
d'empire,
Vous regnez seule icy, pour vous seule on soûpire;
Rien n'interrompt le cours de vos contentemens
Que les accens plaintifs de vos tristes amans:
Logistile, & ses gens chassez de nos campagnes
Tremblent encor de peur, cachez dans leurs montagnes;
Et le nom de Melisse, en ces lieux inconnu,
Par vos augures seuls jusqu'à nous est
venu.
Ah ! ne nous flatons point, ce fantosme effroyable
M'a tenu cette nuit un discours tout
semblable.
Helas ! de nos malheurs, qui peut encor
douter.
I'y vois un grand remede, et facile à tenter;
Une Reine paroist, dont le secours propice
Nous sçaura garentir des efforts de Melisse:
Par tout de cette Reyne on vante la bonté,
Et l'on dit que son coeur, de qui la fermeté
Des flots les plus mutins méprisa l'insolence,
Contre les voeux des siens est toûjours sans
defense.
Il est vray je la vois, en ce pressant danger
A nous donner secours taschons de l'engager;
Disons-luy qu'en tous lieux la voix publique estale
Les charmantes beautez de son ame Royale;
Disons que sa vertu, plus haute que son rang,
Sçait relever l'esclat de son auguste sang,
Et que de nostre sexe elle a porté la gloire
Si loin que l'avenir aura peine à le croire;
Que du bon-heure public son grand coeur amoureux
Fit toûjours des perils un mépris genereux;
Que de ses propres maux, son ame à peine
atteinte,
Pour les maux de l'Estat garda toute sa crainte:
Disons que ses bien-faits versez à pleines mains
Luy gaignent les respect & l'amour des humains,
Et qu'au moindre danger dont elle est menacée
Toute la terre en deüil se montre
interessée:
Disons qu'au plus haute point de l'absolu pouvoir,
Sans faste & sans orgueil sa grandeur s'est fait
voir;
Qu'aux temps les plus fascheux, sa sagesse constante,
Sans crainte a soustenu l'authorité penchante;
Et dans le calme heureux, par ses travaux acquis,
Sans regret la remit dans les mains de son Fils.
Disons par quels respects, par quelle complaisance
De ce Fils glorieux, l'amour la récompense;
Vantons les longs travaux, vantons les justes Loix
De ce Fils reconnu pour le plus grand des Rois;
Et comment cette Mere heuresement feconde,
Ne donnant que deux fois a donné tant au monde.
Enfin, faisons parler nos soupirs & nos pleurs
Pour la rendre sensible à vos vives douleurs,
Et nous pourrons trouver au sort de nostre peine
Un refuge paisible aux pieds de cette Reyne.
Ie sçais bien que son coeur, noblement
genereux,
Ecoute avec plaisir la voix des malheureux:
Mais on ne voit jamais éclater sa puissance
Qu'à repousser le tort qu'on fait à
l'innocence;
Ie sçais qu'elle peut tout, mais je n'ose penser
Que jusqu'à nous dessendre on la vit s'abaisser.
De nos douces erreurs elle peut estre instruite,
Et rien n'est plus contraire à sa rare conduite;
Son zele si connu pour le culte des Dieux
Doit rendre à sa vertu nos respects odieux,
Et loin qu'à son abord son effroy diminué,
Malgré moy je le sens qui redouble à sa
veué.
Ah ! ma propre frayeur suffit pour m'affliger !
Loin d'aigrir mon ennuy, cherche à se soulager,
Et tasche de fournir à mon ame oppressée
Dequoy parer aux maux dont elle est menacée.
Redoublons cependant les Gardes du Palais,
Et s'il n'est point pour nous d'azile desormais,
Dans nostre desespoir cherchons nostre deffense,
Et ne nous rendons pas au moins sans
resistance.
Quatre Geans d'une grandeur demesurée, vinrent
à paroistre avec quatre Nains; qui par l'opposition
de leur petite taille, faisoient paroistre celle des Geans
encore plus excessive. Ces Colosses estoient commis à
la garde du Palais, et ce fut par eux que commença la
Premiere Entrée du Ballet.
Ballet du Palais d'Alcine
Quatre Geans & quatre
Nains.
Huit Maures chargez par
Alcine de la garde du dedans, en font une exacte visite,
avec chacun deux flambeaux.
D'autres Demons viennent
encor, et semblent asseurer la Magicienne qu'ils
n'oublieront rien pour son repos.