Les Nymphes Bocageres de la Forest sacrée
Ballet
dansé par la Reyne, en la Salle du Louvre,
en 1627
les Vers sont de Mr Boisrobert
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Sous
le plus doux climat des Isles fortunées, Il
sçait de ses rayons tempérer les chaleurs, Ces
bois delicieux vont une herbe ombrageant, Il
faut bien qu'il abonde en graces nompareilles, Le
soleil dans sa gloire a honte de se voir
Où les felicitez ne sont iamais bornées,
Où regne l'abondance au milieu des plaisirs,
Qui contente, & iamais ne lasse les desirs.
En un lieu solitaire où l'amoureux Zephire,
Pour la beauté de Flore incessamment souspire.
Sur un plaisant costeau s'esleve une Forest
Que le soleil regarde außi-tost qu'il parest.
Ce bel Astre du monde au matin se recrée
Dans ceste solitude à sa gloire sacrée:
Il dore les rameaux de mille arbres divers,
Qu'un Prin-temps eternel maintient tousiours si vers,
Que vien qu'on ait conté dix siecles de leur
estre,
On diroit à les voir qu'ils ne font que de
naistre.
Par une humidité qui fait naistre les fleurs,
Dont l'odreur, les couleurs, & l'abondance
extréme,
Augmentent l'ornement de ce beau lieu qu'il ayme,
Qui reçoit dans son lict mille ruisseaux
d'argent,
Qui par divers canaux sortent d'une fontaine,
Qu'au penchant du costeau son Dieu ne voit qu'à
peine:
Cette belle eau murmure en quittant ce beau lieu,
Dans le regret qu'elle a d'un eternel Adieu.
Puis qu'il attire à soy de si grandes merveilles;
Puis que tant de BEAUTEZ
qu'adore l'Univers
Se viennent enfermer dans ses fueillages vers,
Et que pour conserver cette Forest sacrée
Elles prennent le soin d'en deffendre
l'entrée.
Servy par des SOLEILS,
dont il craint le pouvoir:
Il respecte sur tout l'Astre qui leur commande,
Et qui brille en attraits dessus toute la bande,
Surmonte de l'esclat qui sort de ses beaux yeux,
Il n'ose penetrer iusques dedans ces lieux;
Le seul desir qu'il a d'eviter sa rencontre,
Fait que sous ces rameaux iamais il ne se monstre.
Il lui aux environs de ces arbres touffus,
Tout y saute de joye, il en est tout confus,
Et voyant ces BEAUTEZ,
il n'oseroit plus croire
Que ces jeux soient encor celebrez à sa gloire:
Mais que les Deïtez de ces bois nompareils
Donnent tout au plaisir de ces autres SOLEILS.

Les
Silenes par leur haubois Si tost
qu'il a fait son entrée, Les
Nymphes qui gardent ces bois Pan que ce
doux climat attire, Les
Egipans ravis de voir Concert
en Dialogue Orphée,
& sa trouppe charmante, Que si les
fantosmes du bois Les
Paysans veulent que l'on voye Six
Bergeres pleines d'appas Icy
l'amitié conjugale Les
Chasseurs les suivent de pres, Le
Prin-temps & le doux Zephire Diane en
son char triomphante, Tout est
ravy de leurs beautez,
Rompent le silence des bois,
Et déja nous voyons parestre
Le plus grand des Dieux Bocagers,
Sylvain des Satyres le maistre,
Et des Faunes aux pieds legers.
Les Dieux de la Forest sacrée,
Viennent de fueillages couvers
Devant le Soleil qui les dore,
Danser dessus des tapis vers,
Enrichis des beautez de Flore.
Avec le charme de leurs vois
Impriment une douce crainte
A ceux, qui voudroient curieux,
Prophaner cette Forest sainte,
Sejour destiné pour les Dieux.
Quittant ses bois & son Empire,
Ne cherit plus que ces beaux lieux;
Et son Amour est refroidie
Par les plaisirs delicieux,
Qui l'arrestoient en Arcadie.
Ce Dieu sauter & se mouvoir
D'une grance si naturelle,
Témoignent leurs consentements,
Et pour sa presence eternelle
Ont d'éternels esbatemens.
Avecque leur voix ravissante
Qui monte jusques dans les Cieux,
Attirent les Nymphes des arbres,
Et les font mouvoir en ces lieux,
Comme ils firent jadis les marbres.
Viennent parestre quelquefois
Devant les Nymphes qui le gardent;
C'est seulement pour contenter
Les yeux de ceux qui les regardent,
Et non pour les espouvanter.
Le témoignage de leur joye
Par les rustiques Chalumeaux,
Desquels ils excitent la danse
Des Bergers qui le long des Eaux
Marquent des pas à leur cadance.
Viennent s'accorder à leurs pas,
Et dansent au son des Musettes,
Elles font mille & mille tours,
Et se joüant de leurs Houlettes,
Passent là les nuicts & les iours.
De Procris avecques Cephale
Inseparable le rejoint,
La belle est d'une Amour saisie,
Que l'Aurore ne trouble point
D'une nouvelle jalousie.
Qui munis d'espieux & de traits,
Ardans courent de place en place;
Et dans ce bois font moins d'effort
Pour suivre une beste à la chasse.
Que pour en deffendre l'abord.
Par tout l'enclos de cét Empire
Font leur douce aleine sentir
Tout leur rit, chacun les caresse,
Et c'est ce qui les fait sortir,
Avec mille sauts d'alaigresse.
Charme de sa voix ravissante
La Mere du plus grand des Rois,
Et pour la divertir, appelle
Les belles Nymphes des ces bois,
Qui ne se parent que pour elle.
On voit briller de tous costez
Cette belle & celeste bande,
Leur esclat templit tous ces lieux,
Surtout l'Astre qui leur commande
Est une merveille à nos yeux.
Concert des Nymphes des Bois
[les
parolles de ces Trois Concerts sont accodomées
à l'Air. Bien-loing
prophanes de ces lieux, Les
Nymphes qui gardent ces Bois Des
traits qui partent de leurs mains,
L'Air est de Boesset]
Ce sejour n'est que pour les Dieux:
Fuyez de peur de sentir
L'effet prompt d'un repentir.
N'espargnent pas les plus grands Rois:
Tout fléchit sous leurs Beautez,
Tout ressent leurs cruautez.
Elles font perir les humains:
Et de ceux de leurs beaux yeux
Elles font mourir les Dieux.

Concert en
Dialogue d'Orphée & de sa Trouppe,
& des
Hamadriades qu'ils attirent
[L'Air
est de Boesset] Orphée
& sa Troupe Les
Hamadriades Orphée Les
Hamadriades Orphée Orphée
& les
Hamadriades Orphée Les
Hamadriades Orphée Les
Hamadriades Orphée Orphée
& les
Hamadriades
Suivez-nous belles Nymphes des bois,
Qui vous cachez sous cette escorce.
Qui nous attire avecques tant de force ?
Ce sont les accords charmans de nos douces
voix.
Où nous conduisez vous ?
Vers le plus grand des Rois.
Allons donc tous ensemble, accordons nos voix
En l'honneur du Miracle des Rois.
Quittez-vous à regret les beaux lieux
Où vous retenoient vos racines ?
O que d'attraits ! que de Beautez divines
!
Un bien plus charmant objet va ravir vos
yeux.
Et que verrons nous plus ?
Un Roy chery des Cieux.
Allons donc tous ensemble, accordons nos voix
En l'honneur du Miracle des Rois.

Concert de
Diane & de ses Nymphes,
qui
precede le Grand Ballet
[L'Air
est de Boesset] Diane,
qui s'addresse à la Reyne MEre, & luy dit Ce feu
qui faisoit toute ma splendeur L'encens
& les voeux que tant de Mortels
Reyne que ie sers, & que ie connoy
Bien plus qu'elle, & plus chaste que moy,
Astre divin, Flambeau nompareil,
Pardonnez-moy si ie vous prens pour mon
Soleil.
Ne luit plus que pour vostre grandeur,
De vos Enfants il est amoureux,
Et ne fait plus le tour du monde que pour
eux.
M'ont donnez, sont deus à vos Autels,
Astre divin, Flambeau nompareil,
Ie suis par vous, & vous cognoy pour mon
Soleil.

Autres Vers de
Diane à la Reyne,
Mere du
Roy
Source
d'Eternelle beauté, Ie
tiens de vos perfections Mais
vous ne vous contentez pas Un
autre encor est né de vous,
Qui rendez par vostre clarté
Toute la terre florissante;
Astre en puissance nompareil,
Vous m'estes ce qu'est le Soleil
A celle que ie represente.
La regle de mes actions;
De vous naist ma splendeur entiere,
De vous seule ie prens la loy,
Ce qui brille & reluit en moy
Me provient de vostre lumiere.
De faire voir dans les appas,
Dont vostre lumiere est feconde,
Un Soleil Divin en beauté,
Et si Grand en authorité
Qu'il est cogneu par tout le monde.
Brillant en vertu parmy nous;
Ainsi qu'un Astre incomparable,
Qui (si mes voeux sont exaucez)
Par toute la terre habitable
Verra ses rayons estanoez.

Vers de la
Reyne,
representant
la Premiere des Nymphes Bocageres
Roy le
plus grand des Rois, victorieux Monarque, Si ie
prens sur les Bois un Empire supréme, Pour
vostre seule teste en ce bocage sombre
Herôs, qui pour les fruits d'un courage
indompté
Laissez de vostre gloire une eternelle marque
A la posterité.
C'est pource que vos soins par-fois y sont charmez,
Ce qui plaist à vos yeux me ravit, & ie
n'ayme
Que ce que vous aymez.
Ie nourris un Palmier entre mille Lauriers,
Qui doit fournir un jour des Couronnes sans nombre,
A vos exploits guerriers.

Vers de la
Reyne,
à
la Reyne Mere du Roy
Reyne
des Reynes la premiere, Ie fuy
l'abord des Immortels, Puis
qu'il est vray qu'on vous contemple,
Source d'appas & de lumiere,
Doux Aymant qui sçavez tous les coeurs attirez;
Beauté d'Eternelle durée,
Ie quitte pour vous adorer
Les lieux où j'estois adorée.
Pour vous ie renonce aux Autels
Qu'on esleve à ma gloire en ce Bois venerable;
Ayez pour moy les yeux ouvers,
Et si ie vous suis agreable
Ie veux plaire à tout l'Univers.
Comme le plus parfait exemple
D'Honneur & de Vêrtu qui vive parmy nous;
Bien-heureuse ie me doy croire,
D'estre sans cesse auprês de vous,
Et d'y borner toute ma gloire.