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Ballet des Amours Deguisez
Ballet du Roy
dansé par sa Majesté

en Fevrier 1664
livret de Isaac de Benserade &Octave de Perigny

musique de: Jean-Baptiste Lully

 

Argument

Le Théatre s'ouvre par un combat de deux differentes Harmonies; la plus forte est composée des Arts, et des Vertus qui suivent Pallas, et la plus douce, les Graces & les Plaisirs qui accompagnent Venus. Cependant, ces deux Déesses prenant le party, l'une des Plaisirs, & l'autre de la Vertu, entrent en contestation, cependant que Mercure qui tasche de les accorder leur propose de prendre le ROY pour Arbitre de leur different; toutes deux l'acceptent avec une égale satisfaction: mais Pallas qui connoist l'avantage qu'elle a dans le chois d'un tel Iuge insulte à sa Rivale, & apres luy avoir fait remarquer combien sa Majesté par toutes ses actions se déclare ouverte pour le party de la Vertu, la laisse dans la confusion.

Venus revenuë de son premier estonnement, veut faire effort pour dompter l'orgeuil de Pallas en gagnant le coeur du Roy, & pour unir toutes ses forces dans ce grand dessein, elle prie Mercure de voler dans tous les coins du Monde, afin de rassembler toutes les Amours qui s'y trouvent dispersez. Mais lors qu'il est prest de partir, elle a peur qu'il n'en sçache pas connoistre la plus grande partie, qui pour faire reüssir des entreprises importantes, se déguise, & se cache sous des formes empruntées, et pour luy donner moyen de ne s'y pas pas tromper, elle luy fait voir plusieurs de leurs déguisemens, qui seront expliquez l'un apres l'autre dans chacune des Entrées du Ballet.

Dialogue de Pallas, Venus & Mercure

Mercure: le Sieur Floridor
Pallas: Mlle des Oeillets
Venus: Mlle de Montfleury

Mercure:
Sur quoy contestez-vous ? peut-on vous accorder ?

Venus:
La Sçavante Pallas nous veut persuader,
Que son visage austere, et le bruit de ses armes,
Doivent pour les Mortels avoir de plus doux charmes
Que les Ieux, les Plaisirs, les Graces, & l'Amour
Qui marchent à ma suite, & composent ma Cour.

Pallas:
Et la belle Venus pretend nous faire croire
Que les Arts, les Vertus, la Puissance, & la Gloire
Ne versent pas dans l'ame un plus parfait bonheur
Que de ses vains apas la trompeuse douceur.

Venus:
Est-il rien de si charmant que cét heureux martyre
Que l'on ayme à souffrir alors qu'on en soûpire ?

Pallas:
Est-il rien de si noble & de si glorieux
Que de voir un mortel se rendre égal aux Dieux ?
Et de ses longs travaux avoir pour recompense
Le repos, la Vertu, l'Honneur, & la puissance.

Venus:
Qui d'un aymable objet adore les beaux yeux
Trouve ses fers plus doux que l'Empire des Cieux,
Et ne voit rien d'égal à la gloire immortelle
De regner sur un coeur amoureux, & fidelle.

Pallas:
Tout cede à la Valeur.

Venus:
L'Amour peut tout charmer.

Pallas:
Ah ! qu'il est beau de vaindre.

Venus:
Ah ! qu'il est doux d'aymer.

Pallas:
On voit mes Conquerans plus crins que le Tonnerre.

Venus:
Ils tremblent à mes pieds, ces Maistres de la Terre.

Pallas:
Par vos vaines douceurs un Amant arresté
Languit dans la molesse, & dans l'oisiveté.

Venus:
On a veû par l'effort des amoureuses flames
Naistre cent beaux desirs dans les plus belles ames;
Mille exploits qu'on admire, & dont vous vous parez
Furent à vos Heros par l'Amour inspirez.

Pallas:
Si (graces à mes Vertus) quelqu'ame genereuse
A sçeu se bien servir de l'ardeur amoureuse;
A quels déréglemens, à quelles cruautez
Tous vos autres Amans se sont-il emportez ?
D'un soupçon qu'on se fait, d'un refus qu'on merite
La Vangeance qu'on cherche est toûjours sans limite.
L'Imposture, le fer, la flâme, & le poison
Semblent encor trop doux pour en tirer raison,
Et de tant de forfaits, recompense legere,
On trouve un coeur changeant, un foy mensongere,
On poursuit un objet, qui foible, & delicat,
Chaque moment s'efface, & perd de son éclat:
Mais le prix des Vertus, d'immortelle nature,
Ny du temps, ny du Sort, ne reçoit point d'injure.

Venus:
Cette immortalité qu'on estale à nos yeux
Fait porter la Carnage, & la mort en tous lieux,
Et parmy vos Guerriers cette Vertu cruelle,
Cette noble fureur qui vous paroist si belle,
Cette aspre avidité du sang des malheureux,
C'est par où l'on acquiert le nom de Valeureux,
Où par qui, pour mieux dire, on fait autant de crimes,
Qu'à vos sanglans Autels on offre des Victimes;
Mais tous ces Conquerans, si folement vantez,
Pour de si longs travaux, pour tant d'impietez,
Pour tant de sang versé sur la terre opprimée,
Qu'ont-ils ? qu'un peu de Vent, qu'on nomme Renommée ?

Mercure:
Tant d'aigreur convient mal à des Divinitez.

Pallas:
Vous-vous eschaufez trop.

Venus:
Et vous-vous emportez.

Pallas:
Quoy que le souvenir de la fatale Pomme
Me deust faire éviter le jugement d'un Homme,
Ie veux bien m'y soûmettre encore cette fois;
Mais il en faut choisir.

Venus:
Je vous donne le chois.

Mercure:
Quel Arbitre peut mieux appaiser vostre guerre,
Que celuy qui déja l'est de toute la Terre;
LOUYS dont les decrets, des peuples écoutez;
Résolus par luy seul, sont de tous respectez.
LOUYS de qui déja la Sagesse profonde
Du Thrône des François preside à tout le monde,
Qui voit de tous costez les plus grands Potentats
Briguer en suplians le secours de son bras,
Ou, pour vivre à l'abry de sa juste puissance,
Rechercher à l'envy son auguste alliance;
Qui voit la Renommée avec toutes ses voïx
Preparer l'Univers à recevoir ses Loix;
Qui se trouve en tous lieux suivy de la Victoire;
Et qui presque trahy par l'exces de sa gloire,
Voit par tout son grand nom par un heureux malheur,
Dérober la matiere à sa rare Valeur:
Sur luy de toutes parts la Terre interessée
Arreste fixement ses yeux, & sa pensée,
Et son moindre appareil, son moindre mouvement,
Chez cent peuples divers porte l'estonnement.

Pallas:
Si LOUYS doit juger, que vous estes à plaindre.

Venus:
Si LOUYS doit juger, que vous aurez à craindre.

Mercure:
La brillante clarté de son discernement
Des trompeuses couleurs hait le déguisement.

Venus:
Ses yeux semblent faits pour charmer tous les nostres,
Voyent bien plus avant, & plus clair que les autres.
Et d'un mesme regard l'esclat, & la douceur
Captivent à la fois, et penetrent un coeur.
C'est d'où vient ce respect qu'on luy rend sans contrainte,
C'est d'où vient de pouvoir qu'on voit croistre sans crainte;
C'est d'où se forme en luy l'heureux, & sage chois
Qu'il fait pour les plus grands, et les moindres emplois.
Et dans ceux qu'il choisit, cette ardeur si fidelle,
Qui de tant de succez accompagne leur zele:
Nostre accord par tout autre eust esté concerté
Avec moins de lumiere avec moins de bonté.

Pallas:
Vous y consentez donc ?

Vennus:
Ie le veux.

Pallas:
Sa conduite
Flate peu toutefois vostre vaine pour suite.
Et vous pourriez juger, à voir ses actions
Ce qu'il doit prononcer sur nos pretentions.
La Paix dont il joüit, sa grandeur, sa richesse,
Son humeur, son esprit, son port, & sa jeunesse,
Pouvoient sans le flater l'asseurer d'estre heureux
S'il vouloit s'asservir à l'Empire amoureux.
Mais quand ces qualitez portant par tout la flâme
Sembloient außi devoir amolir sa grande ame;
Son coeur qui les neglige, et s'esleve au dessus,
Iusqu'à tout mespriser s'attache à mes Vertus.
Ce travail aßidu qui jamais ne l'estonne,
Allarme son Estat qui craint pour sa personne,
Et qui déja tout prest d'en recueillir les fruits
S'en troubler son espoir de craintes, & d'ennuits.
Son Peuple plein d'ardeur demande au Ciel sans cesse
Que ce ROY qui des Dieux imite la Sagesse,
Qui comme eux est puissant, bon, juste, & genereux,
Pour le bonheur public soit immortel comme eux.
De ses premiers Sujets la foule pretieuse
De le suivre en tous lieux se montre ambitieuse.
Touts brigue ses regards, et leue plus doux espoir,
Est l'heur de le servir, le plaisir de le voir.

Mercure:
Si des François, pour luy la tendresse est extresme
Ce Heros glorieux les cherit tout de mesme;
Et cherche sa grandeur, & ses plus doux plaisirs
A contenter des siens tous les justes desirs.
Il n'attend pas toûjours qu'un important service
Demande ses faveurs à tiltre de justice;
Il sçait qu'un mauvais sort faute d'occasion,
Souvent du plus zelé trompe la paßion:
Il se plaist à payer d'un solide salaire
Le desir impuissant que l'on a de luy plaire,
Et ne paroist jamais le coeur si satisfait
Que lors qu'il s'applaudit de quelque grand bienfait:
Cét air de Majesté qui brille en sa personne
Releve de beaucoup d'esclat de sa Couronne.
Les Mortels n'ont besoin que de le regarder
Pour sçavoir que c'est luy qui leur doit commander.
Et quoy qu'en son accueil, une grace attrayante
Paroisse encourager celuy qui se présente;
Un timide respect par ses yeux imprimé
De qui l'ose abborder tient le coeur allarmé.

Pallas:
Voila du grand LOUYS la fidele peinture
En faveur de vos droits tirez en quelque augure:
Et (vous qui soutenez l'oisif, et vain plaisir)
Pensez qui de nous deux aura sçeu mieux choisir,
S'il est vray que celuy que nous en devons croire
N'ayme que le travail, les Vertus, et la gloire.
Vous ne repondez rien ? mais vous nous confondez
Par les fortes raisons dont vous vous deffendez;
Ie vous laisse y resver. Adieu.

Venus:
Quelle arrogance !
Elle croit donc déja que je sois san deffence:
Son orgueil est trop grand; mais il liu faut oster
Ce glorieux appuy dont il s'ose vanter.
Pour mieux exécuter cette noble entreprise
Employons à la fois la force, & la surprise,
Faisons en un moment venir de toutes parts
Tous nos Amours armez de flambeaux et de dars.
Toy, qu'en mes interests j'ay toûjours veû fidele,
Mercure, en ce besoin tesmoigne-moy ton zele,
Va les chercher par tout.

Mercure:
Déesse, avec plaisir,
Mon coeur, en ce projet seconde ton desir.

Venus:
Va viste.

Mercure:
I'obeïs.

Venus:
Mais reviens, je te prie,
Tu n'en connoistrois pas la plus grande partie
Si je ne t'instruisois de cent déguisemens
Qu'ils prennent pour aider aux grands évenemens:
Ils sçavent tous les jours, sous des formes nouvelles,
Cacher, quand il leur plaist, leurs beautez naturelles.
Vois-tu ces gens si noirs, qui semblent s'eschafer;
Dans le dessein de battre & de polir le fer ?

[La Forge de Vulcain s'ouvre]

Mercure:
Ce sont des Forgerons.

Venus:
Ie sçavois bien, Mercure,
Que tu n'en sçauroit pas découvrir l'imposture,
Et que sou ces habits, finement supposez,
Tu ne connoistrois pas ces AMOURS DEGUISEZ:
Les uns amis de Mars volans à tire d'ailes,
Luy sçavent tour à tour porter de mes nouvelles;
Les autres, apostez par mon mary jaloux,
Pour servir d'espions demeurent prés de nous.

Mercure:
Qui les esut reconnus ?

Venus:
Viens, avant que tu sortes
Ie t'en veux faire voir de beaucoup d'autres sortes.

Premiere Entrée

De la grote de Vulcain sortent huit Amours si bien deguisez en Forgerons, qu'on ne les sçauroit reconnoistre, que par l'application qu'ils ont à forger des dars plustost que d'autres armes, & par leurs bendeaux, qu'ils ont retenus, pour garentir leurs testes du bruit des enclumes.

Amours deguisez en Forgerons:
Monsieur Cabou, Messieurs Molliere, & Laleu, les Sieurs Dolivet, le Chantre, Des-brosses, Desonets, & de Gan

pour les amours deguisez en Forgerons

Avoir le coeur de glace est un tres-grand defaut,
Mais pour peu qu'il s'échauffe on le réduit en cendre,
Et lors de cent raisons amoureuses & tendres
Il faut battre le coeur cependant qu'il est chaud.

II. Entrée

Le Theatre represente une Mer, avec un combat en esloignement, & Venus fait voir Marc-Antoine, qui, pour suivre Cleopatre, quitte l'espoir de la victoire qu'il alloit remporter; & elle fait remarquer à Mercure que les Rameurs qui emportent ce Romain avec tant de vitesse, ne sont pas des Rameurs ordinaires, mais des Amours déguissez. En attendant qu'ils descendent de leur vaisseau, le Gouverneur d'Egypte, avec toute la jeunesse du Pays, attirée sur le port par l'arrivée de leur Reyne, dansent la deuxiesme Entrée.

Le Gouverneur d'Egypte: le Duc de Saint Aignan
La Gouvernante: Mademoiselle de Verpré
Hommes: Messieurs Verpré, Bruneau, Raynal, Des-Airs
Femmes:
Monsieur de Souville, les Sieurs de Lorges, Balthasar, & Des-Air le jeune


pour le Duc de Saint Aignan

Par la bonté de deux differens Rois
Dont l'un peut tout en quoy qu'il entreprenne,
Quel est mon poste, estant tout à la fois
Le Gouverneur d'Egypte & de Touraine ?
Pour la derniere elle est d'un moindre prix,
Elle n'a pas ces hautes Pyramides,
Mais en revanche, à ce que j'ay compris,
Ses revenus sont un peu plus liquides,
Et n'en déplaise au grand Roy Pharaon,
Vive LOUYS quatorziesme du Nom
Qui pourroit bien un jour à son Domaine
Joindre l'Egypte ainsi que la Touraine.

Marc-Antoine: Monsieur Blondel
Cleopatre: Mademoiselle Hylaire
Esclaves: Laquaisse, Marchand, la Fontaine


Dialogue de Marc-Antoine & de Cleopatre

Marc-Antoine:
Doutez-vous de mon feu, pour qui je soûpire ?

Cleopatre:
Ah ! qu'il vous couste cher de me l'avoir prouvé ?

Marc-Antoine:
I'en ay perdu la Victoire et l'Empire,
Et ne m'en suis pas mal-trouvé.

Cleopatre:
Vous avez tout quité pour me suivre sur l'Onde
Sans moy vous demeuriez vainqueur,
Et vous estiez Maistre du Monde
Comme vous l'estes de mon coeur
Dont la tendresse est pour vous sans seconde.
Helas qu'avez-vous fait,
Amant fidelle, amant parfait !

Marc-Antoine:
A mon amour, j'ay fait ceder ma gloire
Iamais Amant ne fût si transporté,
I'ay fait plus, je vous l'ay fait croire,
Et par là me suis r'aquité
De l'Empire & de la Victoire.

Ensemble:
Non, non, pour vivre heureux,
Il faut estre amoureux.
De veritables feux
Bien prouvez entre deux personnes,
Qui sçavent s'aymer tous deux
Vallent mieux que des Couronnes.

Marc-Antoine:
Ie n'ay pû soûtenir vostre fuitte imprevuë.

Cleopatre:
Que ne demeuriez-vous sans vous en émouvoir.

Marc-Antoine:
Pour quelque temps je vous perdrois de veuë
Puis-je estre un moment sans vous voir ?

Cleopatre:
Vous alliez remporter tout l'honneur de la Guerre
Sa fin couronnoit vos explois
Et bien plus craint que le Tonnerre
Vostre coeur estant sous mes loix,
Vous y mettiez le reste de la Terre
Helas qu'avez-vous fait,
Amant fidelle, amant parfait !

Marc-Antoine:
A mon Amour j'ay fait ceder ma gloire,
Si c'est un mal il nous doit estre doux,
C'est un trait digne de memoire
Et qu'avois-je affaire sans vous
De l'Empire & de la Victoire ?

Ensemble:
Non, non, pour vivre heureux, &c.

III. Entrée

Les Amours deguisez en Rameurs, ravis d'avoir triomphé de l'ambition d'un des plus grands guerriers du monde, témoignent leur joye par leur danse.

Amours déguisez en Rameurs: les Sieurs S. André, Le Chantre, Des-brosses, & Magny

pour les Amours déguisez en Rameurs

C'est veritablement une Mer dangereuse.
Que la Mer amoureuse,
Mais quels sensibles bien les gens ont-ils receus
Qui n'ont jamais esté dessus ?

IV. Entrée

Venus fait paroistre aux yeux de Mercure les jardins de Ceres, & lui fait voir une troupe d'Amours, qui pour livrer plus aisément Proserpine à la passion de Pluton, ont pris le visage & l'habit de ses compagnes, & sous pretexte d'une promenade, l'ont fait sortir de ce Chasteau, si soigneusement fermé par sa mere.

Proserpine: La Reyne

Ses Compagnes: Madame la Comtesse, Mademoiselle de Nemours, la Duchesse de Sully, la Duchesse de Crequy, la Duchesse de Luynes, Madame de Foix, Mademoiselle de Montausier, & Mademoiselle d'Arquien


pour la REYNE, representant Proserpine

Une si grande Reyne est digne du grand Roy
Qui de tant de Demons fait des suiets fidelles,
Et ses charmans regards ont pleinement dequoy
Fournir à l'entretien des flames eternelles.

Brillante comme elle est non sans raison je doute
Que sa blancheur extresme, & sa vivacité
Dans le profond Abisme où chacun ne voit goûte
Puis estre compatible avec l'obscurité.

Mais à son jeune éclat digne de mille Autels
De ce lieu tenebreux les ombres se bannissent,
Elle y vient augmenter les tourmens immortels,
Et les grands desespoirs qui jamais ne finissent.

Des Enfers qu'elle change en Terre fortunées
Sa presence suspend les cris, & les clameurs,
Et l'on n'avoit point veu chez les Ames damnées
Une si bonne vie, & de si douces Moeurs.


pour les Amours deguisez en Compagnes de Proserpine

pour la Comtesse de Soissons, Amour déguisé

Sous ces beaux cheveux noirs & longs
Jusqu'aux talons,
Et dans ces yeux Romains peut-estre
L'Amour n'est pas si bien caché
Qu'il ne soit facile à cognestre,
Et qu'on n'en puisse estre touché.


pour Mademoiselle de Nemours, Amour déguisé

Vous n'y sçavez pas grand finesse
Amour, de vous estre avisé
Pour paroistre mieux déguisé,
De prendre l'air & la jeunesse
De cette charmante Princesse,
Allez chacun vous cognest,
Et vous ressent, qui pis est.


pour la Duchesse de Sully, amour déguisé

Amour qu'on veut se persuade
Qu'aux champs il estoit fort malade,
Mais tres-humble serviteur
a ses finesses großieres,
Il affecte ces manieres
De foiblesse & de langueur
Pour aller plus droit au coeur.


pour la Duchesse de Crequy, Amour déguisé

Quoy ? c'est donc vous, Amour, à qui dans le tumulte
L'on vit un si cruel, & si barbare insulte,
Et qui fustes naguere attaqué sur un char
Dans la superbe Ville ou commandoit Cesar ?
Pour estre encor plus beau vous pristes l'apparence
D'une Femme la Gloire, & l'Honneur de la France,
Les delices des yeux, mais une Femme enfin,
Ne valoit-il pas mieux sans faire tant le fin
D'un air plus ingenu cnduire cette affaire
En jeune Adolescent vostre forme ordinaire ?
Vous ne cachiez pas tant vostre Divinité,
Et vray-semblablement Rome en eut moins duté.


pour la Duchesse de Luynes, Amour déguisé

Amour, cherchez ailleurs que dans cette Beauté
Pour vous mettre à couvert un lieu de seureté,
Car toute sa personne est plus propre qu'une autre
A découvrir toute la vostre,
Si vous pouvez mettez-vous dans son coeur
Dont vous n'avez jamais esté vainqueur,
C'est un sejour agreable, mais rude
A qui craindroit la solitude.


pour Madame de Foix, Amour déguisé

Sa jeunesse est bien tendre encore,
Et presque ne fait que d'éclore
Et frape neantmoins quiconque l'aperçoit,
Tantost c'est une Fille & tantost une Femme
Dont les traits delicats vont jusqu'au fond de l'ame,
Et c'est l'Amour tout pur en quelque estat qu'il soit.


pour Mademoiselle de Montausier, Amour déguisé

Que dans cette personne on vous vienne chercher,
Que l'on vous y rencontre, Amour, cela peut estre,
Elle a des qualitez à vous faire cognestre,
Mais elle a de l'esprit außi pour vous cacher.


pour Mademoiselle d'Arquien, Amour deguisé

Vous qui vous découvrez par une simple oeillade,
Amour, considerez cét air doux & ce port,
Pouvez-vous là dessous vous mettre en embuscade
Sans estre connû d'abord ?

V. Entrée

D'autres Amours, qui dans le mesme dessein ont pris la figure des Iardiniers de Cerés, cachent adroitement leur fleches sous des fleurs, & presentent à Proserpine des Bouquets, dont la vertu secrette l'endort sur un lit de Gasons.

pour Monsieur le Duc, Iardinier

Voicy venir le bon Temps,
Et j'espere à ce Printemps
Ou les jours seront moins calmes
Cueillir & Lauriers & Palmes,
Ces plantes ont le fruit doux,
Elles sont nobles & bonnes,
Et l'on sçait assez chez nous
L'Art d'en faire des Couronnes.


pour le Duc de Sully, Iardinier

Un jeune Iardiner n'est pas si curieux
De son propre jardin que de celuy d'un autre,
Mais vous ne sçauriez faire mieux
Que de bien travailler au vostre.


pour le Marquis de Villequier, Iardinier

Nous aymons bien les fleurs qui ne sont pas les nostres
Quoy que nous prisions fort celles qui sont à nous,
Et je trouve qu'il est quelquefois assez doux
De faire des Bouquets dans le jardin des autres.


pour le Marquis de Villeroy, Iardinier

N'imitez pas ces gens qui par un grand abus
Pour un terroir de bibus
Abandonnent un champ fertile, gras & riche:
Car la pluspart aujourd'huy
Laissent leur jardin en friche
Et travaillent chez autruy.

VI. Entrée

Pluton, se servant d'une occasion si favorable sort des Enfers, & vient enlever la Nymphe endormie. Mais Venus fait remarquer à Mercure, que ce Dieu sousterrain craignant que les Demons, qui l'accompagnent d'ordinaire, ne scçeussent pas garder, en cette occasion, tout le respect deû aux beautez de Proserpine, avoit emprunté le secours de six Amours qu'il avoit fait Vestir de sa livrée, pour le suivre en cette expedition.

pour le Comte d'Armagnac, Pluton

Pourquoy faut-il qu'on nous dépeigne
L'Enfer & son Monarque außi noirs que charbon
Si ce n'est afin qu'on les craigne ?
Si par le Roy l'on peut juger du Regne,
Qu'il y fait beau, qu'il y fait bon.


pour le Comte de Lude, Demon

Il n'est Demon dans les Enfers
Bruslé de plus de feux, chargé de plus de fers,
O qu'il sçait bien icy se passer de lumiere !
Qu'il bat de pays par tout,
Allant de chaudiere en chaudiere
Prendre garde si l'huile bout:
Dans une rage forcenée
Il se porte aux derniers efforts
Mais je ne la croy pas tellement acharnée
Contre une pauvre Ame damnée
Qu'il en aille oublier le corps.


pour le Marquis de Saucour, qui devoit representer un Demon

Non ce n'est point icy le Demon de Brutus,
Ny de Socrate,
Par d'autres qualitez & par d'autres Vertus
Sa gloire éclate.

Sous la forme d'une Homme il prouve ce qu'il est
Doux, sociable,
Sous la forme d'un Homme außi l'on recognest
Que c'est le Diable.

Le bruit de ses exploits confond les plus hardis
Et les plus masles,
Les Meres sont au guet, les Amans interdis,
Les Maris pasles.

Contre ce fort Demon voyez-vous aujourd'huy
Femme qui tienne ?
Et toutes cependant sont contentes de luy
Iusqu'à la sienne.

Sa reputation devant qu'il soit connu
Faisant qu'on l'ayme,
Telle cede à son Nom qui peut-estre eut tenu
Contre luy-mesme.


pour le Marquis de Genlis, Demon

Ha voicy la Beauté qui meritoit la pomme !
Est-ce un Homme tout de bon
Qui represente un Demon,
Ou si c'est un Demon qui represente un Homme ?

RECIT CHAMPESTRE

Guerriers, il ne faut pas faire un mauvais usage
Des plus beaux jours de vostre âge,
Vous en rendrez quelque jour
Conte à l'Amour.

Passez dans les plaisirs la fleur de vos années,
Et vos plus belles journées,
Vous en rendez quelque jour
Conte à l'Amour.

VII. Entrée

Dans l'avenuë du Palais enchanté d'Armide, des Amours déguisez en Bergers tachent par leur chant, & le son de leurs instruments, à retenir Regnaut auprés de la beauté dont il est aymé. Mais ce Guerrier detrompé n'escoute que la Gloire qui l'appelle, & fuit constamment les deux bons Chevaliers, qui le sont venus delivrer de cette agreable prison.

Le Roy, representant Regnaut

Sage & vaillant
Rient ne peut égaler ses travaux & ses peines,
Le sang de Charlemagne héroïque & boüillant
A pris un nouveau feu dans ses Royales vaines,
Son coeur est genereux, est noble, est fier, est grand,
De tous les autres coeurs c'est le plus magnanime,
Un coeur de vray Monarque, un coeur de Conquerant,
Qui court aprés l'honneur & qui cherche l'estime,
C'est là précisément tout ce que j'en diray,
Et quelque autre talent qui luy tombe en partage,
Sur le fait de ce coeur je ne m'expliqueray
Pas davantage.

Les plus grands Rois
Ne laissent pas purant d'estre ce que nous sommes,
Au moins s'ilsne le sont, par de certains endroits
Ils ont beaucoup de l'air de tous les autres hommes:
Quand il est question de former un Heros,
A le rendre parfait trois choses contrinuënt,
et sans se relascher il est tres à propos
Que ces trois choses là sur ce point s'evertuënt,
Par chacune des trois il est si haut placé,
Chacune y met la main, le polit, & l'eleve,
La Nature & la Gloire ont-elles commencé ?
L'Amour acheve.

Quelques momens
Ou de Dance, ou de Chasse, ou d'autres exercices
Du plus grand des Humains sont les amusemens,
Mais de son seul devoir composer ses delices,
Et pour executer tout ce qu'on resolu
L'honneur & la Vertu, ses deux principaux guides,
Rompre l'enchantement d'un Pouvoir absolu,
De beaucoup de jeunesse, & de quelques Armides,
Faire de temps en temps des coups si renommez,
Aux grandes actions s'appliquer sans relasche,
Et sur tout secourir ceux qui sont opprimez,
Voila sa Tasche.


pour le Duc de Saint Aignan, representant la Gloire

Estant tout environné,
Et plein de Gloire immortelle
Ie ne suis pas estonné
Que l'on vous prenne pour elle.

VIII. Entrée

Une autre bande d'Amours sous l'habit de Nymphes de Flore se presentent, dans la mesme intention, & n'ont pas un meilleur succes, quoy qu'elles estalent à l'envy, les beautez de leur visage, & l'agrément de leur danse.

pour Mademoiselle d'Aumalle, Flore

A cét air noble & doux c'est Flore qui respire,
Ainsi que vous on la dépeint,
Et les plus vives fleurs sont dessus vostre Teint
Comme au siege de leur Empire.


pour Madame de Villequier

Il faut bien se donner garde
De ces Ris, de ces douceurs,
Malheureux qui s'y hazarde,
Le serpent est sous les fleurs.


pour Mademoiselle de Blancas

Voyez cette Beauté si jeune & si mignonne
Vous verrez en mesme temps
Dans une seule personne
Toutes les fleurs du Printemps.


Mademoiselle de Grancé

Ie fay la sourde oreille à quoy que l'on me die,
Et de ces Papillons la jeunesse étourdie
Vole autour de mes fleurs qu'elle suceroit bien,
Mais il ne tiennent rien.


pour Mademoiselle de Castelnau

Vous voila de bonne heure entre les belles choses,
Ainsi croissent les fleurs & viennent tout à coup,
Et de vostre hauteur, il n'en est pas beaucoup
Qui soient plus fraichement écloses.


pour Mademoiselle de la Mothe

Tres-difficile en fleurs & d'un goust délicat
Celles que vous aymez ont le plus grand éclat,
Mais qu'elles durent peu ! quand elles sont passées
Il ne reste que des Pensées.


pour Mademoiselle de Dardennes

Vous n'en dormez pas moins quoy qu'on tasche à vous plaire,
Et que des gens pour vous fassent les radoucis,
Vostre aymable embonpoint est une preuve clare
Que chez vous les Pavos supplantent les Soucis.


pour Mademoiselle de Cologeon

Combien d'amoureux soûpirs
Se déguisent en Zephyrs
Pour quelqu'une des fleurs qui parent cette Belle,
Ie ne sçay pas pour laquelle.


Mademoiselle de Pons

D'une âme toûjours libre, & desinteressée
Dans l'échange des fleurs que nous faisons icy
Si je donne quelque Pensée,
Ie ne prends guere de Soucy.

Armide, furieuse & pressée de douleur, de honte, & de desespoir, fait un recit Italien, dans lequel elle se pleint, & s'emporte contre les Amours qui l'ont si mal servie, & les chasse de son Palais, qu'elle détruit en un moment.

Armide, Recit Italien, chanté par la Signora Anna

Ah Rinaldo, e dove sei ?
Dunque tù partir potesti,
Ne'l mio duol, ne i pianti miei
Posson far, ch'il passo arresti,
E questa à la mercè, chà mè tù dei;
Ah Rinaldo, e dove sei ?

Ahi che seh vola
Lunge dà mè,
ed io qui sola
Scherno rimango di rotta fè,
Ferma Rinaldo, oh dio,
Se morta à la tua fè, morta son io.

Dunque il bel foco
Che t'arse già,
Ceduto hà'l loco
A' duro ghiaccio di ferità.
Deh torna Idolomio,
Se morta à la tua fè, morta son io.

A'che spargo indarno gridi,
Voi che foste, ond'io mi moro,
Del mio Ben, del mio tesoro,
Ciechi Amor, custodi infidi,
Sparite,
Svanite,
Fuggite dà mè;
E voi moli incantate,
Ch'al fuggitivo
Non arrestate il piè,
Sparite,
Svanite,
Fuggite dà mè.

IX. Entrée

Une troupe de petits Amours, effrayez d'un accident si surprenant, sortent en haste des ruines du Palais détruit, & retiennent une partie des déguisements qu'il n'ont pas eu le temps de despoüiller tout à fait. Les uns ont encore les plumages des oyseaux; d'autres la blancheur des statuës, & d'autres une partie des habits de Nymphes, qu'ils avoient pris pour servir la passion d'Armide.

pour les petits Amours

Ce ne sont pas là nos Tyrans,
Petits, on ne fait que s'en rire,
Mais quand ils sont devenus grands
L'on en soûpire.

X. Entrée

Des Sauvages de la Colchide, surpris de la beauté d'une Machine, qu'ils voyent descendre le long de leur Fleuve, tesmoignent leur joye par leur danse.

le Marquis de Saucourt, Sauvage

Ie sors d'un climat sauvage
Pour vous rendre témoignage
De mon inclination,
Une reputation
Solidement soûtenuë
A precedé ma venuë:
Je vien de loin, j'ay fort veu,
Mais, Beaux yeux, je suis pourveu
D'une force, & d'un courage
a cheminer davantage,
Et vous témoignerois s'il en estoit besoin,
Que je suis en effet de tous tant que nous sommes !
Veritablement Hommes
L'Homme qui va le plus loin.

XI. Entrée

La beauté que Venus fait venir dans cette Conque Marine c'est Isiphile qui fut autrefois si cherement aymée de Iason, & qui luy donna tant de preuves de son amitié reciproque; mais qui maintenant abandonnée par luy, s'esr resoluë de quitter sa couronne, & sa patrie, & ses Nymphes Maritimes qui l'accompagnent, sont autant d'Amours déguisez, qui pour luy faire traverser les Mers avec plus d'asseurance, ont pris ce déguisement.

Pour Monsieur Frere Unique du Roy, Dieu Marin

Dans l'Empire des flots ma place est tres honneste
Plus bas que n'est la Main qui les assujetit
Trop glorieux d'avoir au dessus de ma Teste
Le Grand & le Petit.

Que Neptune commande, & daigne m'aßister,
Au delà du Bosphore éclatera ma gloire,
Et l'Othoman verra pensant me resister
Que c'est la Mer à boire.

Entre nous autres Dieux comme parmy les hommes
Ce n'est pas tout du coeur, & de l'intention,
Pour se faire valoir à tout ce que nous sommes
Il faut l'occasion.

Qu'elle vienne, & qu'Amour attendant ce moment
Luy qui regit la Terre, & les plaines humides,
Inspire sous ma forme un doux embarquement
A ces Belles timides.


pour le Marquis de Villeroy, Amour déguisé en Dieu Marin

Si vous les trouvez bon sçachons pour qu'elle fin
Vous estes tout ensemble Amour & Dieu Marin,
L'un doit estre assez froid & l'autre plein de flames,
Et qui vous fait ainsi briller de deux façons ?
Est-ce pour triompher du coeur de mille Dames ?
Est-ce pour avaler la Mer & les Poissons ?


piour le Marquis de Rassan, Amour déguisé en Dieu Marin

Icy malaisément l'Amour se peut cacher,
Le moindre de ses pas en donne connoissance,
Quand il est Dieu Marin s'il nage comme il dance
La Terre & la Mer que je pense
N'ont rien à se reprocher.


pour Mademoiselle Delbeuf, qui represente un Amour déguisé en Nymphe Maritime

Seroit-ce du costé de ces Mers inconnuës
D'où les perles nous sont venuës,
Que nous viendroient ce port, ce teint, ces yeux si doux ?
O qu'Amour est bien la dessous !
Mais helas ! si par mégarde
Il arrive qu'on regarde
Des cheveux comme les siens,
On dira c'est l'Amour, & voila ses liens.


pour Madame de Montespan, Amour déguisé en Nymphe Martitime

Pour vouloir qu'on vous estime
Une Nymphe Maritime
Vous vous y méprenez un peu,
Amour, d'avoir choisi cette charmante blonde,
Il faudroit qu'autour d'elle on ne vit que de l'onde,
Autour d'elle tout est en feu.


pour Madame de Vibray, Amour déguisé en Nymphe Maritime

Vous plaisez fort à tout le Monde,
Vos attraits sont charmans & doux,
Et malgré la fraischeur de l'onde
Il fait grand chaud aupres de vous.


pouor Mademoiselle de Sevigny, Amour déguisé en Nymphe Maritime

Vous travestir ainsi c'est bien estre ingenu
Amour, c'est comme si pour n'estre pas connu,
Avec une innocence extresme
Vous vous déguisiez en vous-mesme,
Elle a vos traits, vos feux, & vostre air engageant,
Et de mesme que vous soûrit en égorgeant,
Enfin qui fit l'un a fait l'autre,
Et jusques à sa Mere elle est comme la vostre.


XII. Entrée

Venus, pour faire voir à Mercure la facilité que les Amours ont à se déguiser, mesme quelquefois contre ses propres interests, luy fait paroistre la Ville de Troye toute en feu, & luy montrant des Guerriers qui tiennent un dard d'une main, & de l'autre un flambeau, luy aprend que ces gens qui ont embrasé cette grande Ville nesont pas des Grecs comme l'on pense, mais des Amours mutinez à la sollicitationde Menelaüs, que se sont engagez à la remettre en possession d'Elene. Ces faux Grecs combattent une troupe de Troyens qu'ils obligent à leur ceder.

pour le Duc de Guise, Agamemnon

Dix ans n'estoient pas trop pour le siege de Troye,
Dans une paßion s'ouffrez des maux cuisans,
Et goûtez un moment de veritable joye,
Vous estes payé pour dix ans.


pour les Troyens battus

Il est des ennemis fiers & vindicatifs
Qui nous couvrent de honte en gagnant la victoire,
Il est des ennemis à qui c'est nostre gloire
Que de faire avoüer qu'ils nous tiennent captifs.

Iunon, triomphante, chante un recit, qui tesmoigne la douceur qu'elle trouve à se vanger du mespris que Pâris a fait de sa beauté.

RECIT DE IUNON
qui haït les Troyens, & qui est bien aise de leur ruïne

chanté par Mademoiselle de Cercamanan

A qui sçait bien aymer l'Amour a ses plaisirs,
A qui sçait bien haïr la Haine & ses delices,
Celle-cy remplit mes desirs,
Et de l'autre mon coeur ignore les supplices:
L'un sans doute a plus d'apas,
L'aure außi fait moins de peine,
L'on vous rend toûjours vostre haine,
Mais pour vostre Amour, helas !
Toujours on ne vous le rend pas.

Du soin de nous vanger le trouble imperieux
Nous émeut beaucoup moins qu'une tendresse extresme
Et souvent l'on se trouve mieux
De haïr ce qu'on hait, que d'aymer ce qu'on ayme.
L'un sans doute a plus d'apas,
L'autre außi, &c.

XIII. Entrée

Pendant qu'ils poursuivent leur victoire, quatre Soldats & quatre Goujats, sortis des maisons voisines de la place, se querellent, sur le partage, de leur butin, & forment un combat ridicule.

pour Monsieur de Lully, Goujat

Ce Goujat signalé
De quelque talent se pique,
Tout son fait est reglé
Comme un papier de Musique,
Il faut estre bien critique
Pour n'estre pas satisfait
Du bruit qu'il fait.

XIV. Entrée

Les Amours deguisez en Grecs, apres avoir exterminé le reste des Troyens, & pris le Chasteau de Priam, viennent danser la derniere Entrée.