Les
Amours
de Tempé
Ballet
héroïque en
IV Entrées
Livret
de l'abbé Marchadiès
musique
de: Antoine
Dauvergne
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PREMIERE
ENTREE
Le
Bal, ou l'Amour discret
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Le
Théâtre represente une Salle de
Bal
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Le
Choeur:
Ris & Jeux que l'hiver rassemble,
Dédomagez-nous des beaux jours,
Volez avec les Amours,
Brillez, triomphez ensemble.
Silvandre:
Regnez à jamais nuit charmante,
Vous nous servez mieux que le jour:
Que la vive clarté qui vous rend si brillante,
Se ranime sans cesse aux flames de l'Amour.
Le
Choeur:
Suivons l'Amour, c'est lui qui nous appelle,
Donnons l'essort à nos desirs.
Chantons, dansons,
Volons de belle en belle,
Courons,
Volons à de nouveaux plaisirs.
La nuit en dort les jaloux,
Les amours veillent
Tandis qu'ils sommeillent,
Volez amours, conduisez-nous.
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|
Doris,
seule:
Saisissons cet heureux moment.
Silvandre m'a déja parlé
Sans me connoître.
Sous ce nouveau déguisement:
Il n'est que trop aimé,
Mérite til [sic] de l'être ?
J'ai vu
jusqu'à ce jour, les soins de mon vainqueur,
Sans que mon trouble m'ait trahie.
Quel plaisir (s'il m'aimoit au gré de mon envie)
De l'instruire de son bonheur !
L'instant le plus doux de la vie,
Est l'instant où l'on se dit
Le secret de son coeur.
Allons...
Mais je le vois paroître.
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Scene
2
Silvandre, Doris, masquée
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Doris:
Jeune Etranger, quel soin vous amene en ces lieux ?
Fuyez vous les plaisirs et tous ces nouveaux jeux
Qu'icy chaqu'instant fait naitre ?
Silvandre:
D'une jeune beauté j'adore les appas.
Mon coeur toujours tendre & fidelle
Cherche en vain aujourd'hui la trace de ses pas.
Le plaisir à mes yeux ne s'offre qu'avec elle,
Il s'envole des lieux où je ne la vois
pas.
Doris:
De votre amour du moins vous parlez sans
mistère.
Un amant
assuré de plaire,
Sans contraindre son coeur, laisse éclater ses
feux:
En ce tems on ne trouve guerre
Que quelques Amans malheureux.
Ils mettent leur gloire à les taire.
Silvandre:
Je cede, hélas ! au sentiment;
Je vous peins malgré moy le trouble de mon ame;
Vous auriez ignoré ma flame,
Si j'étois plus heureux Amant.
Ah ! si la
beauté que j'aime
Combloit mes voeux un jour par un flateur,
Malgré ma tendresse extrême,
Je cacherois si bien ma gloire & mon bonheur,
Qu'elle en douteroit elle même.
Doris:
Vous soupirez sans être aimé !
Formez des noeuds plus doux, et brisez votre
chaîne,
Dans le coeur d'un objet à plaire
accoutumé,
Un feu vif s'enflame avec peine,
Quand les premiers soupirs ne l'ont point
allumé.
Silvandre:
Non, non, connoissez mieux mon coeur,
Il ne sçauroit être volage.
Non, non, pour briser jamais la chaîne qui
m'engage,
Il y trouve trop de douceur.
Je me plais dans mon esclavage,
Et je jouis de ma langueur;
Je sens du moins dans mon malheur
Qu'on ne peut aimer d'avantage.
Doris:
Ah ! vous meritez d'être heureux.
Un amour si constant, une flame si tendre
Doit toucher un coeur genereux.
Il ne vous reste qu'à l'apprendre
De l'objet même de vos feux.
Silvandre:
Quoi ! c'est vous que je viens d'entendre !
C'est Doris qui comble mes voeux.
Silvandre
& Doris:
Que nôtre chaîne sera belle!
Ah ! que mon destin sera doux !
Je ne respire que pour vous
Je vivrai, je mourrai fidelle.
Doris:
On vient...
Que les regards d'une troupe indiscrette,
Dans le fond de nos coeurs ne penetrent jamais !
Sentons le prix & les attraits
D'une felicité secrette.
Amants
faits pour plaire,
Du secret du sombre avenir
Voulez-vous percer le mistere !
C'est à nous qu'il faut recourir.
Mais le seul secret necessaire
Aux coeurs qui cherchent le plaisir,
C'est l'art d'unir la douceur d'en jouir
A la sagesse de la taire.
Le
Choeur:
Le tems s'envole & se partage,
Chaque saison regne à son tour,
Pour nous tous les tems & chaque age,
Sont le regne de l'amour.
Doris:
Amours, sous mille traits riants,
Folatrez, voltigez sans cesse,
Les Jeux vous rendent plus charmants.
Quelques legers déguisemens
Raniment vos attraits sans blesser la tendresse;
Bien souvent, une heureuse adresse
Trompe les yeux jaloux, & sert les vrais
amans.
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de page

ENTREE
IIe
La
Fête de l'Himen, ou l'Amour timide
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|
Le
Théâtre represente le peristylle du Temple de
l'Himen, et dans les Côtés des prés
emaillés de fleurs
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|
Daphnis:
Prés fleuris, O Tempé ! Vallon
délicieux,
Ne verrez-bous jamais le bonheur où j'aspire ?
L'amour seul regne dans ces lieux,
Rien n'y languit, et j'y soupire.
Nos
bergers qu'en ce Temple un si beau jour attire,
Vont tous faire eclater leurs secrets amoureux.
Le Prêtre de l'himen qu'ils doient en instruire,
S'apprête à couronner leurs feux:
Plus tendre, hélas ! et moins heureux,
Quels secrets aurois-je à lui dire ?
|
Scene
2
Daphnis, Philémon
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|
Philémon:
Crois-tu qu'en ce jour, cher Daphnis,
Nôtre Bergere se déclare ?
Quelque soit le Destin que son choix nous prepare,
Ah ! jurons-nous du moins d'être toujours
unis.
Daphnis:
Dans ce temple sans doute un doux secret t'amene
?
Philémon:
Et Daphnis ? Quels secrets y vient-il reveler ?
Daphnis:
Eh ! que dirois-je d'une chaine dont j'ai toujours craint de
parler.
Je meurs
de ma langueur extrême,
Et la jeune Temire ignore mes transports.
Auprés d'elle arresté par un charme
suprême,
Ma bouche se refuse à mes tendres efforts;
Mes yeux
seuls disent que je l'aime.
Philemon:
Te l'avouerai-je ?... Enfin, je parlai l'autre jour;
Tu quittois alors ma bergere
Dans ses yeux attendris, j'ai cru voir de l'amour;
Cher Daphnis, je crains, mais j'espere.
Daphnis:
Ce jour (de tes jours les plus beaux)
Je croyois être seul, et trop occupé
d'elle,
Je gravois ( en chantant) cette chanson nouvelle,
Sur l'écorce d'un jeune ormeau.
Chantez
oiseaux, que vous êtes heureux
Rendez grace à l'amour qui prévient tous vos
voeux,
Des ramages qu'il vous inspire.
Vous êtes toujours amoureux,
Sans craindre jamais de la dire.
Chantez oiseaux, que vous êtes heureux.
Philémon:
Peut-estre en ce moment Temire...
Daphnis:
Temire m'écoutoit...
Philémon:
Ah ! quel bonheur pour toy !
Eh ! tu saisis l'instant que l'amour faisoit naître
?
Daphnis:
De mon trouble fus-je le maître !
J'affaçai la chanson, et je fuis malgré moy
!
O Dieux ! c'est elle que je vois.
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Scene
3
Daphnis, Philémon, Thémire
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Témire:
Brillez avec les fleurs sans ces belles retraittes,
Volez plaisirs, hatez votre retour,
La feste de l'himen qu'annoncent nos musettes,
Est le triomphe de l'amour.
Philémon:
Témire cesse-t'elle enfin de se déffendre
?
Quand on chante l'Amour, craint-on ce Dieu charmant
?
Daphnis:
Les accens d'une vois si tendre
Présagent le choix d'un amant.
Thémire:
Dans nos bois une bergere
De l'amour ne craint point les loix,
Dans nos bois une bergere
S'engage sans peine une fois.
Mais au berger qu'elle prefere,
Elle ne déclare son choix
Que lors qu'elle est sure de plaire.
Philémon:
L'Amour triomphe dans vos yeux,
Ils sont le trône de sa gloire.
Il n'y paroit jamais que sur de la victoire
Et le plus aimable des Dieux.
L'amour triomphe...
Témire:
En flattant moins, on séduit mieux.
Un soupir
en dit davantage
Que tous les vains détours de l'art.
Le coeur se peint dans un regard,
Un silence timide est son plus doux langage.
Philémon:
C'est ainsi que jusqu'à ce jour,
Daphnis vous a dit qu'il vous aime.
Daphnis:
Bergere... Philémon mérite un doux retour;
Puis qu'il brûle pour vous, sa tendresse est
extrême,
Je le sens trop par mon amour.
Philémon:
Prononcés entre nous,
Daphnis:
Aimés à votre tour.
Philémon:
On vient... Expliqués vous... quel effroy vous
arrête ?
Temire:
Vos soins ont sçeu me rassurer,
Mais ce n'est que pendant la Fête
Que mon coeur doit se déclarer.
|
Scene
4
Daphnis, Philémon, Thémire,
Choeur de Bergers & de Bergeres
|
|
Le Choeur
de Bergers & de Bergeres:
Les volages amans de Flore
Regnent dans nos champs à leur tour,
Les Jeux & les Fleurs vont éclore.
Temple auguste ouvrez vous aux desirs de l'amour.
|
Scene
5
Daphnis, Philémon, Thémire, le Grand
Prêtre de l'Himen,
Choeur de Bergers & de Bergeres
|
|
Le Grand
Prêtre de l'Himen:
L'Himen dans ce sejour n'est jamais redoutable,
Bergers, à ce Dieu favorable,
Venez tous déclarer vos voeux:
Il n'enchaine les coeurs que pour les rendre heureux.
Et l'amour n'est pas plus aimable.
Philémon:
Sur les pas de Témire au lever de l'Aurore,
Je répands les plus belles fleurs,
Je me pare de ses couleurs,
Et tout lui dit que je l'adore.
Pour un autre Berger elle peut s'enflamer,
Choisir le plus aimable, et bannir le plus tendre;
Mais elle ne peut me deffendre,
De soupirer et de l'aimer.
Daphnis:
La jeune beauté qui m'enflame
Fait triompher l'amour, et ne lui cede pas.
Il brille dans ses yeux, il vole sur ses pas,
Ne peut-il regner dans son ame ?
Qui la
voit un instant vis toujours sous sa loy,
Il n'est point de Bergere aussi charmant qu'elle:
Mais il ne fut jamais de berger plus fidelle,
Ni si tendre que moy !
Témire:
Chantez, oiseaux, que vous êtes heureux ?
Rendez grance à l'amour qui prévient tous vos
voeux;
Des ramages qu'il vous inspire,
vous êtes toujours amoureux,
Sans craindre jamais de la dire.
Chantez, oiseaux, que vous êtes heureux.
Philémon:
Ah ! Daphnis...
Daphnis:
Quel espoir !
Le Grand
Prêtre:
Bergere, aimez comme eux.
S'il est
quelque Berger que vostre coeur prefere,
Ne craignez point de la nommer.
Pourriez-vous douter de lui plaire ?
S'il vous a vue, il doit aimer.
Témire:
Philémon...
Daphnis
& Philémon:
Vous [l' / m'] aimés ?
Témire:
Bergers, daignés m'entendre;
Philémon, par vos soins j'ai connu dans ce jour
Un secret que son coeur avoit craint de m'apprendre,
Je vous offre à jamais l'amitié la plus
tendre.
Mais Daphnis... Daphnis... a tout mon amour.
Daphnis
& Philémon:
O Ciel !
Daphnis:
Temire... a ce charmant retour
Comment aurois-je pu m'attendre.
Le Grand
Prêtre:
Le bonheur s'offre à vos desirs,
Dans les bras de l'himen c'est lui qui vous appelle.
Les noeuds d'une chaine fidelle
Peuvent seul fixer les plaisirs.
Le
Choeur:
Le bonheur s'offre à vos desirs,
Dans les bras de l'himen c'est lui qui vous appelle.
Les noeuds d'une chaine fidelle
Peuvent seul fixer les plaisirs.
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ENTREE
IIIe
L'Enchantement
favorable, ou l'Amour genereux
|
|
Le
Théâtre represente la Chute du Fleuve
Penée, entre les Monts Ossa &
Olimpe
|
Scene
premiere
Elmire, Hellé
|
|
Hellé:
Aimés, charmante Fée, il est tems de vous
rendre,
Immolés à l'Amour un reste de
fierté.
La gloire d'avoir resisté
Ne vaut pas les plaisirs qu'on perd à se
deffendre.
Elemire
[sic]:
Eh ! que peut la fierté sur un coeur amoureux !
Tersandre est tout pour moi, puis qu'il a sçu me
plaire.
Hellé:
De vôtre rang et de vos feux
Pourquoi donc lui faire un mistere ?
Elemire:
Connois l'exces de mon malheur.
Du jaloux Télanor je dédaignois l'ardeur,
L'amour sçut éclaier ce genie inflexible.
Ecoute l'arrêt terrible
Que lui dicta sa fureur.
Le
Printemms va finir, crains la saison nouvelle,
Elemire, dit-il, tremble à chaque moment
Pour ta flame ou pour ton amant.
Il mourra s'il n'est infidelle.
Hellé:
O Ciel ! quel rigoureux tourment !
Il faut qu'il meure ou vous trahisse.
Elemire:
Pour empêcher qu'il ne périsse,
Que je crains d'agir vainement.
La
Penée amoureux sur sa rive fleurie,
Ne voit point d'amante trahie
Fatiguer de ses cris les Echos d'alentour,
Chaque amant de ses fers enchanté pour la vie,
N'y coute qu'un trait à l'amour.
Hellé:
Hatez-vous d'employer dans ce péril extrême
Tout ce qui peut briser ses noeuds
Le supplice le plus affreux
Est de voir perir ce qu'on aime.
Elemire:
J'ai fait ce jour un inutile effort,
Froideur, haine, mépris, j'ai tout mis en
usage.
Hellé:
Mais enfin s'il sçavoit quel doit être son
sort.
Elemire:
Un amant malheureux peut-il craindre la mort ?
Il me reste un espoir qui soutient mon courage.
Helas !
quel sera mon partage !
Que de larmes suivront les pleurs qu'il m'a couté
!
La mort sera le prix de sa fidelité,
Et je ne puis mourir si je le rend volage.
O vous
que l'inconstance a séduit autrefois,
Amants volages, mais sinceres,
Qui sur les sombres bords suivrés toujours ses
loix,
Percés la terre, ombres legeres,
Quittés l'Elisée à ma voix.
|
Scene
2
Elmire, Hellé, le Choeur des Ombres
|
|
Le Choeur
des Ombres:
Quel charme puissant nous attire !
Nous voyons reluire la flambeau du jour !
Soleil, Astre éclatant, dans notre heureux
Empire,
On voit toujours briller le flambeau de l'amour.
Elemire:
Contre un fidelle amant que j'aime,
Mon art de vos efforts implore la faveur,
Je veux triompher dans son coeur
De son penchant et de moi même.
Elemire
& le Choeur:
Amour, veux-tu comme la haine,
Regner sur des coeurs malheureux !
Si tu ne peux remplir leurs voeux,
Eteins tes feux, brise leur chaine.
Elemire:
Palmire regne dans ces lieux,
Je tiens en mon pouvoir sa main & son empire.
Que ce voile misterieux
Trompe mon amant même,
Et ne m'offre à ses yeux
Que sous les traits charmants de la jeune
Palmire.
Tendre
amour de Palmire embellis les appas.
Prête à ses traits le feu dont mon ame est
remplie.
C'est assez pour mon coeur si mon amant, helas !
Me doit son bonheur et la vie.
Il
vient... Disparoissez.
|
|
Elemire:
Toi, vole sur ses pas.
Sous les
traits d'une cour brillante
Guide icy les esprits qui vivent sous mes loix,
Que tout offre à ses yeux l'aimage
séduisante,
Du rand que l'amour lui presente
Si son coeur fait un nouveau choix.
|
|
Tersandre,
seul:
Vallon toujours chéri de Flore !
Bords tranquilles, riant séjour,
Mon espoir le plus doux est de perdre le jour;
Mais je ne puis mourir sans vous revoir encore.
Dans ces
prez arrosés des larmes de l'Aurore,
J'apperçus Elemire, et je connus l'amour.
J'osai sous ces ormeaux lui parler sans detour,
Du feu constant qui me devore.
Plus tendres, hélas ! ses beaux yeux que j'adore
Me flattoient d'un heureux retour.
|
Scene
5
Tersandre, Hellé, Esprits soumis à Elemire
sous les traits
des Peuples de la Cour de Palmire
|
|
Hellé,
avec le Choeur:
Regne, triomphe amant heureux
Que Tempé, que ces bords à la gloire
applaudisse
Que la jeune Palmire et Tersandre s'unissent
Qu'ils regnent à jamais tous deux !
Tersandre:
Ciel... le choix de la Reine !...
Hellé:
Il a comblé nos voeux.
Regne, triomphe, &c.
|
Scene
6
Elemire sous les traits de Palmire, Tersandre,
Hellé,
Esprits soumis à Elemire sous les traits des Peuples
de la Cour de Palmire
|
|
Elemire:
Peuples, le Roy que je vous donne
Va partager ses soins entre la gloire et nous.
Mon coeur a fait choix d'un epoux
Digne de ma main et du trône.
Tersandre:
Quel son de voix ? tout rappelle à mon coeur
Le cruel objet de ma flame.
O Reine ! de mon sort connoissez la rigueur;
Tant d'appas auroient du triompher de mon ame:
Mais un penchant fatal s'oppose à mon
bonheur.
J'adore
une nymphe charmante;
O Dieux ! que sa beauté seroit vive et
touchante
Si son coeur s'enflamoit un jour !
Il ne manque aux attraits de l'objet qui m'enchante
Que d'être animés par l'amour.
Elemire:
J'ai vû sans m'allarmer le penchant qui vous
presse.
Les douceurs du retour qu'on espere en aimant
Font le charme de la tendresse.
L'espoir detruit, le charme cesse;
L'amant le plus fidelle est bientôt constant.
Elemire n'est que trop tendre
Un superbe Rival la force à vous bannir !
Tersandre:
O Ciel !
Elemire:
Formés une chaine nouvelle,
Dans les bras de l'amour.
La gloire vous attend,
Qu'il est beau de joüir d'un empire eclatant !
Qu'il est doux de brûler d'une ardeur mutuelle
!
Tersandre:
L'ingratte ! eh ! qui pourra l'aimer comme je l'aime
?
Elemire:
L'amour vous reservoit un sort plus glorieux.
Tersandre:
L'empire de l'univers même
M'auroit été moins cher qu'un regard de ses
yeux.
Elemire:
Une ingratte mérite un amant infidelle.
Il faut changer pour la punir.
Tersandre:
Toute ingratte qu'elle est je ne puis aimer qu'elle:
Elle aura mon dernier soupir.
Elemire:
Tu me perces le coeur, cruel, mais tu me charmes,
Un sentiment si doux se mêle à mes
douleurs,
Qu'il enchante mes sens et suspend mes allarmes !
Cher Tersandre... O Destin ! je t'adore, et tu
meurs.
Tersandre:
Où suis-je ? O Dieux ! comment resister à
ses pleurs !
Je sens que j'adore Elemire,
Cependant vostre voix a des charmes si doux,
A mes transports divers mon coeur ne peut suffire,
Ils m'entraînent à vos genoux.
Je sens que j'adore Elemire,
Je ne vis que pour elle, et e mourrois pour vous.
Elemire
& Tersandre:
O Ciel ! d'où nait ce bruit terrible !
Quelle vapeur trouble les airs !
Elemire:
Barbare Telanor ! O genie inflexible,
Il paroit... c'en est fait, cher amant, je te
perds.
|
|
Télanor:
Non, non, de mes transports je suis enfin le
maître.
Nos destins sont remplis, et je cède à vos
voeux.
Il est ans les Coeurs genereux
Un charme qui nous force à l'être.
Elémire:
O divin Telanor !... [à Tersandre] que tu vas
être heureux !
Tersandre:
Que vois-je ! O Ciel ! mon coeur n'a pu vous
méconnoître.
Télanor:
Qu'un don, qui les rassemble tous,
Soit le prix d'un amour si tendre.
Esprits
heureux, versez un feu pur sur Tersandre,
Qu'il triomphe, qu'il soit immortel comme nous.
Le
Choeur:
Qu'il triomphe, qu'il soit immortel comme nous.
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ENTREE
IVe
Les
Vandanges, ou l'Amour enjoué
|
|
Le
Théâtre represente des Côteaux riants,
où l'on voit des Cascades
|
Scene
premiere
Bacchus & sa Suite
|
|
Bacchus:
De Tempé, calmez les allarmes,
Peuples qui me suivés, secondés mes
desirs:
Sous ces Mirthes fleuris, quittés vos armes.
Annoncés mes bienfaits par la voix des
plaisirs.
|
|
Bacchus,
seul:
Regne Amour, regne sur la terre:
J'ai soumis l'Univers, tu triomphes de moi;
Le fils du Dieu puissant qui lance le tonnerre,
T'adore, et n'implore que toy.
Vois
Bacchus désormais sans trouble et sans effroy,
Il ne veut dans Tempé que soupirer et plaire.
Non, le vainqueur de l'Inde, enchanté sous ta
loy,
N'a plus pour être heureux qu'une conquête
à faire.
Dans ces
paisibles bois consacrés au mistere,
Ai-je vû, Dieu charmant, ta Prêtresse ou ta Mere
?
O Ciel !... je la revois, c'est elle... que d'appas
!
Mais il faut me contraindre encore,
Que tout luy parle icy d'un amant qui l'adore,
Et du pouvoir d'un Dieu qu'elle ne connoit pas.
|
|
Hegemone,
seule:
Vole de victoire en victoire,
Amour, n'épargne que mon coeur.
Des chaines des amants je chante le bonheur;
Mais je le chante sans le croire.
Ne puis-je
à tes autels conserver la fierté !
Tes traits n'ont point blessé les graces.
Tu vois sans la troubler leur aimable gaité,
Et les Jeux qui suivent les traces
Gardent encor leur liberté.
Quel est
ce jeune etranger ?
Et pourquoi cherchai-je à l'apprendre ?
D'un desir curieux je sçaurai me deffendre.
Pour un coeur trop sensible, hélas ! tout est
danger.
Dieux !
quels sont inconnus !
|
Scene
4
Silène, Egipans, Hegemone, Satires,
etc...
|
|
Le
Choeur:
Que mille chants divers
Eclatent et percent les airs,
Qu'ils troublent le repos du sejour du tonnerre.
Echos, eveillés-vous, répétés
nos concerts.
Annoncés un maître à la
terre.
Silene,
à Hegemone:
Cette troupe toujours riante
Partage les transports du Dieu qui la conduit.
Il soupire pour vous, votre beauté l'enchante,
Vous rendez encor plus brillante
La vive gayté qui le suit.
Dans le
bel age faites usage
Des jours trop courts,
Dans le bel age heureux qui s'engage
Avec les Amours.
Le
Choeur:
Dans le bel age faites usage
Des jours trop courts,
Dans le bel age heureux qui s'engage
Avec les Amours.
Silene:
Dans la vieillesse,
Les moments sont chers,
Le temps presse;
Mais la vie en a plus d'appas.
Qu'une vive gayté retienne sur vos pas
Les Jeux riants de la jeunesse.
Joüissés comme moy,
Je ne me souviens pas
D'un instant de tristesse.
Silene
& le Choeur des Bachantes:
Charmant délire, douce fureur,
Non, la raison n'est qu'un erreur.
Tu ne peux trop tôt la détruire,
Ton triomphe est notre bonheur.
Un Dieu te ressent et t'inspire
Entraine, enflame notre coeur.
Entraine, enflame tout ce qui respire.
Hegemone:
Dieux ! quels transports tumultueux !
O Ciel ? Que deviens-je moi-même...
Arrestés...
Bacchus:
Suspendez vos jeux,
Allés...
Que ses desirs soient votre loy suprême.
|
Scene
5
Hegemone, Bacchus
|
|
Bachus:
Vous triomphez d'un coeur livre jusqu'à ce jour,
Joüissés de votre victoire.
Je viens avec transport metre aux pieds de l'Amour
Tout ce que j'ai fait pour ma gloire.
Hegemone:
J'entens sans m'allarmer ce langage flatteur:
Plus de trouble accompagne une flame sincère,
En demandant des fers vous parlez en vainqueur.
Vous n'aimés pas, vous croyez plaire.
Bachus:
Ah ! jugés mieux de ma sincerité.
L'instant
où vos beaux yeux m'ont forcés de me
rendre,
Est le premier instant de ma felicité.
Je vous immolerois encor ma liberté
Si mon coeur pouvoit la reprendre.
Hegemone:
Les ris, les jeux suivent vos pas,
La gayté brille-t'elle où regne la tendresse
?
Les plus heureux amans qu'à Tempé l'amour
blesse,
De leurs fers murmurent tout bas,
Je vois à ses autels leurs pleurs et leur
tristesse:
Qui d'eux, ou de vous n'aime pas ?
Bachus:
Ne peut-on bien aimer sans répandre des larmes
?
Mille
tendres oiseaux sous cet ombrage frais
Chantent tous de l'amour les faveurs et les charmes.
Leurs coeurs s'ouvrent sans crainte au devant de ses
armes,
La joye y vole avec ses traits.
Un sort si
charmant nous convie
A n'imiter qu'eux en aimant,
Eh, pourquoi se faire un tourment
Du plus doux plaisir de la vie.
Hegemone:
Quel charme ! Ah ! que mon coeur resiste foiblement !
Fuyons...
Bachus:
Que vois-je ! O Ciel ! vous craignés de
m'entendre ?
Hegemone:
J'en connois le danger, j'aurois dû le
prevoir.
Bachus:
Fuirés-vous l'amant le pluys tendre ?
Hegemone:
Il falloit ne la pas revoir.
Bachus:
Ah ! parlés, quel sort dois-je attendre ?
Voudriés-vous me ravir, helas, jusqu'à
l'espoir ?
Hegemone:
Peut-être je le dois. Mais puis-je le vouloir
?
De l'Amour
je craignois les chaines,
JE craignois la langueur des plus heureux soupirs;
Eh, comment penser à ses peines,
Il ne s'offre avec vous qu'entourés de
plaisirs.
Bachus:
Il redouble ma flame en comblant mes desirs.
Hegemone
& Bachus:
Que dans les sein des Jeux l'ardeur qui nous inspire,
S'enflamme à chaque instant du jour:
Songés que le plus tendre amour
Doit toujours folatrer et rire.
Bachus:
Le bonheur m'attendoit sous votre aimable empire,
C'est Bachus, c'est un Dieu qui fixe icy sa Cour.
Que ces
coteaux riants de mes dons s'enrichissent,
Doux nectar, jus divin, coulés dans ces vallons.
Que ces campagnent retentissent
De mille nouvelles chansons.
|
Scene
6
Hegemone, Bacchus, Silene,
Suitte de Bachus, Peuples de Tempé
|
|
Bacchus
& Hegemone:
Chantés le Dieu de la [tendresse /
gayté]
Aimons toujours, rion sans cesse,
Jamais de tristesse,
Plus de liberté.
Hegemone:
Voyés voltiger dans les airs
L'aimable soeur de Philoméle,
Sans craindre les vents ny les mers,
Elle vole où Flore l'appelle.
Vous pouvés aisement comme elle
Vous faire un durable Printems,
L'amour prolonge les beaux ans
Et la gayté les renouvelle.
Bacchus:
Verse Amour, le jus de la treille,
Et que Bacchus lance tes traits,
Au feu dont brillent nos attraits,
Que tout s'enflamme et se réveille.
Qu'à nous suivre, les ris et les jeux toujours
prêts,
Nous rendent chaque jour plus charmants que la veille,
Qu'on ne trouve plus désormais de buveurs sans
transports,
Ny d'amant qui sommeille.
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