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Les Fées des Forests de St Germain
Ballet en V Entrées,
dansé par le Roy en la Salle du Louvre le XI° Iour de Feurier 1625
Livret de René Bordier
musique de: Antoine Boësset



Entrée I
Entrée II
Entrée III
Entrée IV
Entrée V

Premier Ballet

Guillemine la Quinteuse Fée de la Musique
représentée par le Sieur Marais

Aux Dames:
Un concert bien mélodieux
N'est pas ce que i'aime le mieux;
Ny le poinct d'honneur qui me pique:
Les beaux chants c'est dont ie me ris,
Et n'ayme rien de la Musique
Qui ressemble aux Chariuaris.

Außi par mon soulagement
Des Chantres vestus plaisamment
Animeront des cors de chasse,
Et forgeront de si beaux pas
Qu'il en naistra quelque grimace
En vos visages pleins d'appas.

Que si leurs accors sans accord,
Par un trop violent effort
A vos oreilles font la guerre,
Au moins plairay-je à vos regars,
Puis que je mettray la guiterre
Entre les mains d'un ieune Mars.


Autre recit accomodé à l'Air qui a precedé les paroles

Les Musiciens de Campagne:
Amour rauy de vos attraits si chers aux Dieux
A guidé nos pas pour voir vos beaux yeux,
Et pour ranger dessous les loix
Nos luths & nos voix.
Que le Ciel n'en soit ialoux,
Nos coeurs sont à vous.

Le feu qui sort de vos regards est si puissant
Que la nuict soudain va disparroissant,
Et n'est besoin que le Soleil
Haste son réueil,
Ce beau lieu reçoit le iour
Des rayons d'Amour.


Les Chaconistes Espagnols tant Caualiers que Dames, qui dansent selon l'ordre cy apres:

Monsieur le Duc d'Aluyn:
A quoy on ne me reduit le tourment que i'endure
Puis qu'en habit de femme, Amout, ie te coniure
De fléchir la Beauté qui me donne la mort ?
Ie luy ferois bonne guerre,
Si ie la trouuois d'accord
Außi bien que ma guiterre.

Monsieur De Bleinnuille:
Mon dessein, ô ieune merueille,
Estoit de charmer ton oreille,
Afin de fléchir ton orgueil:
Mais que mon coeur aura de bréches !
Car ie voy bien que ton bel oeil
Me veut tuer à coup d de fléches.

Monsieur le Marquis de Mortemar:
Que me sert cét habit dont ie trompe un ialoux,
Puis que le bien chanter & ces accords plus doux
N'ont charme si puissant qui ne me soit funeste ?
Celle dont i'obserue les loix
Exerce ma main & ma voix,
Et cruelle qu'elle est ne se sert point du reste.

Monsieur de la Rocheguyon:
Amant espagnolisé,
Ie fuis tout déualisé,
Cloris m'oste l'esperance:
O que son coeur est cruel !
I'aurois presque l'assurance,
De l'appeller en duel.

Monsieur le Duc de Nemours:
Le Mars des fleurs de Lis, , Roy de mes volontez,
Anime mon courage, ainsi que ma guiterre,
Sçachez donc qui ie suis, ô Divines Beautez,
Espagnolle au Ballet, & François à la guerre.

LE ROY:
O Merueilles des Cieux, ie lis en vos regars
Qu'Amour est tout rauy du son de ma Guiterre,
Mais i'espere monstrer aux deux bouts de la Terre,
Que i'ay des tons plus forts pour charmer le Dieu Mars.

Monsieur le Grand Prieur:
Le coeur gros de soupirs, et les yeux pleins de larmes
Ie m'estois déguisé, croyant tromper les charmes
De tes diuins regars, qui font la guerre aux Dieux:
Mais hélas ! chere Syluie,
Ie perds dedans tes beaux yeux
Ce qui me restoit de vie.

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Second Ballet

Gillette la Hasardeuse Fée des Iours,
representée par Monsieur de Chalez

Les Joëurs sousmis à mes loix
Ont un agreable caprice,
Les os ne leurs tombent des doigts,
Un tourniquet est l'exercice,
Où des Lacquais & des Bertrans
Pour des soufflets vont follatrans.

Ils sont suiuis d'Esprits follets,
Qui bandez à forcer la balle,
Font voir qu'Eole & ses vallets,
N'ont vistesse qui les esgalle,
Et qu'en souplesse & soubresauts
Les singes ne sont que des sots.

Un regnard marche pas à pas,
Et ne voit poulles qu'il n'emporte.
Mais, ô Beautez pleines d'appas,
N'en riez que de bonne sorte,
Pour vous mettre en pareil hazard
Amour est assez fin regnard.


LES LACQUAIS

Monsieur le Marquis de Mortemar:
La Gloire accompmagne mes pas,
Bien que Lacquais iu ne suis pas
De ceux qu'un Escuyer estrille:
Mon Maistre est mon valet par fois;
Sil me faict porter la mandille,
Moy ie lui fay porter du bois.

Monsieur le Commandeur de Souuray:
Cruelle ambition, laisse-moy viure en paix,
Et iamais plus ne m'importune,
N'ay-je pas assez de fortune,
Puisque ie suis Roy des Lacquais ?

Un Esprit follet, ioüeur de balle forcée, representé par Monsieur de Laincourt:
Myrtes, courronez-moy,
Que si ie ne suis Roy,
De l'amoureux Empire,
Au moins suis-je à la Cour,
Esprit pour le bien-dire,
Et follet pour l'Amour.

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Troisiesme Ballet

Iacqueline l'Entendüe Fée des Estropiez de ceruelle,
representé par Monsieur de Liancourt

Il n'est si fameux Empirique,
S'il affronte mon art magique,
Qui ne reuoive un pié de nez:
Le chef-d'oeuure que ie projette,
Gist en la caballe secrette
De guerir les embabouinez.

Ils ont l'oeil creux, le corps ectique,
Le poil & l'habit à l'antique,
Qui les font remarquer de loing:
La vanité leur sert de guide,
Et de meubler leur chambre vuide
Les Chimeres ont un grand soing.

Presser de leur humeurs bourrües
Tout le iour ils courent les rües,
Et toute la nuict ont l'oeil ouuert:
Moy, pour esgayer leur folie,
I'ordonne à leur melancolie
De se couurir d'un bonnet vert.

Parmy tant de rares pensées
Qui sont diuersement bleffées
Les fantasques me gastent tout,
Leurs fouguent ne sont point communes,
Et les demy-foux ont des Lunes,
Dont ie ne puis veuir à bout.

Et quant à vous, Esperculates,
Vos complexions delicates
Veulent un traictement fort deux:
Mais en vostre mal qui m'estonne
C'est que ie m'en rapporte à vous.


Un Embaboüiné representé par Monsieur de Chalez:
Esprits adjustez comme il faut,
Ie reconnois bien mon defaut
Et les caprices dont i'abonde:
Mais puis que le party des Foux
Est le plus grand qui soit au monde,
Ie veux en estre comme vous.


Les Demy-foux qui dansent, selon l'ordre cy apres:

Monsieur Frere du Roy:
Si i'ay le sens troublé, ce n'est qu'en apparance,
Amour & le Dieu Mars partagent mes desirs,
Qui sont si bien reiglez, que mes plus chers plaisirs
Sont d'adorer Caliste, & de seruir la Frane.

Monsieur le Duc d'Elboeuf:
Ce n'est donc point assez d'auoir perdu mon coeur,
Esclave du bel oeil qu'Amour fit mon vainqueur,
Il faut que la rasion me soit außi rauie.
O Dieux ! qui vit iamais de si diuins appas ?
C'est n'auoir point d'esprit de ne le perdre pas
Pour l'amour de Syluie.

Monsieur le Grand Prieur:
Si t'aymer est un crime indigne de pitié,
Au moins pour le respect de ma longue amitié,
Donne à mes paßions une fin moins tragique.
Ce que tu crois des pleurs, (ô merueilles des Cieux,)
Helas ! c'est mon verueau que l'amour alambique,
Et faict à tout moment distiller par mes yeux.

Monsieur le Commandeur de Souuray:
Le mal qui donne peu de tréues
A mes sens d'amour transportez,
Ne vient pas de la fleur des féues,
Mais bien de la fleur des beautez.


Les Fantasques, qui dansent selon l'ordre cy apres:

Monsieur le Comte de Soissons:
Le caprice & l'orgueil n'ont part en mes amours,
Une Beuté me rend plus humble que les herbes:
Et quant aux Caualiers mon huleur est tousiours
Facile aux complaisans, et fantasque aux superbes.

Monsieur le Duc de Monmorancy [absent]:
Bien qu'agité d'un grand orage,
Ie sois menacé du naufrage,
Qu'ont les dessins ambitieux,
Feux jumeaux, cachez vostre flâme,
Il ne me faut que deux beaux yeux
Pour calmer les flots de mon ame.

Monsieur le Duc d'Aluyn:
Puis que chery d'une Diuinité,
Je feins icy que sa rigueur m'affole,
Ieunes amans remplis de vanité,
Pour la quitter venez à mon escole.

Monsieur de Bleinuille:
Bien que l'humeur fantasque aux fougues me conuie,
Toustefois quand l'Amour guide mes vonlontez
La Lune ne tient pas ma raison asseruie,
Cet honneur n'appartient qu'au Soleil des Beautez.

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Quatriesme Ballet

Alizon la Hargneuse Fée des vaillans Combattans,
representée par le Sieur Delfin

Mes combattans que Mars ne sçauroit égaller
D'exploicts & de gloire sont riches,
Leurs coups font aux combats bras & testes voller,
Il est vray qu'elles sont postiches.

Les plus fiers Rodomons pressez de leur valeur
Sentent leurs forces dißipées:
Que ne feroient-ils point, n'estoit que par malheur
C'est de bois que sont leurs espées ?

Leurs soldats sont docteurs, qui bruslent du desir
D'auoir en teste des Hercules:
Courir, et rompre en lice est leur plus grand plaisir,
Mais ils sont montez sur des mules.

Finissons ce combat faicts pour le passetemps,
Il me reste un poinct à vous dire,
C'est que les Ennemis du Chef des Combattans
Auront plus à pleurer qu'à rire.


Les vaillans Combattans, qui dansent selon l'ordre cy apres:

Monsieur de la Rocheguyon:
Ne presume, Tenant, demeurer mon vainqueur,
Mon courage suffit à conseruer ma vie,
Et pour la garantir n'ay-je pas dans le coeur
Graué des mains d'Amour me pourtraict de Syluie ?

LE ROY:
France, qui dans les mains me vois des armes peintes,
Dont les exploits ne sont que des jeux & des feintes,
Ne croye que ie m'en serue auceque paßion:
Pour moy tous passetemps ont un charme inutile,
Amour fera bient tost place à l'ambition,
Et l'Ennemy sçaura que ie suis un Achille.

Monsieur de Liancourt:
Que ie hay cette espée
Dont ma dextre occupée
Rauit toute la Cour,
Les armes naturelles
Sont plus propres, Amour,
Pour vuider mes querelles.

Monsieur le General des Galeres:
Guerrier armé de courroux,
Qui pour me percer de coups
Fais un effort admirable,
Apprens à ton vain irgueil,
Que ie suis invulnerable,
Hormis aux traicts d'un bel oeil.

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Cinquiesme et Dernier Ballet

Macette la Cabriolleuze Fée de la Danse,
representée par le Sieur de Poyenne

Qu'on ne me rompe les oreilles
De ces fabuleurses merueilles
Qu'une lyre fit aux vieux temps;
Ie me vante que mes trophées
Feront tenir pour charlatans
Les Amphions & les Orphées.

Rien n'est si diuin que ma gaule,
Sa vertu que le Ciel espaule
Me donne cent mille suivans,
Et faict, tant le monde radotte,
PAsser pour des hommes viuans
Des bilboquets que i'escamotte.

Ie m'abuse, ô merueile estrange !
Leur forme premiere se change
Et dansent comme des Demy-dieux.
Beautez dont le France est regie,
Ie dois aux charmes de vos yeux
Ce dernier effect de Magie.

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