|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Opéra-Ballet en un Prologue & IV Entrées représenté par l'Académie Royale de Musique en 1697 Livret de Antoine Houdar de la Motte musique de: André Campra |
|
[Prologue] |
|
les personnages de la Première Entrée: Vénus |
|
Le
Théâtre représente une Forge Galante,
où les Graces, les Plaisirs & les Ris sont
occupés à forger les tratis de l'Amour. |
Vénus: Le Choeur
des Graces, des Plaisirs & des Ris: Vénus: Deux
Graces, à qui le Choeur répond: Si vous
voulez que les Graces Une
Grace: Pour
être heureux l'Amour lui-même [ce
Divertissement est troublé par un Symphonie qui
annonce la Discorde] Vénus: La
Discorde: De quels
traits impuissans menace-t-il la Terre ? Non, non,
j'ai pour toûjours trompé son
espérance; Vénus: La
Discorde: Vénus: C'est lui
qui dans l'Europe a ramené la Paix: La
Discorde: Vénus: La
Discorde: Faisons
des Inconstans, des Jaloux odieux; Que l'on
connoisse à mille plaintes Vénus: Faisons
regner l'Amour, faisons briller ses charmes, Le
Choeur: Vénus: Que tes
faveurs Le
Choeur: Vénus,
à la Discorde:
Frappez, frappez, ne vous lassez jamais;
Qu'à vos travaux l'Echo réponde.
Pour le Fils de Vénus forgez de nouveaux traits:
Qu'ils portent dans les coeurs une atteinte profonde.
Frappez, frappez, ne vous lassez jamais;
Vous travaillez pour le bonheur du monde.
Frappons, frappons, ne nous lassons jamais;
Qu'à nos travaux l'Echo réponde.
Pour le Fils de Vénus forgeons de nouveaux
traits;
Qu'ils portent dans les coeurs une atteinte profonde.
Frappons, frappons, ne nous lassons jamais;
Nous travaillons pour le bonheur du monde.
C'est Vulcain qui fait le Tonnerre,
Dont le Maître des Dieux épouvante la
Terre;
Mais ce sont le Plaisirs, les Jeux & les Ris
Qui forment les traits de mon Fils.
Jeunes coeurs, essayez la douceur de ses armes;
Qui s'en laisse blesser éprouve mille
charmes.
Souffrez que l'Amour vous blesse:
Belles, chassez la fierté:
Apprenez que la tendresse
Est l'ame de la Beauté.
Vous accompagnent toûjours,
Pour les voir suivre vos traces,
Suivez celles des Amours.
C'est dans une tendresse extrême
Qu'on trouves des plaisirs parfaits.
On n'est content que quand on aime,
Les Autres biens sont sans attraits.
S'est blessé de ses traits.
Quelle soudaine horreur ! & quels terribles bruits !
Ciel ! qui peur amener la Discorde où je suis
?
C'est en vain qu'à tes Loix tu prétends qu'on
réponde.
Déesse, fais cesser d'inutiles travaux.
A quel coin reculé du Monde
L'Amour veut-il tenter des triomphes nouveaux ?
Quoi ! déja son pouvoir veut succéder au mien
?
A peine a-t'on éteint le flambeau de la Guerre,
Qu'il prétend rallumer le sien.
J'ai détruit, j'ai brisé ses Autels & ses
fers:
J'ai du moins arraché l'Europe à sa
puissance,
Si ce n'est pas tout l'Univers.
Tu t'applaudis d'une fausse Victoire,
L'Amour a dans l'Europe une nouvelle Gloire.
Il recueille le fruit de tes noirs fureurs,
Il a triomphé de la Guerre.
Malgré tous tes efforts, il rassemble deux coeurs
Qui feront quelque jour le destin de la Terre.
Le Héros qui les joint sçait enfin denouer
Ce noeud que tu formas avec un soin
extrême.
C'en est assez; épargne-moi le reste;
Et ne me force pas à t'entendre louer
Un Roy qui me deteste.
Je te ferai souffrir de plus cruels tourments.
Tu méprises l'Amour, tu verras sa victoire:
Et je veux que ces lieuxpar divers changements
Servent de Théâtre à sa
gloire.
Ses Peuples à tes yeux vont chanter ses attraits,
Tu vas voir que des coeurs l'Amour seul estle
Maître.
Ah ! ne te flate pas de m'en rendre
témoin.
Je veux te contraindre de l'être:
Tu prends pour t'en deffendre un inutile soin.
Puisque dans ces lieux on m'arrête,
Fureurs, secondez moy, troublons au moins la
Fête.
Jettons dans tous les coeurs les soupçons & les
craintes:
Que la Discorde est dans ces lieux.
Tu ne peux exciter que de vaines allarmes;
Tu rendras mon triomphe encore plus glorieux.
Les doux plaisirs sont ses plus fortes armes.
Faisons regner l'Amour, faisons briller ses
charmes.
Ah ! que ce jour
Va faire à l'Amour
des conquêtes nouvelles !
Que ses appas
Vont soumêttre de Belles
Qui n'y pensent pas !
Il va fléchir tous les coeurs rebelles,
Il va pour jamais
Les blesser de ses traits.
Loin de la craindre,
Cherchons leurs coups.
Quel coeur peut se plaindre
D'un tourment si doux ?
Au Dieu d'Amour cédons la victoire;
Quand il nous soûmet à ses desirs,
C'est moins pour sa gloire
Que pour nos plaisirs.
Vont charmer les coeurs !
Amour, que de cruelles
Tu vas dompter !
Et que d'Amans fideles
Vont en profiter !
Tu vas flechier tous les coeurs rebeles;
Tu vas pour jamais
Les blesser de tes traits.
Loin de les craindre
Cherchons leurs coups.
Quel coeur peut se plaindre
D'un tourment si doux ?
Au Dieu d'Amour cédons la victoire;
Quand il nous soûmet à ses desirs,
C'est moins pour sa gloire
Que pour nos plaisirs.
Mortels, que l'Amour vous entraîne,
Cédez à ses douces ardeurs:
Qu'il vous blesse, qu'il vous enchaîne,
Qu'il regne à jamais dans vos coeurs.
Commence à ressentir l'effet de ma vengeance,
Discorde; voi l'Amour triompher de la France.

|
La France |
|
les personnages de la Seconde Entrée: Silvandre,
Berger |
|
Le Théâtre represente un Bocage, & dans le fonds, un Hameau |
|
Silvandre, Philene |
Philene: Silvandre: Philene: Silvandre: Je romps
mes premiers noeuds pour des noeuds plus charmans: Philene: Silvandre: Philene: Silvandre: Philene: Silvandre: Philene: Silvandre:
Quoi ? pour l'objet de votre ardeur
Vous préparez encore une Fête nouvelle ?
Tant de fidélité doit fléchir sa
rigueur;
En vain Doris affecte une fierté cruelle,
Elle se lassera de refuser son coeur
Aux soins que vous prenez pour elle.
Ce n'est plus de Doris que j'attens mon bonheur.
Ciel ! qu'entens-je ?
L'amour m'offre un nouveau vainqueur,
Et me force d'être infidele.
Mon infidélité m'est chere,
Et j'ai plus de plaisir à trahir mes sermens,
Que je n'en sentis à les faire.
A qui donc offrez-vous votre hommage nouveau ?
A l'indifferente Céphise.
Que mon triomphe soit beau
Si je la soûmettois au Die qu'elle méprise
!
Vous desiriez avec la même ardeur
Qu'un jour Doris partageât votre flamme.
Hé-bien je vous apprens que j'ai soûmis son
coeur,
Les feux dont je brûlois ont passé dans son
ame.
Mes sermens, mes pleurs, mes soupirs
M'ont obtenu l'aveu que je demandois d'elle.
Pourquoi donc brûlez-vous d'une flamme nouvelle
?
L'Amour en comblant nos desirs
A de nouveaux noeuds nous appelle.
Plus de fois on est infidelle,
Et plus on goûte des plaisirs.
L'Amour en comblant nos desirs
A de nouveaux noeuds nous appelle.
Céphise se plaît en ces lieux.
C'est elle-même qui s'avance.
Allons, Philene, évitons sa présence.
La Fête en ma faveur doit prévenir ses
yeux.
|
Céphise |
Céphise, Pour
forcer mon coeur à se rendre
Paisibles lieux, agréables retraites,
Je n'aimerai jamais que vous.
En vain mille Bergers viennent à mes genoux
Me jurer des ardeurs parfaites.
Beaux lieux, n'en soyez point jaloux,
Je méprise leur flamme, & je les quitte tous
Pour le plaisir que vous me faites.
Paisibles lieux, agréables retraites,
Je n'aimerai jamais que vous.
On fait des efforts chaque jour;
Mais quelques pleurs que je fasse répandre,
Quelques sermens que l'on me fasse entendre,
Ce sont les pieges de l'Amour;
Je me garderai bien de m'y laisser surprendre.
|
Céphise, Troupe de Bergers & de Bergeres, de Pastres, qui l'interrompent par leur danse |
Céphise: Le Choeur
des Bergers: Une
Bergere: Le Choeur
des Bergers: Une
Bergere: Le Choeur
des Bergers: Une
Bergere: Céphise:
Que vois-je ? quel spectacle ! & quels nouveaux concerts
!
A qui ces Jeux sont-ils offerts ?
Aimez, aimez, belle Bergere,
Laissez-vous enflammer:
Que sert l'avantage de plaire,
Sans le plaisir d'aimer ?
Soûpirez, jeunes coeurs,
Suivez ce qu'Amour vous inspire;
Cent nouvelles douceurs
Vous attendent dans son empire:
Soûpirez, jeunes coeurs,
Devroit-on vous le dire ?
Aimez, aimez, belle Bergere,
Laissez-vous enflammer:
Que sert l'avantage de plaire,
Sans le plaisir d'aimer ?
Aimons dans la jeune saison,
Cédons, cédons à la tendresse.
Nous en faut-il d'autre raison
Que le penchant qui nous en presse ?
En vain une erreur extrême
Nous defend de nous enflammer;
Notre coeur sent assez lui-même
Le besoin qu'il a d'aimer.
Aimez, aimez, belle Bergere,
Laissez-vous enflammer:
Que sert l'avantage de plaire,
Sans le plaisir d'aimer ?
Soupirons tous,
Suivont l'Amour sans nous contraindre;
Il est plus doux
De le sentir que de la craindre.
Qui sent ses coups,
Les chérit au lieu de s'en plaindre;
L'Amour rend les Amans
Jaloux de leur s tourmens.
Ses feux sont charmans,
Gardons-nous bien de les éteindre:
C'est des tendres soupirs
Que naissent les plaisirs.
Que je sçache du moins d'où me vient cette
hommage;
Quel Amant me poursuit jusques dans ce Bocage ?
|
Céphise, Silvandre |
Silvandre: Céphise: Silvandre: Céphise: Silvandre: Céphise: Silvandre: Céphise: Silvandre: Doris, qui
suivient:
Voyez à vos genoux cet Amant empressé.
Je découvre en tremblant l'ardeur qui me
posséde;
Mais pardonnez aux maux dont je me sens pressé:
C'est dans les yeux qui m'ont blessé
Que j'en viens chercher le remede.
Qu'entens-je ? quels discours ! vous seriez-vous
mépris ?
Vous me prenez, peut-être, pour Doris ?
Non, Céphise; c'est à vous à qui je
viens apprendre
Le violent Amour dont je ressens les coups.
Hélas ! Doris a-t'elle autant d'attraits que vous
?
Et peut-on s'y meprendre ?
Ce n'est donc que depuis deux jours
Que vos yeux la trouvent moins belle ?
Vous lui juriez alors une ardeur éternelle.
Quoi ! pouvez-vous si-tôt démentir vos discours
?
Lorsque Doris me parut belle,
Je ne connoissois pas encore vos attraits,
Il faudroit pour être fidele
Vous avoir toûjours vûe ou ne vous voir
jamais.
Que n'adressez-vous mieux un langage si tendre ?
De quelque'autre Bergere il surprendroit la loi;
Pour moi je fuis l'Amour & je veux m'en defendre;
Mais s'il me contraignoit quelque jour à me
rendre,
Du moins voudrois-je un coeur qui n'eût aimé
que moi.
Eh bien, vous serez satisfaite.
J'ai senti pour vous seule une flamme parfaite.
Je n'ai jamais aimé comme j'aime en ce jour:
Doris étoit ma derniere amourette,
Vous êtes mon premier amour.
Laissez-moi, c'est trop vous entendre;
Redonnez votre coeur à l'aimable Doris.
Je vous suivrai par tout.
Silvandre, cher Silvandre.
Ah ! je l'appelle en vain, il est sourd à mes
cris.
|
Doris |
Doris: Tu me
jurois que l'Astre qui m'éclaire
Quel funeste coup pour mon ame !
Quoi ! Silvandre, tu me trahis ?
Ingrat, qu'as-tu fait de ta flamme ?
C'est Doris qui te cherche, & c'est toi qui la
fuis.
S'éteindroit avant ton amour;
Au-delà du tombeau je devois t'être chere;
Jamais ardeur me parut plus sincere:
Hélas ! que de sermens tu trahis en ce jour !
Tu crois trouver ailleurs une plus douce chaîne:
Mais, perfide, crois-tu que je t'y laisse en paix ?
J'irai troubler sans cesse en rivale inhumaine,
Les douceurs que tu te promets:
Mon amour outragé me tiendra lieu de haine,
Et je te rendrai bien les maux que tu me fais.
Mais ses tourments calmeront-t'ils ma peine ?
Non, non; il faut il faut plutôt lui cacher mon
courroux.
Que dans d'autres liens un nouveau feu l'entraîne:
Il ne jouira point de mon depit jaloux;
Et j'attendrai qu'à mes genoux
Son inconstance le ramene.

|
L'Espagne |
|
les personnages de la Troisième Entrée: Dom
Pedro |
|
Le Théâtre represente une Place publique, que l'on discerne à peine, parce que l'action se passe la nuit. |
|
Dom Pedro, Cavalier Espagnol, sous le balcon de sa Maîtresse |
Dom
Pedro: Ah ! s'il
plaisoit à l'objet que j'adore Mais ma
mort est toûjours certaine, Quelle
troupe s'avance ? & qui l'amene icy ?
Sommeil, qui chaque nuit jouissez de ma belle,
Ne versez point encor vos pavots sur ses yeux,
Attendez pour regner sur elle
Qu'elle ait appris mes tendres feux.
Je vais parler; c'est assez me contraindre,
C'est trop cacher les maux qu'elle me fait souffrir;
Du moins il est tems de m'en plaindre
Lorsque je suis prêt d'en mourir.
De soulager mon amoureux tourment,
Le sort fatal que je deplore
Deviendroit un destin charmant.
Quelque succés qu'Amour daigne me
préparer:
Que Lucille soit inhumaine,
Ou sensible à l'ardeur que je viens
déclarer,
Il faudra toûjours expirer
De mon plaisir ou de ma peine.
Restons, j'en veux être éclairci.
|
Dom Carlos amene avec lui une troupe de Musiciens & de Danseurs |
|
|
Dom
Carlos: [à
sa troupe] C'est
à vous de servir une ardeur si constante, [on
commence une Sérénade] Un
Musicien: Le
Choeur: Le
Musicien: [le
Choeur repéte les Trois derniers
Vers] Le
Musicien: [le
Choeur repéte les Trois derniers
Vers] Dom
Carlos:
La nuit ramene en vain le repos dans les monde,
Mon coeur est toûjours agité;
Mais mon trouble & mes soins sont ma
félicité,
J'aime mieux en jouir que d'une paix profonde:
La nuit ramene en vain le repos dans les monde,
Mon coeur est toûjours agité.
Soumettez à l'Amour la beauté qui
m'enchante,
Par vos plus tendres chants tâchez de la charmer,
Rendez-lui le plaisir que je sens à
l'aimer.
Nuit, soyez fidéle;
L'Amour ne révéle
Ses secrets qu'à vous.
Nuit, soyez fidéle;
L'Amour ne révéle
Ses secrets qu'à vous.
S'il veut à quelque cruelle
Faire enfin sentir ses coups,
Nuit, soyez fidéle;
L'Amour ne révéle
Ses secrets qu'à vous.
Si quelque amant pres de sa belle
Trompe les yeux des jaloux;
Nuit, soyez fidelle;
Et cachez à tous
Des mystéres si doux:
Nuit, soyez fidele;
L'Amour ne révéle
Ses secrets qu'à vous.
Vous ne parroissez point, ingrate Léonore !
Méprisez-vous qui vous adore ?
Se peut-il que mon tendre amour
Ne fléchisse jamais votre ame ?
Quoi ! la nuit, si propice à l'amoureuse flamme;
Ne me sert pas mieux que le jour ?
N'est-il pas tems qu'un sort heureux réponde
Aux soins trop éprouvés de ma sincère
ardeur ?
Le plus fidéle amant du monde
N'a-t'il pas droit sur son coeur ?
|
Dom Carlos, Dom Pedro |
Dom
Pedro: Dom
Carlos: Dom
Pedro: Dom
Carlos: Dom Pedro
& Dom Carlos: Dom
Carlos, à sa troupe: Le
Choeur: El
esperar en amor es merecer. Un
coeur dans l'empire d'Amour mérite les biens
qu'il espére; Une
Musicienne: Le
Choeur:
Modérez le transport que vous faites
paroître;
Il faut s'expliquer autrement.
N'usurpez pointle nom du plus fidéle amant,
C'est moi qui me pique de l'être.
En vain l'avez-vous prétendu,
On ne peut égaler mes feux ni ma constance;
Bannissez l'injuste espérance
De me ravir un tître qui m'est dû.
Puisque Lucile est l'objet de ma flamme,
Peut-il être des feux plus ardens que les miens ?
L'Amour par d'autres yeux peut-il blesser une ame
Si vivement que par les siens ?
Lucile est digne qu'on l'aodre,
Elle enchaîne les coeurs des plus aimables noeuds:
Si je n'avois vû Léonore,
Nous brûlerions des mêmes feux.
Que notre ardeur soit éternelle,
L'Amour nous promet mille attraits;
Disputons à jamais
A qui sera plus tendre & plus fidéle.
Vous, chantez, célébrez de si belles
ardeurs;
Que vos voix, que vos chants attendrissent les
coeurs.
Chantons de si belles ardeurs,
Que nos voix que nos chants attendrissent les
coeurs.
El persistir es un esforçar el hado,
En gozar suele mudarne el padecer.
Al fin es Amante quien esta amado.
El esperar en amor es merecer.
Sa constance ameine le jour
Où l'objet qu'il trouvoit sévere
S'attendrit & brûle a son tour:
Un coeur dans l'empire d'Amour mérite les
biens qu'il espére.
Soyez constant dans vos amours,
Amans, on est prêt à se rendre:
Un coeur qu'on attaque toûjours
Se lasse enfin de se defendre;
Tôt ou tard il vient d'heureux jours
A qui sçait les attendre.
Chantons de si belles ardeurs,
Que nos voix, que nos chants attendrissent les
coeurs.

|
L'Italie |
|
les personnages de la Troisième Entrée: Octavio,
Seigneur Vénitien |
|
Le Théâtre represente une Salle magnifique préparée pour un Bal |
|
Octavio, Olimpia |
Octavio: Olimpia: Octavio: Mais que
vous êtes loin de l'ardeur qui m'enflamme ! Olimpia: Octavio: Olimpia: Octavio: Que ne
sommes-nous seuls en des lieux retirés ! Moins
j'aurois de Rivaux à craindre. On vient.
Songez du moins que je suis près de vous,
Ne verrai-je jamais le jour
Où je serai content de l'ardeur de votre ame ?
Ingrate, vous brûlez d'une trop foible flamme
Vous offensez & l'Amant & l'Amour.
Ne verrai-je jamais le jour
Où je serai content de l'ardeur de votre ame
?
De quel reproche encor venez-vous m'allarmer ?
Vos soupçons plus long-tems ne peuvent se
contraindre,
Que sert, Ingrat, de vous aimer ?
Vous ne cessez point de vous plaindre.
Je ne me plaindrois pas,
Si vous m'aimiez comme il faut que l'on aime.
A suivre sans cesse vos pas
Je trouve une douceur extrême:
Tous les autres plaisirs sont pour moi sans appas;
Du bonheur de vous voir je fais mon bien suprême:
Hélas ! si vous m'aimiez de même
Je ne me plaindrois pas.
Mon bonheur ne fait pas le plus doux de vos soins;
Et de tous les plaisirs que peut goûter votre ame
Mon amour est celui qui la touche le moins.
Je connois ce qui vous irrite:
Vous souffrez à regret que je vienne en ces
lieux;
Et le spectacle où l'on m'invite
Offense peut-être vos yeux.
C'est le sujet de mes justes allarmes.
Vous reconnoissez mal ma foi;
Je renonce à tous pour vos charmes,
Et vous ne quittez rien pour moi.
Sortez de l'amoureux empire,
Ou devenez plus tranquille en aimant.
Un coeur qui s'allarme aisement
N'est point heureux quand il soûpire.
Pour moi l'Amour est un plaisir charmant
Pour vous c'est un martyre.
Ah ! ne murmurez point de mes transports jaloux !
L'exès de mon amour fait celui de mes craintes,
Tout ce qui s'approche de vous
Porte à mon coeur de sensibles atteintes.
Je cesserois peut-être de me plaindre
Plus vos attraits y seroient ignorés,
Et ménagez un coeur jaloux.
|
Octavio, Olimpia, Troupe de Masques |
Le Choeur
des Masques: Ad
un cuore tutto geloso Un
bel viso tutto vezzoso Sur
les jaloux l'Amour épuise Belles,
prenez de douces chaînes, [le
Choeur répete ces deux derniers
vers] Une
Vénitienne, déguisée: Le
Choeur: La
Vénitienne: Le
Choeur: Une Autre
Vénitienne, déguisée: [le
Choeur répete les deux derniers
vers] La
Vénitienne: Le
Choeur: La
Vénitienne: Le
Choeur: [pendant
le Fête, un des Masques danse avec Olimpia, & fait
remarquer beaucoup d'empressement pour elle. Quand le Bal
finit, Octavio suit ce Masque, & Olimpia reste surprise
de se trouver sans lui] Si
cherzi; si rida, Rions
& folâtrons, ne songeons qu'aux
plaisirs;
Tendres amans, rassemblons-nous,
Pour les coeurs que l'Amour enchaîne,
Quel séjour peut être plus doux ?
S'il se trouve ici des jaloux,
L'Amour ne les amene
Que pour les tromper tous.
Deve amor negar pieta.
La sua face
Ch'alletta è piace
Voul dolcezza, non crudelta.
Merta un laci di lealta.
Che Cupido
Quel nume infido
Aborrisce la ferita.
Ses plus redoutables rigueurs;
Il veut qu'on engage les coeurs,
Et défend qu'on les tyrannise.
Tout doit répondre à vos desirs;
Le Dieu d'Amour garde ses peines
Pour qui troublera vos plaisirs.
Bannissons de ces lieux l'importune raison,
Elle vaut moins qu'une aimable follie;
Un doux excès sied bien dans la jeune saison;
Pour être heureux il faut qu'un coeur
s'oublie.
Formons d'aimables jeux, laissons-nous enflammer;
Il n'est permis ici que de rire & d'aimer.
Rendez-vous, jeunes coeurs, cédez à vos
desirs,
Tout vous inspire un tendre badinnage;
Ne préférez jamais la sagesse aux
plaisirs,
Il vaut bien mieux être heureux qu'être
sage.
Formons d'aimables jeux, laissons-nous enflammer;
Il n'est permis ici que de rire & d'aimer.
Livrons-nous aux plaisirs, il n'est rien de plus doux:
Pour qui seroient-ils faits si ce n'étoit pour nous
?
Mille amours déguisés dans ce charmant
séjour
Comblent nos coeurs d'une douceur extrême;
Si quelqu'un en ces lieux est entré sans amour,
Ne craingnons pas qu'il en sorte de même.
Livrons-nous aux plaisirs, il n'est rien de plus doux;
Pour qui seroient-ils faits, si ce n'étoit pour nous
?
L'Amour, jeunes beautés, accompagne vos pas,
Pour tout soumettre il vous prête ses armes;
C'est vainement qu'aux yeux vous cachez mille appas,
A tous les coeurs il révéle vos
charmes.
Livrons-nous aux plaisirs... &c.
Si pensi à goder:
Gia sotto la piume
D'Aligero nume
Per noi si matura
L'acerbo piacer.
L'Amour sous ses ailes
Au gré de nos désirs
Meurit mille douceurs nouvelles.
|
Olimpia |
Olimpia: Peut-être
de nos yeux la douce intelligence
Qu'est devenu le jaloux qui m'obcede ?
Ciel ! quel est le sujet de son eloignement ?
Auroit-il reconnu l'ardeur qui me possede ?
Mes regards n'ont-ils pas découvert mon amant
?
N'a pû garder le secret de nos coeurs;
Ces indiscrets témoins de nos tendres langueurs
Ont enfin rompu le silence.
Ah ! faut-il qu'une injuste loi
Destine à ce jaloux le reste de ma vie ?
Les soins que son Rival a laissé voir pour moi
Me font redouter sa furie;
Que je crains...
|
Olimpia, Octavio, qui rentre en remettant son poignard |
Olimpia: Octavio: Olimpia,
en s'évanouissant: Octavio: En vain,
je l'ai suivi, ce trop heureux Amant. [à
Olimpia] Tu reprens
tes esprits, cruelle, à ce langage ! De tous
ses mouvements je sens croître ma rage; Olimpia: Octavio: Olimpia: Octavio: Olimpia:
Mais que vois-je ? ô Ciel !
Cruel ! quelle rage vous guide ?
De quels affreux transports étincellent vos yeux
?
Gémi, pleure à ton tour, perfide;
Va, cours de ton amant recevoir les adieux;
Il expire près de ces lieux.
Ciel !
Eh bien, malheureux, en douterois-je encore ?
Sa douleur m'en dit plus que je n'en veux
sçavoir;
Me voilà donc certain du feu qui la
dévore;
Cependant je n'ai pû vanger mon desespoir
Sur celui que son coeur adore.
Fatale Fête, nuit trop sombre,
C'est vous dont le tumulte & l'ombre
Ont dérobé ses jours à mon
ressentiment.
Je suis le seul qui souffre ici.
Je voulois lui surpendre un secret qui m'outrage;
Je n'ai que trop bien réussi.
Vous voyez mon ardeur, il n'est plus temps de feindre,
Mon secret se découvre à vos soupçons
jaloux;
C'est à l'Amour qu'il faut vous plaindre,
Je l'aurois écouté s'il m'eût
parlé de vous.
Quoi ! perfide, mes feux, le devoir, ma tendresse,
Mes pleurs n'ont pû vous attendrir ?
Ah ! je veux désormais réparer ma
foiblesse,
Je mettrai tous mes soins à vous faire souffrir:
Puisque vous brulez par un autre,
Mon Rival en perdra le jour;
Ma fureur dans son sang éteindra son amour,
Et punira le vôtre.
Cruel, cessez de m'allarmer,
N'écoutez point une injuste colere;
C'étoit à moi de vous aimer,
Mais c'étoit à vous de me plaire.
Ingrate, ce discours vient encor allarmer
Mon désespoir & ma vengeance.
Pour vous aider à les calmer
Il faut fuir de votre présence.
|
Octavio |
Octavio: Non, je ne
puis lui pardonner, Ne
vaudroitil pas mieux rompre un fatal lien ?
Quel outrage ! mon coeur ne peut le soûtenir,
Elle me laisse, elle rit de ma peine;
Dieux ! quand l'Hymen est prêt à nous unir,
La perfide à ses noeuds oppose une autre
chaîne.
Je me livre aux transports de ma fureur extrême,
Je suivrai les conseils qu'elle me vient donner.
Immolons mon Rival, son amante &
moi-même.
Mais le puis-je ? que vain espoir me flate ?
Sans l'objet de mes feux je n'espére plus rien;
C'est la seule rigueur qu'il faut que je combatte
Allons tomber encore aux genoux de l'ingrate,
Pour attendrir son coeur, ou pour percer le mien.

|
La Turquie |
|
les personnages de la Troisième Entrée: Zuliman,
Sultan |
|
Le Théâtre represente les Jardins du Serail, & dans le fonds le Palais des Sultanes |
|
Zayde |
Zayde,
seule: Au moment
de mon esclavage,
Mes yeux; ne pourrez-vous jamais
Forcer mon vainqueur à se rendre ?
Faut-il avec un coeur si tendre
Avoir de si foibles attraits ?
Mes yeux, ne pourrez-vous jamais
Forcer mon vainqueur à se rendre ?
Quand on me conduisit dans ce riche Palais,
Il parut à mes yeux l'antre le plus sauvage,
Je le fis retentir de mes tristes regrets;
Du souverain que j'adore aujourd'hui;
Mais sa présence enfin dissipa mon ennui;
Et je me trouvai trop heureuse
D'être captive auprès de lui.
Les beautés dont il est le maître,
Par son ordre bien-tôt s'assemblent dans ces
lieux.
Amour, Amour, fais-lui connoître
Le coeur qui le mérite mieux.
Mais c'est lui que je voi, gardons-nous de
paroître,
Il n'est pas tems encor de m'offrir à ses
yeux.
|
Roxane, Zuliman |
Roxane: Zuliman: Roxane: Je vois
avec horreur mépriser mes appas, Zuliman: Roxane: Zuliman: Roxane: Zuliman: Roxane:
Quoi ! pour d'autres appas votre ame est enflammée
?
Mes soupirs désormais vous sont superflus ?
Ah ! pourquoi ù'avez-vous aimée ?
Ou pourquoi ne m'avez-vous plus ?
Je ne romprois pas notre chaîne
Si vous sçaviez m'y retenir;
Mon coeur s'accorde sans peine
A qui sçait mîeux l'obtenir.
Que votre inconstance est cruelle !
Hélas ! vous m'ôtez votre coeur,
Et malgré toute ma douleur
Je n'ose vous traiter d'ingrat & d'infidelle.
Je sens les plus vives allarmes;
Mais le respect me force à murmurer tout bas,
Et me fait dévorer mes soupirs & mes
larmes.
Vous méritez un sort plus doux,
Et mon coeur à regret se detache du vôtre;
La Pitié parle encor pour vous,
Mais l'Amour parle pour une autre.
C'en est donc fait, Seigneur, mes beaux jours sont
passés ?
Je n'oublierai jamais que vous me fûtes
chere.
Vous ne m'aimez plus, c'est assez;
Tout le reste me desespere.
Que ne puis-je oublier que je vous ai sçû
plaire !
Je ne sentirois pas que vous me trahissez.
On s'approche; cessez une plainte trop vaine;
Celles qu'ici mon ordre amene
Vont par leurs jeux répondre à mes
désirs.
Dissimulez votre peine,
Et respectez mes plaisirs.
Voyons du moins l'objet de ses nouveaux soupirs;
Sçachons à qui je dois ma peine.
|
Roxane, Zuliman, Zayde, & les Autres Sultanes |
[Les
Sultanes forment plusieurs danses pour plaire à
Zuliman] Zayde: [le
Choeur des Sultanes repete les quatre derniers
Vers] Zayde: [le
Choeur des Sultanes repete les quatre derniers
Vers] Zuliman,
à Zayde: Zayde: Zuliman: Zayde: Zuliman: J'espéroîs
affranchir mon ame Roxane,
tirant son poignard & voulant frapper Zayde: Zuliman,
lui arrachant le poignard: Roxane: Le
désespoir dont je suis animée Zulimam: Roxane: Mais toi,
Rivale trop cruelle, Zuliman:
Que l'Amour dans nos coeurs fasse naître
Mille ardeurs pour notre auguste Maître;
Que nos tendres soupirs
Preniennent ses desirs.
Dans ces lieux tout doit le satisfaire;
Pour ce charmant Vainqueur laissons-nous enflammer;
Attendons le bonheur de lui plaire
En jouissant toujours du bonheur de l'aimer.
Vous brillez seule en ces retraites,
Vous effacez tous les autres appas;
L'Amour ne se plaît qu'où vous êtes,
Il languit où vous n'êtes pas:
Mon coeur ne sen t que trop le plaisir que vous
faites.
Quoi ? Seigneur...
C'est de vous que je me sens épris;
Depuis le jour que je vous vis
Mon coeur, belle Zayde, en secret vous adore.
Hélas ! s'il étoit vrai , vous me l'auriez
appris.
Non, & c'est un secret que je tairois encore
Si vos tendres regards ne me l'avoient surpris.
Du péril d'engager sa foi;
Et je ne voulois pas me permettre une flamme
Qui prit trop d'empire sur moi.
J'ai long-tems différé de vous rendre les
armes
Pour éviter d'éternelles amours.
Des beautés de ces lieux j'empruntois le secours;
Mais vous triomphez de leurs charmes,
Et je vous aime, enfin, pour vous aîmer
toujours.
Ah, c'en est trop, je cède à cet outrage,
Versons le sang que demande ma rage.
Ciel ! que vois-je ? quelle fureur !
Malheureuse, qu'oze-tu faire ?
Je voulois la punir d'avoir trop sçu te plaire,
Et de m'avoir ravi ton coeur.
S'enflamme encor par tes discours;
Tu lui jures, cruel, les plus tendres amours,
Tu l'aimes cent fois plus que tu ne m'a aimée.
Quand tu formas les noeuds que tu romps pour jamais
J'éprouvai ta fierté jusque dans ta
tendresse;
Hélas ! c'est avec d'autres traits
Que l'Amour aujourd'hui te blesse;
Devant ses yeux ton orgueil cesse.
J'ai voulu vanger mes attraits,
Et te punir de ta foiblesse.
Quoi ! ne crains-tu pas que la mort
Soit le prix de ton insolence ?
Je n'ai pû remplir ma vangeance ?
Ce regret seul sans toi peut terminer mon sort.
Prends ce fer infidele à mon juste courroux;
Portes-en à mon coeur une atteinte mortelle;
Tu m'as déja porté de plus sensibles
coups.
Qu'on l'ôte de mes yeux & qu'on s'assure
d'elle.
|
Zuliman, Zayde, & les Autres Sultanes |
Zayde: Zuliman: Zayde
& Zuliman: Zuliman:
Au nom de nos tendres ardeurs
Oubliez sa jalouse rage,
Ne vous vangez de ses fureurs
Qu'en m'aimant davantage.
Je suis épris de vos attraits
Autant qu'on le peut être;
Mon feu ne sçauroit croître,
Ni s'affloiblir jamais.
Livrons nos coeurs à la tendresse
Ne formons que d'heureux desirs;
Aimons-nous, aimons-nous sans cesse,
Comptons nos jours pour nos plaisirs.
Que tout signale ici nos ardeurs mutuelles,
Qu'on offre à nos regards les Fêtes les plus
belles.
|
Zuliman, Zayde, & les Autres Sultanes, les Bostangis |
[les
Bostangis forment plusieurs Jeux, suivant leur
caractére] Vivir,
vivir, gran Sultana. Bello
como star un flor; La
rusciada matutina Star
contento, En
regnar, Dir
e far Vie
le Souverain qui nous donne des Loix; Qu'il
ignore à jamais les peines, Qu'il
réunisse en lui la force & le
courage; Qu'au
devant de ses voeux lescoeurs viennent s'offrir
Unir unir li cantara.
Mille volte exclamara,
Vivir, vivir, gran Sultana.
Durar quanto far arbor.
Al enemigos su sciabola
Como a frutas tempesta.
Far florir su jardinar.
Favor celesta
Coprir su turbanta.
Star potento,
Del mondo star l'amor o la spavento.
En regnar,
En amar,
Far tributir
L'occidento, l'Oriento.
En amar.
Sempre sentir
Plazer sensa tormento.
O disfar
Subito, subito
Su lo momento.
Star contento,
Star potento,
Del mondo star l'amor, e lo spavento.
Chantons, chantons, répetons mille fois,
Vie le Souverain qui nous donne des
Loix.
Qu'il éprouve mille douceurs,
Qu'il brille autant que les fleurs,
Qu'il dure autant que les chênes.
Que ses voisins jaloux
Craignent plus son couroux
Que nos fruits ne craignent l'orage.
Que pour son bonheur tout conspire;
Et que le ciel fasse toujours fleurir
Et ses Jardins & son empire.
|
Vénus & la Discorde |
|
La
Discorde: J'excitois
vainement le depit & la rage; [elle s'abîme] Vénus: [les Plaisirs partent pour satisfaire à ses Ordres] |