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Les
Ballets
Le
Ballet est une danse dramatique qui imite d'une
maniére agreable & faite pour plaire, les actions
de toute espece, les moeurs & les passions, au
moïen de figures, de mouvemens, de gestes, & avec
l'aide du chant, des Machines & de tout l'apareil
treatral. Pere
Lejay
Ballet Action
théâtrale qui se représente par la Danse
guidée par la Musique. Ce mot vient du vieux
François Baller, danser, chanter, se
réjouir. La
Musique d'un Ballet doit avoir encore plus de cadence &
d'accent que la Musique vocale, parce qu'elle est
chargée de signifier plus de choses, que c'est
à elle seule d'inspirer au Danseur la chaleur &
l'expression que le Chanteur peut tirer des paroles, &
qu'il faut, de plus, qu'elle supplée, dans le langage
de l'ame & des passions, tout ce que la Danse ne peut
dire aux yeux du Spectateur. Ballet
est encore le nom qu'on donne en France à une bizzare
sorte d'Opera, où la Danse n'est guéres mieux
placée que dans les autres, & n'y fait pas un
meilleur effet. Dans la plupart des Ballets les Actes
forment autant de sujets différens liés
seulement entre eux par quelques rapports
généraux étrangers à l'action,
& que le Spectateur n'appercevroit jamais si l'Auteur
n'avoit soin de l'en avertir dans le Prologue. Ces
Ballets contiennent d'autres Ballets qu'on appelle autrement
Divertissemens ou Fêtes. Ce sont des suites de Danses
qui se succèdent sans sujet, ni liaison entre elles,
ni avec l'action principale, & où les meilleurs
Danseurs ne savent vous dire autre chose sinon qu'ils
dansent bien. Cette Ordonnance peu théâtrale
suffit pour un Bal où chaque Acteur a rempli son
objet lorsqu'il s'est amusé lui-même, &
où l'inérêt que le Spectateur prend aux
personnes le dispense d'en donner à la chose; mais ce
défaut de sujet & de liaison ne doit jamais
être souffert sur la Scène, pas même dans
la réprésentation d'un Bal, où le tout
doit être lié par quelque action secrette qui
soutienne l'attention & done de l'intérêt
au Spectateur. Cette adresse d'Auteur n'est pas sans
exemple, même à l'Opera François, &
l'on en peut voir un très-agréable dans les
Fêtes Vénitiennes, Acte du Bal. En
général, oute Danse qui ne peint rien qu'elle
même, & tout Ballet qui n'est qu'un Bal, doient
être bannis du Théâtre lyrique. En effet,
l'action, & ce qu'on y voit n'est que l'image de ce
qu'on y suppose; de sorte que ce ne doit jamais être
un tel ou un tel Danseur qui se présente
àvous, mais les personnages dont il est revtu. Ainsi,
quoique la Danse de Société puisse ne rien
représenter qu'elle même, la Danse
théâtrale doit nécessairement être
l'imitation de quelque autre chose, de même que
l'Acteur chantant répésente un homme qui
parle, & la décoration d'autres lieux que ceux
qu'elle occupe. La
pire sorte de Ballets est celle qui roule sur des sujets
allégoriques & où par conséquent il
n'y a qu'imitation d'imitation. Tout l'art de ces sortes de
Drames consiste à présenter sous des images
sensibles des rapports purement intellectuels, &
à faire penser au Spectateur toute autre chose que ce
qu'il voit, comme si, loin de l'attacher à la
Scène, c'étoit un mérite de l'en
éloigner. Ce genre exige, d'ailleurs, tant de
subtilité dans les Dialogues, que le Musicien se
trouve dans un Pays perdu parmis les pointes, les allusions,
& les épigrammes, tandis que les Spectateur ne
s'oublie pas un moment: comme qu'on fasse, il n'y aura
jamais que le sentiment qui puisse amener celui-ci sur la
Scène & l'identifier, pour ainsi dire, avec les
Acteurs; tout ce qui n'est qu'intellectuel l'arrache
à la Pièce, & le rend à
lui-même. Aussi voit-on que les Peuples qui veulent
& mettent le plus d'esprit au Théâtre sont
ceux qui se soucient le moins de l'illusion. Que fera donc
le Musicien sur des Drames qui ne donnent aucune prise
à son Art ? Si la Musique ne peint que des sentimens
ou des images, comment rendra-t-elle des idées
purement métaphysiques, telles que les
allégories, où l'esprit est sans cesse
occupé du rapport des objets qu'on lui
présente avec ceux qu'on veut lui rappeller
? Quand
les Compositeurs voudront réfléchir sur les
vrais principes de leur Art, ils mettront plus de
discernement dans le choixdes Drames dont ils se chargent,
plus e vérité dans l'expression de leurs
sujets; & quand les paroles des Opera diront quelque
chose, la Musique apprendra bientôt à
parler. Dictionnaire
de Musique, 1768
Jean-Jacques
Rousseau
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