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Le Theatre des Jesuites, de 1600 à 1699

 (page rédigée d'après l'oeuvre, du même titre, de monsieur Ernest Boysse, en 1880)

 

 

 

 

de 1600 à 1699 | de 1700 à 1750 | Les Jésuites en Belgique

 

liste des Ballets, & Intermèdes retrouvés


1640 - L'Isle de Paix, Representation heroïque
1640 -
Diocletian vaincu par Iesus-Christ
1640 - La double victoire, ou Eustache victorieux des Daces, & Martyr
1646 -
L'Amour Déguisé, Ballet
1660 - Le Mariage du Lys, & de l'Imperiale, Ballet
1667 -
Iosué Triomphant, Tragedie avec des Ballets
1669 -
Le Destin, Ballet
1670 -
Ballet de la Curiosité
1671 -
Ballet des Songes
1671 - Ballet pour la Reception du Duc de Chaulnes
1672 -
Ballet de l'Illusion
1673 -
L'Empire du Soleil, Ballet
1679 -
Ballet de la Paix
1680 - Ballet meslé de récits sur le sujet du Mariage de Monseigneur le Dauphin
1680 -
La France Victorieuse sous Louis le Grand, Ballet
1681 -
Le Triomphe de la Religion, ou l'Idolâtrie vaincue, Ballet
1682 -
Plutus, Dieu des Richesses, Ballet
1685 -
Ballet des Arts
1686 -
Jephté, Tragedie en Musique
1686 -
Les Travaux d'Hercule, Ballet
1688 -
David & Jonathas, Tragedie en Musique
1690 -
Orphée, Ballet
1691 -
Ballet des Passions
1691 - Les Differens Plaisirs des Saisons, Ballet
1692 -
Ballet de la Verité
1693 - Diogème, comédie meslée de Danses
1695 -
Comus, ou l'Origine des Festins, Ballet
1696 -
Ballet de Mars
1699 - La Fontaine de Jouvence ou le Secret de rajeunir un Vieillard, Intermèdes

 

 

 

1610

 

Astrée, Pastorale en Musique, d'Honoré d'Urfé.

 

 

1623

 

La Conversion de saint Ignace, pièce française, jouée deux fois, dont la seconde avec des Ballets de jeunes gens, de satyres & de faunes. [Université de Pont-à-Mousson]

 

 

1628

 

Au Collège du Mont, à Caen, l'on joua Saulem cum fillis ab Achi superatum, tragédie latin en V Actes, & 49 personnages...

Le Premier Intermède nous montre Apollon qui exhorte ses enfants à lutter contre l'ignorance; les couronnes et les encouragements qu'ils reçoivent d'un ami des belles-lettres doivent les y aider, aussi les monstres seront-ils terrassés.

Dans le Second, l'Hydre renaît de ses cendres, et de nouveau elle est vaincue par Apollon et ses compagnons. Le dieu leur distribue alors les récompenses auxquelles ils ont droit et les engage à célébrer les vertus de Morant le bienfaiteur.

Dans les Troisièmes & Quatriémes Intermèdes, Apollon terrasse les Ruses, les Fraudes et la Force Brutale.

Dans le Dernier, on voit sa victoire définitive et ses triomphes sont enregistrés et chantés.

 

 

1638

 

Ballet "dansé à l'occasion de la Naissance de Louis XIV", né le 5 Octobre Mil six cent trentre huit".

 

 

Le 21 d'Aoust, à midy, La Double Victoire, ou Eustache, Victorieux des Daces, & martyr, Tragedie, avec le Ballet des Prix.

Argument du Dialoque, & du Ballet des Prix:

'"Apollon chassé de son Parnasse par les desordres de la guerre, ne sçachant où se retirer, desespere de pouvoir vivre plus longtemps; lors que Mercure luy apporte la nouvelle d'un prochain secours, & le Genie de la Neustrie luy declare qu'à Gaillon, dans le Palais du Genie de HARLAY, on luy a dressé un autre Parnasse plus illustre & plus docte que le sien; où desia tous les Genies des Sciences l'ont devancé, & où l'on prepare de glorieuses recompenses pour ses nourrissons. L'un & l'aure l'y conduisent aussi-tost, & pour donner quelque rafraichissement à la soif qui le brûle, le font boire dans ce beau bassin, une des raretez de nostre France qui enrichit cet auguste lieu, dont les eaux luy semblent bien plus douces, & luy inspirent de plus belles pensées que celles d'Hippocrene. Pour lors tout ioyeux il prend son luth & le touche, mais Mars qui le poursuit l'oblige de quitter, & de se mettre à couvert de ses attasues derriere le Genie de Neustrie, pendant que Mercure va implorer le secours du Genie de HARLAY; qui vient accompagné des huit Genies de ses alliances, & chasse par sa seule presence le Dieu de la guerre. Enfin Apollon le vienr remercier de sa delivrance, de son Parnasse, & des recompenses qu'il prepare à ceux de sa suite."

Dessein des Intermedes sur le Temps

Premier Intermede: pour le temps passé, Le Temps fait tout passer:

Premiere Entrée
Les Saisons, qu'il chasse l'un apres l'autre.

Seconde Entrée
Les vieilles modes, par des nouvelles qu'il amene.

Troisiesme Entrée
Les divers aages, qu'il contraint avec sa faulx d'entrer dans le tombeau.

Second Intermede: pour le temps présent. Le mauvais temps.

Premiere Entrée
Quatre gens de diverses conditions se pleingnent du mauvais temps...

Seconde Entrée
...Qui se trouve insensiblement au milieu d'eux; mais si tost qu'il l'apperçoivent ils le chassent.

Troisiesme Entrée
Il revient toûjours, & toûjours ils le chassent.

Quatriesme Entrée
Iusqu'à ce qu'il retourne accompagné de Soldats qui combattent les uns contre les autres, & montrent assez que le mauvais temps nous est causé par la guerre.

Troisiesme Intermede: pour le temps futur. Le bon Temps que nous esperons.

Premiere Entrée
Deux Genies du Ciel favorables à la France, ramenent le bon temps.

Seconde Entrée
Aussi tost les combattans quittant leurs armes, se reünissent les uns avec les autres.

Troisiesme Entrée
Et ceux qui s'estoient plaint du mauvais temps, quittant les marques de la misere, font voir leur rejoüissance.

Quatriesme Intermede: la fin du Temps.

Premiere Entrée
Le Temps fait sortir du tombeau quatre morts, à qui peu à peu il redonne le mouvement & la vie.

Seconde Entrée
Mais il ne les a pas si-tost resuscitez, qu'ils l'enferment luy-mesme dans le tombeau à leur place.

Troisiesme Entrée
Pour lors ils triomphent de ioye de ce qu'il n'y a plus de mort pour eux n'y ayant plus de Temps.

Quatriesme Entrée
Et changeans leurs habits lugubres en habits de resoüissance, reviennent avec le Printemps, qui doit estre eternel pares la consommation des Siècles.

 

 

1646

 

En Août, Les Coupables innocens, avec l'Amour déguisé, Ballet. [Collège des Jésuites à Rouen]

L'Amour Déguisé

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1650

 

Le 15 Août, après midi, représentation de Taprobana christiana, Tragédie, avec des Intermèdes dansés.

Le programme est divisé en deux parties: la Tragédie & les Intermèdes.

Le titre entier de la Tragédie est:

"Taprobana christiana, tragaedia, dabitur in theatrum claromontanum societatis Jesu, ad solemnem praemiorum distributionem. Agonotheta Ludovico XIV, Rege christianissimo. Tertio nonas Augusti paulo post meridiem, 1650."

L'auteur en est le Père Gabriel Caossart, Professeur de réthorique au collège, l'un des auteurs du grand Recueil des conciles.

Le Ballet n'a pas de titre particulier. Le programme y indique:

"Intermèdes de la Tragédie du College de Clermont, dédia au Roy pour la distribution des prix de l'année MDCL.

Ces intermèdes sont au nombre de quatre, pour les entr'actes de la tragédie. Ils s'y rattachent par le sujet.

Dans le premier intermède, les Seigneurs de la Cour de Candy offrent un Divertissement au Prince victorieux. Cellui-ci consiste en un partie d'échecs où les Persans font les pièces blanches, & les "Manorois" les pièces noires. La partie est ainsi réglée:

"Le Roy entre dans la Sale de son Palais & commence une partie d'eschecs avec son Fils. - A mesme temps deux Cavaliers s'avancent de chaque Party pour battre la campagne. - Quatre Tours paroissent aussi tost, les Cavaliers les vont reconnoistre, & s'escarmouchent dans la rencontre. - Deux Foux de chaque couleur se jettent à la traverse. - Les Roys & les Reynes entrent les derniers, suivis de leurs Pages qui servent de Pions. - Toutes les pieces estant en ordonance, un petit Berger paroist sur le point de l'attaque, qui, s'adressont au Roy, se vante de faire gaigner le parti qu'il voudroit. Le Roy ayant remis ce choix à son Fils Altanor, le Prince donne cet avantage aux Indiens, dont le Berger ménage si adroitement le jeu, qu'en trois coups il leur fait donner eschec & mat aux Persans. Les Princes, aprés l'avoir recompensé de son addresse, appellerent le coup l'eschec & mat du Berger."

Dans le Second Intermède, l'auteur introduit un Ballet des Singes, supposant que les Indiens les adorent.

Le Troisième représente la lutte des bons & des mauvais Génies, qui se disputent le coeur du jeune Prince chétien. Les bons génies triomphent, & un ange descend du ciel pour mettre une couronne sur la tête d'Altanor, comme présage de celle qu'il doit remporter par son martyre.

Dans le quatrième intermède, paraîssent les quatre principales divinités des Indiens, le Gange, Hercile, le Soleil, & Bacchus, dont les Statues sont animées par un magicien, & qui se disputent la prééminence:

"Comme ils commençoient à s'eschauffer au combat, un petit Cupidon les vient separer, qui est jugé par là le plus puissant de tous & digne que sa Statuë soit présentée au Prince. - Comme ce petit superbe en triomphe tout seul, aprés avoir envoyé les Dieux dans leurs niches, il se cache luy-mesme à la veuë de l'Amour Divin. - En vain, implore-t'il pour lors l'assistance des Statuës, qui ne remuent plus, en vain se cache-t'il derriere le tombeau, l'Amour Divin l'attire au Combat, où aprés une legere resistance, il le désarme, il brise ses traits, ou les emousse, & l'ayant assez maltraité, l'enchaisne & le mene en triomphe."

Le tout est terminé par la distribution des prix.

"Elle se fait aprés un remerciement au Roy, pour cette magnificence royale avec laquelle il les a fondez à perpetuité dans ce College, & des voeux pour la prosperité de ses armes, le repos de son royaume & la gloire de son nom."

 

 

1651

 

On donna pour la représentation d'Août, une Tragédie & un Ballet. Il pourrait s'agir de Saül tragédie, avec un Ballet "joué devant le Roy".

Loret dans sa Lettre du 13, n'en indique ni le nom ni le sujet. Peut-être est-il trop occupé par l'abondante collation dont il se régala...

Cependant, il donne quelques détails, sur le public & les acteurs:

"La reine & messieurs ses deux Fils,
Lundy dernier, à jour préfix,
Allerent avec grandes suites
Au College des Jezuites
Pour, sur un théatre fort beau,
Voir un poëme tout nouveau
Que pluzieurs jeune filozofes,
Vestus de brillantes etoffes,
Representerent en Latin,
Moitié figue, moitié raisin.
On y vit pluzieurs dances.
Balets, postures & cadences
Où maints Fils de Prince & Seigneur
Y parurent avec honneur,
Non pas tant pour leurs riches vestes,
Qui les rendoient tout-à-fait lestes,
Que pour la dispozition,
La grâce, la belle action,
L'agreable mine, l'adresse,
La gaillardize & la jeunesse
De ces aiamables Damoizeaux
Dont la plus-part étoient fort beaux.
Entre ces jeunes personnages,
Tout de hauts & nobles lignages,
Armagnac, Soissons, Chateauneuf,
Et d'autres, jusqu'à plus de neuf,
Plûrent, charmerent & ravirent,
Et firent bien tout ce qu'ils firent
Je puis mestre, comme sçavant,
Toutes ces chozes en avant,
Car, parés maint & maint obstacle,
J'ûs enfin ma prt du spectacle;
Et si bien placé, par-ma-foy,
Que j'étois vis-à-vis du Roy
Dans une chambre du College,
Où j'ûs mesmes le privilege
De manger des pâtés fort bons,
Des poulets, langues & jambons,
Salades, fruits & confitures,
Avec de belles creatures.
"

 

 

1653

 

Le 4 Août, on représenta Suzanna Christiana, tragédie latine, écrite par le Père Jourdain, & un Ballet. Cette tragédie n'a pas été imprimée.

Au moins d'Août 1652, Paris était en pleine effervecence frondeuse.
On pillait la bibliothèque & les tableaux de Mazarin. Loret, tout occupé de politique, n'alla pas au théâtre de la rue Saint-Jacques, où l'on ne donna point de représentation.

En 1653, l'ordre est rétabli, et Loret, reprend sa fonction de feuilletonniste.

Le 4 Août, il y eut "une salle magnifique."

Aux Jezuites, ce jour mesme,
Fut avec appareil extresme
Un saint sujet representé.
J'aperçeus là Sa Majesté
Tout contre la Reine sa Mere,
Et proche de Monsieur, son Frere,
Estant justement entre-d'eux,
Son Eminence étoit prés d'eux,
Et pluzieurs personnes fort belles,
Tant Princesses que Damoizelles
(La plus-part tres-dignes d'amour),
Et quelques Seigneurs de la Cour
Qui sont fort en mes bonnes graces,
Prirent illec aussi leurs places.
Je voyois de l'autre costé
Sa Britannique Majesté,
Et prés de luy, vers la senestre,
Le beau petit Duc de Glocestre.
Enfin, jetant partout les yeux,
Je vis briller en pluzieurs lieux
Des beautez, tant blondes que brunes,
Dont je ne hay pas quelques unes.

...

Le theatre fut admiré:
Il étoit grand & bien paré;
On prit plaisir aux intermedes;
Les danses n'en étoient pas laides,
Ni les Fables & fictions,
Et c'étoient des Inventions
Qui parurent assez gentilles
Que voir danser une Jeu de Quilles.
Pour le Poême qu'on recita,
Aucun d'entr'eux ne hezita;
Grace à quelque maistre d'escole
Qui leur servoit de
protocole.

 

Vient le Ballet des Jeux "joué devant le Roy":

1. Les Jeux d'Adresse,
2. Les Jeux de Hasard,
3. Les Jeux de Force,
4. Les Jeux qui participent à la fois de ces trois caractères.

La Première Partie nous montre Mercure & Apollon jouant aux Osselets, une troupe d'Amours jouant à la Toupie; le jeu de Dames est figuré par des Amazones mêlées à des femmes de Bohême.
Viennent le
Tir à l'Arc, par des Faunes dirigés par le Dieu Pan; les Gobelets, avec lesquels des prestidigitateurs font des tours qui ébahissent des paysans.

Dans la Seconde Partie, les jeux de hasard sont les Dés jetés par des Soldats oisifs, qui finissent en querelle; les Cartes, que les danseurs représentent par leurs costumes, simulant une partie par leurs mouvements; le Jeu de Pile ou Face, le Colin-maillard, figuré par des enfants qui lutinent un aveugle, après lui avoir enlevé son bâton, et la Loterie, qui inspire à ses favoris ou à ses victimes, des sentiments et des mouvements de joie ou de tristesse.

Dans la Troisième Partie, consacrée aux Jeux de Force, on voit passer de jeunes Titans d'exerçant à la Lutte, Apollon & Hyacinthe jouant au Disque, ces Cyclopes combattant comme des gladiateurs, & la jeunesse d'Argos s'exerçant au Saut, sous la conduite d'Hercule, de Thésée & de Jason.

Les Jeux qui dépendent de l'Adresse, du Hasard & de la Force, sont placés sous le patronage de Mars.
C'est le
Ballon, inventé par Ulysse; c'est le Jeu de Boules, joué par les Hespérides faisant rouler les Fuits de leur Jardin; c'est le Jeu d'Escrime, et le Jeu de Quilles.

Comme assez souvent, il y a de la mythologie dans ce ballet. Ainsi, pour le Jeu de Quilles:

Un maître d'école avait neuf élèves, qui comparait aux Muses, lui-même se donnant pour l'égal d'Apollon. Cette idée ambitieuse en tête, il voulut gravir le Parnasse, & s'y installer avec ses élèves. Apollon, pour les punir, changea les jeunes filles en Quilles, et le professeur en Boule.

Ce Ballet est un de ceux qui prêtaient le plus à une mise en scène variée & amusante.

 

 

1654

 

Le 16 Août, à une heure après midi, Antigonus, Tragédie du Père Cossart, avec un Ballet.

Le programme ne nous donne pas le sujet du Ballet qui accompagnait la tragédie.
Seuls sont notés les noms des danseurs.

La distribution des prix était amenée par un divertissement en l'honneur du roi:

"Apollon & Mars entrent tous les deux en dispute, chacun pretendant avoir l'honneur de posseder le Roy. Mercure survient & les accorde, en faisant paroistre le Genie du Roy sur le Parnasse. Ce Genie fait part des lauriers dont il est chargé à la jeunesse qui les reçoit avec les honneurs qui luy sont deus."

 

 

1655

 

La pièce donnée à la représentation du mois d'Août ne nous est connue que par un compte rendu de Loret. Le sujet de la Tragédie est une

Histoire arrivée autrefois
En l'illustre maison de Fois.

Passage de la Lettre du 21 Août 1655:

Au grand College de Clermont,
Dans lequel un sçavoir profond
A la jeunesse se débite
Par maint preceptor jézuite,
Jeudi dernier fut récité
Un poëme qui fut ecouté
Par plus de sept mil trente oreilles;
Quelques acteurs firent merveilles,
Et sur le theatre éclatant
Un beau Palais représentant,
On vit opprimer l'Innocence
D'un Prince, en son adolescence,
Histoire arrivée autrefois,
En l'illustre maison de Fois,
Dont l'on fait plusieurs rois descendre,
C'est tout ce que j'y puis comprendre,
Ayant toujours resté Butor
Pour n'avoir eu de preceptor.

 

 

1656

 

La tragédie d'Août offrait

Un sujet touchant & tragique
Tiré de l'Histoire Persique.

Loret nous l'apprend dans sa Lettre du 19 Août. Ce sujet, dit-il,

Fut avant hier reprezenté
Avec grande solennité,
Par des enfans de divers âges,
Lesquels, selon leurs personnages,
Soit graves, soit facecieux,
Réussirent, ma foy, des mieux.
Cyané, fort jeune Princesse,
Par son esprit & son adresse,
Bonne grâce & naïveté,
Charma des coeurs en quantité;
On la trouva jolie & belle,
Et l'on fit cent eliges d'elle.
De l'aimable Enfant destiné
A ce Rollet de Cyané,
Dezirant fort le nom apprendre
Quelque voisin me fit entendre
Que c'étoit Hubert de Servien,
Qui, sans mentir, mérite bien
D'avoir place dans nostre Histoire,
Car il aquit honneur & gloire.
Enfin, aprés cette action
Qui parut, en perfection,
Sur un théatre magnifique,
Construit d'une maniere antique,
Les prix furent distribués...

 

 

1657

 

Le 13 août, à une heure après midi, Tartaria christiana, ou Les Tartares convertis, Tragédie.
Son auteur serait le Pere Castelet.
Un
Ballet sur les fausses expériences des mortels (appelé drama mutum, par le programme).

La représentation fut légèrement contrariée par la pluie. Ce détail nous est donné, avec beaucoup d'autres, par le poète gazetier:

Lundy, jour assez éclatant,
Mais où l'on vid pleuvoir, pourtant,
Au College de Saint Ignace,
Ou bien mieux que sur la Parnasse,
Les Belles Lettres, tous les jours,
Ont un invariable cours,
Les Escoliers reprezenterent
(Et joliment s'en aquiterent)
Un poëme judicieux,
Energique, sentencieux,
Moral, touchant & patetique,
Un poëme, enfin, dramatique,
Auquel pour titre l'on donna
Tartaria Christiana:
Et pour augmenter la liesse
Que cauzoit cette sainte piece,
On y dansa quatre Balets,
Tant mysterieux que folets.

Les quatre Ballets dont parle Loret se rattachaient à l'action de la tragédie, et représentaient les fausses espérances des mortels sur la Vie, la Gloire, la Paix, et la Fortune.

 

 

1658

 

Le 16 juin, Les Destinées de Lyon, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 20 août, Athalia, tragédie.

Loret, dans sa Lettre du 24 Août, rend compte de la tragédie & du ballet, avec d'autant plus de soin, qu'il lui en coûta "quinze sols".

Au College Saint-Ignace,
Où dans une assez bonne place
Je me mis & me cantonay,
Pour quinze sols que je donnay,
Fut, avec un appareil extresme,
Reprezenté certain poëme
Environ cinq jours, il y a,
Portant, pour titre, Athalia,
Reyne, autrefois, de la Judée,
Qui, pour n'estre depossedée
De la supresme autorité,
Fit mourir , avec cruauté,
Par une trame deloyale
Tous ceux de la Maisons Royale,
Un excepté, tant seulement,
Que l'on sauva, subtilement,
L'elevant comme une pucelle,
Et qui, malgré cette cruelle,
Aprés plusieurs dangers scabreux,
Fut couronné Roy des Hebreux,
Savoir Joas, Prince trés sage,
Qui fit, fort bien, son personnage.
Pour la Princesse Jozaba,
Son esprit point ne succomba;
Au contraire, il aquit la gloire
D'avoir une heureuse memoire,
Et si bien son Rolet joua
Que tout le monde l'en loua.
Touchant la jeune Mariane,
Cyprine, Pallas & Diane,
N'eurent jamais, au gré de tous,
Des traits si jolis & si doux;
A n'en point mentir, l'Assistance
Admira son aimable enfance,
Qui charmoit & rejouyssoit
Chaque fois qu'elle paroissoit.
Tous les autres qui réciterent,
Passablement s'en aquiterent,
Et chacun si bien s'appliqua,
Que pas un d'iceux ne manqua.
Bien loin d'exercer la critique
Contre cette piece tragique,
J'en ouys qui louoient sans fin,
Son intrigue & son beau latin.
La construction Teatrale
Etant magnifique & Royale,
On y dansa quatre Balets
Moitiés graves, moitiés folets,
Chacun ayant pluzieurs entrées,
Dont pluzieurs furent admirées;
Et, vray comme Rimeur je suys,
La verité sirant d'un puits,
Par ses pas & ses pirouëtes,
Ravit & prudes & coquettes.

La Verité était un des personnages du ballet, & donnait peut-être son nom au ballet lui-même.

Un imitateur de Loret, Lagravete de Magolas, rendit lui aussi compte dans une Lettre en vers de la représentation. Il y parle de la musique:

Les aymables & divins sons
Des charmans & doux violons
Aux coeurs faisoient rendre les larmes;

Pour le public:

Les Pinces, comme les Princesses,
Ducs, Duchesses, Comtes & Comtesses,
Des Maréchaux & des Marquis,
Et des gens de merite exquis,
Des dames & des demoiselles,
Riches, bonnes, nobles & belles,
Aux fenestres & dans la cour
Sembloient estre l'astre du jour,
Et de cette cerémonie
Accroissoient la pompe infinie.

Le bibliophile Jacob se demande si Racine put voir cette Athalie, et s'en inspirer pour la composition de sa tragédie.

Le 12 décembre, L'Autel de Lyon consacré à Louis Auguste & placé dans le Temple de la Gloire, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

 

 

1659

 

La tragédie donnée à la représentation du mois d'août était nommée Pharaon. Il y eut aussi un Ballet.

Loret est très bref sur cette représentation, mais pour le motif qui nous expose:

J'y fus bien, à la verité,
Mais à cauze que c'est ma mode,
Quand je n'ay point place commode,
De n'y pas faire long sejour,
Fut-ce mesme aux jeux de la cour,
N'étant, nulement, à mon aize,
Et n'ayant tabouret ni chaize,
Accablé d'un chagrin profond,
Je sorty dès l'acte second.

Cependant, par oui dire, il fait quelque éloge du spectacle:

Pluzieurs m'ont dit un bien extrême
De ce grave & docte poëme,
Plein de grande erudition,
Qui s'intituloit Pharaon;
Que tout s'y fit avec tant d'ordre,
Qu'on n'y pouvoit trouver à mordre;
Que messieurs les jeunes Acteurs
Plurent, fort, à leurs Auditeurs;
Que dans chaque Balet, ou danse,
Tout alloit si bien en cadence,
Que chacun en fut rejouy;
Que la sçavant Pere d'Arouy
Etoit l'auteur de cet ouvrage;
Et je n'en sçay pas davantage.

La Besace de Jupiter, comédie, suivie d'un Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

 

 

1660

 

Le 19 août, Clementia Christiana, tragédie, avec un ballet, dont le programme est ainsi intitulé:

"Le Mariage du Lys & de l'Imperiale, ballet, dédié à Leurs Majestés par les Escoliers du College de Paris de la compagnie de Jesus, le 19 d'Aoust.", pour la célébration du Mariage de Louis XIV.

La brusque sortie de Loret, l'année précédente, avait porté ses fruits. L'avertissement avait été prise en compte.

...

Jeudy, les Escoliers jouerent,
Ou, pour mieux dire ils réciterent
Un beau sujet latin, en vers,
Tout remply d'incidens divers,
Et, par cy, par là, de tendresse,
Que cette agreable jeunesse
Excelement reprezenta,
Et dignement s'en aquita;
Sujet bien plus saint que profane,
Que le sçavant Pere Dozane
De Falaize, au païs Normand,
A fait d'un stile tout charmant,
Piece sans faute & sans macule,
Piece, enfin que l'on intitule
Clementia Christiana,
Et dont, certainement, on a
Fort loué la sage conduite
En l'honneur de ce Jezuite.
Ce sujet, bien imaginé,
D'un Balet fut accompagné,
Duquel l'invention galante
Fut, tout à fait, divertissante,
Et quadrant à l'hymen du Roy;
Bref, je vous puis jurer ma foy
Que cette Action dramatique,
Et le Théatre magnifique,
Des plus beaux & des plus éclatans,
Plûrent fort aus sieurs Assistans,
Surtout au Nonce du Saint PEre,
Qui prit plaisir à ce mistere,
De sa presence l'honora,
Et, mesme, dit-on, l'admira.
Pour moy, Creature rampante,
La piece me parut charmante,
Mes yeux furent souvent ravis,
Et, commodement, je la vis
Sans aucun accident sinistre,
Grâce au sage Pere ministre,
Autrement, le Pere Gelé,
Par qui je fus là, régalé
De vin, de fruits, en abondance,
Et d'une place d'importance.

Le sujet de la tragédie, du Pere Dozane, est emprunté à l'histoire de Naples.

Le ballet avait pour objet de célebrer le mariage de Louis XIV. Le Pere Lejay nous en a donné l'analyse:

La Premiere Partie représentait la récente victoire du Lys sur un horrible Serpent, symbole de la guerre qui divisait depuis si longtemps la France & l'Espagne. On y voyait Louis combattant heureusement le Dragon qui avait résisré à tous les dompteurs de monstres. Des Amours, après la lutte, venaient couronner le lauriers la tête du vainqueur, pendant que des Charlatans recueillaient les restes du monstre pour en faire des médicaments.

La Seconde Partie montrait l'arrivée de l'Impériale, escortées de fleurs personnifiées, secondée par le Zéphyr. La Renommée chantait ses louanges et l'Echo les répétait.

Le mariage des fleurs faisait le sujet de la Troisième Partie. Il était célébré dans un agréable jardin que le Dieu de l'Hymen avait débarrassé de tous les insectes nuisibles. Junon Pronuba y présidait, représentant Anne d'Autriche, la Reine Mère. Des danses joyeuses suivaient cette heureuse alliance.

La Quatrième Partie, anticipant sur l'avenir, montrait les fruits précieux de l'auguste hymen. De nouvelles fleurs surgissaient de chaque tige; les vents retenaient leurs haleines pour leur permettre de s'épanouir en repos, et les peuples charmés chantaient l'espoir d'une longue paix.

Le Père Lejay range ce ballet dans la catégorie de ceux qui sont fondés sur l'allégorie d'imagination. Il aurait pu le mettre dans celle des ballets ennuyeux. [réflexion de l'auteur, Monsieur Ernest Boysse, NDR]

Le Mariage du Lys & de l'Imperiale

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1661

 

Le 18 août, Justitia Saulis filios immolantis, tragédie, du Père Darrouy, avec un Ballet.

Une fois de plus, Loret, bien placé, assista au spectacle, et en rendit compte dans sa Lettre du 3 septembre:

...

On a pris ce sujet plauzible
Au Livre des Roys, dans la Bible,
(Le grand Livre des Gens-de-bien)
Chapitre, je ne sçay combien,
Ayant pour titre, au frontispice,
Le Téatre de la Justice.
Père Darroüy, profond docteur,
En est le noble & digne Autheur:
Cette histoire, des mieux traitée,
Fut assez bien reprezentée,
Et les Balets entrelacez
Fort agreabelement dancez,
Se trouvant, illec, d'assûrance,
Un des adroits
danseurs de France.

 

 

1662

 

Le 22 août, Sigeric, tragédie, dédiée au Roi, avec La Destinées de Monseigneur le Dauphin, ballet.

Loret, qui ne se pique pas d'une exactitude scrupuleuse, transforme Sigeric en Egeric. Il nous apprend, toutefois, que le Père Du Bois était l'auteur de l'ouvrage.

...

Les Ecoliers des Jezuites,
Dont les personnes sont instruites
Aux sciences, soir et matin,
Reprezenterent en Latin,
Sur un Téatre magnifique,
D'Egeric, l'Histoire tragique,
Dont les vers, à ce qu'on m'a dit
Des Gens d'esprit & de credit,
(Et me l'ont dit en conscience)
Sont pleins d'art & d'intelligence;
Le Père Du Bois, ce dit-on,
Sage & sensé comme un Caton
(Je n'oze dire davantage)
Est l'Autheur du susdit Ouvrage,
Tiré de Grégoire de Tours,
Et remply de fort beaux Discours.

Des Balets d'Entr'actes servirent,
Qui plûrent & qui réjouirent,
Ayans pour vizée & pour fin
Le sort de Monsieur le Dauphin,
J'en voudrois dire davantage,
Mais le ma felon qui m'outrage
Ne me permet ny peu, ny point,
De bien approfondir ce point.

Le sujet du Ballet se rapportait à la naissance du Dauphin. Les Jésuites qui ne laissaient échapper aucune occasion de faire leur cour au Roi, ne négligèrent pas celle-ci.

C'est dans le livre du Père Menestrier que nous trouvons une analyse du Ballet:

"A l'occasion de la naissance de Mgr le Dauphin, on fit de sa destinée le sujet d'un ballet. L'Europe, l'Asie, l'Afrique & l'Amerique, qui en compeserent les quatre Entrées, chercherent cette destinée.
L'Europe consulta les Sybilles, qui furent la plupart Européennes; l'Asie se servit des Astrologues judiciaires, dont les plus habiles furent les Chaldéens; l'Afrique employa les Physionomes & les Devins, qui eurent tant de credit parmi les Egyptiens, & l'Amerique eut recours aux Demons qui sont ses oracles & ses divinités.
Les Sybilles firent connoistre que c'étoit par la vie du père qu'il falloit juger de celle du fils.
Les Astrologues que le ciel en feroit une vie glorieuse & pleine de prodiges,
Les Physionomes que sa vie seroit de longue durée,
Et les Demons prenant l'épouvante & la fuite, firent entendre par leur desordre, qu'une vie aussi chretienne que celle de ce jeune Prince porteroit l'effroy jusques dans les Enfers."

 

 

1663

 

Le 7 août, à une heure de l'après-midi, Theseus, tragédie, avec Le Ballet de la Verité.

La tragédie, du Père Bouchet, est si l'on en croit Loret:

...

Par de grâces nonpareilles,
L'a, dit-on, traitée à merveilles.
Par divers ornemens nouveaux
Le téatre étoit des plus beaux;
Les scolares fort bien jouerent,
Et quatre balets qu'ils danserent
Donnerent, tres-assûrement,
Un plaizant divertissement.
Plus de six mille Hommes, que Femmes,
Dont etoient pluzieurs belles dames
Dignes de respect & d'amour,
Et maints grands seigneur de la Cour,
Seigneurs de tres-rare merite
Furent voir la piece susdite
Avec un concours merveilleux,
Mesme jusqu'à des cordons-bleux.
Sur escarbelle, & non sur chaize,
Je vis le tout bien à mon aize,
Grâces au Pere Gendreau,
Qui me fit un petit cadeau,
Par une bonté toute pure,
De pain, vin, fruit & confiture,
M'ofrant ce rafraîchissement,
Tout de bon, fort obligeamment.

A notre grand reget, l'année suivante, le gazetier n'était plus.

La tragédie a pour sujet la reconnaissance de Thésée par son père Egée, au moment même où, par les artifices de Médée, il allait être sacrifié aux dieux.

On remarque, dans la liste des acteurs, le nom de Joannes Baptista Colbert, parisinus.
Celui-ci, dans cette tragédie, qui jouait un modeste rôle de seigneur, peut-être même celui d'un simple figurant, était le fils du ministre de Louis XIV.

Le Ballet de la Vérité fut l'occasion d'une sortie violente faite contre les Pères Jésuites, par un brochurier anonyme. Le factum est en vers, et contre la société qui venait d'être expulsée de France.

Nous en donnons quelques passages:

...
On vit une troupe enflammée,
De l'esprit d'enfer animée,
Qui, sortant des plus sombres lieux,
Tout d'un coup vint sauter aux yeux;
Et par des efforts impudiques,
Des sauts frisés, des pas lubriques,
Fit un épouvantable ebat
Qu'on a jamais fait au sabat.

C'est cette Entrée de Sorciers qui excite la bile de ce poète satirique. Il continue:

Tout leur corps étoit en débauche,
Et dans ces transports si brulans,
Dans ces efforts si violens,
Ils faisoient tant de piroüettes,
Tant d'ecarts, d'elans, de courbettes,
Et tant d'assauts precipités,
Qu'on eut dit qu'ils s'etoient frottés
De cette graisse ensorcelée
Qui donne une haute volée...

Cependant, le programme du Ballet ne nous laisse voir aucune de ces monstruosités qui excitent l'indignation du poète satirique. Ainsi:

"La Verité, qui triomphe dans cette action (celle de la tragédie) des fourbes de Medée, faisant enfin reconnoistre Thesée pour le fils du Roy, donne lieu au Ballet de la Verité."

Premiére Partie: la Verité déguisée

1. Aprés la Renomée & les faux bruits;
2.  la Verité paroist;
3. les Orateurs la parent;
4. les Poëtes la fardent;
5. les Courtisans se servent du deguisement pour la travestir.

Deuxiéme Partie: la Verité chassée

1. les Vices taschent de chasser la Verité, & ne pouvant le faire;
2. ils s'adressent à la Nuit, qui avec toutes ses ombres ne la peut pas mesme cacher.
3. le Mensonge, l'Erreur, l'Ignorance, la Fourberie, & la Calomnie la mettent en fuite;
4. les Plaideurs l'empeschent de se retirer dans le Palais d'Astrée.
5. Elle se refugie dans un temple des faux dieux, mais ces dieux la chassent & la poursuivent si indignement, qu'elle est contrainte de se jetter dans un puits qu'elle rencontre par hazard.

Troisiéme Partie: la Verité cherchée

1. les bonnes gens du temps passé sont au desespoir de ne plus voir la Verité.
2. les Faiseurs d'almanachs la cherchent dans les cieux.
3. les Faiseurs de nouvelles la font chercher par tout le monde par des courriers exprés.
4. les Magiciens la font chercher dans les Enfers.
l5. les Paysans, ayant remarqué chez eux la Simplicité & les autres Compagnes de la Verité, esperent enfin decouvrir le lieu de sa retraitte.

Quatriéme Partie: la Verité retrouvée

1. les Foux;
2. les Enfans,
3. & les Yvrognes découvrent la Verité, mais il ne la peuvent retenir.
4. les Philosophes font aussi de grands efforts pour l'enlever du puits, mais inutilement, parce qu'ils n'agissent pas de concert.
5. le Temps enfin tire la Verité de ces obscuritez & la fait voir à tout le monde.

 

 

1664

 

Août, Hermenegildus, tragédie du Père Boucher, "meslée de Choeurs & de moceaux lyriques", avec un Ballet de la Haine.

 

 

1665

 

Le 6 Août, à une heure après midi, Irlande, tragédie, avec le Ballet des Comètes.

Le sujet de la tragédie nous est resté inconnu. Pour le ballet, nous aurons recours au Père Menestrier, qui après avoir recommandé de lier autant que possible le sujet du Ballet à celui de la tragédie, ajoute:

"Puisque les Poëtes nous parlent des mouvements des cieux comme d'un bal où ils font danser les estoiles toutes les nuits, on a cru qu'il seroit aussi permis de faire le ballet des deux comètes qui ont paru cette année.

La Première sembloit de mauvais augure à quelques Astrologues à cause du temps et du lieu de sa naissance, de sa lumiere sombre et de son cours d'Orient en Occident qui la tenoit au commencement éloigné du Soleil.

La Seconde ne promettoit rien que de bon pour les raisons contraires. Elle alloir d'Occident en Orient et précédoit tous les matins le lever du Soleil, comme pour servir d'avant-courriere à ce Prince des Astres, & y conduire par son éclat les gens de toutes les nations que la nouveauté attiroit sur elle. C'est ce qui a donné sujet de feindre que le Soleil, irrité de c e que les hommes les considèrent moins que les estoiles de na nuit, a fait naître, comme il est le pere des lumieres, ces deux cometes, l'un pour les punir de leur faute, l'autre pour les instruire de leur devoir."

 

 

1666

 

Le 3 Août, à une heure après midi, Gusmanus, tragédie, avec le Ballet du Temps.

Le Ballet, designé dans le programme latin, sous le nom de Paloestricum Drama, comprend quatre parties:

La Nature du Temps:
Saturne qui en est l'image - les Planètes qui le produisent par leurs mouvemens - les momens qui le composent - les Astrologues qui l'estudient - les Horlogers qui le mesurent nous font connoistre le Temps.

Les changemens du Temps:
Dans le Printemps, représenté par des fleurs - dans l'Esté et l'Automne, par des moissonneurs & des vendangeurs - dans l'Hyver par des fimas, - dans les Vents par des girouettes - dans les Modes par des gens habillez differemment & d'une maniere extravagante.

les Ennemis du Temps:
La crainte du travail, dans des gueux, - le peu d'employ, dans les bergers, - l'oisiveté, dans des soldats en garnison, - le libertinage, dans des pages, - le jeu, dans des joueurs de boules.

les Victoires du Temps:
Sur la force, dans des lutteurs qu'il affoiblit - sur la dureté du bronze & des marbres, dans des statues qu'il renverse - sur la beauté, dans de jeunes personnes qu'il couvre d'un vilain masque, - sur l'esprit, dans des vieillards auxquels il en oste l'usage, - sur les passions, dans des Furies, dont il esteint les flambeaux.

 

 

1667

 

Le 11 Août, à 1 heure après midi, Andronicus martyr, tragédie, avec un Ballet.

Les quatre parties du Ballet représentaient:
- l'innocence menacée,
- l'innocence persécutée,
- l'innocence secourue, et
- l'innocence couronnéee.

Les 5. 6. & 7. iours de Septembre à une heure precise: Iosué triomphant, ou les Premieres Palmes de l'Idumée, Tragedie, avec des Ballets

Iosué Triomphant

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1669

 

Le 6 Août, à une heure après midi, Jonathas, tragédie, avec Le Destin, Ballet.

Le Ballet a l'intention de montrer, dans ses quatre parties, les diverses phases de l'empire du Destin. On représente, dans la première, "la naissance du Destin & l'etablissement de son empire imaginaire. Ce sont l'ignorance, le mensonge, l'imprudence, & l'erreur qui tirent le Destin de l'enfer & l'installent sur le thrône. Les Dieux & les Hommes sont contrains de luy rendre hommage, & s'en retournent chargés de chaisnes."

L'exécution des arrêts irrévocables du Destin, forme le sujet de la Seconde Partie. Nous y voyons "des avares qui s'efforcent en vain de corrompre le Destin & de le porter à force d'argent à révoquer l'arrêt de leur mort, et des courtisans qui mettent inutilement en usage tous les artifices & toutes les bassesses pour obtenir du Dieu qu'il suspende l'arrêt de leur disgrace."

La Troisième Partie fait voir "la Décadence de l'Empire du Destin",

et la Quatrième "la ruine entiere de cet Empire. Mars & Minerve commencent à se révolter contre son joug. Les autres Dieux se joignent à eux, & enfin le Destin, arraché de son thrône, retourne dans les Enfers avec les Furies qui l'en avoient tiré."

Le Destin

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1670

 

Le 5 Août, à une heure après midi, Adrastus, tragédie, avec le Ballet de la Curiosité.

Ballet de la Curiosité

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1671

 

Le 5 Août, à une heure aprés midi, La Prise de Babylone, tragédie, avec le Ballet des Songes.

Ce ballet est un de ceux que le Pere Menestrier appelle "ballets d'attache", c'est à dire dont l'idée est liée à celle de la tragédie.

"L'An 1671, le sujet de la Tragedie étant la ruine de l'Empire des Assyriens, on fit le Ballet des Songes, parce que le Ciel ne se servit pas seulement de la main qui parut sur la muraille de la Salle du Palais de Balthazar, pour predire ce renvercement; il l'avoit fait connoître long-tems auparavant par plusieurs songes. Ce qui fit prendre pour le sujet du Ballet qui devoit accompagner la Tragédie: les Songes. Leurs causes generales & particuliéres furent exprimées dans les deux premiéres parties. Les deux derniéres en présenterent les tromperies & la verité, qui sont les deux effets des songes, dont les uns ne sont que des illusions, tandis que les autres sont mysterieux & des moyens dont la providence se sert quelquefois pour nous découvrir ses secrets.

Dans la Premiére Partie de ce Ballet, la Nuit, le Silence, la Paresse & la Lassitude, qui causent naturellement le Sommeil, l'introduisirent pour faire la 1ere Entrée.

Le Bruit, le Soin, la Jalousie & la Crainte s'efforcerent de le troubler & firent la Seconde Entrée.

L'Imagination, avec ses phantômes, fut la 4eme Partie.

Les Enfans du Sommeil, Morphée, Icelus & Phantasus, qui sont en même tems commes les peres des songes, firent la 5eme.

La diversité des Songes causée par la diversité des humeurs & des tempéramens fit la Seconde Partie, où le temperament sanguin fit voir les Songes agreables, comme les autres temperamens en firent voir de melancoliques, de violens, & d'extravagans."

Ce sujet des Songes a été traité de nouveau par le Pere Le Jay.

Ballet des Songes

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1672

 

Le 3 Août, à une heure après midi, Catharina, tragédie, avec le Ballet de l'Illusion.

Une note manuscrite sur le programme nous apprend que cette tragédie est du Pere Lucas.

"Le Ballet presente des scenes agreables & pouvant donner lieu à un spectacle amusant.

Ballet de L'Illusion

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1673

 

Le 2 Août, à une heure après midi, Cyrus restitutus, tragédie, avec L'Empire du Soleil, Ballet.

"Pour la Tragedie de Cyrus, qui se représenta, l'an 1673, le nom de ce Prince signifiant en langue persane Le Soleil, & cet astre étant la devise du Roy qui donnoit les prix, on représenta dans le Ballet, l'Empire du Soleil, sur le Ciel, les Saisons, les Elemens & le Temps, & ce fut une allegorie perpétuelle du succès des armes victorieuses du Roy." (le Pere Menestrier)

L'Empire du Soleil

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1674

 

Le 6 Août, à une heure de l'après midi, Moses, tragédie, avec l'Idolâtrie, Ballet.

"Pour la tragedie de Moyse qui fut le legistrateur des Hebreux, & l'ennemy declaré de l'Idolâtrie, on fit de l'Idolâtrie le sujet du Ballet, parce que l'Egypte, qui étoit la scene de la tragedie, a été le premier théatre des superstitions, aussi bien que des avantures de Moyse." (le Pere Menestrier)

 

 

1675

 

Le 12 Février, à une jeure de l'après midi, Jovinianus, tragédie, donnée par les élèves de Seconde, avec Tyrsis, Pastorale en Musique pour servir d'Intermèdes à la tragédie.

C'est la première fois que nous rencontrons une Pastorale & un spectacle composé de deux ouvrages à la représentation du Carnaval.

Le 7 Août, à une heure de l'après midi, Trebellius, tragédie, avec le Ballet de la Mode.

Ce Ballet est l'un de ceux que cite le Pere Menestrier, mais sans entrer dans aucun détail. Le sujet en fut de nouveau traité au siècle suivant sous le titre de L'Empire de la Mode.

 

 

1676

 

Le 5 Août, à une heure après midi, Abimelech, tragédie, avec le Ballet des Jeux.

Du Ballet ne nous reste que les nomd des danseurs.

 

 

1677

 

Le 5 Août, à une heure après midi, Lysimachus, tragédie, avec Persée, tragédie-ballet.

La Tragédie-Ballet offre le mélange du récit et de la danse. Elle est divisée en 4 actes, dont "l'argument" donne une idée suffisante:

"On prétend donner en la personne de Persée, l'idée d'un conquérant parfait, dont les entreprises sont toûjours accompagnées des quatre principales qualitez: la Prudence, la Promptitude, la Valeur, & le Bon-heur. La Prudence regle le dessein. La Promptitude & la Valeur regnent dans l'execution, & le Bon-heur regarde le succez & la fin de l'entreprise.

La Fable de Persée renferme tous les symboles de ces quatre qualitez, dans les armes que les Dieux donnerent à ce Heros, pour aller combattre Meduse. Ces armes estoient: un bouclier en forme de miroir, des aisles, une epée, un casque qui le rendoit invisible aux yeux des mortels. Le miroir est le symbole de la Prudence; les aisles sont les instrumens de la Promptitude; l'epée est celuy de la Valeur, & le casque enchanté figure le Bon-heure.

Ces quatre qualitez sont la matiere d'une piece de quatre actes, dont la division, quoiqu'extraordinaire, est commode au sujet pour lequel on l'a faite, qui est pour servir d'Intermedes à une tragedie reguliére."

 

 

1679

 

Le 28 mai, Les Victoires de la Paix, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 17 Août, à une heure après midi, Cyrus, tragédie, avec le Ballet de la Paix.

Ce ballet avait pour objet de célébrer le traité signé à Nimègue, le 11 août de cette année, avec la Hollande, à la suite des brillants succès des armeés du roi dans ce pays et sur le Rhin. Si l'on se reporte à la date de la représentation, on verra qu'il n'était pas possible de serrer de plus près l'"actualité".

La tragédie est du Pere La Rue. Passons au Ballet, dont le dessein est expliqué dans le programme:

"L'ouvrage de la Paix glorieusement terminé par la France, doit estre le bon-heur de l'Europe & faire par tout refleurir la Vertu, les Beaux arts, l'Abondance, & la Joye: quatre effects de la Paix, incompatibles avec les desordres de la guerre.

Ces quatre effects sont representez par les quatre couronnes que l'antiquité donnoit à la paix. Celle d'Olivier qui estoit le symbole de la Vertu, celle de laurier, qui estoit le prix des Beaux arts; celle d'épics, qui est la marque de l'Abondance; & celle de roses, qui est la figure de la Joye.

C'est le sujet des quatre parties de ce Ballet. La Premiére Partie a pour scene un Temple d'Athenes, la plus religieuse de toutes les villes, fameuse dans la Fable par les differens de Neptune & de Pallas, qui se disputoient l'honneur de sa protection, que Pallas remporta pour avoir fait naistre un olivier.

La Seconde a pour scene le Parnasse, sejour ordinaire d'Apollon, la Troisiéme, les campagnes de Cerés, & la Quatriéme, les Jardins de Flore."

La partie comique du Ballet est représentée par un entrée de Scaramouches et de Harlequins sous la direction de Thalie.

Dans le Ballet général, "les François assemblent toutes les autres Nations pour le couronnement de la Paix. Ils y engagent les Espagnols, les Suédois, les Allemans, & les Hollandois. Ils y obligent les Danois & les peuples de Brandebourg & tous se réunissent pour offrir à la Paix les quatre Couronnes."

Non daté, Le Monde devenu François par le Commerce, ou le Commerce des François chez toutes les Nations de la Terre, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Ballet de la Paix

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1680

 

Le 13. jour de May, Les Arts, la Science & les Armes employés par l'Hymenée pour le Mariage de Monseigneur le Dauphin, Pièce mêlée de Chant, de Spectacle, & de Danse, représentée au Collège Royal de La Flèche.

Arguement Général:

"L'Hymenée voulant faire quelque chose de considerable au Mariage de Monseigneur le Dauphin & de la Princesse de Baviére, emploie pour cela tout ce qu'il y a de plus beau dans les Arts, dans les Sciences & dans l'exercice des Armes. Mais sans avoir recours à Minerve & à Apollon, ny à Mars, il se sert pour ce dessein des Amours, qui sont ses Freres, les jugeant capables de réüssir à tout. Ainsi les Amours, déguisés en Artisans, en Sçavans & en Guerriers, font les Trois Parties de cette Piece."

Le 16 juin, Epipode, tragédie, avec L'Empressement des Arts, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 21 Août, à une heure après midi, Erixana, tragédie, avec La France Victorieuse sous Louis le Grand, Ballet.

Voici l'argument de ce Ballet:

"Ce n'est pas seulement par les armes que la France est victorieuse sous Louis le Grand; elle l'est de plus par les Loix, que ce Prince y a si sagement etablies; par les Beaux Arts qu'il y fait refleurir avec tant d'éclat; mais surtout par la Paix, qu'il a si génereusement accordée à l'Europe. Elle triomphe, par les Loix, des principaux deréglemens que l'injustice avoit introduits; le l'ignorance par les Beaux Arts; de ses ennemis par les Armes; & d'elle même par la Paix. Ces quatre sortes de triomphe qui sont uniquement l'ouvrage de Louis le Grand, & qui rendent sous son regne la France la plus illustre de toutes les Nations, feront le sujet des quatre parteis de ce Ballet."

Dans la Première Partie, "La France Victorieuse de l'Injustice par les Loix", Thémis, accompagnée de la Force & de la Prudence, enchaîne & punit des duellistes, des filous, la chicane & des magiciens. La Seconde Partie, "La France Victorieuse de l'Ignorance par les Beaux Arts", montre Apollon & les Muses quittant le Parnasse pour s'établir en France, des peintres, des statuaires faisant le portrait et la statue du Roi, des auteurs tragiques & comiques choisissant, sous la conduite de Mercure, la France, pour y fixer sa demeure.

"La France Victorieuse de ses Ennemis par les Armes", forme le sujet de la Troisième Partie. On y remarque une entrée, "des frimas & des vents", qui s'efforcent de ralentir l'ardeur des Français, montrant que la rigueur de l'hiver n'a point empêché le Roi de continuer la guerre. Enfin, dans la Quatrième Partie, "La France Victorieuse d'elle-mesme par la Paix", on fait intervenir l'Hyménée avec les Jeux & les Ris, pour exprimer "le plus illustre effet de la Paix qui a été le mariage de Mademoiselle avec le Roy d'Espagne & de Monseigneur le Dauphin avec la Princesse de Baviere".

La France Victorieuse sous Louis le Grand

A Caen, au College Bourbon, Daniel, Tragedie, , avecle Ballet meslé de Récits sur le sujet du Mariage de Monseigneur le Dauphin.

Les Airs & pas sont composés par M. Bérar, organiste de Ste Croix St Ouen.

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1681

 

Le 1er juin, Le Soleil, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 6 Août, à une heure après midi, Constantinus, tragédie, avec Le Triomphe de la Religion ou l'Idolâtrie vaincue, Ballet.

"Le Triomphe de la Religion" est un sujet qui, au premier abord, paraît offrir peu de matière à l'art chorégraphique. On va voir comment l'auteur, dont le nom nous est resté inconnu, en a tié parti.

Dans une Premier Entrée, qui sert de prélude, "les demons aïant appris qu'un Heros chestien devoit un jour ruiner l'Idolâtrie, paroissent sous la forme des divinitez payennes, & font sortir du fond de l'abysme quatre Monstres horribles, la Passion, l'Ignorance, l'Artifice, & la Cruauté, dont ils pretendent se servir pour affermir leur empire.

Ainsi, dans la Première Partie, ce sont les passions qui donnent naissance à l'Idolâtrie; c'est l'orgüeil qui porte Nabuchodonosor à se faire adorer comme un Dieu; c'est la peur qui pousse les Hommes à diviniser la faim, la maladie, les procés, la guerre, dans l'espoir d'en estre traités plus favorablement; c'est l'amour du plaisir qui eléve des autels à Momus & à Bacchus.

L'Ignorance vient ensuite, & dans cette partie, l'on fait voir, entre autres tableaux, des Egyptiens adorateurs des Citroüilles & des Oignons, qui achetent à grand prix ces légumes que des païsans portoient au marché. Pour représenter l'Artifice, on se sert notament de Vespasien, qui pour en imposer aux Peuples par des miracles, se laisse présenter une pretendue guérison. Dans la Quatriéme Partie, la cruauté met en oeuvre l'exil, la prison, les persecutions, & les tourmens, pour combattre la Religion, qui triomphe dans le Ballet final, & à laquelle toutes les Nations de la terre viennent rendre hommage."

On trouve dans la liste des acteurs de ce Ballet un nom bien connu au théatre, celui de Biancolelli. Ce jeune acteur, Louis-Dominique, était le fils du célèbre Arlequin qui fit partie de la Troupe appelée d'Italie par Mazarin, & qui mourut en 1688. Il était filleul de Louis VIV & devint ingénieur militaire, tout en faisant des pièces pour le théâtre italien. Son frère, Pierre-François, qui fut également élève des Jésuites, a eu une carrière dramatique plus longue, comme acteur et auteur.

Le Triomphe de la Religion, ou l'Idolâtrie ruinée

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1682

 

Le 24 mai, Le Combat de Mars & de la Religion sur les victoires de Louis le Grand, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 5 Août, à une heure après midi, Polydorus, tragédie, avec Plutus, Dieu des Richesses, Ballet.

Plutus, Dieu des Richesses

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1683

 

Le 1er Mars, à une heure après midi, Coriolanus, tragédie, avec Sylvandre, Pastorale en Musique.

Nous n'avons pas la composition de cette Pastorale.

Le 13 juin, Le Secret, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

 

 

1684

 

Le 14 Février, à une heure après midi [hora ipsa post meridiem prima], Eustachius martyr, tragédie, avec Eustache, Tragédie en Musique, "pour servir d'Intermedes à la piece latine".

La Tragédie en Musique se composait de quelques scènes françaises, avec des Récitatifs & des Choeurs, intercalés entre les Actes de la Tragédie Latine.

Le 28 mai, Justus Martyr, tragédie, avec La Toison d'Or recouvrée, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 17 Août, à une heure après midi, Carolus magnus, tragédie, avec Le Heros, ou Les Actions d'un grand Prince representées dans celles de Louis le Grand, Ballet.

C'est le second ballet en l'honneur de Louis XIV. Un troisième suivra.

 

 

1685

 

Le 5 Mars, à une heure après midi, Demetrius, tragédie, avec Demetrius, Tragédie en Musique, "pour servir d'Intermedes à la piece latine".

Le 17 juin, La Mere des Machabées, tragédie, avec Jupiter liberateur, Ballet allégorique. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 6 Août, à une heure après midi, Clissonus, tragédie, avec le Ballet des Arts.

Ballet des Arts

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1686

 

Le 20 Février, à une heure après midi, Jephtes, tragédie, avec Jephté, Tragédie en Musique, "pour servir d'Intermedes à la piece latine".

Le programme de cette Tragédie en Musique, en langue vulgaire, indique seulement la matière de chacun des cinq Actes:

"Le sujet est tiré du chapitre onziéme du Livre des Juges. Jephté, general des armées du Peuple d'Israël, se voyant sur le point d'estre defait dans une bataille qu'il donna aux Ammonites, fit voeu, s'il en sortoit victorieux, de sacrifier la premiére personne de sa famille qu'il rencontreroit au retour de la guerre. Il vainquit et la premiére personne qu'il rencontra fut sa propre fille. Il la sacrifia donc; la faisant mourir, suivant le sentiment de quelques interpretes de l'Ecriture, ou plûtôt suivant l'opinion de quelques autres l'obligeant de consacrer à Dieu sa virginité.

Pour rendre cette histoire plus propre au théatre, on y a ajouté une circonstance: Que Jephté, dans le tems du même combat, promit de donner sa fille unique en mariage à celuy de son armée qui lui apporteroit la tête du general des Ammonites. Jaïre, un des principaux capitaines, la luy apporta."

L'auteur a choisi la version la moins sanglante pour le dénouement de sa tragédie. Le grand Prêtre, au moment du sacrifice, se sent tout à coup inspiré et déclare que Dieu se contentera que la victime fasse aux pieds de l'autel le sacrifice de sa virginité.

Il y avait quatre Choeurs: les Sacrificateurs, les Captifs Ammonites, la Suite de Seïle, fille de Jephté, & les Soldats & le Peuple.

Le 19 juin, Theopompe, tragédie, avec La Boète de Pandore fermée, Ballet allégorique. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 7 Août, à une heure après midi, Clovis, tragédie, avec Les Travaux d'Hercule, Ballet.

Ce ballet est cité comme "trés ingenieux" par le Pere Lejay. Il est tout au moins fort curieux, en ce que l'auteur a trouvé dans les travaux d'Hercule, une allégorie continuelle des faits & gestes de Louis XIV.

Les Travaux d'Hercule sont divisés en quatre groupes. Le héros entreprend les uns pour sa gloire, les autres pour l'utilité des peuples qu'il protège, les troisièmes pour défendre et venger ses amis, les derniers pourrendre aux dieux les honneurs qui leur sont dus.

Ce n'est assurément pas par des ouvrages de cette nature que les Jésuites prêchaient la fameuse doctrine de la désobéissance aux rois qu'on leur a si fort reprochée.

Jephté, Tragedie en Musique

Les Travaux d'Hercule

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1687

 

Le 10 Février, à une heure après midi, Celsus, tragédie, avec Celse martyr, Tragédie en Musique, "pour servir d'Intermedes à la piece latine".

Cette pièce, d'après une note manuscrite du programme, est du Père Pattu. La Tragédie française, en musique, est de la composition du Père Bretonneau. La musique est de Charpentier.

Elle est en cinq Actes, et l'on peut dire que c'était plutôt la pièce latine en trois actes qui servait d'intermèdes à la pièce française. L'action est un peu différente de celle de la tragédie latine. Nous y voyons seulement un personnage nouveau, Marcionille, femme du gouverneur d'Antioche, & lère de Celse. Des Récitatifs, des Airs, des Choeurs fort nombreux font de cet ouvrage un véritable opéra.

Le 6 Août, à une heure après midi, Erixana, avec La France Victorieuse sous Louis le Grand, Ballet.

La Tragédie & le Ballet avaient déjà été représenté.

 

 

1688

 

Le 25 Février, à une heure après midi, Saül, tragédie, avec David & Jonathas, Tragédie en Musique.

La Tragédie Latine est du Père Pierre Chamillart; les Vers de la Tragédie en Musique sont du Père Bretonneau.

Les deux ouvrages ont le même sujet: la mort de Saül et de ses fils et l'avènement de David au trône d'Israël.

Comme la tragédie latine, la Tragédie en Musique est en cinq Actes. Elle est précédée d'un Prologue où l'on voit Saül, à la veille de livre bataille, en consultation chez la Pythonesse. Là, grand évocation de démons, qui se termine par l'apparition de l'ombre de Samuel. Celui-ci prédit à Saül sa ruine prochaine:

Téméraire, où vas-tu ? quel criminel effort
T'a fait precipiter & ta honte & ta mort ?
Enfans, amis, gloire, couronne,
Le ciel va ta ravir tout ce qu'il t'a donné,
Aprés tant de faveurs, ingrat, il t'abandonne
Comme tu l'as abandonné.

La partie musicale est très développée; nous y remarquons une Chaconne sur ces paroles:

Goûtons, goûtons les charmes
D'une aimable paix,
Les soins & les allarmes
Cessent pour jamais;
Goûtons, goûtons les charmes
D'une aimable paix.

La musique est de Charpentier.

Le 13 juin, La Statuë de Louis le Grand elevée sur le confluent du Rhone & de la Saone, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

En Août, Celse Martyr, tragédie, avec La Forêt enchantée enlevée par Renaud, Ballet. [Collège des Jésuites à Rouen]

Le 17 Août, à une heure après midi, Heraclius sivè Crux recepta, tragédie, avec le Ballet des Saisons.

Il y a, dans les ballets de Benserade, un Ballet des Saisons qui fut dansé à Fontainebleau, en 1661. Le roi y dansa le personnage de Cerés & celui du Printemps.

David & Jonathas

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1689

 

Le 5 mai, Le Repos d'Hercule troublé par l'Envie, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 17 Août, à une heure après midi, Plymnestor, tragédie, avec Sigalion, ou Le Secret, Ballet.

 

 

1690

 

Le 30 janvier, à une heure après midi, La Mode, comédie mêlée de Musique & de Spectacle, pour servir d'Intermèdes à la tragédie d'Alexis, Empereur de Constantinople, représentée au Collège de la Compagnie de Jésus, par les écoliers de Seconde, à La Flèche.

Arguement:

"Anselme étoit enteté de la mode jusqu'à la folie, & faisoit d'excessives depenses pour satisfaire son inclination. Eraste, son fils, entreprend de lui faire connoître le ridicule de son entêtement & y réüssit. La Scene est à Besansson."

Le 21 mai, La Guerre des Geans sontre Jupiter, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 2 Août, à une heure après midi, Alexander Magnus, tragédie, avec Orphée, Ballet mêlé de récits.

Orphée

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1691

 

Le 10 juin, Cyrus, tragédie, avec La Gloire de Lyon rétablie & consacrée à Louis le Grand, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 6 Août, à une heure après midi, Idoménée, tragédie, avec le Ballet des Passions.

Le 27 Août, à une heure après midi, Les Differens Plaisirs des Saisons, Ballet, qui est représenté sur le Théâtre du Collège Royal de La Flèche.

Quatre élèves costumés représentaient les quatre Saisons, et la Pièce elle-même se divise en Quatre Parties.

Quelques années après ce brillant ballet mythologique, l'évêque d'Angers, Le Peltier, ayant fait au Collège de La Flèche l'honneur d'une visite pastorale, on choisit parmi les pensionnaires & dans la ville quelques-uns des enfants les plus distingués pour lui réciter cinq Idylles.

Dans la Première, Alcidor, Hylas, Coridon, Iolas & Atys célèbrent à l'envi les louanges de Daphnis, nom bucolique donné au vénérable pasteur:

Alcidor
Nous avons consacré cette belle journée
A Daphnis, la gloire & l'amour
Dans ce agreable sejour.
Mais pour louer Daphnis, c'est trop peu d'une année,
Et nous n'avons qu'un jour.

Hylas
Nous chanterons tour à tour
Avec un plaisir extrême
Ce que nous dicteront le plaisir & l'amour;
On dit toujours bien quand on aime.

Corydon
D'ailleurs, dans ce qu'un Berget dit,
C'est le coeur qui doit plaire, on laisse là l'esprit...

Iolas
Hâtons-nous, jeune Atys ! je gage ma Musette
Que je chanterai mieux que vous.

Atys
Et moi, je gage ma Houlette.

Le Dialogue continue dans cette Idylle & dans les autres sur ce ton facile & qui n'est pas sans charme. La Dernière renferme un petit Dialogue moral qui ne manque ni de grâce ni de sentiment:

Un autre jour, caché dans du glaïeul,
Je vis Daphnis avec ses moutons seul,
Puis j'entendis qu'il leur disait: "la rive
Est peu sûre, mes chers moutons,
N'en approchez pas tant, paissez dans les vallons;
Le mal, helas ! qui vous arrive,
Votre Berger le sent bien mieux que vous.
N'abandonnez point votre mere,
Tendres agneaux; un d'entre vous naguère,
Pour s'en être écarté fut devoré des loups;
La perte de ce miserable
Vous doit servir d'exemple à tous.

Ballet des Passions

Les Differens Plaisirs des Saisons

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1692

 

Le 16 Février, à une heure après midi, Sophronie, tragédie, avec des "Intermedes en Musique qui seront chantez à la tragedie de Sophronie, composés de l'Union de la Victoire & de la Paix, Prologue, les Enchantemens d'Ismene, les Bergers du Jourdain, la Constance des Chrestiens, & le Triomphe de la Religion".

Le 1er juin, Annibal, tragédie, avec Les Impostures, Ballet orné de Machines & de Changemens de Theatre. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 12 Août, à une heure après midi, Maximien, tragédie, avec le Ballet de la Vérité. Il s'agit de la seconde représentation de ce Ballet.

Ballet de la Verité

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1693

 

Le 17 mai, Germanicus, tragédie, avec La Foire d'Augsbourg, Ballet allégorique orné de Machines & de Changemens de Theatre. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 12 Août, à une heure après midi, Eustachius, tragédie, avec Romulus, Pastorale en forme de Ballet.

le 20. d'Aoust, à 2 heures parés midy l'an 1693, Diogème, Comedie meslée de Danses, pour servir d'Intermedes à la Tragedie de Cosroes, qui sera representée au College Royal de la Compagnie de Jesus à Caen.

 

 

1695

 

Le 29 mai, Juba, tragédie, avec Les Jeux de la Haye, Ballet allégorique orné de Machines & de Changemens de Theatre. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 3 Août, à une heure après midi, Josephus frates agnoscens, tragédie, avec Comus, ou l'Origine des Festins, Ballet.

La tragédie et le Ballet sont du Pere Lejay.

Le Ballet a beaucoup d'agrément et une véritable originalité.

Le Prologue nous montre Jupiter qui se propose de donner un splendide festin aux Dieux qui l'ont soutenu dans sa lutte contre les Titans. Comus est chargé d'organiser cette fête gastronomique, mais il est fort embarrassé, ne sachant comment il pourra satisfaire les goûts de tous les convives. Momus arrive et lui conseille de s'adresser aux quatre âges & aux divinités qui en dépendant. Comus goûte cet avis & fait comparaître successivement les quatre âges en sa présence.

Saturne avec Sylvain & les Faunes, divinités de l'âge d'or, apportent à Comus le gland dont ils vantent les agréments. Les Dieux des Champs viennent avec les herbes & les légumes, qui offrent à Esculape l'occasion de faire à ses disciples une leçon sur les vertus & les dangers des plantes. Vertumne présente les fruits, & les Génies des Fleuves & des Fontaines l'eau de leurs urnes, qui est reçue avec peu de faveur. Comus & Momus se montrent peu satisfaits de ce premier service.

L'âge d'argent fournit des aliments plus solides. Comus & Momus reçoivent successivement Osiris & ses laboureurs qui apportent le pain, Bacchus & ses vignerons le vin, les Bergers de Palès le lait qu'ils veulent que l'on préfère au vin. Comus ne l'accepte qu'à condition qu'on en fera du fromage. Tout cela n'avance guère le menu du festin.

Mais l'âge d'airain amène avec lui Pan & ses gras troupeaux. Pour faire cuire les viandes, les prêtres d'Isis offrent leurs services, mais Momus les congédie de crainte qu'il n'en soit comme des victimes dont les Dieux n'ont que la fumée. Les chasseurs célèbres, Actéon, Méléagre & Céphale se chargent de fournir la venaison, & Orion le gibier à plumes. Enfin Vulcain et ses Cyclopes apparaissent portant une superbe batterie de cuisine.

Mars semble craindre que le repas ne soit un peu fade. Les Dieux de l'âge de fer arrivent à propos pour l'assaisonner. Neptune & l'Océan donnent le sel & les épices, Apollon une branche de sa couronne de lauriers, ce qui lui vaut de Comus ce compliment qu'on n'a jamais eu tant d'esprit sur le Parnasse. Hercule donne le citron qu'il a conquis au Jardin des Hespérides. Enfin Silène, qui s'était endormi au soleil avec sa bouteille encore à moitié pleine, arrive avec son vin devenu aigre, on l'emploiera comme vinaigre.

Jupiter s'impatiente & pour le distraire jusqu'à ce que le repas soit préparé, tous les Dieux mis en gaieté par Momus donnent au Monarque céleste le spectacle d'un ballet général.

Comus, ou l'Origine des Festins

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1696

 

Le 6 Août, à une heure après midi, Chosroes [Cosroes], tragédie, avec le Ballet de Mars ou de la Guerre.

Cette Tragédie, du Père de Jouvancy, a été jouée précédemment sous le titre de Heraclius sive Crux recepta.

Le Ballet est du même auteur.

Ballet de Mars

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1697

 

Le 2 juin, Germanicus, tragédie, avec Les Préludes de la Paix, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

En Août, Le Médecin des maladies imaginaires, comédie, avec Les Esperances de la Paix, Ballet. [Collège des Jésuites à Rouen]

Le 7 Août, à une heure après midi, Posthumius dictator, tragédie, avec le Ballet de la Jeunesse, dédié à Monseigneur le Duc de Bourgogne.

Le Ballet est du Père Lejay. Il est précédé d'une pièce en vers: La Jeunesse du collège Louis-Le-Grand, à Monseigneur le duc de Bourgogne.

Le Prince avait alors 15 ans, et il est fort probable qu'il assista à la représentation au début de laquelle on lui adressa ces vers:

...
Ton esprit, éclaité de brillantes lumiéres,
Est toujours au dessus des plus hautes matiéres,
Et des autres esprits ce qui faut le tourment
Pour ton rare génie est un amusement...
Dans tout ce que tu fais regne la politesse,
A la noble fierté tu sais joindre l'adresse;
A la danse, à la chasse, à pied comme à cheval,
Tout est grand dans ton air et tout est martial.
Si quittant quelquefois ces nobles exercices,
Tu consens à gouster d'innocentes delices,
Il faut, pour t'arracher ces momens de loisir,
Vaincre en toy le mepris que tu fais du plaisir...

Voici le dessein du Ballet:

"Quatre choses sont necessaires pour eslever & former une jeunesse qui doit estre un jour l'appuy & l'ornement d'un Estat. Il faut luy éclairer l'esprit par l'estude des sciences. On doit luy regler le coeur, en luy inspirant de l'horreur pour le vice & de l'amour pour la vertu. Les exercices du corps sont necessaires aussi pour la disposer aux fonctions d'un âge plus avancé. Enfin, comme la jeunesse n'est pas capable d'une application continuelle, elle ne peut se passer de quelques divertissemens honnestes qui interrompent de tems en tems les plus serieuses occupations."

C'est tout un plan d'éducation en Quatre Actes & un grand nombre de tableaux.

Dans la Premiere Partie, consacrée aux Sciences, figurent la Grammaire, l'Eloquence, la Poësie, la Philosophie, les Mathématiques, la Jurisprudence, & l'Histoire, qui sont représentez par des épisodes plus ou moins ingenieux.

Ainsi pour la Philosophie, l'auteur met en Scene Platon, Aristote, Démocrite & Epicure, suivis des philosophes modernes, & cherchant à l'envi la Vérité.

"Elle paroît à leurs yeux, mais comme chacun d'eux veut l'avoir de son côté, ne pouvant estre à tous, elle s'eschape de leurs mains, non sans perdre quelque chose de ses vestemens dont ils font Trophée."

L'entrée de l'histoire nous offre un joli sujet de pendule: "Le Temps, aprés avoir renversé les plus beaux monumens, entreprend de triompher de la Valeur, de la Force & des autres vertus. Mais l'histoire vient à leur secours, & enchaisne le Tems luy-mesme."

La Seconde Partie, qui doit former le coeur du héros, lui montre, en différents tableaux, les dangers de l'ambition, de la colère, de l'avarice, de la débauche, de l'oisiveté, du luxe & de la volupté. Ces dernières Divinités, accompagnées des Jeux & des Plaisirs, circonviennent Annibal victorieux & lui font tomber les armes des mains.

Pour les exercices du corps, Mars, qui y préside, va chercher dans l'antiquité tous les héros qui ont brillé par la lutte, l'escrime, la danse, la chasse, la course à pied & à cheval, etc., et les met en scène. Momus fait de même pour les "recréations honnestes & agreables". Ce sont des jeux qui ont déjà été traîtés, comme les échecs, le ballon, le collin_maillars, les quilles, la paulme.

Il y a beaucoup de Vers dans ce Ballet. Outre le Prologue Général, chaque partie a son Prologue particulier.

Dans le Prologue général, la Jeunesse s'entretient avec Tyrcis & Lycidas...

Tyrcis
Pourquoi faut-il que les roses
Ne soient belles qu'un matin.

Lycidas
Cher Tyrcis, les belles choses
Durent peu, c'est leur destin.

Apollon paraît dans le Prologue de la Première Partie, & se félicite du spectacle qui s'offre à ses yeux:

...
Le temps n'est plus où l'ignorance
Regnoit impunément dans le sein de la France;
Qu'à toute la noblesse on faisoit un devoir,
De vivre sans estude & de ne rien sçavoir...
Mais à présent tout a changé de face;
Graces aux bien-faits inoüis
Dont on comble le grand Louis,
On se fait un honneur d'avoir rang au Parnasse;
Et je m'aperçois chaque jour
Que mon crédit augmente aussi-bien que ma cour.
Chacun s'estudie à me plaire;
Grands & petits, tous s'en font une affaire;
Et je compte aujourd'huy parmi mes nourrissons,
Des princes assidus à prendre mes leçons...

La composition des Airs & de la Danse sont de Beauchamp.

Le 15 Décembre, à une heure après midi, Philochrysus seu Avarus, drame, avec des Récits en Musique.

La pièce des du Père Lejay, qui dans sa préface, s'excuse de traiter ce sujet après Plaute & après Molière, "le Prince de la Comedie Françoise".

Cette pièce est accompagnée de récits en musique, formant intermèdes, c'est-à-dire intercalés dans les entr'actes. On y trouve des Choeurs & des Soli. Le Père Lejay s'y montre passé maître dans le style de l'opéra comique. Ses petits vers ont le vrai cachet du genre.

Aux plaintes de l'Avare, une voix répond:

Des folles richesses
Fuyons l'embarras,
Toutes leurs caresses
Ne méritent pas
Que nous suivions leurs pas.
Fortune peu sage,
Malgré tes attraits
Ton humeur volage
Ne donne jamais
De veritables paix.

Cette Cavatine de l'avare converti est aussi bien coupée par le chant:

Evitons, fuyons l'avarice,
Que ce caprice
Cause d'ennuy !
Est-il supplice
Pareil à celuy
D'amasser pour autruy,
Que sert l'opulence ?
C'est un embarras
Pour qui n'en use pas.
La riche abondance
Ne suit point nos pas
Au-delà du trespas.

La musique de ces intermèdes est de Campra.

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1698

 

Le 25 mai, Juba, tragédie, avec La Paix, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 6 Août, à une heure après midi, Carolus magnus, avec le Ballet de la Paix.

Le Ballet de la Paix avait pour objet de célébrer la paix de Ryswick, conclue l'année précédente.

"Le genie de l'Europe, voulant y retablir la Paix, persuade aux heros françois d'entrer dans son dessein, malgré les avantages que la victoire leur promet, s'ils veulent continuer la guerre."

C'est dans ces termes que le programme explique la scène d'ouverture du Ballet.

Les quatre parties du Ballet sont: les préparatifs de la paix, les négociations de la paix, la publication de la paix, & les fruits de la paix.

Enfin, un ballet général ayant pour sujet: "Janus ouvrant le Temple de la Paix aux Nations de l'Europe", fut donné après la distribution des prix.

Le 15 décembre, Philochryse ou l'Avare, avec des Recits en Musique.

La musique est de Mr Campra.

Le 28 Août, une tragédie mêlée d'Intermèdes, ornée de Machines de Musique, de Symphonie & d'Entrée de Ballets, pour la première visite de Léopold & de la Duchesse Elisabeth-Charlotte. [Université de Pont-à-Mousson]

 

 

1699

 

Le 7 juin, Gratien, tragédie, avec l'Empire des Opinions sur les Hommes, Ballet. [Collège de la Trinité de Lyon]

Le 12 Août, à une heure après midi, Josephus Egypto Proefectus, tragédie, avec Les Songes, Ballet.

L'origine de la fortune de Joseph étant l'explication des songes, le sujet du ballet était tout indiqué. Il est, comme d'usage, divisé en quatre parties:

La nature formes les songes,
Les inclinations les entretiennent,
Les passions les animent,
La superstition les autorise.

La théorie des quatre humeurs, chère à l'ancienne médecine, et des quatre tempéraments qui en découlent, forme le thème de la Première Partie. On y représente divers songes inspirés par les tempéraments bilieux, mélancoliques, sanguins & phlegmatiques.

Dans la Seconde Partie, l'inclination pour les finances est figurée par Midas, qui voit en songe tous les Dieux disposés à lui accorder leurs faveurs et qui choisit Plutus. Ennius, qui s'est endormi en étudiant Homère, voit paraître en songe l'auteur de l'Iliade escorté de tous les principaux poètes de la Grèce. C'est l'inclination pour les Lettres. Hippolyte, l'intrépide chasseur, croit entendre, pendant son sommeil, le son du cor qui l'appelle dans les forêts. Hercule combat encore, en dormant, des monstres imaginaires. Ces deux tableaux peignent l'inclination pour les divertissements & pour les armes.

Parmi les tableaux des deux dernières parties, il faut signaler Orphée, animé par l'amour & voyant son Eurydice aux Enfers, & la mise en scène de cette coutume des Egyptiens de faire coucher leurs malades dans le temple d'Esculape, pour que le Dieu leur indique, pendant leur sommeil, les remèdes qui doivent les guérir.

Au Ballet Général, la Vérité, secondée par la Lumière, triomphe de la vanité des songes.

Le 20. Fevrier, à 1. heure de l'aprés midy de l'an 1699, La Fontaine de Jouvence ou le Secret de rajeunir un Vieillard, pièce comique pour servir d'Intermèdes à la Tragi-Comedie Jupiter mores hominum emendandi cupidus.

 

 

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