Le Theatre des Jesuites, de 1600 à 1699
(page rédigée d'après l'oeuvre, du même titre, de monsieur Ernest Boysse, en 1880)
de 1600 à 1699 | de 1700 à 1750 | Les Jésuites en Belgique
|
1640
- L'Isle
de Paix,
Representation heroïque |

1610
Astrée,
Pastorale
en Musique,
d'Honoré d'Urfé.
1623
La Conversion
de saint Ignace,
pièce française, jouée deux fois, dont
la seconde avec des Ballets
de jeunes gens, de satyres & de faunes.
[Université de
Pont-à-Mousson]
1628
Au
Collège du Mont, à Caen, l'on joua
Saulem
cum fillis ab Achi superatum,
tragédie latin en V Actes, & 49
personnages... Le
Premier Intermède nous montre Apollon qui exhorte ses
enfants à lutter contre l'ignorance; les couronnes et
les encouragements qu'ils reçoivent d'un ami des
belles-lettres doivent les y aider, aussi les monstres
seront-ils terrassés. Dans
le Second, l'Hydre renaît de ses cendres, et de
nouveau elle est vaincue par Apollon et ses compagnons. Le
dieu leur distribue alors les récompenses auxquelles
ils ont droit et les engage à célébrer
les vertus de Morant le bienfaiteur. Dans
les Troisièmes & Quatriémes
Intermèdes, Apollon terrasse les Ruses, les Fraudes
et la Force Brutale. Dans
le Dernier, on voit sa victoire définitive et ses
triomphes sont enregistrés et
chantés.
1638
Ballet
"dansé
à l'occasion de la Naissance de Louis XIV", né
le 5 Octobre Mil six cent trentre huit".
Le 21
d'Aoust, à midy, La
Double Victoire, ou Eustache, Victorieux des Daces, &
martyr,
Tragedie, avec le Ballet
des Prix. Argument du
Dialoque, & du Ballet des Prix: '"Apollon
chassé de son Parnasse par les desordres de la
guerre, ne sçachant où se retirer, desespere
de pouvoir vivre plus longtemps; lors que Mercure luy
apporte la nouvelle d'un prochain secours, & le Genie de
la Neustrie luy declare qu'à Gaillon, dans le Palais
du Genie de HARLAY, on luy a dressé un autre Parnasse
plus illustre & plus docte que le sien; où desia
tous les Genies des Sciences l'ont devancé, &
où l'on prepare de glorieuses recompenses pour ses
nourrissons. L'un & l'aure l'y conduisent aussi-tost,
& pour donner quelque rafraichissement à la soif
qui le brûle, le font boire dans ce beau bassin, une
des raretez de nostre France qui enrichit cet auguste lieu,
dont les eaux luy semblent bien plus douces, & luy
inspirent de plus belles pensées que celles
d'Hippocrene. Pour lors tout ioyeux il prend son luth &
le touche, mais Mars qui le poursuit l'oblige de quitter,
& de se mettre à couvert de ses attasues derriere
le Genie de Neustrie, pendant que Mercure va implorer le
secours du Genie de HARLAY; qui vient accompagné des
huit Genies de ses alliances, & chasse par sa seule
presence le Dieu de la guerre. Enfin Apollon le vienr
remercier de sa delivrance, de son Parnasse, & des
recompenses qu'il prepare à ceux de sa
suite." Dessein des
Intermedes sur le Temps Premier
Intermede: pour le temps passé, Le Temps fait
tout passer: Premiere
Entrée Seconde
Entrée Troisiesme
Entrée Second
Intermede: pour le temps présent. Le mauvais
temps. Premiere
Entrée Seconde
Entrée Troisiesme
Entrée Quatriesme
Entrée Troisiesme
Intermede: pour le temps futur. Le bon Temps que nous
esperons. Premiere
Entrée Seconde
Entrée Troisiesme
Entrée Quatriesme
Intermede: la fin du Temps. Premiere
Entrée Seconde
Entrée Troisiesme
Entrée Quatriesme
Entrée
Les Saisons, qu'il chasse l'un apres l'autre.
Les vieilles modes, par des nouvelles qu'il
amene.
Les divers aages, qu'il contraint avec sa faulx d'entrer
dans le tombeau.
Quatre gens de diverses conditions se pleingnent du mauvais
temps...
...Qui se trouve insensiblement au milieu d'eux; mais si
tost qu'il l'apperçoivent ils le chassent.
Il revient toûjours, & toûjours ils le
chassent.
Iusqu'à ce qu'il retourne accompagné de
Soldats qui combattent les uns contre les autres, &
montrent assez que le mauvais temps nous est causé
par la guerre.
Deux Genies du Ciel favorables à la France, ramenent
le bon temps.
Aussi tost les combattans quittant leurs armes, se
reünissent les uns avec les autres.
Et ceux qui s'estoient plaint du mauvais temps, quittant les
marques de la misere, font voir leur
rejoüissance.
Le Temps fait sortir du tombeau quatre morts, à qui
peu à peu il redonne le mouvement & la
vie.
Mais il ne les a pas si-tost resuscitez, qu'ils l'enferment
luy-mesme dans le tombeau à leur place.
Pour lors ils triomphent de ioye de ce qu'il n'y a plus de
mort pour eux n'y ayant plus de Temps.
Et changeans leurs habits lugubres en habits de
resoüissance, reviennent avec le Printemps, qui doit
estre eternel pares la consommation des
Siècles.
1646
En
Août, Les
Coupables innocens,
avec l'Amour
déguisé,
Ballet.
[Collège des Jésuites à
Rouen]
1650
Le 15
Août, après midi, représentation de
Taprobana
christiana,
Tragédie, avec des Intermèdes
dansés. Le programme
est divisé en deux parties: la Tragédie &
les Intermèdes. Le titre
entier de la Tragédie est: "Taprobana
christiana, tragaedia, dabitur in theatrum claromontanum
societatis Jesu, ad solemnem praemiorum distributionem.
Agonotheta Ludovico XIV, Rege christianissimo. Tertio nonas
Augusti paulo post meridiem, 1650." L'auteur en
est le Père Gabriel Caossart, Professeur de
réthorique au collège, l'un des auteurs du
grand Recueil des conciles. Le Ballet n'a
pas de titre particulier. Le programme y indique: "Intermèdes
de la Tragédie du College de Clermont, dédia
au Roy pour la distribution des prix de l'année
MDCL. Ces
intermèdes sont au nombre de quatre, pour les
entr'actes de la tragédie. Ils s'y rattachent par le
sujet. Dans
le premier intermède, les Seigneurs de la Cour de
Candy offrent un Divertissement au Prince victorieux.
Cellui-ci consiste en un partie d'échecs où
les Persans font les pièces blanches, & les
"Manorois" les pièces noires. La partie est ainsi
réglée: "Le
Roy entre dans la Sale de son Palais & commence une
partie d'eschecs avec son Fils. - A mesme temps deux
Cavaliers s'avancent de chaque Party pour battre la
campagne. - Quatre Tours paroissent aussi tost, les
Cavaliers les vont reconnoistre, & s'escarmouchent dans
la rencontre. - Deux Foux de chaque couleur se jettent
à la traverse. - Les Roys & les Reynes entrent
les derniers, suivis de leurs Pages qui servent de Pions. -
Toutes les pieces estant en ordonance, un petit Berger
paroist sur le point de l'attaque, qui, s'adressont au Roy,
se vante de faire gaigner le parti qu'il voudroit. Le Roy
ayant remis ce choix à son Fils Altanor, le Prince
donne cet avantage aux Indiens, dont le Berger ménage
si adroitement le jeu, qu'en trois coups il leur fait donner
eschec & mat aux Persans. Les Princes, aprés
l'avoir recompensé de son addresse, appellerent le
coup l'eschec & mat du Berger." Dans
le Second Intermède, l'auteur introduit un Ballet des
Singes, supposant que les Indiens les adorent. Le
Troisième représente la lutte des bons &
des mauvais Génies, qui se disputent le coeur du
jeune Prince chétien. Les bons génies
triomphent, & un ange descend du ciel pour mettre une
couronne sur la tête d'Altanor, comme présage
de celle qu'il doit remporter par son martyre. Dans
le quatrième intermède, paraîssent les
quatre principales divinités des Indiens, le Gange,
Hercile, le Soleil, & Bacchus, dont les Statues sont
animées par un magicien, & qui se disputent la
prééminence: "Comme
ils commençoient à s'eschauffer au combat, un
petit Cupidon les vient separer, qui est jugé par
là le plus puissant de tous & digne que sa
Statuë soit présentée au Prince. - Comme
ce petit superbe en triomphe tout seul, aprés avoir
envoyé les Dieux dans leurs niches, il se cache
luy-mesme à la veuë de l'Amour Divin. - En vain,
implore-t'il pour lors l'assistance des Statuës, qui ne
remuent plus, en vain se cache-t'il derriere le tombeau,
l'Amour Divin l'attire au Combat, où aprés une
legere resistance, il le désarme, il brise ses
traits, ou les emousse, & l'ayant assez
maltraité, l'enchaisne & le mene en
triomphe." Le tout est
terminé par la distribution des prix. "Elle
se fait aprés un remerciement au Roy, pour cette
magnificence royale avec laquelle il les a fondez à
perpetuité dans ce College, & des voeux pour la
prosperité de ses armes, le repos de son royaume
& la gloire de son nom."
1651
On donna pour
la représentation d'Août, une Tragédie
& un Ballet. Il pourrait s'agir de Saül
tragédie, avec un Ballet
"joué devant le Roy". Loret
dans sa Lettre du 13, n'en indique ni le nom ni le sujet.
Peut-être est-il trop occupé par l'abondante
collation dont il se régala... Cependant, il
donne quelques détails, sur le public & les
acteurs: "La
reine & messieurs ses deux Fils,
Lundy dernier, à jour préfix,
Allerent avec grandes suites
Au College des Jezuites
Pour, sur un théatre fort beau,
Voir un poëme tout nouveau
Que pluzieurs jeune filozofes,
Vestus de brillantes etoffes,
Representerent en Latin,
Moitié figue, moitié raisin.
On y vit pluzieurs dances.
Balets, postures & cadences
Où maints Fils de Prince & Seigneur
Y parurent avec honneur,
Non pas tant pour leurs riches vestes,
Qui les rendoient tout-à-fait lestes,
Que pour la dispozition,
La grâce, la belle action,
L'agreable mine, l'adresse,
La gaillardize & la jeunesse
De ces aiamables Damoizeaux
Dont la plus-part étoient fort beaux.
Entre ces jeunes personnages,
Tout de hauts & nobles lignages,
Armagnac, Soissons, Chateauneuf,
Et d'autres, jusqu'à plus de neuf,
Plûrent, charmerent & ravirent,
Et firent bien tout ce qu'ils firent
Je puis mestre, comme sçavant,
Toutes ces chozes en avant,
Car, parés maint & maint obstacle,
J'ûs enfin ma prt du spectacle;
Et si bien placé, par-ma-foy,
Que j'étois vis-à-vis du Roy
Dans une chambre du College,
Où j'ûs mesmes le privilege
De manger des pâtés fort bons,
Des poulets, langues & jambons,
Salades, fruits & confitures,
Avec de belles creatures."
1653
Le 4
Août, on représenta Suzanna
Christiana,
tragédie latine, écrite par le Père
Jourdain, & un Ballet. Cette tragédie n'a pas
été imprimée. Au moins
d'Août 1652, Paris était en pleine effervecence
frondeuse. En 1653,
l'ordre est rétabli, et Loret, reprend sa fonction de
feuilletonniste. Le 4
Août, il y eut "une
salle magnifique." Aux
Jezuites, ce jour mesme, ... Le
theatre fut admiré: Vient le
Ballet
des Jeux "joué devant le
Roy": 1. Les Jeux
d'Adresse, La
Première Partie nous montre Mercure & Apollon
jouant aux Osselets,
une troupe d'Amours jouant à la Toupie;
le jeu de Dames
est figuré par des Amazones mêlées
à des femmes de Bohême. Dans
la Seconde Partie, les jeux de hasard sont les
Dés
jetés par des Soldats oisifs, qui finissent en
querelle; les Cartes,
que les danseurs représentent par leurs costumes,
simulant une partie par leurs mouvements; le
Jeu de
Pile ou Face,
le Colin-maillard,
figuré par des enfants qui lutinent un aveugle,
après lui avoir enlevé son bâton, et la
Loterie,
qui inspire à ses favoris ou à ses victimes,
des sentiments et des mouvements de joie ou de
tristesse. Dans
la Troisième Partie, consacrée aux Jeux de
Force, on voit passer de jeunes Titans d'exerçant
à la Lutte,
Apollon & Hyacinthe jouant au Disque,
ces Cyclopes combattant
comme des gladiateurs, & la jeunesse d'Argos
s'exerçant au Saut,
sous la conduite d'Hercule, de Thésée & de
Jason. Les
Jeux qui dépendent de l'Adresse, du Hasard & de
la Force, sont placés sous le patronage de Mars. Comme
assez souvent, il y a de la mythologie dans ce ballet.
Ainsi, pour le Jeu
de Quilles: Un
maître d'école avait neuf élèves,
qui comparait aux Muses, lui-même se donnant pour
l'égal d'Apollon. Cette idée ambitieuse en
tête, il voulut gravir le Parnasse, & s'y
installer avec ses élèves. Apollon, pour les
punir, changea les jeunes filles en Quilles, et le
professeur en Boule. Ce
Ballet est un de ceux qui prêtaient le plus à
une mise en scène variée &
amusante.
On pillait la bibliothèque & les tableaux de
Mazarin. Loret, tout occupé de politique, n'alla pas
au théâtre de la rue Saint-Jacques, où
l'on ne donna point de représentation.
Fut avec appareil extresme
Un saint sujet representé.
J'aperçeus là Sa Majesté
Tout contre la Reine sa Mere,
Et proche de Monsieur, son Frere,
Estant justement entre-d'eux,
Son Eminence étoit prés d'eux,
Et pluzieurs personnes fort belles,
Tant Princesses que Damoizelles
(La plus-part tres-dignes d'amour),
Et quelques Seigneurs de la Cour
Qui sont fort en mes bonnes graces,
Prirent illec aussi leurs places.
Je voyois de l'autre costé
Sa Britannique Majesté,
Et prés de luy, vers la senestre,
Le beau petit Duc de Glocestre.
Enfin, jetant partout les yeux,
Je vis briller en pluzieurs lieux
Des beautez, tant blondes que brunes,
Dont je ne hay pas quelques unes.
Il étoit grand & bien paré;
On prit plaisir aux intermedes;
Les danses n'en étoient pas laides,
Ni les Fables & fictions,
Et c'étoient des Inventions
Qui parurent assez gentilles
Que voir danser une Jeu de Quilles.
Pour le Poême qu'on recita,
Aucun d'entr'eux ne hezita;
Grace à quelque maistre d'escole
Qui leur servoit de protocole.
2. Les Jeux de Hasard,
3. Les Jeux de Force,
4. Les Jeux qui participent à la fois de ces trois
caractères.
Viennent le Tir
à l'Arc,
par des Faunes dirigés par le Dieu Pan; les
Gobelets,
avec lesquels des prestidigitateurs font des tours qui
ébahissent des paysans.
C'est le Ballon,
inventé par Ulysse; c'est le Jeu
de Boules,
joué par les Hespérides faisant rouler les
Fuits de leur Jardin; c'est le Jeu
d'Escrime,
et le Jeu
de Quilles.
1654
Le
16 Août, à une heure après midi,
Antigonus,
Tragédie du Père Cossart, avec un
Ballet. Le programme
ne nous donne pas le sujet du Ballet qui accompagnait la
tragédie. La
distribution des prix était amenée par un
divertissement en l'honneur du roi: "Apollon
& Mars entrent tous les deux en dispute, chacun
pretendant avoir l'honneur de posseder le Roy. Mercure
survient & les accorde, en faisant paroistre le Genie du
Roy sur le Parnasse. Ce Genie fait part des lauriers dont il
est chargé à la jeunesse qui les reçoit
avec les honneurs qui luy sont deus."
Seuls sont notés les noms des danseurs.
1655
La
pièce donnée à la représentation
du mois d'Août ne nous est connue que par un compte
rendu de Loret. Le sujet de la Tragédie est
une Histoire
arrivée autrefois Passage de la
Lettre du 21 Août 1655: Au
grand College de Clermont,
En l'illustre maison de Fois.
Dans lequel un sçavoir profond
A la jeunesse se débite
Par maint preceptor jézuite,
Jeudi dernier fut récité
Un poëme qui fut ecouté
Par plus de sept mil trente oreilles;
Quelques acteurs firent merveilles,
Et sur le theatre éclatant
Un beau Palais représentant,
On vit opprimer l'Innocence
D'un Prince, en son adolescence,
Histoire arrivée autrefois,
En l'illustre maison de Fois,
Dont l'on fait plusieurs rois descendre,
C'est tout ce que j'y puis comprendre,
Ayant toujours resté Butor
Pour n'avoir eu de preceptor.
1656
La
tragédie d'Août offrait Un
sujet touchant & tragique Loret
nous l'apprend dans sa Lettre du 19 Août.
Ce sujet, dit-il, Fut
avant hier reprezenté
Tiré de l'Histoire Persique.
Avec grande solennité,
Par des enfans de divers âges,
Lesquels, selon leurs personnages,
Soit graves, soit facecieux,
Réussirent, ma foy, des mieux.
Cyané, fort jeune Princesse,
Par son esprit & son adresse,
Bonne grâce & naïveté,
Charma des coeurs en quantité;
On la trouva jolie & belle,
Et l'on fit cent eliges d'elle.
De l'aimable Enfant destiné
A ce Rollet de Cyané,
Dezirant fort le nom apprendre
Quelque voisin me fit entendre
Que c'étoit Hubert de Servien,
Qui, sans mentir, mérite bien
D'avoir place dans nostre Histoire,
Car il aquit honneur & gloire.
Enfin, aprés cette action
Qui parut, en perfection,
Sur un théatre magnifique,
Construit d'une maniere antique,
Les prix furent distribués...
1657
Le 13
août, à une heure après midi,
Tartaria
christiana,
ou Les
Tartares convertis,
Tragédie. La
représentation fut légèrement
contrariée par la pluie. Ce détail nous est
donné, avec beaucoup d'autres, par le poète
gazetier: Lundy,
jour assez éclatant, Les quatre
Ballets dont parle Loret
se rattachaient à l'action de la tragédie, et
représentaient les fausses espérances des
mortels sur la Vie,
la Gloire,
la Paix,
et la Fortune.
Son auteur serait le Pere Castelet.
Un Ballet
sur les fausses expériences des
mortels
(appelé drama
mutum,
par le programme).
Mais où l'on vid pleuvoir, pourtant,
Au College de Saint Ignace,
Ou bien mieux que sur la Parnasse,
Les Belles Lettres, tous les jours,
Ont un invariable cours,
Les Escoliers reprezenterent
(Et joliment s'en aquiterent)
Un poëme judicieux,
Energique, sentencieux,
Moral, touchant & patetique,
Un poëme, enfin, dramatique,
Auquel pour titre l'on donna
Tartaria Christiana:
Et pour augmenter la liesse
Que cauzoit cette sainte piece,
On y dansa quatre Balets,
Tant mysterieux que folets.
1658
Le 16 juin,
Les
Destinées de Lyon,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le 20
août, Athalia,
tragédie. Loret,
dans sa Lettre du 24 Août, rend compte de la
tragédie & du ballet, avec d'autant plus de soin,
qu'il lui en coûta "quinze sols". Au
College Saint-Ignace, La
Verité
était un des personnages du ballet, & donnait
peut-être son nom au ballet lui-même.
Un
imitateur de Loret,
Lagravete
de Magolas,
rendit lui aussi compte dans une Lettre en vers de la
représentation. Il y parle de la musique: Les
aymables & divins sons Pour
le public: Les
Pinces, comme les Princesses, Le
bibliophile Jacob
se demande si Racine put voir cette Athalie, et s'en
inspirer pour la composition de sa
tragédie. Le 12
décembre, L'Autel
de Lyon consacré à Louis Auguste &
placé dans le Temple de la Gloire,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon]
Où dans une assez bonne place
Je me mis & me cantonay,
Pour quinze sols que je donnay,
Fut, avec un appareil extresme,
Reprezenté certain poëme
Environ cinq jours, il y a,
Portant, pour titre, Athalia,
Reyne, autrefois, de la Judée,
Qui, pour n'estre depossedée
De la supresme autorité,
Fit mourir , avec cruauté,
Par une trame deloyale
Tous ceux de la Maisons Royale,
Un excepté, tant seulement,
Que l'on sauva, subtilement,
L'elevant comme une pucelle,
Et qui, malgré cette cruelle,
Aprés plusieurs dangers scabreux,
Fut couronné Roy des Hebreux,
Savoir Joas, Prince trés sage,
Qui fit, fort bien, son personnage.
Pour la Princesse Jozaba,
Son esprit point ne succomba;
Au contraire, il aquit la gloire
D'avoir une heureuse memoire,
Et si bien son Rolet joua
Que tout le monde l'en loua.
Touchant la jeune Mariane,
Cyprine, Pallas & Diane,
N'eurent jamais, au gré de tous,
Des traits si jolis & si doux;
A n'en point mentir, l'Assistance
Admira son aimable enfance,
Qui charmoit & rejouyssoit
Chaque fois qu'elle paroissoit.
Tous les autres qui réciterent,
Passablement s'en aquiterent,
Et chacun si bien s'appliqua,
Que pas un d'iceux ne manqua.
Bien loin d'exercer la critique
Contre cette piece tragique,
J'en ouys qui louoient sans fin,
Son intrigue & son beau latin.
La construction Teatrale
Etant magnifique & Royale,
On y dansa quatre Balets
Moitiés graves, moitiés folets,
Chacun ayant pluzieurs entrées,
Dont pluzieurs furent admirées;
Et, vray comme Rimeur je suys,
La verité sirant d'un puits,
Par ses pas & ses pirouëtes,
Ravit & prudes & coquettes.
Des charmans & doux violons
Aux coeurs faisoient rendre les
larmes;
Ducs, Duchesses, Comtes & Comtesses,
Des Maréchaux & des Marquis,
Et des gens de merite exquis,
Des dames & des demoiselles,
Riches, bonnes, nobles & belles,
Aux fenestres & dans la cour
Sembloient estre l'astre du jour,
Et de cette cerémonie
Accroissoient la pompe infinie.
1659
La
tragédie donnée à la
représentation du mois d'août était
nommée Pharaon.
Il y eut aussi un Ballet. Loret
est très bref sur cette représentation, mais
pour le motif qui nous expose: J'y
fus bien, à la verité, Cependant,
par oui dire, il fait quelque éloge du
spectacle: Pluzieurs
m'ont dit un bien extrême La Besace de
Jupiter,
comédie, suivie d'un Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon]
Mais à cauze que c'est ma mode,
Quand je n'ay point place commode,
De n'y pas faire long sejour,
Fut-ce mesme aux jeux de la cour,
N'étant, nulement, à mon aize,
Et n'ayant tabouret ni chaize,
Accablé d'un chagrin profond,
Je sorty dès l'acte second.
De ce grave & docte poëme,
Plein de grande erudition,
Qui s'intituloit Pharaon;
Que tout s'y fit avec tant d'ordre,
Qu'on n'y pouvoit trouver à mordre;
Que messieurs les jeunes Acteurs
Plurent, fort, à leurs Auditeurs;
Que dans chaque Balet, ou danse,
Tout alloit si bien en cadence,
Que chacun en fut rejouy;
Que la sçavant Pere d'Arouy
Etoit l'auteur de cet ouvrage;
Et je n'en sçay pas
davantage.
1660
Le 19
août, Clementia
Christiana,
tragédie, avec un ballet, dont le programme est ainsi
intitulé: "Le
Mariage du Lys & de l'Imperiale, ballet,
dédié à Leurs Majestés par les
Escoliers du College de Paris de la compagnie de Jesus, le
19 d'Aoust.",
pour la célébration du Mariage de Louis
XIV. La
brusque sortie de Loret,
l'année précédente, avait porté
ses fruits. L'avertissement avait été prise en
compte. ... Jeudy,
les Escoliers jouerent, Le
sujet de la tragédie, du Pere Dozane, est
emprunté à l'histoire de Naples. Le
ballet avait pour objet de célebrer le mariage de
Louis XIV. Le Pere Lejay nous en a donné
l'analyse: La
Premiere
Partie
représentait la récente victoire du Lys sur un
horrible Serpent, symbole de la guerre qui divisait depuis
si longtemps la France & l'Espagne. On y voyait Louis
combattant heureusement le Dragon qui avait
résisré à tous les dompteurs de
monstres. Des Amours, après la lutte, venaient
couronner le lauriers la tête du vainqueur, pendant
que des Charlatans recueillaient les restes du monstre pour
en faire des médicaments. La
Seconde
Partie
montrait l'arrivée de l'Impériale,
escortées de fleurs personnifiées,
secondée par le Zéphyr. La Renommée
chantait ses louanges et l'Echo les
répétait. Le
mariage des fleurs faisait le sujet de la
Troisième
Partie.
Il était célébré dans un
agréable jardin que le Dieu de l'Hymen avait
débarrassé de tous les insectes nuisibles.
Junon Pronuba y présidait, représentant Anne
d'Autriche, la Reine Mère. Des danses joyeuses
suivaient cette heureuse alliance. La
Quatrième
Partie,
anticipant sur l'avenir, montrait les fruits précieux
de l'auguste hymen. De nouvelles fleurs surgissaient de
chaque tige; les vents retenaient leurs haleines pour leur
permettre de s'épanouir en repos, et les peuples
charmés chantaient l'espoir d'une longue
paix. Le
Père Lejay range ce ballet dans la catégorie
de ceux qui sont fondés sur l'allégorie
d'imagination. Il aurait pu le mettre dans celle des ballets
ennuyeux. [réflexion de l'auteur, Monsieur
Ernest Boysse, NDR]
Ou, pour mieux dire ils réciterent
Un beau sujet latin, en vers,
Tout remply d'incidens divers,
Et, par cy, par là, de tendresse,
Que cette agreable jeunesse
Excelement reprezenta,
Et dignement s'en aquita;
Sujet bien plus saint que profane,
Que le sçavant Pere Dozane
De Falaize, au païs Normand,
A fait d'un stile tout charmant,
Piece sans faute & sans macule,
Piece, enfin que l'on intitule
Clementia Christiana,
Et dont, certainement, on a
Fort loué la sage conduite
En l'honneur de ce Jezuite.
Ce sujet, bien imaginé,
D'un Balet fut accompagné,
Duquel l'invention galante
Fut, tout à fait, divertissante,
Et quadrant à l'hymen du Roy;
Bref, je vous puis jurer ma foy
Que cette Action dramatique,
Et le Théatre magnifique,
Des plus beaux & des plus éclatans,
Plûrent fort aus sieurs Assistans,
Surtout au Nonce du Saint PEre,
Qui prit plaisir à ce mistere,
De sa presence l'honora,
Et, mesme, dit-on, l'admira.
Pour moy, Creature rampante,
La piece me parut charmante,
Mes yeux furent souvent ravis,
Et, commodement, je la vis
Sans aucun accident sinistre,
Grâce au sage Pere ministre,
Autrement, le Pere Gelé,
Par qui je fus là, régalé
De vin, de fruits, en abondance,
Et d'une place d'importance.
1661
Le 18
août, Justitia
Saulis filios immolantis,
tragédie, du Père Darrouy, avec un
Ballet. Une
fois de plus, Loret,
bien placé, assista au spectacle, et en rendit compte
dans sa Lettre du 3 septembre: ... On
a pris ce sujet plauzible
Au Livre des Roys, dans la Bible,
(Le grand Livre des Gens-de-bien)
Chapitre, je ne sçay combien,
Ayant pour titre, au frontispice,
Le Téatre de la Justice.
Père Darroüy, profond docteur,
En est le noble & digne Autheur:
Cette histoire, des mieux traitée,
Fut assez bien reprezentée,
Et les Balets entrelacez
Fort agreabelement dancez,
Se trouvant, illec, d'assûrance,
Un des adroits danseurs
de France.
1662
Le 22
août, Sigeric,
tragédie, dédiée au Roi, avec
La
Destinées de Monseigneur le
Dauphin,
ballet. Loret,
qui ne se pique pas d'une exactitude scrupuleuse, transforme
Sigeric en Egeric. Il nous apprend, toutefois, que le
Père Du Bois était l'auteur de
l'ouvrage. ... Les
Ecoliers des Jezuites, Des
Balets d'Entr'actes servirent, Le
sujet du Ballet se rapportait à la naissance du
Dauphin. Les Jésuites qui ne laissaient
échapper aucune occasion de faire leur cour au Roi,
ne négligèrent pas celle-ci. C'est
dans le livre du Père Menestrier que nous trouvons
une analyse du Ballet: "A
l'occasion de la naissance de Mgr le Dauphin, on
fit de sa destinée le sujet d'un ballet. L'Europe,
l'Asie, l'Afrique & l'Amerique, qui en compeserent les
quatre Entrées, chercherent cette
destinée.
Dont les personnes sont instruites
Aux sciences, soir et matin,
Reprezenterent en Latin,
Sur un Téatre magnifique,
D'Egeric, l'Histoire tragique,
Dont les vers, à ce qu'on m'a dit
Des Gens d'esprit & de credit,
(Et me l'ont dit en conscience)
Sont pleins d'art & d'intelligence;
Le Père Du Bois, ce dit-on,
Sage & sensé comme un Caton
(Je n'oze dire davantage)
Est l'Autheur du susdit Ouvrage,
Tiré de Grégoire de Tours,
Et remply de fort beaux Discours.
Qui plûrent & qui réjouirent,
Ayans pour vizée & pour fin
Le sort de Monsieur le Dauphin,
J'en voudrois dire davantage,
Mais le ma felon qui m'outrage
Ne me permet ny peu, ny point,
De bien approfondir ce point.
L'Europe consulta les Sybilles, qui furent la plupart
Européennes; l'Asie se servit des Astrologues
judiciaires, dont les plus habiles furent les
Chaldéens; l'Afrique employa les Physionomes &
les Devins, qui eurent tant de credit parmi les Egyptiens,
& l'Amerique eut recours aux Demons qui sont ses oracles
& ses divinités.
Les Sybilles firent connoistre que c'étoit par la vie
du père qu'il falloit juger de celle du fils.
Les Astrologues que le ciel en feroit une vie glorieuse
& pleine de prodiges,
Les Physionomes que sa vie seroit de longue
durée,
Et les Demons prenant l'épouvante & la fuite,
firent entendre par leur desordre, qu'une vie aussi
chretienne que celle de ce jeune Prince porteroit l'effroy
jusques dans les Enfers."
1663
Le 7
août, à une heure de l'après-midi,
Theseus,
tragédie, avec Le
Ballet de la Verité. La
tragédie, du Père Bouchet, est si l'on en
croit Loret: ... Par
de grâces nonpareilles, A
notre grand reget, l'année suivante, le gazetier
n'était plus. La
tragédie a pour sujet la reconnaissance de
Thésée par son père Egée, au
moment même où, par les artifices de
Médée, il allait être sacrifié
aux dieux. On
remarque, dans la liste des acteurs, le nom de
Joannes
Baptista Colbert,
parisinus. Le
Ballet de
la Vérité
fut l'occasion d'une sortie violente faite contre les
Pères Jésuites, par un brochurier anonyme. Le
factum est en vers, et contre la société qui
venait d'être expulsée de France. Nous
en donnons quelques passages: ... C'est
cette Entrée de Sorciers qui excite la bile de ce
poète satirique. Il continue: Tout
leur corps étoit en débauche, Cependant,
le programme du Ballet ne nous laisse voir aucune de ces
monstruosités qui excitent l'indignation du
poète satirique. Ainsi: "La
Verité, qui triomphe dans cette action (celle de
la tragédie) des fourbes de Medée, faisant
enfin reconnoistre Thesée pour le fils du Roy, donne
lieu au Ballet de la Verité." Premiére
Partie: la Verité
déguisée 1.
Aprés la Renomée & les faux bruits; Deuxiéme
Partie: la Verité
chassée 1. les Vices
taschent de chasser la Verité, & ne pouvant le
faire; Troisiéme
Partie: la Verité
cherchée 1. les bonnes
gens du temps passé sont au desespoir de ne plus voir
la Verité. Quatriéme
Partie: la Verité
retrouvée 1. les
Foux;
L'a, dit-on, traitée à
merveilles.
Par divers ornemens nouveaux
Le téatre étoit des plus beaux;
Les scolares fort bien jouerent,
Et quatre balets qu'ils danserent
Donnerent, tres-assûrement,
Un plaizant divertissement.
Plus de six mille Hommes, que Femmes,
Dont etoient pluzieurs belles dames
Dignes de respect & d'amour,
Et maints grands seigneur de la Cour,
Seigneurs de tres-rare merite
Furent voir la piece susdite
Avec un concours merveilleux,
Mesme jusqu'à des cordons-bleux.
Sur escarbelle, & non sur chaize,
Je vis le tout bien à mon aize,
Grâces au Pere Gendreau,
Qui me fit un petit cadeau,
Par une bonté toute pure,
De pain, vin, fruit & confiture,
M'ofrant ce rafraîchissement,
Tout de bon, fort obligeamment.
Celui-ci, dans cette tragédie, qui jouait un modeste
rôle de seigneur, peut-être même celui
d'un simple figurant, était le fils du ministre de
Louis XIV.
On
vit une troupe enflammée,
De l'esprit d'enfer animée,
Qui, sortant des plus sombres lieux,
Tout d'un coup vint sauter aux yeux;
Et par des efforts impudiques,
Des sauts frisés, des pas lubriques,
Fit un épouvantable ebat
Qu'on a jamais fait au sabat.
Et dans ces transports si brulans,
Dans ces efforts si violens,
Ils faisoient tant de piroüettes,
Tant d'ecarts, d'elans, de courbettes,
Et tant d'assauts precipités,
Qu'on eut dit qu'ils s'etoient frottés
De cette graisse ensorcelée
Qui donne une haute volée...
2. la Verité paroist;
3. les Orateurs la parent;
4. les Poëtes la fardent;
5. les Courtisans se servent du deguisement pour la
travestir.
2. ils s'adressent à la Nuit, qui avec toutes ses
ombres ne la peut pas mesme cacher.
3. le Mensonge, l'Erreur, l'Ignorance, la Fourberie,
& la Calomnie la mettent en fuite;
4. les Plaideurs l'empeschent de se retirer dans le
Palais d'Astrée.
5. Elle se refugie dans un temple des faux dieux, mais ces
dieux la chassent & la poursuivent si indignement,
qu'elle est contrainte de se jetter dans un puits qu'elle
rencontre par hazard.
2. les Faiseurs d'almanachs la cherchent dans les cieux.
3. les Faiseurs de nouvelles la font chercher par tout le
monde par des courriers exprés.
4. les Magiciens la font chercher dans les Enfers.
l5. les Paysans, ayant remarqué chez eux la
Simplicité & les autres Compagnes de la
Verité, esperent enfin decouvrir le lieu de sa
retraitte.
2. les Enfans,
3. & les Yvrognes découvrent la Verité,
mais il ne la peuvent retenir.
4. les Philosophes font aussi de grands efforts pour
l'enlever du puits, mais inutilement, parce qu'ils
n'agissent pas de concert.
5. le Temps enfin tire la Verité de ces obscuritez
& la fait voir à tout le monde.
1664
Août,
Hermenegildus,
tragédie du Père Boucher, "meslée de
Choeurs & de moceaux lyriques", avec un
Ballet de
la Haine.
1665
Le 6
Août, à une heure après midi,
Irlande,
tragédie, avec le Ballet
des Comètes. Le
sujet de la tragédie nous est resté inconnu.
Pour le ballet, nous aurons recours au Père
Menestrier, qui après avoir recommandé de lier
autant que possible le sujet du Ballet à celui de la
tragédie, ajoute: "Puisque
les Poëtes nous parlent des mouvements des cieux comme
d'un bal où ils font danser les estoiles toutes les
nuits, on a cru qu'il seroit aussi permis de faire le ballet
des deux comètes qui ont paru cette
année. La
Première sembloit de mauvais augure à quelques
Astrologues à cause du temps et du lieu de sa
naissance, de sa lumiere sombre et de son cours d'Orient en
Occident qui la tenoit au commencement éloigné
du Soleil. La
Seconde ne promettoit rien que de bon pour les raisons
contraires. Elle alloir d'Occident en Orient et
précédoit tous les matins le lever du Soleil,
comme pour servir d'avant-courriere à ce Prince des
Astres, & y conduire par son éclat les gens de
toutes les nations que la nouveauté attiroit sur
elle. C'est ce qui a donné sujet de feindre que le
Soleil, irrité de c e que les hommes les
considèrent moins que les estoiles de na nuit, a fait
naître, comme il est le pere des lumieres, ces deux
cometes, l'un pour les punir de leur faute, l'autre pour les
instruire de leur devoir."
1666
Le 3
Août, à une heure après midi,
Gusmanus,
tragédie, avec le Ballet
du Temps. Le Ballet,
designé dans le programme latin, sous le nom de
Paloestricum
Drama,
comprend quatre parties: 1°
La Nature
du Temps: 2°
Les
changemens du Temps: 3°
les
Ennemis du Temps: 4°
les
Victoires du Temps:
Saturne qui en est l'image - les Planètes qui le
produisent par leurs mouvemens - les momens qui le composent
- les Astrologues qui l'estudient - les Horlogers qui le
mesurent nous font connoistre le Temps.
Dans le Printemps, représenté par des fleurs -
dans l'Esté et l'Automne, par des moissonneurs &
des vendangeurs - dans l'Hyver par des fimas, - dans les
Vents par des girouettes - dans les Modes par des gens
habillez differemment & d'une maniere
extravagante.
La crainte du travail, dans des gueux, - le peu d'employ,
dans les bergers, - l'oisiveté, dans des soldats en
garnison, - le libertinage, dans des pages, - le jeu, dans
des joueurs de boules.
Sur la force, dans des lutteurs qu'il affoiblit - sur la
dureté du bronze & des marbres, dans des statues
qu'il renverse - sur la beauté, dans de jeunes
personnes qu'il couvre d'un vilain masque, - sur l'esprit,
dans des vieillards auxquels il en oste l'usage, - sur les
passions, dans des Furies, dont il esteint les
flambeaux.
1667
Le 11
Août, à 1 heure après midi,
Andronicus
martyr,
tragédie, avec un Ballet. Les quatre
parties du Ballet représentaient: Les 5. 6.
& 7. iours de Septembre à une heure precise:
Iosué
triomphant, ou les Premieres Palmes de
l'Idumée,
Tragedie, avec des Ballets
- l'innocence menacée,
- l'innocence persécutée,
- l'innocence secourue, et
- l'innocence couronnéee.
1669
Le 6
Août, à une heure après midi,
Jonathas,
tragédie, avec Le
Destin, Ballet. Le
Ballet a l'intention de montrer, dans ses quatre parties,
les diverses phases de l'empire du Destin. On
représente, dans la première, "la naissance
du Destin & l'etablissement de son empire imaginaire. Ce
sont l'ignorance, le mensonge, l'imprudence, & l'erreur
qui tirent le Destin de l'enfer & l'installent sur le
thrône. Les Dieux & les Hommes sont contrains de
luy rendre hommage, & s'en retournent chargés de
chaisnes." L'exécution
des arrêts irrévocables du Destin, forme le
sujet de la Seconde Partie. Nous y voyons "des avares qui
s'efforcent en vain de corrompre le Destin & de le
porter à force d'argent à révoquer
l'arrêt de leur mort, et des courtisans qui mettent
inutilement en usage tous les artifices & toutes les
bassesses pour obtenir du Dieu qu'il suspende l'arrêt
de leur disgrace." La
Troisième Partie fait voir "la Décadence de
l'Empire du Destin", et
la Quatrième "la ruine entiere de cet Empire. Mars
& Minerve commencent à se révolter contre
son joug. Les autres Dieux se joignent à eux, &
enfin le Destin, arraché de son thrône,
retourne dans les Enfers avec les Furies qui l'en avoient
tiré."
1670
Le 5
Août, à une heure après midi,
Adrastus,
tragédie, avec le Ballet
de la Curiosité.
1671
Le 5
Août, à une heure aprés midi,
La Prise
de Babylone,
tragédie, avec le Ballet
des Songes. Ce
ballet est un de ceux que le Pere Menestrier appelle
"ballets d'attache", c'est à dire dont l'idée
est liée à celle de la
tragédie. "L'An
1671, le sujet de la Tragedie étant la ruine de
l'Empire des Assyriens, on fit le Ballet des Songes, parce
que le Ciel ne se servit pas seulement de la main qui parut
sur la muraille de la Salle du Palais de Balthazar, pour
predire ce renvercement; il l'avoit fait connoître
long-tems auparavant par plusieurs songes. Ce qui fit
prendre pour le sujet du Ballet qui devoit accompagner la
Tragédie: les Songes. Leurs causes generales &
particuliéres furent exprimées dans les deux
premiéres parties. Les deux derniéres en
présenterent les tromperies & la verité,
qui sont les deux effets des songes, dont les uns ne sont
que des illusions, tandis que les autres sont mysterieux
& des moyens dont la providence se sert quelquefois pour
nous découvrir ses secrets. Dans
la Premiére Partie de ce Ballet, la Nuit, le Silence,
la Paresse & la Lassitude, qui causent naturellement le
Sommeil, l'introduisirent pour faire la 1ere
Entrée. Le
Bruit, le Soin, la Jalousie & la Crainte s'efforcerent
de le troubler & firent la Seconde
Entrée. L'Imagination,
avec ses phantômes, fut la 4eme Partie. Les
Enfans du Sommeil, Morphée, Icelus & Phantasus,
qui sont en même tems commes les peres des songes,
firent la 5eme. La
diversité des Songes causée par la
diversité des humeurs & des tempéramens
fit la Seconde Partie, où le temperament sanguin fit
voir les Songes agreables, comme les autres temperamens en
firent voir de melancoliques, de violens, &
d'extravagans." Ce sujet des
Songes a été traité de nouveau par le
Pere Le Jay.
1672
Le 3
Août, à une heure après midi,
Catharina,
tragédie, avec le Ballet
de l'Illusion. Une
note manuscrite sur le programme nous apprend que cette
tragédie est du Pere Lucas. "Le
Ballet presente des scenes agreables & pouvant donner
lieu à un spectacle amusant.
1673
Le 2
Août, à une heure après midi,
Cyrus
restitutus,
tragédie, avec L'Empire
du Soleil, Ballet. "Pour
la Tragedie de Cyrus, qui se représenta, l'an 1673,
le nom de ce Prince signifiant en langue persane Le Soleil,
& cet astre étant la devise du Roy qui donnoit
les prix, on représenta dans le Ballet, l'Empire du
Soleil, sur le Ciel, les Saisons, les Elemens & le
Temps, & ce fut une allegorie perpétuelle du
succès des armes victorieuses du Roy." (le Pere
Menestrier)
1674
Le 6
Août, à une heure de l'après midi,
Moses,
tragédie, avec l'Idolâtrie,
Ballet. "Pour
la tragedie de Moyse qui fut le legistrateur des Hebreux,
& l'ennemy declaré de l'Idolâtrie, on fit
de l'Idolâtrie le sujet du Ballet, parce que l'Egypte,
qui étoit la scene de la tragedie, a
été le premier théatre des
superstitions, aussi bien que des avantures de Moyse." (le
Pere Menestrier)
1675
Le 12
Février, à une jeure de l'après midi,
Jovinianus,
tragédie, donnée par les élèves
de Seconde, avec Tyrsis,
Pastorale en Musique
pour servir d'Intermèdes à la
tragédie. C'est
la première fois que nous rencontrons une Pastorale
& un spectacle composé de deux ouvrages à
la représentation du Carnaval. Le
7 Août, à une heure de l'après
midi, Trebellius,
tragédie, avec le
Ballet de la Mode. Ce
Ballet est l'un de ceux que cite le Pere Menestrier, mais
sans entrer dans aucun détail. Le sujet en fut de
nouveau traité au siècle suivant sous le titre
de L'Empire de la Mode.
1676
Le 5
Août, à une heure après midi,
Abimelech,
tragédie, avec le Ballet
des Jeux. Du
Ballet ne nous reste que les nomd des danseurs.
1677
Le 5
Août, à une heure après midi,
Lysimachus,
tragédie, avec Persée,
tragédie-ballet. La
Tragédie-Ballet offre le mélange du
récit et de la danse. Elle est divisée en 4
actes, dont "l'argument" donne une idée
suffisante: "On
prétend donner en la personne de Persée,
l'idée d'un conquérant parfait, dont les
entreprises sont toûjours accompagnées des
quatre principales qualitez: la Prudence, la Promptitude, la
Valeur, & le Bon-heur. La Prudence regle le dessein. La
Promptitude & la Valeur regnent dans l'execution, &
le Bon-heur regarde le succez & la fin de
l'entreprise. La
Fable de Persée renferme tous les symboles de ces
quatre qualitez, dans les armes que les Dieux donnerent
à ce Heros, pour aller combattre Meduse. Ces armes
estoient: un bouclier en forme de miroir, des aisles, une
epée, un casque qui le rendoit invisible aux yeux des
mortels. Le miroir est le symbole de la Prudence; les aisles
sont les instrumens de la Promptitude; l'epée est
celuy de la Valeur, & le casque enchanté figure
le Bon-heure. Ces
quatre qualitez sont la matiere d'une piece de quatre actes,
dont la division, quoiqu'extraordinaire, est commode au
sujet pour lequel on l'a faite, qui est pour servir
d'Intermedes à une tragedie
reguliére."
1679
Le 28 mai,
Les
Victoires de la Paix,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
17 Août, à une heure après midi,
Cyrus,
tragédie, avec le
Ballet de la Paix. Ce
ballet avait pour objet de célébrer le
traité signé à Nimègue, le 11
août de cette année, avec la Hollande, à
la suite des brillants succès des armeés du
roi dans ce pays et sur le Rhin. Si l'on se reporte à
la date de la représentation, on verra qu'il
n'était pas possible de serrer de plus près
l'"actualité". La
tragédie est du Pere La Rue. Passons au Ballet, dont
le dessein est expliqué dans le programme: "L'ouvrage
de la Paix glorieusement terminé par la France, doit
estre le bon-heur de l'Europe & faire par tout refleurir
la Vertu, les Beaux arts, l'Abondance, & la Joye: quatre
effects de la Paix, incompatibles avec les desordres de la
guerre. Ces
quatre effects sont representez par les quatre couronnes que
l'antiquité donnoit à la paix. Celle d'Olivier
qui estoit le symbole de la Vertu, celle de laurier, qui
estoit le prix des Beaux arts; celle d'épics, qui est
la marque de l'Abondance; & celle de roses, qui est la
figure de la Joye. C'est
le sujet des quatre parties de ce Ballet. La Premiére
Partie a pour scene un Temple d'Athenes, la plus religieuse
de toutes les villes, fameuse dans la Fable par les
differens de Neptune & de Pallas, qui se disputoient
l'honneur de sa protection, que Pallas remporta pour avoir
fait naistre un olivier. La
Seconde a pour scene le Parnasse, sejour ordinaire
d'Apollon, la Troisiéme, les campagnes de
Cerés, & la Quatriéme, les Jardins de
Flore." La
partie comique du Ballet est représentée par
un entrée de Scaramouches et de Harlequins sous la
direction de Thalie. Dans
le Ballet général, "les François
assemblent toutes les autres Nations pour le couronnement de
la Paix. Ils y engagent les Espagnols, les Suédois,
les Allemans, & les Hollandois. Ils y obligent les
Danois & les peuples de Brandebourg & tous se
réunissent pour offrir à la Paix les quatre
Couronnes." Non
daté, Le
Monde devenu François par le Commerce, ou le Commerce
des François chez toutes les Nations de la
Terre,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon]
1680
Le 13. jour
de May, Les
Arts, la Science & les Armes employés par
l'Hymenée pour le Mariage de Monseigneur le
Dauphin,
Pièce
mêlée de Chant, de Spectacle, & de
Danse,
représentée au Collège Royal de La
Flèche. Arguement
Général: "L'Hymenée
voulant faire quelque chose de considerable au Mariage de
Monseigneur le Dauphin & de la Princesse de
Baviére, emploie pour cela tout ce qu'il y a de plus
beau dans les Arts, dans les Sciences & dans l'exercice
des Armes. Mais sans avoir recours à Minerve &
à Apollon, ny à Mars, il se sert pour ce
dessein des Amours, qui sont ses Freres, les jugeant
capables de réüssir à tout. Ainsi les
Amours, déguisés en Artisans, en
Sçavans & en Guerriers, font les Trois Parties de
cette Piece." Le 16 juin,
Epipode,
tragédie, avec L'Empressement
des Arts,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le 21
Août, à une heure après midi,
Erixana,
tragédie, avec La
France Victorieuse sous Louis le Grand,
Ballet. Voici
l'argument de ce Ballet: "Ce
n'est pas seulement par les armes que la France est
victorieuse sous Louis le Grand; elle l'est de plus par les
Loix, que ce Prince y a si sagement etablies; par les Beaux
Arts qu'il y fait refleurir avec tant d'éclat; mais
surtout par la Paix, qu'il a si génereusement
accordée à l'Europe. Elle triomphe, par les
Loix, des principaux deréglemens que l'injustice
avoit introduits; le l'ignorance par les Beaux Arts; de ses
ennemis par les Armes; & d'elle même par la Paix.
Ces quatre sortes de triomphe qui sont uniquement l'ouvrage
de Louis le Grand, & qui rendent sous son regne la
France la plus illustre de toutes les Nations, feront le
sujet des quatre parteis de ce Ballet." Dans
la Première Partie, "La France Victorieuse de
l'Injustice par les Loix", Thémis, accompagnée
de la Force & de la Prudence, enchaîne & punit
des duellistes, des filous, la chicane & des magiciens.
La Seconde Partie, "La France Victorieuse de l'Ignorance par
les Beaux Arts", montre Apollon & les Muses quittant le
Parnasse pour s'établir en France, des peintres, des
statuaires faisant le portrait et la statue du Roi, des
auteurs tragiques & comiques choisissant, sous la
conduite de Mercure, la France, pour y fixer sa
demeure. "La
France Victorieuse de ses Ennemis par les Armes", forme le
sujet de la Troisième Partie. On y remarque une
entrée, "des frimas & des vents", qui s'efforcent
de ralentir l'ardeur des Français, montrant que la
rigueur de l'hiver n'a point empêché le Roi de
continuer la guerre. Enfin, dans la Quatrième Partie,
"La France Victorieuse d'elle-mesme par la Paix", on fait
intervenir l'Hyménée avec les Jeux & les
Ris, pour exprimer "le plus illustre effet de la Paix qui a
été le mariage de Mademoiselle avec le Roy
d'Espagne & de Monseigneur le Dauphin avec la Princesse
de Baviere". A
Caen, au College Bourbon, Daniel,
Tragedie, , avecle Ballet
meslé de Récits sur le sujet du Mariage de
Monseigneur le Dauphin. Les
Airs & pas sont composés par M. Bérar,
organiste de Ste Croix St
Ouen.
La
France Victorieuse sous Louis le Grand
1681
Le
1er juin, Le
Soleil,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le 6
Août, à une heure après midi,
Constantinus,
tragédie, avec Le
Triomphe de la Religion ou l'Idolâtrie vaincue,
Ballet. "Le
Triomphe de la Religion" est un sujet qui, au premier abord,
paraît offrir peu de matière à l'art
chorégraphique. On va voir comment l'auteur, dont le
nom nous est resté inconnu, en a tié
parti. Dans
une Premier Entrée, qui sert de prélude, "les
demons aïant appris qu'un Heros chestien devoit un jour
ruiner l'Idolâtrie, paroissent sous la forme des
divinitez payennes, & font sortir du fond de l'abysme
quatre Monstres horribles, la Passion, l'Ignorance,
l'Artifice, & la Cruauté, dont ils pretendent se
servir pour affermir leur empire. Ainsi,
dans la Première Partie, ce sont les passions qui
donnent naissance à l'Idolâtrie; c'est
l'orgüeil qui porte Nabuchodonosor à se faire
adorer comme un Dieu; c'est la peur qui pousse les Hommes
à diviniser la faim, la maladie, les procés,
la guerre, dans l'espoir d'en estre traités plus
favorablement; c'est l'amour du plaisir qui eléve des
autels à Momus & à Bacchus. L'Ignorance
vient ensuite, & dans cette partie, l'on fait voir,
entre autres tableaux, des Egyptiens adorateurs des
Citroüilles & des Oignons, qui achetent à
grand prix ces légumes que des païsans portoient
au marché. Pour représenter l'Artifice, on se
sert notament de Vespasien, qui pour en imposer aux Peuples
par des miracles, se laisse présenter une pretendue
guérison. Dans la Quatriéme Partie, la
cruauté met en oeuvre l'exil, la prison, les
persecutions, & les tourmens, pour combattre la
Religion, qui triomphe dans le Ballet final, & à
laquelle toutes les Nations de la terre viennent rendre
hommage." On
trouve dans la liste des acteurs de ce Ballet un nom bien
connu au théatre, celui de Biancolelli. Ce jeune
acteur, Louis-Dominique, était le fils du
célèbre Arlequin qui fit partie de la Troupe
appelée d'Italie par Mazarin, & qui mourut en
1688. Il était filleul de Louis VIV & devint
ingénieur militaire, tout en faisant des
pièces pour le théâtre italien. Son
frère, Pierre-François, qui fut
également élève des Jésuites, a
eu une carrière dramatique plus longue, comme acteur
et auteur.
1682
Le 24 mai,
Le Combat
de Mars & de la Religion sur les victoires de Louis le
Grand,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
5 Août, à une heure après midi,
Polydorus,
tragédie, avec Plutus,
Dieu des Richesses, Ballet.
1683
Le
1er Mars, à une heure après midi,
Coriolanus,
tragédie, avec Sylvandre,
Pastorale en Musique. Nous n'avons
pas la composition de cette Pastorale. Le 13 juin,
Le
Secret,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon]
1684
Le
14 Février, à une heure après midi
[hora ipsa post meridiem prima],
Eustachius
martyr,
tragédie, avec Eustache,
Tragédie en Musique,
"pour servir d'Intermedes à la piece
latine". La
Tragédie en Musique se composait de quelques
scènes françaises, avec des Récitatifs
& des Choeurs, intercalés entre les Actes de la
Tragédie Latine. Le 28 mai,
Justus
Martyr,
tragédie, avec La
Toison d'Or recouvrée,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
17 Août, à une heure après midi,
Carolus
magnus,
tragédie, avec Le
Heros, ou Les Actions d'un grand Prince representées
dans celles de Louis le Grand, Ballet. C'est
le second ballet en l'honneur de Louis XIV. Un
troisième suivra.
1685
Le 5 Mars,
à une heure après midi, Demetrius,
tragédie, avec Demetrius,
Tragédie en Musique,
"pour servir d'Intermedes à la piece
latine". Le 17 juin,
La Mere
des Machabées,
tragédie, avec Jupiter
liberateur,
Ballet
allégorique.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
6 Août, à une heure après midi,
Clissonus,
tragédie, avec le
Ballet des Arts.
1686
Le 20
Février, à une heure après midi,
Jephtes,
tragédie, avec Jephté,
Tragédie en Musique,
"pour servir d'Intermedes à la piece
latine". Le
programme de cette Tragédie en Musique, en langue
vulgaire, indique seulement la matière de chacun des
cinq Actes: "Le
sujet est tiré du chapitre onziéme du Livre
des Juges. Jephté, general des armées du
Peuple d'Israël, se voyant sur le point d'estre defait
dans une bataille qu'il donna aux Ammonites, fit voeu, s'il
en sortoit victorieux, de sacrifier la premiére
personne de sa famille qu'il rencontreroit au retour de la
guerre. Il vainquit et la premiére personne qu'il
rencontra fut sa propre fille. Il la sacrifia donc; la
faisant mourir, suivant le sentiment de quelques interpretes
de l'Ecriture, ou plûtôt suivant l'opinion de
quelques autres l'obligeant de consacrer à Dieu sa
virginité. Pour
rendre cette histoire plus propre au théatre, on y a
ajouté une circonstance: Que Jephté, dans le
tems du même combat, promit de donner sa fille unique
en mariage à celuy de son armée qui lui
apporteroit la tête du general des Ammonites.
Jaïre, un des principaux capitaines, la luy
apporta." L'auteur
a choisi la version la moins sanglante pour le
dénouement de sa tragédie. Le grand
Prêtre, au moment du sacrifice, se sent tout à
coup inspiré et déclare que Dieu se contentera
que la victime fasse aux pieds de l'autel le sacrifice de sa
virginité. Il
y avait quatre Choeurs: les Sacrificateurs, les Captifs
Ammonites, la Suite de Seïle, fille de Jephté,
& les Soldats & le Peuple. Le
19 juin, Theopompe,
tragédie, avec La
Boète de Pandore
fermée,
Ballet
allégorique.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
7 Août, à une heure après midi,
Clovis,
tragédie, avec Les
Travaux d'Hercule, Ballet. Ce
ballet est cité comme "trés ingenieux" par le
Pere Lejay. Il est tout au moins fort curieux, en ce que
l'auteur a trouvé dans les travaux d'Hercule, une
allégorie continuelle des faits & gestes de Louis
XIV. Les
Travaux d'Hercule sont divisés en quatre groupes. Le
héros entreprend les uns pour sa gloire, les autres
pour l'utilité des peuples qu'il protège, les
troisièmes pour défendre et venger ses amis,
les derniers pourrendre aux dieux les honneurs qui leur sont
dus. Ce
n'est assurément pas par des ouvrages de cette nature
que les Jésuites prêchaient la fameuse doctrine
de la désobéissance aux rois qu'on leur a si
fort reprochée.
1687
Le
10 Février, à une heure après
midi, Celsus,
tragédie, avec Celse
martyr, Tragédie en Musique,
"pour servir d'Intermedes à la piece
latine". Cette
pièce, d'après une note manuscrite du
programme, est du Père Pattu. La Tragédie
française, en musique, est de la composition du
Père Bretonneau. La musique est de
Charpentier. Elle
est en cinq Actes, et l'on peut dire que c'était
plutôt la pièce latine en trois actes qui
servait d'intermèdes à la pièce
française. L'action est un peu différente de
celle de la tragédie latine. Nous y voyons seulement
un personnage nouveau, Marcionille, femme du gouverneur
d'Antioche, & lère de Celse. Des
Récitatifs, des Airs, des Choeurs fort nombreux font
de cet ouvrage un véritable opéra. Le 6
Août, à une heure après midi,
Erixana,
avec La
France Victorieuse sous Louis le Grand,
Ballet. La
Tragédie & le Ballet avaient déjà
été représenté.
1688
Le
25 Février, à une heure après
midi, Saül,
tragédie, avec David
& Jonathas, Tragédie en
Musique. La
Tragédie Latine est du Père Pierre Chamillart;
les Vers de la Tragédie en Musique sont du
Père Bretonneau. Les
deux ouvrages ont le même sujet: la mort de Saül
et de ses fils et l'avènement de David au trône
d'Israël. Comme
la tragédie latine, la Tragédie en Musique est
en cinq Actes. Elle est précédée d'un
Prologue où l'on voit Saül, à la veille
de livre bataille, en consultation chez la Pythonesse.
Là, grand évocation de démons, qui se
termine par l'apparition de l'ombre de Samuel. Celui-ci
prédit à Saül sa ruine
prochaine: Téméraire,
où vas-tu ? quel criminel effort La
partie musicale est très développée;
nous y remarquons une Chaconne sur ces
paroles: Goûtons,
goûtons les charmes La
musique est de Charpentier. Le 13 juin,
La
Statuë de Louis le Grand elevée sur le confluent
du Rhone & de la Saone,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] En
Août, Celse
Martyr,
tragédie, avec La
Forêt enchantée enlevée par
Renaud,
Ballet.
[Collège des Jésuites à
Rouen] Le
17 Août, à une heure après midi,
Heraclius
sivè Crux recepta,
tragédie, avec le
Ballet des Saisons. Il
y a, dans les ballets de Benserade, un Ballet des Saisons
qui fut dansé à Fontainebleau, en 1661. Le roi
y dansa le personnage de Cerés & celui du
Printemps.
T'a fait precipiter & ta honte & ta mort ?
Enfans, amis, gloire, couronne,
Le ciel va ta ravir tout ce qu'il t'a donné,
Aprés tant de faveurs, ingrat, il t'abandonne
Comme tu l'as abandonné.
D'une aimable paix,
Les soins & les allarmes
Cessent pour jamais;
Goûtons, goûtons les charmes
D'une aimable paix.
1689
Le 5 mai,
Le Repos
d'Hercule troublé par l'Envie,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
17 Août, à une heure après midi,
Plymnestor,
tragédie, avec Sigalion,
ou Le Secret, Ballet.
1690
Le 30
janvier, à une heure après midi,
La
Mode,
comédie mêlée de Musique & de
Spectacle, pour servir d'Intermèdes à la
tragédie d'Alexis,
Empereur de Constantinople,
représentée au Collège de la Compagnie
de Jésus, par les écoliers de Seconde,
à La Flèche. Arguement: "Anselme
étoit enteté de la mode jusqu'à la
folie, & faisoit d'excessives depenses pour satisfaire
son inclination. Eraste, son fils, entreprend de lui faire
connoître le ridicule de son entêtement & y
réüssit. La Scene est à
Besansson." Le 21 mai,
La Guerre
des Geans sontre Jupiter,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
2 Août, à une heure après midi,
Alexander
Magnus,
tragédie, avec Orphée,
Ballet mêlé de récits.
1691
Le 10 juin,
Cyrus,
tragédie, avec La
Gloire de Lyon rétablie & consacrée
à Louis le Grand,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
6 Août, à une heure après midi,
Idoménée,
tragédie, avec le
Ballet des Passions. Le 27
Août, à une heure après midi,
Les
Differens Plaisirs des Saisons, Ballet,
qui est représenté sur le Théâtre
du Collège Royal de La Flèche. Quatre
élèves costumés représentaient
les quatre Saisons, et la Pièce elle-même se
divise en Quatre Parties. Quelques
années après ce brillant ballet mythologique,
l'évêque d'Angers, Le Peltier, ayant fait au
Collège de La Flèche l'honneur d'une visite
pastorale, on choisit parmi les pensionnaires & dans la
ville quelques-uns des enfants les plus distingués
pour lui réciter cinq Idylles. Dans la
Première, Alcidor, Hylas, Coridon, Iolas & Atys
célèbrent à l'envi les louanges de
Daphnis, nom bucolique donné au
vénérable pasteur: Alcidor Hylas Corydon Iolas Atys Le Dialogue
continue dans cette Idylle & dans les autres sur ce ton
facile & qui n'est pas sans charme. La Dernière
renferme un petit Dialogue moral qui ne manque ni de
grâce ni de sentiment: Un autre
jour, caché dans du glaïeul,
Nous avons consacré cette belle journée
A Daphnis, la gloire & l'amour
Dans ce agreable sejour.
Mais pour louer Daphnis, c'est trop peu d'une
année,
Et nous n'avons qu'un jour.
Nous chanterons tour à tour
Avec un plaisir extrême
Ce que nous dicteront le plaisir & l'amour;
On dit toujours bien quand on aime.
D'ailleurs, dans ce qu'un Berget dit,
C'est le coeur qui doit plaire, on laisse là
l'esprit...
Hâtons-nous, jeune Atys ! je gage ma Musette
Que je chanterai mieux que vous.
Et moi, je gage ma Houlette.
Je vis Daphnis avec ses moutons seul,
Puis j'entendis qu'il leur disait: "la rive
Est peu sûre, mes chers moutons,
N'en approchez pas tant, paissez dans les vallons;
Le mal, helas ! qui vous arrive,
Votre Berger le sent bien mieux que vous.
N'abandonnez point votre mere,
Tendres agneaux; un d'entre vous naguère,
Pour s'en être écarté fut devoré
des loups;
La perte de ce miserable
Vous doit servir d'exemple à tous.
1692
Le
16 Février, à une heure après
midi, Sophronie,
tragédie, avec des "Intermedes en Musique qui
seront chantez à la tragedie de Sophronie,
composés de l'Union de la Victoire & de la Paix,
Prologue, les Enchantemens d'Ismene, les Bergers du
Jourdain, la Constance des Chrestiens, & le Triomphe de
la Religion". Le
1er juin, Annibal,
tragédie, avec Les
Impostures,
Ballet
orné de Machines & de Changemens de
Theatre.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
12 Août, à une heure après midi,
Maximien,
tragédie, avec le
Ballet de la Vérité.
Il s'agit de la seconde représentation de ce
Ballet.
1693
Le 17 mai,
Germanicus,
tragédie, avec La
Foire d'Augsbourg,
Ballet
allégorique orné de Machines & de
Changemens de Theatre.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
12 Août, à une heure après midi,
Eustachius,
tragédie, avec Romulus,
Pastorale en forme de Ballet. le 20.
d'Aoust, à 2 heures parés midy l'an 1693,
Diogème,
Comedie meslée de Danses, pour servir d'Intermedes
à la Tragedie de Cosroes,
qui sera representée au College Royal de la Compagnie
de Jesus à Caen.
1695
Le 29 mai,
Juba,
tragédie, avec Les Jeux
de la Haye,
Ballet
allégorique orné de Machines & de
Changemens de Theatre.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
3 Août, à une heure après midi,
Josephus
frates agnoscens,
tragédie, avec Comus,
ou l'Origine des Festins, Ballet. La
tragédie et le Ballet sont du Pere Lejay. Le
Ballet a beaucoup d'agrément et une véritable
originalité. Le
Prologue nous montre Jupiter qui se propose de donner un
splendide festin aux Dieux qui l'ont soutenu dans sa lutte
contre les Titans. Comus est chargé d'organiser cette
fête gastronomique, mais il est fort
embarrassé, ne sachant comment il pourra satisfaire
les goûts de tous les convives. Momus arrive et lui
conseille de s'adresser aux quatre âges & aux
divinités qui en dépendant. Comus goûte
cet avis & fait comparaître successivement les
quatre âges en sa présence. Saturne
avec Sylvain & les Faunes, divinités de
l'âge d'or, apportent à Comus le gland dont ils
vantent les agréments. Les Dieux des Champs viennent
avec les herbes & les légumes, qui offrent
à Esculape l'occasion de faire à ses disciples
une leçon sur les vertus & les dangers des
plantes. Vertumne présente les fruits, & les
Génies des Fleuves & des Fontaines l'eau de leurs
urnes, qui est reçue avec peu de faveur. Comus &
Momus se montrent peu satisfaits de ce premier
service. L'âge
d'argent fournit des aliments plus solides. Comus &
Momus reçoivent successivement Osiris & ses
laboureurs qui apportent le pain, Bacchus & ses
vignerons le vin, les Bergers de Palès le lait qu'ils
veulent que l'on préfère au vin. Comus ne
l'accepte qu'à condition qu'on en fera du fromage.
Tout cela n'avance guère le menu du
festin. Mais
l'âge d'airain amène avec lui Pan & ses
gras troupeaux. Pour faire cuire les viandes, les
prêtres d'Isis offrent leurs services, mais Momus les
congédie de crainte qu'il n'en soit comme des
victimes dont les Dieux n'ont que la fumée. Les
chasseurs célèbres, Actéon,
Méléagre & Céphale se chargent de
fournir la venaison, & Orion le gibier à plumes.
Enfin Vulcain et ses Cyclopes apparaissent portant une
superbe batterie de cuisine. Mars
semble craindre que le repas ne soit un peu fade. Les Dieux
de l'âge de fer arrivent à propos pour
l'assaisonner. Neptune & l'Océan donnent le sel
& les épices, Apollon une branche de sa couronne
de lauriers, ce qui lui vaut de Comus ce compliment qu'on
n'a jamais eu tant d'esprit sur le Parnasse. Hercule donne
le citron qu'il a conquis au Jardin des Hespérides.
Enfin Silène, qui s'était endormi au soleil
avec sa bouteille encore à moitié pleine,
arrive avec son vin devenu aigre, on l'emploiera comme
vinaigre. Jupiter
s'impatiente & pour le distraire jusqu'à ce que
le repas soit préparé, tous les Dieux mis en
gaieté par Momus donnent au Monarque céleste
le spectacle d'un ballet général.
1696
Le
6 Août, à une heure après midi,
Chosroes
[Cosroes],
tragédie, avec le
Ballet de Mars ou de la Guerre. Cette
Tragédie, du Père de Jouvancy, a
été jouée précédemment
sous le titre de Heraclius sive Crux recepta. Le Ballet est
du même auteur.
1697
Le 2 juin,
Germanicus,
tragédie, avec Les
Préludes de la Paix,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] En
Août, Le
Médecin des maladies imaginaires,
comédie, avec Les
Esperances de la Paix,
Ballet.
[Collège des Jésuites à
Rouen] Le
7 Août, à une heure après midi,
Posthumius
dictator,
tragédie, avec le
Ballet de la Jeunesse, dédié à
Monseigneur le Duc de Bourgogne. Le
Ballet est du Père Lejay. Il est
précédé d'une pièce en vers: La
Jeunesse du collège Louis-Le-Grand, à
Monseigneur le duc de Bourgogne. Le
Prince avait alors 15 ans, et il est fort probable qu'il
assista à la représentation au début de
laquelle on lui adressa ces vers: ... Voici
le dessein du Ballet: "Quatre
choses sont necessaires pour eslever & former une
jeunesse qui doit estre un jour l'appuy & l'ornement
d'un Estat. Il faut luy éclairer l'esprit par
l'estude des sciences. On doit luy regler le coeur, en luy
inspirant de l'horreur pour le vice & de l'amour pour la
vertu. Les exercices du corps sont necessaires aussi pour la
disposer aux fonctions d'un âge plus avancé.
Enfin, comme la jeunesse n'est pas capable d'une application
continuelle, elle ne peut se passer de quelques
divertissemens honnestes qui interrompent de tems en tems
les plus serieuses occupations." C'est
tout un plan d'éducation en Quatre Actes & un
grand nombre de tableaux. Dans
la Premiere Partie, consacrée aux Sciences, figurent
la Grammaire, l'Eloquence, la Poësie, la Philosophie,
les Mathématiques, la Jurisprudence, &
l'Histoire, qui sont représentez par des
épisodes plus ou moins ingenieux. Ainsi
pour la Philosophie, l'auteur met en Scene Platon, Aristote,
Démocrite & Epicure, suivis des philosophes
modernes, & cherchant à l'envi la
Vérité. "Elle
paroît à leurs yeux, mais comme chacun d'eux
veut l'avoir de son côté, ne pouvant estre
à tous, elle s'eschape de leurs mains, non sans
perdre quelque chose de ses vestemens dont ils font
Trophée." L'entrée
de l'histoire nous offre un joli sujet de pendule: "Le
Temps, aprés avoir renversé les plus beaux
monumens, entreprend de triompher de la Valeur, de la Force
& des autres vertus. Mais l'histoire vient à leur
secours, & enchaisne le Tems luy-mesme." La
Seconde Partie, qui doit former le coeur du héros,
lui montre, en différents tableaux, les dangers de
l'ambition, de la colère, de l'avarice, de la
débauche, de l'oisiveté, du luxe & de la
volupté. Ces dernières Divinités,
accompagnées des Jeux & des Plaisirs,
circonviennent Annibal victorieux & lui font tomber les
armes des mains. Pour
les exercices du corps, Mars, qui y préside, va
chercher dans l'antiquité tous les héros qui
ont brillé par la lutte, l'escrime, la danse, la
chasse, la course à pied & à cheval, etc.,
et les met en scène. Momus fait de même pour
les "recréations honnestes & agreables".
Ce sont des jeux qui ont déjà
été traîtés, comme les
échecs, le ballon, le collin_maillars, les quilles,
la paulme. Il
y a beaucoup de Vers dans ce Ballet. Outre le Prologue
Général, chaque partie a son Prologue
particulier. Dans le
Prologue général, la Jeunesse s'entretient
avec Tyrcis & Lycidas... Tyrcis Lycidas Apollon
paraît dans le Prologue de la Première Partie,
& se félicite du spectacle qui s'offre à
ses yeux: ... La
composition des Airs & de la Danse sont de
Beauchamp. Le 15
Décembre, à une heure après midi,
Philochrysus
seu Avarus,
drame, avec des Récits
en Musique. La
pièce des du Père Lejay, qui dans sa
préface, s'excuse de traiter ce sujet après
Plaute & après Molière, "le Prince de la
Comedie Françoise". Cette
pièce est accompagnée de récits en
musique, formant intermèdes, c'est-à-dire
intercalés dans les entr'actes. On y trouve des
Choeurs & des Soli. Le Père Lejay s'y montre
passé maître dans le style de l'opéra
comique. Ses petits vers ont le vrai cachet du
genre. Aux
plaintes de l'Avare, une voix répond: Des folles
richesses Cette
Cavatine de l'avare converti est aussi bien coupée
par le chant: Evitons,
fuyons l'avarice, La
musique de ces intermèdes est de Campra.
Ton esprit, éclaité de brillantes
lumiéres,
Est toujours au dessus des plus hautes matiéres,
Et des autres esprits ce qui faut le tourment
Pour ton rare génie est un amusement...
Dans tout ce que tu fais regne la politesse,
A la noble fierté tu sais joindre l'adresse;
A la danse, à la chasse, à pied comme à
cheval,
Tout est grand dans ton air et tout est martial.
Si quittant quelquefois ces nobles exercices,
Tu consens à gouster d'innocentes delices,
Il faut, pour t'arracher ces momens de loisir,
Vaincre en toy le mepris que tu fais du
plaisir...
Pourquoi faut-il que les roses
Ne soient belles qu'un matin.
Cher Tyrcis, les belles choses
Durent peu, c'est leur destin.
Le temps n'est plus où l'ignorance
Regnoit impunément dans le sein de la France;
Qu'à toute la noblesse on faisoit un devoir,
De vivre sans estude & de ne rien sçavoir...
Mais à présent tout a changé de
face;
Graces aux bien-faits inoüis
Dont on comble le grand Louis,
On se fait un honneur d'avoir rang au Parnasse;
Et je m'aperçois chaque jour
Que mon crédit augmente aussi-bien que ma cour.
Chacun s'estudie à me plaire;
Grands & petits, tous s'en font une affaire;
Et je compte aujourd'huy parmi mes nourrissons,
Des princes assidus à prendre mes
leçons...
Fuyons l'embarras,
Toutes leurs caresses
Ne méritent pas
Que nous suivions leurs pas.
Fortune peu sage,
Malgré tes attraits
Ton humeur volage
Ne donne jamais
De veritables paix.
Que ce caprice
Cause d'ennuy !
Est-il supplice
Pareil à celuy
D'amasser pour autruy,
Que sert l'opulence ?
C'est un embarras
Pour qui n'en use pas.
La riche abondance
Ne suit point nos pas
Au-delà du trespas.
1698
Le 25 mai,
Juba,
tragédie, avec La
Paix,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le 6
Août, à une heure après midi,
Carolus
magnus,
avec le
Ballet de la Paix. Le
Ballet de la Paix avait pour objet de célébrer
la paix de Ryswick, conclue l'année
précédente. "Le
genie de l'Europe, voulant y retablir la Paix, persuade aux
heros françois d'entrer dans son dessein,
malgré les avantages que la victoire leur promet,
s'ils veulent continuer la guerre." C'est
dans ces termes que le programme explique la scène
d'ouverture du Ballet. Les
quatre parties du Ballet sont: les préparatifs de la
paix, les négociations de la paix, la publication de
la paix, & les fruits de la paix. Enfin,
un ballet général ayant pour sujet: "Janus
ouvrant le Temple de la Paix aux Nations de l'Europe", fut
donné après la distribution des
prix. Le
15 décembre, Philochryse
ou l'Avare,
avec des Recits
en Musique. La
musique est de Mr Campra. Le
28 Août, une tragédie
mêlée d'Intermèdes,
ornée de Machines de Musique, de Symphonie &
d'Entrée de Ballets,
pour la première visite de Léopold & de la
Duchesse Elisabeth-Charlotte. [Université de
Pont-à-Mousson]
1699
Le 7 juin,
Gratien,
tragédie, avec l'Empire
des Opinions sur les Hommes,
Ballet.
[Collège de la Trinité de
Lyon] Le
12 Août, à une heure après midi,
Josephus
Egypto Proefectus,
tragédie, avec Les
Songes, Ballet. L'origine
de la fortune de Joseph étant l'explication des
songes, le sujet du ballet était tout indiqué.
Il est, comme d'usage, divisé en quatre
parties: La nature
formes les songes, La
théorie des quatre humeurs, chère à
l'ancienne médecine, et des quatre
tempéraments qui en découlent, forme le
thème de la Première Partie. On y
représente divers songes inspirés par les
tempéraments bilieux, mélancoliques, sanguins
& phlegmatiques. Dans
la Seconde Partie, l'inclination pour les finances est
figurée par Midas, qui voit en songe tous les Dieux
disposés à lui accorder leurs faveurs et qui
choisit Plutus. Ennius, qui s'est endormi en étudiant
Homère, voit paraître en songe l'auteur de
l'Iliade escorté de tous les principaux poètes
de la Grèce. C'est l'inclination pour les Lettres.
Hippolyte, l'intrépide chasseur, croit entendre,
pendant son sommeil, le son du cor qui l'appelle dans les
forêts. Hercule combat encore, en dormant, des
monstres imaginaires. Ces deux tableaux peignent
l'inclination pour les divertissements & pour les
armes. Parmi
les tableaux des deux dernières parties, il faut
signaler Orphée, animé par l'amour &
voyant son Eurydice aux Enfers, & la mise en
scène de cette coutume des Egyptiens de faire coucher
leurs malades dans le temple d'Esculape, pour que le Dieu
leur indique, pendant leur sommeil, les remèdes qui
doivent les guérir. Au
Ballet Général, la Vérité,
secondée par la Lumière, triomphe de la
vanité des songes. Le
20. Fevrier, à 1. heure de l'aprés midy de
l'an 1699, La
Fontaine de Jouvence ou le Secret de rajeunir un
Vieillard,
pièce comique pour servir d'Intermèdes
à la Tragi-Comedie Jupiter
mores hominum emendandi cupidus.
Les inclinations les entretiennent,
Les passions les animent,
La superstition les autorise.
de 1600 à 1699 | de 1700 à 1750 | Les Jésuites en Belgique