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Le Theatre des Jesuites

Ballet de l'Esperance

Meslée de Recits & de Chants

qui sera representée aprés la Tragedie de Josephus agnoscens frates
pour la distribution des Prix fondez par Sa Majesté

le 7. Août 1709

 

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Argument

 

Jupiter, fatigué de l'impieté, de l'injustice & generalement de tous les crimes des mortels, recolut de les punir: il mit à la main de Pandore une boëte fatale remplie de tous les maux capables de désoler la terre. Aussistost que la boëte fut ouverte, un déluge de malheurs désola l'univers. La seule Déesse, l'Esperance, restée au fond de la boëte, fut une ressource & une consolation au milieu de tant de calamités. On se promit de là que la colere des Dieux ne dureroit pas toûjours.

 

 

Division du Ballet

 

Les Dieux qui prennent intérêt à la conservation des hommes, adoucissent l'affliction commune en faisant sortir l'Esperance du fond de la boëte où elle étoit restée. L'Esperance promet:

I. à Cerés que l'abondance succedera à la sterilité
II. à Plutus que l'opulence reparera le dommage de l'indigence
III. à Apollon qu'elle rendra leur lustre aux Beaux Arts
IV. à la Paix qu'elle regnera seule aprés avoir fait cesser la guerre.

 

 

Prologue

 

 

Un Prologue nous montre Pandore, tenant à la main la boite classique, & se préparant à exécuter l'arrêt des dieux:

C'est trop loin pousser l'injustice,
Tremblez, mortels audacieux,
Les Dieux ont resolu de punir la malice
Des vos projets seditieux.

...

C'est de ceste boëte fatale
Qu'un deluge de maux, une troupe infernale,
Franchissant les horreurs d'une etroite prison,
Vont repandre par tout un dangereux poison.

Pandore ouvre la boîte. Aussitôt la Stérilité, les Maladies, la Discorde, la Guerre & mille autres monstres s'en échappent, et effrayée des désastres dont la terre est menacée, Pandore finit ainsi son récit:

Dans cet etat triste & funeste,
Parmi tant d'ennemis jaloux,
Tant de persecuteurs animez contre vous,
Consolez-vous, Mortels, l'Esperance vous reste.

 

 

Premiere Partie

 

Cerés paroît desolée au milieu des frimats & des Aquilons qui ont desolé son empire. Elle s'en plaint amerement:

Jusqu'au fond de mon coeur la chaleur s'est éteinte,
Cette vive & douce chaleur
Qui donne à mes moissons leur force & leur couleur.
Dieux, qui voyez notre misere,
Soyez touchés des voeux qu'on fait à vos Autels,
Ou, si nous ne pouvons fleschir votre colere,
Delivrez-nous du soin de nourir les mortels.

Bacchus, Flore, Pomone, Vertumne participent au deuil général. Les Egypeans, réduits à boire l'eau des fontaines, en marquent leur dépit. Bacchus se moque d'eux:

Pour punir le mauvais usage
Que tant de beuveurs imprudens
Ont fait du savoureux breuvage
Que la vigne aux humains fournissoit tous les ans,
Jupiter, armé de sa foudre,
A changé mes raisins en poudre
Et reduit les mortels à l'eau,
Dont la fade liqueur supplée au vin nouveau.
Beuvez, beuvez à tasses pleines
Du pur crystal que les fontaines
Font icy couler à foison.
Si leur liqueur est insipide
Elle sçaura du moins espargner la raison
Que le Ciel nous donna pour guide.

Les Egypeans se mette à danser, mais sans beaucoup d'entrain. Flore vient ensuite faire ses doléances:

A peine de quelques soucis
Ai-je pu composer l'ornement de ma teste:
Me montreray-je à cette feste
Objet d'un indigne mepris ?...

Pomone est bien plus à plaindre:

Mes arbres languissans, desséchez, abatus,
Ont perdu pour jamais leur seve & leurs vertus.

Et Vertumne:

Au defaut de Cerés, devenu nécessaire,
Mes légumes, du moins, vous étoient un recours.
Ah ! quel effort m'a-t'on veu faire
Pour fournir aux humains un reste de secours !
Mais à peine l'herbe naissante,
Pour nous aider dans nos besoins,
En depit des frimats repondant à nos soins,
Sembloit seconder nostre attente,
Les Aquilons cruels exerçant leur couroux
Les faisoient à l'instant expirer sous leurs coups.

L'Entrée suivante amène les Habitants des Campagnes qui offrent un Sacrifice à l'Espérance. Le Sacrificateur lui adresse une prière:

...
Déesse, c'est toy que l'implore,
Des peuples affligez toi seule est le soutien:
Heureux qui, dans ses maux, peut espérer encore,
Malheureux qui n'espére rien.

Les Bergers dansent autour de l'Autel sur lequel le Sacrificateur verse du vin & dispose une corbeille de fruits & une gerbe de blé. Enfin l'Espérance apparaît:

Les disgrâces sont passageres,
Les plaisirs dureront toujours.

Cette maxime donne une nouvel élan à la danse à laquelle se mêlent les divinités champêtres.

 

 

Deuxiéme Partie

 

La Seconde Partie s'ouvre par un récit de Plutus:

Où fuit, helas ! où fuir ? Tout en veut à ma vie:
Me verray-je toujours trahi, persecuté ?
Toûjours en proie aux fureurs de l'Envie,
Ne pourray-je trouver un lieu de seureté ?
Dans quelque endroit que je me trouve,
Du costé des mortels je souffre également;
Libre ou captif, Plutus esprouve
Le plus injuste traitement.
Si je me plains avec justice
De l'avare jaloux qui me tient en prison,
N'ay-je pas autant de raison
D'accuser le malin caprice
Du prodige insensé qui ne s'expose au jour
Que pour servir son jeu, son luxe & son amour ?...

Après ce récit, Plutus prend la fuite, poursuivi par des Harpyes qui personnifient les voleurs publics & particuliers. Les Jeux & les Plaisirs, qui le cherchent à leur tour, se plaingent de ne point le trouver:

Dieux ! dans quel embaras nous reduit son absence,
Le moyen de briller sans luy, sans sa presence !
Les Plaisirs & les Jeux, mornes & languissans,
Separez de Plutus, perdent leurs agremens.

Arrive l'Espérance; elle conduit une troupe de Mexicains, chargés de longots d'or, & s'engage à remettre en liberté Plutus que de riches & cupides vieillards retiennent prisonnier. Elle s'adresse à ses Mexicains:

Paroissez, troupe incomparable,
Vostre aspect n'a rien que d'aimable.
Despechez, faites à nos yeux
Briller ce metal pretieux...

Les Mexicains s'unissent, dans une danse joyeuse, aux Jeux & aux Plaisirs.

 

 

Troisiéme Partie

 

Terpsichore préside à un spectacle mêlé de sérieux & de comique:

Melpomene, ma Soeur, d'un ennuyeux tragique,
Vous fatigua long-tems par de vaines clameurs;
C'est à la danse, à la musique,
Que le théatre doit ce qu'il a de douceurs...

Mais à peine la danse est-elle commencée que le bruit des Tambours & des Trompettes vient l'interrompre. Terpsichore se plaint:

C'est icy le sejour tranquile
Dont les Muses font leur azile;
C'est dans ce paisible vallon
Qu'habite le docte Apollon.
De ses travaux la compagne fidele,
J'allois d'une scene nouvelle
Etaler au grand jour les pompeux ornemens;
Et, par des spectacles charmans,
Relever l'éclat d'une feste
Où le Pinde à l'envy s'appreste
A recompenser par des prix
Les penibles travaux de cent jeunes esprits.
Mais une Trompette cruelle
M'oblige à trnasporter l'appareil de mes Jeux;
Contentons-nous d'ouvrir une scene moins belle
Sur un théatre moins pompeux.

Terpsichore fait place à un peintre & à un architecte qui abandonnent les instruments de leur art. Un paysan se joint à eux & quitte l'agriculture pour la guerre.

Le Peintre
...
Pour moy, je quitte & pinceaux & palette
Ami, nous sommes dans un tems,
Où nostre art est peu necessaire.
On a beau dire, on a beau faire,
Rien n'est tel que de suivre Mars.
Rangeson-nous sous ses étendards...

L'Architecte
...
Mais les instrumens de mon art,
Dans un camp ou sur un rempart,
Ne sont pas un meuble inutile;
Pour estre ingenieur je me sens du talent...

Le Paysan
Pargué, j'en veux taster itou,
J'avons un peu l'âme poltrone.
Mais l'on dit qu'à suivre Bellonne,
On ne risque ni peu ni prou...

...

Je sçaurons comme un autre escroquer la poularde,
Piller l'hoste, yvrogner, faire le fier-a-bras,
Mais au sort du péril, giller, doubler le pas.
C'en est plus qu'il ne faut pour former un soudrille.
Quittons pour servir Mars & charrue & faucille;
Et puisque la moisson ne nous fournit plus rien,
Le mousquet sur l'épaule, allons chercher du bien.
Brusquons fortune; il n'est que chance
Au mestier que je choisissons,
Et plus d'un maréchau de France
A commecé par où je commeçons.

Après une danse des paysans, passe un capitaine qui les enrôle tous.
Le tableau suivant nous transporte sur le Parnasse.
Apollon y chante un grand air:

...
Tout, dans mon empire
Languit & soûpire
Et les tendres sons
Du Luth, de la Lyre
Ne forment plus que de tristes chansons...

Il s'adresse au Poètes:

...
Et vous, compagnons de ma gloire;
Qui placez les heros du Temple de Memoire,
Arrachez vos lauriers, deschirez vos escrits,
Et vengez Apollon d'un insolent mespris.

Les Poètes qui aiment fort les Lauriers & encore plus leurs écrits, obéissent cependant à Apollon et, dans un pas vif & animé, dispersent les débris de leurs couronnes & de leurs poètes. L'Espérance les arrête:

Quelle aveugle fureur vous aigrit, vous transporte ?

Elle promet de rétablir dans sa splendeur le règne d'Apollon. Celui-ci descend du Parnasse; il y place l'Espérance, & termine l'acte par quelques légers couplets:

Le biens que donne l'Esperance,
Sont toûjours des biens charmans;
On sent son bonheur par avance,
On le gouste à tous momens.
Le biens que donne l'Esperance,
Sont toûjours des biens charmans.

 

 

Quatriéme Partie

 

Mercure assemble les Peuples qui sont désunis & les exhorte à la paix dans un grand discours:

...
Le heros des François, conquêrant pacifique,
Céda jadis ses droits à la cause publique
Et, cherchant dans la paix un triomphe plus beau,
Du Demon de la Guerre eteignit la flambeau.
Vous vous en souvenez; à sa course rapide
Vous n'oposiez alors qu'une vertu timide;
Entré vicorieux au sein de vos Estats,
Il vous donna la Paix, & ne la vendit pas.
Son exemple est pour vous un bel exemple à suivre...

Les nations se laissent convaincre par cette harrangue & se mettent à danser en signe d'alliance, quand la Discorde intervient & réussit à les brouiller de nouveau. Elles reprennent les armes & se préparent à recommencer la guerre:

La Discorde
Goustons, goustons les fruits d'une belle victoire,
En vain, pour en ternir la gloire,
D'un ministre zelé Jupiter a fait choix;
D'un specieux accord a proposé les loix;
Plus heureuse que luy, j'ai su me faire entendre...

[Ce "Ministre zelé" nous paraît être Torcy, qui fut chargé de négocier la paix avec la Hollande, de concert avec le Président Rouillé. Les prétentions excessives du grand pensionnaire firent échouer les négociations.]

Une musique douce annonce l'arrivée de l'Espérance. Elle montre aux Peuples la Paix au travers d'un nuage. Celle-ci annonce son prochain retour sur la terre:

Je quittay, malgré moy, ce sejour enchanté,
D'y reparoistre impatiente,
J'abandonne le Ciel, je previens vostre attente,
Je devance le jour par les Dieux arresté;
On me verra dans peu descendre sur la terre...

Elle devait cependant se faire attendre encore quelques années, puisque la Paix d'Utrecht ne fut signée qu'en 1713...

 

 

Ballet General

 

Les Peuples, dans un ballet général, rendrent grâces à l'Espérance qui les a consolés dans leurs malheurs.

 

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