[1660 - 1725]
La Sainte Trinité
La Foi
La Théologie
L'Incroyance
Le Temps
L'Amour divin

Première Partie
Sinfonia
Duo La
Foi La
Théologie Récitatif La
Théologie Air La
Théologie Une plante
déploie trois rameaux, Récitatif La
Foi Air La
Foi Comme
une taupe aveugle, autour du soleil Récitatif La
Théologie La
Foi La
Foi,
la
Théologie Récitatif L'Incroyance Air L'Incroyance Que
d'une mer naissent les fleuves, Récitatif La
Théologie Air La
Foi Prêtez
une foi constante Récitatif Le
Temps Air Le
Temps C'est
bien en vain que l'homme espère Récitatif L'Incroyance La
Foi L'Incroyance Air La
Foi De
la Foi la candeur si belle Récitatif Le
Temps L'Incroyance Le
Temps L'Incroyance Air L'Incroyance Le
Père éternel Récitatif L'
Amour divin Air L'
Amour divin Cet
Amour qu'on voit, éternel, Récitatif La
Théologie Air La
Théologie Mais
la Foi sera Récitatif L'
Amour divin Air L'
Amour divin Plus
que vous je suis heureux, Récitatif La
Foi Air La
Foi Que
ton bonheur me fait vivre, Air L'
Amour divin Oui,
fortuné je puis me dire, puisqu'au
milieu
Non, ce n'est pas possible,
c'est un trop haut mystère
que tu prétends saisir:
la mer sans les flots,
nul ne peut la voir.
Si, de toi je l'espère,
ce haut privilège
tes yeux me le donneront;
mais près du rivage
je puis le concevoir.
Moi
qui vais épiant avec les yeux de
l'intelligence
tous les secrets du Monarque suprême,
je ne renonce pas à pénétrer
un aussi grand mystère;
bien plus, je me flatte d'amener l'esprit
humain
à comprendre enfin de si profonds
arcanes.
mais ne perd point son unité;
c'est ainsi que l'homme peut comprendre
comme il se fait qu'en un soit une
Trinité.
Stupide
que tu es si tu prétends encore
avec tes graves doctrines
pénétrer
ce qui est inconnu aux suprêmes
intelligences:
et tu sais bien qu'il n'est à personne
accordé
de comprendre un dieu, hors à ce dieu
lui-même.
tu laisses errer ton esprit,
insensée, et tu crois encore
dans les ténèbres avoir des yeux
pour contempler une telle splendeur.
Toi
qui a un bandeau sur les yeux,
à la taupe tu peux toi-même te
comparer.
Mais
tu sais bien que de cette lumière
je suis fidèle escorte et guide en
même temps.
Non,
ce n'est pas possible.
Si, de toi je l'espère.
Insolentes
donzelles,
vous rêvez des chimères,
et vous bercez de vaines pensées.
Comment se pourrait-il qu'en trois Personnes
soit une seule Nature ?
Si étrange penser ne se peut
concevoir
et d'un soleil des rayons plus charmants,
tout cela n'est pas impossible;
mais que d'un dieu la Majesté
réside en trois Personnes
sans ajouter au nombre des divinités,
une telle pensée ne peut me
satisfaire.
Un
si profond mystère, je ne puis le nier,
veut une intelligence égale à
Dieu;
mais à la longue, avec le Temps,
toute énigme enfin se résout,
et l'on comprend bien clairement
ce qui pour nous, obscur, ne se peut
concevoir.
à ce qui ne se peut voir,
voilà d'un coeur la vraie
fidélité;
mais qui se glorifie de croire seulement
ce qui se comprend tout de suite,
celui-là ignore la foi.
Ailes
au pied,
dans son manteau que les ans ont blanchi,
voici le Temps qui ronge
les jours et les années,
car j'entends dire ici qu'humaine intelligence
à la fin puisse avec le temps
comprendre ce mystère,
où l'humaine pensée ne put jamais
atteindre.
avec l'aide seul du temps,
pénétrer si profond
mystère;
celui qui n'est qu'un monde aux étroites
limites
ne peut, par son intelligence,
absorber l'immense océan.
Il est donc vrai que vous rêvez,
que vous inventez des chimères,
sans même vous en apercevoir.
Avec des accentes pleins d'orgueil,
l'Incroyance prétend
ternir de la Foi
les mérites insignes.
C'est qu'à penser ainsi toujours tu
déraisonnes.
toujours plus resplendira;
vaincue par la rigueur de ton coeur inflexible
jamais on ne la verra.
Toi qui te vantes d'être à Dieu
rebelle,
perfide Incroyance, écoute mes paroles,
car peut-être le Temps saura-t-il faire en
sorte
que ton aveuglement se laisse enfin
convaincre.
Jamais il ne se pourra faire
qu'on voie l'Incroyance
vaincue par tes propos trompeurs.
Ecoute, et fais silence.
Ce qu'est le Temps, tu ne le sais encore;
dans le Monde pourtant tu entends souvent dire:
il fut un temps, un temps viendra.
Comment pourras-tu dire ensuite
qu'un mystère aussi profond
puisqu'il est inconnu ne saurait exister
!
Tout ce que tu me dis est vrai;
mais à présent je veux que tu
entendes
une raison plus forte encore.
Suspends à mes propos ta pensée
attentive,
je vais par ces accents te vaincre tout à
fait.
engendre le Fils
semblable à lui,
duquel procède
l'Esprit encore.
Comment seraient-ils
égaux dans le temps ?
Le coeur ne le peut croire,
et de stupeur
ouvre un oeil ébahi.
Du
haut du Ciel l'Amour divin vient te
répondre:
quelle nécessité trouves-tu que le
Père,
qui est avec le Fils de la même nature,
doive en temps surpasser le Fils ?
Par mûr raisonnement
réfléchis en toi-même,
et viens ensuite avec moi discuter,
car tes pensées alors seront d'une autre
sorte.
dans l'esprit du Père sourire,
si pour un seul moment il ne l'offre à son
Fils,
c'est l'univers entier qui en sera
privé.
Voici
donc expliqué
par tant de matières diverses,
au moins pour un part,
un si profond mystère:
désormais, tu ne pourras plus dire
que par l'esprit humain
il ne se peut concevoir.
un noble rempart;
parmi les ténèbres,
au pied chancelant
elle offrira plus de lumière.
Il est vrai, bien qu'elle ait un bandeau sur les
yeux,
qu'au monde entier la Foi divine apporte sa
lumière;
mais il est vrai aussi qu'obscurs sont les arcanes
célestes,
et plus que tous d'un dieu la Trinité, qui
reste
en trois Personnes un seul dieu de
miséricorde,
seul Tout-Puissant, paré de toutes les
vertus
qui ornent à jamais Son esprit.
moi qui sais bien tout cela,
car je suis l'Amour lui-même
qui vit dans le coeur de Dieu,
pour d'éternelles
délices.
Oh fortuné, o mille fois et mille,
bienheureux que tu es,
tandis que dans le sein du Père,
tu vois ce qu'à mes yeux il n'est permis de
voir.
bienheureux et doux amour,
de mon Dieu je voudrais encore
contempler les regards
éclatants.
des joies mon bonheur est constant;
tu me verras toujours heureux,
moi qui demeure dans le sein de ton
Seigneur.

Seconde Partie
Air La
Foi Cède,
traîtresse, à ma valeur, Air L'Incroyance Je
veux ternir ta candeur, Récitatif La
Théologie Air La
Théologie Un
penser si funeste Récitatif L'
Amour divin L'Incroyance L'
Amour divin Air L'
Amour divin Un
seul vouloir, un seul pouvoir, Récitatif Le
Temps L'Incroyance L'
Amour divin Air La
Foi Tu
verras la tourterelle Récitatif La
Théologie Duo La
Foi L'oiselet
qui vit joyeux en
chantant sais-tu ce qu'il dit ? L'
Amour divin en
fuyant sais-tu ce qu'il fait ? Récitatif L'Incroyance Air La
Théologie Fragile
nacelle, Récitatif L'
Amour divin Air L'
Amour divin Ainsi
parle, ainsi croit Récitatif La
Théologie La
Foi L'Incroyance Air L'Incroyance Toutes
les furies Récitatif Le
Temps Air Le
Temps Secondé
par la Foi et par l'Amour divin, Récitatif La
Foi L'
Amour divin Air La
Foi Maintenant
qu'Incroyance Récitatif L'Incroyance Que
je te cède ? Non et non, Le
Temps,
la
Théologie,
l'
Amour divin L'Incroyance La
Foi Le
Temps,
la
Théologie,
l'
Amour divin L'Incroyance La
Foi
ne cherche plus d'autre défense
!
moi qui abrite une âme forte,
à triompher toujours
accoutumée.
Foi
chérie, Foi adorée,
je ne sais comment il se fait
qu'en mon coeur pour toi s'éveille,
contre mon habitude,
un timide sentiment;
noble bouclier des âmes,
je sens une force secrète
qui me fait verser des larmes par toi.
Je verrai donc aujourd'hui
la foi confondue ?
ôte la paix du coeur.
Trop audacieuse ennemie !
Ton honneur qui chancelle
me contraint à pleurer.
Ne tremble pas, car dans cette épreuve si
grave,
l'Amour divin sera à ses
côtés.
Vienne l'Incroyance ! Qu'elle révèle
donc
ce que dans son esprit elle tourne et retourne;
son orgueil insolent,
je le veux renverser par des raisons plus
fortes.
Dis-moi, Amour (puisque avec moi tu veux
lutter),
n'est-ce pas que le Fils est inférieur au
Père,
si au commandement paternel qui l'élut
pour le salut de l'homme,
il ne put qu'obéir ? Eh bien, que
réponds-tu ?
Si tout ce que veut le Père,
par un semblable Amour le Fils le veut aussi,
tout ce que le Père désire,
si le Fils le désire aussi,
il ne peut entre Père et Fils
être un pouvoir plus grand, une moindre
puissance;
si par amour de l'homme il descendit sur terre,
en est-il devenu à son Père
inférieur ?
lient ensemble au Père le Fils,
c'est un seul esprit qui consent
au sublime parti qu'ils ont pris l'un et
l'autre.
Tu n'es point convaincue encore ?
Encore tu divagues ! Incroyance, que
médites-tu ?
Prétends-tu faire entendre un nouvel
argument ?
Contre Amour et la Foi c'est en vain que tu
luttes.
Un nouveau doute assaille mon esprit.
Dis-moi comme il se peut
que le Père et le Fils
veuillent tous deux la même chose,
sans que l'Esprit n'oppose son refus ?
C'est donc qu'ils ont libre vouloir,
pouvoir suprême.
Et du Père et du Fils, et de l'Esprit
encore,
un même désir est le but,
qui en eux trois s'unit, indivisible,
un savoir, un vouloir en un seul Dieu.
unie à son cher époux,
d'un arbre à un autre
toujours volant aller vers lui,
car par des noeudes éternels
Amour en son sein a lié
une âme et un coeur aimants,
à un esprit inébranlable et
fort.
Tu ne cèdes pas encore, Incroyance
obstinée !
Tu as assez compris que du Père et du
Fils
l'Esprit procède,
et que pouvoir, vouloir et savoir ne font
qu'un.
Abaisse donc ton ausacieux visage,
et que ton coeur adore en trois Personnes
un Dieu, qui est unique, et vrai.
en liberté,
Il célèbre
d'un seul Dieu la Trinité.
Le ruisselet qui va courant
vers le rivage,
Il célèbre
d'un seul Dieu la Trinité.
Par un assaut plus téméraire
je porterai l'ultime coup.
Ecoute, Amour: que l'unité parfaite
se trouve en Dieu, soit, je te le
concède;
bien plus: sans unité Dieu ne pourrait pas
être.
Pourtant si le nombre s'accroît
de ceux qui font alliance avec cette
unité,
comment donc en un seul admettre trois Personnes
?
D'un si obscur mystère
dévoile si tu peux la sublime raison
!
par une rude tempête
tu es encore ballottée,
oh Dieu, seule, bien seule,
je te vois au milieu des flots,
toute saisie d'effroi.
Elle n'a point à craindre le naufrage
si Amour est à ses côtés.
Sache donc, aveugle Incroyance,
malheureuse, sache qu'être en trois
Personnes
ne fait pas trois divinités,
bien plus, c'est en cela même que se
comprend
son admirable être divin,
un seul Dieu par nature, unique, en trois
Personnes.
toute chose créée,
visible ou invisible;
ainsi toute âme bienheureuse,
à qui la Foi accorde sa lumière,
en l'adorant toujours l'admire.
Pauvre Incroyance, te voilà
déconfite,
si toutes tes raisons s'envolent en
fumée.
Seigneur, par ta bonté,
toi qui du rien créa le tout,
toi, miséricordieux, par ta sainte
lumière,
convertis à ta Foi les foules
infidèles.
C'est en vain qu'avec moi tu redoubles
d'efforts,
trop chétive ennemie,
car si sous ta bannière
se presse le troupeau des crédules
vivants,
celui qui ne croit pas encore
suit les pas d'Incroyance.
qui peuplent l'Arverne,
contre la Foi
je les animerai.
A tant de vertu
les plus rudes outrages
en toute occasion
je ferai subir.
Folle que tu es si tu le crois;
malheureuse, qui ne vois point
que tu es plus misérable que le pur
néant,
puisque contre toi tu as le
Tout-Puissant.
le Temps aussi
brisera ton orgueil;
si bien qu'enfin le chemin véritable
à toute âme
dans sa clarté se montrera.
Voilà ce que fera ce Dieu qui sur tout
règne:
Dans une même bergerie un seul troupeau
rassemblé.
est vaincue,
esprits heureux,
âmes fidèles,
venez avec moi
célébrez notre triomphe;
ceinte de palmes,
ainsi l'on verra
toujours la Foi;
que sur tous rivages,
que sur tous les antres
résonne le bruit
de nos réjouissances.
Vaine est la joie, stupide créature !
Si l'Incroyance paraît vaincue
par tes nobles pensées,
elle a encore assez de coeur
pour te livrer une guerre
éternelle.
jamais cela ne sera !
Vaincue, tu l'es déjà, monstre abject
d'Incroyance !
Tant qu'au fond de mon sein me restera un
souffle,
je veux faire une guerre atroce.
C'est en vain que tu tentes de lutter avec la
Foi.
Cède, va-t'en, esprit félon,
âme mauvaise !
Oui, je suis vaincue,
et j'abhorre mon erreur.
Maintenant que la Foi triomphe,
que l'univers entier adore
en trois Personnes un seul Dieu !