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Saint Sigismond, roi de Bourgogne
Oratorio en II Parties
texte de Domenico Bernardoni

S. Sigismondo re di Borgogna, Oratorio per 5 voci con strumenti
exécuté le dimanche des Rameaux 1687
et dédié à l'archidiacre de Bologne, Antonio Felice Marsilii
Domenico Gabrielli [1659 - 1690]

les personnages:

Saint Sigismond, contralto
Inomenia, soprano [Inomachia dans la texte musical]
Gondemaro, soprano
Il Duce, ténor
Clodomiro, basse

5 parties d'instruments et la basse continue

Présentation, en forme de préface, de Domenico Bernardoni

Sigismond, roi de Bourgogne, se maria deux fois : la première fois avec Amalberge, nièce [sic ; fille selon les sources les plus courantes] de Théodoric, roi d’Italie ; à la mort de celle-ci, il contracta de secondes noces avec Inoménie. […] Celle-ci, supportant mal que Syagrius, fils de la première épouse, doive succéder à son père sur le trône, entreprit, et y réussit, de lui faire perdre la vie pour faire accéder ses propres fils au trône. Le ciel ne laissa pas impuni un désir aussi infâme, mais arma contre Sigismond Clodomir, roi des Francs, lequel, ayant mis le siège à l’improviste devant la ville royale, s’en rendit totalement maître. Sigismond s’enfuit alors dans le désert d’Agaune pour y déplorer sa faute ; Inoménie resta prisonnière aux mains du vainqueur, et Gondemar, frère du saint, prit la fuite dans les montagnes ; après y avoir rassemblé d’importantes troupes, il rentra en possession du royaume usurpé. Alors, Clodomir, ne pouvant passer sa colère sur lui, la tourna tout entière vers Sigismond, qui faisait pénitence, et contre sa femme qui s’était repentie. [..] Ils furent bientôt transférés à Orléans, où, avec une barbare cruauté, tous deux furent décapités avec leurs enfants ; leurs corps furent ensevelis dans un puits infect, au-dessus duquel on entendit par la suite une mélodie céleste.

Première Partie

1.

Sinfonia

2. Récitatif

Saint Sigismond:
De toutes parts, mon royaume
baigne dans une mer d’acier
et déjà la guerrière Enyo
montée sur son char d’horreur, répand le carnage ;
de mille cimiers les ailes flottantes
font vaciller le trône de ce palais ;
mais de plus criminelles tempêtes
de troubles pensées
agitent mon cœur ;
pour faire subir un douloureux supplice à un roi,
son esprit aussi s’est ligué avec les armes.

3. Air

Sigismond:
Mon âme a deux ennemies,
ce sont les armes et l’inquiétude :
l’une ôte la paix au cœur,
les autres ensuite avec fureur
tentent d’abattre l’empire.

4. Récitatif

Sigismond:
Syagrius est tombé transpercé
et peut-être innocent ;
et moi, père tyrannique,
j’ai hâté le pied rapide de la mort
vers une vengeance, ô Dieu, trop cruelle.

Inomachie:
Ah, elles sont souvent trompeuses,
avec leurs sophismes fallacieux et mensongers,
les rapides pensées d’un esprit préoccupé.

5. Air

Inomachie:
Que fuie la douleur, que revienne le rire,
que le beau temps revienne dans l’âme,
et si tu as l’arc-en-ciel dans les yeux,
toute peine se verra bannie,
la paix sourira dans ton cœur.

6. Récitatif

Inomachie:
Ton fils est mort, il est vrai, mais il n’était pas digne
de vivre, celui qui a tenté de te dérober la vie,
et la couronne et la royauté.

Sigismond:
Ah, que j’ai peur, ô Dieu !
que la guerre funeste, maintenant imminente,
ne soit la colère de Dieu,
venue venger mon fils innocent !

Inomachie:
Il n’est pas permis au cœur mortel
d’associer ses vicissitudes aux désastres voulus par le ciel ;
ton fils a causé sa propre mort : trop de pitié
dégénère parfois en lâcheté.

Sigismond:
Le noble poids du sceptre
veut que mes pensées se tournent ailleurs.
Le jour où naît un roi,
les préoccupations naissent avec lui, jumelles inséparables.
L’homme dont le lot est de gouverner autrui,
le sort inconstant l’enserre
avec des liens plus étroits.
Ah, une âme qui commande est morte à la joie !

7. Air

Sigismond:
Qu’elle est lourde, la couronne
sur la tête d’un souverain !
C’est le premier maillon d’une chaîne
qui t’entrave, sans arrêter
les pensers les plus sévères
et peut tomber en un instant.

8. Récitatif

Un Général:
Sire, aux confins de la cité,
les drapeaux ennemis
élèvent, pour notre honte, leurs ombres guerrières.
Le ciel combat pour eux,
lui qui venge la mort de ton fils.
L’ardeur de tes hommes
ne leur sert plus à rien qu’à mourir.

Sigismond:
Fais ce que tu peux. Du royaume,
et de moi-même, je te confie le sort.

9. Air

Le Général:
Ma main droite, qui t’est fidèle,
brandira l’arme intrépide.
Si la force nous fait défaut,
et, abattue, doit céder,
ce ne sera pas face aux coups du destin,
mais face à la volonté suprême du ciel.

10. Récitatif

Gondemar:
Sigismond, enfin
le châtiment céleste est arrivé : sur le champ de bataille,
pour toi, frère inique,
les troupes guerrières
expirent inutilement leur âme et leur vie.
Pour venger d’un roi le crime énorme,
la colère du principe souverain ne dort pas.
Ah, ce sont les tromperies d’une épouse déloyale
qui t’ont conduit au meurtre !
Pour couronner au mépris des lois la tête
de ses propres enfants,
elle a tant œuvré avec ses ruses
que tu n’as pas craint d’empourprer ta dextre
dans le sang de ton fils.

Inomachie:
C’est uniquement pour que son père
ne tombe pas égorgé aux pieds indignes
de son fils, ce traître,
que je l’ai imploré de se venger.

Gondemar:
Une pitié simulée
ne cache pas les trahisons, mais les aggrave.
Mais veuille le ciel qu’un jour
je sois son instrument, avec cette main vengeresse
pour punir, enflammé d’une fureur sauvage,
le sang répandu de mon neveu assassiné.

11. Air

Gondemar:
Vous, Furies, armez-moi,
vengez-moi. Contre une criminelle,
l’âme n’attend que mort et vengeance.
N’inspirez à ma poitrine
que colère et rigueur,
que haine et fureur.

12. Air

Inomachie:

J’ai dans ma poitrine un cœur ferme
qui ne craint rien.
Je suis reine et je foule aux pieds le trône ;
je me moque de ton orgueil
qui veut troubler mon espérance.

13. Récitatif

Sigismond:
Dieu, qui est juste et châtie les coupables,
punit maintenant l’offense.
Lui seul, qui est le défenseur
des innocents, et qui veut punir
les nuques rebelles,
veut que je paie ma peine :
la chaîne des esclaves entourera mon pied.

14. Air

Sigismond:
Pitié, du haut de l’empyrée,
Pitié, mon Dieu, pitié !
De mes yeux en pleurs,
un double ruisseau
effacera la faute
de mon cœur barbare.

15. Récitatif

Sigismond:
Mon fils, j’ai tranché le fil de tes jours.
Maintenant, la douleur m’abat ;
de ta mort malheureuse, je me repens maintenant.

Gondemar:
Le repentir vient tard, et après le châtiment.
Mais voici qu’arrive le général.

Le Général:
À peine avais-je posé le pied hors du palais
qu’un spectacle horrible, devant mes yeux,
m’a fait perdre l’âme et les sens !
J’ai vu que partout brûlaient, fumants,
les murs invaincus de la cité royale,
et, au son guerrier
de la trompette ennemie,
ils trouvaient leur tombe dans leurs cendres.

Sigismond:
Ô Dieu, qu’entends-je !

Gondemar:
Il est indigne d’exercer un pouvoir sur les autres,
celui qui ne se gouverne pas lui-même ;
et par ta faute, ô cieux,
la peine méritée par le coupable
frappera aussi sans distinction l’innocent.

16. Air

Gondemar:
Cette chlamyde qui te vêt maintenant
sera aujourd’hui souillée.
Si le murex l’a teinte,
aujourd’hui, pleine de ton sang,
elle rougira sur le sol.

17. Récitatif

Le Général:
Voici l’ennemi. Ô Dieu, nous sommes perdus.

18. Air & Choeur

Clodomir:
Soyez en fête, mes chères troupes ;
radieuse, la paix rit dans le ciel.
Triomphez, héros invaincus ;
déjà pour vous,
un éternel laurier verdit désormais.

Choeur:
Vive Clodomir, vivat !

19. Récitatif & Choeur

Clodomir:
Devant l’éclat de nos lames,
tombe le royaume déconfit. Qu’on cherche maintenant
le souverain tyrannique, et qu’il plie
sa nuque indigne sous le joug formidable des Gaulois.
Pendant ce temps, que les troupes victorieuses
savourent un moment de récupération,
car, après les efforts,
un agréable repos redonne vie à l’âme.

Choeur::
Vive Clodomir, vivat !

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Seconde Partie

20.

Sinfonia

21. Air

Sigismond:
Dieu, toi qui gouvernes le ciel,
du haut de l’éther, aide-moi.
Si j’ai déjà perdu le sceptre,
si je suis déjà déchu du trône,
ah, pardonne à un roi criminel.

22. Récitatif

Sigismond:
Tu es arrivé à cette limite
que tu souhaitais, mon esprit. Un Dieu miséricordieux
veut que, dans cette forêt,
dans les antres les plus reculés,
je déteste mon crime;
que mon cœur, qui, devant la mort d’un innocent,
s’est jadis montré de pierre,
se fonde en larmes, et que, dans cette onde,
ma faute se noie.Oui, oui, mon Dieu, Dieu juste,
laisse-moi vivre afin de pleurer mon péché.

23. Air

Gondemar:
Tu peux lancer des éclairs contre moi,
sort perfide, je ne céderai pas.
J’ai le cœur constant,
j’ai un cœur dur comme le diamant ;
je ferai ricocher tes coups.

24. Récitatif

Gondemar:
Général, puisqu’il te plaît
d’accompagner mes fortunes,
telles que le ciel me les destine,
prospères ou adverses,
sur les hautes cimes de ces monts escarpés,
rassemblons ce qui reste
de nos phalanges dispersées et vaincues, et soudain,
nous prendrons d’assaut le palais,
à l’improviste et sans défense.
Pendant ce temps, pour adoucir mon âpre sort,
va et combats, loyal, constant et fort.

25. Air

Le Général:
Ne crains rien, ma fidélité
resplendira toujours intacte.
La fortune peut bien changer ;
mon âme ne sait pas
changer d’attitude.

26. Récitatif

Gondemar:
Je veux espérer : encore un jour,
et les peuples vassaux
me verront revêtu de la pourpre royale.

27. Air

Gondemar:
L’espérance dit au cœur :
« Peut-être un jour tu règneras ».
Mais l’âpre crainte répond :
« En montant sur le trône élevé,
tu trouveras ta chute. »

28. Récitatif

Gondemar:
Oui, oui, mon cœur, sois ardent :
plutôt que vivre obscur, je veux mourir.

Clodomir:
Je ne me sens pas jouir pleinement
du fruit désiré des victoires,
si mon fer ne boit pas
le sang de Sigismond. Holà, mes féaux,
retrouvez ses traces
dans les déserts d’Agaune où il se cache,
et que sous les coups de la lourde hache,
tombe sa tête inique.
Et toi, femme orgueilleuse,
avec tes propres enfants, au moment ultime,
tu mourras aux côtés de Sigismond, unie à lui,
et pour ma gloire,
sur les nuques tranchées et domptées,
naîtront des lauriers pour ma chevelure.

29. Air

Clodomir:
Vertes palmes, allons, tressez-vous,
et d’une voix de fête,
fidèles servantes d’un grand souverain,
chantez mes triomphes.

30. Récitatif

Inomachie:
Il sera donc vrai, ô cieux,
que je mourrai sans être vengée ?
Il ne te suffit pas, tyran,
de provinces usurpées,
de rois prisonniers ? Et tu veux encore
voir de nos fronts
couler à flots le sang ?
Mais quels enfantillages, mon cœur !
C’est, pour ma faute
le châtiment voulu par le destin. Ô divinité suprême,
accorde à mon âme un indulgent pardon,
oui, car c’est moi la coupable, moi qui suis l’indigne.

31. Air

Inomachie:
Brises, de mes soupirs,
faites écho
à mes pleurs, mes sanglots.
Entre espoir et crainte,
mon cœur fluctue,
et mes yeux dolents
pleurent ma faute.

32 . Récitatif

Inomachie:
Mais voici Sigismond
enserré dans des chaînes de fer ? Ah, mon époux,
ma plaisante espérance,
mes délices, ma vie ! devant tes plaintes,
je déteste ma faute.
À moi ces chaînes, à moi ces liens :
si un cruel remords
dévore ton âme,
la faute fut la mienne, et le châtiment doit tomber sur moi.

Sigismond:
Femme, modère tes paroles ; le ciel écoute
les douloureux accents d’un cœur repenti,
et moi, misérable ver de terre,
je n’entendrai pas les vœux de qui se repent ?
Lève-toi, et que la crainte
soit bannie de ta poitrine,
car ce n’est pas peu de chose
que de soutenir avec constance
l’ultime angoisse de la mort.

Clodomir:
Holà ! que s’abatte promptement
un acier étincelant sur cette tête,
et si ce palais l’a jadis adoré comme roi,
qu’il le voie maintenant décapité et mort.

33. Air

Sigismond:
Cette âme qui est ton don,
je te la rends, Seigneur.
Que ton regard bienfaisant
éveille en moi, ô divinité suprême,
la haute douleur de ma faute.

34. Récitatif

Clodomir:
Tu es tombé, et dans cette chute s’est éteinte
cette flamme nocive
qui allumait la colère dans ton cœur.
Maintenant, que sa femme
suive ce juste exemple, et que l’odieuse progéniture,
buvant l’humide mort dans une eau glacée,
ait un sort semblable à celui de ses parents.

Inomachie:
Époux adoré,
s’il m’est permis de te prier,
que la haute clémence ait pour toi
au moins pitié d’un malheureux.

35. Air

Inomachie:
Moi aussi, je suivrai ainsi,
cher époux, ta fidèle escorte.
Bien que blême et égorgé,
bien que mort et décapité,
avec ton sein orné de lumière,
éclaire-moi ce sombre jour.


traduction: Jacqueline & Alain DUC

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Sigismond, Roi de Bourgogne, était fils de Gombault ; et il lui succéda vers l’an 516. Dieu se servit d’Alcime Avit, Evêque de Vienne, pour le retirer de l’hérésie des Ariens, dans laquelle il avait été nourri. Après cette heureuse conversion, ce roi eut un soin extrême de réparer dans son État les ruines que l’erreur avait faites ; et pour cela il fit tenir un concile à Epaune, et un autre à Lyon ; et il bâtit le monastère de S. Maurice en Chablais. Il avait épousé Ostrogote, fille de Théodoric, roi des Goths en Italie, et il en eut un fils nommé Sigeric. Après la mort de sa première femme, il en épousa une autre, qui haïssant le jeune prince et s’en tenant offensée pour quelques paroles de mépris qu’il lui avait dites, le rendit suspect à son père et le porta à le faire étouffer. Sigismond en eut d’abord un déplaisir extrême, et il vint au monastère de S. Maurice, où il passa plusieurs jours en jeûnes et en larmes, demandant pardon à Dieu de ses fautes, par l’intercession des martyrs. Quelque temps après, Clodemir fils de Clovis le Grand, ayant succédé à ce monarque au royaume d’Orléans, prétendit à celui de Bourgogne du chef de sa mère Clotilde. Ses frères se joignirent avec lui, ils défirent Sigismond, le prirent prisonnier, l’envoyèrent à Orléans et il fut jeté dans un puits, avec sa femme et ses enfants, le 1er jour de mai 523. […] L’Église l’honore comme un saint.

Dictionnaire de Moreri