Telemaque
[ou Calypso]
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le Jeudy 29. Novembre
1714
livret
de Simon-Joseph Pellegrin [labbé
Pellegrin]
musique
de:
André
Cardinal Destouches
|

|
les
personnages du Prologue:
|
les
intermprètes:
|
|
|
Minerve
|
Mlle
Antier
|
|
Apollon
|
Mr
Lemire
|
|
L'Amour
|
Mlle
Mesnier
|
|
Un
art
|
Mr
Bourgeois
|
|
|
|
|
Les
Vertus, les Arts, les Muses
|
|
Le
Théatre represente un lieu que les Arts viennent de
construire & d'orner par ordre de Minerve à
l'honneur du Roy, qui vient de donner la Paix à
l'Europe. On y voit des Trophées. Minerve &
Apollon paroissent au fonds: Minerve est suivie des Vertus
& des Arts; & Apollon est accompagné des
Muses
|
|
Minerve:
Que j'aime à porter mes regards
Sur ces amas pompeux d'armes & d'étendarts !
D'un Roi que je cheris tout m'annonce la gloire.
Vous, Apollon, vous Filles de Memoire,
Preparez vos chants & vos jeux.
Pour rendre les Mortels heureux,
La Paix du haut des Cieux vole parés la
Victoire.
Apollon:
De nos jeux, de nos chants, c'est à vous
d'ordonner,
La Paix vient de bannir les fureurs de la Guerre:
C'est à Minerve à couronner
Un Vainqueur qui calme la terre.
Minerve:
Que les bienfaits de ce Heros
Soyent chanter dans toutes vos Fêtes;
Vos plus charmants concerts sont le fruit du repos
Qu'il fait regner par ses Conquêtes.
Le
Choeur:
Que les bienfaits de ce Heros
Soyent chanter dans toutes vos Fêtes;
Vos plus charmants concerts sont le fruit du repos
Qu'il fait regner par ses Conquêtes.
Minerve:
Qu'un spectacle nouveau, de ce brillant séjour,
Augmente la magnificence.
Apollon:
Pour mes tragiques Jeux j'ai besoin de l'Amour;
Pourrez-vous souffrir sa presence ?
Minerve:
En faveur de la Paix je cede à vos desirs;
Je consens que l'Amour se mêle à nos
plaisirs.
Le
Choeur:
Descendez, regnez sur la terre.
Tendre Amour, répandez vos plus vives ardeurs;
Il n'appartient qu'à vous de faire encor la
guerre
Quand la Paix charmes tous les coeurs.
[l'Amour
descend des Cieux sous un pavillon soutenu par les Amours,
les Plaisirs & les Jeux qui le
suivent]
L'Amour:
Quoi ? Minerve en ces lieux m'appelle !
Minerve:
Ne prétends pas regner sur elle.
L'Amour:
C'est pour suivre mes loix que tous les coeurs sont
faits;
Tout cede à mon pourvoir suprême;
Vous seule échappez à des traits
Que font trembler Jupiter-même.
Minerve:
Quand je te voi vainqueur du Souverain des Dieux,
Le gloire de mon nom vole au plus haut des Cieux.
Que devant toi, Jupiter tremble;
C'est un nouvel éclat pour moi
Tu triomphes de lui, je triomphe de toi;
N'est-ce pas triompher de tous les Dieux ensemble
?
L'Amour:
Il est tems d'embellir ces lieux;
La Paix doit reünir les Mortels & les
Dieux.
[l'Amour
fait élever une Piramide ornée d'arcs, de
fléches & de carquois]
[on
danse]
Un des
Arts de la Suite de Minerve:
Dans nos Jeux
Mêlons la tendresse;
Le trait qui nous blesse
Comble nos voeux.
Qu'en ce beau jour
Tout se livre à l'Amour:
Il ordonne à sa Cour
De nous suivre sans cesse.
Dans nos Jeux
Mêlons la tendresse;
Le trait qui nous blesse
Comble nos voeux.
Tendres flâmes,
Dans nos ames
Regnez à jamais;
Beaux lieux, vous avez moins d'attraits
Que l'ardeur qui nous presse.
Dans nos Jeux
Mêlons la tendresse;
Le trait qui nous blesse
Comble nos voeux.
[on
danse]
Le
Choeur:
Que dans ce beau séjour tous vous rende les
armes.
Amours, faites voler vos traits,
Plaisirs, faites briller vos charmes
Triomphez, regnez à jamais.
Minerve:
Pour de plus nobles Jeux qu'à l'envi tout
s'apprête,
A tout ce qui m'est cher destinons cette Fête.
Rappellons Telemaque à la clarté du jour;
Aux ravages du tems dérobons sa memoire;
Mais ne le livrons à l'Amour
Que pour faire éclater sa gloire.
[on
reprend le Choeur pour finir]
Le
Choeur:
Que dans ce beau séjour, &c.
|
haut
de page

|
(ici le
titre de la tragédie est Calypso)
|
|
les
personnages de la Tragedie:
|
les
interprètes:
|
|
|
Calypso
|
Mlle
Journet
|
|
Adraste
|
Mr
Thevenard
|
|
Telemaque
|
Mr
Cochereau
|
|
Eucharis
|
Mlle
Heuzé
|
|
Arcas,
Confident d'Adraste
|
Mr
Buzot
|
|
Idas,
Confident de Telemaque
|
Mr
de la Roziere
|
|
Cleone,
Confidente d'Eucharis
|
Mlle
Pasquier
|
|
Minerve
|
Mlle
Antier
|
|
Le Grand
Prêtre de Neptune
|
Mr
Mantienne
|
|
La Grande
Prêtresse de l'Amour
|
Mlle
Antier
|
|
Une
Prêtresse de Neptune
|
Mlle
Bourgoin
|
|
Un
Démon transformé en Plaisir
|
Mr
Bourgeois
|
|
Un
Démon transformé en Nymphe
|
Mlle
Bourgoin
|
|
|
|
Troupe
de Démons
Troupe de Prêtres de Neptune & d'Orygiens
Troupe de Démons transformez
Troupe de Prêtres & de Prêtresses de
l'Amour
Troupe de grecs & de Captives suivante
d'Eucharis
|
|
La
Scene est dans l'Isle d'Orygie
|
|
Le
Théatre represente l'Isle d'Orygie; on y voit les
Palais renversez par des inondations, & d'un
côté du Temple de Neptune que les flots ont
respecté
|
|
Eucharis:
Malheureux qui sur ce rivage
Eprouvez un affreux Orage,
Vous esperez du moins de voir calmer les flots:
Mais, helas ! il n'est pas possible
Qu'un coeur à l'Amour trop sensible
Retrouve jamais le repos.
|
|
Cleone:
Quoi ? tandis que la Reine interroge Neptune,
Pour sçavoir dans nos maux, ce qu'il faut
esperer,
Dans ces lieux, sans témoins, vous venez soupirer
!
Eucharis:
Je fuis une foule importune.
Neptune de la Reine a causé l'infortune:
Il est un autre Dieu que je dois implorer.
Cleone:
Un autre Dieu ! Ciel ! quel est ce langage ?
Eucharis:
Il est tems de t'ouvrir mon coeur.
Ce Dieu dont jusqu'ici j'ai bravé lesclavage,
L'Amour est enfin mon vainqueur.
Cleone:
Quoi ? vous aimez !
Eucharis:
Hélas ! ai-je pû m'en féfendre
?
Cleone:
Pour qui soupirez vous ?
Eucharis:
Devrois-je te l'apprendre ?
Tu fus témoin du trouble de mes sens,
Quand ce jeune Etranger, par la fureur des vents;
Fit naufrage sur cette Rive:
Ses yeux étoient fermez à la clarté du
jour;
Déja son ame fugitive
Etoit prête à descendre au tenebreux
séjour.
Cleone, quel objet ! que j'en fus attendrie !
En vain à mon secours j'appellai ma
fierté,
Je ne pûs lui rendre la vie
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cleone:
Vous pourriez trahit votre gloire !
Quoi ! le nom d'Eucharis qu'en ces lieux vous portez
Du sang des Dieux dont vous sortez,
Vous fait-il perdre la memoire ?
O Ciel ! ce noble orguëil qu'est-il donc devenu
?
Non, ce n'est pas à vous d'aimer un
Inconnu.
Eucharis:
S'il n'est du sang des Dieux, il devoit en
descendre.
Cleone:
Contre un trop aimable vainqueur,
La gloire vainement vous dit de vous défendre:
L'Amour a séduit vostre coeur;
C'est l'Amour seul que vous voulez entendre.
Eucharis:
Je rougis de l'aimer, & je l'aime toujours.
Cleone:
Sçait-il qu'un grand Roi vous fit naître
?
Eucharis:
J'attens, pour me faire connoître
Qu'il puisse m'offrir son secours.
Depuis mon funeste naufrage,
Mon départ de ces lieux ne dépend plus de
moi:
Tu sçais que Calypso m'impose sa loi.
Cleone:
L'Amitié qui pour vous l'engage
Doit adoucir vostre esclavage;
Mais elle sort du Temple & s'avance en ces lieux:
Sous le nom d'Eucharis trompez toujours ses yeux.
|
Scene
3
Eucharis, Calypso
|
|
Calypso:
Dieu des Mers, terrible Neptune,
Ah ! n'es-tu pas assez vangé ?
Tout mon Empire est ravagé,
Rien n'égale mon infortune.
Et les vents & les flots, d'une fureur commune,
S'arment pour me punir de t'avoir outragé.
Dieu des Mers, terrible Neptune,
Ah ! n'es-tu pas assez vangé ?
Eucharis:
Quoi ? dans son foer courroux Neptune persevere ?
Calypso:
Non, rien ne peut le satisfaire.
Dans son Temple, lui-même, il vient de me parler,
Il m'a fait entendre mon crime;
Mais le cruel demande une victime
Que je ne puisplus immoler.
Calypso,
m'a-t'il dit, verse le sang d'Ulisse,
Ou crains le plus affreux supplice.
Eucharis:
Que je vous plains !
Calypso:
D'un sang trop coupable à ses yeux;
Comment lui faire un sacrifice ?
Ulisse n'est plus en ces lieux.
Eucharis:
Il a donc autrefois abordé ce rivage ?
Calypso:
Il venoit d'en partir lorsque tu fis naufrage.
Neptune
demandoit sa mort.
Eucharis:
O Ciel ! quelle rigueur extrême !
Calypso:
J'eus pitié de son triste sort,
Et je le fis partir, malgré Neptune
lui-même.
J'avois trop d'interêt à presser son
retour.
Les Démons évoquez par mon art redoutable
M'ont predit mille fois un tourment effoyable,
Si jamais je me livre au pouvoir de l'Amour.
Déjà par la pitié pour Ulisse
attendrie,
Ses vertus commençoient de surmonter mon coeur;
Je le rendis à sa Patrie,
Pour ne point souffrir de vainqueur.
Eucharis:
Vous avez des Enfers détourné le
présage,
Puissiez-vous appaiser les Dieux !
Calypso:
Je crains toujours Ulisse, & toujours son image
Vient se presenter à mes yeux.
Un
songe... ah !je fremis quand je me le rappelle.
Je l'ai vû, ce Heros que Neptune poursuit;
Je l'ai vû sur ces bords; une troupe cruelle
L'alloit precipiter dans l'éternelle nuit.
Il n'étoit plus armé d'une austere
sagesse:
L'Amour qui voloit sur ses pas,
De la plus brillante jeunesse,
Sembloit lui prêtre les appas.
PAr un charme inconnu forcée à le
défendre,
J'ai détourné le fer vangeur:
Hélas ! pour prix d'un soin si tendre,
Le cruel m'a percé le coeur.
Eucharis:
O Ciel ! quel songe plein d'horreur !
Calypso:
Le nom seul d'Amour m'épouvante.
Adraste m'adore, il est Roi;
Mais plus il a d'amour pour moi,
Plus pour lui ma haine s'augmente;
Il vient. Ciel ! quel est son effroi !
|
Scene
4
Eucharis, Calypso, Adraste
|
|
Adraste:
Reine, de vos Sujets, que je plains l'infortune !
Tous les Dieux conjurez contre eux,
Semblent s'unir à Neptune
Pour les rendre plus malheureux.
Jupiter irrité réduit nos murs en poudre;
On ne voit que Palais par les vents démolis;
Et sous les flots, ou sous la foudre
Nous allons être sensevelis.
Tous
Trois:
Dieux vangeurs, nous sommes coupables;
Mais notre repentir doid suspendre vos coups:
Dieux, vos châtiments redoutables
Sont-ils éternels comme vous ?
Adraste:
O rigueur qui me desespere !
Sans Neptune, sans son courroux,
Par le choix d'Atlas votre Pere,
J'allois devenir votre Epoux.
Calypso:
Pour me parler d'Hymen, quel tems osez-vous prendre
?
Adraste:
Pour prix de l'amour le plus tendre,
D'un mot, d'un seul regard, ranimez mon espoir.
Calypso:
Le soin de mon Empire est mon premier devoir.
Mais comment de Neptune appaiser la colere ?
L'Enfer peut me le reveler;
Laissez-moi seule ici, respectez un mystere
Qu'aucun mortel ne doit troubler.
|
|
Calypso,
seule:
Habitans des Royaumes sombres,
Vous que mon Art contraint d'obéïr à mes
loix,
Laissez en paix les ciminelles Ombres,
Démons, reconnoissez ma voix.
Quittez le
noir séjour de la nuit éternelle;
C'est Calypso qui vous appelle.
|
Scene
6
Calypso, Troupe de Démons
|
|
Le
Choeur:
Quittons le noir séjour de la nuit
éternelle;
C'est Calypso qui nous appelle.
Suivons
les loix d'une Immortelle,
Son Art fait trembler les Enfers;
Unissons nos efforts, signalons notre zele,
Suivons les loix d'une Immortelle,
Soumettson-lui tout l'Univers.
[on
danse]
Le
Choeur:
Du fonds du Ténare
L'on entend ta voix;
L'Enfer se prépare
Pour suivre tes loix.
Cherchons dans les larmes,
Et dans les soupirs
Nos plaisirs.
Quel sort
plein de charmes !
Cuasons mille allarmes,
Versons nos fureurs
Dans les coeurs.
[on
danse]
Le
Choeur:
Portons le ravage
Dans tous les climats;
La mort & la rage
Vont suivre nos pas.
Cherchons dans les larmes,
Et dans les soupirs
Nos plaisirs.
Quel sort plein de charmes !
Cuasons mille allarmes,
Versons nos fureurs
Dans les coeurs.
[on
danse]
Le
Choeur:
Qu'attens-tu de notre secours ?
Parle, nous te servons toujours.
Calypso:
Neptune sur ces bords demande un sacrifice,
Je ne puis l'appaiser à moins du sang d'Ulisse:
Ce sang n'est plus en mon pouvoir.
Le
Choeur:
Dresse l'Autel, fait ton devoir;
Tu ne peux balancer sans crime.
Calypso:
Où dois-je chercher la victime ?
Le
Choeur:
Neptune va pourvoir.
[les
Démons s'abîment]
|
|
Calypso:
N'en déliberons plus, mon destin se
déclare:
Que l'Autel soit dressé, que le fer se
prépare;
Ramenons le calme en ces lieux.
Une redoutable puissance
M'ordonne de fermer les yeux;
La plus aveugle obéïssance
Est la plus agréable aux Dieux.
|
haut
de page

|
Le
Théatre represente le Temple de Neptune; on voit un
Autel au milieu
|
Scene
premiere
Telemaque, Idas
|
|
Idas:
Non, ne vous montrez pas aux regards d'une Reine
Qui peut d'Ulisse, en vous, reconnoître les
traits.
Telemaque:
Cher Idas, dans ces lieux tu sçais ce qui
m'amene;
Voi cet Autel, voi ces apprêts.
Je vais unir mes voeux au pompeux sacrifice
Qu'on vient offrir au Dieu des flots;
Puisse-t'on le rendre propice !
Puisse regner sur l'onde un éternel repos
!
Dieu des
Mers, calme ta colere;
Je viens mêler mes pleurs au sang qu'on va
t'offrir.
Hélas ! mon deplorable pere,
Peut-être sous tes flots est tout prêt à
perir:
Dieu des Mers, calme ta colere;
Je viens mêler mes pleurs au sang qu'on va
t'offrir.
Idas:
Pour l'Auteur de vos jours Minerve s'interesse;
Mais craignez contre lui d'irriter son courroux.
Par le choix de cette Déesse,
Vous devez d'Antiope être l'heureux Epoux;
Cependant Eucharis a des charmes pour vous;
Triomphez de votre foiblesse.
Telemaque:
Minerve à ma vertu promet un heureux sort;
L'Amour offre à mon coeur un bien digne d'envie,
Si Minerve & l'Amour pouvoient être d'accord;
Non, rien ne manqueroit au bonheur de ma vie.
Idas:
Minerve doit toujours regner sur votre coeur.
Telemaque:
Pour répondre à tes voeux, quelle fut mon
ardeur !
Tu sçais que, m'arrachant aux pleurs de Penelope,
Je partis avec toi pour chercher Antiope;
J'en faisois mon plus grand bonheur.
Mais par un sort à mes desirs contraire,
Les rivages Crétois, lieux où regne son
Pere,
Ne me montrent point ce Heros.
Agité de remords, accablé d'infortune
Pour un Fils que sa main vien d'offrir à Neptune,
Son coeur se refuse au repos.
Il quitte ses Etats, son Peuple, sa Famille,
Et ses Sujets en pleurs m'annoncent que sa Fille,
Pour voler sur ses pas a traversé les flots.
Mais je vois Eucharis.
Idas:
Evitez sa presence.
Telemaque:
Je la fuirois ! quelle rigueur ?
Idas:
Forcez du moins votre amour au silence.
Telemaque:
Idas, il n'est plus tems; elle connoît mon
coeur.
|
Scene
2
Telemaque, Idas, Eucharis
|
|
Eucharis:
Genereux Etranger, le Ciel vous est propice:
Neptune ordonne un sacrifice
Qui doit desarmer son courroux;
Ce jour verra calmer l'orage
Qui vous retient sur ce rivage.
Telemaque:
Hélas
! puis-je être heureux en m'éloignant de vous
?
Eucharis:
Aprés un funeste naufrage,
Vous esperez un heureux sort:
Plaignez des malheureux dont le triste esclavage
Ne doit finir que par la mort.
Telemaque:
Non; je romprai vos fers, souffrez que je l'espere;
Mes Vaisseaux dispersez par les vents furieux,
Sans doute sont prés de ces lieux;
Et bien-tôt sur ces bords les Sujets de mon Pere
Viendront obéïr à vos loix.
Eucharis:
Quoi ? vous êtes du sang des Rois !
Telemaque:
Belle Eucharis, pardonnez mon silence;
Je voulois par mon seul amour
Mériter un tendre retour
Sans rien devoir à ma naissance.
Ulisse m'a fait naître.
Eucharis:
Ulisse ! juste-Dieux !
Telemaque:
Vous frémissez ! ce sang vous est-il odieux
?
Eucharis:
Que vous exprimez mal mes mortelles allarmes !
Il ne m'est que trop cher; j'en atteste les larmes
Qui coulent de mes yeux.
Telemaque:
Ciel ! que vient m'annoncer cette frayeur mortelle
?
Eucharis:
Fuyez, Prince, fuyez d'un séjour
dangereux.
Telemaque:
Et qu'ai-je à redouter ?
Eucharis:
Le sort le plus affreux.
Telemaque:
Mon devoir en ces lieux m'appelle;
Au sang qu'on va verser je dois joindre mes
voeux.
Eucharis:
Perdez cette funeste envie;
Retirez-vous.
Telemaque:
Pourquoi m'écarter de l'Autel ?
Eucharis:
Hélas ! sous un couteau mortel
Vous y devez perdre la vie.
Telemaque:
Qu'entens-je ?
Eucharis:
Neptune en courroux
Veut que le sang d'Ulisse aujourd'huy se répande.
Ah ! c'est le vôtre qu'il demande,
Et ce barbare Autel n'est dressé que pour vous.
Fuyez.
Telemaque:
Moi fuir ! non; qu'on m'immole.
Je fuirois l'Autel, quand il faut que j'y vole !
Eucharis:
C'est dons-là le secours que vous m'avez promis
?
Telemaque:
Que ne peut tout mon sang vous prouver ma tendresse !
Mais, vous-même, voyez pour qui je m'interesse;
Avant que d'être Amant, songez que j'étois
Fils,
Je dois m'immoler pour mon Pere;
Neptune m'en fait une loi:
Peut-être en ce moment sa terrible colere
Sous un orage affreux... ah ! j'en frémis
d'effroi:
Tous les momens que je differe
Sont des parricides pour moi.
Eucharis:
On vient. Dieux ! c'est la Reine: une troupe cruelle
Vers les Autels s'avance avec elle;
Sauvez-vous.
Telemaque:
Laissez-moi.
Eucharis:
Rien ne peut l'attendrir !
Fui la mort qui t'attend.
Telemaque:
J'en fais mon bien suprême.
Eucharis:
Fui, barbare, ou du moins, avant que de mourir,
Vient me voir expirer moi-même;
Je vais dans les Enfers precipiter mes pas.
Telemaque:
Idas, cours aprés elle, & ne la quitte
pas.
|
Scene
3
Telemaque, Calypso, Adraste, le Grand Prestre de
Neptune,
Troupe de Prêtres, & de Prestresses de Neptune,
& d'Ogyriens
|
|
Calypso:
Peuples soumis à ma puissance,
Par cét Autel que j'ai fait élever,
Vous voyez mon obéïssance:
C'est à Neptune d'achever.
Le Grand
Prestre:
Grand Dieu qui regne sur l'onde,
O Neptune ! exauce-nous.
Voi notre douleur profonde:
Desarme ton fier courroux.
Le
Choeur:
Grand Dieu qui regne sur l'onde,
O Neptune ! exauce-nous.
Voi notre douleur profonde:
Desarme ton fier courroux.
[on
danse]
Le Grand
Prestre:
Pour ravager ces lieux Neptune étoit armé;
Mais nous n'avons plus rien à craindre;
Son courroux vangeur va s'éteindre
Dans le coupable sang qui l'avoit allumé.
[on
danse]
Une
Prestresse:
Suspens ces ravages,
Reçoi nos hommages,
Entend nos regrets.
Heureux les Rivages
Où loin des orages
On peut vivre en paix !
Nos Rives tranquilles
Etoient des aziles
Des Jeux plein d'attraits.
Rends-nous tous nos charmes,
Puissant Dieu des flots,
Finis nos allarmes,
Rends-nous le repos;
Finis nos allarmes,
Rends-nous tous nos charmes,
Rends-nous le repos.
Le Grand
Prestre:
Nous sommes prêts d'expier notre crime:
Duis puissant, c'est à toi d'amener la
victime.
Telemaque:
Frappez. Voici le sang qui doit couler pour vous.
Calypso:
Que vois-je ?
Telemaque:
Je suis le Fils d'Ulisse;
Reine, rendez Neptune à vos sujets propices,
Appaisez son fatal courroux.
Calypso:
Quels traits frappent mes yeux ! est-ce Ulisse
lui-même ?
Que trouble ! quel effroi ! d'où vient que je fremis
?
Surmontons ma foiblesse extrême;
Qu'on l'immole; je l'ai promis.
Telemque,
embrassant l'Autel:
Je vais mourir pour toi, cher Auteur de ma vie,
J'embrasse cet Autel qui t'étoit destiné:
Sans regret je te sacrifie
Tout le sang que tu m'as donné.
Le Grand
Prestre:
Frappons; il est tems qu'il perisse.
Calypso:
Ciel ! arrêtez.
Telemaque:
Pourquoi differer mon supplice ?
Est-il un sort plus glorieux ?
J'expire pour mon Pere, & je m'immole aux Dieux;
M'nviez-vous un si beau sacrifice ?
Calypso:
Dieux cruels ! sa vertu ne vous attendrit pas !
Mais vous avez en vain ordonné son trépas:
Une trop juste horreur de mon ame s'empare;
Que Neptune sur moi lance de nouveaux traits;
Non, je ne souffrirai pas
Un Sacrifice si barbare.
Adraste:
Que faites-vous ? craignez un courroux tout
puissant.
Calypso,
arrachant Telemaque de l'Autel:
J'epargne un crime aux Dieux, & sauve un
Innocent.
Le
Choeur:
Quel outrage aux Autels !
Calypso:
Allez, Troupe inhumaine,
Obéïssez à votre Reine !
Le
Choeur:
Les volontez des Dieux sont nos premieres loix.
Calypso:
Les Rois sont les Maîtres du Monde.
Le
Choeur:
Les Dieux sont les Maîtres des Rois.
Tremble, entens la foudre qui gronde,
Tremble.
Calypso:
Calmez un vain transport.
[aux
gardes]
Retirez-vous.
Et vous qu'on m'en réponde.
Telemaque:
Dieux ! ne puis-je obtenir la mort.
|
haut
de page

|
Le
Théatre represente un Desert
|
|
Adraste:
Tout réponds sur ces bords à ma douleur
profonde:
Ce séjour semble fait pour les coeurs malheureux.
Ce fier torrent avec un bruit affreux
Jusqu'aux fonds des Enfers précipite son onde.
Les Echos attentifs à mes tristes regrets
En font retentir les forêts.
Agité, dévoré d'une funeste
flâme
Dans l'antre le plus noir je porte en vain mes pas:
Non, non, l'horreur n'y regne pas
Comme elle regne dans mon ame.
Ne
songeons plus qu'à nous vanger.
Malheur à qui m'ose outrager.
|
|
Adraste:
Est-on prêt à tout entreprendre ?
Arcas:
Vos Amis assemblez vont paroître en ces lieux;
Mais d'un pareil projet que pouvez-vous attendre
?
Adraste:
La mort d'un Rival odieux.
Arcas:
Calypso sçaura le défendre.
Adraste:
J'ai pour moi le Peuple & les Dieux.
Arcas:
Vous allez redoubler sa haine.
Adraste:
Peut-elle être plus inhumaine ?
Non; je n'écoute plus que mes transports jaloux;
Non, non, c'est trop souffrir: il est tems que
j'eclatte,
Que mon heureux Rival expire sous mes coups;
Puis-je mieux punir une Ingratte ?
Que
l'Amour jaloux dans mon coeur
Cause de funestes ravages !
Neptune avec plus de fureur
Ne desole pas nos rivages:
Et les vents sur les flots exitent moins d'orages,
Que l'Amour jaloux dans mon coeur.
Arcas:
La Reine vient, fuyez.
Adraste:
Non, jusqu'à ma victime,
Je prétens que sa main guide le coup mortel,
Et je veux m'assurer du crime
Pour mieux frapper le Criminel.
|
|
Adraste:
Reine, à Neptune encor vous faites une offense
!
Calypso:
Est-ce à moi de servir une injuste vangeance
?
Adraste:
Le crime doit être expié.
Calypso:
Quel crime a fait le Fils d'Ulisse ?
Adraste:
Les Dieux ordonnoient son supplice.
Les Dieux, le Peuple & moi, tout est
sacrifié.
Calypso:
A ma juste pitié ma fureur a fait place;
J'ai fait ce que j'ai dû.
Adraste:
Non, la seule pitié
N'a pas pour lui demandé grace.
Calypso:
Témeraire, arrêtez.
Adraste:
Eclattez contre moi.
Aprés
ce coup affreux est-il rien que je craigne ?
Pour vivre ici sous votre loi,
Je quitte la Thrace où je regne;
Et pour prix de mes soins, pour prix des plus beaux
feux,
Ce rivage fatal m'offre un Rival heureux !
Ah ! plûtôt dans son sang que mon amour
s'éteigne;
Tremblez pour lui.
Calypso:
Tremblez pour vous.
Ensemble:
Le dépit, la haine, & la rage
Vangeront ce mortel outrage.
Adraste:
Tremblez pour lui.
Calypso:
Tremblez pour vous.
Ensemble:
Tremblez; redoutez mon courroux.
|
|
Calypso:
Va, fui; je hais plus ta presence
Que je ne crains tes transports furieux,
Et l'on peut des Mortels défier la vangeance,
Quand on ose braver les Dieux.
Que dis-je ? malheureuse ! est-ce ainsi que j'espere,
Pour un Peuple que j'aime, appaiser leur colere ?
|
Scene
5
Calypso, Eucharis
|
|
Eucharis:
O Sort heureux ! le Peuple est exaucé;
Ce jour finit notre infortune:
Telemaque soumis a desarmé Neptune;
Ses Ministres l'ont annoncé.
Calypso:
Je vois trop ce qu'il medite,
Quand il nous rend le repos;
Et le trouble qui m'agite
Le vange mieux que ces flots.
Eucharis:
Qui peut vous allarmer encore ?
Craignez-vous d'odieux projets ?
Tout votre Peuple vous adore,
Et les coeurs en ces lieux sont vos premiers
sujets.
Calypso:
Il en est un sur ce rivage
Qui flatte mes voeux les plus doux:
S'il me rendoit un tendre hommage,
Je le préfererois à tous.
Eucharis:
Quoi ? vous aimez !... craignez une fatale flâme;
Songez que les Enfers...
Calypso:
Que me rappelles-tu ?
Dieux ! sous les traits de la vertu,
Falloit-il que l'Amour vint surprendre mon ame !
Eucharis:
Ne pouvez-vous briser vos fers ?
N'osez-vous de l'Amour combattre la puissance ?
Vous qui tenez l'Enfer sous votre
obéïssance.
Calypso:
Tout l'Enfer m'obéït, je regne dans les
airs,
Je fais gronder la foudre, & briller les
éclairs;
Le jour, quand il me plaît, se change en nuit
obscure,
Le Ciel même est soumis à mon pouvoir
vainqueur:
Mon Art donne des loix à toute la nature;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Eucharis:
D'un penchant trop fatal songez à vous
défendre.
Calypso:
Le Prince prés de moi doit-il bien-tôt se
rendre ?
Sçait-il que je l'attens ? Viendrat-'il en ces lieux
?
Eucharis:
C'est lui qui paroît à vos yeux.
|
Scene
6
Calypso, Eucharis, Telemaque
|
|
Calypso:
Prince, enfin je ne crains plus rien:
Pour des jours où je m'interesse.
Telemaque:
Se peut-il que le soin d'un sort tel que le mien
Occupe une Déesse ?
Calypso:
Les vertus dont l'éclat vient de frapper mes yeux
Font les plus tendres soins des Dieux.
Telemaque:
Neptune a calmé sa colere;
Il accepte mes tendres voeux:
A mes soins empressez s'il pouvoit rendre un Pere,
Que je serois heureux !
Calypso:
Je voi que vous brûlez de quittez ce rivage;
Mais à vous de retenir votre interêt
m'engage.
Neptune en apparence a calmé son courroux:
Je connois sa fureur; sous un calme si doux
Peut-être cache quelqu'orage.
Telemaque:
C'est trop vous allarmer.
Calypso:
A vos plus chers desirs
Je sens que je fais violence;
Mais pour vous consoler d'une cruelle absence
Je vais rassembler les Plaisirs.
Esprits
soumis à ma puissance,
Pour ce jeune Heros embellisez ces lieux;
Et sous d'aimables traits venez charmer ses yeux.
[le
Théatre change, & represente un Palais
enchanté]
|
Scene
7
Calypso, Eucharis, Telemaque,
Troupe de Démons transformez en Nymphes, en Jeux
& en Plaisirs
|
|
Un
Démon, transformé en Nymphe:
Sur ces bords tout nous enchante:
Nous goûtons d'heureux loisirs.
On y voit la fleur naissante
S'abandonner aux dous Zephirs;
On y previent tous les soûpirs,
Tous les desirs;
Il n'est point d'ame languissante
Dans l'attente
Des plaisirs.
Le
Choeur:
Les Jeux & les Plaisirs regnent dans ces retraites;
On y goûte mille douceurs;
C'est l'Amour seul qui les a faites;
Qu'il triomphe de tous les coeurs.
[on
danse]
Un
Démon, transformé en Nymphe, à
Telemaque:
L'Amour prévient vos voeux;
Formez d'aimables noeuds.
L'Amour prévient vos voeux;
Il veut vous rendre heureux.
[le
Choeur repete ces quatre derniers Vers]
Un
Plaisir:
Quand on sent les ardeurs qu'il inspire,
Le
Choeur:
On cherit à jamais son empire.
Un
Plaisir:
Doux plaisirs, jeux charmans,
Beaux jours, heureux momens.
Le
Choeur:
Doux Plaisirs, jeux charmans,
Tout est pour les Amans.
Un
Plaisir:
Tout se livre à l'Amour,
Dans ce charmant séjour:
Tout se livre à l'Amour;
Aimez à votre tour.
[le
Choeur repete ces quatre derniers Vers]
Un
Plaisir:
Sans les tendres soupirs,
Sans les ardens desirs,
Sans les tendres soupirs,
Est-il de vrais plaisirs ?
[le
Choeur repete ces quatre derniers Vers]
Un
Plaisir:
A quoi sert la jeunesse brillante ?
Le
Choeur:
Sans l'Amour on la voit languissante.
Un
Plaisir:
A quoi sert la Grandeur éclatante ?
Le
Choeur:
Sans l'Amour peut-elle charmante ?
Un
plaisir:
Craignez-vous ses rigueurs ? il n'en a point pour
vous.
Le
Choeur:
Il vous offre en ces lieux ses charmes les plus
doux.
Un
plaisir:
Soupirez; l'Amour veut un coeur tendre.
Rendez-vous; vous perdez pour attendre.
Trop heureux qui sçait plaire autant qu'il est
charmé !
Rien ne vaut le plaisir d'aimer & d'être
aimé.
[le
Choeur repete ces quatre derniers Vers]
|
Scene
8
Calypso, Eucharis, Telemaque,
Troupe de Démons transformez en Nymphes, en Jeux
& en Plaisirs
|
|
Calypso:
Vous voyez quel heureux azile
L'Amour vous offre en ces climats;
Pour arrêter ici vos pas,
Mon soin sera-t'il inutile ?
Telemaque:
Mes yeux sont enchantez; je ne m'en défens pas:
Mais pour bien goûter tant d'appas,
Mon coeur n'est pas assez tranquile.
Calypso:
Vers le Heros qui vous donna le jour
Un doux penchant sans cesse vous entraîne.
Telemaque:
Helas !
Calypso:
Vous soupirez ! par quelque douce chaîne,
Seriez-vous retenu dans ce charmant séjour
?
Telemaque:
Vous auriez pénétré... Dieux ! que lui
vai-je apprendre ?
Calypso:
On pénétre aisément les secrets d'un
coeur tendre;
Prince, ce jour vous fera voir
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre.
Eucharis aura soin de vous le faire entendre.
Telemaque:
Dieux ! ne trompez pas mon espoir.
|
haut
de page

|
Le
Théatre represente le Temple de
l'Amour
|
|
Eucharis:
Lieux sacrez, où l'Amour reçoit sur ses
Autels,
L'hommage de tous les Mortels,
Plaignez mon triste sort; je perds tout ce que j'aime,
Et je viens à l'Amour immoler
l'amour-même.
Dieux !
quelle contrainte fatale !
Je retiens mes soupirs; mes pleurs n'osent couler:
Mon amant va paroître, & c'est pour ma Rivale
Que je dois lui parler.
Dieux ! quelle contrainte fatale !
Je retiens mes soupirs; mes pleurs n'osent
couler.
Cedons ce
cher Amant, ou sa mort est certaine;
Du beau sang dont je sors gardons de l'informer:
Qu'il rougisse autant de m'aimer,
Qu'il doit trouver de gloire à charmerune Reine.
Il vient; pour lui sauver le jour,
Immolons à la fois ma gloire & mon
amour.
|
Scene
2
Eucharis, Telemaque
|
|
Telemaque:
Et-bien; à mon bonheur la Reine consent-elle ?
Me verrai-je bien-tôt au comble de mes veux
?
Eucharis:
Il ne tient qu'à vous d'être heureux:
Un sort glorieux vous appelle.
Telemaque:
Vivre & mourir sous votre loi,
Est-il un sort plus doux, plus glorieux pour moi
?
Eucharis:
Ah ! Seigneur, quittez ce langage;
D'un malheureux amour songez à vous
guérir.
Telemaque:
O Ciel !
Eucharis:
A Calypso portez ce tendre hommage;
Sur un barbare Autel prête à vous voir
perir,
Si son coeur a pû s'attendrir,
Du plus ardent amour reconnoissez l'ouvrage;
Répondez à ses feux, ou redoutez sa rage:
Il faut ou l'aimer, ou mourir.
Telemaque:
Moi, je pourrois l'aimer ! non que sa rage
éclate;
Non, je ne puis aimer que vous.
Eucharis:
Dieux ! vous osez braver son terrible courroux !
Mais, quoi ? pour un hymen que nul espoir ne flate,
Pouvez-vous renoncer àl'hymen glorieux
Que vous presente une Immortelle ?
Sur un trône éclatant...
Telemaque:
Fût-elle dans les Cieux,
Mon coeur vous met au dessus d'elle,
Et dussai-je irriter ses transports furieux...
Eucharis:
Vous amour vous séduit; voyez-en l'imposture
Qu'elle est vostre Eucharis ? Captive dans ces lieux,
Etrangere, sans nom, d'une naissance obscure...
Ah ! je rougis pour vous de la mortelle injure
Que vous faites à ses Ayeux.
Telemaque:
Non, non, l'écalt de rang n'éblouït point
mes yeux;
C'est la vertu que j'aime; une vertu si pure
Vaut tout le sag des Dieux.
Eucharis:
Eh-bien; connoissez -donc ma vertu toute entiere.
Puisque, pour vous sauver mes soins sont superflus
Ma mort sera le prix de vos cruels refus;
Il faut que Calypso m'immole la premiere.
Je vais tout découvrir.
Telemaque:
Arrêtez, arrêtez cruelle.
Ensemble:
Voyez couler mes pleurs, laissez-vous attendrir;
Vivez [Prince / Nymphe], vivez; c'est à moi
de mourir.
Eucharis:
Serez-vous insensible à ma douleur mortelle ?
La Reine vient; du moins feignez pour la calmer.
Telemaque:
Quoi ? d'un détour si bas vous me croiriez capable
?
Elle a sauvé mes jours; je serois trop coupable:
Fuyons-la: je ne puis la tromper, ni l'aimer.
|
Scene
3
Eucharis, Calypso
|
|
Calypso:
Telemaque me fuit ! Nymphe, que doi-js faire ?
Eucharis:
Reine de votre choix il veut toute la gloire.
Calypso:
Il me fuit cependant.
Eucharis:
Son timide respect
Le bannit de votre presence.
Calypso:
Ce soin de m'éviter ne m'est que trop suspect:
Dans le coeur de l'ingrat je lis mieux qu'il ne
pense.
Eucharis:
Ah ! peut-il oublier jamais
Que le jour qu'il respire est un de vos bienfaits !
Craignez moins.
Calypso:
C'est à luy de craindre ma vangeance;
Il en doit prévenir l'éclat:
Il peut avoir pour moi de la reconnoissance:
Et n'en être pas moins ingrat.
Mais c'est peu d'être ingrat; ô couleur sans
égale !
Lorsque je lui vantois les beautez de ces lieux,
Il soupiroit; son trouble a paru dans ses yeux;
Dieux ! s'il ne m'aime pas, j'ai donc une Rivale.
Eucharis:
Il ne voit en ces lieux rien d'aimable que vous.
Calypso:
Ah ! si jamais l'amour jaloux
De mon coeur malheureux s'empare,
Qu'il tremble: au seul bruit de mes coups,
Je remplairai d'effroi l'Averne & le Tenare.
L'amour est plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ose forcer à devenir barbare.
Eucharis:
Calmez ce transport furieux.
Calypso:
Le Dieu qu'on revere en ces lieux
Peut seul calmer ma colere:
Je prétens sur mon sort interroger l'Amour;
Vous, cherchez Telemaque: il faut sur ce mystere,
Que je le consulte à son tour.
|
Scene
4
Calypso, la Grande Prestresse de l'Amour,
Troupe de Prêtres & de Prêtresses de
l'Amour,
Choeur de Bergers & de Bergeres
|
|
La Grande
Prestresse:
Amour, source toujours feconde
De la felicité du monde.
Tu
triomphes par tout, tu règnes à la fois
Dans les Enfers, dans les Cieux, sur la Terre;
Le Dieu qui lance le Tonnerre,
Reconnoît tes suprêmes loix.
[le
Choeur repete ces quatre derniers Vers]
Calypso:
Maître des coeurs, toi dont l'empire
S'étend sur tout ce qui respire,
Dieu puissant, daigne m'exaucer:
Daigne attendrir pour moi le coeur de ce que j'aime:
Amour, tu peux faire toi-même
Le sort que tu vas m'annoncer.
[on
entend un bruit de Haut-Bois]
Calypso,
continuë:
Quels doux concerts se font entendre ?
Amour de
ces Bergers, les soins les plus pressant
Sont d'apporter ici des coeurs reconnoissans;
Que bonheur ! je n'ose y prétendre.
Heureux, & mille fois heureux
Les coeurs qui brûlant de tes feux
N'ont que des graces à te rendre.
[on
danse]
La Grande
Prestresse:
Dieu charmant, sous ta puissance
Que l'on goûte de plaisirs !
Tu fais naître l'esperance
Aussi-tôt que les desirs:
Tes douceurs & tes allarmes,
Tout enchante tour à tour.
Regne, Amour,
Fai briller tes charmes:
Regne, Amour,
Dans ce beau séjour.
Dieu
puissante tu fais la guerre
Aux plus grands des Immortels;
Dans les Cieux & sur la Terre
On t'éleve des Autels,
Tout annonce ta victoire,
Tous les Dieux te font la cour.
Regne, Amour,
Fai briller tes charmes:
Regne, Amour,
Dans ce beau séjour.
[on
danse]
Le Choeur
de Bergers & de Bergeres:
Amour, regne à jamais sur nous;
A nos tendres soupirs soit toujours favorable:
Nous goûtons sous tes loix les plaisirs les plus
doux;
Fai que ce bonheur soit durable.
[les
Bergers & les Bergeres se retirent]
La Grande
Prestresse:
Amour, sois favorable aux voeux d'une Immortelle;
Fai qu'à ses yeux l'avenir se revele.
Le
Choeur:
Amour, sois favorable aux voeux d'une Immortelle;
Fai qu'à ses yeux l'avenir se revele.
La Grande
Prestresse:
Je cede aux transports que je sens;
Dieux ! ô Dieux ! quelle violence !
L'Amour s'empare de mes sens;
Il vient animer mes accens;
Gardez tous un profond silence:
Le Dieu qui fait aimer va parler par ma voix.
Reine, écoute en tremblant d'irrevocales
loix.
Oracle:
Minerve a disposé du sort de Telemaque;
Antiope avec lui doit regner sur Itaque.
|
|
Calypso:
Dieu qui lances sur moi tes traits les plus cruels,
De quoi me punis-tu ? j'aime; c'est tout mon crime.
Sur ces bords autrefois interdits aux Mortels,
Je t'ai fait dresser des Autels:
J'en suis la premiere victime.
[on
entend un bruit de Guerre derriere le
Théatre]
Quel bruit
affreux vient me frapper !
Le Choeur,
derriere le Théatre:
Qu'il perisse, qu'il perisse.
Calpyso:
Ciel ! dans quel sang sur leurs mains vont-elles se tremper
?
Le
Choeur:
Immolons le Fils d'Ulisse.
Calypso:
Le Fils d'Ulisse ! allons le secourir.
Dieux ! tout ingrat qu'il est, puis-je le voir perir
!
Le
Choeur:
Immolons le Fils d'Ulisse.
Qu'il perisse.
O Ciel
! Telemaque est vainqueur;
Dérobons-nous à sa fureur.
Calypso:
Dieux puissants, la vertu par vous est triomphante;
Mais quel objet affreux à mes yeux se
presente.
|
Scene
6
Calypso, Arcas, Adraste mourant
|
|
Adraste,
mourant:
Je touche à mon instant fatal.
Telemaque m'immole, il remplit votre attente;
Inhumaine, êtes-vous contente ?
Je brûlois de percer le coeur de mon Rival;
Mais au défaut du sien, je vien s percer le
vôtre;
Il me vange de vos mépris,
Puisqu'il soupire pour une autre.
Calypso:
Qu'entens-je ?
Adraste:
Il adore Eucharis.
Calypso:
Eucharis !
Adraste:
De leurs coeurs j'ai vû l'intelligence.
Calypso:
Ciel !
Adraste:
Mon tourment finit & le vôtre commence;
Du coup qui m'a frappé je sens moins la rigueur;
J'avois perdu l'espoir de ma vangeance;
Je la laisse en mourant au fonds de vôtre
coeur.
[il
meurt]
|
|
Calypso:
Il adore Eucharis ! Dieux ! quel mortel outrage;
O Destin ! de tes coups c'est-là le plus
affreux.
Allons, dans ma jalouse rage,
Il faut les immoler tous deux.
Neptune,
je suis prête à remplit ta vangeance...
Que dis-je ? avec l'Ingrat ce Dieu d'intelligence
Triomphe en ce moment de me voir sous sa loi;
Le supplice a suivi le crime.
Ah !
puisqu'il est vangé, le sang de la victime
De doit plus couler que pour moi.
|
haut
de page

|
Le
Théatre represente le Port d'Ogyrie; on y voit
plusieurs Vaisseaux
|
|
Calypso:
Haine, dépit, fureur, noirs Enfans de ma
flâme;
Eclattez; c'est à vous de regner dans mon ame.
Plus de pitié, plus de retour;
Sors de mon coeur, indigne amour;
Haine, dépit, fureur, noirs Enfans de ma
flâme;
Eclattez; c'est à vous de regner dans mon
ame.
Allons;
qui me retient ? Ciel ! qu'est-ce que je voi ?
Tous les Dieux irritez sont armez contre moi.
Où suis-je ? quel effroi ! je sens trembler la
terre;
Neptune
souleve les mers;
Eole fait frémir les airs;
Jupiter lance le tonnerre;
Tout perit, tout est plain d'horreur.
Malheureuse
! où m'emporte une aveugle fureur !
Tu troubles ma raison, redoutable Minerve,
Tu défens un Ingrat, tu prens soin de son sort:
Mais, malgré toi, le coup que ma main lui reserve
Sera plus affreux que la mort.
Il frémira de ma vangeance;
Je l'attends en ces lieux; mais c'est lui qui
s'avance.
|
Scene
2
Calypso, Telemaque, Idas
|
|
Calypso:
Prince, dans mes Etats je ne vous retiens plus.
De ses desseins sur vous Minerve a sçu
m'instruire;
Vos yeux pour Eucharis se laissent trop séduire:
Partez, executez des ordres absolus.
Telemaque:
Helas !
Calypso:
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'un esclave un lâche amour t'engage
!
Du moins si cet amour... Ciel ! quel est mon malheur !
Dieux des flots, noirs Enfans, songe rempli d'horreur,
Votre menace est accomplie;
Je t'aime, tu me hais; je t'ai sauvé la vie,
Cruel, tu me perces le coeur.
Telemaque:
Reine, ordonnez qu'on me punisse:
Je ne vois qu'à regret la lumiere du jour.
Calypso:
Va, fui, Fils indigne d'Ulisse.
Emporte avec toi ton amour;
Il suffira pour ton supplice.
Telemaque:
Malheureuse Eucharis !
Calypso:
Tu déplores son sort !
Songe à quels maux affreux la perfide me
livre.
Telemaque:
Ah ! faites -moi cesser de vivre,
Si vous lui destinez la mort.
Calypso:
N'en doute point, son sang lavera mon outrage.
[aux
gardes]
Qu'on la
cherche. Je vais l'immoler à ma rage.
Quel plaisir de te voir, en partant de ces lieux,
Ne recevoir sur le rivage
Que ses cris mourants pour adieux !
|
|
Telemaque:
Arrêtez, elle fuit; quelle horrible vangeance
!
[Idas
sort]
Idas,
cherche Eucahris, sauvons-la de ses coups.
Dieux protecteurs de l'Innocence,
Eucharis va perir, l'abandonnerez-vous ?
Mais dois-je confier à d'autres qu'à
moi-même
Le soin de sauver ce que j'aime ?
Hâtons-nous.
|
Scene
4
Telemaque, Eucharis
|
|
Telemaque:
Elle vient. Sauvez-vous, Eucharis.
Fuyez une implacable rage;
Si vous sçaviez quel sort...
Eucharis:
J'ai tout appris.
Telemaque:
Fuyez-donc ?
Eucharis:
C'est à vous de quitter ce rivage;
C'est à moi d'y remplir mon sort.
Aux coups de ma Rivale, opposons ma constance:
Plus je sçaurai braver la mort,
Plus elle perdra sa vangeance.
Telemaque:
Non, je veux vous sauver du sort le plus affreux.
Eucharis:
Fuyez, éloignez-vous de ces bords dangereux;
Mon amour vous est trop funeste;
Du coup qui vous menace éparnez moi l'horreur !
De la triste Eucharis conservez ce qui reste,
Qu'elle vive dans votre coeur.
Telemaque:
Dieux inhumains, Dieux implacables,
Accablez-vous les Innocens ?
Et protegez-vous les Coupables ?
Eucharis:
Quelle fureur s'empare de vos sens !
Vous outragez les Dieux !
Telemaque:
Les Dieux font tout mon crime.
Mais je
vais l'expier en terminant mon sort;
Puissent-ils, contens de ma mort,
Ne prendre que moi pour victime !
Eucharis:
Eh ! que prétendez-vous ?
Telemaque:
Je veux vous secourir:
Telemaque sçaura vous défendre ou
périr,
Je ne vous quitte point.
Eucharis:
N'irritez pas la Reine.
Telemaque:
Je veux à m'immoler contraindre
l'inhumaine.
Eucharis:
Non, vivez.
Telemaque:
Vous allez mourir.
Eucharis:
Par ces tristes adieux, c'est trop vous attendrir;
Partez; au nom d'Ulisse, au nom de Penelope,
Au nom de vos heureux Sujets:
Parmi de si tendres objets
Je n'ose nommer Antiope.
Telemaque:
Demeurez, Eucharis, quel nom prononcez-vous ?
Sçauriez-vous quel destin dans la Grece m'appelle
?
Antiope m'attend, me parlez-vous pour elle ?
Pourrois-je vous quitter pour être son Epoux
?
Eucharis:
Vous, l'Epoux d'Antiope ! interdite, confuse,
Je crains qu'un songe m'abuse:
Expliquez-vous.
Telemaque:
Non, non, vous verrez mon trépas
Avant que je vous abandonne.
Hélas
! pourquoi faut-il que Minerve l'ordonne,
Lorsque l'Amour n'y consent pas ?
Eucharis:
Dieux ! la reserviez-vous pour ce bonheur extrême
?
Telemaque:
Non, j'ose en attester leur puissance suprême,
Et veux d'un faux serment, que ma mort soit la prix,
Si jamais...
Eucharis:
Arrêtez, c'est Antiope-même
Que vous aimez dans Eucharis.
Telemaque:
Vous, Antiope ! ô Ciel ! le puis-je croire ?
Le devoir, l'amour, & la gloire,
Tout conspire à combler mes voeux.
Eucharis:
Que nous sommes loin d'être heureux!
Ensemble:
Minerve, terminez nos peines:
Nous n'esperons qu'en vous dans nos derniers momens;
Laisserez-vous périr deux malheureux Amans
Dont vous avez formé les chaînes ?
[on
entend un bruit de Trompettes]
Mais quels
sons eclattants, jusqu'aux Cieux sont portez ?
|
Scene
5
Telemaque, Eucharis, Idas
|
|
Idas:
Seigneur, reprenez l'esperance.
Vos Guerriers loin de vous par l'orage écartez
Viennent vous secourir;
Telemaque:
Dieux !
Idas:
Leur Troupe s'avance.
On les a sur ces bords vainement arrêtez;
Leurs bras ont forcé tout obstacle.
Telemaque:
Minerve, c'est à toi que je dois ce
miracle.
|
Scene
6
Telemaque, Eucharis, Idas,
Troupe de Grecs, Troupe de Captives de la Suite
d'Eucharis
|
|
Telemaque:
C'est-donc vous qu'enfin je revoi,
Vaillants Guerriers, Troupe fidelle;
Ah ! si le sort vous rend à moi;
Je sçais trop à qui je le doi.
Par nos voeux, par nos chants, signalons notre zele:
Minerve a terminé le cours de nos malheurs.
Fille de Jupiter; adorable immortelle,
Regnez à jamais dans nos coeurs.
[le
Choeur repete ces deux derniers Vers]
[on
danse]
Telemaque:
Eloignons-nous de ce Rivage;
Venez, belle Antiope, achevez mon bonheur.
Fuyons de Calypso la jalouse fureur;
Ne differons pas davantage.
[on
voit paroître des Démons armez de flambeaux qui
embrazent tous les Vaisseaux]
Le
Choeur:
Dieux ! quel torrent de feux se répand sur les eaux
!
Tous les Enfers armez embrasent nos Vaisseaux.
|
Scene
7
Calypso, Telemaque, Eucharis, Idas,
Troupe de Grecs, Troupe de Captives de la Suite
d'Eucharis
|
|
Calypso:
Tu ne triomphes pas encore;
Je suis maîtresse de ton sort:
Tu ne seras uni que par la mort
A l'Objet que ton coeur adore.
Telemaque
& Eucharis:
O Minerve ! protegez-nous
Contre un implacable courroux.
Telemaque:
Nos voeux sont exaucez; & je la vois
descendre.
Calypso:
Tu la trahis; peut-elle te défendre ?
Le
Choeur:
O Minerve ! protegez-nous
Contre un implacable courroux.
|
Scene
8 & derniere
Minerve, Calypso, Telemaque, Eucharis, Idas,
Troupe de Grecs, Troupe de Captives de la Suite
d'Eucharis
|
|
Calypso:
Déesse, à vos desirs Telemaque est
rebelle;
Au sort d'une Captive il est prêt à s'unir,
Le protegerez-vous, au lieu de le punir ?
Minerve:
Sors d'erreur, Calypso, ce Heros m'est fidelle;
Toujours de la vertu son grand coeur fut épris,
Antiope est l'objet d'une flâme si belle;
Reconnois-la dans Eucharis.
Calypso:
Dieux ! qu'entens-je ? Eucharis est Antiope-même !
Mes malheurs sont comblez; Telemaque est heureux,
Et l'Hymen l'arrache de mes voeux
Sans l'arracher à ce qu'il aime.
Mais ils sont tous deux dans mes fers;
J'ai fermé le chemin des Mers.
Minerve:
Pour Antiope & Telemaque
D'autres chemins sont ouverts;
Zephirs, conduisez-les sur les Rives d'Itaque:
Partez, volez, fendez les airs.
[à
Telemaque]
De tes
Guerriers je prendrai la défense;
Minerve est pour eux; c'est assez.
Calypso:
Démons, souffriez-vous cette nouvelle offense ?
Vangez-vous, vangez-moi.
Minerve:
Zephirs, obéïssez.
[les
Zephirs enlevent Telemaque & Eucharis. Minerve se
retire, & les Grecs & les Captives
rentrent]
Calypso:
Arrêtez. Mais tous fuit; Dieux, vous me
trahissez.
O toi !
puissant Athlas, si ta Fille t'est chere,
Par un dernier effort déclare toi mon Pere:
Seconde ma fureur, sers au gré de mon choix
La vangeance que je respire;
Punis tous les Dieux à la fois:
Renverse le celeste Empire
Dont tu soutiens le poids.
|
haut
de page