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La Reine des Péris
Comédie Persane

livret de Louis Fuzelier
musique de: Jacques Aubert


Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V



PROLOGUE

Le Théâtre represente le Palais de Neptune

Amphitrite:
Fleuves, dans ce palais du puissant Dieu de l’Onde
Accourés, traversés le vste sein des Mers;
Joüissés de la paix profonde
Qui calme l’Univers.

(Les Fleuves, Ruisseaux & Fontaines se rassemblent dans le Palais de Neptune)

Chantés dans ces heurreux aziles,
Celebrés le repos
Qui regne sur vos bords tranquiles;
Mars desarmé ne rougit plus vos flots.

Choeur des Fleuves de l'Europe:
Chantons dans ces heureux aziles,
Celebrons le repos
Qui regne sur nos bords tranquiles
Mars desarmé ne rougit plus nos flots.

L'Euphrate:
La guerre & ses cruels ravages
Desolent encor mes rivages;
Ces rivages fameux où l’on vit autrefois
Le Tròne du plus grand des Rois...

La Seine:
Euphrate, croyés-vous que la Seine vous cede?
Pensés-vous effacer le rang que je possede?
Si le nom d'Alexandre honore vos Climats;
Si jamais ce Heros ne trouva là Victoire
Lasse de voler sur ses pas
La Seine ne peut-elle pas
Citer aussi des noms couronnés par la gloire?

À Deux:
Non, cessés de me disputer
Un prix que je dois remporter:
Mes flots coulent sur les rivages
Eclairés par les plus beaux jours:
Ils arrosent les boccages
Les plus cheris des Amours.

L'Euphrate:
On dit que vos Amans ignorent la puissance
Et les plaisirs de la Constance.

La Seine:
Et les vôtres sans cese, absolus dans leurs choix
Ignorent de 1'Amour les plus charmantes Loix.

Tyran de l'objet qu’il adore
L'Amant dans vos Climats ne suit que ses desirs:
L’Amant dans nos Climats commende aux doux plaísirs
Et dans 1es miens il les implore.

Amphitrite:
Termínés des discours qui suspendent vos Jeux,
Euphrate, si vos bords connoissent la tendresse,
Qu’aus rives de la Seine un spectacle pompeux
Prouve que la delicatesse
A quelquefois de vos Amans
Fais les plaisirs & les tourments.

Amour, vous triomphés de tout ce qui respire;
Mais sans gêner les coeurs soumis par vos exploits;
Vous étendés trop loin votre charmante,
Pour qu’il puisse en tous lieux avoir les mêmes Loix.

(On danse)

Une Nayade:
Les plaisirs, claires Fontaines,
De vos bords chassent les peines
Les plaisirs, claires Fontaines
De vos eaux suivenr le cours;

Que d'Amans sous les ombrages
Que font naître vos rivages
Trouvent souvent du secours!

Ondes pures,
Vos murmures
Ne troublent point leurs beaux jours.

Ondes pures,
Vos murmures.
N'appellent que les Amours.

(On danse)

Choeur:
Chantons dans ces heureux aziles,
Celebrons le repos
Qui regne sur nos bords tranquiles
Mars desarmé ne rougit plus nos flots.

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ACTE I

LA REINE DES PÉRIS
SELINA PÉRI
FATIME, Princesse de Syrie
NOUREDIN, Calife du Caire
ALI, Prince Arabe


La Scene est dans le Ginnistan, Pays des Péris


Scène 1
La Reine des Péris, Sélina Péri

Sélina:
Quel charme vous retient dans ce Bois écarté?
Vous ne joüissés pas de sa tranquillité:
Vous soupirés! quelle est donc votre peine?
Songés que des Péris vous êtes souveraine
La nature soumise obéït à vos loix
Tous vos voeux sont formés & remplis à la fois.

La Reine:
Hélas, il est des voeux que mon pouvoir immense
Ne sçauroit jamais combler!

Sélina:
L’amour peut seul vous troubler?
Vous ne répondés rien... j’entends votre silence.

La Reine:
Apprens donc mon secret, puisque tu l’as surpris,
Et cache ma honte aux Péris.
Un jour en traversant les airs sur un nuage,
J’aperçus un Mortel charmant;
Mon coeur d’abord frapé conserva son image,
Ma raison a voulu l’effacer vainement:
J’ai pourtant arrêté mes feux dès leur naissance,
Jai fui ce cher objet... Inutile prudence!
Le sort complice de l’Amour,
A mes yeux malgré moi vient l’offrir en ce jour.

Sélina:
Pourquoi craignez-vous tant une si douce chaîne?

La Reine (rêvant):
Selina, je l’ai vû sur la rive prochaine,
J’ai senti les transports d’une ardeur qui renaît.

(Appercevant Nouredin)

Il vient... Fuyons... Hélas, ma resistance est vaine!
Ah! l’on fuit toujours mal, lorsqu’on suit ce qui plaît.


Scène 2
La Reine des Péris, Sélina Péri, Nouredin, Ali

Nouredin (à Ali sans voir Nouredin):
Tandis que par mon ordre on prend soin de connoître
Dans quels climats les vents ont jetté nos vaisseaux,
Allons, mon cher Ali...

Ali (apercevant la Reine & Selina):
Ciel! Que vois-je paroître!
Quels objets brillants et nouveaux!

La Reine (à part à Selina):
Aprenons leur destin

Sélina (à Ali):
Quel sort ici vous guide?

Ali:
L'heureuse trahison d'un Element perfide.
Nos vaisseaux onr tenté des efforts impuissans,
Les vents nous ont contraint d'aborder ce rivage:
J'accusois de rigueur leur empire volage,
Depuis que je vous vois, que je leur dois d'encens

La Reine (à Nouredin):
Et vous, qui peut causer le mal qui vous accable?
Vous êtes sur des bords soumis à mon pouvoir.

Nouredin:
Excusés la douleur que je vous laisse voir...

La Reine:
Expliquez-vous: tout vous est favorable.

Nouredin (présentant Ali à la Reine):
Je suis un Amant malheureux
Suivi d'un Prince généreux
Qui veut bien partager mon destin déplorable.
Je regne dans ces champs si beaux
Que le Nil enrichit de ses fertiles eaux:
Là je coulois mes jours dans une paix chérie,
Lorsque la Renommée annonça les attraits
De la Princesse de Syrie :
Je pars, je cours, je vole & je m’expose à ses traits,
Je sentirai leurs coups le reste de ma vie.

La Reine (interdite):
Pour allunner des feux contans
Il faut réünir bien des charrnes...

Nouredin:
Fatime a sur son teint la fraicheur du Printems,
Pour soumettre les coeurs, quelles puissantes armes!

Lorsqu'un aimable objet commence ses beaux jours
Peut-on à ses appas refuser sa tendresse?
L'eclat charmant de la jeunesse
Est le trait le plus súr que lancent les Amours.

La Reine (inquiete):
Vous avez sçû charmer certe jeune Princessse

Nouredin:
Mes yeux seuls ont osé parler de mon ardeur,
Je ne sçai pas encor s'ils se sont fait entendre:
Dans l'instant où j'allois n'écoutant que mon coeur
Déclarer l'amour le plus tendre,
La Princesse révoit dans un Bois écarté
Lorsqu'une nuit subite a banni la clarté:
Les Elemens confus se sont livré la guerre;
Pendant ces funestes combats
Eclairés seulement par le feux du tonnerre
J’ai perdu ma Princesse, helas!
Les Cieux ont enlevé l'ornement de la terre.

La Reine:
Fatirne n’est donc plus;

Nouredin:
Depuis ce jour affreux
On n'a pu découvrir son destin malheureux.
Le desespoir qui me dévore
Dans cent climats divers m'entraîne vainement:
Je n'y retrouve pas la beauté que j'adore
Mes soins toujours trahis augmententmon tourment,

La Reine, Sélina & Ali:
Vous n’avez plus d'esperance,
De quoi vous sert la constance?


Scène 3
La Reine des Péris, Sélina Péri, Nouredin, Ali, le Chef des MAtelots de Nouredin

La Reine:
On vient. Cachons le feu dont je me sens brúler,

Nouredin (à la reine lui montrant le Chef de ses Matelots):
Reine, permettés-vous qu'il rompe le silence?

La Reine (avec dépit):
Il vous peut devant moi déclarer ce qu’il pense
Et vous n’avez plus rien à me dissimuler

(bas à Selina)

Toi, fais que tout ici s’applique à lui celer
Quel est l’empire heureux soûmis à ma puissance,

Le Chef des Matelots (à Nouredin):
Nous avons parcouru ces bords délicieux
Sans pouvolr découvrir 1e nom de ces beaux lieux,
Les Prez y sonr couverts de mille fleurs écloses
Qui de nos plus brillantes
Effacent l’éclat gracieux,
Et les bois sous dee frais ombrages
Rassemblent mille oiseaux inconnus nos yeux;
Non, de nos Rossignols les chants mélodieux
N'égalent point leurs doux ramages. 

Nouredin (surpris):
Quel est donc ce charmant séjour?

Sélina:
Il dependra de vous d’y trouver le remede
De la douleur qui vous possede.

ALI (la regardant tendrement):
Non, l'on est mal ici pour guérir de l'amour.

La Reine (à Nouredin):
Prince, brisés les fers d'un funeste esclavage,
Pourquoi chercher un Bien qu'on ne peut obtenir?

Nouredin:
Ah! je serois déja volage
Si je pouvois le devenir.

Ensemble

La Reine:
Prince, brisés les fers d’un funeste esclavage
Pourquoi chercher un bien qu’on ne peut obtenir
Il est aisé d’être volage,
Ne pouvez-vous le devenir?

Nouredin:
Non, non, je ne puis rompre un charmant exclavage,
Pourquoi chercher un bien qu’on craindroit d’obtenir?
Ah! je serois déjà volage
Si je pouvois le devenir

Nouredin:
Ne me proposés pas une chaîne nouvelle;
Jamais je n'oublirai l'objet de mon ardeur;
Quels appas lui pourroient un jour ôter mon couur?
Je vous ayois & je suis fidele.


Scène 4
La Reine des Péris, Nouredin, Ali, le Chef des MAtelots de Nouredin

(On entend un prélude)

Le Chef des Matelots (à Nouredin):
Vos Matelots charmés avancent dans ces lieux,
Leurs transports vont bientôt éclater a vos yeux.

La Reine:
De leurs plaisirs nouveaux écoutons le langage.

(Pendant la Fête Marine, La Reine va s'asseoir sur un gazon avec Nouredin, & Selina avec Ali)

Grand Choeur des Matelots:
Grondés Aquilons furieux
Menacés la Terre & les Cieux,
Nous ne craignons plus votre rage,

Petit Choeur:
Sur ces bords fortunés où regne un doux repos
Nos jours sont à l'abri de la fureur des flots,
Et nos coeurs seulement peuvent faire naufrage.

(On danse)

Une Matelotte:
Un orage
Causé par l'amour
Plaît souvent davantage
Que le plus beau jour.
Rien n’arrête
Un coeur bien épris
Lorsqu’il surprend dans la tempête
Un doux souris.
Il arrive
Content sur la Rive:
Le plus triste sor
S’oublie au Port.

(On danse)

Une Matelotte:
La jeunesse
Fait bien de risquer,
Mais, jamais la vieillesse
Ne doit s’embarquer,
Le vent gronde,
Malgré la fureur,
On voit toujours floter sur l’onde,
Un jeune coeur.
Mais quand l’âge
S’oppose au voyage,
L’Amour nous trahit,
Le port nous fuit. 

(Après le divertissement Nouredin donne la main à la Reine, & Ali à Selina)

La Reine (à Nouredin en partant):
Ne quittés pas sitôt ce rivage tranquille,
Les Plaisirs soumis à mes loix
Vous suivront tous dans cette azile:
Votre coeur fera le choix

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ACTE II

Le Théâtre représente les jardins du Palais de la Reine des Péris


Scène 1
La Reine des Péris

La Reine (seule):
Petits oiseaux, sous ces ombrages
Vos chants expriment vos désirs:
Je reconnois dans vos ramages
L'ardeur de mes tendres soupirs.


Scène 2
La Reine des Péris, Sélina Péri

(On entend un bruit de chasse)

La Reine:
Quel bruit de cet azile interompt le repos?
Le Cor éveille les Echos?

Sélina:
Le Sultan va goûter les plaisirs de la chasse...

La Reine:
Quoi! ce Prince occupé de ses tendres regrets
S’amuse à triompher des monstres des forêts. .
Non, non, c’est moi qui l'embarasse.

Sélina:
De ses plaisirs tantôt vous lui laissiés le choix...

La Reine:
Et c'est ce choix qui fait mon désespoir extreme!
Le Sultan me fuit, je le vois
Il ne va chercher dans les bois
Que le tems de rêver à la beauté qu'il aime.

Sélina:
Votre immortalité servira votre ardeur;
Calmés vos injustes allarmes,
Le tems ne peut changer vos charmes
Mais d'un ingrat il peut changer le coeur.

La Reine:
Non sa fidelité me défend l'esperance...

Sélina:
L'Amour ne vous la défend pas.

La Reine:
Déguisons-lui toujours quelle Reine il offense;
S’i1 conoissoit mon sort helas!
J'aurois trop à rougir de son indifférence.

(apercevant Ali)

Mais ce Prince ne veut ici que ta présence;
Ses feux ont éclaté, souffre son entretien;
Va, parle à ton Amant, je vais penser au mien.


Scène 3
Sélina Péri, Ali, en équipage de Chasseur

Sélina:
La chasse dans ces lieux n'a pas dû vous conduire,
C’est trop vous égarer...

Ali:
Ecoutés un moment
Je sçaurai vous instruire
De mon égarement.
Vainement le plaisir m’appelle
Dans des lieux où vous n’êtes pas:
A sa voix je ne suis fidele
Que quand il vole sur vos pas.
Vainement le plaisir m’appelle
Dans des lieux où vous n’êtes pas.

Sélina:
Prince, de cette ardeur que faut-il que je pense?
Eh! comment osés-vous soupirer sous mes loix?
Vous ignorés mon nom, mon rang & ma naissance...

Ali:
Ah! je sçais tout quand je vous vois
Je sçai qu'à vos beaux yeux on doit un juste hommage,
Et qu'un coeur à leurs traits resiste vainement;
Pour aimer un objet charmanr
En faut-il sçavoir davantage?
Voudrés-vous partager la chaîne qui m’engage?
Parlés... vous vous taisés... Blamés-vous mes discours?

Sélina:
Quand vous les redirés, ils me plairont toujours.

Ali:
Que vous flattés mes voeux! quoi! j'aurois l'avantage...

(On entend un bruit de chasse)

Sélina:
Prince, suivés la chasse.

Ali:
Ah! Que m’ordonnés-vous?

Sélina:
Seule, dans ces Jardins j'accompagne la Reine,
Elle paroit: allés.

Ali (à part, en s'en allant):
Quel destin la ramene
Pout troubler un instant si doux?


Scène 4
Sélina Péri, La Reine des Péris

Sélina (à la Reine qui revient en rêvant avec un air satisfait):
Vous trouvés des douceurs dans votre réverie?

La Reine:
De la Princesse de Syrie
Je crois que le trépas a terminé les jours;

(On voit paroitre dans les airs un Trône de fleurs où la princesse de Syrie est couchée & pâmée. Ce Trone est porté par des Génies soumis à la Reine des péris)

Sélina (apercevant Fatime):
Que de fleurs! que d’appas à nos yeux se présentent!


Scène 5
Sélina Péri, La Reine des Péris, Fatime, Fenies, Princesse de Syrie

(Le Trône descend avec Fatime pâmée)

Un Génie:
Un Dive redouté
Enlevoit dans les airs cette jeune Beauté:
Nous la sauvons sans la connoître,
Et nous vous l’amenons sur ce Trône de fleurs.
Les charmes qu’elle fait paroître,
Tous languissant qu’ils sont, condamnent ses malheurs.
A cet aimable objet rendés un sort tranquile;
Que par vous il soit ranimé.
Dans votre Empire heureux le mérite opprimé
Trouva toujours un sûr azile.

La Reine (regardant Fatime pâmée):
Que ses maux me semblent pressans!

(aux Génies)

J’aprouve votre zéle & je prens sa défense:Laissés-nous.
Rendons-lui l’usage de ses sens.

(Les Génies & le Trône s’envolent. Elle touche Fatime de sa baguette & dissipe son évanouissement)

Fatime (ouvrant les yeux):
Où suis-je?

La Reine:
Dans un lieu propice à l'Innocence.
Suspendés, calmés vos douleurs:
Vous n'étes plus sous la puissance
Du Tyran qui cause vos pleurs.

Fatime (encore allarmée):
Contre un Génie épouvantable
Me pourrés-vous ici garder en sûreté?

La Reine:
Par un serment inviolable
Je vous promets qu’un appui favorable
Conservera vos jours & votre liberté.
Parlés: apprenés-nous pour qui je m’interesse...

Fatime:
Vous protegés une jeune Princesse!
Je me promenois seule un jour,
Dans un agréable bocage,
Losqu’un Genie affreux se montrant sous l’ombrage
M’inspira de l’horreur en m’offrant son amour:
Je refusai ses voeux, aussitôt le tonnerre
Fit trembler les Cieux & la terre;
Je ne me trouvais plus dans le même séjour.

La Reine (bas à Selina):
Quel funeste soupçon m’accable!
Je tremble.

(à Fatime)

Poursuivés.

Fatime:
Le Genie implacable
Me retenoît dans un antre écarté
Où mes soupirs en vain combattoient ma fierté:
Enfin las de souffrir ma haine inexorable,
Le Barbare vouloit redoubler mon malheur,
J’ignore quel secours s’oppose à la fureur
De ce tyran impitoyable.

La Reine (bas à Selina):
Je n’ose plus l’interroger
Et je crains de sçavoir son nom & sa Patrie.

Fatime (à la Reine):
Et quel trouble subit paroît vous affliger?
Vous repentiriés-vous déja de proteger
La fille du Sultan, Maître de la Syrie?

La Reine (à part):
Qu’entends-je? quel serment ai-je fait aujourd’hui!
Trop aveugle pitié! promesse trop fatale!
Ah! c’est à ma Rivale
Que je dois mon appui

(A Fatime fièrement)

Allés, je vous accorde une sûre retraite.
Vous serez dans ces lieux plus heureuse que moi.

Fatime (à part en se retirant):
Quel chagrin la saisit? son trouble m’inquiete!
Et sa promesse même m’inspire de l’effroi.


Scène 6
Sélina Péri, La Reine des Péris

La Reine:
Que je ressens de funestes allarmes!
L’Ingrat que j’aime; hélas! va donc revoir les charmes
De l’objet qui m’ôte son coeur
Et c’est à moi qu’il devra son bonheur!
Il va lui découvrir un amour quelle ignore..
J’arrache sa Princesse aux voeux de son Rival
Mon suprême pouvoir pour moi seule est fatals!
A mon cruel destin que manque-t’il encore?


Scène 7
Sélina Péri, La Reine des Péris, Ali, Chasseurs portant des hures

Ali (à la reine):
Des monstres des forêts nous revenons vainqueurs,
Du succés de nos coups, du zèle de nos coeurs
Nous venons vous offrir l’hommage.

La Reine:
Où donc est le Sultan? son absence m’outrage.
Méprise-t’il de semblables exploits?

Ali:
Le plaisir de rêver l’arrête sous l’ombrage,
Un Amant malheureux peut-il quitter les bois?

La Reine (à Ali):
Selinaz va pour présider à la fête

(à part)

Voyons quels nouveaux coups le sort cruel m’apprête
Allons chercher l’ingrat qui me fait éprouver
De cent transports divers la discorde fatale:
Je crains qu’il n’ait déja rencontré ma Rivale,
Deux Amants ne sont pas long-tems à se trouver.


Scène 8
Sélina Péri, Ali, Chasseurs portant des hures

Marche

Choeur des Chasseurs:
Dans les bois d’alentour que la chasse est charmante!
Célébrons un plaisir qui toujours nous enchante;
Que le Cor seconde nos voeux,
Ainsi que nos travaux il doit regler nos jeux.

(On danse)

Ali:
Beauté qui veut se défendre
Fuit en vain un Amant par plus d’un détour.
On sçait toujours la surprendre
C’est une Chasse que l’amour.
Lorsqu’un objet sçait plaire,
A ses soins constans peut-on se dérober?
Dans les filets d’un coeur sincere,
Heureux, trop heureux qui peut tomber

(On danse)

Une Chasseuse:
D’où vient qu’on s’embarasse
De fuir l’Amour & ses traits si doux?
Les plaisirs de sa chasse
Ne sont faits que pour nous

Loin d’éviter sa trace,
Quand il nous fuit, attendez tendres coeurs;
Rassurez-vous, goûtez ses faveurs,
Livrez-vous à ses coups vainqueurs.

D’où vient qu’on s’embarasse
De fuir l’Amour & ses traits si doux?
Les plaisirs de sa chasse
Ne sont faits que pour nous

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ACTE III

Le Théâtre représente au fond le Palais de la Reine des Péris, dans un goût oriental, &sur le devant un bois de palmiers arrosé de ruisseaux


Scène 1
Fatime

Fatime (seule):
Ruisseaux quì coulés sous l'ombrage,
Non, ce n'est pas pour moi que naissent tanr de fleurs!
Je ne viens sur votre rivage
Que pour y répandre des pleurs.
Ruisseaux quì coulés sous l'ombrage,
Non, ce n'est pas pour moi que naissent tanr de fleurs!

On vient: éloignons-nous & cachons nos douleurs


Scène 3
La Reine des Péris, Sélina Péri

La Reine:
C’est elle! Vengeons-nous... Eh! que prétends-je faire?
Trop heureuse Rivale, hélas!
Faut-il que mon pouvoir défende tes appas?
Faut-il que mon sermebnt arrête ma colère?

Sélina:
Le couroux des Péris n’est jamais dangereux:
Le crime seulement doit craindre leur vengeance,
Et c’est pour faire des heureux
Que nous avons notre puissance.

La Reine (rêvant avec agitation):
Non, je ne pretens pas servir leurs tendres feux...
Puisqu'ils me fontsouffrir, qu’ils souffrent tous les deux
L'Amour jaloux m’inspire un artifice
Contre l’Ingrat qui méprise mes voeux
Des tourmens de mon coeur que le sien le punisse,
Les supplices du coeur sont le splus rigoureux.

Sélina:
Le Sultan ne sçait pas encore
Le feu qui vous dévore;
Que ne l’expliquez-vous?

La Reine:
Il doit le deviner.
L’Amour n’a-t’il donc qu’un langage...
Mais hâtons-nous de terminer
Ce qui doit venger mon outrage

(Elle fait des figures cabalistiques qui donnent à Fatime la ressemblance de Sélina)

Fatime en ce moment n’est plus que ton image,
L’ingrat en la voyant, croira ne voir que toi;
Avec soin il fuira la beauté qui l’engage...
Il fuit tout ce qui vient de moi

Sélina (apercevant Fatime qui approche en rêvant sans la voir):
Elle vient. C’est toujours Fatime que je voi.

La Reine:
Je n’ai pas prétendu te déguiser ses charmes,
Elle n’aura tes traits qu’aux yeux de son Amant
Et du fidele Confident
De ses soupirs & de ses larmes.
Elle approche, sortons. J’oublirois mon serment


Scène 4
Fatime, paroissant Sélina, Nouredin

Fatime:
Sur ces bords onconnus, hélas! rien ne m’éclaire

(apercevant Nouredin qui se promene sans la voir)

Mais, ô ciel, je le vois! c’est ce prince charmant
Qui paroissoit me suivre à la Cour de mon pere!
Quel bonheur près de moi l’amène en ce moment?
Ses yeux dans nos climats sembloient me rendre hommage,
Et parler d’une ardeur qu’ils n’osoient déclarer;
Sa rencontre va m’assurer
Si j’ai bien entendu leur aimable langage.

Nouredin (sans la voir):
Que je suis malheureux, hélas!
On tente de briser la chaîne qui m’engage,
Des regrads curieux suivent par tout mes pas.
On m’observera moins si l’on me croit volage...
Oüi, feignons d’oublier Fatime & ses appas.
La Reine... Mais je vois ici sa Confidente:
Affectons la froideur d’une âme indifférente.

Fatime:
Que ne me reconnoît-il pas?

(à Nouredin)

Vous ne pensés donc plus à la Cour de Syrie?

Nouredin:
Ce qu’offre à mes regards cette rive fleurie
N’a-t’il pas de quoi m’occuper?

Fatime:
Quel traits dans ces Climats a donc sçû vous fraper?

Nouredin:
Vous croyés, je le vois, que les bords de l’Euphrate
Possedent tout ce qui me flâte?

Fatime (à part):
Je tremble! Quel secret lui va-t’il échapper?

Nouredin:
Vous croyés qu’une ardeur constante
M’arrache des soupirs secrets?
Eh! qui pourroit fermer mes yeux aux doux attraits
Que ce rivage me présente?

Fatime (à part):
Va-t’il me déclarer ses feux?
L’esperance revient & rassure mes voeux.

Nouredin:
La constance nous offre une ennuyeuse gloire,
Le plus doux souvenir ne sert qu’à nous troubler:
Des plus beaux yeux absens banissons la mémoire,
Et cédons toujours la victoire
A ceux que nous voyons briller.

Fatime (à part):
Quels sentiments, l’ingrat vient de me reveler: 

Nouredin:
Il est vrai que Fatime étoit la Souveraine
Qui donnoit des loix à mon coeur...

Fatime:
Ah, vous l’aimés plus, & vous aimés la Reine,
Et vous m’avoüés cette ardeur!

Nouredin:
A qui pouvois-je mieux en faire confidence?

(à part)

Mais ma feinte me cause une affreuse douleur;
Fuyons: je ne puis plus souffir sa violence.


Scène 5
Fatime, paroissant Sélina

Fatime (paroissant Sélina, seule):
L’ai-je bien entendu? quoi, le premier discours
Que le perfide ose me faire,
M’apprend ses nouvelles amours;
Et c’est pour m’insulter, que l’ingrat est sincere!

Ah! quel affront pour ma fierté!
C’est donc un Inconstant qui regne sur mon ame?
J’attendois l’aveu de sa flâme,
Et je reçois celui de sa legereté!
Ah! quel affront pour ma fierté!
C’est donc un Inconstant qui regne sur mon ame?


Scène 6
Fatime, paroissant Sélina, Ali

Fatime (à part):
Que vois-je? C’est l’Ami de l’objet de mes voeux,
De ce cruel qui m’abandonne!
Dérobons-lui mon trouble affreux.

(Elle sort)

Ali (ne la voyant plus):
Charmante Sélina.....Que sa fuite m’étonne!


Scène 7
Ali

Ali (seul):
Pendant les jeux de nos Chasseurs.
Elle a permis tantôt l'espoir à ma tendresse...
D'où lui vient à present cete sombre tristesse?
Qu’ai-je fait qui me doive attirer ses rigueurs?

Quel caprice conduit les Belles?
Rien ne peut fixer leurs desqirs,
Et les Ondes & les Zéphirs
Sont cent fois moins volages qu'elles.
Pour leur coeur il n'est point de noeuds
Qui nous assurent leur constance
Et quelquefois l’indifference
Succede à leurs plus tendres feux.

Quel caprice conduit les Belles?
Rien ne peut fixer leurs desqirs ,
Et les Ondes & les Zéphirs
Sont cent fois moins volages qu'elles.


Scène 8
Ali, Sélina

Ali (à part):
Elle revient,elle a seché ses pleurs!

Sélina:
Que toujours les plaisirs triomphent dans nos coeurs.

Ali:
Se peut-il qu'un instant appaise vos allarmes,
Et mele dans vos yeux les ris avec les larmes!

Sélina:
Quelle est donc votre erreur?... Ah! je m’en apperçoi!
Il a trouvé Fatime et l’a prise pour moì,

(haut à Ali)

Le chagrin qui troubloit mon ame
N’étoit pas causé par ma flâme.

Non, je n’aime pas les amours
Qu’accompagne toujours
La plaintive tristesse.
Ah! pour un coeur qui voit mépriser sa tendresse
Les soupirs sont un vains secours!
Est-ce à pleurer qu’on doir employer ses beaus jours?
Les ris sont faits pour la jeunesse:
Non, je n’aime pas les amours
Qu’accompagne toujours
La plaintive tristesse.

Ali (à part):
Eclaicissons le sort d’un ami malheureux,
Tâchons de découvrir ce qui combats ses voeux

(haut à Sélina)

Puisque vous permettés que pour vous je soupire,
Aprenés-moi du moins le nom de cet Empire
Qui surprend nos regards par cent objets nouveaux.

Sélina:
Ce secret dépend de la Reine,
Mais jugés du pouvoir de votre Souveraine
Par le pouvoirs de ses sujets.

Il faut que je vous dedommage
Des momens rigoureux que je vous ai donnés...

Ali:
Vous m’avez déja fait un si doux avantage...

Sélina:
Je prétens aujourd’hui que vos yeus étonnés
Trouvent dans le sein de l’Asie
Des Bergers de l’Europe une troupe choisie

(On entend un prélude de Musettes)

Leurs Musettes déja font retentir les airs..
Ecoutons leur concert.


Scène 9
Ali, Sélina, Bergers & Bergères, Pastres de l'Europe

Marche

Choeur des Bergers:
Chantons, aimons dans ces belles retraites;
Que les Echos repetent tour a tour
Nos soupirs & nos chansonnettes
Chantons, aimons dans ces belles retraites;
Nous devons à l'Amour
Nos coeurs & nos musettes.

(on danse)

Une Bergère:
Dans nos hameaux sur nos rivages
Pour aimer tous les coeurs sont faits
Et dans nos paisibles bocages
Jamais l’Amour ne perd de traits.
Les plaisirs d'une ardeur nouvelle
Pour nos Bergers n’ont point d’appas,
Et nos Echos ne sçavent pas
Les noms d'ingrat & d'infidelle. 

(on danse)

Une Bergère (menuet):
Dans nos Bois
Le coeur seul a des droits;
Le coeur seul fait nos choix
Et nos Bergers n'entendent que sa voix.
Aussi prompts que les Zéphirs
Au gré de nos désirs
Nous voyons voler les plus charmans plaisirs.
Les Amours font les loix
De nos bocages
Et sous nos ombrages
Les jeux sont nos emplois

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ACTE IV

Le Théâtre represente l’Isle de l’Inconstance


Scène 1
La Reine des Péris, Sélina Péri

Sélina:
Par vos ordres conduits dans cette Isle volage
Le Prince et le Sultan parcourent le rivage.

La Reine:
Un charme sur ces bords, des constantes amours
Brise la chaine la plus belle
Quand de ces lieux on peut sortir fidele,
C’est pour l’être toujours.
Volés favorable Inconstance
Qui regnés sur ces bords charmans,
Vous êtes le secours des malheureux Amans,
Faites briller votre puissance:
De moins empressés je n’espere plus rien,
Triophés, c’est vous que j’implore,
Changés le coeur de l’ojet que j’adore,
Vous ne pourriés changer le mien
Volé favorable &c...
Ici le coeur apprend à ne point se géner...
Ici tout montre à fuir un trop long esclavage.

Sélina:
Vous auriés pû ne condamner
Que votre Amant à ce voyage;
Le mien tombe à chaque moment
Sans une erreur qui m’interesse.
Depuis que sous mes traits vous cachés la Princesse,
Mon coeur ne gagne pas à ce déguisement...

La Reine:
Pardonnés-moi cet artifice,
D’un Ingrat il fait le supplice

(apercevant Nouredin)

D’un Igrat... mais c’est lui,
Il faut que je l’évite;
L’Instance pour moi doit parler aujourd’hui.
Je paroîtrai moi-même aux Jeux qu’elle médite.

Sélina:
Puisse l’objet que j’aime y trouver de l’ennui.


Scène 2
Nouredin, Ali

Nouredin:
Dans ce nouvau séjour d’où vient qu’on nous amène?

Ali:
On cherche incessamment à flater vos désirs.

Nouredin:
Plus je vois sur mes pas redoubler les plaisirs.
Plus je sens redoubler ma peine.
Ne pourrai-je jamais sçavoir dans quels climats
Nous retient un pouvoir que je ne connois pas?

Ali:
Contraignez-vous toujours.

Nouredin:
Que ma contrainte est vaine!
Ici tout me surprend, tout m'embarasse, hélas!
La Confidente de la Reine
Loin de me vanter ses appas,
Paroît apprehender de me voir dans sa chaîne...

Ali:
Quoi Sélina trahit la Reine & mon ardeur!

Nouredin:
Lorsque pour lui cacher le beau feu qui m‘anime,
Je lui proteste que mon coeur
N'est plus enflamé pour Fatime,
Je vois dans ses regards une triste langueur,
Elle soupire, elle repand des larmes...

ALI
Puisque vous êtes seul témoin de ses allarmes,
C’est vous qui causés sa douleur...
Je croyois être aimé...Tout flatoit mon erreur...


Scène 3
Nouredin, Ali, Sélina Péri

Ali (à Selina):
Je suis trop éclairci de votre ardeur nouvelle,
Perfide! vous riés de mes transports jaloux!
Est-ce là tout le prix de ma flâme fidelle?
Vous trompés donc un coeur qui n’adore que vous?

Sélina (à part):
Que Fatime aujourd’hui toumente ce que j’aime!
Mais je vais le caliner; la reine le permet;
Son enfin me commet
Pour apprendre au Sultan quel est son rang suprême.

Ali (à Selina):
Que ce cruel silence insulte mon amour!
Vous ne répondés rien lorsque je vous accuse...
Héla, peut-être, héla! la plus legere excuse
Pour calmer mon dépit suffiroit en ce jour!
Que ce cruel silence insulte mon amour!

Sélina:
Quelquefois on paroît volage
Lorsqu’on aime constamment;
Doit-on croire facilement
Le soupçon qui devient outrage
Quand il accuse injustement?
Quelquefois on paroît volage
Lorsqu’on aime constamment;

(à Nouredin)

Et vous, Prince, sortés de cette rêverie:
De la Princesse de Syrie
Oubliés enfin les attraits:
Sur des bords inconnus & loin de sa Patrie
Le Sort l’exile pour jamais...

Nouredin (avec empressement):
Quoi, Fatime joüit encore
De la clarté des Cieux!
Quel bonheur! dans quels lieux...

Sélina:
Eh! quel soin vous dévore?
Songés plutôt à feindre mieux.

Nouredin (embarassé):
Je n’aime plus Fatime, & j’ai sçu vous le dire...

Sélina:
Vous n’avés pas sçu le prouver;
Mais apprenés à quel auguste Empire
L’Amour prétend vous élever.

Apprenés, mérités l’excès de votre gloire,
Vous allés en être surpris;
La reine des Péris
Vous cede la Victoire.

Nouredin (à Sélina):
Ah! son pouvoir comblera mon malheur!
Je ne reverrai plus l’objet de mon ardeur.

Ali (à Sélina):
Que je suis criminel!

Sélina:
Jamais l’Amour n’offense.

(on entend un prélude tres gay)

Mais j’entends les Amans soumis à l’Inconstance.

(à Nouredin)

En faveur de la reine apprenés leurs leçons;

(à Ali)

Vous de les écouter, Prince, je vous dispense;
Tout parle dans leurs chansons
Contre la persévérence...

Ali
Vos beaux yeux prendront sa défense


Scène 4
Nouredin, Ali, Sélina Péri, Nouredin, Ali, l'Inconstance, Inconstans de différentes Nations

La Reine arrive avant le Divertissement; Ali se place auprès de Sélina, & n’est point attentif à la Feste; Nouredin se promene reveur & distait & se retire quant l’Inconstance paroît

La Reine (à part):
Mon destin me réduit au bizare malheur
D’implorer l’Inconstance avec un tendre coeur!

(Marche des Inconstans)

Choeur des Inconstans:
Ne suivons pas long-tems les plus charmans Vainqueurs,
De la fidelité suivons les loix severes;
Que les chaînes les plus legeres
Ne contraignent jamais nos coeurs.

La Reine:
De l’aimable Inconstance Amans suivés les loix.
Pourquoi, si la beauté la moins digne de plaire
Paroît à vos yeux la premiere,
Votre coeur sera-t’il esclave de son choix?
Ah! que la Raison vous éclaire.

Amans passés bien vos beaux jours:
Que le Plaisir seul vous engage;
Pour modèle dans vos amours
Suivés le Zephyre volage.

Lorsque tout est soumie au pouvoir fortuné
De l’aimable Inconstance,
Notre coeur malheureux est-il seul condamné
A la persévérance?

Ammans passés &c...

Le Ciel qui fit nos libertés
Ne leur impose pas une chaîne importune.
Voudroit-il à nos yeux offir mille beautés
S’il ne falloit en aimer qu’un?

Ammans passés &c...

(L’inconstance sort de la Mer assise dans un Char galand, surmonté d’un pavillon leger soutenu par les Zephirs. Elle danse & marque son caractère, tant par la gravité de ses pas, que par celle des Danseurs de differentes Nations qu’elle choisit alternativement)

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ACTE V

Le Théâtre représente uhe solitude affreuse, semée de Rochers arides, arrosés par des Torrens


Scène 1
Nouredin

Nouredin (seul):
Reine, en vain tes appas secondent ta puissance,
Je ne puis de Fatime oublier les traits,
Et du séjour de l’Inconstance
Je sors plus tendre que jamais.
Torrens, tristes témoins des peines que j’endure,
Précipités vos flots sur ces Rochers affreux;
Que votre funeste murmure
Réponde aux cris d’un Amant malheureux.
Rivages dépoüillés de fleurs et de verdure
Voyés finir mon destin rigoureux;
La mort ne peut trahir mes voeux
Dans un Désert où semble expirer la Nature.
Torrens, tristes témoins des peines que j’endure,
Précipités vos flots sur ces Rochers affreux;
Que votre funeste murmue
Réponde aux cris d’un Amant malheureux.

(apercevant Fatime paroissant Sélina)

Mais Sélina paroît!


Scène 2
Nouredin, Fatime paroissant Sélina

Fatime (arrêtant Nouredin qui veut s’éloigner):
Me fuirés-vous sans cesse!...
Cruel! vous me devez toute votre tendresse!...
Que dis-je? quel transport éclate malgré moi!
Que ce transport te rend coupable!
Perfide, voi
La douleur qui m’accable...

Nouredin:
Par des discours embarassans
Voulez-vous toujours me confondre?
Le désespoir que je ressens,
Ne me permet pas d’y répondre.

Fatime:
Quoi! vous aimez la reine, & vous pouvez souffrir!

Nouredin:
Non, ne le croyez pas, non, je ne veux plus feindre.
Non, mon sensible coeur ne veut plus se contraindre.
Et je suis libre enfin, puisque je vais mourir.

Fatime:
Quel est donc ce tranport? parlés-vous sans mysteres?

Nouredin:
L’amour malheureux est sincere.

Fatime:
Vous n’aimez pas la Reine! est-il bien vrai, Seigneur?

Nouredin:
Quand j’ai vu ses attraits, j’avois donné mon coeur

J’ai feint de soupirer pour elle,
Pour obtenir ma liberté:
Mais je n’en aurois profité
Que pour fuir les honneurs où son amour m’appelle.
Je n’ai qu’un seul instant à vos yeux supporté
Une contrainte si cruelle!
Ah! qu’il m’en a coûté
Pour paroître infidele!
Fatime est l’unique Beauté
Qu’adore mon coeur enchanté.

Fatime:
Quoi Fatime...

Nouredin:
Je vais mourir sans voir ses charmes,
Elle ne sçaura point qu’ils causent mon trépas...

Sélina:
Quoi! Fatime est l’objet de vos tendres allarmes,
Et vos regards ici ne la retrouvent pas!

Nouredin (regardant de tous côtés avec empressement):
Non, je n’apperçois point cette beauté charmante,
Si je la revoyois, un seul moment, hélas!
Je serois trop payé du mal qui me tourmente.

Fatime:
Ne suis-je plus Fatime? Eh! quel enchantement
Vous abuse en ce moment!

Nouredin:
Vous Fatime! vous ma Princesse!
Vous cet objet divin si cher à la tendresse!
Hélas! j’apperçois seulement
La Confidente de la reine...

Sélina:
Ciel! que dites-vous! quelle apparence vaine...

Nouredin:
Qu’entends-je, & que vois-je en ce jour,
Quoi! vous seriez Fatime! Eh! quoi... mais ce séjour
N’est-il pas un Empire en prodiges fertile?
Ah! mon coeur est enfin éclairé par l’Amour.
La Reine à qui tout est facile
Vous déguise à mes yeux, & ma funeste erreur
Ne peut être qu’un trait de sa jalouse ardeur.

Fatime:
Quelle est cette Reine fatale
De qui vous m’annoncés le pouvoir dagereux?

Nouredin:
La Reine des Péris...

Fatime:
O terrible Rivale!

Nouredin:
Quel destin favorable & contraire à mes voeux
Vous rend & vous cache à mes feux?


Scène 3
Nouredin, Fatime paroissant Sélina, Dives

(Une nuit subite se repand dans les airs, le Tonnerre gronde & les éclairs brillent)

Fatime:
Apprenés nos malheurs... Mais quel nuage avance?
Quelle affreuse tempête annoncent les éclairs?

Choeur des Dives (qu’on ne voir pas):
D’un amour outragé secondons la vengeance;
Epouvantons la Terre & soulevons les Mers.

Nouredin:
Cet orage est l’effet du courroux de la Reine.

Nouredin & Fatime:
C’est pour vous que je crains sa haine.

(On voit paroître les Dives sur des nuages qui traversent les airs)

Fatime:
Je tremble! je fremis! ô Ciel! de toutes parts
Les Dives irrités s’offrent à mes regards!
Ils servent le Genie & vangent sa trendresse...

Nouredin:
Eh! quels nouveaux malheurs dois-je encore éprouver?

Fatime:
Cher Prince, sauvés-vous, fuyés...

Nouredin:
Non, ma princesse,
Vous fuir ce n’est pas me sauver.

(Les Dives descendent des nuages & se disposent pour enlever Fatime, Nouredine, s’efforce de les arrêter)

Barbares, arrêtés...

Choeur des Dives
Arrêtés témeraire.

Nouredin (les retenant encore):
Non, vous poussés trop loin les rigueurs de mon sort.

Choeur des Dives
Craignés notre colere:

Nouredin:
Je ne crains pas la mort.


Scène 4
Nouredin, Fatime paroissant Sélina, Dives, Péris avec les Urnes d'or, où brûlent des parfums précieux Les Dives s’enfuyent à l’approche des Péris

Choeur des Péris:
Parfums délicieux, votre odeur triomphante
Chasse nos ennemis & soumet leurs fureurs;
Exhalés, répandés votre vertu charmante,
De deux tendres Amans.
De ces rochers affreux qu’il efface l’image,
Avec celle de leurs tourmens;

(Le Désert disparoît & cede son Terrain à un Palais magnifique, bâti & orné dans le goût des édifices du Japon, qui occupe le fond du Théâtre)


Scène 5
Nouredin, Fatime paroissant Sélina, Péris, La Reine des Péris

Nouredin (sans voir la Reine):
Qui peut nous envoyer ce secours salutaire?

La Reine:
C’est à moi que vous le devez.

Nouredin & Fatime:
Quoi! c’est vous qui me conservés
Le seul objet qui peut me plaire!

La Reine (à Nouredin):
Tandis que le Destin vous rassembloit tous deux
Malgré mes soins & ma prudence;
Tandis qu’avec dépit ma juste défiance
Ecoutoit en secret vos plaintes & vos voeux,
Un Genie amoureux

(à Nouredin)

A voulu vous ravir Fatime;
Toujours prête à servir la vertu qu’on opprime,
J’ai d’abord oublié l’interêt de mes feux,
J’ai de votre ennemi dompté la violence...

Nouredin:
Reine, quelle reconnoissance...

La Reine:
Vous me devés encore un triomphe plus doux;
Mon amour balançoit ma raison & ma gloire,
J’ai caché mes combats, je parois devant vous
Dans le moment de ma victoire.

Nouredin:
Ah! daignés achever un bonheur si charmant,
Ah!...

La Reine:
J’entends vos désirs, je romps l’enhantement
Qui déroboit Fatime au feu qui vous dévore.

(La reine touche Fatime avec sa baguette & lui ôte la ressemblance de Sélina)

Nouredin (reconnoissant Fatime desenchantée):
Je reconnois enfin la beauté que j’adore!
Je revois ses appas...Quel fortuné moment!


Scène 6
La Reine des Péris, Nouredin, Fatime, Sélina, Alis, Péris

Ali (à Nouredin):
Que vois-je? C’est votre Princesse!

La Reine (à Ali):
L’Hymen la doit bientôt livrer à sa tendresse.
Aprenés à la fois
Son boneur & le votre:
Prince, dédirés-vous mon choix?

(lui montrant Sélina)

Je veux aussi vous uni l’un & l’autre.

Ali:
Reine, qu’avec plaisir mon coeur suivra vos loix!

La Reine (à Sélina):
Conduisés la Princesse au sein de sa Patrie,
Portés au Sultan de Syrie
Mes ordres respectés des Rois

Vous qui dans ce palais récérez mon Empire,
Sortez & partagez le transport qui m’insoire,
pour chanter leur bonheur, réünissez vos voix.


Scène 7
La Reine des Péris, Nouredin, Fatime, Sélina, Alis, Péris,
Arabes & Chinois,
les Arabes & les Chinois sortent du Palais en joüant des Instruments orientaux

La Reine:
Chantez, célébrez la victoire,
Que la Raison cede à l’Amour
De ces Amans, de ce beau jour
Les Plaisirs augmentent ma gloire.
Chantez, célébrez la victoire,
Que la Raison cede à l’Amour

(On danse)

Un Génie:

Le Gioie d’amore
Fa lieto Ogni Core:
In tenero affeto
Gradito diletto
Puio l’alma trovar
Tu sol Gelosia
Sei cruda, sei via
Se puo la sembienza
Di falsa incostanza
La pace turbar

Des douceurs de l’Amour on ne peut se defendre.
Elles enchantent nos desirs:
Dans ses sentimens tout coeur tendre
Doit trouver des plaisirs.
Vous seuls, Transports jaloux, Enfans de l’apparence
Vous nous precés des plus funestes traits
Lorsqu’une fausse Inconstance
De nos feux trouble la paix

(A la fin du Divertissement, il paroît un Char dans le goût de la Chine, où se mettent les quatre Amans qui partent pour la Syrie)

Choeur:
Char brillant, volés dans les airs,
Vous portés des Amans, & les Amours vous guident:
Que toujours les Jeux présidenA vos voyages divers

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