Q Academie Royalle de Musique Q
Joseph Nicolas Pancrace Royer
[1705 - 1755]
Pirrhus
|
représentrée
pour la première livret de Monsieur Fermelhuis |

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Prologue
les
personnages du Prologue les
interprètes Mars Mr
Dun Minerve Mlle
Eermans Jupiter Mr
Goujet
Le Theâtre represente le Palais de Mars; ce Dieu y paroît au milieu d'une Troupe de Guerriers
|
Scene
premiere
Mars Courons
y rallumer le flambeau de la Guerre, Le
Choeur Mars Minerve
descend sur un nuage
Scene
2
Minerve Mars Minerve Ensemble Minerve Jupiter
paroît dans une gloire brillante,
accompagné de la Paix, des Jeux & des
Plaisirs
Scene
3
Jupiter Par
mille soins divers, Le
Choeur Minerve Descend
des Cieux, aimable Paix. Doux
Plaisirs, après le bruit des armes,
&c. Jupiter (à
Mars, & à Minerve) Redoublez
vos soins glorieux: Le
Choeur,
reprend |
Acte Premier
les
personnages de la Tragedie les
interprètes Pirrhus,
Roy
d'Epire, Fils d'Achille Mr
Chassé Acamas,
Prince
du sang de Pirrhus Mr
Tribou Polixene,
Fille
de Priam, Roy de Troye Mlle
Pellicier Ismene,
Confidente
de Polixene Mlle
Petitpas Eriphile,
Princesse
Magicienne, Fille du Devin Amphiaraüs Mlle
Antier L'Ombre
d'Achille Mr
Dun Les Trois
Eumenides Mrs
Lemire, Cuvillier & Dumast Une Nymphe de
Thetis Mlle
Eermans Thetis Mlle
Petitpas Le Grand
Prestre Mr
Dun Un des
Soldats Mr
Gouget
Troupe de Grecs & de Guerriers
Troupe de Demons
Troupe de Nymphes de Thetis
Ch oeurs de Peuples & de Sacrificateurs
La Scene est à Butrot, Capitale d'Epire
Scene
premiere Le
Theâtre represente une Gallerie du Palais de
Pirrhus Ismene Quel
triomphe pour Polixene ! Polixene Ismene Polixene Ismene L'Amour,
certain de sa victoire, Quand
Achille dans Troye acheva son destin, Polixene Le
Choeur,
derriere le Theâtre Polixene Ismene Scene
2 Le
Choeur Ismene Petit
Choeur Ismene Petit
Choeur Ismene Ismene
& le Petit Choeur Ismene,
seule Petit
Choeur Les
Choeurs Polixene Les
Choeurs Polixene Rappellez
cette nuit complice de sa rage; O Ciel
! vien-t-il encor irriter ma douleur ? Scene
3 Pirrhus Polixene Scene
4 Pirrhus Acamas Pirrhus Acamas Pirrhus Un
songe... je rougis de ce trouble honteux; A
peine du sommeil je goûtois la douceur, Nous
nous jurions tous deux une flâme
éternelle, Acamas Pirrhus Il
sort Acamas
Polixene, Ismene
Joüissez de vôtre victoire:
L'Amour vient de servir vôtre juste
couroux.
Tout celebre icy vôtre gloire:
Le superble Pirrhus soupire à vos
genoux.
Quels hommages vous sont offerts !
Vous faites porter vôtre chaîne
A qui vous destinoit des fers.
Helas ! loin d'adoucir mon destin
déplorable,
Ses soins ne font qu'aigrir le tourment qui
m'accable.
Que manque-t-il en ce jour à vos voeux ?
A peine des Troyens qui sont sur ce rivage,
Vous avez à Pirrhus reproché
l'esclavage,
Qu'il a brisé leurs chaînes à
vos yeux.
De son zele à vous obéir,
Pourquoy semblez-vous allarmée ?
Il est toûjours doux d'être
aimée,
Même de ceux qu'on veut haïr.
Ah ! cesse un discours qui me blesse;
Tes yeux, de mes combats, ont été les
témoins:
Pour ce cruel Vainqueur tu connois ma
foiblesse,
Et tu peux me presser de recevoir ses soins
!
En luy cachant vôtre tendresse,
Vous flatez-vous de l'aimer moins ?
Attaque également la raison, le devoir:
Les opposer à son pouvoir,
C'est élever encor un trophée
à sa gloire.
Il alloit sur l'Autel recevoir vôtre
main;
Pourquoy donc aujourd'huy vous faites-vous un
crime,
D'écoûter de son Fils la genereuse
ardeur ?
A ma Patrie, helas ! sans cesse pour victime,
J'immole dès long-temps le repos de mon
coeur.
Pour sauver Illion de son peril extrême,
A l'Objet de ma haine il fallut m'engager:
Il n'en perit pas moins, & c'est pour le
venger
Que mon coeur aujourd'huy s'arrache à ce
qu'il aime.
Triomphez Liberté charmante,
Ne nous abandonnez jamais:
On ne connoît bien vos attraits,
Qu'aprés une si longue attente.
Pesne-t'on par ces chants, adoucir mes ennuys ?
Je ne puis les entendre en l'état où
je suis.
Vos Sujets sortis d'esclavage,
Chantent leur liberté, charmez d'un bien si
doux:
Laissez-les, s'il se peut, joüir de
l'avantage
De celebrer leur bonheur devant vous.
Polixene, Ismene,
Choeur de Troyens & de Troyennes
Triomphez Liberté charmante,
Ne nous abandonnez jamais:
On ne connoît bien vos attraits,
Qu'aprés une si longue attente.
Suivez l'Amour,
Trop aimable Princesse;
Et qu'à son tour,
Ce Dieu charmant vous blesse.
Suivez l'Amour, &c.
Rendez heureux
Un Prince amoureux.
Luy seul peut calmer
Vôtre peine.
L'Amour veut former
Vôtre chaîne.
Cedez au tourment
D'un Amant.
Regnez dans son coeur;
Et pour combler sa flâme,
Que son ardeur
Passe jusqu'en vôtre ame.
Regnez dans son coeur; &c.
Tout céde au pouvoir de vos charmes:
C'est trop au tendre Amour refuser vôtre
coeur.
Le superbe Pirrhus fait son plus grand bonheur
De vous rendre les armes.
Par ces chants odieux, ne croyez pas me plaire:
Allez lâches Troyens, vantez vôtre
Vainqueur.
Par ses soins & par son ardeur
Laissez calmer vôtre colere.
Ah quoy donc, avez vous oublié sa fureur
?
Où Troye abandonnée aux flâmes,
au carnage,
Vit ses plus braves Chefs interdits &
troublez
Dans leurs Palais brûlants, par les Grecs
immolez.
Cedant aux mouvements de crainte & de
tendresse,
J'avois suivy mon Pere au Temple de Pallas:
Nous enbrassions tous deux l'Autel de la
Déesse,
Quand Pirrhus y porte ses pas,
Tout fuit à son aspect funeste...
Dieux ! puis-je sans fremir, achever ce qui reste
!
Ce fût en immolant mon Pere & vôtre
Roy,
Que ce cruel Vainqueur vint s'offrir devant
moy...
Et vous m'osez vanter sa flâme !
Ah ! plûtôt contre luy, secondez la
fureur
Qui regne dans mon ame.
Pirrhus, Acamas, Polixene, Ismene
Eh quoy, vous me fuyez aimable Polixene !
Aprés les maux que mon coeur a
soufferts,
Lorsque de vos Troyens ma main brise les fers,
N'adoucirez-vous point ma chaîne ?
Ah ! ne t'obstine plus
A m'offrir chaque jour des soupirs superflus.
Cruel, n'attend de moy que des cirs & des
larmes:
Mon Pere est tombé sous tes coups.
Pour me venger; helas ! dans mon juste couroux,
Puisque je n'ay point d'autres armes,
Cruel, n'attend de moy que des cris & des
larmes.
Pirrhus, Acamas
Quel prix d'une si tendre ardeur !
Que ces cruels mépris excitent ma fureur
!
C'est trop souffrir, vengeons-nous de
l'Ingrate;
Mais, que dis-je insensé ! quel vain espoir
me flate !
Dès que je suis éloigné de ses
yeux,
Le dépit dans mon coeur vient reprendre sa
place:
Je brûle de punir ses mépris
odieux.
Inutiles projets ! helas ! quoique je fasse;
A peine de revoy ses attraits dangereux,
Timide, interdit, amoureux,
C'est moy qui luy demande grace.
Oubliez cette Ingrate. Eriphile autrefois
Devoit à vôtre sort unir sa
destinée:
Achille en conclût
l'hyménée,
Tout vous engage à rentrer sous ses
loix.
Vôtre amitié pour moy prend un soin
inutile:
Je ne puis changer en ce jour,
La raison est pour Eriphile,
Mais, Polixene a pour elle l'amour.
(à part) Qu'entends-je malheureux !
(à Pirrhus) Evitez sa colere:
Rien ne peut échaper à son
ressentiment;
Instruite dans son art par Amphare son Pere,
Tout l'Enfer est soûmis à son
commandement.
Je serois moins à plaindre,
Si je n'avois que sa fureur à
craindre.
Cependant, malgré-moy, tous mes sens en
fremissent:
Le sang & l'amitié, qui tous deux nous
unissent,
M'engagent à montrer ma foiblesse à
vos yeux.
Que j'ay vû ma Princesse à mes voeux
moins rebelle,
Ceder enfin à mon ardeur.
Quand au fond des Enfers, avec un bruit
affreux,
Un poignard à la main, sort l'Ombre de mon
Pere.
Le Sceptre furieux
Lance sur Polixene un regard de colere;
Elle veut l'éviter, le Cruel la
poursuit:
Je fais pour l'arrêter, un effort
inutile;
A mes yeux effrayez l'inexorable Achille
L'immole, disparoît, & le Songe
s'enfuit.
Enfin, quel est le sort que vôtre amour
espere ?
D'autres soins aujourd'huy m'occupent en ces
lieux.
Pour honorer les Manes de mon PEre,
J'ay pris soin d'ordonner des Jeux:
Puissay-je par mes voeux,
Appaiser cette Ombre si chere !
Vous Prince, qui voyez l'excès de ma
douleur,
Ne m'abandonnez pas aux troubles de mon
coeur.
Cachons-luy, s'il se peut, les transports de mon
ame:
Ou plûtôt, étouffons ma funestes
flâme.
Acte Second
Le Theâtre
represente une Place publique:
on voit au milieu, un Monument, élevé en l'honneur
d'Achille, formé par une grande Pyramide, accompagnée
de Trophées
Scene
premiere Acamas Les
mêmes mouvements tirannisent mon ame: Il
paroît un nuage, qui laisse voir
Eriphile Scene
2 Eriphile,
paroît sur un nuage Acamas Eriphile Acamas Eriphile Acamas Eriphile Acamas Eriphile Scene
3 Acamas,
seul Charmant
Espoir d'obtenir ce que j'aime, Mais,
je voy Pirrhus qui s'avance; Scene
4 Pirrhus Chantez
ses exploits & sagloire, Le
Choeur: Le
Theâtre s'obscurcit tout à coup: On
voit briller les Eclairs, & l'on entend gronder
le Tonnerre Le
Choeur La
Pyramide s'abîme, & laisse paroître
l'Ombre d'Achille, à sa place Scene
5 L'Ombre
d'Achille L'Ombre
s'abîme Pirrhus Scene
6 Acamas Pirrhus Il
sort Acamas
Acamas
Je ne sçais où je vais, rien
n'adoucit ma peine:
Amant de Polixene,
Et confident de mon Rival,
Je souffre à chaque instant un tourment sans
égal;
J'ay tenatôt combattu l'ardeur qui le
possede:
Helas ! contre l'amour, inutile remede !
Plus j'opposois d'obstacles à ses voeux,
Et plus je rallumois ses feux.
Envain tout s'oppose à ma flâme,
Je me livre aux transports dont je suis
animé...
Parlons, esperons tout, Pirrhus n'est point
aimé...
Non, m'en dût-il coûter la vie,
Je ne puis me resoudre à cette perfidie:
Polixene elle-même en auroit de
l'horreur...
Mais, puis-je en le voyant, répondre de mon
coeur ?
Non, fuyons ses attraits... quel nuage s'avance
!
C'est Eriphile, ô Ciel ! qui descend dans ces
lieux.
Acamas, Eriphile
Prince, reprenez l'esperance:
Je viens pour proteger vos feux.
Laissez-moy de l'Amour fuir le funeste empire:
Epargnez un courage encor mal affermy.
J'emporteray par tout le trait qui me
déchire;
Mais, j'en mourray du moins, sans trahir mon
amy.
Quand vous ne seriez point un obstacle à sa
flâme,
Polixene jamais ne recevroit sa foy.
Je viens entreprendre icy tous mes droits sur son
ame,
Ou remplir ses Etats de carnage & d'effroy.
Envain, en l'honneur de son Pere,
Pirrhus veut ordonner des Jeux:
Son amour a d'Achille exité la colere,
Et son Ombre en murmure au séjour
tenebreux.
L'Enfer m'a découvert cet important
mistere:
Quel secours nous pourrons en recevoir tous deux
!
Quel espoir adoucit ma peine !
Je pourrois sans remords, adorer Polixene
!
Faisons tous deux nôtre bonheur:
J'aime Pirrhus; avant de punir ce parjure,
Je veux pour quelque temps, oublier mon injure;
Et pour rallumer son ardeur,
Employer à l'envy les soupirs & les
larmes.
Daigne amour, leur prêter des charmes,
Tu peux tout sur les coeurs, & mon art n'y peut
rien.
Vous cependant, allez à la Princesse,
Découvrir l'ardeur qui vous presse.
Pour former entre vous le plus charmant lien,
Je vais mettre tout en usage.
De quels combats mon coeur est
déchiré !
Vous secondez l'ardeur dont je suis
dévoré;
Mais, que je vais au Roy faire un sensible outrage
!
Ah ! vous n'aimez que foiblement !
Quand on aime bien tendrement,
Peut-on, sans une peine extrême,
Cacher son ardeur un moment,
Aux yeux de la Beauté qu'on aime ?
Le devoir & l'amitié même,
Tout céde à cet empressement:
Ah ! vous n'aimez que foiblement.
Ah ! cessez d'outrager une flâme si
belle:
Polixene en mon coeur allume plus de
feux...
Eh bien, si vous brûlez pour elle,
Eloignez-là de ces bords dangereux.
Ostez-moy cet Objet qui blesse icy mes yeux,
Ou craignez ma juste vengeance.
Mais, Pirrhus va bien-tôt se rendre dans ces
lieux;
Je dois encor éviter sa presence.
Vous pourrez cependant consulter vôtre
coeur:
Mais suivez mes conseils, ou craignez ma
fureur.
Acamas
Faut-il encor que je balance !
N'écoûtons plus que mon
ardeur.
Vole, vien commencer à seconder mes
voeux.
C'est toy qui des coeurs amoureux
Calme l'inquietude extrême.
Par l'image du sort dont tu flâtes leurs
feux,
Tu leur fais, dans l'attente même,
Goûter mille moments heureux:
Charmant Espoir d'obtenir ce que j'aime,
Vole, vien commencer à seconder mes
voeux.
Contraignons-nous en sa presence.
Acamas, Pirrhus,
Choeur & Troupe de Guerriers & de Peuples
d'Epire
Celebrez un Heros, dont la vertu guerriere
Animoit tous les coeurs au milieu des combats:
Des Fleuves debordez, pour arrêter ses
pas,
N'offroient à sa valeur qu'une foibles
barriere.
A ce Vainqueur si grand, si genereux,
Ne donnons point d'indignes larmes:
Ce n'est que par le bruit des armes,
Que l'on doit honorer ses Manes
glorieux.
Gardez à jamais sa memoire:
Que son nom fameur
Eclate en tous lieux.
Chantons ses exploits & sagloire,
Gardons à jamais sa memoire:
Que son nom fameur
Eclate en tous lieux.
Quelsmouvements soudains ! quels éclats de
Tonnerre !
L'obscurité succede à la
clarté des Cieux.
Sous nos pas chancelants, qui fait trembler la
Terre !
Quel prodige effrayant va paroître à
nos yeux ?
L'Ombre d'Achille, Acamas, Pirrhus,
Choeur & Troupe de Guerriers & de Peuples
d'Epire
Ne croy pas échaper à mes
ressentiments:
Sur toy, sur tes Sujets, crain d'attirer ma
haine;
Si ton obéïssance à mes
commandements,
Ne me fait dans ce jour immoler
Polixene.
Dieux ! Polixene ! arrête Ombre cruelle,
Je t'offre tout mon sang pour épargner le
sien:
Soy sensible à mes cris, c'est ton Fils qui
t'appelle...
Helas ! tu ne me réponds rien !...
De l'état où je suis, que pouvez-vous
attendre ?
Peuples, éloignez-vous, qu'on me laisse en
ces lieux;
Allez, un sang si precieux
Merite qu'on balance encor à le
répandre.
Acamas, Pirrhus
De vôtre sort je conçois les
horreurs:
Mais, n'est-il rien qui puisse adoucir vos douleurs
?
Non, non, Ombre barbare,
Je ne puis servir tes fureurs:
Dûssent sur moy tomber tous les malheurs
Que ta cruauté me prepare;
Non, non, Ombre barbare,
Je ne puis servir tes fureurs.
Non, tu ne mourras point charmante Polixene...
Eh pourquoy me flater d'une esperance vaine !
Qui pourroit retenir des Peuples furieux,
Armez contre ses jours par un prodige affreux ?
Seul contre tous, pourrois-je la défendre
?
En perrisant pour elle, helas !
Tous mes efforts ne la sauveroient pas.
Dans ce trouble cruel, quel party dois-je prendre
?
Eloignons-là plûtôt de ces
funestes lieux,
Cher Prince, recevez ce Dépost precieux.
Je remets en vos mains ma Princesse, ma vie.
Allez dans vos Etats mettre à couvert des
jours,
Qui de ceux de Pirrhus doivent regler le cours.
Je veux de mes Sujets braver seul la furie,
Disposez ce que j'aime à partir de ces
lieux,
Et daignez m'épargner de funestes
adieux.
Luy-même, entre mes mains il livre son Amante
!
Obéissons au sort, qui passe mon
attente.
Acte Troisiéme
Le Theâtre represente l'interieur du Palais de Pirrhus
Scene
premiere Polixene Scene
2 Acamas Polixene Acamas Polixene Acamas Scene
3 Pirrhus à
Acamas Cher
Prince, c'est assez; aux dépens de mes
jours, Acamas
se retire Scene
4 Pirrhus Polixene Pirrhus Polixene Pirrhus Polixene Pirrhus Si
je ne puis calmer vôtre colere, Polixene Pirrhus Ensemble Polixene Pirrhus Ensemble Polixene
sort Pirrhus Scene
5 Eriphile Pirrhus Eriphile Pirrhus Eriphile Pirrhus Eriphile Lorsque
tu me manques de foy, Daigne
un moment jetter les yeux sur moy, Pirrhus Eriphile Dépit
jaloux, funeste Rage; Tu
croyois braver ma fureur: Pirrhus Il
sort Scene
6 Eriphile Demons
soumis à ma puissance, Scene
7 Le
Theâtre change, & represente un Antre
affreux, terminé dans le fonds par un
Gouffre qui paroît fermé. Les Demons
expriment par des Danses vives, la joye qu'ils ont
des ordres qu'ils viennent de
recevoir Le
Choeur Eriphile Vous
qui ne respirez que sang, que parricides; Le
Choeur,
s'unit avec Eriphile Le
fond de l'Antre s'ouvre, on découvre les
bords de l'Acheron, & les trois Eumenides
assises sur un monceau de Rochers: Elles s'avancent
pour répondre aux ordres
d'Eriphile Scene
8 Les
Eumenides Eriphile
Polixene
Que vois-je ! quelle horreur se répand dans
ces lieux ?
Des Peuples effrayez frapent par tout mes
yeux.
Polixene, Acamas
Ah ! Princesse, apprenez le coup qui vous
menace,
Je vous l'annonce avec douleur;
Mais, le temps presse, il faut prévenir ce
malheur,
L'Ombre d'Achille... ah ! tout mon sang se
glace.
A mon trouble, jugez de son Arrest cruel...
Pour vous sauver du coup mortel,
Pirrhus, dans mes Etats, veut que je vous
conduise;
Ce seul instant nous favorise.
Que Pirrhus connoît mal mon coeur !
Des cruels effets de sa rage
Je sens encor toute l'horreur.
Le trépas est-il un malheur,
Quand il nous tire d'esclavage ?
Que Pirrhus connoît mal mon coeur
!
Il craint que son Peuple en furie,
Malgré tous ses efforts, n'attente à
vôtre vie.
Dans mes Etats vos voeux seront tous
satisfaits:
Quand au fond des Enfers, l'affreuse Ombre
d'Achille
Viendroit soûlever mes Sujets,
Sa fureur seroit inutile.
Dûssent-ils s'amer contre moy,
Reduire mon Palais en cendre;
Vous ne me veriez point, par un indigne effroy,
Remettre en d'autres mains le soin de vous
défendre:
Pour m'acquérir ce coeur où tendent
tous mes voeux,
J'irois dans l'ardeur qui me presse
Moy seul, à ces Cruels, disputer ma
Princesse,
L'arracher de leurs mains, ou perir à ses
yeux...
Vous me fuyez ? Pirrhus est l'objet de vos
voeux.
Non, quoy que mon devoir demande qu'il perisse,
Je vois avec horreur, qu'un Amy le
trahisse.
Jugez quel est sur moy le pouvoir de vos yeux.
Tourmenté par le doute affreux
Du sort, dont mon ardeur devoit être
suivie;
J'ay trahy cependant un Prince genereux,
Pour qui j'aurois donné ma vie:
Jugez quel est sur moy le pouvoir de vos
yeux.
Polixene, Acamas, Pirrhus
Prest à souffrir la violence
De me voir separer de vous,
Princesse, j'ay senty que pour moy, vôtre
absence
Est des maux que je crains, le plus cruel de
tous.
Quand tous les Dieux sur moy devroient lancer la
foudre,
Vous ne partirez point: je ne puis m'y
resoudre.
Que ne puis-je payer vos soins, vôtre secours
!
Polixene, Pirrhus
Aprés ce que j'ay fait pour vous en ce
moment,
Me faut-il craindre encor vôtre ressentiment
?
A me vanter tes soins, j'admire ton audace.
Qui brave le trépas, ne connoît point
de grace...
Cruelle, je le vois, vous cherchez moins la
mort,
Qu'à fuïr un Prince qui vous
aime.
Je fuis l'horreur extrême
De voir l'Auteur de mon malheureux sort.
Ah ! demeurez Ingrate;
Vengez-vous; que sur moy vôtre couroux
éclate:
Mais laissez-moy du moins, quand je perds tout
espoir,
Le funeste plaisir que je prends à vous
voir.
Pirrhus, n'abusez point de l'état
déplorable
Où m'a fait tomber mes malheurs;
Et loin de profiter de l'ennuy qui m'accable,
Montrez-vous genereux, respectez ma
douleur.
Eh bien, vous serez satisfaite.
Non, ce n'est point assez d'avoüer ma
défaite:
Victime dès long-temps de vos cruels
appas,
C'est de vous que j'attens la vie ou le
trépas.
Prononcez mon arrest, je vais vous
satisfaire.
Je sçauray percer à vos yeux,
Ce coeur trop malheureux
D'avoir pû vous déplaire.
Prononcez mon arrest, je vais vous
satisfaire.
Cessez de m'arrêter:
Non, non, je ne puis vous entendre.
Daignez vous arrêter.
Pourquoy refuser de m'entendre ?
De cet amour soûmis & si tendre,
[Polixene]
Que n'ay-je point à redouter ?
[Pirrhus]
Qu'avez-vous donc à redouter ?
Non, non, je ne puis vous entendre,
Cessez de m'arrêter.
Pourquoy refuser de m'entendre ?
De cet amour soûmis & si tendre,
[Polixene]
Que n'ay-je point à redouter ?
[Pirrhus]
Qu'avez-vous donc à redouter ?
Courons à ses genoux,
Achever, s'il se peut, de fléchir son
couroux.
O Ciel ! Eriphile s'avance:
Ne puis-je éviter sa presence ?
Eriphile, Pirrhus
Enfin, voicy ce joir si long-temps
souhaité.
Qui doit mettre le comble à ma
felicité.
Rien ne manque à vôtre victoire:
Le superbe Illion est tombé sous vos
coups.
Tout comble mes desirs ainsi que vôtre
gloire:
L'Hymen va nous unir de ses noeuds les plus
doux.
Dans ce funestes jour; que faut-il que j'espere
?
Cet hymen auroit-il pour nous quelque douceur ?
L'Ombre terrible de mon Pere,
Vient de répandre icy l'épouvante
& l'horreur.
Ah ! si je vous suis toûjours chere,
Que vous importe sa fureur ?
Les Enfers chaque jour par un funeste augure
M'annoncoient que Pirrhus n'étoit plus sous
mes loix:
Mais, plûtôt que mon coeur pût
vous croire parjure,
J'ay démenty mon Art pour la premiere
fois...
Me serois-je abusée ?
Ah ! laissez-moy me taire;
Et ne penetrez point un funeste mistere,
Que je cherche avec soin, à cacher devant
vous.
Non, je connois l'Objet qui possede ton ame.
Quand l'Enfer n'auroit pû me découvrir
ta flâme,
Croy-tu tromper l'amour jaloux ?
Eh bien je l'avouray, j'adore Polixene.
Je ne suy qu'à regret le penchant qui
m'entraîne:
Mais, ses mépris, sa cruauté
Ne punissent que trop mon
infidelité.
Je le voulois, Cruel, apprendre de
toy-même.
c'en est fait, je succombe à ma douleur
extrême.
Diange un moment jetter les yeux sur moy.
Je n'ay pour me venger, que d'innocentes
armes.
Mes pleurs & mes soupirs sont les uniques
charmes,
Dont je me serve contre toy.
Un seul de tes regards payeroit tant de
larmes.
Je n'ay pour me vanger, que d'innocentes
armes.
Je plains le trouble où je vous voy.
Devois-je vous causer de si vives allarmes
?
Cesse de m'outrager par ce lâche
détour.
Croy-tu que la pitié puisse payer l'amour
?
C'en est fait, je me livre à vous.
Triomphez dans mon coeur d'un amour qu'on
outrage,
Vengez mes droits, servez un trop juste
couroux.
Dépit jaloux, funeste Rage;
C'en est fait, je me livre à
vous.
Mais, crain pour ma Rivale une vengeance
horrible.
Je sçay pour te frapper, l'endroit le plus
sensible;
Et j'iray te chercher, jusqu'au fond de son
coeur.
Ne vous flater pas, Temeraire,
Quand Pirrhus l'a défend, de pouvoir
l'immoler.
Le respect ne peut plus retenir ma colere,
Vous menacez l'Objet qui m'a sçû
plaire:
Je n'écoûte plus rien, c'est à
vous de trembler.
Eriphile
Cours redoubler la rigueur de son sort,
Et rendre ma vengeance encor plus
éclatante.
L'Ombre d'Achille a passé mon attente,
En condamnant ma Rivale à la mort.
Je m'abandonne trop à l'espoir qui
m'anime...
Pirrhus tremblant pour l'Objet de ses voeux,
Sçaura l'éloigner de ces lieux:
Et moy, je me verray dérober ma
Victime...
Contraignons ses Sujets, par mille affreux
tourments,
D'aller jusqu'en ses bras, immoler Polixene.
Dois-je attendre l'eefet d'une memace vaine,
Quand je puis me venger par mes enchantements
?
Reconnoissez ma voix, de l'empire des Morts.
Pour servir ma vengeance,
Transportez dans ces lieux l'horreur des sombres
bords.
Eriphile,
Troupe de Demons & de Magiciens
Joüissons des plaisirs cruels
D'exciter des cris & des plaintes:
Que la mort, les troubles, les craintes
Tourmentent les foibles Mortels.
Evoquons, pour porter des coups
inévitables,
Les Eumenides implacables.
Qui faites aux Enfers gemis les malheureux;
Suspendez un moment leurs tourments rigoureux,
Venez nous seconder, cruelles Eumenides.
Vous qui ne respirez que sang, que parricides;
Qui faites aux Enfers gemis les malheureux;
Suspendez un moment leurs tourments rigoureux,
Venez nous seconder, cruelles Eumenides.
Eriphile, les Eumenides & leur suite,
Troupe de Demons & de Magiciens
Pour toy, que faut-il entreprendre ?
Parle, quel est le sang que nous devons
répandre ?
Sur ces Peuples, versez vôtre noire
fureur.
Que sans se reconnoître, ils s'immolent
eux-mêmes.
Ah ! rien n'égalera jamais dans leurs
tourments extrêmes,
Le desespoir affreux qui devore mon
coeur.
Acte Quatriéme
Le Theâtre represente les Jardins du Palais de Pirrhus, terminez par la Mer
Scene
premiere Le
Choeur,
derriere le Theâtre Polixene Ces
Peuples malheureux, Le
Roy voit de charme odieux, Le
Choeur Polixene Mais
déja ton flambeau m'éclaire en ce
malheur: Le
Choeur Scene
2 Acamas Polixene Acamas Polixene Elle
sort Acamas Scene
3 Eriphile Acamas
sort Scene
4 Eriphile Scene
5 Pirrhus Eriphile Pirrhus Eriphile Pirrhus Eriphile Elle
sort Pirrhus,
à sa suite La
Suite de Pirrhus sort pour executer ses
ordres Scene
6 Pirrhus Quelle
image cruelle irrite mes douleurs ! Toy,
dont mon Pere a recû la naissance, Fay
sortir les vents de leurs chaînes; Scene
7 Thetis,
à Pirrhus: Le
Choeur Une
des Nymphes de Thetis,
alternativement avec les autres Nymphes Le
Choeur La
Nymphe Le
Choeur La
Nymphe Le
Choeur La
Nymphe Charmante
Liberté, revenez pour jamais La
Nymphe Thetis,
à Pirrhus
Polixene
Portons par tout l'horreur &
l'épouvante:
Frapons, que tout céde à nos
coups;
et qu'ne ces lieux, tout se ressente
De la fureur qui s'empare de nous.
Dieux puissants, détournez l'orage
Prêt à tomber sur l'Objet de mes
voeux.
Animez par l'aveugle rage
Que leur inspire un charme affreux,
Versent leur propre sang sur ce fatal
rivage.
Par degrez jusqu'à luy, s'entrouvrir un
passage.
Dieux puissants, détournez l'orage
Prêt à tomber sur l'Objet de mes
voeux.
Portons par tout l'horreur &
l'épouvante, &c.
Je cause les malheurs qui menacent sa teste:
Pirrhus, en refusant d'abandonner mes jours,
Attire sur luy la tempête.
Je ne puis cependant luy donner de secours:
Helas ! que son peril augmente ma foiblesse
!...
Amour, c'est donc à toy qu'il faut que je
m'adresse...
Tu parles... je t'entends... & tu viens
à mon coeur
Inspirer un projet pour sauver ce que j'aime,
Que même ma vertu ne peut
désaprouver:
L'Amour livre Pirrhus à ce peril
extrême,
C'est à l'Amour à le
sauver.
Portons par tout l'horreur &
l'épouvante:
Frapons, que tout céde à nos
coups;
et qu'ne ces lieux, tout se ressente
De la fureur qui s'empare de nous.
Polixene, Acamas
Je vous trouve enfin, ma Princesse,
Quel peril menace vos jours !
Pour venir à vôtre secours,
A travers ces Mutins je vole, je m'empresse.
Ecoûtez leur cris furieux:
C'est vôtre sang, ô Ciel ! qu'on
demande en ces lieux.
Laisse-moy le soin de ma vie:
Tu me fais plus d'horreur que ces funestes
cris.
Va, puisses-tu trouver le prix
Que merite ta perfidie.
rien ne peut m'émouvoir;
Je ne prends plus de loix que de mon desespoir:
Vos yeux, par tant d'attraits, ont enchanté
mon ame,
Qu'aprés avoir quelque temps combatu;
Rejettant les remords qu'inspire la vertu,
J'ay trahy pour la flâme,
Du sang, de l'amitié, les droits les plus
sacrez:
Et pour venger ces droits si saints, si
reverrez,
Je sens bien que les Dieux preparent mon
supplice:
Mais, puisqu'il faut que je perisse,
N'esperez pas que je vous laisse en paix.
Trop heureux si je puis, méprisant leur
puissance,
Au moment qu'ils seront éclater leur
vengeance,
Joüir en expirant, du fruit de mes
forfaits.
Dieux ! quelle horreur ! fuyons...
Cruelle Polixene...
Eriphile, Acamas
Ne tentez plus de fléchir l'Inhumaine,
Son sort va désormais tomber entre vos
mains:
Partez, pour l'éloigner de ce sejour
funeste,
Peut être cet instant est le seul qui vous
reste:
Eriphile sçaura seconder vos
desseins.
Eriphile
Qu'il se flate à son gré d'une vaine
esperance:
Ma Rivale ne peut échaper à son
sort.
L'Enfer m'en donne l'assurance;
C'est pour mieux goûter ma vengeance,
Que je veux differer sa mort.
Non, ce n'est plus assez pour moy qu'elle
perisse;
Il faut que mon Ingrat serve encor mon couroux.
Pour le forcer d'ordonner son supplice,
Je sçauray luy porter les plus sensibles
coups.
Quels projets inhmuains ! Dieux ! j'en fremis
moy-même.
Toy, qui m'apris cet Art, dont le pouvoir
suprême
Doit poursuivre le crime & venger la vertu,
O mon Pere ! que diras-tu,
De voir ta Fille en proye à sa flâme
fatale,
Immoler l'innocence à son ressentiment ?
Mais, chere Ombre, suspends ta colere un
moment:
Regarde, s'il se peut, de la rive infernale,
Mes pleurs, mon desespoir, mes remords, mes
projets,
Les maux que j'ay soufferts, ceux qu'il me reste
à craindre;
Et tu me trouveras, malgré tous mes
forfaits,
Moins criminelle encor, que je ne suis à
plaindre.
Eriphile, Pirrhus,
Suite de Pirrhus
Barbare, osez-vous bien paroître dans ces
lieux,
Où vous faites regner l'horreur & le
carnage ?
Il n'est qu'un seul moyen d'arrêter cet
orage:
Tu me promis ta main, si la bonté des
Dieux
Sur Illion t'accordoit la victoire:
J'en crus tes sermens solemnels;
Allons les accomplir, aux pieds de leur Autels:
Vien couronner ma flâme, & soûtenir
ta gloire.
Quel hymen odieux !
Ah ! plûtôt perisse à mes
yeux
Tout un Peuple que j'aime;
Que plûtôt avec luy, je perisse
moy-même.
Perfide, c'est pousser trop loin ta
cruauté:
Tu joins encor l'insulte à
l'infidelité.
Dieux puissans, Dieux vengeurs des crimes de la
terre;
Sur un coupable objet qui les rassemble tous,
Hâtez-vous, lancez le tonnerre;
Qu'il tombe accablé sous vos coups.
Oses-tu bien des Dieux implorer la puissance
?
Non. Je n'attendray point que leur lente
vengeance
Décide à leur gré de ton
sort.
Quel fruit pourrois-je enfin retirer de ta mort
?
J'ay des moyens plus surs pour punir qui
m'offense.
Je retourne avec joye aux lieux de ma
naissance,
Dans l'espoir que bien-tôt, pour me venger de
toy,
Le bruit de ton suplice y viendra jusqu'à
moy.
Ne crains plus alors que ma rage
Te fasse un nouvel outrage.
Je te porte en parlant le dernier de mes coups:
Mais, je te porte enfin le plus cruel de tous.
Ton Amy... Tu frémis !... ma vengeance est
certaine,
Le Traître en ce moment, t'enleve
Polixene.
Quel coup affreux ! Suivez le transport qui
m'anime:
Que l'on cherche par tout ces Amants odieux.
Ne vous offrez point à mes yeux,
Qu'avec l'une & l'autre victime.
Pirrhus
Polixene à l'amour abandonne son coeur !
Et lorsque j'ay tout fait pour fléchir sa
rigueur,
Pour un autre que moy, la Perfide soûpire
!
L'amitié, le sang & l'amour;
Contre moy, tout conspire.
Ce que j'ay de plus cher me trahit en ce
jour...
Sans doute, ces Amants ont trouvé quelque
azile,
Où bravant mes vaines fureurs,
Ils joüissent d'un sort tranquile,
Tandis que je me livre aux plus noires
horreurs.
Perfides, redoutez ma trop juste colere...
Où suis-je !... à ma fureur ont-ils
pû se cacher ?
Infortuné, que dois-je faire ?
Quels chemins ont-il pris ? dans quels lieux les
chercher ?
Favorable Thetis, j'implore ta puissance.
Si ces Amants, dont je poursuis la mort;
A ton empire ont confié leur sort,
Daigne entendre mes cris, soy sensible à mes
peines.
Que tess flots mutinez s'élevent jusqu'aux
Cieux...
Sur ces Rochers affreux,
De leur Vaisseau brisé, presente-moy
l'image
Qu'il soient jettez mourants sur ce fatal
rivage:
Et que, pour soûlager mes cruels
déplaisirs,
Je puisse être témoin de leurs
derniers soûpirs.
Pirrhus, Thetis sortant de la Mer
Ta voix s'est fait entendre en mes grottes
profondes:
Arrête, & reconnoy la Déesse des
Ondes.
A nos doux charmes
Tout rend les armes.
Les noirs soucis
Par noschants sont adoucis.
Fuyez sans cesse
Soins & Tristesse;
Laissez calmer par nos jeux,
Ses transports amoureux.
O puissante Thetis, qu'en ces lieux on revere,
Ton auguste pouvoir remplit tout
l'Univers.
O puissante Thetis, qu'en ces lieux on revere,
&c.
Ton empire embrasse la terre,
et ses gouffres profonds conduisent aux
Enfers.
O puissante Thetis, qu'en ces lieux on revere,
&c.
Tu déchaînes les vents, par leur
affreuse guerre;
Pour servir ton couroux, ils font sifler les
Airs.
Jusqu'au Trône du Dieu qui lance le
tonnerre,
Tu soûleves les flots, du vaste sein des
Mers.
O puissante Thetis, qu'en ces lieux on revere,
&c.
Charmante Liberté, revenez pour jamais
Dans un coeur que l'amour retenoit dans ses
chaînes.
Rappellez le calme à la paix,
Pour le rendre à la gloire, & terminer
ses peines.
Dans un coeur que l'amour retenoit dans ses
chaînes.
Suspendez vôtre violence,
Fiers Aquilons, ne troublez point les Airs.
Que toute la nature, en un profond silence,
Ecoûte avec respect, la Déesse des
Mers.
J'ay rendu le calme à tes sens:
Mais, tu dois te montrer le digne Fils
d'Achille,
Ou redouter des maux, encor plus grands
Que ceux que t'a causez le cruelle Eriphile.
Déja le Prêtre atend Polixene à
l'Autel:
Pour la livrer au coup mortel,
Je vais par ma puissance,
Remettre en ton pouvoir l'Objet de ta
vengeance.
Acte Cinquiéme
Le Theâtre
represente une Colonade, sur les côtez;
& le Tombeau d'Achille dans le fond. On voit sur le devant
l'Autel pour le sacrifice
Scene
premiere Pirrhus A
ce fatal Tombeau, Dieux ! quel dessein m'ameine
! Transports
d'amour & de fureur, &c. Les
criminels Auteurs du tourment que j'endure, Que
leur sang répandu, pour venger mon
injure, Avant
ta mort, Amy parjure, Que
leur sang répandu, pour venger mon injure,
&c. Mais,
quel spectacle à mes yeux se presente
? Scene
2 On
voit paroître Acamas mourant, porté
par des Soldats Un
des Soldats Acamas,
à Pirrhus Je
viens rendre, en mourant, justice à
Polixene: On
l'emporte Pirrhus Je
me flattois que dans ce jour, Le
Choeur,
derriere le Theâtre Pirrhus Scene
3 Le
Choeur Le
Grand Prestre Pirrhus Le
Grand Prestre Pirrhus Le
Grand Prestre Scene
4 Pirrhus Polixene Elle
se frape Pirrhus Polixene Pirrhus Polixene Pirrhus
veut se tuer, & sa Suite le
désarme
Pirrhus
Transports d'amour & de fureur,
Cessez de déchirer mon coeur.
Quoy ! voudrois-je sauver les jours d'une Inhumaine
!
Ces funestes apprêts m'inspirent une
horreur,
Qui me fait trop sentir qu'elle m'est chere
encore.
Je verrois immoler la Beauté que j'adore
!
Renversons cet Autel... que vais-je faire, helas
!
Je vais arracher au trépas
L'Objet de ma tendresse:
Mais, l'Ingrate vivra pour un autre que moy.
Mon Rival a son coeur, mon Rival a sa foy:
C'est luy qui joüira du fruit de ma
foiblesse.
Ont été par les flots rejettez dans
ces lieux:
Appaise, s'il se peut, mes transports & les
Dieux.
Tu verras immoler ton Amante à tes
yeux.
Pirrhus, Acamas, Soldats
Nous voulions épargner ses jours:
Mais, voyant de ses bras arracher son Amante,
Luy-même en a tranché le
cours.
Je t'ay trahy, l'amour a fait mon injustice.
La perfide Eriphile, en m'ôtant son
secours,
M'a découvert son artifice,
Après m'avoir promis de me servir
toûjours.
Malgré tout le pouvoir dont on m'avoit
armé,
Je n'ay pû de ces lieux l'arracher qu'avec
peine;
Et jamais je n'en fûs aimé.
Il n'étoit point aimé ! quel espoir
pour ma flâme !
Quel feu se rallume en mon ame !
Mon coeur de son ardeur, pourroit se rendre
maître:
Mais, à l'espoir qui vient tout à
coup d'y renaître,
Je sens qu'il est encor au pouvoir de
l'amour.
Chantons le secours favorable,
Qui va nous délivrer d'un tourment
effroyable:
Après avoir souffert les plus horribles
maux,
Nous en goûterons mieux la douceur du
repos.
Le Peuple vient icy conduire sa Victime,
Et sa joye à mes yeux ne craint point
d'éclater.
Il s'abandonne trop à l'espoir qui
l'anime;
Je sçauray bientôt
l'arrêter.
Pirrhus, Le Grand Prestre,
Choeur de Prêtres & de Peuples
Chantons le secours favorable,
Qui va nous délivrer d'un tourment
effroyable:
Après avoir souffert les plus horribles
maux,
Nous en goûterons mieux la douceur du
repos.
Arbitres souverains du destin de la terre,
Suspendez nos tourments; écoûtez-nous,
grands Dieux:
Par le sang que ma main va répandre en ces
lieux,
Laissez calmer vôtre colere.
Choisissez une autre Victime,
Ce n'est point par un crime
Qu'on appaise les Immortels:
Et le sang innocent soüilleroit leurs
Autels.
Polixene est icy l'objet de leur colere.
On n'est point innocent, quand on peut leur
déplaire.
Roy, craignez d'attirer leur vengeance sur
vous;
Et que d'un sainct respect, tout fremisse avec
nous.
Ah ! pour défendre icy le sang qu'on veut
répandre,
Dans ma juste fureur je ne respecte rien.
Avant qu'on puisse l'entreprendre,
Il faudra verser tout le mien.
Monarque temeraire,
Penses-tu résister aux Dieux ?
Crain sur ton front audacieux,
D'attirer l'éclat du tonnerre.
Polixene, Pirrhus, Le Grand Prestre,
Choeur de Prêtres & de Peuples
Ne craignez rien, belle Princesse.
Malgré les Dieux, malgré leur fureur
vengeresse,
Vous aurez dans ces lieux un azile
assuré:
Jusqu'aux pieds des Autels, je vous
défendray.
Ah ! Seigneur, arrêtez.
Quel trouble dans ces lieux apporte ma
présence !
Mais, je vais en calmer l'extrême
violence:
Vous Ministres des Dieux, & vous Grecs,
écoûtez:
Pirrhus, de vôtre sort, mon ame est
attendrie:
J'ay causé vos malheurs, je dois les
reparer.
Pour vous rendre la paix que je vous ay ravie,
Voicy ce que les Dieux viennent de
m'inspirer.
Que faites vous ! ô Dieux !
Il n'est plus temps de feindre:
Après m'être fait mille efforts,
Ma tendresse pour vous ne doit plus se
contraindre;
Et je puis, en mourant, l'avoüer sans
remords...
Ciel !
Le trépas m'arrache à des moments si
doux.
C'en est fait... je descends sur l'infernale
rive...
Cher Pirrhus, recevez mon ame fugitive...
Mes derniers soupirs sont pour vous.