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Louis & Jean-Baptiste de Lully

Orphée

 

Tragedie en Musique en I Prologue & III Actes
1690

 


Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

Prologue

 

les personnages du Prologue

L'Hyver
Venus

Choeurs
- de la Suite de l'Hyver
- d'Hommes & de Femmes cherchans un Spectacle

 

 

L'Hyver
Aprés Flore, Cerés, Bacchus,
C'est à mon tour à regner sur la Terre ?
Mais loin de m'offrir leurs tributs,
Tous les mortels me font la guerre.

Quels biens par mon secours ne reçoivent-ils pas ?
C'est moy dont le pouvoir écarte le tonnerre,
Je rassemble les Jeux, je suspens les combats,
Cependant mes bienfaits ne font que des ingrats.

[on danse]

[Entrée d'une Troupe d'Hommes & de Femmes cherchans un Spectacle]

Un Homme de la Troupe
Quoy toujours de l'Hyver la presence odieuse ?

L'Homme & deux Femmes de la Troupe
Ah ! Quand reviendront les Zephirs ?
Laisse-nous Saison fâcheuse,
Ne trouble plus nos plaisirs

Le Choeur
Laisse-nous Saison fâcheuse, &c.

L'Hyver
Froids enfans d'Aquilon qui faites ma puissance,
Esloignez de ces lieux un Peuple qui m'offence.

Quels biens par mon secours ne reçoivent-ils pas ?, &c.

Un Homme de la Troupe
De ton foible courroux c'est trop nous allarmer,
Cesse d'attrister la Nature,
Les doux feux de l'amour viennent la r'animer,
Venus descend, retire-toy dans quelque grotte obscure.

[Prelude pour Venus]

Venus
Malgré l'Hyver & ses rigueurs,
Mortels pour vous l'Amour redouble ses faveurs.

Vous faite sentir ses flâmes,
C'est égaler la Terre aux Cieux,
C'est faire part à vos ames
De la felicité des Dieux.

Tandis que le bruit des armes
Jette l'horreur en tous lieux,
Ce sejour delicieux
Est exempt de tant d'allarmes.

Venez plaisirs, ris & jeux,
Faites briller tous vos charmes,
Demeurez pour jamais dans cét azile heureux.

Le Choeur
Venez, Plaisirs, Ris & Jeux, &c.

[Entrée des Jeux & des Plaisirs]

Une Bergere & un Berger
Si nous quittons nostre sejour tranquille,
Ce n'est pas pour chercher une pompe inutile,
C'est pour donner à vos jeunes desirs
L'exemple des ardeurs sinceres.
Aimez en [Bergeres / Bergers],
Vous en aurez plus de plaisirs.

[on danse]

Venus
Par la puissance de l'Amour
Pour vous divertir en ce jour
Orphée exprés sort du Royaume sombre,
Heureux si ses Airs & sa voix
Vous paroissent seulement l'ombre
De ce qu'ils furent autrefois.

Quel cœur en l'écoutant n'en devenoit plus tendre ?
De ses chants tout divins ce fut le moindre effort,
Mon Fils en estoit plus fort,
On ne pouvoit plus s'en deffendre.
Helas ! Orphée est mort !
Venus & les Amours voudroient bien vous le rendre !

[on danse]

Venus
Laissons le souvenir d'une perte cruelle,
Un devoir plus pressant demande vostre zele.

Applaudissez au Heros
Dont les soins fortunez vous donnent ce repos.
En vain tout l'Univers conspire
Pour obscurcir l'éclat de son Empire,
Ce n'est que preparer un plus illustre prix
Au merite de sa Victoire,
Plus l'envie à son bras oppose d'Ennemis,
Et plus grande sera sa Gloire.

Le Choeur
Applaudissons au Heros, &c.

Une Femme & un Homme de la Troupe, & un Plaisir
En vain tout l'Univers conspire, &c.

Le Choeur
Plus l'Envie à son bras oppose d'Ennemis, &c.

[on rejouë l'Ouverture]

 

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Acte I

 

les personnages de la Tragedie

Orasie
Ismene
Orphée
Eurimede
Cephise
Eurydice
Ascalax
La Prestresse de Bacchus

Choeurs
- de Nymphes

 

 

 

Scene premiere
Orasie, Ismene

 

Orasie
Je me soulage, chere Ismene,
En te découvrant une peine
Dont je ne sçaurois plus guerir;
C'est trop voir ma rivale unie avec Orphée,
Tandis quand dans mon sein ma flâme r'enfermée
Rend cette peine encor plus cruelle à souffrir,
D'un sort plus doux reprenons l'esperance,
Délivrons-nous d'un obstacle odieux,
Euridice habite ces lieux,
Elle y va rencontrer sa perte & ma vengeance.

O toy qu'un charme plein d'horreur
Vient d'instruire en secret à servir ma fureur,
Serpent, que sous ces fleurs cache cette prairie,
Cent Nymphes dés ce jour y porterons leurs pas,
Discerne bien mon ennemie,
C'est elle à qui tu dois donner un prompt trépas.

Ismene
D'Orphée Apollon est le pere,
Mais il languit dans le repos,
Et les Arts qu'on voit luy plaire
Ne sont pas ceux des Heros.

Orasie
J'entens la Gloire qui murmure,
Mais se choisit-on un vainqueur ?
Il charme toute la nature,
T'estonnes-tu qu'il ait charmé mon cœur ?

Ismene
Eh ! Pourquoy donc souffrir un hymen si contraire
A vostre espoir le plus charmant ?

Orasie
Je me flattois, helas ! Trop vainement
D'y trouver le secours d'un dépit salutaire.

Ismene
Ah ! Que ne faisiez-vous plûtost agir mes soins,
Afin qu'Orphée apprît du moins
Tout ce qu'en sa faveur vostre amour pouvoit faire,

Veuve d'un Roy fameux, Reyne de ces climats,
Les charmes de vostre personne,
Le brillant de vostre couronne,
N'estoit-ce pas pour luy d'assez puissans appas ?

Orasie
Tu parles de l'amour, & ne le connois pas.
Les offres les plus éclatantes
Sur un cœur prevenu sont toujours impuissantes,
La raison vainement s'efforce de parler;
Il brûle dans l'instant mesme
D'aller revoir ce qu'il aime,
Et de luy tout immoler.

Ismene
Si l'on voit des amans dont l'ame peu commune
Immole quelque fois la fortune à l'amour;
On en voit bien plus chaque jour
Sans scrupule immoler l'amour à la fortune.
C'est rarement qu'un Thrône est meprisé.

Orasie
Non, je connois Orphée, il eût tout refusé,
Son amour satisfait luy tient lieu d'un Empire,
Que je prevoy d'obstacle au bien que je desire;
Et du crime où l'amour malgré moy me conduit,
Que sçay-je si jamais je recevray le fruit ?
Dieux ! Quelle peine à ma peine est egale !

Ismene
Que je vous plains !
Mais sortons de ces lieux
Y voulez-vous trouver vostre Rivale ?

Orasie
Non m'en preservent les Dieux !
Si toutefois Orphée... Il vient, laisse à ma flame...

Ismene
Par cent raisons plustost songez à l'éviter.

Orasie
Ismene malgré moy je me sens arrester,
Cachons luy seulement le trouble de mon ame.

 

Scene 2
Orasie, Ismene, Orphée

 

Orasie
Le desir du repos, & la beauté du jour
M'ont fait venir dans ce lieu solitaire,
Mais quand vous preferez aux plaisirs de ma cour
Un champestre sejour,
On peut vous reprocher que c'est trop vous y plaire.

Orphée
Je cheris ces beaux lieux, j'ay peine à les quitter,
Ils m'offrent des ruisseaux, des fleurs, de la verdure,
Le plus cruel Hyver semble les respecter,
Et le Ciel y répand sa clarté la plus pure
Eh pourquoy ne pas profiter
De ces faveurs de la Nature ?

Orasie
Vous ne nous dites pas leurs charmes les plus grands,
Eurydice s'y plaist, en faut-il davantage ?

Orphée
Les Nymphes de ce voisinage
L'amusent chaque jour par leurs jeux differens,
A demeurer encor leur amitié l'engage.

Orasie
De vostre hymen nouveau les doux commencements
Demandoient de la complaisance;
Mais songez desormais qu'aprés un si long-temps
Vous nous devez vostre presence.

 

Scene 3
Eurimede, Orphée

 

Eurimede
Quand la faveur semble icy vous chercher,
D'où vient que vostre cœur soupire ?

Orphée
Est-il doux de m'entendre dire
Qu'à mes plus chers plaisirs je me dois arracher ?
La faveur souvent importune,
L'esclavage la suit de prés.
Je ne demanderois, helas ! À la Fortune
Que de pouvoir joüir en paix
Des seuls biens que l'amour m'a faits.

Eurimede
Cette felicité parfaite
Dans une Cour qui vous souhaite,
Perdroit-elle de ses attraits ?

Orphée
Trop de soins à la Cour rendent les cœurs distraits,
On aime mieux dans la retraite;
Icy tous mes moments ne sont que pour l'amour,
Et j'aime mille fois plus que les premiers jours.

Eurimede & Orphée
Non, l'hymen ne vient point éteindre
Les feux par l'amour allumez.
Deux cœurs l'un pour l'autre formez
N'ont jamais ce malheur à craindre.
S'il arrive aux amants quelquefois de s'en plaindre,
C'est qu'ils étoient foiblement enflamez.

Eurimede
Vostre chagrin vous presse-t'il toûjours
De quitter pour jamais la Thrace ?

Orphée
Un noir pressentiment sans cesse m'y menace,
Je veux par mon départ en terminer le cours.
Je prétens habiter la Gréce,
Me faire une retraite aux rives du Permesse,
Y cultiver les Arts que je tiens d'Apollon,
Y regarder de loin le sort & ses caprices,
Et faire toutes mes delices
De ma chere Eurydice & du sacré Vallon.

Eurimede
Vous quitterez vostre patrie ?

Orphée
Eh ! Bien s'il faut que je vous le confie;
Mon cœur revere Bacchus,
Mais je deteste l'abus
De ces Festes odieuses,
Où l'on voit... je me tais, je n'en ay que trop dit,
Et que trop irrité
De nos Bacchantes furieuses.
Livreray-je Eurydice au danger de ces Mœurs ?
Non, je la dois sauver de pareilles horreurs;
Mais je ne la voy point paroistre,
Je l'attens, & je sens renaistre toutes mes secrettes terreurs.
La voicy.

 

Scene 4
Eurydice, Orphée, Eurimede

 

Orphée
Qu'en ces lieux mon ame impatiente
Brusloit de vous voir arriver !

Eurydice
Si j'avois creu sitost vous y trouver
Je n'aurois pas fait languir vostre attente.

Orphée
Eh ! Quoy ? Ne sçavez-vous pas
Que mon amour ne peut soûtenir vostre absence ?
Et que partout où vous portez vos pas
Il les suit ou les devance.

Eurydice
Je ne sçaurois blâmer ce grand empressement,
Il me paroist trop aimable;
C'est un bien inestimable
Qu'un époux toujours amant.

Orphée
O Dieux ! Je vous le recommande,
Ce tresor que je tiens de vos seules bontez,
Conservez-moy tant de beautez,
C'est tout ce que mon cœur sans cesse vous demande.

Eurydice
Quoy ? Vous verray-je encor à des transports si doux
Mêler une importune crainte ?

Orphée
Si malgré moy j'en éprouve l'atteinte,
Vous le sçavez, c'est que je crains pour vous.

Eurydice
Rasseurez-vous, trop de delicatesse
Allarme ainsi vostre tendresse.

Orphée, Eurydice, & Eurimede
Non, le juste Ciel favorable à [nos / vos] vœux
Ne voudra pas sitost briser de si beaux nœuds.

Eurimede
De tous costez on voit dans les campagnes
Les Nymphes commencer leurs jeux.

Orphée
Nous vous laissons, bientost nous reviendrons tous deux.

 

Scene 5
Eurydice, Orphée, Eurimede, Cephise,
Choeur des Nymphes

 

Le Choeur des Nymphes
Aux champs, aimables compagnes,
Venez il est temps.
Sortez des Bois, des Eaux, descendez des Montagnes.

Cephise
Thetis bientost dans sa vaste demeure
Verra plonger le celeste flambeau,
Jamais une plus belle heure
Ne finit un jour plus beau.

Le Choeur
Aux champs, &c.

[on danse]

Une Nymphe
Vos charmes, divine Euridice,
Chaque jour prés de vous sçavez nous attirer.
Qu'icy nostre amitié du moins vous divertisse,
Ailleurs l'Amour prend soin de vous faire adorer.

Le Choeur
Souvent la naissante Aurore
Nous rassemble dans ces lieux;
Mais nous aimons mieux encore
Y voir briller vos beaux yeux.

[on danse]

Eurydice
Dansez, Nymphes, dans ces prairies,
Sur le tendre gazon je vais me delasser.
Quelquefois on aime à passer
Des divertissements aux douces resveries.

 

Scene 6
Les Nymphes

 

[on danse]

 

Scene 7
Orphée, Eurimede, Cephise,
Choeur des Nymphes

 

Cephise
O Ciel ! Ô malheur déplorable !

Orphée
Sauvez mon Euridice, ô Dieux !

Cephise
Cruelle mort ! Ô destin trop impitoyable !
Vostre Euridice, helas ! Voit terminer son sort.

Orphée
Qu'entens-je,

Cephise, Orphée, & Eurimede
Ô malheureux Orphée !

Cephise
Sur le gazon à peine elle est passée,
Que d'un Serpent caché sous l'herbe & sous les fleurs,
Cette belle soudain blessée
A senty du trépas les premieres horreurs.

 

Scene 8
Eurydice, Orphée, Eurimede, Cephise,
Choeur des Nymphes

 

Orphée
Ah ! Quel objet à mes yeux se presente ?
Secrets pressentimens, hélas ! Trop averez !
Mon Euridice, vous mourez !

Eurydice
Je vous revoy, je vais mourir contente.

Orphée
Mon Euridice, vous mourez !

Eurydice
Le Ciel le veut, mon cher Orphée.

Orphée, & Eurydice
Sont-ce là les plaisirs que les nœuds d'hyménée
Sembloient nous avoir preparez ?

Orphée
Dieux ! S'il est encor temps, que je meure pour elle.

Eurydice
Eh ! Que me serviroit cette pitié cruelle ?
En serions-nous moins separez ?

Orphée
Nous ne le serons point,
Je ne puis vous survivre.
Le fer...

Eurydice
Par ce chemin gardez-vous de me suivre,
Attendez vostre sort d'un esprit soumis,
Le Ciel s'offenseroit de cette impatience,
Les Champs Elysiens vous seroient interdits.
Ah ! Laissez-moy du moins ermporter l'esperance
D'estre un jour réunis.

Orphée
Où me réduit, helas ! Un loy trop severe ?
Trop rigoureuse attente ?

Eurydice
Et pourtant necessaire
Puisque nostre honneur en doit estre le prix.
Vivez, c'est moy qui vous en presse,
N'attendons que du Ciel le temps de nous revoir,
Je ne vous deffens pas une tendre tristesse,
Je vous deffens le desespoir;
Mais du mortel poison en ce moment saisie,
Je sens... adieu.
Recevez, cher Espoux,
Les derniers soûpirs d'une vie
Qui ne me plaisoit qu'avec vous.

Cephise, Eurimede & le Choeur
O Ciel ! Ô malheur déplorable !
Dieux ennemis ! Cruelle mort !
O destin trop impitoyable !
Euridice a finy son sort.

Orphée
Et je...

 

Scene 9
Orphée, Eurimede

 

Orphée
...sens ma foible paupiere
S'ouvrir encor à la lumiere,
Lorsqu'Euridice vient de la perdre à jamais;
O honteux, ô lâches regrets ?
Quand je devrois plûtost la suivre !
Euridice, Eh ! Comment pourray-je vous surcivre ?
Mais je ne la voy plus,
Ah ! Laissez-moy courir
Prés de ce qui m'en reste,
Aprés ce coup funeste
J'y veux mourir.

Eurimede
Songez plutost dans ce malheur extréme
Aux moyens de le reparer.

Orphée
Et que puis-je encor esperer ?
La mort ravit ce que j'ayme.

Eurimede
Avez-vous oublié ce qu'on fait quelquefois
Et vostre Lyre & vostre Voix ?
A leurs divins accords n'a-t'on pas veu possibles
Les effets les moins attendus:

Les Tygres attentifs, les Torrens suspendus,
Les Arbres, les Rochers mobiles & sensibles ?

N'estes-vous pas encor maistre de ces accens
Sur la Nature tout puissants ?
Faites qu'à leur pouvoir l'enfer mesme obeïsse:
N'oseriez-vous tenter ce genereux effort ?
La Mort vous enleve Euridice,
Allez l'enlever à la Mort.

Orphée
C'en est assez, atten cher Ombre,
Je n'auray pas longtemps à me rien reprocher.
Je cours dans le Royaume sombre,
Ou mourir, ou t'en arracher.

 

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Acte II

 

 

Scene premiere
Eurydice, seule

 

Euridice
Ah ! Que j'esprouve bien que l'amoureuse flâme
Au delà du trépas encor dans une ame.
Des Champs Elysiens j'ay veu tous les attraits,
Ces forests verdoyantes,
Ces beaux Astres formez exprés
Pour luire aux ames innocentes.
Mais rien n'y peut charmer l'ennuy que je ressens,

Privée, helas ! De ce que j'aime,

Je regrette un plus heureux temps,
L'amour content est le bonheur suprême
Tous les autres sont languissans.

Un tendre souvenir m'occupe incessamment.
Que fait Orphée en ce moment ?
Puis-je en douter ? Il m'aime, il m'est fidelle,
Il soûpire, il gemit, sa triste voix m'appelle.
O Dieux ! Que ne peut-il pour son soulagement
Estre aussi le témoin de ma peine cruelle ?

Mon cher Orphée, helas ! Je souffre également.

Pourquoy faut-il que Proserpine
Aujourd'huy me destine,
A l'honneur d'augmenter sa Cour;
Je trouvois l'Elysée un plus charmant sejour,
Que de moments va perdre ma tendresse;
Helas ! Avec tranquilité,
Je pouvois y rêver sans cesse,
Cette douce liberté faisoit ma felicité.

Mais déjà de ces lieux on trouble le silence.
Pluton paroist, évitons sa presence.

 

Scene 2
Pluton, & ses Suivans

 

Pluton
Qu'entens-je ? Est-il donc vray que jusques dans ces lieux
Un mortel insolent s'avance ?
Suis-je donc le moindre des Dieux ?
Et craint-on si peu ma puissance ?
Ah ! Je dois signaler par des tourmens cruels
Le chastiment de cette audace;
Qu'il vienne ce mortel, il va trouver sa place
Parmy les fameux criminels.

Mais dy-moy, Dieu du Styx, si dans cette entreprise
Le Ciel le favorise,
Du Fils de Jupiter les insolents efforts
Doivent forcer les sombres bords,
Ah ! Sans doute c'est luy, pour me faire la guerre
Son pere dans ce jour l'arme de son Tonnerre.

Le Choeur des Suivans de Pluton
Craignons l'effet de son courage,
Repoussons cét outrage,
Armons-nous, armons-nous.

Pluton
Mais quels sons éloignez surprennent mes oreilles ?
Qu'ils sont nouveaux ! Qu'ils ont dequoy toucher !
Chaque instant vers ces lieux semble les approcher.
Quels autres chants ont des douceurs pareilles.

Mais ce n'est pas le temps de nous laisser charmer.
Il faut punir un temeraire,
J'ay besoin de ma colere,
Elle pourroit se calmer.

Le Choeur
Il faut punuir un temeraire, &c.

 

Scene 3
Ascalax, & les precedents

 

Ascalax
Sans crainte abandonnez-vous à d'aymables charmes,
L'Autheur mesme de vos allarmes,
L'est aussi de ces chants si doux !
Il est seul, il est sans armes,
Il vient en suppliant embrasser vos genoux.
Des bords du Styx où je maintiens vos loix,
Je croyois du mortel voir bientost le naufrage,
Mais sans effort la Barque à soûtenu son poids,
Et du costé de ce rivage Cerbere déchaîné pour la premiere fois,
La caresse sur son passage.
Pour obtenir par tout un entier avantage,
Il chante seulement & tout cede à sa voix.

 

Scene 4
Trois Ministres de Pluton, & les precedents

 

Les Trois Ministres
Quels effets surprenants des Sons harmonieux
Qui penetrent ces lieux ?
On n'y voit plus rien qui gemisse,
Rien qui ne s'attendrisse.

Le Premier Ministre
De ces sons ravissants tout paroist enchanté,
Sous leurs doux efforts tout succombe,

Sysiphe en ce moment repose en liberté:
Son Rocher sur le Mont avec peine porté,
D'où sans cesse il roule & retombe, s'est arresté.

Troisiesme Ministre
Promethée enfin respire,
Le Vautour qui le déchire
Vient de le laisser en paix.
On voit la Danaïde oysive,
Et Tantale boire à long traits
L'onde jusques-là fugitive.

Ascalax
Le mortel luy-mesme arrive,
Il vient icy se presenter.

Pluton
Silence, je veux l'écouter.

 

Scene 5
Orphée, & les precedents

 

Orphée
Monarque des Enfers, que la Terre revere,
A qui nous devons tous un tribut necessaire,
Vous voyez devant vous le Fils du Dieu du jour,
Il n'y vient point poussé d'un dessein temeraire,
Il y vient forcé par l'amour.

S'il vous souvient de vos allarmes,
Quand dans les premiers feux d'un Hymen plein de charmes,
De vostre Proserpine on voulut vous priver,
Jugez quels deplaisirs mon cœur doit éprouver,
Je pers une Espouse adorable,
La Mort impitoyable
Dans son plus beau Printemps vient de me l'enlever.

Qu'une vie heureuse & nouvelle
La redonne en ce jour à mon amour fidelle,
Rendez-la moy, Grand Dieu ! Pour me le rendre,
Helas ! En sera-t'elle moins mortelle ?
Et ne faut-il pas qu'avec elle
Tost ou tard sous vos loix je retombe icy bas.

Pluton
Quel nouveau charme ! Quel prodige !
J'écoute, & malgré moy sa voix sçait m'attendrir,
Il se plaint, & je sens la douleur qui l'afflige,
Mesme contre mes droits je veux le secourir.

Va, trop heureux mortel, je prens part à ta peine,
Ma pitié ne sera pas vaine,
Depuis que ton épouse est soûmise à la Mort,
Proserpine regle son sort,
Je sçauray disposer la Déesse à la rendre.

Orphée
Ah ! Que nos cœurs reconnoissans,
Sur vos Autels vont prodiguer d'encens,
C'est tout ce qu'un grand Dieu des Mortels peut attendre.
Puisque le Destin aujourd'huy
De tant de malheureux veut suspendre les peines,
Pluton ne sera pas moins indulgent que luy,
Je veux qu'ils sortent de leurs chaînes.
Pour honorer l'autheur de ces doux changements,
Venez, empressez-vous, infortunez coupables,
Et vous dont les Jeux surprenants
Font quelquefois mes divertissements,
Rendez-luy s'il se peut les moments agreables
Dont ces lieux luy sont redevables.

 

Scene 6
Les Ombres criminelles, les Danaïdes, Suivants de Pluton & Orphée

 

Le Choeur des ombres criminelles
Heureux mortel, quelle est ta gloire,
Celebrons-la par nos concerts.
Est-il de plus grande victoire
Que d'avoir charmé les Enfers ?

[on danse]

Le Choeur
Ton Espouse va reprendre
Tout ce qu'elle avoit d'attraits.
Mais pouvons-nous nous deffendre
De former des vœux secrets
Qu'on differe à te la rendre.
Ne presse plus pour l'obtenir,
Calme un peu ton impatience.
Ta peine ne sçauroit finir
Que la nostre ne recommence.

 

Scene 7
Ascalax, Euridice & les precedents

 

Ascalax
Pluton, qui de ton sort dispose,
Rend Euridice à ton amour;
Mais écoute ce qu'à son tour
Ce Monarque absolu t'impose,
Rien ne peut plus te retarder,
Tu vas partir seul avec elle,
Garde-toy de la regarder
Que tu ne sois sorty de cét ombre éternelle,
Si devant ce moment tes yeux sont satisfaits,
Tu pers Euridice à jamais.

Orphée
Euridice est-ce vous ? Ô contrainte severe !

Euridice
Recevons les graces des Dieux telles qu'ils veulent nous les faire.

Ascalax
Laissez du Styx le passage ordinaire,
Ce chemin vous conduit à la clarté des Cieux;
Mais, profitez au sortir de ces lieux
D'un secret que Pluton veut bien ne vous point taire.
Les crimes des mortels
Sont connus icy bas,
Apprenez celuy d'Orasie,
Elle aime Orphée, & c'est sa jalousie
Qui d'Euridice a causé le trépas.

Orphée
La perfide ! Grands Dieux ! Nous demandons vangeance.

Euridice
Bien qu'elle m'ait ravy le jour,
Mon cœur luy pardonne une offence
Qui m'a fait voir tout vostre amour,
Cherchons seulement un sejour
Qui ne soit pas sous sa puissance.

Ascalax
Partez, heureux Espoux, vos destins sont changez,
Vostre amour est content, c'est estre assez vangez.

Le Choeur
Vos destins sont changez, &c.

Ascalax
Trouppe à souffrir condamnée,
Rentrez dans vos fers,
Orphée en quittant les enfers
Vous rend à vostre destinée.

 

Scene 8
Orphée, & Euridice

 

Orphée
Vous reverrez le jour, quel heureux changement !
Mais que je souffre en ce moment
De n'oser prés de vous joüir de vostre veuë;
Ah ! Cherchons promptement la lumiere du jour,
Puisqu'avec elle enfin me doit estre renduë
Celle de vos beaux yeux.
Ah ! Que je sens d'impatience !

Euridice
Ah ! Quand poura mon tendre cœur
Vous montrer toute son ardeur ?
Vous estes à la fois ma plus chere esperance,
Mon amant, mon Espoux, & mon liberateur,
Tout s'unit en vostre faveur,
Amour, devoir, reconnoissance.
Ah ! Que je sens d'impatience !

Que cette obscurité vient à propos s'offrir
Pour rendre de Pluton la deffense unitile.

Orphée
Elle m'épargne un soin importun, difficile;
Mais je ne vous voy pas, & c'est toûjours souffrir,
Avançons, achevons cette triste carriere.
S'il se peut, ne vous lassez pas,
Nous toûchons presque à la lumiere,
Répondez-moy, du moins, marchez-vous sur mes pas ?
Je ne l'entends plus. Quel supplice ! Que faire ?
Ah ! Que je sens de mouvements divers !
Cherchons...

Euridice
Orphée, helas ! Tu n'as plus d'Euridice.

 

Scene 9
Orphée, seul

 

Orphée
Dieux ! Je l'ay veüe, et je la perds !
Mortel regard ! Funestes impatience ?
Pluton, ce n'est pas là violer ta deffence,
Retournons promptement par ces chemins ouverts.
Souffrez...

 

Scene 10
Orphée, une Troupe d'Esprits infernaux

 

Le Choeur des Esprits infernaux
Non, nous sommes insensibles,
Non, la pitié deux fois n'entre pas aux Enfers.
Non, nous sommes inflexibles,
Non, la pitié deux fois n'entre pas aux Enfers.

Orphée
Peut-estre encor je les rendray sensibles,
Accordez-moy...

Le Choeur
Non, nous sommes insensibles, &c.

 

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Acte III

 

 

Scene premiere
Orasie, Ismene

 

Orasie
C'est icy que d'Orphée on attend le retour,
Par cét antre fameux Rhodope ouvre un passage
A qui veut pénetrer dans l'infernal sejour,
Orphée est le premier qu'un trop parfait amour
Vient d'engager à ce voyage:
Dessein pour luy trop dangereux,
C'est cette crainte que m'ameine
Mais je ressens encor un trouble plus affreux,
Et je tremble qu'il ne revienne
Avvec [sic] son Euridice au comble de ses vœux.

Quoy ! Je te reverrois, audieuse ennemie
Retourner à la vie,
J'aurois commis un crime en vain ?
Non, elle te peut encor estre ravie
Et mesme aux yeux d'Orphée...

Ismene
Ah ! Quittez ce dessein.
De vostre premiere vangeance
Le projet fût bien mieux conduit,
Elle ne fit pas tant de bruit,
Et vous laissoit plus d'esperance,
Pourquoy ? Par une violence
Voulez-vous en perdre le fruit ?
Voulez-vous donc qu'Orphée à jamais vous desteste ?

Orasie
Chere Ismene, soutient la raison qui me reste.
Mais j'imagine en ce moment
Un coup plus favorable à mon ressentiment.
De Bacchus aujourd'huy c'est le grand Sacrifice:
Dés longtemps, tu le sçais, j'eûs soin de prevenir
Nos Bacchantes contre Eurydice,
Si nous la voyons revenir.
Faisons que leurs fureurs s'arment pour son supplice.

Ismene
C'est exposer Orphée aux mesmes traits.

Orasie
Sur elles n'ay-je pas l'authorité suprême ?
Je sçauray bien perdre ce que je hais,
Et sauver ce que j'ayme.
Mais le Ciel auroit-il secondé mes souhaits ?
Orphée est de retour, ma joye est sans égale,
Je le voy sans ma Rivale,
Il vient, feignons de la douleur
D'un succés qui fait mon bonheur.

 

Scene 2
Orasie, Orphée

 

Orasie
Faut-il que l'amitié qui pour vous m'interesse
N'ose se réjoüir de vostre heureux retour,
Et ne monstre que sa tristesse
De vous voir revenir sans ramener au jour
L'objet seul de vostre tendresse.
Disons mieux, les sombres Enfers aux mortels sont inaccessibles.

Orphée
Reine, ces lieux terribles,
N'en doutez pas viennent de m'estre ouverts,
Et c'est là que j'ay sçeu barbare,
Que si mon Eurydice a finy son destin,
Le coup helas ! Qui nous separe,
Ne partoit que de vostre main,
Malgré vous je le voy, vostre trouble s'exprime,
Voulez-vous que je mette au jour...

Orasie
Hé bien je confesse mon crime;
Mais toy, cruel, tu feins d'ignorer mon amour,
C'est pourtant cét amour qui me l'a fait commmettre,
Je croyois dans l'oubly le cacher pour jamais,
Et le temps sembloit me promettre
D'adoucir enfin tes regrets,
Qu'un jour...

Orphée
Un jour ! L'avez-vous donc pû croire,
Qu'Eurydice a jamais sorte de ma memoire ?
Non, malgré la Mort elle sera toûjours
L'unique objet de mes amours,
Et de vostre impuissante rage,
C'est ainsi que je laisse à vanger mon outrage
A vostre desespoir, à vos transports jaloux,
Ah ! Que ne m'aimez-vous mille fois davantage
Pour en ressentir mieux l'horreur que j'ay pour vous.

Orasie
Espargne toy cette esperance vaine,
C'en est fait, je ne t'ayme plus.
Tu me peux désormais chercher quelqu'autre peine,
Mais je dois te punir de tes cruels rebuts;
Tremble, ra vengeance est prochaine,
C'en est fait, je ne t'ayme plus.

 

Scene 3
Orphée, Eurimede

 

Orphée
Apprens, cher Eurimede,
Et plains mon triste sort,
J'avoir charmé l'Empire de la Mort,
Tous à mes vœux s'estoit rendu propice,
Et je ramenois Eurydice,
Une dure loy seulement me deffendoit de voir cét objet si charmant
Dans les lieux où Pluton exerce sa puissance,
Mes yeux long-temps se sont fait violence;
Mais la crainte, l'amour, sans un fatal moment...
Ah ! Pluton, un regard me rend-il si coupable ?
Avec tant de rigueur pourquoy me condamner ?
Helas ! Fût-il jamais Faute plus pardonnable
Si l'Enfer sçavoit pardonner.

Orphée & Eurimede
Helas ! Fût-il jamais Faute plus pardonnable
Si l'Enfer sçavoit pardonner.

Orphée
Laisse-moy seul icy soûpirer & me plaindre.
Ce n'est pas me soulager,
Et ce seroit me contraindre.

Eurimede
Orphée, ô Dieux ! Refuse de me voir ?

Orphée
Va, laisse un malheureux que ta presence gesne.

Eurimede
Quoy, l'amitié demeure vaine ?

Orphée
Rien ne peut consoler l'amour au desespoir.

Eurimede
Quoy, l'amitié demeure vaine.

Orphée
Tout ce qui faisoit mon bonheur
Dans l'estat où je suis rend ma peine plus rude,
Et je ne veux dans cette solitude
Qu'un tendre souvenir, ma Lyre & ma douleur.

 

Scene 4
Orphée, seul

 

Orphée
Sejour affreux & solitaire,
Seul sejour qui puisse me plaire,
Que vous convenez bien à l'horreur de mon sort
Quand je ne cherche que la mort.

Eurydice faisoit le bonheur de ma vie,
Deux fois, helas ? Deux fois la mort me la ravie.
Echo, vous qui dans ces deserts
Me montrez une pitié vaine,
Au lieu de perdre dans les airs
Le triste recit de ma peine,
Par ces gouffres profonds penetrez aux enfers.
Que le fier Pluton s'attendrisse,
En écoutant ma languissante voix
Gemir & redire cent fois,
Je vous perds pour jamais Eurydice.

Des antres & des Bois les cruels habitans
Eux mesmes sont touchez des peines que je sens.
Eurydice faisoit le bonheur de ma vie,
Deux fois, helas ? Deux fois la mort me la ravie.

Eh ! Que sert à me consoler
Que ces Rochers pour moy se couvrent de verdure ?
Clairs ruisseaux, que ces lieux n'ont jamais veû couler
Cessez vostre naissant murmure,
Miracles de ma voix,
Maintenant superflus vous ne me plaisez plus.

Loin de moy ces lauriers d'une gloire sterile,
Vain instrument d'un art desormais inutile,
Allez, où rendez-moy le bien qu'on m'a ravy,
Que dis-je, helas ! Vous m'avez bien servy,
Et je me plaignois sans justice,
Mes yeux seuls m'ont causé le plus grand des malheurs,
Ils m'ont couté mon Eurydice,
Mes yeux, mes tristes yeux noyez-vous dans les pleurs.

Je ne la verray plus ! Ô tourment effroyable !
Nul espoir ne vient plus s'offrir,
Tygres, Lyons, venez me secourir,
Déchirez, devorez un Amant miserable,
Helas ! En me faisant périr, vous me rendrez à ce que j'ayme,
He quoy ? Vous m'épargnez ? Vous me laissez souffrir,
Cruels encor dans vostre pitié mesme.
O mort ! Ô douce mort ! Viens finir mes regrets;
J'entends du bruit, on s'avance,
Où pourrai-je desormais fuir des Mortels l'odieuse presence.

 

Scene 5
Eurimede, seul

 

Eurimede
Où trouveray-je Orphée ? On en veut à ses jours:
Les Bacchantes en furie
Suivent en ces lieux Orasie,
Ne puis-je rien pour ses jours ?

 

Scene 6 & derniere
Orasie, La Prestresse de Bacchus, Troupe de Bacchantes

 

Orasie & la Prestresse
Qu'il perisse le profane
Qui nous condamne.

Le Choeur des Bacchantes
Qu'il perisse le profane
Qui nous condamne.
Et qui méprise tes vertus,
Bacchus, Bacchus, Bacchus.

La Prestresse
O toy qui remplis nos cœurs
De tes divines fureurs,
Toy, qui toûjours nous acompagnes
Sur ces Montagnes.

Le Choeur
O Fils puissant
Du Dieu tonnant,
Lance sur le coupable
Le Thirse redoutable.

La Prestresse
Parois, parois Bacchus, vange-toy, vange-nous,
Fais qu'il expire sous nos coups.

Le Choeur
Parois Bacchus, &c.

Une Bacchante
Quel Antre favorable au crime
Peut si longtemps nous le celer ?
Bacchus livre-nous ta victime,
Nous bruslons de te l'immoler.

Le Choeur
Qu'il perisse, &c.

La Prestresse
Je l'apperçois, Bacchus nous l'abandonne,
Venez, suivez mes pas.

Orasie
Dieux, il va souffrir le trépas !
D'où vient qu'en ce moment je tremble, je frissonne ?

La Prestresse
Il meurt enfin l'Ennemy de nos Loix,
Il reçoit son juste supplice,
son sang qu'ont répandu cent Thirses à la fois
Vient d'étouffer l'indigne voix
Qui ne célébroit qu'Euridice.

Le Choeur
Il meurt enfin l'Ennemy de nos loix, &c.

La Prestresse
Sa mort n'est pas assez affreuse,
Que ses membres épars
Rendent de toutes parts
Nostre vangeance fameuse.
Que l'Hebre rougissant ses eaux
En porte la terreur à des climats nouveaux.

Le Choeur
Que l'Hebre, &c.

Orasie
Il est mort ! Qu'as-tu fait malheureuse Orasie ?
De quels tristes remords ta vangeance est suivie ?
J'ay veu perir l'ingrat, je pensois le haïr;
De son trépas j'ay crû joüir.
Et presqu'en un moment à moy-mesme contraire,
Helas ! Par un fatal retour,
J'ay perdu toute ma colere,
Et je ressens tout mon amour.

Mais ce qui rend ma peine sans égale,
Je le réjoins à ma Rivale:
Mourons, où pour finir tant de tourmens souffrets,
Ou pour troubler encor ces amans aux enfers.

 

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