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Isis
Tragédie ornée d'Entrées de Ballets, de machines, & de changement de Theatre
representee devant sa Majesté a Saint Germain en Laÿe, 1677

livret de Philippe Quinault

musique de:Jean-Baptiste Lully



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V



PROLOGUE

note: les personnages ci-dessous sont ceux indiqués sur la page des Acteurs du Prologue (on remarquera ainsi les instrumentistes, ainsi que les rôles non chantés) de l'édition de janvier 1677 - orthographe, notamment des noms propes, d'origine ! [exemple: Appollon]


les Acteurs du Prologue:

La Renommée
Choeur
de la Suitte de la Renommée
Les Rumeurs, les Bruits, &c...
Cinq Trompettes
Vingt Six Suivants de la Renommée chantans
Neptune
Suitte de Neptune, Tritons, & d'autres dieux de la mer
Six Tritons joüant de la fleute
Huict dieux marins de la Suitte de Neptune dançans
Appollon
Suitte d'Appollon, les Neufs Muses, & les Arts libéraux
Cinq Muses chantantes: Clio, Calliope, Melpomene, Thalie & Vranie [?]
Quatre Muses joüant des instrumens
Deux dessus de fleutes
Erato
Euterpe
Deux dessus de violon
Terpsichores
Polimnie
Les sept Arts Libéraux


Le théâtre représente le palais de la Renommée. Il est ouvert de tous côtés pour recevoir les nouvelles de ce qui se fait de considérable sur la terre et de ce qui se passe de mémorable sur la mer, que l'on découvre dans l'enfoncement. La divinité qui préside dans ce palais y paraît accompagnée de sa suite ordinaire: les rumeurs et les bruits qui portent comme elle chacun une trompette à la main, y viennent en foule de divers endroits du monde.


Ouverture

Scène 1
La Renommée, Choeur de la suite de la Renommée, les Rumeurs & les Bruits

Le Cöeur:
Publions en tous lieux
Du plus grand des héros la valeur triomphante.
Que la terre et les cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.

La Renommée:
C'est lui dont les dieux ont fait choix
Pour combler le bonheur de l'Empire français,
En vain pour le troubler, tout s'unit, tout conspire,
C'est en vain que l'envie a lighé tant de rois.
Heureux l'empire,
Qui suit ses lois !

Le Choeur:
Heureux l'empire,
Qui suit ses lois !

La Renommée:
Il faut que partout on l'admire
Parlons de ses vertus, racontons ses exploits,
A peine y pourrons nous suffire
Avec toutes nos voix.

Le Choeur:
Heureux l'empire,
Qui suit ses lois !

La Renommée:
Il faut le dire cent fois
Heureux l'empire,
Qui suit ses lois !


Scène 2
La Renommée, Choeur de la suite de la Renommée, des Tritons chantant,
Troupe de Marins jouant des instruments et dansant, Neptune

Les Tritons et les autres dieux marins accompagnent Neptune qui sort de la mer, et qui entre dans le palais de la Renommée.


Premier Air des Tritons

Deux Tritons chantant:
C'est le dieu des eaux qui va paraître,
Rangeons-nous près de notre maître:
Enchaînons les vents
les plus terribles,
Que le bruit des flots cède à nos chants;
Régnez, Zéphirs paisibles,
Ramenez le doux printemps.

Füez loin d'ici, cruels orages,
Rien ne doit troubler ces rivages.
Enchaînons les vents
les plus terribles,
Que le bruit des flots cède à nos chants;
Régnez, Zéphirs paisibles,
Ramenez le doux printemps.


Deuxième Air des Tritons

Neptune, parlant à la Renommée:
Mon empire a servi de théâtre à la guerre;
Publiez des exploits nouveaux:
C'est le même vainqueur si fameux sur la terre
Qui triomphe encore sur les eaux.

La Renommée et Neptune:
[ Célébrons / Célébrez ] son grand nom sur la terre et sur l'onde.
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes mers:
Qu'il vole jusqu'au bout de monde,
Qu'il dure autant que l'univers.

Le Choeur:
Célébrons son grand nom sur la terre et sur l'onde.
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes mers:
Qu'il vole jusqu'au bout de monde,
Qu'il dure autant que l'univers.


Scène 3
Les neuf Muses, les Arts Libéraux, Apollon, Neptune, la Renommée,
Suite de la Renommée, Suite de Neptune

Prélude pour les Muses

Calliope:
Cessez pour quelque temps, bruits terribles des armes,
Qui troublez le repos de cent climats divers;
Ne troublez pas les charmes
De nos divins concerts.

Calliope, Thalie et Apollon:
Ne troublez pas les charmes
De nos divins concerts.

Melpomène:
Recommeçons nos chants, allons les faire entendre
Dans une auguste cour.

Thalie:
La paix, la douce paix n'ose encore descendre
Du céleste séjour.

Calliope:
La paix, la douce paix n'ose encore descendre
Du céleste séjour.

Calliope, Thalie et Apollon:
Près du vainqueur, allons attendre
Son bienheureux retour.

[Les Arts accompagnent Apollon et se réjouissent du bonheur que ce dieu qui les conduit, leur fait espérer]


Premier Air entrée des Muses
Second Air


Apollon, à la Renommée:
Ne parlez pas toujours de la guerre cruelle,
Parlez des plaisirs et des jeux.
Les Muses et les Arts von signaler leur zèle,
Je vais favoriser leurs voeux;
Nous préparons une fête nouvelles,
Pour le héros qui les appelle
Dans un asile heureux.
Ne parlez pas toujours de la guerre cruelle,
Parlez des plaisirs et des jeux.

Le Choeur:
Ne parlons pas toujours de la guerre cruelle,
Parlons des plaisirs et des jeux.


Air pour le trompettes

La Renommée, Neptune et Apollon:
Hâtez-vous, Plaisirs, hâtez-vous,
Hâtez-vous de montrer vos charmes les plus doux.

La Renommée:
Il n'est pas encore temps de croire
Que les paisibles jeux ne seront plus troublés;
Rien ne plaît au héros qui les a rassemblés.
A l'égal des exploits d'éternelles mémoire.
Ennemis de la pix, tremblez;
Vous le verrez bientôt courir à la victoire,
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.

La Renommée, Neptune, Apollon, Les Muses, les Tritons, le Choeur de la suite de la Renommée:
Hâtez-vous, Plaisirs, hâtez-vous,
Hâtez-vous de montrer vos charmes les plus doux.

[Dans le temps que le choeur chante, et que les instruments jouent, la suite de Neptune danse avec celle d'Apollon, et toutes ces divinités vont ensemble prendre part à la nouvelle fête que le dieu du Parnasse a préparé avec les Muses et les Arts]


Reprise de l'ouverture
haut de page


note: les personnages ci-dessous sont ceux indiqués sur la page des Acteurs du Prologue de l'édition de janvier 1677 - orthographe d'origine ! [exemple: Nimphe] - les noms sont donnés dans l'ordre de leur apparition sur la scène


les Acteurs de la Tragédie:

Hierax, amant de la nymphe Io, et frère d'Argus
Pirante,
ami de Hierax
Io,
nimphe du fleuve Inachus, aimée de Jupiter, persécutée par Junon & recüe enfin au rang des Ministres celestes sous le nom d'Isis
Micene,
nimphe, confidente de Io
Mercure
Choeur des divinites de la Terre & des Echos
Troupe des divinites de l a Terre, des Eaux & des Richesses souterraines
Jupiter
Iris,
confidente de Junon
Junon
Hebe,
fille de Junon, deesse de la Jeunesse
Choeurs et Suite des plaisirs de la Suitte d'Hebe
Choeurs & troupe de nimphes de la Suitte de Junon
Argus
Une Nimphe representant Syrinx
Un des Sylvains representant le dieu Pan
Choeur & Suitte des Satires de la Suitte de Pan
Choeur & troupe des Silvains
Suivans de Pan
Erinnis, la Furie
Choeur & troupe des peuples des climats galcés
Deux conducteurs des Calybes travaillans à forger l'acier
Choeur et troupe des Calybes
Suitte des Parques: la Guerre, les Fureurs de la guerre, la Famine, les Maladies violentes & languissantes, l'Incedie, l'Innondation
Les trois Parques
Choeurs des divinites celestes
Choeurs & troupe des peuples d'Egypte


ACTE I

Le théâtre représente des prairies agréables où le fleuve Inachus serpente


Scène 1
Hierax

Ritournelle

Hierax:
Cessons d'aimerune infidèle,
Evitons la honte cruelle
De servir, d'adorer qui ne nous aime plus,
Achevons de briser les noeuds quelle a rompus:
Dégageons nous, sortons d'un si funeste empire.
Hélas ! malgré moi je soupire,
Ah, mon coeur, quelle lâchté !
Quel charme te retient dans un honteux martyre ?
Tu n'as pas craint des fers qui nous ont tant coûtés,
As-tu peur de la liberté ?
Revenez, liberté charmante,
Vous n'êtes que trop dilligente,
Morsqu'il faut dans un coeur faire place à l'amour,
Mais que vous êtes lente,
Lorsqu'un juste dépit presse votre retour.


Scène 2
Hierax, Pirante

Pirante:
C'est trop entretennir vos tristes rêveries;
Venez, tournez vos pas vers ces rives fleuries;
Regardez ces flots argentés,
Qui dans ces vallons écartés,
Font briller l'émail de la prairie.
Imterrompez vos soupirs,
Tout doit être ici tranquille;
Ce beau séjour est l'asile
Du repos, et des plaisirs.

Hierax:
Depuis qu'une nymphe inconstante
A trahi mon amour, et m'a manqué de foi:
Ces lieux, jadis si beaux, n'ont plus rien qui m'enchante,
Ce que j'aime a chagé, tout est changé pour moi.

Pirante:
La fille d'Inachus hautement vous préfère
A mille autres amants de votre sort jaloux;
Vous avez l'aveu de son père,
Par les soins d'Argus votre frère,
La puissante Junon se déclare pour vous.

Hierax:
Si l'ingrate m'aimait, je serais son époux.
Cette nymphe légère
De jour en jour diffère
Un hymen qu'autrefois elle avait cru si doux.
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême
De cet amour naissant qui répondait au mien,
Son changement paraît en dépit d'elle-même
Je ne le connais que trop bien;
Sa bouche quelquefois dit encore qu'elle m'aime,
Mais ni son coeur, ni ses yeux ne m'en disent plus rien.

Pirante:
Se peut-il qu'elle dissimule ?
Après tant de serments, ne la croyez-vous pas ?

Hierax:
Je ne les crus que trop, hélas
Ces serments qui troompaient mon coeur tendre et crédule.
Ce fut dans ces vallons, où par mille détours
Inachus prend plaisir à prolonger son cours;
Ce fut sur son charmant rivage,
Que sa fille volage
Me promit de m'aimer toujours.
Le Zéphir fut témoin, l'onde fut attentive,
Quand la nymphe jura de ne changer jamais;
Mais le Zéphir léger, et l'onde fugitive,
Ont enfin emporté les serments qu'elle a faits.
Je la vois, l'infidèle.

Pirante:
Eclaicissez-vous avec elle.


Scène 3
Hierax, Io

Io:
M'aimez-vous ? Puis-je m'en flatter ?

Hierax:
Cruelle, en voulez-vous douter ?
En vain votre inconstance éclate,
En vain elle m'anime à briser tous les noeuds,
Je vous aime toujours, ingrate,
Plus que vous ne voulez; et plus que je ne veux.

Io
Je crains un funste présage.
Un aigle dévorant vient de fondre à mes yeux,
Sur un oiseau qui dans ces lieux,
M'entretenait d'un doux ramage.
Différez notre hymen, suivons l'avis des cieux.

Hierax:
Notre hymen ne déplaît qu'à votre coeur volage,
Répondez-moi de vous, je vous réponds des Dieux.
Vous juriez autrefois que cette onde rebelle,
Se ferait vers sa source une route nouvelle,
Plutôt qu'on ne verrait votre coeur dégagé:
Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine,
C'est le même penchant qui toujours les entraîne,
Leurs cours ne changent point, et vous avez changé.

Io:
Laissez-moi revenir de mes frayeurs secrètes;
J'attends de votre amour cet effort généreux.

Hierax:
Je veux ce qui vous plaît, cruelle que vous êtes,
Vous n'abusez que trop d'un amour malheureux.

Io:
Non, je vous aime encore.

Hierax:
Quelle froideur extrême !
Inconstante, est-ce ainsi qu'on doit dire qu'on aime.

Io:
C'est à tort que vous m'accusez,
Vous avez vu toujours vos rivaux méprisés.

Hierax:
Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine,
N'égale point ma peine,
La douce illusion d'une espérance vaine
Ne les fait point tomber du faite du bonheur
Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre coeur;
Je ne suis point accoutumé
Quel tourment de cesser de plaire
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé.
Je ne le sens que trop
Votre coeur se détache
Et je ne sais qui me l'arrache
Je cherche en vain l'heureux amant
Qui me dérobe un bien charmant
Où j'ai cru devoir seul prétendre
Je sentirais moins mon tourment
Si je trouvais à qui m'en prendre
Vous fuyez mes regards,
Vous ne me dites rien;
Il faut vous délivrer d'un fâcheux entretiens;
Ma présence vous blesse et c'est trop vous contraindre.

Io:
Jaloux sombre et chagrin,
Partout où je vous vois,
Vous ne cessez de vous plaindre
Je voudrais vous aimer
Autant que je le dois,
Et vous me forcez à vous craindre.

Ensemble:
Non, non, il ne tient qu'à vous
De rendre notre sort plus doux
Non, non, il ne tient qu'à vous
De rendre mon coeur plus tendre
Non, non, il ne tient qu'à vous
De rendre mon coeur moins jaloux.


Scène 4
Mycène, Io

Mycène:
Ce prince trop longtemps dans ses chagrins s'obstine
On pardonne au premier transport
D'un amour qui se plaint à tort
Et qui sans raison se mutine.
Mais à la fin on se chagrine
Contre un Amour chagrin.

Io:
Je veux bien te parler enfin sans artifice
Ce prince infortuné s'allarme avec justice.
Le maître souverain de la terre et des cieux
Entreprend de plaire à mes yeux.
Du coeur de Jupiter l'amour m'offre l'empire.
Mercure est venu me le dire
Je le vois chaque jour descendre dans ces lieux.
Mon coeur autant qu'il peut
Fait toujours résistance.
Et pour attaquer ma constance,
Il ne fallait pas moins que le plus grand des Dieux.

Mycène:
On écoute aisément Jupiter qui soupire.
C'est un amant qu'on ose mépriser.
Et du plus grand des coeurs
Ce glorieux empire
Est difficile à mépriser.

Io:
Lorsqu'on me presse de me rendre
Aux attraits d'un amour nouveau,
Plus le charme est puissant
Et plus il serait beau
De pouvoir m'en défendre.
Quoi! tu veux me quitter?
Doù vient ce soin pressant?

Mycène:
C'est pour vous seule ici que Mercure descend.


Scène 5
Isis, Mercure, Choeur des Divinités et des Echos

Mercure:
Le Dieu puissant qui lance le tonnerre
Et qui des cieux tient le sceptre en ses mains
A résolu de venir sur la terre
Chasser les maux qui troublent les humains.
Que la terre avec soin à cet honneur réponde
Echos retentissez dans ces lieux pleins d'appas,
Annoncez qu'aujourd'hui pour le bonheur du monde,
Jupiter descends ici-bas.

Choeur des divinités et des échos:
Echos retentissez dans ces lieux pleins d'appas,
Annoncez qu'aujourd'hui pour le bonheur du monde,
Jupiter descends ici-bas.

Mercure:
C'est ainsi que Mercure
Pour abuser les Dieux jaloux
Doit parler hautement à toute la nature.
Mais il doit s'expliquer
Autrement avec vous;
C'est pour vous voir,
C'est pour vous plaire,
Que Jupiter descend du céleste séjour.
Et les biens qu'ici bas sa présence va faire
Ne seront dûs qu'à son amour.

Io:
Pourquoi du haut des cieux,
Ce Dieu veut-il descendre?
Mes voeux sont engagés.
Mon coeur a fait un choix
L'amour tôt ou tard doit prétendre
Que tous les coeurs se rangent sous ses lois.
C'est un hommage qu'il faut rendre
Mais assez de le rendre une fois.

Mercure:
Ce serait en aimant une contrainte étrange
Qu'un coeur pour mieux choisir n'osât se dégager.
Quand c'est pour Jupiter qu'on change
Il n'est pas honteux de changer.
Que tout l'univers se pare
De ce qu'il a de plus rare
Que tout brille dans ces lieux.
Que la terre partage
L'éclat et la gloire des cieux.
Que tout rende hommage
Au plus grand des dieux.


Scène 6
Jupiter, Choeurs, et les Acteurs de la scène précédente

Jupiter:
Les armes que je tiens protègent l'innocence
L'effort n'en est fâcheux qu'à l'orgueil des titans.
Vous qui suivez les Loix,
Vivez sous ma puissance,
Toujours heureux, toujours contents.
Jupiter vient sur la terre.
Pour la combler de bienfaits,
Il est armé du tonnerre
Mais c'est pour donner la paix.

Choeurs:
Jupiter vient sur la terre.
Pour la combler de bienfaits,
Il est armé du tonnerre
Mais c'est pour donner la paix.

haut de page


ACTE II

Le théâtre devient obscurci par des nuages épais qui l'environnent de tous côtés


Scène 1
Io

Io:
Où suis-je? D'où vient ce nuage?
Les ondes de mon pètre et son charmant rivage
Ont disparu tout à coup à mes yeux!
Où puis-je trouver un passage?
La jalouse reine des Cieux
Me fait elle si tôt acheter l'avantage
De plaire au plus puissant des Dieux?
Que vois-je? Quel éclat se répand dans ces lieux.

[Jupiter paraît et les nuages qui obscurcissent le théâtre, sont illuminés et peints des couleurs les plus brillantes et les plus agréables]


Scène 2
Io, Jupiter

Jupiter:
Vous voyez Jupiter; Que rien ne vous étonne.
C'est pour tromper Junon et ses regards jaloux
Qu'un nuage vous environne;
Belle nymphe, rassurez-vous
Je vous aime et pour vous le dire,
Je sors avec plaisir de mon suprême empire.
La foudre est dans mes mains,
Les Dieux me font la cour,
Je tiens tout l'Univers sous mon obéissance;
Mais si je prétends en ce jour
Engager votre coeur à m'aimer à son tour,
Je fonde moins mon espérance
Sur la grandeur de ma puissance
Que sur l'excès de mon amour.

Io:
Que sert-il qu'ici-bas votre amour me choisisse?
L'honneur me vient trop tard, j'ai formé d'autres noeuds
Il fallait que ce bien pour combler tous nos voeux,
Ne me coûtat point d'injustice,
Et ne fit point de malheureux.

Jupiter:
C'est une assez grande gloire
Pour votre premier vainqueur,
D'être encore dans votre mémoire
Et de me disputer si longtemps votre coeur.

Io:
La gloire doit forcer mon coeur à se défendre.
Si vous sortez du Ciel pour chercher les douceurs
D'une amour tendre,
Vous pouvez aisément attaquer d'autres coeurs
Qui feront gloire de se rendre.

Jupiter:
Il n'est rien dans les Cieux il n'est rien ici-bas
De si charment que vos appas;
Rien ne peut me toucher d'une flamme si forte;
Belle Nymphe vous l'emportez
Sur les autres beautés,
Autant que Jupiter l'emporte
Sur les autres Divinités!
Verrez-vous tant d'amour avec indifférence?
Quel trouble vous saisit? Où tournez vous vos pas?

Io:
Mon coeur en votre présence
Fait trop peu de résistance
Contentez-vous, hélas!
D'étonner ma constance,
Et n'en triomphez pas.

Jupiter:
Et pourquoi craignez vous Jupiter qui vous aime?

Io:
Je crains tout, je me crains moi-même

Jupiter:
Quoi! voulez vous me fuir

Io:
C'est mon dernier espoir.

Jupiter:
Ecoutez mon amour.

Io:
Ecoutez mon devoir.

Jupiter:
Vous avez un coeur libre et qui peut de défendre

Io:
Non, vous ne laissez pas mon coeur en mon pouvoir

Jupiter:
Quoi! vous ne voulez pas m'entendre

Io:
Je n'ai que trop de peine à ne le pas vouloir.
Laissez-moi...

Jupiter:
Quoi si tôt.

Io:
Je devais moins attendre;
Que ne fuyais-je hélas!
Avant que de vous voir.

Jupiter:
L'amour pour moi me sollicite
Et je vois que vous me quittez

Io:
Le devoir veut que je vous quitte,
Et je sens que vous m'arrêtez

Jupiter:
Vous me quittez.


Scène 3
Jupiter, Mercure

Mercure:
Iris est ici-bas et Junon elle-même
Pourrait vous suivre dans ces lieux.

Jupiter:
Pour la nymphe que j'aime
Je crains ses transports furieux.

Mercure:
Sa vengeance serait funeste,
Si votre amour était surpris.

Jupiter:
Va, prends soin d'arrêter Iris,
Mon amour prendra soin du reste.


Scène 4
Mercure, Iris

Mercure:
Arrêtez, belle Iris, différez un moment
D'accomplir en ces lieux ce que Junon désire.

Iris:
Vous m'arrêtez vainement
Et vous n'aurez rien à me dire.

Mercure:
Mais, si je vous disais que je veux vous choisir
Pour attacher mon coeur d'une éternelle chaîne?

Iris:
Je vous écouterais peut-être avec plaisir,
Mais je vous croirais avec peine.

Mercure:
Refusez vous d'unir votre coeur et le mien.

Iris:
Jupiter et Junon nous occupent sans cesse
Nos soins sont assez grands sans que l'amour nous blesse,
Nous n'avons pas tous deux de loisir d'aimer bien.

Mercure:
Si je fais ma première affaire
De vous voir et de vous plaire.

Iris:
Je ferai mon premier devoir
De vous plaire et de vous voir.

Mercure:
Un coeur fidèle
A pour moi de charmants appas:
Vous avez mille attraits,
Vous n'êtes que trop belle:
Mais je crains que vous n'ayez pas.
Un coeur fidèle.

Iris:
Pourquoi craignez-vous tant
Que mon coeur se dégage
Je vous permets d'être inconstant
Sitôt que je serai volage

Mercure et Iris, ensemble:
Promettez moi de constantes amours,
Je vous promets de vous aimer toujours.

Mercure:
Que la feinte entre nous finisse

Iris:
Parlons sans mystère en ce jour;
Le moindre artifice

Ensemble:
Le moindre artifice
Offense l'amour.

Iris:
Quel soin presse ici-bas Jupiter de descendre.

Mercure:
Le seul bien des mortels lui fait quitter les cieux;
Mais quel soupçons nouveau Junon peut elle prendre?
Ne suivrait elle pas Jupiter en ces lieux.

Iris:
Dans les jardins d'Hébé Junon vient de descendre

Mercure:
Un nuage entrouvert
La découvre à mes yeux;
Iris parle ainsi sans mystère!
C'est ainsi que je puis me fier à ta foi.

Iris:
Ne me reprochez pas que je suis peu sincère,
Vous ne l'êtes pas plus que moi.

[Junon paraît au milieu d'un nuage qui s'avance]

Ensemble:
Gardez pour quelqu'autre
Votre amour trompeur,
Je reprends mon coeur,
reprenez le vôtre.


Scène 5
Iris, Junon

[Le nuage s'approche de terre et Junon descend]

Iris:
J'ai cherché vainement la fille d'Inachus.

Junon:
Ah! je n'ai pas besoin d'en savoir davantage,
Non, Isis, ne la cherchons plus.
Jupiter dans ces lieux m'a donné de l'ombrage,
J'ai traversé les airs, j'ai percé le nuage
Qu'il opposait à mes regards;
Mais en vain j'ai tourné les yeux de toutes parts,
Le Dieu pa son pouvoir suprême
M'a caché la nymphe qu'il aime,
Et ne m'a laisé voir que des troupeaux épars!
Non, non, je ne suis pas une incrédule épouse
Qu'un puisse tromper aisément;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter amant
Ou de Junon jalouse.
Il est maître des Cieux, la terre suit sa loi;
Sous sa toute puissance, il faut que tout fléchisse;
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice
Tout Jupiter qu'il est, il est moins fort que moi.
Dans ces lieux écartés, vois que la terre est belle.

Iris:
Elle honore son maître et brille sous ses pas.

Junon:
L'amour cet amour infidèle,
Qui du plus haut des cieux l'appelle,
Fait que tout lui rit ici-bas.
Près d'une maîtresse nouvelle
Dans le fond des déserts, on trouve des appas.
Et le ciel même ne plaît pas
Avec une épouse immortelle.


Scène 5
Iris, Junon, Jupiter, Mercure

Jupiter:
Dans les jardins d'Hébé vous deviez en ce jour
D'une nouvelle nymphe
Augmenter votre cour;
Quel dessein si pressant dans ces lieux vous amène.

Junon:
Je ne vous suivrai pas plus loin. Je viens de votre amour
Attendre un nouveau soin:
Ne vous étonnez pas qu'on vous quitte avec peine,
Et que de Jupiter on ait toujours besoin.
Vous m'aimez, et j'en suis certaine.

Jupiter:
Souhaitez, je promets que vos voeux seront satisfaits.

Junon:
J'ai fait choix d'une nymphe et déjà la Déesse
De l'aimable Jeunesse
Se prépare à la recevoir;
Mais jen'ose, sans vous, disposer de personne.
Si j'ai quelque pouvoir,
Je n'en prétends avoir
Qu'autant que votre amour m'en donne
Ce don de votre main me sera précieux.

Jupiter:
J'approuve vos désirs;
Que rien n'y soit contraire;
Mercure ayez soin de lui plaire,
Et portez à son gré, mes ordres en tous lieux;
Que tout suive les lois de la reine des cieux.

Iris et Mercure:
Que tout suive les lois de la reine des Cieux.

Jupiter:
Parlez, et qu'hautement votre choix se déclare.

Junon:
La nymphe qui me palît ne vous déplaira pas,
Vous ne verrez pas ici-bas
De mérite plus grand ni beauté plus rare;
Les honneurs que je lui prépare
Ne lui sont que trop dûs,
Enfin, Junon choisit la fille d'Inachus.

Jupiter:
La fille d'Inachus

Junon:
Déclarez pour elle.
Peut-on voir à mas suite une nymphe plus belle,
Plus capable d'orner ma cour,
Et de marquer pour moi,
Le soin de votre amour;
Vous me l'avez promise et je vous le demande.

Jupiter:
Vous ne sauriez combler d'une gloire trop grande
La nymphe que vous choisissez;
Junon commande
Allez, allez, Mercure obéissez.

Junon:
Junon commande
Allez, allez, Mercure obéissez.


Scène 6
Hébé, Deux Nymphes, Choeur

{Le théâtre change et représente les jardins d'Hébé, déesse de la Jeunesse. Les jeux et les plaisirs s'avancent en dansant devant la déesse Hébé]

Hébé:
Les plaisirs les plus doux
Sont faits pour la jeunesse.
Venez, venez jeux charmants, venez tous;
Cardez vous bien d'amener avec vous
La sévère Sagesse.
Fuyez, fuyez, sombre tristesse
Noirs chagrins, fuyez loin de nous
Vous êtes destinés pour l'affreuse vieillesse

Choeurs:
Les plaisirs les plus doux
Sont faits pour la jeunesse.

[Les jeux, les plaisirs et les nymphes de Junon se divertissent par des danses et par des chansons, en attendant la nouvelle nymphe dont Junon vont faire choix]

Deux nymphes:
Aimez, profitez du temps,
Jeunesse charmante
Rendez vos désirs contents.
Tout rit tout enchante
Dans les plus beaux ans:
L'amour vous éclaire
Marchez sur ses pas
Cherchez à vous faire
Des noeuds pleins d'appas.
Que vous sert de plaire,
Si vous n'aimez pas?

Choeurs:
Que ces lieux ont d'attraits!
Goûtons-en bien les charmes,
L'Amour n'y fait jamais verser de tristes larmes
Les soins et les alarmes,
N'en troublent point la paix.
Jouissons dans ces retraites
Des douceurs les plus parfaites;
Suivez-nous, charmants plaisirs,
Comblez tous nos désirs.


Scène 7
Hébé, Deux Nymphes, Choeur, Mercure, Iris

Mercure:
Servez, Nymphe, servez
Avec un soin fidèle,
La puissante reine des Cieux.

Iris:
Suivez dans ces aimables lieux
La jeunesse immortelle

Iris et Mercure, ensemble:
Tout plaît et tout rit avec elle.
Suivez dans ces aimables lieux
La jeunesse immortelle

[Hébé et les nymphes reçoivent Io]

Hébé:
Que c'est un plaisir charmant
D'être jeune et belle!
Triomphez à tout moment
D'une conquête nouvelle.

Choeurs:
Que c'est un plaisir charmant
D'être jeune et belle!
Triomphez à tout moment
D'une conquête nouvelle.

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ACTE III

Le théâtre change et représente la solitude dont Argus fait sa demeure près d'un lac, au milieu d'une forêt


Scène 1
Argus, Io

Argus:
Dans ce solitaire séjour
Vous êtes sous ma garde,
Junon vous y laisse:
Mes yeux veilleront tour à tour
Et vous observeront sans cesse.

Io:
Est-ce là le bonheur que Junon m'a promis.
Argus apprenez-moi quel crime j'ai commis.

Argus:
Vous êtes aimable
Vos yeux devaient moins charmer.
Vous êtes coupable
De faire trop aimer.

Io:
Ne me déguisez rien, de quoi m'accuse-t-elle
Quelle offences à ses yeux me rend si criminelle?
Ne pourrai-je apaiser son funeste courroux.

Argus:
C'est une offense cruelle
De paraître belle
A ses yeux jaloux
L'amour de Jupiter a trop paru pour vous

Io:
Je suis perdue, ô ciel! si Junon est jalouse.

Argus:
On ne plaît guère à l'épouse
Lorsqu'on plaît trop à l'époux.
Vous n'en serez pas mieux d'être ingrate et volage
Vous quittez un fidèle amant,
Pour recevoir un plus brillant hommage
Mais c'est un avantage
Que vous payerez chèrement.
J'ai l'ordre d'enfermer vos dangereux appas
La Déesse se défend que vous voyez personne

Io:
Aux rigueurs de Junon Jupiter m'abandonne.
Non, non Jupiter ne m'aime pas.


Scène 2
Argus, Hiérax

Hiérax, voyant Io, qui entre dans la demeure d'Argus:
La perfide craint ma présence
Elle me fuit en vain et j'irai la chercher.

Argus:
Non!

Hiérax:
Laissez moi lui reprocher
Sa cruelle inconstance

Argus:
Non, non, on ne la doit point voir

Hiérax:
Quoi! Junon me devient contraire?

Argus:
L'ordre est exprès pour tous, perdez un vain espoir.

Hiérax:
L'amitié fraternelle a si peur de pouvoir?

Argus:
Non, je ne connais plus ni d'ami, ni de frère,
Je ne connais que mon devoir
Laissez la nymphe en paix,
Ce n'est plus vous qu'elle aime.

Hiérax:
Quel est l'heureux amant qui s'en est fait aimer?
Nommez le moi.

Argus:
Tremblez à l'entendre nommer.
C'est un Dieu tout puissant, c'est Jupiter lui-même.

Hiérax:
O Dieux!

Argus:
Dégagez vous d'un amour si fatal
Sans balancer il faut vous y résoudre
C'est un redoutable rival
Qu'un amant qui lance la foudre.

Hiérax:
Dieux tout puissants! ah! vous étiez jaloux
De la félicité que vous m'avez ravie,
Dieux tout puissants! ah! vous étiez jaloux
De me voir plus heureux que vous.
Vous n'avez pu souffrir le bonheur de la vie
Et je voyais vos grandeurs sans envie.
J'aimais, j'étais aimé.
Mon sort était trop doux.

Argus:
Heureux qui peut briser
Qui peut briser sa chaîne
Finissez une plainte vaine
Méritez l'infidélité;
Un coeur ingrat vaut-il la peine
D'être tant regretté

Duo
Heureux qui peut briser
Qui peut briser sa chaîne
Liberté, liberté.


Scène 3
Argus, Hiérax, une nymphe qui représente Syrinx, troupe de Nymphes en habits de chasse, Syrinx

Choeurs des Nymphes:
Liberté, liberté!

Hiérax et Argus:
Quelles danses! quels chants et quelle nouveauté!

Choeurs:
S'il est quelque bien au monde
C'est la liberté.

Hiérax et Argus:
Que voulez-vous?

Choeurs:
Liberté, liberté!

Hiérax et Argus:
Que voulez-vous? il faut qu'on nous réponde.

Choeurs:
S'il est quelque bien au monde
C'est la liberté.


Scène 4
Argus, Hiérax, Mercure, déguisé en berger, Troupe de Nymphes, de bergers, de satyres et de sylvains

Choeurs:
Liberté, liberté
S'il est quelque bien au monde
C'est la liberté.

Mercure, déguisé en berger parlant à Argus:
De la Nymphe Syrinx l'on chérit la mémoire,
Il en regrette encor la perte chaque jour;
Pour célébrer une fête à sa gloire
Ce Dieu lui même assemble ici sa cour
Il veut que du malheur de son fidèle amour.
Un spectacle touchant représente l'histoire.

Argus:
C'est un plaisir pour nous; poursuivez j'y consens
Je ne m'oppose point à ces jeux innocents.

[Argus va prendre place sur un siège de gazon proche de l'endroit où Io est enfermée et fait planer Hiérax de l'autre côté]

Mercure (parlant à part à toute la troupe qu'il conduit):
Il donne dans le piège,
Achevez sans remise
Achevez de surprendre Argus et tous ses yeux.
Si vous tentez une grande entreprise,
Mercure vous conduit, l'amour vous favorise
Et vous servez le plus puissant des Dieux.


Scène 5
Nymphes, Syrinx

Nymphes:
Liberté, liberté
S'il est quelque bien au monde
C'est la liberté.

Syrinx:
L'empire de l'Amour n'est pas moins agité
Que l'empire de l'onde
Ne cherchons point d'autre félicité
Qu'un doux loisir dans une paix profonde
S'il est quelque bien au monde
C'est la liberté.
Liberté, liberté!

[Dans le temps qu'une partie des Nymphes chante, le reste de la Troupe danse]


Scène 6
Deux Bergers, Pan, Syrinx, Double Choeur [1. Silvains, Satyres & Bergers - 2. Nymphes]

[Les Bergers et les Sylvains dansants et chantants ciennent offrir des présents de fleurs et de fruits à la nymphe Syrinx et tâchent de leur persuader de n'aller point à la chasse et de l'engger sous les lois de l'Amour]

Deux bergers:
Quel bien devez-vous attendre
Beautés qui chassez dans ces lieux
Que pouvez-vous prendre
Qui vaille un coeur tendre
Soumis à vos lois?
Ce n'est qu'en aimant
Qu'on trouve un sort charmant
Aimez enfin à votre tour
Il faut que tout cède à l'amour.
Il sait frapper d'un coup certain
Le cerf léger qui fuit en vain
Jusque dans les antres secrets
Au fond des forêts tout doit sentir ses traits.

Pan:
Je vous aime Nymphe charmante;
Un amant, un mortel cherche à plaire à vos yeux.

Syrinx:
Pan est un Dieu puissant, je révère les Dieux;
Mais le nom d'amour m'épouvante.

Pan:
Pour vous faire retrouver le nom d'amant plus doux.
J'y joindrai le titre d'époux.
Je n'aurai pas de peine
A m'engager dans une aimable chaine
Pour ne jamais changer.
Aimez un Dieu qui vous adore.

Syrinx:
Un époux doit être encore
Plus à craindre qu'un amant.

Pan:
Dissipez de vaines alarmes,
Eprouvez l'amour et ses charmes
Connaissez les plus doux appas.
Non, ce ne peut être
que faute de la connaître
Qu'il ne vous plait pas.

Syrinx:
Les maux d'autrui me rendront sage.
Ah! quel malheur de laisset engager son coeur!
Pourquoi faut-il le plus beau de son age
Dans une mortelle langueur?
Ah quel malheur! Pouquoi n'avoir pas le courage
De s'affranchir de la rigueur
D'un funeste esclavage?
Ah! Quel malheur
De laisser engager son coeur.

Pan:
Ah! quel dommage
Que vous ne sachiez pas aimer!
Que vous sert-il d'avoir tant d'attraits en partage?

Choeur des Silvains, Satyres et bergers:
Aimons sans cesse

Choeur des Nymphes:
N'aimons jamais

Silvains, Satyres et bergers:
Cédons à l'Amour qui nous presse
Pour vivre heureux
Aimons sans cesse

Nymphes:
Pour vivre en paix
n'aimons jamais

Silvains, Satyres et bergers:
Aimons sans cesse

Nymphes:
N'aimons jamais

Syrinx:
La chagrin suit toujours les coeurs que l'amour blesse.

Pan:
La tranquille sagesse
N'a que des plaisirs imparfaits.

Silvains, Satyres et bergers:
Aimons sans cesse

Nymphes:
N'aimons jamais

Syrinx:
On ne peut aimer sans faiblesse

Pan:
Que cette faiblesse a d'attraits.

Silvains, Satyres et bergers:
Aimons sans cesse

Nymphes:
N'aimons jamais

Syrinx:
Faut-il qu'en vain discours un si beau jour se passe?
Mes compagnes courons dans le fond des forêts.
Voyons qui d'entre nous se sert mieux de ses traits
Courons à la chasse.

Double Choeur:
Courons à la chasse.
A la chasse!

Syrinx:
Pourquoi me suivre de si près.

Pan:
Pourquoi fuit qui vous aime

Syrinx:
Un amant m'embarasse.

Double Choeur:
Courons à la chasse.

Pan:
Je ne puis vous quitter;
Mon coeur s'attacher à vous
Par des noeuds trop forts et trop deux.

Syrinx:
Mes compagnes, venez...
C'est en vain que j'appelle.

Pan:
Ecoutez, ingrate, écoutez un Dieu charmé de vos beautés;
Qui vous jure un amour fidèle.

Syrinx:
Je déclare à l'Amour une guerre immortelle.

Troupe de Bergers qui arrêtent Syrinx:
Cruelle, arrêtez!

Troupe de Sylvains et de satyres qui arrêtent Syrinx:
Arrêtez cruelle!

Syrinx:
On me retient de tous côtés

Troupe de Sylvains, de satyres & de Bergers qui arrêtent Syrinx:
Cruelle, arrêtez!

Syrinx:
Dieux, protecteurs de l'innocence, Nayades, Nymphes des eaux.
J'implore ici votre assistance.

[Elle se jette dans les eaux]

Pan:
Où vous exposez-vous? Quels prodiges nouveaux
La nymphe est changée en roseaux.
Hélas! hélas! Quel bruit! Qu'entends-je! Ah! Quelle voix nouvelle!
La Nymphe tâche encor d'exprimer ses regrets.
Que son murmure est doux! que sa plainte a d'attraits.
Ne cessons point de nous plaindre avec elle.

[Pan donne des roseaux aux bergers, aux satyres et aux sylvians qui en forment un concert de flûtes]

Les yeux qui m'ont charmé
Ne verront plus le jour
Etait ce ainsi, cruelle amour,
Qu'il fallait te venger d'une beauté rebelle
N'aurait-il pas suffi de t'en rendre vainqueur
Et de voir dans les fers son insensible coeur,
Bruler avec le mien d'une ardeur éternelle?
Que tout ressente mes tourments.

[Deux bergers se joignent à Pan]

Pan & les Deux Bergers:
Ranimons les restes charmants
D'une Nymphe qui fut si belle.
Elle répond encore à nos gémissements.
Ne cessons point de nous plaindre avec elle.

Pan:
Que ces roseaux plaintifs soient à jamais aimés...

Mercure (déguisé en berger, s'approche de lui et achève de l'endormir en le touchant de son caducée):
Il suffit Argus dort, tous ses yeux sont fermés,
Allons, que rien ne nous retarde
Délivrons la nymphe qu'il garde.


Scène 7
Mercure, Hiérax, Io, Choeurs

Mercure:
Reconnaissez Mercure et fuyez avec nous;
Eloignez vous d'Argus,
avant qu'il se réveille.

Hiérax:
Argus avec cent yeux sommeille;
Mais croyez vous endormir un amant jaloux?
Demeurez!

Mercure:
Malheureux! d'où te vient cette audace?

Hiérax:
J'ai tout perdu j'attends le trépas sans effroi.
Un coup de foudre est une grâce
Pour un malheureux comme moi.
Eveillez vous, Argus, Eveillez vous vous vous laissez surprendre

Hiérax et Argus:
Puissante reine des cieux Junon venez nous défendre.

Mercure (Il frappe Argus et Hiérax de son caducée):
Commencez d'éprouver la colère des Dieux.

Choeurs:
Fuyons, fuyons, fuyons!

Io:
Vous me quittez
Quel secours puis-je attendre!

Choeurs:
Fuyons, fuyons!
Junon vient dans ces lieux.


Scène 8
Junon, Io, Argus, Erinnis, La Furie

Junon, sur son char:
Revoys le jour, Argus que ta figure change.
Et vous Nymphe apprenez comment Junon se venge.
Sors, barbare Erinnis, sors du fond des Enfer;
Viens, prends de servir ma vengeance fatale
Et d'en montrer l'horreur en cent climats divers
Epouvante tout l'univers
Par les tourments de ma rivale
Viens la punir au gré de mon courroux;
Redoutable ta rage infernale
Et fais s'il se peut qu'elle égale
La fureur de mon coeur jamoux.

[La Furie sort des Enfers, elle poursuit Io et l'enlève; Junon remonte dans le Ciel]

Io:
O Dieux! o Dieux! où me réduisez vous?

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ACTE IV

Le théâtre change et représente l'endroit le plus glacé de la Scythie


Scène 1
Choeur des Peuples

[Des peuples paraissent transis de froid]

Choeur:
L'hiver qui nous tourmente
S'obstine à nous geler
Nous ne saurions parler
Qu'avec une voix tremblante
La neige et les glaçons
Nous donnent de mortels frissons
Les frimats se répandent sur nos corps languissants;
Le froid transit nos sens
Les plus durs rochers se fendent.


Scène 2
La Furie, Io, les Peuples des climats glacés

Io:
Laisso moi, cruelle Furie,
Cruelle, laisse moi respirer un moment
Ah! Barbare, plus je te prie,
Et plus tu prends plaisir d'augmenter mon tourment.

La Furie:
Soupire, gémis, pleure,
Crie je me fais de tes peines un spectacle charmant.

Io:
Laisse moi, cruelle Furie
Cruelle laisse moi respirer un moment
Quel horrible séjour quel froid insupportable!
Tes serpents animés par ta rage implacable.
Ne sont-ils pas d'assez cruels bourreaux?
Pour punir un coeur misérable
Viens-tu chercher si loin des supplices nouveaux?

La Furie:
Malheureux habitants d'une demeure affreuse,
Connaissez de Junon le funeste courroux:
Par sa vengeance rigoureuse
Vous voyez une malheureuse
Qui souffre cent fois plus que vous.

Io et la Furie, ensemble:
Vous voyez une malheureuse
Qui souffre cent fois plus que vous.

Choeur:
Ah! quelle peine
De trembler de languir dans l'horreur des frimats.

Io:
Ah! ah! quelle peine
D'éprouver tant de maux,
Sans trouver le trépas
Ah! quelle vengeance inhumaine!

La Furie:
Viens changer de tourments,
Passe en d'autres climats.

Io:
Ah! quelle peine!

Choeur:
Ah! quelle peine
De trembler de languir dans l'horreur des frimats.


Scène 3
Choeur des Chabyles

[Le théâtre change et représente des deux côtés les forges des Chalyhes qui travaillent à forger l'acier; la mer paraît dans l'enfoncement]

Choeur des Chabyles:
Tôt tôt tôt tôt tôt tôt
Que chacun avec soin l'embrase
Forgez, forgez
Qu'on travaille sans cesse
Qu'on prépare tout ce qu'il faut
Tôt tôt tôt tôt tôt tôt.

[Dans le temps que plusieurs Chalybes travaillent dans les forges, quelques autres vont et viennent avec empressement pour apporter l'acier des mines et pour disposer ce qui est nécessaire au travail qui se fait]

Que le feu des forges s'allume
Travaillons d'un effort nouveau;
Qu'on fasse retentir l'enclume
Sous les coups pesants du marteau.

[Entrée des forgerons]


Scène 4
Io, La Furie, les conducteurs des Chalybes et leur suite au milieu des feux qui sortent des forges

Io:
Quel déluge de feux
Vient sur moi se répandre.

[Les chalybes passent auprès d'Io avec des morceaux d'épées, de lances et de haches à demi forgées]

Choeur:
Tôt tôt tôt tôt tôt
Le Ciel ne peut t'entendre, tu ne te plains pas assez haut.
Tôt tôt tôt tôt tôt.

Io:
Junon serait moins inhumaine.
Tu me fais trop souffrir,
Tu sers trop bien ta haine.

La Furie:
Au gré de son dépit jaloux
Les maux les plus cruels seront encore trop doux.

Io:
Hélas! hélas! Quelle rigueur estrême
C'est en vain que Jupiter m'aime
La Haine de Junon jouit de mon tourment
Que vous haîssez fortement,
Grand Dieux! qu'il s'en faut bien que vous aimiez de même!

Choeur:
Qu'on prépare tout ce qu'il faut
Tôt tôt tôt tôt tôt.

[Les feux des forges redoublent et les Chabyles environnent Io avec des morceaux d'acier et brulants]

Io:
Ne pourrai-je cesse de vivre?
Cherchons le trépas dans les flots.

[Io fuit et monte au haut d'un rocher d'où elle se précipite dans la mer. La Furie s'y jette après la Nymphe]

La Furie:
Partout ma rage doit te suivre
N'attends ni secours ni repos.

Choeur:
Qu'on prépare tout ce qu'il faut
Tôt tôt tôt tôt tôt.


Scène 5
Suite des Parques:

 

la guerre, les fureurs de la guerre, les maladies violentes et languissantes, la famine, l'incendie, l'inondation etc... chantans et dansants

[Le théâtre change et représente l'antre des Parques]

Choeur de la suite des Parques:
Exécutons l'arrêt du sort
Suivons ses lois les plus cruelles.
Présentons sans cesse à la Mort
Des victimes nouvelles

La Famine:
Que la faim

La Guerre:
Que le fer

L'Incendie:
Que les feux

L'Inondation:
Que les eaux

Tous ensembles:
Que tout serve à creuser
Mille et mille tombeaux


Scène 6
Io, Suite des Parques

Io, partant à la suite des Parques:
C'est contre moi qu'il faut tourner
Votre rigueur la plus funeste,
D'une vie odieuxe arrachez moi le reste
Hâtez vous de la terminer.

Suite des Parques:
C'est aux Parques de l'ordonner

Io:
favorisez mes voeux
Déesse souveraine
Qui réglez du Destin
Les misérables lois,
Finissez mes jours et mes peines,
Ne me condamnez pas à mourir mille fois.


Scène 7
Io, Suite des Parques, la Furie

Les trois Parques:
Le fil de la vie de tous les humains
Suivant notre envie
Tourne dans nos mains.
Suivant notre envie.

Io:
Tranchez mon triste sort
D'un coup qui me délivre des tourments
Que Junon me contraint à souffrir;
Chacun vous fait des voeux pour vivre
Et je vous en fais pour mourir.

La Furie:
Jupiter l'a soumise aux lois de son épouse
Elle a rendu Junon jalouse
L'amour d'un Dieu puissant a trop su la charmer
Elle est trop punie encore.

Io:
Est ce si grand crime d'aimer
Ce que tout l'Univers adore.

Les trois Parques:
Nymphe, apaise Junon
Si tu veux la fin
De ton sort déplorable
C'est l'arrêt du Destin
Il est irrévocable.

Io:
Hélas! comment fléchir
Une haine implacable!

Les Parques, la Furie, le Choeur de la suite des Parques:
C'est l'arrêt du Destin
Il est irrévocable.

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ACTE V

Le théâtre change et représente les rivages du Nil et l'un des embranchements par où ce fleuve entre dans la mer


Scène 1
Io, la Furie

Io, sortant de la mer, doù elle est tirée par la Furie:
Terminez mes tourments, Puissant maître du monde,
Sans vous, sans votre amour hélas!
Je ne souffrirais pas
Réduite au désespoir, Mourante, vagabonde,
J'ai porté mon supplice en mille affreux climats;
Une horrible Furie attachée à mes pas,
M'a suivie au travers du vaste sein de l'onde;
Voyez de quels maux ici bas
Votre épouse punit mes malheureux appas
Délivrez moi de ma douleur profonde
Ouvrez-moi pas pitié, les portes du trépas.
Terminez mes tourments...
C'est Jupiter qui m'aime Eh qui le pourrait croire?
Je ne suis plus dans sa mémoire,
Il n'entend point mes cris, Il ne voit point mes pleurs
Après m'avoir livré aux plus cruels malheurs,
Il est tranquille au comble de la gloire
Il m'abandonne au milieu des douleurs.
A la fin je succombe heureuse si je meurs.


Scène 2
Io, Jupiter, la Furie

Jupiter:
Il ne m'est pas permis de finir votre peine
Et ma puissance souveraine
Doit suivre du Destin l'irrévocable loi:
C'est tout ce que je puis par un amour extrême
Que de quitter le Ciel et ma gloire siprême
Pour prendre part aux maux que vous souffrez pour moi.

Io:
Ah! mon suppplice augmente encore!
Tout le feu des Enfers me brûle et me dévore;
Mourrai-je tant de fois,
sans voir finir mon sort?

Jupiter:
Ma tendresse pour vous rend Junon inflexible
Elle voit mon amour il lui paraît trop fort;
Son courroux se redouble et devient invincible.

Io:
N'importe en ma faveur soyez toujours sensible.

Jupiter:
C'est trop vous exposer à son jaloux transport,
J'irrite en vous aimant sa vengeance terrible.

Io:
Aimez moi, s'il vous est possible
Assez pour la forcer à me donner la mort.

[Junon descend sur la terre]


Scène 3
Io, Jupiter, Junon, la Furie

Jupiter:
Venez, venez Déesse impitoyable
Venez, voyez, reconnaissez
Cette Nymphe mourante. Autrefois trop aimable.
C'est assez la punir, C'est vous venger assez;
L'éclat de sa beauté ne la rend plus coupable,
Par la cruelle horreur du tourment qui l'accable,
Son crime et ses appas sont ensemble effacés.
Sans jalousie et sans alarmes
Voyez ses yeus noyes de larmes
Que l'ombre de la mort
Commence de couvrir.

Junon:
Ils n'ont encor que trop de charmes
Puisqu'ils savent attendrir.

Jupiter:
Une juste pitié peut elle vous aigrir?
Votre courroux fatal ne doit-il pas s'éteindre?

Junon:
Ah! vous la plaignez trop, elle n'est pas à plaindre
Non elle ne peut trop souffrir.
Je sais que c'est de vous que son sort doit dépendre.
Ce n'est qu'à vos bontés qu'elle doit recourir.
Il n'est rien que de moi vous ne deviez attendre,
Si je puis obliger votre haine à se rendre.

Io:
Ah! laissez moi mourir.

Junon:
Prenez soin de la secourir.

Io:
Vous l'aimez d'un amour trop tendre
Non elle ne peut trop souffrir.
Quoi! Le coeur de Junon
Quelques grand qu'il puisse être
Ne saurait triompher d'une injuste fureur.

Junon:
De la terre et du Ciel Jupiter est le maître
Et Jupiter n'est pas le maître de son coeur.

Io:
Hé bien! il faut que je commence
A me vaincre en ce jour.

Junon:
Vous m'apprendrez à me vaincre à mon tour.

Io:
Abandonnez votre vengeance
Je vous rends mon amour.

Junon:
J'abandonnerai ma vengeance,
Rendez moi votre amour.

Jupiter:
Noires Ondes du Styx, s'est par vous que je jure;
Fleuve affreux écoutez le serment que je fais:
Si cette Nymphe, enfin, reprend tous ses attraits,
Si Junon fait cesser les tourments qu'elle endure,
Je jure que ses yeux ne troubleront jamais
De nos coeurs réunis la bienheureuse paix.

Junon:
Nymphe, je veux finir votre peine éternelle
Que la Furie emporte aux Enfers avec elle
Le trouble et les horeurs dont vos sens sont saisis!

(La Furie s'enfonce dans les Enfers et Io se trouve délivrée de ses peines)

Junon:
Après un rigoureux supplice
Goutez les biens parfaits que les Dieux ont choisis:
Et sous le nouveau nom d'Isis
Jouissez d'un bonheur qui jamais ne finisse.

Junon et Jupiter:
Dieux, recevez Isis au rang des immortels!
Au rang des immortels.
Peuples voisins du Nil, dressez lui des Autels,

[Les divinités du Ciel descendent pour recevoir Isis; Les peuples d'Egypte lui dressent un Autel et la reconnaissent pour la Divinité qui les doit protéger]

[Divinités qui descendent du Ciel dans la gloire: Peuples d'Egypte chantantss; quatre égyptienness chantants; peuples d'Egypte dansants; quatre égyptiennes dansant]

Choeur des divinités:
Venez, venez, Divinités nouvelle,

Choeur des Peuples d'Egypte:
Isis, Isis, Tournez sur nous vos yeux
Voyez l'ardeur de notre zèle.

Choeur des divinités:
La céleste Cour vous appelle

Choeur des Peuples d'Egypte:
Tout vous révère dans ces lieux.

(Jupiter & Junon prennent place au milieu des divinités, et y font placer Isis)

Jupiter & Junon:
Isis, Isis est immortelle
Isis va briller dans ces lieux.
Isis jouit avec les Dieux
D'une gloire éternelle.

(Jupiter & Junon, et les divinités remontent au ciel, et y conduisent Isis dans le temps que les choeurs des divinités, et des peuples d'Egypte, répètent ces quatre derniers vers)

Choeur des divinités & Choeur des Peuples d'Egypte:
Isis, Isis est immortelle
Isis va briller dans ces lieux.
Isis jouit avec les Dieux
D'une gloire éternelle.

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