Hyppodamie
Tragedie
en Musique en I Prologue & V Actes
par Monsieur André
Campra
[1660 - 1744]
le livret est de Monsieur Pierre-Charles Roy
Academie Royale de Musique
le 6 Mars 1708
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les personnages du Prologue Un
Sauvage les personnages de l'opera Cleone |
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Un
Sauvage Le
Choeur des Sauvages Le
Sauvage Le
Choeur des Sauvages Venus Le
Choeur de la Suitte de Venus Venus Deux
Bergers Un
Berger Le
Choeur Venus |
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Hyppodamie, seule
Hyppodamie
N'offrez plus a nos yeux de sang & de carnage
Dieux ! contentez vous de mes pleurs.
Mortels, n'aprochez point de ce rivage
Il est fatal aux tendres coeurs.
Hyppodamie, Cleone
Cleone Hyppodamie Cleone Hyppodamie Cleone Hyppodamie Cleone Hyppodamie
Vous verray ie toujours et triste & solitaire,
Vous plaindre des malheurs que vous causent les Dieux
?
Je n'en sçaurois, helas ! accuser que mes yeux,
Un oracle cruel a predit a mon pere
Qu'il se verroit soumis aux loix de mon Epoux.
Il croit que tout mortel qui s'empresse a me plaire
Veut le priver de la lumiere
Et luy ravir un jour dont il est si jaloux.
Esperez apres tant d'allarmes,
La colere des Dieux doit enfin se calmer.
L'amour en faveur de vos charmes
Prendra soin de les desarmer.
Je me r'appelle encor ces spectacles terribles,
Ces courses, ces combats, mes frayeurs pour le Roy
Les aveugles transports des Amans trop sensibles:
Qu'un dangereux espoir a fait perir pour moy.
Puis ie voir sans fremir l'Autheur de ma naissance
Les yeux enflamez de couroux
Dans un funeste champ courir a la vengeance,
Et mes tristes amans expirer sous ses coups.
Pelops, Fils du Roy de Phrygie,
Malgré tant de malheurs s'arreste en en nostre
Cour,
Qui peut ly retenir, n'estce point cet amour
Qu'aux plus superbes coeurs inspire Hyppodamie.
Non, qu'il n'expose point sa vie
Qu'il s'eloigne plutôt de ce creul sejour.
Tous vos amans par leur constance
Ont taché vainement d'enflamer vostre coeur
Sans effort un nouveau vainqueur
Les auroit il vangez de vostre indifference.
Qu'il parte !... mais que dis ie !... une fatalle erreur
Ne seduit elle point mon coeur,
L'amour n'auroit il que mes charmes
Pour forcer ce Heros a luy rendre les armes,
Apres que l'Eolie a veu perir son Roy
Tu sçais que la jeune Eriphile dans Pise
Pres de nous vint chercher un azile,
Sur le choix d'un Epoux elle suivra la Loy
Que mon Pere doit luy prescrire.
Helas ! si pour Pelops je tremble de le dire.
Elle vient. Cachons luy le trouble de mon coeur.
Hyppodamie, Cleone, Eriphile
Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Eriphile
A suivre icy vos pas vostre amitié m'engage,
J'ay veu d'un Sacrifice ordonner les apprets
Pour vos amans c'est un pompeux hommage
C'est un triomphe a vos attraits.
Ces Heros en perdant la vie
Sans engager mon ame ont fait couleur mes pleurs,
Si vous craignez le sort d'Hyppodamie
Gardez vous d'estre aimé, evitez mes
malheurs.
L'amour peut me paraitre
Moins cruel qu'il n'est a vos yeux,
Me condamneriez vous si j'osois reconnoître
Pour mon vainqueur un heros glorieux
Qui mêle au sans des Roys le plus beau sang des
Dieux
S'il n'est pas immortel, il est digne de l'estre.
Quoy ! vous aimez Pelops !
Quoy ! le haïssez vous !... meritte t'il vostre
couroux
S'est-il rendu coupable de n'avoir pas dans vostre Cour
Parmi tous vos amans osé perdre le jour !
Ce Heros genereux, aimable,
Meritte un destin plus heureux
Tout vos est favorable
Joüissez du plaisir de recevoir ses voeux.
Ce Dieu de qui mon Pere a receu la naissance
Tient les fiers Aquilons sous son obeissance,
Ce Dieu s'interesse pour moy
Si Pelops triomphoit de mon indifference
Je pourois sans peril soumettre a sa puissance
Les peuples florissants qui vivent sous ma Loy.
Hyppodamie, Cleone, Eriphile, le Roy, Pelops, les
Peuples
Le
Roy Hyppodamie Le
Roy Le
Choeur Trois
Corinthiennes [Un()e
Corinthien(ne)
?] Charmant
vainqueur, dissipe nos allarmes Le
Roy
Venez Pelops, venez. Si la Grece offencée
Me reproche la mort de ses Heros fameux
Vous qui sçavez l'Oracle & le sort rigoureux
Dont ma vie étoit menacée,
Venez voir les honneurs nouveaux
Que ie rend a leurs cendres aux pieds de leurs
tombeaux.
Seigneur,
aux combattants n'ouvrez plus la Carriere
N'exposez plus vos jours & calmez vostre
effroy.
Faut-il par mes refus armer la Grece entiere
Du serment qui me lie ai ie oublié la loy
Non, non, s'il s'offre encor des amans temeraires
Je dois dans le combat soutenir leur effort.
Peuples, mêlez vos chans a mes regrets sinceres
De ces infortunez plaignons le triste sort.
Pardonnez heroïques Ombres
Si ie trouble la paix de vos demeures sombres
Genereux Ennemis recevez les honneurs
Qu'un triste vainqueur vous presente
A vostre sang versé ie ne rends que des pleurs
J'offre des couronnes de fleurs
A vostre valeur eclatante.
Heureux si le sort m'eut permis
De la recompenser par un plus juste prix.
Vous qui suivez mes loix rendez leur vostre hommage
Que vostre zele eclatte tout à tour
Guerriers celebrez leur courage,
Amans celebrez leur amour.
Rendons leur nostre hommage
Que nostre zele eclatte tour a tour
Celebrons leur courage
Celebrons leur amour.
Chantons nostre aimable Princesse
De ses amans honorons la tendresse.
Ce nom si doux flatte encore leurs yeux
Dans leurs tombeaux ils aiment a l'entendre,
Et les soupirs de leurs coeurs amoureux
Semblent percer le sejour tenebreux
Pour recueillir les pleurs qu'elles viennent de repandre
Le feu de ses beaux yeux peut ranimer leur
cendre.
Triomphe amour, avec les plaisirs
Viens combler nos plus chers desirs.
Pour nos blesser, prends les plus douces armes,
Enchaisne mille amans, mais sur leurs pas
Fais voler les jeux pleins d'appas.
Pourquoi surprendre un coeur tendre
Dans tes noeuds pour le rendre malheureux
De tes traits enchanteurs qui voudroit se deffendre
Amour descend des Cieux,
Vole, fais nous gouter tous les plaisirs des
Dieux.
Pour ces honneurs memorables
Ces Manes sont satisfaits
Puissent ainsy les Dieux nous estre favorables
Allons pour ces climats leur demander la paix.
Pelops, seul
Pelops L'amour
m'a fait sentir ses plus funestes coups
Amants dont nous plaignons le sort
Vous n'estes pas les plus a plaindre,
Aimer sans espoir, se contraindre
Est un tourment plus cruel que la mort.
A l'objet de mes feux je ne puis plus le taire
Manes de mes Rivaux n'en soyez point jaloux
J'ay veu couler ses pleurs pour vous
Vostre amour desormais ne sçauroit luy deplaire.
Helas, mon aveu temeraire
Va peut estre aujourd'huy m'attirer son couroux.
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Eriphile, Elise
Eriphile Elise Eriphile Eriphile Eriphile
Cesse de me parler du Roy
Pour mes foible appas c'est en vain qu'il soupire.
Pelops est seul digne de moy.
Si mes yeux & l'éclat d'un empire
Le peuvent ranger sous ma loy.
Sçavez vous si vos yeux n'ont point charmé son
ame,
J'ay souvent dans ces lieux entendu ses soupirs
Les Echos de ces bois seuls temoins de sa flame
En vous les redisant flatteroient nos desirs.
D'où viuent que ce Heros garde encor le silence,
A ses yeux trop long tems j'ay cache ma Langueur
Le Severe devoir dont ie sens la rigueur
Feroit til à ses yeux la même violence.
Il est tems que le Roy perdre toute Esperance
Sur le choix d'un Epoux expliquez vostre coeur
Sur le choix que ie dois faire
Ie n'ay point à deliberer
Mais à l'objet qui sçait me plaire,
Ie crains de la declarer.
L'Amant a qui mon coeur a cedé la Victoire
Descend du souverain des Cieux
Une mortelle peut sans oublier sa gloire,
Aimer le fils du Dieu qui regne sur les Dieux.
Amour, tu flates ma foiblesse,
Tu m'y fais trouver trop d'appas
Toy qui peins ce heros sensible à ma tendresse,
Doux espoir ne me trompe pas.
Je voy vostre vainqueur.
Que ie crains sa presence.
Pelops, Eriphile & Elise
Pelops Eriphile [Air] Pelops Eriphile Pelops Eriphile
Dieux des bois, Dieux des eaux, par mes tendres accens
Se viens troubler vostre silence,
Si vous ne calmez pas toutte la violence
Des maux que ie ressens.
Ah ! du moins le recit de mon amour extreme,
Ne vous cause point de courroux,
Que ie serois heureux si la beauté que j'ayme
M'ecoutoit comme vous.
Que vois ! ô Ciel, c'est Eriphile
Je croyois estre seul dans ce sejour tranquille.
R'assurez vous on dois des fidelles amans
Respecter les soupirs et flatter les tourmens.
Est ce à vous de plaindre aux arbres, aux
fontaines,
Vous trouverez toujours par nos tendres secrets
Des confidentes aussy discrets
Et plus sensibles à vos peines.
A d'autres confidens mes transports amoureux
Craindroient de se faire connaistre
Ils me reprocheroient peut estre
La temerité de mes feux.
D'une fiere beauté craignez moins la Colere,
Jamais un tendre aveu n'offence nos appas !
Si vostre amour pour elle est encore un mistere
Plaindra telle des maux qu'elle ne connoist pas.
Infortuné, que dois ie faire
Si ie parlois vous même helas me condamneriez à
me taire.
Non, un si tendre amour ne peut trop eclatter
Mais ie voy la Princesse & ie dois vous quitter,
Dans mes regards elle pourroit surprendre
Un secret qu'à vous seul je veux laisser
entendre.
Hyppodamie, Pelops
Hyppodamie [Air] Pelops Hyppodamie Pelops Hyppodamie Pelops Hyppodamie Pelops Hyppodamie Pelops Hyppodamie Pelops
Eriphile me fuit, prince, suivez ses pas
L'Amour vous arrestoit aupres de ses appas.
Vous n'avez pas toujours refusé de la voir
L'Amour un peu trop atrd vous la rend redoutable,
Eviter un objet aymable
C'est desja ressentir l'effet de son pouvoir.
Je ne fuis point les yeux à qui ie rends les
armes
I'ayme à voir les Vainqueurs
Dont ie ressent les traits:
Non, je n'éviteray jamais
Un danger si remply de charmes,
Qu'à voir ce que l'on aime on goute des douceurs.
Mais qu'il en couste Cher quand on craint ses rigueurs.
Adorable Princesse, en voyant Eriphile
Mon ame etoit bien plus tranquille,
Que ie crains, que i'eprouve un rigoureux tourment
Enchanté d'un objet mille fois plus
charmant.
De vostre ardeur vous me faittes mistere
Et vous feignez qu'un autre.
Helas ! loin de feindre des feux que mon coeur ne sens
pas,
Que puis ie encor nous taire tout l'amour dont ie meurs pour
ses divins appas.
Ah ! quel aveu m'osez vousz faire !
Degagez vostre coeur d'un funeste Lien
Un Oracle vous rend l'Ennemy de mon Pere
Et ma fierté vous rend le mien.
Mon trepas va boentôt vous vanger l'un &
l'autre,
Je vais offrir au Roy, sa victime et le vostre
Et puisque vous otez l'Espoir à mon amour
On me verra perir sans regetter le Jour.
Helas ! vous perirez sans que j'ose vous plaindre,
Et ce n'est pas pour vous qu'il m'est permis de
craindre.
Qu'aux plus cruels dangers m'exposent mon ardeur
Mon soer ne vous touchera guere
Si vous en deveniez vainqueur
Le devoir contre vous armeroit ma Colere.
Si ie meurs mon trespas me semblera trop doux
Des plus tendres amans j'egaleray la gloire,
Si ie suis vainqueur ma victoire
N'aura rien de fatal pour le Roy ny pour vous.
Quoy ! vous dementiriez un oracle terrible.
Si ie puis vous flechir je flechiray les Dieux.
Allez, Prince, clamez la colere des Dieux.
Qu'entens ie mon ardeur la trouveroit sensible.
Seconde mon audace, amour, puissant amour
Acheve ton usage & triomphe en ce jour.
Pelops, seul
Pelops
[Air]
Mais quel bruit souterrain, quelle horreur, quel ravage,
Avançons, quels objets me ferment le passage,
Les airs sont obscurcis, quel trouble, quel effroy,
La terre en mugissant se derobbe sous moy.
Jupiter si c'est toy dont ie tiens la naissance
Augmente les dangers ou ie me vais offrir,
Mais que ta supreme puissance,
M'ouvre un Chemin pour y courir.
Pelops, Neptune, Choeur des Nereïdes, un
Triton
Pelops Neptune Pelops Neptune Choeur [on
danse] Un
Triton [on
danse] [Air des
Neréïdes] Choeur des
Nereïdes Un
Triton Neptune [on reprend l'Air des
Nereïdes]
Quelle clarté dissipe les nuages
Le Souverain des Mers paroit sur ces Rivages.
D'un aveugle couroux Eole en vain fremit
Pour vanger un objet que ton ame meprise
Pour servir de Theatre a ta noble entreprise,
La terre sous tes pas à ma voix
s'affermit.
Dieu des Mers tes bienfaits surpassent mon
attente.
Voy ces Coursiers pour toy sortir du sein des Eaux
Par ce divin Secours ta valeur triomphante,
Peut finir les plus grands travaux.
Les Mortels audacieux
De leur foible valeur attendent la victoire,
Le fils d'un Dieu met sa Gloire
A la tenir des Dieux.
Souvent l'Amour dans un triste esclavage
Fait languir les foibles humains,
Mais du coeur des heros il fait un autre usage,
Quand l'amour trouve un grand courage
Il le porte aux plsu grands desseins.
Allez jeune heros remporter la victoire,
L'amour vous conduit à la gloire,
Et la gloire à son tour
Vous rendra bientôt à l'Amour.
Allez, volez, combattez pour l'amour,
Qu'il enchaisne pour vous la fortune volage,
Les plaisirs sur ce rivage attendront vostre retour.
Ramenez dans ces lieux le calme apres l'orage.
Va, pars, suis ton impatience,
Dans le Champ où tu cours fais connaistre
aujourd'huy
Que le maistre des Cieux t'a donné la naissance
Et que le Dieu des Eaux t'a presté son
appui.
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Le Roy, Eriphile
Le
Roy Eriphile Le
Roy [Air] Eriphile [Air] Le
Roy Eriphile Le
Roy Le
Roy & Eriphile,
ensemble Le
Roy Hyppodamie Le
Roy Eriphile
Quoy, vostre ame a Pelops a cedé la victoire
Quand le Roy d'Elodie expirant dans mes bras
Voulut me confier vos Jours & vos Etats
Qu'il etoit eloigné de croire qu'un jour, sa fille
infidelle a sa Gloire,
Ingratte pour un Roy qui sceut la proteger
Feroit passer son sceptre au mains d'un Etranger.
Mon amour pour Pelops 'est point une foiblesse
Le fils de Jupiter est digne de ma foy.
Il est mortel & n'est pas Roy.
Si vostre ambition egale ma tendresse,
Unissez aux Eclats dont vous estes maistresse,
Tous ceux que ie tiens sous ma Loy
Faittes pour vous belle Princesse
Ce que ie n'ose pas vous demander pour moy.
La fiere ambition me flatte,
Tous ce que ie vous doy parle en vostre faveur
Mais il est permis d'estre ingratte,
Quand il faut s'acquitter aux depens de son
Coeur.
C'est aux sujets que l'on pardonne,
D'écouter quelques sois le penchant de leur
Coeur,
Le Ciel qui vous destine à porter la Couronne
Vous oste le choix d'un vainqueur.
Falloit til pour vous inhumaine
Que ma fille perdir tout espoir d'estre Reyne,
Et que tant de Guerriers tombassent sous mes
coups.
Le CIel a son hymen opposoit un obstacle.
J'en ay cru mon amour encor plus que l'Oracle
Du Sceptre que ie tiens ie serois moins jaloux
J'aurois moins redouté l'Epoux d'Hyppodamie
Sans la douce & funeste envie
De conserver cet Empire pour vous.
Quelque charme qui vous retienne
Escoutez les conseils d'une juste fierté,
Reprenez vostre liberté & laissez moy la
mienne.
Craignez que vostre amant ne ressente à son tour
Combien d'un Roy jaloux la haine est redoutable.
Luy feriez vous perdre le Jour ?
L'amour vous rendea t'il barbare impitoyable.
Par tout ie respecte l'amour
Si ce n'est dans le Coeur d'un rival trop aimable,
Si ces jours nous sont pretieux,
Songez à l'éloigner pour jamais de ces
Lieux.
Je puis dans mes Etats luy donner un azile
Et vous respectez Eriphile,
Je suis Reine et le sort ne me soumet qu'aux
Dieux.
Le Roy, seul
Le
Roy [Air] Devoir,
Gloire, &c.
Devoir, Gloire, Raison, le depit vous rapelle
Ne sçauriez vous calmer le trouble ou ie me vois
De mon coeur agité bannissez la Cruelle
Si ie ne puis triompher d'Elle
Je sçauray triompher de moy.
Mais l'Ingratte a mes yeux est toujours aussy belle,
Un penchant trop fatal m'asservit a sa Loy.
Le Roy, Pelops
Le
Roy Pelops Le
Roy Pelops Le
Roy Pelops Le
Roy
Venez vous me parler d'un amour qui m'offence.
Si mon amour cause vostre couroux;
Le Combat vous en offre une prompte vengeance.
Quel Combat me proposez vous ?
Trahisrez vous vostre promesse,
Ne craignez vous point que la Grece
Ne s'offence de vos refus.
Quoy, ma fille est l'objet qui cause vostre flame
Ah ! loin de m'allarmer vous rassurez mon ame.
Ce n'est point cet amour que ie craignois le plus.
Vous cessez d'Irriter ma haine,
Et ie commence a plaindre vostre ardeur
Dans un peril affreux vostre amour vous entraine,
Et vous me reduisez a craindre mon bonheur.
Seigneur, puis ie enfin me promettre...
Vous serez satisfait.
Je vais tout preparer, mais aux loix du combat
Vous devez vous soumettre,
Bientôt de vos sermens on viendra
s'assurer.
Pelops, seul
Pelops [Air] Momens ou
ma valeur, &c. Unique et
cher objet de mon amour fidelle, Mais on
approche. On vient recevoir mes sermens.
Momens ou ma valeur leur doit signaler mes feux,
Hâtez vous de repondre a mon impatience,
Volez, servez mes desirs amoureux.
Plus un coeur est flatté d'une douce Esperance,
Plus les retardemens luy semblent rigoureux.
Que n'estes vous témoins de mes empressemens
Eh ! quel autre que vous meritte des amans
Qui vüeillent s'immoler pour Elle.
Pelops, le Grand Sacrificateur, Choeur
Le
Grand Sacrificateur & les Choeurs Le
Choeur Le
Grand Sacrificateur Le
Choeur [on
danse] Une
Prestresse [on
danse] Les
Choeurs L'Amour,
&c. [on
danse] Le
Grand Prestre Pelops [on
reprend le Second Air pour l'Entracte]
Dieux, n'estes vous point satisfaits
De nos malheurs & de nos larmes.
Dieux, &c.
Vous exposez encor au sort douteux des armes,
Le plus beau Sang qui fut jamais.
Ah ! que vous accablez de fidelles Sujets
Quand pour d'un Roy vous causez leurs allarmes.
Dieux, &c.
Jupiter armé du tonnerre
Peut embraser l'Univers
Neptune souleve les mers
Son trident fait trembler la terre.
Mars teint ses Dards du Sang de nos Heros,
Il nous fait verser des larmes avec de plus foibles
armes,
L'Amour fait de plus grands maux
Avec de plus foibles armes.
L'Amour veut sans cesse troubler les mortels
Il rit quand il blesse, tous ses jeux sont cruels.
On a quand on aime, mille Soins divers
Le vainqueur luy même est chargé de ses
fers.
En vain l'on se flatte des plus doux plaisirs
Aupés d'une Ingratte l'on pers ses
soupirs.
Peuples faittes silence,
De nos Dieux en secret recevez la puissance;
Venez jeune guerrier, c'est pour vous que le Roy
S'engage a ce Combat
Qui remplit sa promesse
Qui satisfait les Dieux,
Vostre Amour & la Grece,
Escoutez quelle en est la Loy.
Avec la grandeur souveraine
La main de la Princesse
Est promise au vainqueur,
Mais une mort certaine
Doit estre votre peine,
Si le Sort trahit vostre ardeur.
Vous allez affronter des perils redoutables,
Jurez sur cet Autel d'observer du Combat
Les Loix irrevocables.
Je jure, ie promets, d'oserver du Combat
les Loix irrevocales.
Des parjures mortels vangeurs inexorables
Grand Dieux soyez temoins des ermens que ie fais.
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Eriphile, Elise
Eriphile Elise [Air] Eriphile Elise Eriphile
Quel prix de ma tendresse extreme
Ô Ciel, l'ingrat que j'aime soupire pour d'autres
appas
L'ingrat que j'aime prefere a mon amour le plus cruel
trepas.
Je croyois estre aimée, ah ! cruelle Esperance,
Vous seule avez formé mon funeste Lien,
Mes feux n'ont eu que trop de violence.
En falloit t'il juger de son coeur par le mien.
C'est vostre rivalle elle même
Qui prend le soin de vous vanger,
Qui veut dans ses fers s'engager
Epouve une rigueur extreme.
Si le depit ne peut esteindre encor les feux dont il sceut
m'enflamer.
Comment la beauté qu'il adore pouroit Elle ne pas
l'aimer
Ah ie souffrirois moins s'il ignoroit ma peine.
Vous ne rougirez pas longtems de vostre chaisne
Consolez vous il va perdre le Jour.
La mort d'un Ennemy satisfait vostre haine
Mais l'amour d'un ingrat irritte vostre amour.
Ou t'entraisne l'objet de ta flame nouvelle
Cruel tu vas perir & ie tremble pour toy
Ie ne demande pas que tu vive pour moy,
Demoins ne meurs pas pour Elle.
Et toy fais sur ton coeur un genereux effort,
Sui mes pas superbe Rivale
Si ta tendresse à la mienne est egale
Allons l'arracher à la mort.
Ie la voy, ma fureur redouble a son abord.
Hyppodamie, Eriphile, Cleone, Elise
Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie
Ne vous lassez point point des maux
Qui depuis si longtems désole cet Empire,
De ses derniers malheurs l'Elide ne respire
Que pour en craindre de nouveaux.
Pour finir ces malheurs la triste Hyppodamie
Voudroit perdre le Jour.
Les douces chaisnes de l'Amour vous attachent trop a la
vie,
Une [sic] aimable heros vivra sous vostre loy, il
vous aime
C'est vous qui l'armez contre un pere, s'il combat c'est
pour vous.
Helas ! malgré moy...
Vous verrez peut étre le Roy expirer
Sous les coups d'un jeune temeraire.
Vous n'aprehendez pas pour les jours de mon pere,
Mais Pelops.
Ce nom seul redouble mon couroux.
Est ce vostre couroux qui fait couler vos larmes.
Triomphez tous deux de mes transports jaloux,
Je l'aime, son peril me cause des allarmes
Dont ie devrois rougir quand il combat pour vous.
Ah, mon desespoir s'en augmente
Cet ingrat que ie pleure, helas, il va perir,
Cruelle amante, je l'aurois fait regner, vous le faites
mourir.
Tremblez, je puis vanger ma flame trop fatalle
Le Roy m'aime, je vais regner sur ma Rivalle.
Hyppodamie, Cleone
Hyppodamie Cleone Hyppodamie [Air] Tristes appas,
&c. A l'amour vous pretez des
armes, Tristes appas,
&c. Où suis-ie ? je les voy.
Quel transport les anime [Simphonie de Trompettes
& de Timballes] Choeur Hyppodamie
Il est d'autres malheurs que ie dois redouter,
Ce discours menaçant peut il m'épouvanter.
Si le sort du Combat pour Pelops se declare,
Quel Empire mon pere aura t'il a souffrir.
Si dans le champ fatal mon amant doit perir,
Crois tu que ie survive a ce destin barbare.
Non, un trepas digne de moy
M'épargnera l'horreur de vivre sous ta Loy
Prevenons tant de maux, un seul espoir me reste,
Cleone, allons sauver de si chers ennemis.
Mon trepas doit finir un combat si funeste,
Puisque i'en suis et l'objet & le prix.
De ce cruel espoir ne flattez plus vostre ame,
Par les ordres du Roy retenüe en ces Lieux,
Il veut que le Combat se derobe à vos yeux,
Il craint vos pleurs peut estre il connoist vostre
flame.
Va, pars pour desarmer leurs barbares fureurs
Va leur apprendre que ie meurs.
Tristes appas, funestes charmes
Que ie vais payer cher nos flatteuses douceurs,
C'est vous qui dans mon coeur
Excitez tant d'allarmes.
C'est à vous que ces lieux reprochent leurs
malheurs,
Et le cruel s'en sert pour causer mes douleurs,
Mes yeux depuis longtemps ent trop versé de
larmes,
Le trepas va tarir la source de mes pleurs.
La mort balance entre eux a choisir sa victime.
Ah, cruel, arrestez ! Quel horreur ! quel tourment !
Dieux, épargnez mon pere, ah ! pere impitoyable
Tu vas immoler mon amant.
Cruels tourmens sur moy vostre haine implacable,
Frappez, de vos fureurs c'est moy qui suis
coupable.
Chantons le plus grand des mortels,
Chantons le plus grands [sic] des
vainqueurs.
Qu'entens-ie ! quel bruit de victoire !
Que ce bruit eclatant irritte mes douleurs.
Ah, fuyons, du vainqueur ie ne puis voir la gloire.
Je dois au malheureux ma tendresse & mes
pleurs.
Pelops, Peuples
[Marche] Choeur [Entrée des
Peuples] Un du
Peuple [on
danse] Un
Phrigien [on reprend le Rondeau,
ensuitte le 2e couplet] Le
Phrigien [on
danse] Pelops [on rejoue le Premier
Air]
Chantons le plus grand des mortels,
Chantons le plus grand des vainqueurs.
Signalons nostre zele, que sa gloire
Soit immortelle,
Qu'il regne a jamais dans nos coeurs.
Venez, regnez aimables Jeux,
[texte non ecrit sous la ligne des notes]
Sa victoire n'a rien d'affreux
pour les vaincus, elle a des charmes.
Laissez nous severe sagesse
Attendez une autre saison.
Au tems heureux de la Jeunesse
L'amour sied mieux que la raison.
Les amours nous pretent leurs armes
Mais c'est pour este nos vainqueurs.
Belles, s'il font regner vos charmes,
Ils veulent regner dans nos coeurs.
C'est assez par vos jeux honnorer ma victoire,
En prenant soin des jours du Roy
I'ay pris soin de ma gloire,
Je vais voir ma Princesse et calmer son effroy.
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Le Roy, seul
Le
Roy [Air]
Ne me retenez plus, vostre pitié funeste
Veut elle prolonger des jours que ie deteste.
Ciel qui m'a ramené dans ce triste palais,
Dieux temoins de ma honte, estes vous satisfaits.
Ah ! j'ay sceu dans les airs le maistre du tonerre
Armé pour mon vainqueur, me declarer la guerre.
Viens Pelops, ie t'attends, assouvy ton couroux,
Viens voir un Roy mourir a tes genoux.
Desja ie voy le Stix & ses Ondes brulantes,
J'apercoy les ombres sanglantes,
De ces Jeunes heros immolez par mes coups.
Mais quel nouveau Vangeur s'offre a mes yeux timides,
C'est l'amour, ie le voy parmi les Lumenides.
Que veux tu dieu cruel, ta vengeance me suit
Jusques dans l'eternelle nuit.
Eriphile, ingratte, inhumaine,
Luy faut il que tes yeux jouissent de ma peine.
Le Roy, Hyppodamie
Hyppodamie Le
Roy Hyppodamie Le
Roy Hyppodamie Le
Roy
Ah ! mon pere, est-vous ? vous detournez vos pas ?
Par les tendres frayeurs dont mon ame est saisie,
Avec moins de rigueur voyez Hyppodamie.
Voy ce que m'ont couté tes funestes appas.
A ton amant rien ne fait plus d'obstacle,
Du Sceptre que ie tiens va payer ton amour.
Ah ! ne me soyez pas plus cruel que l'Oracle,
Et les Dieux, & Pelops vous conservent le Jour
Le Vainqueur malgré sa victoire,
Neglige du Combat la rigoureuse Loy
Et vous vivez encor...
Je cesse d'estre Roy,
Pourrois ie survivre a ma gloire.
Ne croyez pas que le vainqueur
Goute un bonheur parfait en vous priant du
vostre.
Tu reserve ta main pour prix de son ardeur
Pour me fermer les yeux j'en dois chercher un autre.
Je trouve dans mon Sang
Un ennemy nouveau
Vante a ton cher amant
Les maux que tu me cause,
Vien, perfide, Vien si tu l'ose
T'unir a luy sur mon tombeau.
Eriphile, Hyppodamie, le Roy
Eriphile Le
Roy Eriphile Hyppodamie Eriphile Hyppodamie Le
Roy
De vostre desespoir calmez la violence,
J'ay preparé vostre vengeance,
De fidelles amis repandus en ces Lieux,
Par des coups assurez previendront la furie
De ce vainqueur audacieux.
Rachetons vostre Sceptre au depend de sa vie.
Du parti de Pelops ie trouve tous les Dieux,
Que sert il de tenter un dessein temeraire,
Desja les Phrigiens sont maistre de ces lieux.
Mon Seigneur, c'est Hyppodamie qui commande dans ce
Palais,
Vos malheurs & les miens combleront vos souhaits.
Elle adore Pelops, elle craint pour sa vie.
Perfide, vous l'aimez & vous voulez sa mort.
Quelle indigne pitié.
Quel horrible transport.
Arrestez touttes deux, vous m'iritez encor,
Fille, maistresse, amis, tout sert a m'outrager.
Inhumaine Eriphile, est ce pour me vanger
Que tu m'aprend que ton ame l'adore.
CIel ie vois mon vainqueur.
Ne m'est il pas permis
De terminer mon sort
Loin de mes ennemis.
Pelops, le Roy, Hyppodamie, Eriphile, la Suitte de
Pelops
Pelops Le
Roy Pelops Le
Roy Eriphile [Air] [on
reprend le Prelude] Hyppodamie Le
Roy Hyppodamie,
le
Roy &
Pelops Le
Roy
Donnez un autre nom a qui vous rend les armes,
Bannissez d'injustes allarmes
Pelops a vos genous rameine vos sujets.
Reprenez vos Estats, vivez, regnez en paix.
Qu'ay ie entendu ? Le puis ie croire ?
Si vostre Empire estoit le seul prix du vainqeur,
Je me plaindrois de ma victoire.
L'espoir d'un autre bien a flatté mon
coeur.
Du Combat aujourd'huy vous remportez la gloire,
Et vous voulez encor triompher de mon coeur.
La valeur qu'a vos yeux vous avez fait paraistre
Montroit un heros glorieux.
Ce genereux effort vient de faire connaistre
Le fils du plus puissant des Dieux.
Ma fille, le destin ne nous est plus contraire,
L'arbitre de mon sort sçait le rendre plus doux.
L'Oracle s'accomplit, le vainqueur de ton pere
Meritte d'estre ton epoux.
Brave mes pleurs, triomphe heureuse amante,
Mais redoutte le prix que tu viens d'obtenir.
Crains que le Ciel n'ait jamais ton attente
Que pour mieux te punir.
Qu'une furie infernalle,
Au flambeau de l'hymen vienne mesler ses feux.
Puisse ton coeur en destestant tes noeuds
Porter envie a ta Rivale.
Puisse naistre de toy des fils qui surpassant
Les crimes de Tantale.
Contraigne le Soleil a se cacher d'effroy.
J'atteste pour garand de cet affreux presage
Le dieu qui fait pour moy descendre ce nuage.
Vous fiers Suivans d'Eole, Aquilons furieux,
Volez, eloignez moy de ces abords odieux.
O dieux, inspirez vous son aveugle furie.
Au sang de Jupiter j'unis Hyppodamie
Jupiter doit pour nous reunir tous les dieux.
Quels malheurs pouvez vous craindre
Quand l'amour nous rend heureux.
Brûlons toujours d'aimables feux,
Que rien ne puisse les esteindre.
Venez, peuples, par vos chants, par vos Jeux
Celebrer les plaisirs de ces amans heureux.
Le Roy, Hyppodamie, Pelops, Suitte du Roy, de Pelops,
&c.
[Entrées
des Peuples] Choeurs Triomphez,
&c. [on
danse]
Triomphez, beauté charmante,
Jeune heros, triomphez !
Nostre ardeur constante
Nous rend le repos.

Eric
PAGET