Hippolyte
& Aricie
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique
le
jeudi premier octobre 1733
paroles
de l'abbé Simon-Joseph
Pellegrin
musique
de: Jean-Philippe
Rameau
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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Diane
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Mlle
Chevalier
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L'Amour
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Mlle
Bourbonnois
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Jupiter
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Mr
Albert
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Un Suivant
de l'Amour
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Mr
De la Tour
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Le
théâtre représente la forêt
d'Erymanthe. Diane est assise au fond du
théâtre sur un trône de
gazon
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Scene
premiere
Diane, Suite de Diane
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Le
Choeur:
Accourez: habitans des bois,
Rendez hommage à votre Reine.
Qu'il est doux de suivre les loix
De cette aimable souveraine !
[on
danse]
|
Scene
2
Diane, Suite de Diane,
Troupe d'Habitans des bois
|
|
Diane:
Sur ces bords fortunez je fais regner la paix,
Quelle verse sur vous des douceurs éternelles;
Ah ! Vous ne la perdrez jamais,
Si vous m'êtes toujours fidelles.
[Symphonie
douce]
Quels doux
concerts se font entendre !
Le
Choeur:
Que pour nos coeurs ils ont d'appas !
Diane:
Que vois-je ? C'est l'Amour; venez, suivez mes pas.
Ce n'est qu'en le fuyant que l'on peut s'en
défendre;
Mais, que vous fuyez lentement !
Le
Choeur:
Nous tachons de vous suivre autant qu'il est possible;
Mais, peut-on s'empêcher d'avoir un coeur
sensible,
Quand on voit un dieu si charmant !
[l'Amour
descende des Cieux]
|
Scene
3
Diane, Suite de Diane, l'Amour & sa Suite,
Troupe d'Habitans des bois
|
|
L'Amour,
à Diane:
Au doux penchant qui les entraine,
Ne prétens plus les arracher.
Diane,
à l'Amour:
Des lieux où je commande, est-ce à toi
d'approcher ?
Va; fui; ton seul aspect vient redoubler ma
haine.
L'Amour:
Pourquoi me bannir de ces lieux ?
Quoi ? le vaste univers n'est-il pas mon partage ?
Les enfers, la terre, et les cieux;
Tout doit rendre à l'Amour un éclatant
hommage.
Diane:
Enchaîne à ton gré l'univers;
Mais, respecte les lieux où je tiens mon empire;
Non; les coeurs que Diane inspire
Ne porteront jamais tes fers.
L'Amour:
Ne dois-je pas regner sur tout ce qui respire ?
Diane:
Tu peux lancer par tout tes redoutables traits,
Je n'excepte que mes forêts.
Arbitre souverain du ciel & de la terre,
Dieu puissant, dont je tiens le jour,
Pourras-tu souffrir que l'Amour,
Jusqu'aux lieux où je regne, ose porter la guerre
?
C'est toi qui m'a donné l'empire des
forêts;
Et tu dois soutenir les dons que tu m'as faits.
[Bruit
sourd de tonnerre]
Mais, ma
voix dans les cieux vient de se faire entendre.
Tremble, superbe Amour; Jupiter va descendre.
|
Scene
4
Jupiter, Diane, Suite de Diane, l'Amour & sa Suite,
Troupe d'Habitans des bois
|
|
Jupiter:
Diane, j'étois prêt à soutenir tes
droits
Contre un Dieu, plus puissant que tous les Dieux
ensemble;
Mais, le Destin, sous qui tout tremble,
Vient de nous prescrire ses loix.
Il ne veut pas que l'on conspire
Contre le doux penchant des coeurs;
Et jusqu'au fond des bois, où tu tiens ton
empire,
Il prétend que l'Amour lance ses traits
vainqueurs.
Diane:
Quelle honte !
L'Amour:
Quelle victoire !
Jupiter:
Amour, pour jouir de ta gloire,
Le Destin, tous les ans, ne t'accorde qu'un jour;
Mais, un jour que l'Hymen éclaire.
Vous, ma
fille, à ses loix ne soyez point contraire;
En faveur de l'Hymen, faites grace à
l'Amour.
[Jupiter
remonte aux Cieux]
|
Scene
5
Diane, Suite de Diane, l'Amour & sa Suite,
Troupe d'Habitans des bois
|
|
Diane:
Nymphes, aux loix du sort il faut que j'obéisse:
Je mets dès aujourd'hui vos coeurs en
liberté;
Je ne dois pas pourtant abbaisser ma fierté,
Jusqu'à voir une fête à l'Amour si
propice.
Hippolyte, Aricie, exposez à perir,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperance;
Contre une injuste violence,
C'est à moi de les secourir.
[Diane
traverse les airs]
|
Scene
6
l'Amour & sa Suite,
Troupe d'Habitans des bois & de Nymphes
|
|
L'Amour:
Peuples, diane enfin vous livre à ma puissance,
Et vous pouvez aimer au gré de vos desirs;
Je vais, par les plus doux plaisirs,
Vous consoler de son absence.
Regnez,
aimables Jeux, regnez dans ces forêts,
Quaà mes voeux empressez votre zele
réponde.
Et vous tendres Amours, faites voler ces traits,
D'où dépend le bonheur du monde.
[on
danse]
[les
Amours enchaînent avec des fleurs, les habitans des
bois, et les Nymphes de Diane]
Un Suivant
de l'Amour:
Plaisirs, doux vainqueurs,
A qui tout rend les armes,
Enchainez les coeurs;
Plaisirs, doux vainqueurs,
Rassemblez tous vos charmes;
Enchantez tous les coeurs.
Que
l'Amour a d'appas !
Regnez, ne cessez pas
De voler sur ses pas.
Plaisirs,
doux vainqueurs, &c.
C'est aux
Ris, c'est aux Jeux
D'embellir son empire;
Qu'aussi-tôt qu'on soupire,
L'on y soit heureux.
Plaisirs,
doux vainqueurs, &c.
[on
danse]
L'Amour,
alternativement avec le Choeur:
A l'Amour rendez les armes;
Donnez-lui tous vos momens.
L'Amour:
Cherissez jusqu'à mes larmes;
Mes allarmes
Ont des charmes;
Tout est doux pour les amans.
Le
Choeur:
Cherissons, &c.
[on
danse]
L'Amour:
La tranquille indifference
N'a que d'ennuyeux plaisirs.
Le
Choeur:
La tranquille, &c.
L'Amour:
Mais, quels biens l'Amour dispense
Pour prix des premiers soupirs !
Il fait naître l'esperance,
Aussi-tôt que les desirs.
Le
Choeur:
Mais, quels biens, &c.
[on
danse]
L'Amour:
Par de nouveaux plaisirs, couronnons ce grand jour:
Au temple de l'Hymen, il faut que je vous guide;
Qu'à cette heureuse fête avec lui je
préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'Amour.
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les
personnages de la Tragedie:
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les
interprètes:
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Aricie
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Mlle
Le Maure
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Phedre
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Mlle
Eeremans
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|
Oenone
|
Mlle
Coupée
|
|
Une
Prêtresse de Diane
|
Mlle
Fel
|
|
Diane
|
Mlle
Chevalier
|
|
Hippolyte
|
Mr
Jelyotte
|
|
Thesée
|
Mr
Chassé
|
|
Arcas
|
Mr
Cuvellier
|
|
La
Furie
|
Mr
Cuvellier
|
|
Les
Parques
|
Mrs
Cuvellier, Albert, Berard
|
|
Mercure
|
Mr
De la Tour
|
|
Pluton
|
Mr
Le Page
|
|
Une
Mattelotte
|
Mlle
Fel
|
|
Une
Chasseresse
|
Mlle
Fel
|
|
Une
Bergere
|
Mlle
Fel
|
|
|
|
Troupe
de Prêtresses de Diane
Troupe de Divinités infernales
Troupe de Matelots, d'Habitans de Trezene
Troupe de Chasseurs, de Chasseresses
Troupe de Bergers & de Bergeres
|
|
La scene
est à Trezene, dans les enfers, & dans la
forêt d'Aricie
|
|
Le
théâtre représente un temple
consacré à Diane: on y voit un
Autel
|
|
Aricie:
Temple sacré, séjour tranquille,
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux,
A mon coeur agité, daigne servir d'azile
Contre un amour trop malheureux.
Et toi,
dont malgré-moi, je rappelle l'image,
Cher Prince, si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins, j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers.
Temple
sacré, séjour tranquille,
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux,
A mon coeur agité, daigne servir d'azile
Contre un amour trop malheureux.
|
Scene
2
Aricie, Hippolyte
|
|
Hippolyte:
Princesse, quels apprêts me frappent dans ce temple
?
Aricie:
Diane préside en ces lieux
Lui consacrer mes jours, c'est suivre votre
exemple.
Hippolyte:
Non, vous les immolez ces jours si
précieux.
Aricie:
J'execute du Roi la volonté suprême;
A Thesée, à son Fils, ces jours sont
odieux.
Hippolyte:
Moi, vous hair ! O ciel ! Quelle injustice extrême
!
Aricie:
Je ne suis point l'objet de votre inimitié
?
Hippolyte:
Je sens pour vous une pitié
Assi tendre que l'amour même.
Aricie:
Quoi ? le fier Hippolyte...
Hippolyte:
Helas !
Je n'en ai que trop dit; je ne m'en repens pas,
Si vous avez daigné m'entendre:
Mon trouble, mes soupirs, vos malheurs, vos appas,
Tout vous annonce un coeur trop sensible & trop
tendre.
Aricie:
Ah ! que venez vous de m'apprendre !
C'en est fait; pour jamais mon repos est perdu.
Peut-être votre indifference
Tôt ou tard me l'auroit rendu;
Mais votre amour m'en ôte l'esperance.
C'en est fait; pour jamais mon repos est perdu.
Hippolyte:
Qu'entens-je ! Quel transport de mon ame s'empare
!
Aricie:
Oubliez-vous qu'on nous sépare ?
Dans ces temple fatal, quel sort sera le mien ?
Hippolyte amoureux m'occupera sans cesse;
Et j'y regretterai mon bonheur & le sien.
Hippolyte amoureux m'occupera sans cesse,
Et des autels de la déesse,
Je sentirai mon coeur revoler vers son bien.
Hippolyte:
Je vous affranchirai d'une loi si cruelle.
Aricie:
Phedre sur sa captive a des droits absolus;
Que sert de nous aimer ? Nous ne nous verrons
plus.
Hippolyte:
O Diane ! Protege une flamme si belle.
Ensemble:
Tu regnes sur nos coeurs comme dans nos forêts;
Pour combattre l'Amour, tu nous prêtes des armes;
Mais, quand la vertu même en vient mancer les
traits,
Qui peut resister à ses charmes !
|
Scene
3
Aricie, Hippolyte, la Grande Prêtresse de Diane,
Prêtresses de Diane
|
|
Le
Choeur:
Dans ce paisible séjour,
Regne l'aimable innocence:
Les traits que lance l'Amour
Sur nous, n'ont point de puissance;
Nous jouissons à jamais
Des doux charmes de la paix.
[on
danse]
La Grande
Prêtresse:
Dieu d'Amour, pour nos aziles,
Tes tourments ne sont pas faits.
Tous les coeurs y sont tranquilles,
Tes efforts sont inutiles;
Non, non, tu n'en peux troubler la paix.
Tes
Allarmes
Ont des charmes
Pour qui manque de raison;
Mais, nos ames
De tes flammes
Reconnoissent le poison:
Va; fuis; pers l'esperance:
Contre notre indifference,
tu n'as point de traits vainqueurs.
[on
danse]
La grande
Prêtresse, alternativement avec le Choeur:
Rendons un éternel hommage
A la divinité qui regne sur nos coeurs;
Mais, pour
mériter ses faveurs,
N'offrons sur ses autels que des coeurs sans
partage.
|
Scene
4
Phedre, Oenone, Aricie, Hippolyte, la Grande Prêtresse
de Diane,
Gardes, Prêtresses de Diane
|
|
Phedre,
à Aricie:
Princesse, ce grand jour par des noeuds éternels
Va vous unir aux Immortels.
Aricie:
JE crains que le ciel ne condamne
L'hommage que j'apporte aux pieds des saints autels.
Que coeur viens-je offrir à Diane !
Phedre:
Quel discours !
Aricie:
Sans remors, comment puis-je en ces lieux,
Offrir un coeur que l'on opprime ?
Le Choeur
des Prêtresses:
Non, non, un coeur forcené n'est pas digne des
Dieux;
Le sacrifice en est un crime.
Phedre:
Quoi ? l'on ose braver la suprême pouvoir !
Le
Choeur:
Obéissez aux Dieux; c'est le premier
devoir.
Phedre,
à Hippolyte:
Prince, vous souffrez qu'on outrage
Est votre Pere, et votre Roy !
Hippolyte,
à Phedre:
Vous savez quel respect à Diane m'engage;
De mes plus tendres ans je lui donnai ma foi.
Phedre:
Dieux ! Thesée en son fils, trouve un sujet rebelle
!
Hippolyte:
Je sais tout ce que je lui doi;
Mais, ne puis-je pour lui, faire éclatter mon
zéle,
Qu'en outrageant une Immortelle ?
Phedre:
Laissez des détours superflus;
La vertu quelquefois sert de pretexte au crime.
Hippolyte:
Quel crime ?
Phedre:
Je ne sais qui vous touche le plus,
De l'autel, ou de la victime.
Hippolyte:
Du moins, par d'injustes rigueurs,
Je ne sais point forcer les coeurs.
Phedre:
Je vous entens; eh bien, que la trompette sonne;
Que le signal affreux se donne.
Et le temple & l'autel vont tomber à ma voix.
Tremblez; j'ai pû prévoir la
désobéissance;
Périsse
la vaine puissance
Qui s'élève contre les Rois:
Tremblez; redoutez ma vengeance,
Et le temple & l'autel vont tomber à ma voix.
Tremblez; j'ai pû prévoir la
désobéissance;
Périsse
la vaine puissance
Qui s'élève contre les Rois.
[Bruit
de Trompettes]
La grande
Prêtresse & le Choeur:
Dieux vengeurs, lancez le tonnerre:
Perissent les Mortels qui vous livrent la guerre.
[Bruit
de Tonnerre]
[Diane
paroît dans une gloire]
La Grande
Prêtresse:
Nos cris sont montez jusqu'aux cieux;
La Déesse descend; tremblez, audacieux.
|
Scene
5
Diane,
Phedre, Oenone, Aricie, Hippolyte, la Grande Prêtresse
de Diane,
Gardes, Prêtresses de Diane
|
|
Diane,
à ses prêtresses:
Ne vous allarmez pas d'un projet
téméraire,
Tranquilles coeurs, qui vivez sous ma loi;
Vous voyez Jupiter se déclarer mon pere;
Sa foudre vole devant moi.
[à
Phedre]
Toi,
tremble, Reine sacrilege;
Penses-tu m'honorer par d'injustes rigeurs ?
Aprens que Diane protége
La liberté des coeurs.
[à
Aricie]
Et toi,
trsite victime, à me suivre fidéle,
Fais toujours expirer les monstres sous tes traits;
On peut servir Diane avec le même zéle,
Dans son temple & dans les forêts.
Hippolyte
& Aricie:
Déesse, pardonnez...
Diane:
Votre vertu m'est chere;
Et c'est au crime seul que je dois ma colere.
[Diane
entre dans son temple avec ses prêtresses, et
Hippolyte emméne Aricie]
|
|
Phedre:
Quoi ! La terre & le ciel contre moi sont armés
!
Ma Rivale me brave ! Elle suit Hippolyte !
Ah ! Plus je vois leurs coeurs l'un pour l'autre
enflamés,
Plus mon jaloux transport s'irrite.
Que rien
n' échape à ma fureur;
Immolons à la fois l'amant & la rivale:
Haine, dépit, rage infernale,
Je vous abandonne mon coeur:
[à
Oenone]
Viens,
dans mon désespoir, je puis tout
entreprendre.
|
Scene
7
Arcas, Phedre, Oenone
|
|
Arcas:
O Malheur ! O funeste sort !
Oenone:
Arcas, que viens-tu nous aprendre ?
Arcas:
Ah ! J'en frissonne encor; le Roi vient de descendre
Dans l'affreux séjour de la mort.
Phedre:
O Dieux !
Oenone:
Arcas, qu'oses-tu dire ?
Arcas:
Ce qui vient de frapper mes yeux.
Pour suivre un tendre ami dans l'infernal empire,
Il quitte pour jamais la lumiere des cieux.
Oenone,
à Arcas:
C'est assez.
|
|
Oenone:
Votre sort est en votre pouvoir,
Et vous pouvez brûler d'une ardeur
légitime.
Phedre:
Quand mon amour seroit sans crime,
En seroit-il moins sans espoir ?
Et comment me flatter ? Non, il n'est pas
possible...
Oenone:
Vos yeux n'attaquent plus un coeur
Au tendre amour inaccessible,
Un autre l'a rendu sensible;
Vous pouvez l'arracher à son premier vainqueur.
Faites briller le diadême.
Phedre:
J'y consens, de la gloire empruntons le secours;
Mais, si l'éclat du rang suprême
Ne peut rien sur l'ingrat que j'aime,
La mort est mon dernier recours.
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|
Le
théâtre représente l'entrée des
enfers
|
Scene
premiere
Thesée, Tisiphône
|
|
Thesée:
Laisse-moi respirer, implacable Furie.
Tisiphône:
Non, dans le séjour ténébreux,
C'est envain qu'on gémit; c'est envain que l'on
crie;
Et les plaintes des malheureux
Irritent notre barbarie.
Thesée:
Dieux ! N'est-ce pas assez des maux que j'ai soufferts ?
J'ai vû Pyrithoüs dechiré par Cerbere;
J'ai vû ce monstre affreux trancher des jours si
chers,
Sans daigner dans mon sang assouvir sa colere;
J'attendois la mort sans effroi;
Et la mort fuyoit loin de moi.
Tisiphône:
Eh ! croyois-tu que de tes peines
Le moment de ta mort fut le dernier instant ?
Pirithoüs gémit sous d'éternelles
chaînes;
Tremble; le même sort t'attend.
Thesée:
Ah ! Qu'avec lui je le partage,
Ce sort que tu viens m'annoncer,
Rends-moi Pirithoüs, je me livre à ta rage;
Mais sur lui, s'il se peut, cesse de l'exercer.
Ensemble:
[Tisiphône]
C'est peu pour moi d'une victime.
[Thesée] Contente-toi d'une
victime.
[Tisiphône]
Non rien n'apaise ma fureur.
[Thesée] Quoi ? Rien n'apaise ta fureur
!
[Tisiphône]
Je dois porter par tout le ravage & l'horreur.
[Thesée] Dois-tu porter plus loin le ravage
& l'horreur.
[Tisiphône]
Lorsque partout je vois le crime.
[Thesée] Quand sur moi seul je prends le
crime.
[le
fond du Théâtre s'ouvre: On y voit Pluton, sur
son trône; les trois Parques sont à ses
pieds]
|
Scene
2
Pluton, Thesée, Tisiphône,
Les Trois Parques, Troupe de Divinités
infernales
|
|
Thesée:
Inéxorable Roi de l'empire infernal,
Digne Frere, et digne Rival
Du Dieu qui lance le tonnerre,
Est-ce donc pour venger tant de monstres divers,
Dont ce bras a purgé la terre,
Que l'on me livre en proie aux monstres des enfers
?
Pluton:
Si tes exploits sont grands, voi quelle en est la
gloire;
Ton nom sur le trépas remporte la victoire;
Comme nous il est immortel;
Mais, d'une égale main, puisqu'il faut qu'on
dispense
Et la peine & la récompense,
N'attens plus de Pluton qu'un trouement éternel.
D'un trop coupable ami, trop fidéle complice,
Tu dois partager son supplice.
Thesée:
Je consens à le partager;
L'amitié qui nous joint m'en fait un bien
suprême;
Non, de Pirithoüs tu ne peux te venger,
Sans me punir moi-même.
Sous les drapeaux de Mars, unis par la valeur,
Je l'ai vû sur mes pas voler à la victoire;
Je dois partager son malheur,
Comme il a partagé mes périls & ma
gloire.
Pluton:
Mais cette gloire enfin, falloit-il la ternir ?
Parle, le crime même, a-t'il dû vous unir
?
Thesée:
Le péril d'un ami si tendre
Aux Enfers avec lui, m'a contraint à descendre;
Pour prix d'un projet téméraire,
Ton malheureux rival éprouve ta colére;
Mais, trop fatal Vengeur, dequoi me punis-tu ?
Ah ! Si son amour est un crime,
L'amitié qui pour lui m'anime
N'est-elle pas une vertu ?
Pluton:
Eh bien; je remets ma victime
Aux juges souverains de l'Empire des Morts;
Va, sors; en attendant un arrêt légitime,
Je t'abandonne à tes remords.
[Thesée
sort, suivi de Tisiphône]
|
Scene
3
Pluton,
Les Trois Parques, Troupe de Divinités
infernales
|
|
Pluton,
descendu de son trône:
Qu'à servir mon courroux tout l'enfer se
prépare.
Que
l'Arverne, que le Tenare,
Le Cocyte, le Phlegeton,
Par ce qu'ils ont de plus barbare,
Vengent Proserpine & Pluton.
Le
Choeur:
Que l'Arverne, &c.
[on
danse]
Le
Choeur:
Pluton commande;
Vengeons notre roi.
Pluton commande;
Suivons sa loi.
Qu'ici l'on répande
Le trouble & l'effroi.
Ne tardons
pas; les momens sont trop chers;
Que cent gouffres ouverts
Aux regards soient offerts;
Dans les Enfers
Que tout tremble;
Qu'on y rassemble
Les feux & les fers.
[on
danse]
|
Scene
4
Thesée, Tisiphône, Pluton,
Les Trois Parques, Troupe de Divinités
infernales
|
|
Thesée:
Dieux ! Que d'infortunés gemissent dans ces
lieux!
Un seul se dérobe à mes yeux;
Par mes cris redoublés vainement je l'appelle;
Mes cris ne sont point entendus;
Ah ! Montrez-moi Pyrithous !
Craignez-vous qu'à l'aspect d'un ami si
fidéle,
Ses tourmens ne soient suspendus ?
Traîne-moi jusqu'à lui, trop barbare
Eumenide;
Viens; je prens ton flambeau pour guide.
Tisiphône:
La mort, la seule mort a droit de vous unir.
Thesée:
Mort propice, mort favorable,
Pour me rendre moins misérable,
Commence donc à me punir.
Les
Parques:
Du Destin le vouloir suprême
A mis entre nos mains la trame de tes jours;
Mais le fatal ciseau n'en peut trancher le cours,
Qu'au redoutable instant qu'il a marsué
lui-même.
Thesée:
Ah !Qu'on daigne au moins, en m'ouvrant les enfers,
Rendre un vengeur à l'univers.
Puisque Pluton est inflexible,
Dieu des mers, c'est à toi qu'il me faut
recourir;
Que ton fils dans son pere, éprouve un coeur
sensible;
Trois fois dans mes malheurs tu dois me secourir;
Le fleuve, aux Dieux mêmes terrible,
Et qu'ils n'osent jamais attester vainement,
Le Styx a reçu ton serment.
Au premier de mes voeux tu viens d'être
fidéle;
Tu m'as ouvert l'affreux séjour,
Où regne une nuit éternelle;
Grand dieu, daigne me rendre au jour.
Le
Choeur:
Non, Neptune auroit beau t'entendre,
Les Enfers, malgré lui, sauroient te retenir.
On peut aisément y descendre;
Mais on ne peut en revenir.
|
Scene
5
Mercure, Thesée, Tisiphône, Pluton,
Les Trois Parques, Troupe de Divinités
infernales
|
|
Mercure,
à Pluton:
Neptune vous demande grace
Pour un Fils trop audacieux.
Pluton:
N'a-t'il pas partagé son crime & son audace,
En ouvrant sous ses pas la route de ces lieux;
Non, non; je dois punir un Mortel qui m'offense.
Mercure:
Jupiter tient les cieux sous son obéissance,
Neptune régne sur les mers;
Pluton peut à son gré, signaler sa
vengeance
Dans le noir séjour des enfers;
Mais le bonheur de l'univers
Dépend de votre intelligence.
Pluton:
C'en est fait, je me rens; sur mon juste courroux,
Le bien de l'univers l'emporte.
De l'infernal nuit, que ce coupable sorte;
Peut-être son destin n'en sera pas plus
doux.
Vous, qui
de l'avenir percez la nuit profonde,
Qui tenez dans vos mains & la vie & la mort,
Vous, qui reglez le sort du monde,
Parques, annoncezlui son sort.
Les trois
Parques:
Quelle soudaine horreur ton destin nous inspire !
Où cours-tu, Malheureux ? Tremble; frémis
d'effroi.
Tu sors de l'infernal empire,
Pour trouver les enfers chez toi.
[Pluton
& toute sa Cour se retirent]
|
|
Thesée:
Je trouverois chez moi ces enfers que je quitte !
Ah ! Je céde à l'horreur dont je me sens
glacer.
Dieux, détournez les maux qu'on vient de
m'annoncer;
Et sur tout, prenez soin de Phedre, et
d'Hippolyte.
Mercure:
Il est tems de revoit la lumiere des cieux.
Thesée:
Ciel ! Cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
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|
Le
théâtre représente une partie du palais
de Thesée, sur le rivage de la mer
|
|
Phedre:
Cruelle Mere des Amours,
Ta vengeance a perdu ma trop coupable race,
N'en suspendras-tu point le cours ?
Ah ! Du moins, à tes yeux, que Phedre trouve
grace.
Je ne te
reproche plus rien,
Si tu rends à mes voeux Hippolyte sensible,
Mes feux me font horreur, mais mon crime est le tien;
Tu dois cesser d'être inflexible.
Cruelle
Mere des Amours, &c.
|
|
Phedre:
Eh bien ? Viendra-t'il en ces lieux,
Ce fatal ennemi que, malgré moi, j'adore ?
Oenone:
Hippolyte bien-tôt va paroître à vos
yeux.
Phedre:
Je tremble, à quel aveu l'ardeur qui me
dévore,
Au mépris de ma gloire, enfin va me forcer ?
Il vient, Dieux ! Par où commencer !
|
Scene
3
Phedre, Hippolyte
|
|
Hippolyte:
Reine, sans l'odre exprès qui dans ces lieux
m'apelle,
Quand le ciel vous ravit un époux glorieux,
Je respecterois trop votre douleur mortelle,
Pour vous montrer encor un objet odieux.
Phedre:
Vous, l'objet de ma haine ! O ciel ! Quelle injustice !
J'ai sû d'une ennemie affecter la rigueur;
Mais enfin, il est tems que je vous éclaircisse;
Helas ! Si vous croyez que Phedre vous haïsse,
Que vous connoissez mal son coeur !
Hippolyte:
Qu'entens-je ? A mes desirs Phedre n'est plus contraire
!
Ah ! Les plus tendres soins de votre auguste
époux
Dans mon coeur désormais vont revivre pour
vous.
Phedre:
Quoi ? Prince...
Hippolyte:
A votre fils je tiendrai lieu de Pere;
J'affermirai son trône, et j'en donne ma
foi.
Phedre:
Vous pourriez juesque-là vous attendrir pour moi
!
C'en est trop; et le trône, et le fils, et la
mere,
Je range tout sous votre loi.
Hippolyte:
Non; dans l'art de regner je l'instruirai
moi-même;
Je céde sans regret la suprême grandeur.
Aricie est tout ce que j'aime;
Et si je veux regner, ce n'est que dans son
coeur.
Phedre,
à Hippolyte:
Que dites-vous ? O ciel ! [à part]
Quelle étoit mon erreur !
[à
Hippolyte]
Malgré
mon trône offert, vous aimez Aricie !
Hippolyte:
Quoi ! Votre haine encor n'est donc pas adoucie ?
Phedre:
Tu viens d'en redoubler l'horreur...
Puis-je trop haïr ma rivale ?
Hippolyte:
Votre rivale ! Je frémis;
Thésée est votre époux, et vous aimez
son fils !
Ah ! je me sens glacé d'une horreur sans
égale.
Terribles ennemis des perfides humains,
Dieux, si prompts autrefois à les réduire en
poudre,
Qu'attendez-vous ? Lancez le foudre.
Qui la retient entre vos mains ?
Phedre:
Ah ! Cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre.
Eclate; éveille-toi; sors d'un honteur repos;
Rens-toi digne fils d'un heros,
Qui de monstres sans nombre a délivré la
terre;
Il n'en est échappé qu'un seul à sa
fureur;
Frappe; ce monstre est dans mon coeur.
Hippolyte:
Grands Dieux !
Phedre:
Tu balances encore !
Etouffe dans mon sang un amour que j'abhorre.
Je ne puis
obtenir ce funeste secours !
Cruel ! Quelle rigueur extrême !
Tu me hais, autant que je t'aime;
Mais, pour trancher mes tristes jours;
Je n'ai besoin que de moi-même.
[elle
prend l'épée d'Hippolyte]
Donne...
Hippolyte,
en lui arrachant l'épée:
Que faites-vous ?
Phedre:
Tu m'arraches ce fer !
[Thesée
paroît]
|
Scene
4
Phedre, Hippolyte, Thesée
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|
Thesée:
Que vois-je ? Quel affreux spectacle !
Hippolyte:
Mon Pere !
Phedre:
Mon époux.
Thesée,
à part:
O trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits
l'Enfer.
[à
Phedre]
Reine,
devoilez-moi ce funeste mystére.
Phedre,
à Thesée:
N'approchez point de moi; l'Amour est outragé;
Que l'Amour soit vengé.
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Scene
5
Hippolyte, Thesée, Oenone
|
|
Thesée,
à Hippolyte:
Sur qui doit tomber ma colere ?
Parlez, mon fils, parlez: nommez le criminel.
Hippolyte:
Seigneur... [à part] Dieux ! Que
vais-je lui dire ?
[à
Thesée]
Permettez
que je me retire;
Ou plutôt, que j'obtienne un exil
éternel.
[Hippolyte
sort]
|
|
Thesée,
à part:
Quoi ? Tout me fuit ! tout m'abandonne !
[à
Oenone]
Mon
épouse ! Mon fils ! Ciel ! demeurez, Oenone.
C'est à vous seule de m'éclairer
Sur la trahison la plus noire.
Oenone,
à part:
Ah ! Sauvons de la reine & les jours & la
gloire.
[à
Thesée]
Un
desespoir affreux... pouvez-vous l'ignorer ?
Vous n'en avez été qu'un témoin trop
fidéle.
Je n'ose accuser votre fils;
Mais, la reine... Seigneur, ce fer armé contre
elle,
Ne vous en a que trop apris.
Thesée:
Dieux ! Acheve.
Oenone:
Un amour funeste...
Thesée:
C'en est assez; épargne-moi le reste.
|
|
Thesée:
Qu'ai-je appris ? Tous mes sens en sont glacez
d'horreur.
Vengeons-nous; quel projet ! Je frémis quand j'y
pense.
Qu'il va en coûter à mon coeur !
A punir un ingrat, d'où vient que je balance ?
Quoi ? Ce sang , qu'il trahit, me parle en sa faveur !
Non, non, dans un fils si coupable,
Je ne vois qu'un monstre effroyable:
Qu'il ne trouve en moi qu'un vengeur.
Puissant
maître des flots, favorable Neptune,
Entens ma gémissante voix;
Permets que ton fils t'importune,
Pour la derniere fois.
Hippolyte m' fait le serment le plus sanglant outrage;
Rempli le serment qui t'engage;
Prévien par son trépas un desespoir
affreux;
Ah ! Si tu refusois de venger mon injure,
Je serois parricide, et tu serois parjure,
Nous serions coupables tous deux.
[la
mer s'agite]
Mais, de
courroux l'onde s'agite.
Tremble; tu vas périr, trop coupable
Hippolyte.
Le sang a
beau crier, je n'entens plus sa voix:
Tout s'aprête à punir une offense mortelle;
Neptune me sera fidéle,
C'est aux Dieux à venger les rois.
On vient
de mon retour rendre grace à Neptune,
Et je voudrois encore être dans les enfers:
Fuyons une foule importune:
Ne puis-je disparoître aux yeux de
l'univers.
|
Scene
8
Thesée,
Troupe de peuples & de matelots
|
|
Le
Choeur:
Que ce rivage retentisse
De la gloire du Dieu des flots:
Qu'à ses bienfaits tout applaudisse;
Il rend à l'univers le plus grand des heros.
Que ce rivage retentisse
De la gloire du Dieu des flots.
[on
danse]
Une
Matelotte:
L'Amour, comme Neptune,
Invite à s'embarquer;
Pour tenter la fortune,
On ose tout risquer.
Malgré
tant de naufrages,
Tous les coeurs sont metelots;
On quitte le repos;
On vole sur les flots;
On affronte les orages;
L'amour ne dort
Que dans le Port.
[on
danse]
|
haut
de page

|
Le
théâtre représente un bois
consacré à Diane: On apperçoit un char
attelé
|
|
Hippolyte:
Ah ! Faut-il en ce jour, perdre tout ce que j'aime !
Mon Pere pour jamais me bannit de ces lieux,
Si cheris de Diane même;
Je ne verrai plus les beaux yeux
Qui faisoient mon bonheur suprême.
Ah !
Faut-il en ce jour, perdre tout ce que j'aime !
Et les
maux que je crains, et les biens que je pers,
Tout accable mon coeur d'une douceur extrême;
Sous le nuage affreux dont mes jours sont couverts,
Que deviendra ma gloire aux yeux de l'univers ?
Ah !
Faut-il en ce jour, perdre tout ce que j'aime !
|
Scene
2
Hippolyte, Aricie
|
|
Aricie:
C'en est donc fait, cruel, rien n'arrête vos pas;
Vous desesperez votre amante.
Hippolyte:
Helas ! Plus je vous vois, plus ma douleur augmente,
Je sens mieux tous mes maux quand je vois tant
d'appas.
Aricie:
Quoi ! L'inimitié de la Reine,
Vous fait-elle quitter l'objet de votre amour ?
Hippolyte:
Non ! Je ne fuirois pas cet heureux séjour,
Si je n'y craignois que sa haine.
Aricie:
Que dites-vous...
Hippolyte:
Gardez d'oser porter les yeux
Sur le plus horrible mystere,
Le respect me force à me taire.
J'offenserois le roi, Diane, et tous les Dieux.
Aricie:
Ah; c'est m'en dire assez, ô crime ?
Mon coeur en est glacé d'épouvante &
d'horreur,
Cependant vous partez, et de Phedre en fureur
Je vais devenir la victime.
[à
part]
Dieux;
pourquoi séparer deux coeurs
Que l'amour a faits l'un pour l'autre.
[à
Hippolyte]
Eh !
Quelle autre main que la vôtre,
Si vous m'abandonnez, peut essuyer mes pleurs ?
[à
part]
Dieux;
pourquoi séparer deux coeurs
Que l'amour a faits l'un pour l'autre ?
Hippolyte:
Hé bien; daignez me suivre.
Aricie:
O ciel ! Que dites-vous ?
Moi vous suivre !
Hippolyte:
Cessez de croire
Que je puisse oublier le soin de votre gloire.
En suivant votre amant, vous suivez votre époux;
Venez; quel silence funeste...
Aricie:
Ah ! Prince, croyez-en l'amour que j'en atteste,
Je ferois mon suprême bien
D'unir votre sort & le mien;
Mais Diane est inéxorable
Pour l'Amour & pour les Amans.
Hippolyte:
A d'innocens desirs Diane est favorable
Qu'elle préside à nos sermens.
Ensemble:
Nous allons nous jurer une immortelle foi:
Viens, Rein des forêts, viens former notre
chaîne;
Que l'encens de nos voeux s'élève
jusqu'à toi,
Sois toujours de nos coeurs l'unique Souveraine.
[on
entend un bruit de Cors]
Hippolyte:
Le sort conduit ici ses sujets fortunés;
Unissons-nous aux jeux qui lui sont
destinés.
|
Scene
3
Hippolyte, Aricie,
Chasseurs & Chasseresses
|
|
Le
Choeur:
Faisons par tout voler nos traits.
Animons-nous à la victoire;
Que les antres les plus secrets
Retentissent de notre gloire.
[on
danse]
Un
Chasseur:
Amans, quelle est votre foiblesse ?
Voyez l'Amour sans vous allarmer;
Ces mêmes traits dont il vous blesse,
Contre nos coeurs n'osent plus s'armer.
Malgré
ses charmes
Les plus doux,
Bravez ses armes,
Faites comme nous;
Osez sans allarmes,
Attendre ses coups;
Si vous combattez, la victoire est à vous.
Amans,
quelle est votre foiblesse ?
Voyez l'Amour sans vous allarmer;
Ces mêmes traits dont il vous blesse,
Contre nos coeurs n'osent plus s'armer.
Vous vous
plaignez qu'il a des rigueurs,
Et vous aimez tous les traits qu'il vous lance !
C'est vous qui les rendez vainqueurs;
Pourquoi sans défense
Livrer vos coeurs ?
Amans,
quelle est votre foiblesse, &c.
[on
danse]
Une
Chasseresse:
A la chasse, à la chasse.
Armez-vous.
Le
Choeur:
Courons-tous à la chasse;
Armons-nous.
Une
Chasseresse:
Dieu des coeurs, cédez la place;
Non, non, ne regnez jamais.
Que Diane préside;
Que Diane nous guide;
Dans le fond des forêts,
Sous ses loix nous vivons en paix.
A la
chasse, &c.
Nos
aziles
Sont tranquiles,
Non, non, rien n'a plus d'attraits.
Les plaisirs sont parfaits;
Aucun soin n'embarasse;
On y rit des Amours;
On y passe les plus beaux jours.
A la
chasse, &c.
[on
danse]
[la
mer s'agite; on en voit sortir un monstre
horrible]
Le
Choeur:
Quel bruit ! Quels vents; Quelle montagne humide !
Quel monstre elle enfante à nos yeux !
O Diane, accourez; volez du haut des cieux.
Hippolyte,
s'avance vers le Monstre:
Venez, qu'à son défaut je bous serve de
guide.
Aricie:
Arrête, tu cours au trépas:
Rien ne le retient. Je frissonne.
Le
Choeur:
Dieux ! Quelle flamme l'environne !
Aricie:
Quels nuages épais ! Tout se dissipe; hélas
!
Hippolyte de paroît pas.
Je meurs.
[Aricie
tombe évanouie: un nuage dérobe Hippolyte
& Aricie aux yeux des spectateurs]
Le
Choeur:
O disgrace cruelle !
|
Scene
4
Phedre,
Chasseurs & Chasseresses
|
|
Phedre:
Quelle plainte en ces lieux m'apelle.
Le
Choeur:
Hippolyte n'est plus.
Phedre:
Il n'est plus ! O douleur mortelle !
Le
Choeur:
O regrets superflus !
Phedre:
Quel sort l'a fait tomber dans la nuit éternelle
!
Le
Choeur:
Un Monstre furieux, sorti du sein des flots,
Vient de nous ravir ce heros.
Phedre:
Non, sa mort est mon seul ouvrage;
Dans les Enfers, c'est pas moi qu'il descend;
Neptune de Thesée a crû venger l'outrage;
J'ai versé le sang innocent.
Qu'ai-je
fait ? Quels remords ! Ciel ! J'entens le tonnerre.
Quel bruit ! Quels terribles éclats !
Fuyons; où me cacher ? Je sens trembler la terre;
Les enfers s'ouvrent sous mes pas.
Tous les dieux conjurés, pour me livrer la
guerre,
Arment leurs redoutables bras.
Dieux cruels, vengeurs implacables,
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi;
Ah ! si vous êtes équitables,
Ne tonnez pas encor sur moi;
La gloire d'un Heros que l'imposture opprime,
Vous demande un juste secours;
Laissez-moi, révéler à l'Auteur de ses
jours,
Et son innocence & mon crime.
Le
Choeur:
O remords superflus !
Hippolyte n'est plus.
|
haut
de page

|
Le
théâtre représente un jardin
délicieux, qui forme les avenues de la forêt
d'Aricie: On y voit Aricie, couchée sur un lit de
verdure
|
|
Aricie:
Où suis-je ? De mes sens j'ai recouvré
l'usage;
Dieux, ne me l'avez-vous rendu,
Que pour me retracer l'image
Du tendre Amant que j'ai perdu ?
[la
clarté se redouble]
Quels doux
concerts ! Quel nouveau jour m'éclaire !
Non, non; ces sons harmonieux,
Ce soleil qui brille à mes yeux,
Sans Hippolyte, helas ! Rien ne me sçauroit
plaire.
Envain
d'aimables sons font retentir les airs.
Je n'ai que des soûpirs, pour répondre aux
concerts,
Dont ces lieux enchantés viennent m'offrir les
charmes.
Mes yeux,
vous n'étes plus ouverts
Que pour verser des larmes.
[Diane
descend dans une gloire]
|
Scene
2
Aricie, Diane,
Bergers & Bergeres
|
|
Le
Choeur:
Descendez, brillante Immortelle;
Regnez à jamais dans nos bois.
Aricie:
Ciel ! Diane ! Malgré ma disgrace cruelle,
Signalons l'ardeur de mon zéle
Pour la Divinité qui me tient sous ses
loix.
Le
Choeur:
Descendez, &c.
Aricie:
Joignons-nous aux voix
De cette troupe fidéle.
Descendez, brillante Immortelle.
Le
Choeur:
Regnez à jamais dans nos bois.
Diane:
Peuples toujours soumis à mon obéissance,
Que j'aime à me voir parmi vous !
Je fais mes plaisirs les plus doux
De regner sur des coeurs, où regne
l'innocence.
Pour
dispenser mes loix dans cet heureux séjour,
J'ai fait choix d'un Heros qui me chérit, que
j'aime;
Célébrez cet auguste jour;
Que pour ce nouveau maître, ainsi que pour
moi-même,
Les plus beaux jeux soient préparez.
Allez-en
prendre soin. [à Aricie] Vous, Nymphe,
demeurez.
|
|
Diane:
Et vous: Troupe à ma voix fidéle,
Doux Zephirs, volez en ces lieux;
Il est temps d'apporter le dépôt
précieux
Que j'ai commis à votre zéle.
[les
Zephirs amenent Hippolyte dans un char]
|
Scene
4
Aricie, Diane, Hippolyte
|
|
Hippolyte,
à part:
Où suis-je transporté ! Dieux ! Quel brillant
séjour !
Helas ! je n'y vois point l'objet de mon amour.
Rendez-la
moi, grands Dieux ! [Appercevant Aricie]
Mais, que vois-je ?
[à
Diane]
Ah !
Déesse,
Pardonnez à l'amour, le transport qui me
presse.
Aricie:
Ciel ! qu'entens-je ?
Ensemble:
[Hippolyte]
Aricie, est-ce vous que je voi.
[Aricie] Hippolyte, est-ce vous que je
voi.
Aricie:
Que mon sort est digne d'envie !
Le moment qui vous rend à moi,
Est le plus heureux de ma vie.
Diane:
Tendres amans, vos malheurs sont finis;
Pour votre hymen tout se prépare;
Ne craignez plus qu'on vous sépare;
C'est moi qui vous unis.
Neptune
alloit servir une injuste vengeance,
Quand le Destin, dont la puissance
Fait trembler les enfers, & la terre & les
cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux,
Qui faisoit périr l'innocence.
[à
Hippolyte]
Phedre aux
yeux de Thesée, a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire, en se donnant la mort.
[Bruit
de Musettes]
Les
habitans de ces retraites
Ont préparé pour vous les plus aimables
jeux;
Et déja leurs douces musettes
Annoncent le moment heureux,
Où vous allez regner sur eux.
|
Scene
5
Aricie, Diane, Hippolyte,
Troupe d'Habitans de la forêt d'Aricie
|
|
Le
Choeur:
Chantons sur la musette,
Chantons.
Au son de la musette,
Dansons.
Que l'écho répette
Nos tendres chansons.
Croissez,
naissante herbette;
Paissez, bondissans moutons.
Chantons,
&c.
Diane:
Bergers, vous allez voir combien je suis fidéle
A tenir ce que je promets;
Le Heros, qui sur vous va régner désormais
Sera le prix de votre zéle.
Que tout
soit heureux sous les loix
Du Roi que Diane vous donne;
Que tout applaudisse à mon choix;
C'est la vertu qui le couronne.
Le
Choeur:
Que tout soit heureux sous les loix
Du Roi que Diane nous donne;
Que tout applaudisse à son choix;
C'est la vertu qui le couronne.
[on
danse]
Une
Bergere:
Rossignols amoureux, répondez à nos voix;
Par la douceur de vos ramages,
Rendez les plus tendres hommages
A la divinité qui regne dans nos bois.
[on
danse]
Le
Choeur:
Que tout soit heureux, &c.
|
|
J'ai lû
par ordre de monseigneur le Chancelier, une
réimpression de la tragedie intitulée
Hippolyte & Aricie.
A Paris, ce premier septembre 1742
De
Montcrif
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