Danaé
Tragédie
en Musique en I Prologue & V Actes
1701
livret
de Le Noble
musique
de:
Anne
Danican Philidor
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les
personnages du Prologue:
L'Envie
La Prudence
Le Tage
La Seyne
Choeur des
Nations
Choeur des Nymphes du Tage & de la Seyne
Choeur de la Suite de l'Envie
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Le fond
du Theatre represente une plaine ornée de colines,
d'Arbres & de ruisseaux. L'on voit en perspective, le
bastiment qui fut fait pour la Conference de la Paix des
Pyrenées, d'un costé du Theatre paroit la
Seyne, & de l'autre costé le Tage sur des Lits de
jonc & apuyez sur leurs vases, dans le temps que ces
deux fleuves semblent vouloir faire un mouvement pour se
joindre, il se fait une Symphonie terrible de toutes sortes
d'instruments de guerre, & alors l'Envie sort des Enfers
suivie de la Discorde, de la Fureur, de la Haine, de la
Rage, de la Crainte, de la Terreur, du Dépit & du
Desespoir.
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L'Envie:
Aux armes, courons tous aux armes
Haine, Dépit, Chagrins, Craintes, sombres
terreurs
Voyez dans mes jalouzes larmes
Mes funestes alarmes
Ma rage & mes fureurs.
La
Seyne:
Cruelle envie
Laisse donc mon heros
De l'univers afermir le repos.
Des maux que tu nous fais, n'est-u pas assouvie ?
L'Envie:
Armons encore une fois les Enfers
Contre une invincible puissance,
Ne souffrons point une aliance
Qui de bonheur combleroit l'univers.
Le
Tage:
A repandre le sang, trouves-tu tant de charmes ?
L'Envie:
Aux armes, courons tous aux armes.
Le
Choeur:
Aux armes, courons tous aux armes.
[la
Prudence paroit dans un Char, la Victoire la Courone& la
Gloire conduit les rénes de ses
cheveaux]
La
Prudence:
Fuyez monstres, fuyez
Rentrez dans vos Enfers, cedez a la Prudence
C'est en vain que vous employez
Contre des noeuds trop bien liez
L'artifice & la violence
Pour vous confondre il ne faut que la voix
Du plus sage des Roys.
[l'Envie
rentre en terre avec sa suite & differentes Nations
arrivent]
Venez
Peuples soumis au plus beau Sang du monde
Venez de toutes parts assister a nos jeux
Reverez & admirez la Sagesse profonde
D'un Roy qui vous rend tous heureux.
Le
Choeur:
Reverons, admirons la sagesse profonde
D'un Roy qui nous rend tous heureux.
La
Prudence:
Nymphes du Tage & de la Seyne
Qu'un impitoyable haine
Sembloit diviser a jamais.
La
Prudence le veut, que tous vos coeurs s'unissent
De vos justes accords que ces lieux retentissent
Et goutez les plaisirs d'une immortelle paix.
Que chez
vous tout abonde
Et que le Ciel comble vos voeux.
Le
Choeur:
Reverons, admirons la sagesse profonde
D'un Roy qui nous rend tous heureux.
Le Tage,
à la Seyne:
Vous avez sur mon coeur emporté la victoire
Du plus beau feu pour vous ie me sens enflamer
C'est à vous que ie dois mon bonheur & ma
gloire
Et moins je vous aimois plus ie vais vous aimer.
La Seyne,
au Tage:
Soyez constant, je suis fidele
Je l'ay dit, mon coeur est a vous
C'est par une amour eternelle
Que nous pouvons braver tous nos rivaux jaloux.
Le Tage
& la Seyne:
C'est par une amour eternelle
Que nous pouvons braver tous nos rivaux jaloux.
Aymons nous, aymons nous.
Le
Choeur:
C'est par une amour eternelle
Que nous pouvons braver tous nos rivaux jaloux.
Aymons nous, aymons nous.
Reverons,
admirons la sagesse profonde
D'un Roy qui nous rend tous heureux.
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les
personnages de la Tragedie:
Acrise,
Roy d'Argos
Danaé, Fille d'Acrise
Dircé, Soeur de Danaé
Alcmeon, Prince de Lesbos
Jupiter
Momus
L'Aurore
Iris
La Pithie & ses Ministres
Le Grand Prestre de l'Hyménée & ses
Ministres
La Jalouzie
Vulcain & les Cyclopes
Les Songes & les Heures
Choeur des Sylvains & des Dryades
Choeur de la suite d'Alemeon & de Danaé
Choeur de Jardiniers & de Jardinieres
La Renomée
Les Trois Parques
Choeur de la suite des Parques
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Le
Theatre s'ouvre par un nuit et represente une galerie du
Palais d'Acrise, Roy d'Argos, l'on voit dans le fond un
autel antique, & a ses piez le Trepié d'Apollon.
Sur le costé de la Gallerie paroist la Chambre de
Danaé endormie, la lumiere nait insensiblement &
se repend peu a peu par tout, alors le fond du Theatre
s'ouvre & cependant les Songes & les Heures qui la
precedent descendent sur le Theatre
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Scene
premiere
L'Aurore, les Songes, les Heures
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Une
Heure:
Danaé, la brillante Aurore
Vient annoncer la naissance du jour
Un coeur épris d'amour
Quand le jour napir someille t'il encore ?
Le
Choeur:
Un coeur épris d'amour
Quand le jour napir someille t'il encore ?
Un
Songe:
Si Jupiter que vous charmez
A vos yeux se declare
Tremblez, tremblez la foudre se prepare
Contre Alcmeon que vous aimez.
L'Aurore:
Oubliez Alcmeon qu'une chaîne plus belle
Vous attache au maistre des lieux
Ce n'est pas etre infidele
D'oublier un mortel pour le plus grand des Dieux.
Le
Choeur:
Ce n'est pas etre infidele
D'oublier un mortel pour le plus grand des Dieux.
L'Aurore:
Mais deja le Soleil commence sa Carriere
Cedons ces lieux au Dieu de la lumiere
Volons, alons devant ses pas
L'anoncer a d'autres climats.
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Danaé:
Ma soeur quel songe épouvantable
Vient de s'ofrir a mon coeur éfrayé
J'ay cru voir a mes pieds sous un trait redoutable
Des mains de Jupiter Alcmeon foudroyé.
Dircé:
Ah ! ma soeur !
Danaé:
J'ay cru voir ce Dieu pour moy sensible
M'expliquer d'inutiles feux
Plus ie luy resistois plus son regard terrible
Menaçoit son rival heureux,
Enfin outré de ma constance
Il s'est armé de sa puissance
Et le funeste coup a suivy ses eclairs.
Dircé:
Si ces maître des Dieux veut bien porter vos fers
Pouréz vous refuser le superbe avantage
De recevoir l'hommage
De l'arbitre de l'univers.
Danaé:
J'ayme Alcméon, ce Prince m'ayme,
Son sang et le nostre est le même,
Il va remplir le Trosne de Lesbos,
Et nous devons a sa valeur extrême
Les jours d'Acrise, et l'empire d'Argos.
Dircé:
Acrise a sa valeur doit sa recinnoissance
Mais devéz vous méttre en balance
Le coeur de Jupiter & celuy d'un
héros.
Danaé:
Moy trahir un amant fidéle,
Moy pour une flame nouvelle
D'un si juste hyménée éteindre le
flambeau,
Non que plûtost la mort, la mort la plus cruelle,
Me précipite au tombeau.
Junon ne
soit point insensible
A mes justes frayeurs,
A d'injustes ardeurs
Rens mon coeur infléxible,
Je vais de ce songe terrible
Aux piéz de tes autels expier les
horreurs.
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Dircé,
seule:
Eteins mon coeur, éteins une flame funeste,
Nul espoir ne te reste
Dans ton sort malheureux,
Eteins mon coeur, éteins ma flame funeste.
Tu formes d'inutiles voeux,
Rien ne peut flatter ton attente,
Si ta Rivale trop constante
Du monarque du ciel ose braver les feux,
Eteins mon coeur, éteins ma flame funeste.
Mais contre mon amour plus ma raison conteste
Plus mes efforts sont impuissans,
Et tout mon désespoir loin de rompre ma chaisne
Ne sert dans la fureur du Penchant qui m'entraisne,
Qu'à rendre mes fers plus pezans.
Alcméon...
Je le voy, Dircé que dois-tu faire ?
Faut-il parler ? Faut-il se taire ?
C'est trop, c'est trop dissimuler,
Un coeur qui s'ouvre, se soulage,
Et le plus cruel esclavage
C'est celuy de n'oser parler.
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Dircé:
Enfin par un doux hymenée
Prince, vous allez voir au gré de vos souhaits
Vostre constance couronnée.
Alcméon:
Sur le Trosne d'Argos Acrise régne en paix,
Une heureuse victoire
Met a ses piéds ses ennemis défaits,
Et les Dieux par un noeud qui me comble de gloire
Méttent le comble a leurs bienfaits.
Dircé:
Embrazé pour ma Soeur, flatté qu'elle vous
aime,
Votre bonheur vous paroît sans égal,
Il me paroitroit de mesme
Si vous étiéz sans rival,
Adieu, c'est asséz, et mon zéle
Ne prétend point alarmer vostre feu.
Alcméon:
Arrêtez.
Dircé:
Je ne puis.
Alcméon:
Expliquéz vous cruelle,
C'est m'en trop dire, ou m'en dire trop peu,
Mais tel que soit ce Rival téméraire,
S'il oze se montrer au jour.
Dircé:
Alcméon, craingéz sa colére.
Alcméon:
Je l'a crains moins que son amour.
Mais quel est ce Rival, et pourquoy me le taire.
Dircé:
Je ne puis a vos yeux révéler ce
mystére.
Souvent on
nous promet une constante ardeur
Mais il ne faut qu'un moment pour l'éteindre,
Un Rival est toujours a craindre
Quelque sûr que l'on soit d'un coeur.
Alcméon:
Dircé. Restez. Elle me quitte.
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Alcméon,
seul:
Quel coup fatal a mon ame interdite !
Quel trouble afreux a mon coeur alarmé !
Suis-je trahi ? Dircé me trome t'elle ?
Danaé m'est-elle infidele ?
Si prez de mon bonheur ne suis-je plis aimé.
Quel trouble afreux a mon coeur alarmé !
Mais Acrise paroît, Ciel poura t'il le croire
Cachons mon tourment a ses yeux.
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Acrise:
Heros a qui ie dois mon Empire & ma gloire,
Heros qui comme moy sortez du sang des Dieux,
Vous étes couronné des mains de la
victoire,
Mais il faut en ce jour
Vous couronner de celles de l'amour.
Au Temple
tout s'aprête
Pour la Pompeuse feste
Que ie destine a vos augustes noeuds.
Alcméon:
Vous estes Roy, vous êtes Pere,
Mais Danaé par l'hymen que j'espére
Veut elle bien me rendre heureux.
Acrise:
J'ay parlé, qu'avez vous a craindre !
Non, tous les Dieux ne pouroient me contraindre
A vous manquer de foy.
Il n'est point a vos feux d'obstacle,
Et je viens en ces lieux demander qu'un Oracle
Vous responde d'elle & de moy.
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Scene
7
Acrise, Alcméon, la Pithie & sa
Suite
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Acrise:
Prestresse d'Apollon, invoquéz votre maistre
Que son Oracle consulté
Prononce quel doit être
Le sort de Danaé.
La
Pithie:
Dieu de Délos, Dieu que Delphes
révére,
Toy qui pour terrasser la Pithon téméraire
Le perçcas de tes traits vainqueurs,
Pére du jour qui nous éclaire,
Apollon, répans dans nos coeurs
Et ta divine lumiere
Et tes divines ardeurs.
Le
Choeur:
Apollon, répans dans nos coeurs
Et ta divine lumiere
Et tes divines ardeurs.
La
Pithie:
C'en est fait, le Dieu vient, je céde a sa
puissance,
Qu'a ma voix tout préte silence.
Le
Choeur:
Silence, silence, silence.
La Pithie:
Oracle:
Acrise je t'annonce un funeste trépas
D'un Rival d'Alcméon si Danaé
féconde
Met un heros au monde
Sous l'efort de son bras
Tu périras.
Alcméon:
Dieux que nous dites vous.
Acrise:
Ah ! cruelle disgrace !
Alcméon:
Quel oracle fatal !
Acrise:
Quelle afreuse menace !
Ensemble:
Quel oracle fatal, quelle afreuse menace
Dieux justes, Dieux puissans, ne le perméttez
pas.
Le
Choeur:
Quel oracle fatal, quelle afreuse menace
Dieux justes, Dieux puissans, ne le perméttez
pas.
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Le
Theatre représente le Parc du Palais d'Acrise,
orné de bocages, de grottes & de fontaines. La
Scene se passe dans l'une des allées de ce parc,
où Danaé avoit coutume d'aller se promener, et
c'est là que Jupiter suivy de Momus &
déguisé en Berger la vient
attendre.
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Scene
premiere
Jupiter, Momus
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Momus:
Maître du Ciel & de la Terre
Volage amant, vous verray je toûjours
Faire éclater votre tonnerre,
Sans ozer faire éclater vos amours.
Jupiter:
Je sçais jusqu'ou Junon implacable, cruelle
Peut porter son dépit jaloux
C'est toûjours un crime aupres d'elle,
Que de trop plaire a son Epoux.
Momus:
Quoy ? Jupiter dont la puissance
N'a rien delimité,
Doit il avoir la féble complaisance
De cacher sa divinité.
Jupiter:
L'amour ne peut plaire
Sans amusement,
Un peu de mystére
En fait l'agrement.
Momus:
Un amant doit faire
Tout son soin de plaire
A l'obiet aymé,
Mais tant de mystére
Donne trop d'afaire
Au coeur enflammé.
Que peu contre vous la colére
D'une Epouse sévére,
Eclatéz, mocquéz vous
De ses chafrins jaloux.
Jupiter:
Tu le veux, J'y consens, que les forêts prochaines
Retentissent du bruit de mes nouvelles chaînes,
Danaé de ces lieux vient goûter la douceur,
A l'ombre de ces bois, au bruit de ses fontaines,
Je veux luy découvrir min coeur.
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Scene
2
Jupiter, Momus, Danaé & sa Suite
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Danaé:
Quel inconu s'ofre a ma veüe,
Qu'en secret mon ame est émeüe,
Bergers, que cherchéz vous dans ces tranquiles
lieux.
Jupiter:
Ce n'est point la fraîcheur de l'ombre ou du
Zephire,
Un charme plus puissant m'attire,
C'est le plaisir de m'ofrir a vos yeux.
Danaé:
Suivéz de vos troupeaux le soin qui vous
appelle.
Jupiter:
Pour se donner un soin plus doux
A vos piéz un berger fidéle
Laisse tous ses troupeaux a la mercy des loups.
De mes brulans transports je suy la violence
C'est d'un beau feu...
Danaé:
Cessez un discours qui m'ofense.
Que le respect, ou mon couroux,
Vous impose silence.
Jupiter:
C'est trop, c'est trop déguiser a vos yeux
Le Monarque des Cieux,
Epris d'amour, je quitte mon tonnerre
Et je viens sur la terre
Mettre en vos fers le plus puissant des Dieux.
Danaé:
Pourquoy brûler pour des mortelles
Quand l'auguste Junon doit combler vos desirs
Je vous dois mes respects fideles
Mais je suis insensible a de tendres soupirs.
Jupiter:
De sa fierté votre coeur se desarme
Quand mon Rival soupire a vos genoux,
Et sans ce mortel qui vous charme
L'amour d'un Dieu vous paroitroît plus
doux.
Danaé:
Puisque vous connoiséz une flame si belle
Pourquoy troubler de si tendres amours,
Je suis fidéle
Et quand j'aime c'est pour toujours.
Ensemble:
Je suis fidéle
Et quand j'aime c'est pour toujours.
Jupiter:
Venéz révérer ma Princesse
Dryades et Silvains voléz tous a ma voix,
Et pour seconder ma tendresse
Redoubléz par vos jeux les charmes de ces
bois.
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Scene
3
Les Sylvains & les Dryades sortent des troncs des
Arbres, Danaé veut se retirer, Jupiter l'arreste
& l'oblige de rester
|
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Jupiter:
Ou fuyez vous ? restéz, faites tous a sa gloire
Redire aux Echos d'alentour
Et sa victoire,
Et mon amour.
Le
Choeur:
Victoire, victoire
Danaé dans ses fers
Tient le maître de l'univers
Que l'univers sache sa gloire,
Victoire, victoire
Et pour la publier unissons nos concers.
Momus:
Amans pourquoy vous contraindre,
C'est l'eclat qui rend content,
Le feu qui se cache tant
Est souvent prest a s'eteindre.
Au comble
de vos desirs
Triomféz, faites entendre
Le bruit de vos soupirs,
Le silence ôte au coeur tendre
La moitié des plaisirs.
Le
Choeur:
Le silence ôte au coeur tendre
La moitié des plaisirs.
Jupiter:
Que l'on cesse, je vois Alcméon qui s'avance
Je vais remplir mes soins, sur ma
persévérance
Je fonde mon espoir,
Je pourois pour vous convaincre employer ma puissance,
Mais a mon seul amour je prétens vous
devoir.
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Scene
4
Alcémon, Danaé & sa Suite
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Alcméon:
A ton amour que dis tu téméraire !
Crois tu te dérober a ma juste colére,
Cessez... Ciel ! frémis ! quel est donc ce Rival
!
A son aspect mon sang se glace,
Par quel enchantement fatal
M'empêche t'il de punir son audace.
Je voy
donc a la fin votre infidélité.
Danaé:
Justes Dieux !
Alcméon:
Qu'ay-je veu ?
Danaé:
Dieux ! quelle peine extrême
De soufrir d'un amant qu'on ayme
Un reproche cruel qu'on n'a point
mérité.
Alcméon:
Feignéz, dissimulés, ingrate,
Non, vous ne m'aymés plus.
Je suis trahi, mes voeux sont confondus,
C'est en vain qu'a vos yeux mon désespoir
éclate,
Ingrate vous ne m'aiméz plus.
Danaé:
Ah Ciel !
Alcméon:
C'est ce Ciel que j'implore
Contre un perfide coeur qui détruit tous mes
voeux.
Mes yeux m'ont ils trompé, démentéz
vous encore
Ces yeux, Ces yeux qu'évote un Rival trop
heureux.
Danaé:
Un Rival ! ah, mon coeur l'abhorre.
Jupiter...
Alcméon:
Jupiter ! c'est me désespérer,
Quoy sa flame a vos yeux vient de se déclarer,
L'Oracle d'Apollon n'a plus rien qui soit sombre,
Jupiter mon Rival ! perfide, c'est asséz.
D'un oracle fatal, ce feu dissipe l'ombre,
Ingrate vous me trahisséz.
Danaé:
Moy vous trahir ! prenéz plûtost ma vie,
Que de douter un moment de ma foy.
Alcméon:
Que du Dieu qui m'expose a cette perfidie,
Tous les foudres plutost ne tomboient ils sur
moy.
Danaé:
Craignez sa funeste colére
Ah ! Prince ! c'est asséz que mon coeur soit pour
vous.
Alcméon:
Je veux défier tous ses coups,
Qu'il tonne, qu'il éclaire,
La seule foudre que je crains
Est dans vos yeux, et non pas dans ses mains.
Danaé:
Alcméon, inhumain, voyéz couler mes
larmes,
Laisséz moy vaincre un reproche odieux,
et si mes pleurs sont trop de foibles armes
Je vais faire couler tout mon sang a vos yeux.
Alcméon:
Helas ? en croiray je vos charmes
Et mon coeur qui sçait mieux vous défendre que
vous.
Danaé:
Laisséz le donc fléchir ce coeur
impitoyable,
Non cruel, non, je ne suis point coupable
Du crime que m'impose un soupçon trop
jaloux.
Alcémon:
Plût aux Dieux...
Danaé:
L'amour que j'ateste,
L'amour dont a vos yeux j'implore le secours,
Ne peut il étoufer un soupçon si
funeste.
Alcméon:
Quel seroit mon bonheur si vous m'aymiéz
toujours.
Ensemble:
Quel seroit mon bonheur si vous m'aymiéz
toujours.
[il
est indiqué que l'Acte peut finir
ici]
Danaé:
Venez tous, venez tous danser sous ce feuillage.
Alcméon:
Faites retentir ce bocage
Du bruit de nos tendres amours.
|
Scene
5
Alcémon, Danaé,
Suivans & Suivantes
|
|
Un
Homme:
Heureux l'amant qui se dégage
De l'erreur d'un soupçon jaloux,
Le calme qui suit l'orage,
Est le calme le plus doux.
Le
Choeur:
Le calme qui suit l'orage,
Est le calme le plus doux.
Une
Suivante:
Un coeur qui prend un faux ombrage
Se doit le soin de s'éclaircir,
Plus nous craignons le naufrage,
Plus le port nous fait plaisir.
Le
Choeur:
Plus nous craignons le naufrage,
Plus le port nous fait plaisir.
Une
Suivante:
Qu'un doute injuste nous outrage
Qu'il est doux de s'en garantir.
Le
Choeur:
Plus nous craignons le naufrage,
Plus le port nous fait plaisir.
Amour que
tes plus belles chaînes
Unissent ces deux tendres coeurs,
Plus tu nous fais soufrir de peines
Et mieux nous goutons les douceurs.
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|
Le
Theatre représente le Portique du Temple de
l'Hyménée. On voit dans le fond de ce Temple
fermé, la Statue du Dieu est au devant sur un pied
destal
|
|
Dircé,
seule:
Cesse de m'abuser espérance trompeuse,
Et laisse un libre cours a mes tristes soupirs,
Tout flate ma Rivale heureuse,
Mes pleurs naissent de ses plaisirs,
Et l'apareil d'une fête pompeuse
Va méttre enfin le comble a ses desirs.
Cesse de m'abuser espérance trompeuse,
Et laisse un libre cours a mes tristes soupirs.
Mais toy
dont la main tient la foudre
Dieu si puissant, Dieu si jaloux,
Que fais tu dans les Cieux, et peux tu te
résoudre
A voir ta Danaé dans les bras d'un Epoux,
Engage toy, fias en ta conqueste
Romps ce fatal hymen dont la Pompe s'aprête,
Et qui semble braver tes coups.
Je le vois
ce Vainqueur; qui cause mon martire,
Hélas ! que pouray-ie luy dire,
Au comble de mes maux, au comble de ses voeux.
|
|
Alcméon:
Ah Dircé ? que je suis heureux,
Danaé me préfére au maître de la
Terre,
Son coeur en méprise les feux,
Et mes soupirs amoureux
L'emportent sur son tonnerre,
Ah Dircé, que je suis heureux.
Dircé:
C'est peut étre avant la Victoire
Vous flater d'une gloire
Dont le succez est encore douteux.
Alcméon:
Non, malgré ce Rival, je ne crains plus
d'obstacle
Au succez de l'hymen qui nous est préparé,
Le coeur de vostre Soeur s'est pour moy
déclaré,
Et sa parole est un oracle
Trop assuré.
Dircé:
Du comble du bonheur l'on tombe au précipice
Quand on combat contre les Cieux.
Alcméon:
C'est asséz que l'amour a mes voeux soit propice,
N'est-il pas le maître des Dieux.
Dircé:
Flatéz vous quand tout est a craindre,
Mais du moins laissé moy plaindre
Des maux qui vont tomber sur vous,
Soyéz heureux vous le pouvéz encore,
Vous feréz le bonheur d'un coeur qui vous adore,
Et Jupiter n'en sera point jaloux.
Alcméon:
Ah Dircé, quozés vous me dire,
Quel secret a mes yeux avéz vous
découvert.
Dircé:
Est-il temps de cacher a vos yeux mon martire
Quand le tombeau sous mes piéds est
ouvert.
J'ay
languy, soupiré, dans un triste silence,
J'ay fait tous mes éfors pour ne vous point
aymer,
Mais plus j'ay fait de résistance,
Plus j'ay senty la violence
de ce trait dont l'amour a voulu m'enflamer.
Alcméon:
Que dites vous ?
Dircé:
Cruel, vous aimer est un crime ?
Ah ! si vous achevéz cet hymen odieux,
J'iray pour prémiere victime
Sur l'autel préparé m'immoler a vos
yeux.
Alcméon:
Eteignéz, éteignéz une flame
fatale,
Dirce:
Hé bien ? fais a ton gré triomfer ma
Rivale
Je ne veux que la mort, frape, frape inhumaine,
Frape un coeur pour toy trop sensible,
La mort la plus horrible
Me sera douce de ta main.
Alcméon:
Quel funeste transport ! quelle aveugle furie !
Dircé:
Crains tu de m'arracher la vie,
Quand tu me mets au désespoir.
Préte, préte a mon bras cete mortelle
épée
Qu'a tes yeux dans mon sang trempée
Elle t'oste un obiet que tu ne peux plus voir.
Alcméon:
Quitéz ce fer, quitéz...
Dircé:
Pitié trop inhumaine !
Que ne me laisses tu, pour terminer ma peine,
Percer ce coeur qui te deplait.
Ah Ciel, je vois ma Soeur, Acrise icy l'amine.
Le Temple s'ouvre, tout est prest,
Va Barbare, je me retire,
Va pour accomplir mon martire
Prononcer de ma mort le redoutable arrest.
|
Scene
3
Acrise, Danaé, Alcméon, Le Grand Prestre &
ses Ministres
|
|
Acrise:
Vous qui forméz les noeuds d'une heureuse
aliance,
Venéz unir ce Prince & Danaé.
Ministre de l'Hymen, invoquéz sa puissance,
Que le maistre des Dieux soit sur tout
imploré.
Le Grand
Prestre:
Hymen, propice hymen; viens puissant
hyménée
Viens de ces deux mortels unir la destinée,
Joins les par d'invincibles noeuds,
Hymen, propice hymen; viens puissant
hyménée
Hymen rens ces amans heureux.
Le
Choeur:
Hymen, propice hymen; viens puissant
hyménée
Hymen rens ces amans heureux.
Le Grand
Prestre:
Que les Chastes Amours, que Junon fortunée,
Fasse couler leurs jours en paix.
Que les soupçons jaloux ne les trouble jamais,
Hymen, propice hymen; viens puissant
hyménée,
Et fais couler leurs jours en paix.
Le
Choeur:
Hymen, propice hymen; viens puissant
hyménée,
Et fais couler leurs jours en paix.
Le Grand
Prestre:
Mais toy dont la grandeur ne peut estre borbée
Maître absolu des immortels.
Jupiter...
La
Jalousie, sous terre:
Fuy d'icu malheureux hyménée
Voy tomber a ma voix ton temple & tes autels.
|
Scene
4
La Jalousie, Acrise, Danaé, Alcméon, Le Grand
Prestre & ses Ministres
|
|
[L'Hyménée
s'envole, son Temple s'abisme, et l'Antre de la Jalousie
sort a sa place]
Alcméon:
Quel Spectacle etonnant !
Acrise:
Quelle iniuste puissance
S'opose a de si justes noeuds.
Danaé:
Quel est ce monstre affreux !
La
Jalousie:
Rompés, rompés una aliance
Qui feroit trop de malheureux.
Je suis la noire Jalousie,
Qui bannis de l'Hymen, les plaisirs & la foy,
Et ces amans toute leur vie
N'auroient point d'autre Dieu que moy.
Vents qui
sur Jupiter m'a remis son empire,
Volez vents a ma voix, portéz
Cette Princesse ou je désire
Jupiter vous l'ordonne, obéisséz,
partéz.
[les
Vents enlevent Danaé]
Danaé,
enlevée:
Ah ! Dieux !
Acrise:
Ah ! justes Dieux !
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Alcméon,
seul:
Prens ton autrre victime,
Monstre fatal, ouvre moy ton abisme,
Que ne m'entraisnes tu dans le fond des Enfers.
J'en soufrirois l'horreur avec plus de constance
Que de voir a mes yeux une injuste puissance
M'aracher le bien que je pers.
Junon
qu'Argos sur tous les Dieux revere
Volez, volez a mon secours;
Vous éxaucéz mes voeux, je vois Iris
descendre.
A la voix que j'eleve aux Cieux
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Iris:
Suspens ton désespoir, Junon vient de t'entendre,
Elle emploira pour te defendre
Et sa puissance & sa douleur;
Elle plaint ton malheur extrême,
Et sçait par elle même
Tout ce que fai soufrir la Jalousie & la
Fureur.
[Iris
se retire]
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Alcméon:
Non je ne puis flater mon espérance,
Du doux plaisir de la revoir,
Par une injuste violence
Un Rival absolu la tient en son pouvoir,
Helas ! qu'un jeune coeur garde mal sa constance,
Quand un Dieu joint l'amour et sa puissance
Contre un foible devoir.
Non je ne puis flater mon espérance,
Du doux plaisir de la revoir.
Mais dans
sa juste résisrance
Si son coeur est toujours a moy,
Si mes feux sur les biens emportent la balance,
Jupiter, malgré ta puissance,
Ton Rival malheureux est plus heureux que toy.
Jupiter, malgré ta puissance,
Ton Rival malheureux est plus heureux que toy.
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de page

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Le
Theatre représente un Jardin enchanté que
Momus a produit par l'ordre de Jupiter pour y mettre
Danaé. Il est remply de tout ce qui peut le rendre
superbe & agreable, Momus vient avec sa troupe de
Jardiniers & de Jardiniers.
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Scene
premiere
Momus, Les Jardiniers & Jardinieres
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Momus:
Pressez vous d'achever pour le maître du monde
Le plus superbe des Jardins
Qu'en ces lieux tout abonde
Que cent jets d'eau tombent dans ces bassins.
Que les
fleurs naissent,
Que ces bois croissent
Que cent bosquets
Soient faits expréz
Pour servir de retraittes
Secrettes.
Aux
amoureux Larcins,
Joignéz tous les attraits de la terre & de
l'onde
Pressez vous d'achever pour le maître du monde
Le plus superbe des Jardins.
Le
Choeur:
Pressons vous d'achever pour le maître du monde
Le plus superbe des Jardins.
Momus:
Achevéz, achevéz, Danaé va
descendre,
Et Dircé dans ces lieux
Vient servir le plus grand des Dieux.
Achevéz, achevéz, Danaé va
descendre,
Et Dircé dans ces lieux.
Le
Choeur:
Achevons, achevons, Danaé va descendre,
Dans ces aimables lieux.
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Dircé,
seule:
Tu renais mon espoir, la foudre est
détournée,
Taiséz vous mes soupirs, ne couléz plus mes
pleurs,
Je ne crains plus cet hyménée
Qui me précipitoit au dernier des malheurs.
Tiaséz vous mes soupirs, essuyéz vous mes
pleurs.
Je vois
sous ces berceaux Danaé qui s'avance
Couvrons nous d'un feuillage épaix
Pour mieux attaquer sa constance
Penetrons si je puis ses sentimens secrets.
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Danaé,
seule:
Lieux Pompeux, beaux Jardins ou je suis retenüe
Charmes de toutes parts présentéz a ma
veüe
Vous ne faites qu'aigrir mon juste
désespoir.
Tout
embraze icy ma colere,
Un seul objet pouroit my plaire
Et c'est le seul que je ne pouray voir.
Alcméon,
c'est en vain que ma voix vous appelle,
Qu'étes vous devenu, cher & tendre
Alcméon,
A vostre Princesse fidele
Que du moins les échos redisent votre nom,
Alcméon, mon cher Alcméon.
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Danaé:
Je voy Dircé; quelle heureuse fortune !
Ah ma Soeur ! venéz vous consoler mon amour,
Dans ce triste Séjour
Ou tout m'irite & m'importune,
Ah ma Soeur ! venéz vous consoler mon
amour.
Dircé:
Quoy ? lors qu'un Dieu puissant s'abaisse dans vos
chaisnes
Que dans ces lieux tout parle en sa faveur
Vouléz vous de votre bonheur
Vous faire de cruelles peines.
Danaé:
Ah, Dircé ? que me dites vous.
Vouléz vous approuver une flame coupable
Jupiter est puissant c'est un Dieu redoutable
Mais dût-il m'accabler du poids de son couroux
Je ne puis trahir mon Epoux.
Dircé:
Jupiter est épris d'une flame trop belle
Est il pour une mortelle
Un destin plus glorieux.
Danaé:
Quand un coeur est fidele
L'amour de Jupiter est luy meme odieux.
Ce n'est
pas tout d'estre tendre,
La Constance est le prix d'une fidele ardeur,
Et si tost qu'une fois on a donné son coeur
Il n'est plus temps de le reprendre.
Dircé:
Craignéz le désespoir jaloux
D'un Rival qui porte la foudre.
Danaé:
S'il est injuste il faudra se résoudre
A soufrir ses injustes coups.
Mais cessons un discours qui m'irite et m'ofense,
Ce Dieu jusqu'au trépas me verra sans retour
Toûjours soumise a sa puissance,
Toujours rébelle a son amour.
Dircé:
Vous ne m'écoutez point, hé bien je me
retire,
Mais en vain votre coeur aspire
A d'impossibles noeuds,
Et vous alléz trouver plus qu'on n'oze vous dire
D'obstacles a vos feux.
Danaé:
Votre fureur trahit une flame fatale,
Cessez de la diminuer.
Dircé:
Je ne puis vous le celer,
Ouy, vous voyéz vostre Rivale.
Je vaincray d'Alcméon la constance & la foy.
Sa tendresse est pour vous, mais les Dieux sont pour
moy.
Danaé:
Allez, allez coupable confidente
D'un amour odieux,
Laisséz moy dans ces lieux,
Solitaire & constante
J'y seray plus contente
Que d'y voir éclater vôtre honneur a mes
yeux,
Allez, allez coupable confidente
D'un amour odieux.
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Danaé,
seule:
Reyne des Cieux, favorable Déesse,
Junon, Junon c'est a toy que s'adresse
Mon coeur que tu vois innocent.
C'est ton Epoux qui m'ofre sa tendresse,
Soutiens, Junon, soutiens ma mortelle fêblesse
Contre un Dieu trop puissant.
Junon c'est a toy que s'adresse
Mon coeur que tu vois innocent.
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Iris, dans
un nuage:
Junon t'ecoute, et sa fureur puissante
Vient au secours de ta flame inocente,
Son bras soutiendra tes Vertus,
Entre avec moy dans cette nüe,
Et tu verras disparoître a ta veüe
Ces pompeux jardins abbattus.
Junon veut qu'une Tour solide
Ta cache aux yeux d'un Dieu jaloux,
Et que dans Argos ie te guide
Tandis que son adresse amuse son Epoux.
Danaé:
Pour éviter le paricide
Dont nous a d'Apollon menacé le couroux,
Ses maux les plus cruels me paroissent trop doux.
[Danaé
monte dans la nüe]
Iris:
Fils de Junon, Vulcain, sors de tes antres sombres
Aux métaux les plus durs joins les plus noires
ombres,
Eléve une solide Tour,
Que son rampart impénétrable
Soit un azile favorable
Contre un coupable amour.
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Scene
7
Vulcain & les Cyclopes
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Vulcain:
Travailléz, élévéz une solide
Tour.
Les
Cyclopes:
Travaillons, élevons une solide Tour.
Vulcain:
Que son rampart impénétrable
Soit un azile favorable
Contre un coupable amour.
Travailléz, élévéz une solide
Tour.
Les
Cyclopes:
Travaillons, élevons une solide Tour.
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de page

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Le
Theatre représente la cour du Palais d'Acrise au fond
de laquelle on voit une afreuse Tour d'Airain que les
Ciclopes ont élevée par les ordres de Junon
pour y cacher Danaé aux yeux de Jupiter. La Scene
s'ouvre par Danaé qui accompagnée des Filles
de la Suite, vient elle mesme pour s'enfermer dans la
Tour.
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Scene
premiere
Danaé, & sa Suite
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Danaé:
Afreuse Tour, qui semble faite
Pour n'inspirer que la terreur,
Toy qui vas me servir d'une heurese retraitte
Contre un feu qui me fait horreur,
Ouvre ton sein, que ton ombre secrette
Me dérobe a l'amour qui feroit mon malheur.
Une trop juste impatience
Conduit icy mes pas,
Gloire dont ma flatoit une illustre naissance,
Et vous d'un juste hymen doux & tendres apas
Ne me retardéz pas.
Mais je voy dans ces lieux Alcméon qui s'avance,
Que ne puis-je en fuyant ces yeux
M'épargner la douleur de ses tristes
adieux.
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Scene
2
Alcméon, Danaé, & sa Suite
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Alcméon:
Pourquoy me cachéz vous votre départ
funeste
Vous savéz quel est mon tourment
Que ne me laisséz vous le plaisir qui me reste
De pouvoir a vos piéds soupirer un moment.
Danaé:
Je sens par mes propres alarmes
Tout ce que szoufre votre coeur
Mais ce n'est point par d'inutiles larmes
Que celuy d'un héros explique sa douleur.
Mon devoir veut que je vous quitte.
Mais ne me croyéz pas moins sensible que vous,
Ah ! Prince, si je vous évite
Je fuis, hélas ! je fuis ce qui m'est de plus
doux.
Alcméon:
Quand vous soufréz du sort ce caprice barbare
Peut on vous refuser des pleurs.
Danaé:
L'injuste sort ne nous sépare
Que pour nous dérobera de plus grands malheurs.
N'ajoutéz point une rigueur mortelle
Au tourment que vais soufrir,
Alcméon, c'est ssez qu'il vous coute un
soupir.
Alcméon:
Pour finir ma peine cruelle
Je sçauray m'aracher le jour.
Danaé:
Vivez amant fidele
Et croyéz que je vis dans vostre seul
amour.
Alcméon:
Ciel ! faut il que ton injustice
Rompe des noeuds si bien forméz.
Danaé:
Pour adoucir mon sacrifice
Il sufit que mon coeur sasche que vous
m'ayméz.
Alcméon:
Ne doutéz point de ma flame sincére,
L'astre qui nous éclaire
Percera plustost les Enfers,
Que de me voir quitter vos fers.
Danaé:
Plus je soufre plus ie vous aime,
Et dût ce Dieu jaloux
Dans sa fureur extrême
M'écrazer sous ses coups,
Je n'aymeray iamais que vous.
Ensemble:
Et dût un Dieu jaloux
Dans sa fureur extrême
M'écrazer sous ses coups,
Je n'aymeray iamais que vous.
Danaé:
Alléz, épargnéz ma
foiblesse.
Alcméon:
Je vais m'abandonner a mes tristes regrets.
Danaé:
Cher & tendre Alcméon !
Alcméon:
Adorable Princesse !
Danaé:
Souvenéz vous de moy.
Alcméon:
Ne m'oubliez jamais.
Ensemble:
Souvenéz vous de moy, ne m'oubliez jamais.
Danaé:
Entrons, entrons dans ces lieux sombres,
Que ces Enfers
Pour me renfermer dans leurs ombres
Me soient ouverts.
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Alcméon,
seul:
Dieux témoins detoutes mes peines
Est il tourment egal a mon suplice afreux ?
Je
triomphois dans les plus belles chaisnes,
Tout conspiroit au succéz de mes voeux,
Faloit-il que des Dieux le monarque suprême
En aymant ce que j'ayme,
Du plus heureux amant fit le plus malheureux,
Est il tourment égal a mon suplice afreux
.
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Dircé:
Alcméon, voulez vous encore
Et résister aux Dieux, et combattre le sort,
D'une amant qui vous adore
Ou couronéz l'amour ou prononcéz la mort,
Non, il n'est plus d'espoir qui puisse vous
défendre
D'être sensible a mes soupirs.
Alcméon:
Moins j'ay d'espoir, moins je veux vous entendre,
Portéz ailleurs vos injustes
désirs.
Dircé:
Pour vous malgré vous je soupire
Rendéz vous, ou percéz ce misérable
coeur.
Alcémon:
De vos feux importuns ie me fais un martire,
Et votre amour ne vaut pas ma douleur.
Dircé:
A tes yeux inhumaine, il faut donc que j'expire.
Alcméon:
Vivéz, mais étouféz une inutile
ardeur.
Dircé:
Rien ne peut m'aracher a ma pesante chaîne,
Qu'en déchirant ce coeur qu'un ingrat a
charmé,
Barbare, ie me dois la peine
De t'avoir trop aimé.
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Scene
5
Acrise, Alcméon, Dircé
|
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Acrise:
Ma vie est en repos mais ma douleur amere
Croit a chaque moment.
Prince, vous ressentez les transports d'un amant
Et moy les tendresses d'un Pere.
A vos soupirs je viens mêler mes pleurs.
Destin cruel que ta colere
Nous fait sentir de mortelles douleurs.
Tous
Trois:
Destin cruel que ta colere
Nous fait sentir de mortelles douleurs.
Acrise:
Mais d'ou vient ce bruyant tonnerre
Quand tout est calme dans les Cieux.
Il redouble ses coups, ie sens trembler la terre,
Quels maux veulent encor me préparer les
Dieux.
Alcméon:
Quel éclat se présente a me veüe
eboüie,
Que de feux & d'éclairs.
Acrise:
Quel liquide metal ! quelle brillante pluie !
Alcméon:
Quel or étincellant se répand dans les
airs.
Acrise:
Il passe dans la Tour. Ah ! disgrace cruelle !
Tout s'arme contre moy
Jupiter nous confond, & ma garde infidele
S'échape tremblante d'efroy.
Alcméon:
Dieux, c'en est trop ! Destin barbare,
Par ce coup qui me perd la fureur me déclare,
Ce que tu veux de mon devoir
Mais du Rival qui nous separe
Mes yeux ne verront point triompher le pouvoir,
Danaé c'est a toy que ie me sacrifie,
Reçois les restes d'une vie
Qu'immole a nos malheurs mon injuste
désespoir.
[il
se frape fort & laisse tomber son
epée]
Dircé:
Ah ! si pour moy tu refuses de vivre,
Héros qui me fus si cruel,
Dircé dans les Enfers va par ce coup mortel
Ou t'atendre ou te suivre.
[elle
se frape de la même epée]
Acrise:
Quel Spectacle a mes yeux, quel désastre nouveau
Achéve, Jupiter, sur ma teste intrépide
Lance ton funeste careau,
Et n'atens par qu'un Paricide
Me métte au tombeau.
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Scene
6 & derniere
Une nuée brillante envelope la Tour et au bruit des
Trompettes & des Timbales, la Renomée
paroît dans le sein de cette
Nuée
|
|
La
Renomée:
Acrise que ton sang va briller sur la terre
Qu'au fils de Danaé l'on dressera d'Autels,
Parques pour obéir au maître du tonnerre,
Venéz filer les jours du plus grand des mortels,
Sa gloire a l'Univers par ma voix anoncée
Mile fois sçaura me lasser,
C'est de l'Invincible Persée
Le destin qui va commencer.
Le
Choeur:
C'est de l'Invincible Persée
Le destin qui va commencer.
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Scene
Derniere
[entièrement barrée, mais que je
restitue]
Les Trois Parques, & leur Suite
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Une
Parque:
Un heros va naître
Du Maître
Des Cieux,
Filonos ses jours precieux.
Le
Choeur:
Un beau sang est le gage
D'un sort glorieux,
La gloire est le partage
Des Enfans des Dieux.
Seconde
Parque:
Tremblez monstres terribles
A ses yeux fremissez.
Troisiéme
Parque:
Sous ses coups invincibles
Gorgones perissez.
Le
Choeur:
Un beau sang est le gage
D'un sort glorieux,
La gloire est le partage
Des Enfans des Dieux.
Premiere
Parque:
Il rompra les fers d'Andromede
Sa valeur luy rendra le jour,
Il n'est rien qui ne cede
Au héros qu'embraze l'amour.
Seconde
Parque:
Un heros va naître
Du Maître
Des Cieux,
Filonos ses jours precieux.
Le
Choeur:
Un beau sang est le gage
D'un sort glorieux,
La gloire est le partage
Des Enfans des Dieux.
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ce
livret est retranscrit à partir d'un manuscrit,
souvent rectifié, ou raturé
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